Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Aux Medias Occidentaux : L’Iran n’est pas votre preuve, il est votre contradiction !

Vous prétendez regarder l’Iran pour rappeler à l’Europe ce qu’elle aurait oublié : le prix de la séparation de Dieu et de l’État. En réalité, vous ne regardez ni l’Iran ni l’Europe. Vous construisez un récit. Et ce récit n’est pas un diagnostic : c’est une mise en scène anxieuse où les faits servent de décor à une conclusion écrite d’avance.

L’Iran, sous votre plume, devient un symbole commode : celui d’un islam qui, dès qu’il se confondrait avec le pouvoir, révélerait sa nature véritable — totalitaire, juridique, englobante. À partir de là, l’Europe serait sommée de comprendre que ce qui menace là-bas est déjà en gestation ici, par le nombre, par l’immigration, par la démographie. Tout est lié. Tout est écrit. Il n’y aurait qu’à ouvrir les yeux.

Sauf que ce récit ne résiste ni à l’analyse politique, ni aux faits.

Vous romantisez une révolte qui n’a pas eu lieu. Vous parlez d’une jeunesse iranienne affrontant “à mains nues” un régime vacillant. Vous suggérez un basculement, un moment historique, presque un seuil civilisationnel. Or les émeutes iraniennes récentes se sont éteintes rapidement, sans fracture institutionnelle, sans ralliement des élites, sans effondrement du pouvoir. Le régime iranien n’a pas vacillé. Il a démontré, une fois encore, sa stabilité.

Les réseaux de contestation ont été neutralisés, notamment par l’interruption quasi totale des communications satellitaires Starlink, pourtant présentées comme l’arme technologique décisive de l’opposition. Grâce à des équipements russes et chinois, l’État iranien a rendu ces dispositifs inutilisables. Le contrôle a été rétabli. Les manifestations se sont dissoutes. Des marches pro-gouvernementales massives ont occupé l’espace public. Aucun fonctionnaire n’a changé de camp.

Ce n’est pas un soulèvement. C’est un rapport de force classique et perdu.

Votre premier problème est là : vous bâtissez tout votre raisonnement sur un événement que vous surestimez, parce que vous avez besoin qu’il existe.

Vous ne décrivez pas l’islam, vous le figez

Vous affirmez que l’islam, dans sa “cohérence doctrinale classique”, ne sépare pas le spirituel du politique. Cette phrase est le cœur de votre texte — et son erreur fondamentale.

Car aucune religion ne se résume à sa “cohérence doctrinale”. Les religions sont des pratiques sociales, historiquement situées, traversées de conflits, de ruptures, d’hérésies, de sécularisations partielles. Vous savez cela pour le christianisme. Vous refusez de l’admettre pour l’islam.

Vous transformez une tradition plurielle en un bloc normatif intemporel, comme si quatorze siècles d’histoire, de compromis, de modernisation, d’évolutions contradictoires n’avaient jamais existé. Ce faisant, vous adoptez exactement la méthode des fondamentalistes : vous sacralisez le texte, vous absolutisez la norme, vous niez le réel.

Votre islam n’est pas celui des sociétés. C’est un islam théorique, figé, utile à votre démonstration.

La peur du nombre : votre vrai moteur

Le moment de vérité de votre texte arrive avec l’argument démographique. Là, la laïcité disparaît. Là commence le soupçon.

Vous affirmez que tant que les musulmans sont minoritaires, ils s’adaptent  parfois sincèrement, parfois stratégiquement. Vous insinuez donc que leur adhésion à la loi démocratique serait conditionnelle, provisoire, intéressée. Vous ne jugez plus des comportements, mais des intentions supposées, déduites du nombre. C’est un renversement grave : la citoyenneté devient révocable par projection démographique.

Aucune démocratie ne peut survivre à ce type de raisonnement. Non parce qu’il serait “choquant”, mais parce qu’il détruit le principe même sur lequel repose l’État de droit : les individus sont jugés sur leurs actes, pas sur ce qu’ils pourraient devenir collectivement.

Vous videz la distinction islam / islamisme pour éviter la politique

Vous attaquez la distinction entre islam et islamisme parce qu’elle vous empêche de conclure. Or cette distinction n’est pas une commodité morale : c’est une nécessité analytique.

L’islamisme est une idéologie politique moderne, née de contextes précis — colonisation, effondrement des empires, autoritarisme, guerres, humiliations géopolitiques. En niant cela, vous transformez un phénomène historique en fatalité religieuse.

C’est confortable : si tout est écrit dans la doctrine, alors il n’y a plus rien à expliquer.
Mais c’est faux et dangereux..

L’Iran n’est pas votre preuve — il est votre contradiction :

L’Iran réel ne montre pas un islam en train de devenir une simple foi privée. Il montre qu’un État théocratique peut être solide, soutenu, technologiquement compétent, et capable de durer. Il montre aussi que la contestation ne se transforme pas mécaniquement en sécularisation.

Votre erreur est donc totale : vous idéalisez une révolte qui a échoué, vous essentialisez une religion que vous refusez d’historiciser, vous remplacez l’analyse politique par un récit civilisationnel. On ne défend pas la démocratie en tordant les faits. On ne défend pas la laïcité en désignant des suspects collectifs et on ne comprend pas le monde en le forçant à confirmer ses peurs.

Si l’Europe a un devoir aujourd’hui, ce n’est pas de se regarder comme une civilisation assiégée, mais de rester fidèle à ce qui fait sa force réelle : le droit, appliqué à tous, sans fantasme, sans prophétie, sans alibi étranger.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Voilà qu’un « Allah Akbar » en voiture folle retentissait sur l’île d’Oléron

L’attaque commise sur l’Île d’Oléron a immédiatement suscité un déferlement de déclarations politiques. Avant même que l’identité de l’auteur, ses motivations ou son état psychologique soient établis, le mot « attentat » circulait déjà partout. Certains responsables parlaient de « menace islamiste », d’autres dénonçaient « l’angélisme » de leurs adversaires. Une chose est sûre : la course à l’interprétation a devancé l’enquête.

Ce réflexe n’est pas nouveau. Il témoigne d’un glissement structurel du débat public : l’émotion instantanée se substitue à la compréhension, et l’événement tragique devient outil de communication politique. Dans ce théâtre de l’immédiat, l’information n’est plus un processus mais un réflexe, et chaque drame devient le carburant d’une bataille culturelle préexistante.

Pourtant, la réalité de ces actes violents est complexe. Elle concerne à la fois : la circulation de discours extrémistes afin de réduire ces situations au seul facteur religieux ou identitaire, et encore plus la dramatisation médiatique comme mode de pensée ; c’est répondre à la complexité par un slogan, et donc laisser intactes les causes profondes.

Pendant que les plateaux télé s’affolent autour de l'« insécurité »,  pour faire intervenir ses chroniqueurs impartiaux qui assureront que le pire est avenir, et que c’est de la faute des Français : voilà ce qui arrive lorsqu’on reconnaît la Palestine !

Alors que d’autres faits, eux bien établis, passent sous silence : la précarité étudiante qui explose, la pénurie médicale, la fragilisation de l’école, l’épuisement des soignants, l’isolement en Ehpad, la perte de pouvoir d’achat, les inégalités territoriales. Ce sont pourtant ces fractures sociales-là qui structurent durablement le malaise français.

La question n’est donc pas seulement « qui est responsable de cette attaque ? », mais dans quel climat politique elle s’inscrit.

Un climat où la peur devient langage politique fréquent et le citoyen est sommé de choisir un camp avant même de comprendre.

Des faits divers qui tombent bien, pour l’extrême droite parce que ce qui se joue désormais dépasse Oléron

« Je veux adresser toutes mes pensées aux personnes blessées ce matin sur l’île d’Oléron, victimes d’une attaque d’une violence inouïe. » (Yaël Braun-Pivet, qui a eu des mots moins durs pour Israël qui commet un génocide)

« Aujourd’hui, la situation est telle que nous voyons émerger des djihadistes partout en France. » (Éric Zemmour)

« La menace islamiste sur notre pays n’a jamais été aussi forte […] mais c’est une guerre qu’il vous faut mener, ici et maintenant. Demain, il sera trop tard, notre pays a déjà payé un trop lourd tribut à l’islamisme. » (Sébastien Chenu)

Ce qui est choquant, c’est que ces politiques, trois minutes après l’évènement, annoncent déjà que c’est un attentat, et communiquent en ce sens sur les réseaux sociaux, avec un discours des plus terrorisants. Aucun début d’enquête, peu importe, « ils le savent déjà ». 

 Mais il est bon, bien sûr de rappeler que concernant cet attentat, qu’il s'agit en fait d’une fiction politique de certaines forces politiques, qui arrivent t à construire leur stratégie autour du thème de l’islamisme et l’immigration, présentée méthodiquement comme l’origine directe ou indirecte de tous les maux de la société française, et surtout qu’il s’agit également d'un événement en lien avec le Grand Remplacement.  

Ainsi donc, je dois dire bravo aux Français de souche, ayant Vercingétorix comme ancêtre (comme Zemmour), mais presque tous issus de l'immigration. Dans les médias, certains se prennent pour Napoléon, mais ils sont plus nombreux à se croire de souche, de qui, de quoi et depuis quand ?

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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L’extrême droite avec son obsession identitaire veut sauver la France

Sous couvert de lutte contre l’islamisme, un discours se répand : celui d’une Europe assiégée, d’une France “à reconquérir”, d’un Occident “judéo-chrétien” en péril. Ce récit, porté par des essayistes identitaires, transforme la peur en doctrine politique. Et derrière la posture patriotique, se profile une idéologie de rejet.

La peur comme projet politique

Le texte lu pourrait sembler anodin : une énième tribune dénonçant les “dérives islamistes”, l’immigration incontrôlée, la faiblesse des élites. Mais à bien le lire, c’est une tout autre musique qui s’impose.
Sous les références sécuritaires et les appels à la fermeté, ce discours déroule une rhétorique de la peur, saturée de termes anxiogènes : invasion, islamisation, disparition, guerre civile.
Chaque phrase alimente un climat d’urgence. Chaque mot fabrique un ennemi.

Cette mécanique est bien rodée. Elle ne vise pas à informer, mais à mobiliser les affects. En désignant une menace totale — “l’islam politique”, “l’entrisme musulman”, “l’infiltration culturelle” — l’auteur construit un récit où la France serait au bord du gouffre. Le réel se dissout dans la fiction d’un siège civilisationnel.
Et la peur, dès lors, devient un programme.

L’islam comme bouc émissaire universel

Sous couvert de lucidité, ce discours amalgame tout : l’islamisme, l’islam, l’immigration, la foi, la culture, jusqu’à la gastronomie (“le kebab halal” comme symptôme du déclin).
Ce procédé n’est pas nouveau : c’est celui de l’essentialisation. L’islam n’est plus une religion plurielle, vécue par des millions de citoyens français, mais un bloc homogène, porteur d’un projet d’emprise.
Le musulman n’est plus un individu, il devient une catégorie suspecte, une menace culturelle.

C’est ainsi que la peur bascule dans l’idéologie identitaire. Derrière les appels à la “fermeté”, c’est la stigmatisation systémique qui s’installe.
Et sous le masque de la défense de la République, c’est son principe même — l’égalité des citoyens — qui vacille.

Le faux vernis du “socle judéo-chrétien

Le texte vante un retour au “socle judéo-chrétien” pour contrer “l’offensive islamique”. L’expression, séduisante pour certains, est en réalité un slogan politique vide.
L’Europe ne s’est pas construite sur une identité religieuse figée, mais sur des combats intellectuels : la laïcité, les droits de l’homme, la démocratie, la science.
Réduire cette histoire à une essence “judéo-chrétienne”, c’est nier la pluralité des héritages et imposer une hiérarchie entre croyances.

Derrière cette formule se cache un projet réactionnaire : restaurer une identité ethno-spirituelle, opposer les “bons croyants” aux autres, et préparer le terrain à une politique d’exclusion.
C’est la nostalgie d’un monde mythifié, celui d’une Europe blanche, chrétienne et homogène — un mythe, pas une mémoire.

La laïcité détournée en arme de guerre

Ironie amère : ceux qui invoquent sans cesse la laïcité en font une machine d’interdiction.
Interdire le halal dans les cantines, fermer les mosquées “salafistes”, bannir le voile “politique” : autant de propositions qui travestissent la laïcité en outil de tri social.
La loi de 1905 n’a jamais visé à contrôler les croyances, mais à protéger la liberté de culte.
La République, ici, devient une forteresse, non un espace commun.

Ce glissement du laïque vers le coercitif n’est pas anodin. Il annonce une vision autoritaire du politique, où la sécurité justifie la réduction des libertés.
C’est le vieux rêve de l’extrême droite : faire passer la force pour du courage et l’exclusion pour du bon sens.

De la paranoïa à la tentation autoritaire

Les “solutions” proposées dans ce texte — lois d’exception, expulsions massives, “démantèlement” idéologique — relèvent d’une obsession du contrôle.
Elles supposent un État qui surveille, qui classe, qui expulse.
Mais derrière le mot “ordre”, c’est la peur de l’altérité qui commande.

Ce type de rhétorique prépare les esprits à accepter l’illibéralisme : moins de droits pour plus de sécurité, moins de diversité pour plus “d’unité”.
Et lorsque le fantasme d’une “France assiégée” devient la boussole du politique, la démocratie se vide de sa substance.

Raison contre délire identitaire

Reconnaître les dérives islamistes, oui. Mais refuser l’amalgame, encore plus.
Car à trop confondre menace terroriste et présence musulmane, on alimente le ressentiment et on affaiblit la cohésion nationale.
La véritable bataille n’est pas religieuse, mais civique et sociale : éducation, justice, culture, lutte contre les discriminations.
Tout le reste — le “choc des civilisations”, le “socle spirituel”, la “résistance chrétienne” — relève du roman politique.

Face à la crispation identitaire, la lucidité démocratique doit redevenir notre boussole.
La République n’a pas besoin d’ennemis imaginaires pour se défendre.
Elle a besoin de citoyens libres, informés, et capables de penser au-delà de la peur.

Le mirage du “socle judéo-chrétien” : quand la foi devient instrument politique

Appeler l’Occident à “se ressouder autour d’un socle judéo-chrétien”, comme le font Netanyahu, J.D. Vance ou Donald Trump, n’a rien d’un projet spirituel : c’est un manifeste identitaire déguisé en croisade morale. Derrière le vocabulaire de la “solidarité” et du “retour aux valeurs”, se dessine une vision du monde fondée sur la peur et la hiérarchie des civilisations. Cette idée d’un front “judéo-chrétien” face à “l’islamisme” ne cherche pas à défendre la liberté de conscience — elle réintroduit la religion comme marqueur d’appartenance nationale, comme ligne de partage entre les “nôtres” et les “autres”.

L’argument est habile : l’auteur feint de défendre l’Occident contre la radicalisation, mais son projet repose sur une essentialisation des identités. Israël, les États-Unis et l’Europe deviennent les bastions d’un même bloc religieux censé protéger la “civilisation” face à un islam présenté comme homogène et conquérant. Or, cette lecture du monde, héritée des années 2000 et du fantasme du “choc des civilisations”, alimente le conflit qu’elle prétend conjurer.

En France, l’invocation d’un “socle judéo-chrétien” est doublement fallacieuse. D’abord, elle contredit la laïcité, qui garantit la neutralité de l’État et l’égalité entre croyants et non-croyants. Ensuite, elle instrumentalise la foi : la religion n’est plus affaire de spiritualité, mais de stratégie politique. Elle devient un outil de cohésion artificielle, imposée par le haut, censée remplacer ce que l’auteur appelle le “vide moral” de l’Occident.

Ce vide, pourtant, n’est pas religieux — il est social, culturel, politique. Ce ne sont pas les mosquées qui prolifèrent, c’est le désengagement de l’État, l’effondrement du lien collectif, le recul de l’éducation, la crise du sens. Croire qu’un “retour à la spiritualité” réglerait le problème, c’est refuser d’affronter les causes réelles du malaise : la précarité, les inégalités, l’abandon des quartiers, la perte de confiance dans la parole publique.

Le discours du “socle judéo-chrétien” ne ressoude pas, il divise. Il dresse des frontières symboliques là où la République tente encore de bâtir du commun. Il oppose les croyants entre eux, transforme la diversité en menace, et réduit la foi à un drapeau.
Ce n’est pas une réponse à l’islamisme — c’est son miroir inversé : une vision du monde crispée, fermée, incapable de penser la liberté autrement que sous la forme d’une identité.

Conclusion : Le vrai combat n’est pas entre les religions, mais entre la raison et la peur

Sous les habits du patriote, ce discours ressuscite les vieux démons : le fantasme du déclin, la haine de l’autre, la quête d’un “chef fort”.
Ce n’est pas une alerte lucide, c’est une contamination lente de l’espace public par les mots de la peur. ;Et si la République doit aujourd’hui se défendre, ce n’est pas contre une religion, mais contre cette dérive intellectuelle qui fait de la peur un programme et de l’exclusion une vertu.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Les discours extrémistes en concentre de racisme pur : face à l’islamisme

 

Une réponse citoyenne pour dénoncer la rhétorique alarmiste de certains médias extrémistes qui instrumentalisent la peur de l’islamisation et stigmatisent des millions de musulmans.

Introduction

Depuis plusieurs mois, certains médias à tendance extrémiste saturent l’espace public avec des discours alarmistes sur une prétendue «islamisation» de la France. Derrière une façade d’«analyse», ces textes n’ont en réalité qu’un but : nourrir la peur, stigmatiser des millions de nos concitoyens et polariser le débat politique. Ils instrumentalisent des drames réels – le terrorisme, les tensions internationales, la souffrance des victimes – pour imposer une vision binaire et anxiogène du monde.

Face à cette offensive idéologique, il est de notre responsabilité citoyenne de déconstruire ces mécanismes, non seulement parce qu’ils véhiculent des contre-vérités, mais aussi parce qu’ils mettent en danger la cohésion nationale et les valeurs de la République

Il est temps de dénoncer avec force la mécanique grossière des discours extrémistes qui s’emploient à dresser des murs entre les peuples, en réduisant des réalités complexes à des schémas binaires et simplistes. L’article dont il est question illustre parfaitement ce procédé : d’un côté, la France et Israël seraient les défenseurs héroïques de « l’Occident démocratique », de l’autre, l’islamisme serait ce « totalitarisme conquérant » qui menace nos libertés. Voilà une mise en scène séduisante pour les amateurs de croisades idéologiques, mais absolument toxique pour le débat démocratique.

Car cette rhétorique fait disparaître les nuances essentielles. Elle efface la pluralité des courants de pensée, des débats et des luttes internes au sein même de l’islam. Les musulmans de France, comme ailleurs, ne sont pas un bloc monolithique soumis à une idéologie unique : ce sont des citoyens divers, traversés par des sensibilités multiples, dont beaucoup combattent eux-mêmes l’extrémisme religieux. Mais dans le récit binaire de ces faiseurs de peur, cette réalité est balayée pour ne laisser subsister qu’une opposition brutale entre «nous» et «eux».

Un vocabulaire biaisé et stigmatisant
L’auteur emploie des termes volontairement chargés – « reculades », « capitulation », « rue arabe », « nouvelle France arabo-musulmane » – qui ne décrivent pas une réalité mais construisent un récit de menace permanente. Cette rhétorique entretient une vision fantasmatique d’une France «envahie» ou «trahie», ce qui relève du registre du complotisme identitaire et non de l’information factuelle.

Une confusion entre islam, islamisme et terrorisme
L’article amalgame systématiquement les musulmans de France, qui sont des millions de citoyens respectueux des lois et acteurs du vivre-ensemble, avec des idéologies politiques radicales. Ce glissement est non seulement injuste mais irresponsable : il revient à pointer du doigt une population entière en raison de sa religion, au lieu de cibler les véritables dangers que représentent les groupuscules extrémistes.

La manipulation des faits et des rapports officiels
Les extraits de rapports publics sont présentés de façon sélective et déformée. Ainsi, l’idée d’enseigner l’arabe à l’école est caricaturée comme une « concession aux islamistes », alors qu’il s’agit d’une langue riche, porteuse de culture et parlée par des millions de francophones. L’apprentissage des langues étrangères a toujours été un atout pour l’ouverture intellectuelle et professionnelle ; le réduire à une stratégie subversive est une contre-vérité.

Une vision simpliste et binaire du monde
Le texte oppose artificiellement deux camps : d’un côté la France et Israël, censés représenter « l’Occident démocratique », de l’autre un supposé « islam conquérant ». Ce schéma manichéen nie la complexité des relations internationales et du conflit israélo-palestinien. Surtout, il efface la diversité des opinions au sein même des sociétés musulmanes et juives, en réduisant des millions de personnes à des caricatures hostiles.

Une logique qui alimente la haine et la division
En prétendant défendre la République, ce type de discours fragilise en réalité ses fondements : l’égalité entre citoyens, le respect de la diversité et le refus des discriminations. En entretenant la peur du voisin musulman ou de la jeunesse issue de l’immigration, on ne renforce pas la cohésion nationale, on l’affaiblit. Or, c’est précisément le but des mouvements extrémistes, islamistes comme identitaires : dresser les populations les unes contre les autres pour mieux miner la démocratie.

La vraie réponse républicaine
La France n’a pas besoin de polémiques anxiogènes ni d’appels à la peur. Elle a besoin de politiques fermes contre les violences et les radicalismes, mais aussi de justice sociale, d’éducation et de respect mutuel. Enseigner l’arabe à l’école, reconnaître des pratiques funéraires ou soutenir la liberté religieuse ne sont pas des signes de faiblesse : ce sont des actes de respect qui consolident l’unité nationale. Le radicalisme se nourrit du rejet et de la marginalisation ; l’inclusion et la fermeté démocratique sont au contraire nos meilleures armes.

Pire encore, cette vision réduit le conflit israélo-palestinien à une guerre de civilisation. Or, nier la dimension historique, territoriale, coloniale et sociale de ce conflit, c’est non seulement commettre une falsification, mais aussi condamner toute perspective de paix. Assimiler systématiquement la cause palestinienne au Hamas est une insulte à des millions de Palestiniens qui aspirent simplement à vivre dignement, libres de toute domination. De la même manière, critiquer la politique d’un gouvernement israélien ne revient pas à vouloir la disparition d’Israël. Mais dans le schéma manichéen de ces discours, toute nuance est impossible : ou bien vous êtes avec Israël, ou bien vous êtes complice du terrorisme.

Cette stratégie de peur se nourrit d’images et de mots choisis pour choquer : « pogrom », « otages », « Free Palestine » crié lors d’un meurtre antisémite. Bien sûr, personne ne nie la réalité atroce du 7 octobre ou la souffrance des otages et de leurs familles. Mais utiliser ces tragédies comme levier émotionnel pour amalgamer toute solidarité avec le peuple palestinien à un soutien au terrorisme, c’est instrumentaliser la douleur des victimes à des fins idéologiques. C’est criminaliser la compassion, délégitimer l’indignation, et finalement museler toute voix critique.

Voilà le danger : en entretenant cette logique binaire et cette politique de la peur, on fabrique un climat empoisonné où l’on ne débat plus, mais où l’on se range de force dans des camps. On nourrit la haine identitaire d’un côté, et l’extrémisme religieux de l’autre. Les deux se nourrissent mutuellement, et la démocratie, elle, s’étiole entre ces feux croisés.

La seule issue est de refuser ce piège. Refuser d’être enfermés dans les caricatures binaires. Refuser la manipulation émotionnelle qui associe musulmans, terrorisme et revendications politiques. Nous avons besoin de lucidité, pas de simplisme ; de justice, pas d’amalgames. La République ne se sauvera ni par les slogans guerriers ni par la peur, mais par la nuance, le courage intellectuel et la fidélité à ses valeurs universelles.

Conclusion

Ceux qui propagent ces discours extrémistes prétendent défendre la République, mais en réalité, ils en sapent les fondements. Car la République ne se réduit pas à une guerre de civilisation fantasmée. Elle repose sur l’égalité des citoyens, la diversité assumée et le refus des amalgames.

Dire la vérité sur l’islamisme, c’est nécessaire. Mais confondre l’islamisme et l’islam, c’est irresponsable. C’est offrir une victoire symbolique aux extrémistes des deux bords : les islamistes qui rêvent de diviser et les identitaires qui prospèrent sur la haine.

La véritable réponse républicaine n’est ni la peur, ni l’aveuglement. Elle consiste à être ferme face aux violences et aux idéologies qui menacent nos libertés, tout en étant fidèle à nos valeurs de justice, de raison et d’unité. Reconnaître les réalités, dépasser les blocages, inclure plutôt qu’exclure : voilà le chemin qui nous permettra de combattre réellement le radicalisme, sans nourrir les flammes de la division.

Car la République est forte non pas quand elle cède aux discours de peur, mais quand elle reste fidèle à elle-même.

Une analyse citoyenne pour dénoncer la rhétorique alarmiste de certains médias extrémistes qui instrumentalisent la peur de l’« islamisation » et stigmatisent des millions de musulmans. Ce texte rappelle qu’il est essentiel de combattre l’islamisme avec lucidité, en reconnaissant ses dimensions historiques et doctrinales, tout en refusant les amalgames qui nourrissent la haine et fragilisent la République.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »


France : Quand le mot « islamisme » devient un cache-misère politique

Une critique du détournement politique du mot islamisme, utilisé comme un fourre-tout pour nourrir la peur, amalgamer immigration, islam et gauche, et légitimer un discours identitaire et anxiogène

Il y a des mots qui, à force d’être brandis comme des épouvantails, perdent leur sens et finissent par servir à tout… sauf à penser. Islamisme est devenu l’un de ces mots valises. Sous prétexte de combattre une idéologie réelle et dangereuse, certains chroniqueurs et responsables politiques s’en servent comme d’un chiffon rouge, un cache-poussière commode qui permet d’emballer toutes leurs obsessions : l’immigration, l’islam, la gauche, l’ONU, la Palestine, et même l’écologie. Le texte que je viens de lire en est un exemple caricatural.

Un mot qui brouille plus qu’il n’éclaire

Le problème n’est pas de nier l’existence de l’islamisme en tant qu’idéologie politique qui instrumentalise la religion à des fins de pouvoir. Ce phénomène existe et mérite d’être combattu. Mais dans la chronique en question, le terme est employé de manière si large et confuse qu’il finisse par englober indistinctement des réalités hétérogènes : un mouvement terroriste comme le Hamas, des immigrés venus d’ailleurs, des citoyens musulmans vivant paisiblement en France, voire ceux qui soutiennent la reconnaissance d’un État palestinien. Tout est mis dans le même sac. Et c’est précisément là que le piège se referme : quand on ne distingue plus l’islamisme de l’islam, on ne combat pas une idéologie violente, on stigmatise une religion et des millions de croyants.

L’amalgame comme méthode

Tout au long du texte, on retrouve un procédé rhétorique constant : mélanger sans nuance des réalités disparates. On passe de la reconnaissance d’un État palestinien à la collaboration avec le terrorisme. On enchaîne Donald Trump, Jean-Luc Mélenchon, l’ONU, Dominique de Villepin et « l’extrême gauche » dans une même diatribe contre les « traîtres ». On accuse Emmanuel Macron, parce qu’il a pris une décision diplomatique, de « pétainisme », comme si dialoguer au sein de l’ONU équivalait à collaborer avec le nazisme. Ce n’est pas de l’analyse politique, c’est une caricature qui cherche à provoquer l’indignation plutôt qu’à éclairer le débat.

La peur comme carburant

Le texte reprend à son compte le vocabulaire anxiogène popularisé par Donald Trump : « invasion », « destruction », « colonisation ». À écouter ce discours, l’Europe serait submergée, assiégée, condamnée à disparaître sous l’effet de l’immigration et d’un islam présenté comme une force homogène et conquérante. Ce n’est plus de la description, c’est de la dramaturgie. Et ce type de langage n’est pas neutre : il fabrique un imaginaire de guerre, il enferme la société dans une logique de peur et de rejet. Or, quand on transforme des voisins, des collègues, des concitoyens en menaces existentielles, on ne défend pas la démocratie : on la fragilise.

L’histoire instrumentalisée

Comparer Macron à Pétain parce qu’il a reconnu l’État de Palestine relève d’une manipulation historique indécente. La collaboration de Vichy était un régime soumis à une puissance occupante, responsable de persécutions massives. Rien de comparable avec un acte diplomatique inscrit depuis des décennies dans les débats internationaux. Employer ce parallèle n’a qu’un objectif : disqualifier par l’anathème, fermer toute discussion, transformer un désaccord politique en accusation de trahison. Or, quand tout devient « pétainisme », plus rien n’est pensé sérieusement.

Un miroir de l’extrême droite

Derrière le vernis de la dénonciation de « l’islamisme », ce texte révèle surtout une obsession identitaire. L’islamisme n’y est pas tant une menace réelle qu’un prétexte pour dire que l’immigration est une invasion, que l’islam est incompatible avec la République, que la gauche est complice de l’ennemi, et que seule une ligne dure peut sauver la nation. C’est la rhétorique classique de l’extrême droite : transformer des problèmes complexes en récit binaire, opposer les « patriotes » aux « traîtres », alimenter l’idée que la France serait en guerre contre elle-même.

Ce qui est en jeu

Reconnaître un État palestinien n’est pas « récompenser le terrorisme », c’est rappeler que la paix passe par une solution politique juste et durable. Combattre l’islamisme ne signifie pas diaboliser l’islam ni criminaliser l’immigration. Défendre la République, ce n’est pas dresser les Français les uns contre les autres, c’est au contraire réaffirmer que l’égalité, la dignité et la justice sont les meilleurs remparts contre toutes les formes d’extrémisme, qu’il soit religieux ou identitaire.

Conclusion

La véritable menace pour notre démocratie ne vient pas d’un drapeau palestinien hissé sur une mairie de gauche. Elle vient de ce discours qui, sous couvert de défendre la France, divise ses habitants, instille la peur, et désigne des boucs émissaires. Quand le mot « islamisme » devient une arme rhétorique pour taper sur les musulmans, les immigrés, les progressistes et tous ceux qui pensent autrement, alors il ne sert plus à protéger la République : il sert à la miner. 

On entend souvent l’expression « L’islamisme n’est pas l’islam ». Pourtant, cette formule n’a ni fondement historique, ni base théologique solide. Le mot islamisme lui-même est une invention française : il est apparu au début des années 1980 pour désigner ce que l’on a appelé « l’islam politique ». Or, ni dans l’histoire de l’islam, ni dans la pensée des musulmans, ni même dans la langue arabe, il n’existait d’équivalent. Si l’on entend par islamisme l’idée d’un islam porteur d’un projet politique, alors il faut rappeler qu’à partir de 622 – avec l’Hégire et l’organisation de Médine – l’islam a toujours comporté une dimension politique, comme en témoignent le Coran, la vie du Prophète et la tradition intellectuelle musulmane. Entre 610 et 622, au contraire, l’islam était purement spirituel et n’intégrait pas encore cette dimension politique. Il a donc existé, dans l’histoire, un islam sans « islamisme » – mais seulement durant douze ans.

C’est pourquoi la séparation rigide entre islam et islamisme pose problème. Elle déresponsabilise l’islam de toute critique, comme s’il n’avait aucun lien avec certaines formes de radicalité, et elle ne déplace le terrain du combat uniquement en dehors de la sphère musulmane. Cette attitude, au lieu d’aider à combattre l’extrémisme, nourrit le conservatisme et empêche toute évolution interne. Pour ma part, je crois que la lutte doit passer par deux étapes essentielles : reconnaître la part de responsabilité de l’islam dans les difficultés actuelles, puis travailler à les dépasser.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

 

 

France : Quand le mot « islamisme » devient un cache-misère politique

 

Une critique du détournement politique du mot islamisme, utilisé comme un fourre-tout pour nourrir la peur, amalgamer immigration, islam et gauche, et légitimer un discours identitaire et anxiogène

Il y a des mots qui, à force d’être brandis comme des épouvantails, perdent leur sens et finissent par servir à tout… sauf à penser. Islamisme est devenu l’un de ces mots valises. Sous prétexte de combattre une idéologie réelle et dangereuse, certains chroniqueurs et responsables politiques s’en servent comme d’un chiffon rouge, un cache-poussière commode qui permet d’emballer toutes leurs obsessions : l’immigration, l’islam, la gauche, l’ONU, la Palestine, et même l’écologie. Le texte que je viens de lire en est un exemple caricatural.

Un mot qui brouille plus qu’il n’éclaire

Le problème n’est pas de nier l’existence de l’islamisme en tant qu’idéologie politique qui instrumentalise la religion à des fins de pouvoir. Ce phénomène existe et mérite d’être combattu. Mais dans la chronique en question, le terme est employé de manière si large et confuse qu’il finisse par englober indistinctement des réalités hétérogènes : un mouvement terroriste comme le Hamas, des immigrés venus d’ailleurs, des citoyens musulmans vivant paisiblement en France, voire ceux qui soutiennent la reconnaissance d’un État palestinien. Tout est mis dans le même sac. Et c’est précisément là que le piège se referme : quand on ne distingue plus l’islamisme de l’islam, on ne combat pas une idéologie violente, on stigmatise une religion et des millions de croyants.

L’amalgame comme méthode

Tout au long du texte, on retrouve un procédé rhétorique constant : mélanger sans nuance des réalités disparates. On passe de la reconnaissance d’un État palestinien à la collaboration avec le terrorisme. On enchaîne Donald Trump, Jean-Luc Mélenchon, l’ONU, Dominique de Villepin et « l’extrême gauche » dans une même diatribe contre les « traîtres ». On accuse Emmanuel Macron, parce qu’il a pris une décision diplomatique, de « pétainisme », comme si dialoguer au sein de l’ONU équivalait à collaborer avec le nazisme. Ce n’est pas de l’analyse politique, c’est une caricature qui cherche à provoquer l’indignation plutôt qu’à éclairer le débat.

La peur comme carburant

Le texte reprend à son compte le vocabulaire anxiogène popularisé par Donald Trump : « invasion », « destruction », « colonisation ». À écouter ce discours, l’Europe serait submergée, assiégée, condamnée à disparaître sous l’effet de l’immigration et d’un islam présenté comme une force homogène et conquérante. Ce n’est plus de la description, c’est de la dramaturgie. Et ce type de langage n’est pas neutre : il fabrique un imaginaire de guerre, il enferme la société dans une logique de peur et de rejet. Or, quand on transforme des voisins, des collègues, des concitoyens en menaces existentielles, on ne défend pas la démocratie : on la fragilise.

 

L’histoire instrumentalisée

Comparer Macron à Pétain parce qu’il a reconnu l’État de Palestine relève d’une manipulation historique indécente. La collaboration de Vichy était un régime soumis à une puissance occupante, responsable de persécutions massives. Rien de comparable avec un acte diplomatique inscrit depuis des décennies dans les débats internationaux. Employer ce parallèle n’a qu’un objectif : disqualifier par l’anathème, fermer toute discussion, transformer un désaccord politique en accusation de trahison. Or, quand tout devient « pétainisme », plus rien n’est pensé sérieusement.

Un miroir de l’extrême droite

Derrière le vernis de la dénonciation de « l’islamisme », ce texte révèle surtout une obsession identitaire. L’islamisme n’y est pas tant une menace réelle qu’un prétexte pour dire que l’immigration est une invasion, que l’islam est incompatible avec la République, que la gauche est complice de l’ennemi, et que seule une ligne dure peut sauver la nation. C’est la rhétorique classique de l’extrême droite : transformer des problèmes complexes en récit binaire, opposer les « patriotes » aux « traîtres », alimenter l’idée que la France serait en guerre contre elle-même.

Ce qui est en jeu

Reconnaître un État palestinien n’est pas « récompenser le terrorisme », c’est rappeler que la paix passe par une solution politique juste et durable. Combattre l’islamisme ne signifie pas diaboliser l’islam ni criminaliser l’immigration. Défendre la République, ce n’est pas dresser les Français les uns contre les autres, c’est au contraire réaffirmer que l’égalité, la dignité et la justice sont les meilleurs remparts contre toutes les formes d’extrémisme, qu’il soit religieux ou identitaire.

Conclusion

La véritable menace pour notre démocratie ne vient pas d’un drapeau palestinien hissé sur une mairie de gauche. Elle vient de ce discours qui, sous couvert de défendre la France, divise ses habitants, instille la peur, et désigne des boucs émissaires. Quand le mot « islamisme » devient une arme rhétorique pour taper sur les musulmans, les immigrés, les progressistes et tous ceux qui pensent autrement, alors il ne sert plus à protéger la République : il sert à la miner. 

On entend souvent l’expression « L’islamisme n’est pas l’islam ». Pourtant, cette formule n’a ni fondement historique, ni base théologique solide. Le mot islamisme lui-même est une invention française : il est apparu au début des années 1980 pour désigner ce que l’on a appelé « l’islam politique ». Or, ni dans l’histoire de l’islam, ni dans la pensée des musulmans, ni même dans la langue arabe, il n’existait d’équivalent. Si l’on entend par islamisme l’idée d’un islam porteur d’un projet politique, alors il faut rappeler qu’à partir de 622 – avec l’Hégire et l’organisation de Médine – l’islam a toujours comporté une dimension politique, comme en témoignent le Coran, la vie du Prophète et la tradition intellectuelle musulmane. Entre 610 et 622, au contraire, l’islam était purement spirituel et n’intégrait pas encore cette dimension politique. Il a donc existé, dans l’histoire, un islam sans « islamisme » – mais seulement durant douze ans.

C’est pourquoi la séparation rigide entre islam et islamisme pose problème. Elle déresponsabilise l’islam de toute critique, comme s’il n’avait aucun lien avec certaines formes de radicalité, et elle ne déplace le terrain du combat uniquement en dehors de la sphère musulmane. Cette attitude, au lieu d’aider à combattre l’extrémisme, nourrit le conservatisme et empêche toute évolution interne. Pour ma part, je crois que la lutte doit passer par deux étapes essentielles : reconnaître la part de responsabilité de l’islam dans les difficultés actuelles, puis travailler à les dépasser.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »