La fabrique du mensonge », nous dit Xavier Driencourt.

Rien que ça.

À lire certains experts autoproclamés de l'Algérie, on finirait par croire que le mensonge a été inventé à Alger, breveté par le FLN et exporté ensuite dans le reste du monde.

Quelle découverte extraordinaire.

Pendant des siècles, les empires coloniaux ont pourtant raconté qu'ils apportaient la civilisation avec leurs canons. Les guerres devenaient des missions humanitaires, les conquêtes des œuvres de progrès et les dominations des actes de générosité. Mais visiblement, cela ne compte pas. Le mensonge commencerait toujours chez les autres.

L'argument de Driencourt repose sur une idée séduisante : le régime algérien aurait construit sa légitimité sur une histoire déformée.

C'est souvent vrai.

Mais alors pourquoi s'arrêter en chemin ?

Pourquoi ne pas reconnaître que toutes les puissances fabriquent leurs légendes nationales comme d'autres fabriquent des conserves ?

Pourquoi le récit officiel algérien serait-il une manipulation alors que les récits officiels occidentaux deviendraient spontanément de l'Histoire avec un grand H ?

Le plus amusant est ailleurs.

Ceux qui dénoncent l'obsession mémorielle algérienne semblent eux-mêmes incapables de passer une semaine sans parler de l'Algérie.

L'Algérie serait enfermée dans son passé ?

Peut-être.

Mais alors comment qualifier cette partie de la droite française qui transforme chaque débat sur l'immigration, l'identité, la sécurité ou l'islam en interminable retour vers Alger ?

À ce stade, ce n'est plus une analyse géopolitique.

C'est une dépendance.

On reproche au régime algérien de vivre de la rente mémorielle. Certains responsables français vivent désormais de la rente polémique algérienne.

Chaque crise devient une opportunité médiatique.

Chaque tension nourrit une carrière.

Chaque désaccord diplomatique devient un épisode supplémentaire d'une série dont le scénario est écrit d'avance : l'Algérie ment, la France découvre la vérité, puis la France redécouvre la même vérité la semaine suivante.

Le procédé finit par ressembler à ces feuilletons télévisés où les personnages répètent les mêmes répliques pendant vingt saisons.

La vérité est plus banale et donc moins rentable.

Oui, le pouvoir algérien instrumentalise l'histoire.

Oui, il manipule parfois la mémoire nationale.

Oui, il entretient certains récits utiles à sa survie.

Comme le font, à des degrés divers, la plupart des régimes politiques de la planète.

Transformer cette réalité en exception civilisationnelle relève moins de l'analyse que du catéchisme idéologique.

La véritable fabrique du mensonge n'est peut-être pas celle que l'on croit.

Elle commence souvent au moment précis où un observateur cesse d'étudier un pays pour en faire un personnage de fiction.

Et dans cette fiction-là, les bons disent toujours la vérité pendant que les méchants mentent toujours.

C'est pratique.

C'est confortable.

Et surtout, cela dispense de penser.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

 https://kadertahri.blogspot.com/

 

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