Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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La France tend la main avec l’illusion impériale en version ministère de l’Intérieur :

 

Il y a dans la sortie médiatique du ministre français de l’Intérieur quelque chose d’infiniment révélateur : non pas de l’état des relations entre la France et l’Algérie, mais de l’état d’épuisement intellectuel dans lequel semble sombrer une certaine classe politique française dès qu’elle évoque Alger.

Laurent Nunez, invité de France Inter, s’est livré à cet exercice désormais familier : parler d’Algérie comme on commente la météo, avec ce mélange de gravité factice et d’assurance administrative qui donne toujours l’impression que Paris continue de distribuer les bulletins diplomatiques au reste du monde. Le problème, c’est que le thermomètre de la réalité affiche depuis longtemps une température que la France refuse obstinément de lire.

La question mérite pourtant d’être posée, avec toute la brutalité du bon sens : qu’irait donc faire un ministre de l’Intérieur français en Algérie quand le ministre des Affaires étrangères de ce même pays peine lui-même à y trouver un espace politique respirable ? À moins qu’il ne s’agisse d’inventer une nouvelle doctrine diplomatique où la relation entre États serait désormais confiée aux gestionnaires des reconduites à la frontière, transformant la politique étrangère en simple annexe de la préfecture.

Laurent Nunez reprend, avec un zèle presque touchant, la partition de son prédécesseur, en y ajoutant quelques ornements rhétoriques qui tiennent davantage du maquillage que de la pensée stratégique. Le refrain est connu : la France « tend la main », l’Algérie devrait la « saisir », et les blocages seraient imputables à Alger. Une dramaturgie usée jusqu’à la corde, où Paris se distribue le rôle du partenaire patient, raisonnable et magnanime, tandis que l’Algérie serait condamnée à jouer la mauvaise élève capricieuse.

Ce récit serait presque convaincant s’il n’était pas contredit par un détail gênant : la mémoire politique.

Car la relation franco-algérienne n’est pas un dossier administratif que l’on classe entre deux statistiques migratoires. Elle est un champ miné par l’histoire, saturé de symboles, nourri de blessures que la diplomatie française continue d’aborder avec la délicatesse d’un bulldozer institutionnel persuadé qu’il suffit de répéter « coopération » pour faire disparaître les ruines.

Lorsque le ministre évoque avec une insistance quasi obsessionnelle la question des reconduites d’Algériens en situation irrégulière, il réduit volontairement une relation stratégique entre deux États à un contentieux consulaire. Cette obsession migratoire agit comme une loupe déformante qui transforme une relation complexe en simple problème de logistique humaine, comme si cinquante années d’histoire commune pouvaient être résumées à un tableau Excel du ministère de l’Intérieur.

Pendant ce temps, la France persiste dans ce qu’elle qualifie elle-même de gestes d’ouverture, tout en multipliant les signaux politiques, médiatiques et symboliques qui ressemblent davantage à des rappels à l’ordre qu’à des invitations au dialogue. La diplomatie française semble fonctionner selon un principe étrange : proclamer la main tendue tout en gardant le doigt crispé sur l’index moralisateur.

Mais le plus fascinant dans cette séquence reste la conviction intacte, presque admirable dans sa persévérance, que le rapport de force diplomatique demeure favorable à Paris. Cette certitude relève aujourd’hui moins de l’analyse géopolitique que de la nostalgie stratégique. Elle évoque ces officiers qui continuent de dessiner des cartes d’empires disparus pendant que le monde redessine ses alliances sans leur demander leur avis.

La France officielle parle encore à l’Algérie comme on parle à une ancienne dépendance qui tarderait à comprendre qu’elle ne l’est plus. Et lorsque la réalité contredit ce récit, elle choisit de s’adresser non pas à Alger, mais à son propre électorat, transformant chaque déclaration sur l’Algérie en exercice de politique intérieure maquillé en posture diplomatique.

Il y a dans cette mécanique une forme de tragédie comique. La France veut simultanément être partenaire, juge, mémoire officielle et autorité morale. Elle voudrait négocier tout en continuant d’enseigner, coopérer tout en distribuant les bons points, dialoguer tout en fixant seule les termes de la conversation. Autrement dit, elle tente de maintenir une relation adulte avec un vocabulaire paternaliste.

L’intervention répétée du ministère de l’Intérieur dans la gestion politique globale des relations franco-algériennes révèle finalement une vérité plus profonde : la diplomatie française semble avoir renoncé à comprendre l’Algérie autrement que sous l’angle du contrôle migratoire et sécuritaire. C’est une réduction intellectuelle spectaculaire, presque une abdication stratégique.

On ne construit pas une relation bilatérale avec des statistiques d’expulsions. On ne répare pas l’histoire avec des communiqués préfectoraux. Et l’on ne restaure pas la confiance en multipliant les injonctions diplomatiques habillées en gestes de bonne volonté.

Si la France souhaite réellement réinventer sa relation avec l’Algérie, elle devra accepter une mutation beaucoup plus inconfortable : abandonner le confort rhétorique de la supériorité supposée et reconnaître que le temps de la diplomatie verticale appartient au musée des illusions impériales.

En attendant, les déclarations ministérielles continueront probablement de produire ce spectacle familier : celui d’une puissance qui parle encore fort pour masquer le fait qu’elle n’est plus certaine d’être écoutée.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/


Déclassement, nostalgie coloniale et haine médiatique : pourquoi la France s’acharne sur l’Algérie :

Je reviens un peu sur la diffusion, le 22 janvier, par le service public français France 2, du numéro de Complément d’enquête intitulé « Rumeurs et coups tordus, la guerre secrète entre la France et l’Algérie » qui constitue un acte politique majeur à mon sens. Non pas une simple émission de télévision, non pas un exercice journalistique discutable, mais un moment de bascule, où la frontière entre information, propagande et règlement de comptes postcoloniaux a été délibérément franchie.

Car il faut appeler les choses par leur nom : ce programme ne documente pas une « guerre secrète », il la fabrique. Il ne révèle pas une hostilité, il l’organise. Il ne questionne pas le pouvoir, il sert une stratégie politique inscrite dans une séquence électorale française marquée par la panique, le déclassement et l’absence totale de projet.

Une hostilité construite, méthodique et assumée

Depuis l’été 2024, un climat délétère s’est progressivement installé dans le discours politique et médiatique français à l’égard de l’Algérie. Cette hostilité ne relève ni d’un malentendu diplomatique, ni d’un différend circonstanciel. Elle est structurelle, idéologique et historique. Elle s’inscrit dans la continuité d’un refus jamais digéré : celui de l’indépendance algérienne.

La coïncidence entre cette escalade et le séisme politique provoqué par les élections législatives de juin 2024 est tout sauf fortuite. La recomposition politique française, défavorable aux droites traditionnelles et aux extrêmes droites, a déclenché une stratégie de repli identitaire classique : désigner un ennemi extérieur, activer les peurs, réveiller les fantômes coloniaux et mobiliser l’inconscient collectif autour d’un récit national blessé.

Dans cette mécanique, l’Algérie occupe une place centrale. Elle cristallise à la fois la mémoire de la défaite coloniale, la question migratoire, l’islam, la souveraineté perdue et le ressentiment d’un empire déchu.

Le service public français comme relais idéologique

Que cette opération soit menée par un média public est particulièrement grave. Complément d’enquête a recyclé, sans nuance ni distance critique, des schémas narratifs hérités de la guerre coloniale :

  • un État algérien présenté comme intrinsèquement autoritaire,
  • des services soupçonnés de manipulations et de menaces,
  • une diaspora décrite comme instrumentalisée, voire prise en otage.

Ce récit n’est pas nouveau. Il est exactement celui qui, dans les années 1950, qualifiait le FLN d’organisation terroriste, criminelle, prédatrice, afin de délégitimer une lutte de libération nationale pourtant reconnue aujourd’hui par l’Histoire.

Les profils choisis comme témoins militants séparatistes, figures marginales, influenceurs notoirement hostiles à l’État algérien, ne relèvent pas d’un pluralisme malheureux, mais d’un choix politique assumé. Comme hier les harkis furent instrumentalisés contre l’Algérie indépendante, certains acteurs sont aujourd’hui recyclés comme leviers de déstabilisation symbolique.

Une diplomatie algérienne irréprochable, une accusation infondée

Il est essentiel de le rappeler avec force : l’Algérie n’a initié aucune escalade. Sa diplomatie est reconnue pour sa constance, son attachement au droit international, à la souveraineté des États et à la résolution pacifique des conflits. Elle entretient d’excellentes relations avec de nombreux partenaires européens, y compris membres de l’OTAN, ce qui ruine toute tentative d’isolement diplomatique.

La véritable rupture est venue de Paris. La reconnaissance unilatérale, en juillet 2024, de la « marocanité » du Sahara occidental par le président Emmanuel Macron constitue un acte de rupture délibéré, en violation des résolutions des Nations unies et de la position historique de neutralité française. Ce choix, effectué au lendemain d’une débâcle électorale, révèle sa nature réelle : un acte de politique intérieure, destiné à flatter des segments électoraux précis, au prix d’un conflit durable avec l’Algérie.

Le traumatisme post-impérial français

Au fond, cette offensive n’est pas dirigée contre l’Algérie en tant que telle. Elle est le symptôme d’un malaise français plus profond : un déclassement économique, diplomatique, militaire et symbolique que les élites françaises refusent d’assumer.

Dans leur imaginaire, ce déclassement commence avec la perte de l’Algérie. Ce traumatisme non résolu continue d’empoisonner leur rapport au monde. Incapables de rivaliser par la compétitivité économique, l’innovation ou l’offre politique, certains cercles rêvent encore d’un retour à une relation asymétrique, faite de dépendance, de pression et d’extraction de ressources, non plus par les canonnières, mais par la contrainte diplomatique, médiatique et collective.

Ne disposant ni des moyens militaires, ni des leviers économiques pour imposer leur volonté à l’Algérie, ces cercles cherchent à européaniser et otaniser le conflit, espérant entraîner l’Union européenne et l’Alliance atlantique dans une logique de coercition indirecte. Une stratégie vouée à l’échec, tant l’Algérie a diversifié ses alliances et consolidé sa position internationale.

L’Algérie face à la tempête

Face à cette guerre diplomatico-médiatique, l’Algérie doit opposer une ligne claire : ni naïveté, ni réaction émotionnelle. Cette offensive ira crescendo jusqu’aux élections présidentielles françaises de 2027, avant de s’éteindre, une fois l’objectif électoral atteint.

En attendant, l’Algérie avance. Elle se développe, s’industrialise, modernise ses infrastructures, renforce sa souveraineté énergétique, alimentaire et militaire. Pendant que certains médias français s’acharnent à caricaturer une « Algérie autoritaire », le pays construit patiemment les bases de son autonomie stratégique.

Se libérer définitivement du complexe colonial

Il est temps, pour les Algériens, de se débarrasser définitivement du complexe du colonisé. Le régime français qui s’agite aujourd’hui est un régime en perte de crédibilité internationale, en crise politique chronique, économiquement fragilisé et diplomatiquement aligné.

Répondre à ses provocations, c’est encore lui accorder une centralité qu’il ne mérite plus. La véritable réponse réside dans la constance, la souveraineté et la confiance en soi.

Car au bout du compte, cette agitation révèle moins la faiblesse de l’Algérie que la déliquescence d’un système politique français incapable d’assumer la fin de son monde.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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France Télévisions et l’Algérie : le service public joue une comédie tragique

La France et l’Algérie, toujours à se croiser comme deux acteurs d’un drame mal écrit, toujours à se chercher, à se provoquer, à se décevoir. Dernier acte : France Télévisions, le bien-aimé service public, a décidé de faire disparaître du plateau les vérités trop bruyantes de Xavier Driencourt, ancien ambassadeur à Alger, sous prétexte d’un « manque de créneau horaire ». Rien que ça.

Ah, l’élégance de la censure déguisée en contrainte logistique ! Il faut avouer que le couperet sonne plus chic sous des airs de calendrier mal rempli que sous le nom plus brutal de « censure ».

En guise de compensation, la chaîne nous sert Stéphane Romatet, l’actuel ambassadeur. Pondéré, poli, calibré. La caution diplomatique qui rassure Paris, qui apaise l’ego des journalistes et qui endort le téléspectateur frileux. Quelques phrases anodines de Driencourt sur l’agent Sansal pourront peut-être glisser, histoire de faire croire que tout le monde a droit à la parole, mais la vérité, elle, est bien coincée sous le tapis de la bienséance.

Voilà le service public : entre spectacle et travestissement de l’information.

Et cerise sur le gâteau : tout cela arrive après que l’APS, l’agence de presse algérienne, a déclenché un feu nourri contre l’émission. Selon elle, Driencourt, « obsédé par l’Algérie », transforme le pays en cible médiatique, troque la rigueur journalistique contre les fantasmes les plus rances de l’extrême droite et fait de l’Algérie un fonds de commerce sensationnaliste.

L’APS ne mâche pas ses mots : France Télévisions a choisi de vendre du scandale au lieu de faire du journalisme. Et le public, lui, applaudit le feuilleton.

Mais ne nous leurrons pas : l’apaisement de Paris n’est rien d’autre qu’une mise en scène diplomatique. Derrière les communiqués policés et les interviews calibrées, la France joue sa comédie : montrer qu’elle tend la main et, si ça coince, accuser l’autre. Une mécanique vieille comme le monde, où la faiblesse devient vertu et la panique stratégie. Les téléspectateurs, eux, digèrent les titres racoleurs et le suspense fabriqué, sans voir les dossiers lourds qui continuent de dormir dans les tiroirs : le Sahara occidental, les réseaux d’influence, la question mémorielle… rien n’a bougé.

Et pendant ce temps, l’Algérie a changé d’époque. La France n’est plus la puissance tutélaire, ni le passage obligé, ni la clé de voûte de la région. L’Algérie avance, calculant ses intérêts stratégiques à long terme, déjouant le double langage et renvoyant les postures françaises dans les poubelles de l’Histoire. L’apaisement de Paris ?

Une comédie médiatique. L’Algérie, elle, avance en silence, avec méthode et patience, loin des projecteurs et des scripts racoleurs.

France Télévisions, en choisissant le confort du consensuel et la sécurité diplomatique, a montré l’étendue de sa paresse intellectuelle et morale. La vérité ? Accessoire. L’audience ? Priorité. Les buzz et scandales fabriqués ? Fondement de la programmation. Pendant ce temps, l’Algérie ne se laisse plus instrumentaliser, elle ne se laisse plus infantiliser par le double langage français. L’apaisement verbal peut parfaitement coexister avec la pression feutrée : elle ne se trompe pas.

Il faut le dire sans détour : la France est en retard d’une époque. Elle tente de réparer une relation abîmée avec des gestes théâtraux et des promesses creuses, alors que la réalité a changé. L’Algérie ne cherche pas la rupture, mais elle refuse le double langage et l’instrumentalisation de sa souveraineté pour des débats internes français. L’époque où Alger absorbait toutes les tensions pour préserver le lien est révolue. Aujourd’hui, la relation se mesure à l’aune des intérêts réciproques, froide et calculée.

Et France Télévisions continue sa tragédie : transformer un feuilleton diplomatique en spectacle de boulevard, en accumulant clichés, scandales fabriqués et rumeurs savamment montées. Driencourt absent, Romatet omniprésent : la chaîne choisit le spectacle à la vérité, la sécurité à la responsabilité. Pendant que le public regarde, l’Algérie, elle, joue sur le temps long, souveraine et lucide, sans se laisser impressionner par les plateaux, les titres et les buzz.

En somme, France Télévisions ne fait pas que trahir l’exigence journalistique : elle révèle l’ampleur du mépris pour l’intelligence critique du spectateur et de la réalité politique. Et à la fin, le spectacle se retourne contre ceux qui l’organisent. La vérité, elle, finit toujours par percer. Et quand elle surgit, la France se retrouve, comme toujours, avec ses gestes hypocrites, ses belles paroles et ses comédies diplomatiques, face à une Algérie qui a déjà changé de monde.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Algérie : la litanie anti-algérienne, récit automatique et relais médiatique du Makhzen marocain :

 

Derrière la condamnation de Christophe Gleizes, une critique mécanique de l’Algérie se répète. Une tribune dénonçant un rituel idéologique amplifié par la presse marocaine.

Il ne s’agit plus de critique. Il ne s’agit même plus de polémique. Ce que l’on lit, une fois encore, à propos de l’Algérie et de l’affaire Christophe Gleizes relève d’un rituel parfaitement rodé, d’une mécanique idéologique répétitive où la conclusion précède toujours l’analyse. Un texte interchangeable, écrit d’avance, auquel il ne manque que le nom du prétexte du jour. Le journaliste change. Le contexte varie. Le verdict, lui, reste immuable : l’Algérie est coupable par nature.   

Une liturgie médiatique bien huilée
Tout y est. Les mots-clés obligatoires. Les indignations automatiques. Les accusations générales, jamais étayées. La disqualification morale préalable qui dispense d’examiner les faits. Ce n’est pas une pensée, c’est une chorégraphie. Une mise en scène où chacun joue son rôle : le polémiste français, le diplomate recyclé en oracle, et surtout, la presse marocaine, toujours prompte à reprendre, amplifié, surjoué. Non pas pour informer, mais pour savourer.
Car dans cette affaire, la presse marocaine ne joue pas un rôle secondaire. Elle est la chambre d’écho enthousiaste, celle qui transforme une tribune idéologique en vérité régionale supposée. Ce n’est pas un hasard. C’est une ligne éditoriale.

Le droit ? Un détail encombrant
Dans ce texte, le droit est soigneusement évacué. Trop contraignant. Trop précis. Trop susceptible de fissurer le récit.
Or le fait est simple, brut, universel : exercer une activité journalistique sous couvert d’un visa touristique constitue une infraction dans la quasi-totalité des États souverains. En Europe. En Afrique. Au Maroc lui-même.
Mais quand l’Algérie applique sa loi, on ne parle plus de droit. On parle de « despotisme ». Quand d’autres le font, on invoque la sécurité nationale. Ce double standard n’est pas une erreur d’analyse : c’est une posture idéologique assumée.

La Kabylie, réduite à un accessoire narratif
La Kabylie n’est ici ni comprise ni respectée. Elle est instrumentalisée. Réduite à une abstraction commode, à un décor symbolique servant à charger l’acte d’une portée dramatique artificielle.
Le MAK est qualifié de « folklorique » tout en étant présenté comme une menace stratégique majeure. Cette contradiction flagrante n’est jamais interrogée. Pourquoi ? Parce que l’objectif n’est pas de comprendre la réalité kabyle, mais de l’utiliser contre l’État algérien.
C’est une confiscation de parole. Une négation de la pluralité kabyle. Une réduction insultante d’une région complexe à un slogan politique importé.

La justice algérienne : coupable avant jugement
Le mot revient comme un mantra : « justice politique ». Aucune analyse du jugement. Aucun examen des chefs d’accusation. Aucun texte de loi cité. Rien.
On ne critique pas une décision, on nie l’existence même d’un appareil judiciaire légitime. La justice algérienne n’est pas faillible : elle est illégitime par essence. Voilà le postulat. Tout le reste en découle.
C’est une vision profondément paternaliste, héritée d’un imaginaire où seuls certains États auraient le monopole du droit, et où les autres ne feraient que simuler.
La France comme boussole morale universelle
Comme toujours, Paris est convoquée. Le président français. Les anciens ambassadeurs. Les experts auto-proclamés de l’âme algérienne. Le message est clair : l’Algérie est sommée de rendre des comptes non à ses citoyens, mais à l’ancienne puissance coloniale.
C’est là que la critique devient obscène. Car sous couvert de défense des libertés, elle reconduit une hiérarchie implicite des souverainetés. Certaines seraient conditionnelles. D’autres naturelles.

La presse marocaine : relais militant, non observateur
Et pendant ce temps, la presse marocaine applaudit. Relaye. Amplifie. Déforme parfois, mais toujours dans le même sens. Chaque condamnation en Algérie devient preuve du « régime ». Chaque fait divers se transforme en symptôme. Chaque tribune hostile est élevée au rang d’analyse définitive.
Il ne s’agit plus d’information. Il s’agit d’un contentieux politique régional, recyclé en discours médiatique. Le ressentiment géopolitique se travestit en journalisme.
Ce n’est pas un hasard si ces textes y trouvent un tel écho. Ils confirment ce que l’on veut entendre. Ils nourrissent une narration concurrentielle où l’Algérie doit apparaître comme l’échec permanent pour que d’autres puissent se proclamer modèles.

Ce texte n’est pas une critique. C’est une récitation.
Une récitation paresseuse, confortable, sans risque intellectuel. Elle ne cherche pas à comprendre. Elle cherche à confirmer. Elle ne questionne pas. Elle assène.
L’Algérie est critiquable. Profondément. Comme tous les États. Mais la critique suppose un effort : celui de la rigueur, du droit, de la complexité. Ce texte, et ceux qui le relaient avec gourmandise, ont choisi une autre voie : celle du mépris recyclé.

À force de répéter la même litanie, ils ont fini par confondre l’écho avec la vérité. je pense qu’il n’y a rien de surprenant dans cette attitude, à moins nous soyons assez aveugles (intellectuellement, bien entendu) pour voir le monde qui nous entoure, comme une réalité où les intérêts de tout le monde convergent avec les intérêts de tout le monde et où tout le monde recherche le bonheur de tout le monde, bref, un monde des Bisounours.

A/Kader Tahri   chroniqueur engagé et observateur inquiet                                                                  « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme https://kadertahri.blogspot.com/
 
 

France/ Algérie : mémoire coloniale Une dérive persistante : du communautarisme à l’exclusion

 

En 2025, le discours politique français reste marqué par une vision biaisée de son passé colonial. Le communautarisme, souvent dénoncé comme un danger, est pourtant une conséquence directe d’une histoire marquée par l’exclusion ethnique, religieuse et culturelle. Cette dérive nourrit encore aujourd’hui des antagonismes artificiels.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le communautarisme est une dérive de l’appartenance communautaire, cette dérive peut être « ethnique, religieuse, culturelle, sociale, politique, mystique», pour engendrer volontairement des confusions et des antagonismes de communautés.

Les français ne voient pas leurs crimes, mais charriant leurs lots de propos haineux et de mots dégradants contre des peuples qui ont failli être décimés par les aïeuls de ces mêmes castes réactionnaires.

Affirmer que la nation algérienne ne pouvait pas exister avant la colonisation, c’est reprendre le discours xénophobe des années 1930. La première tradition remonte à Charles Maurras, un traditionaliste chauvin et misogyne qui, était très hostile à l'idée de l'origine franque germanique de la noblesse française et par la suite il identifiait les «juifs, les protestants et les métèques» comme ennemis de la nation. Aujourd’hui, la place de l’ennemi revient aux musulmans, Arabes et Noirs.

Un héritage colonial qui refuse de mourir

De la rhétorique des années 1930 à celle des cercles politiques actuels, l’Algérie reste la cible d’un discours paternaliste. L’idée que la nation algérienne n’existait pas avant la colonisation n’est rien d’autre qu’une réécriture xénophobe de l’histoire. La France colonial restera fidèle à ses idées, et à ses haines pour nous apprendre que les Français ont droit à un État, parce qu’ils forment une nation qui existe depuis toujours; pas les Algériens qui, par conséquent, doivent être maintenus dans le statut d’indigènes, euphémisme désignant un système d’apartheid caractérisé. Au mieux peut-on leur offrir une assimilation très sélective.

Or, l’assimilation, hier comme aujourd’hui, signifie l’exclusion et le déni !!!! 

Ceci dans la mesure où elle exige la négation de soi, à l’image de ces figures de l’immigration qu’on complimente dans les médias, romanciers, journalistes, chroniqueurs ayant pour point commun de tenir un discours de haine contre les Algériens, empaillant tous les clichés racistes. À l’image de ce romancier qui ne s’est pas senti humilié par les propos du président français, mais par la réaction des Algériens à ces propos, ceci tient la part du lion dans le tableau des techniques et manières de procéder qui s’inscrivent dans le jeu politique.

Macron et la rhétorique coloniale

Les propos récents du président français sur l’inexistence de la nation algérienne avant 1830 s’inscrivent dans une longue tradition de négation historique. Comme l’explique l’historien Gilles Manceron, l’Algérie existait bien avant l’arrivée des Français, même si ses frontières modernes n’étaient pas encore fixées. J’ai été choqué ! C’est de l’ingérence pure et simple! D’une manière tout à fait décontractée, qui à défaut d’être légitime, a eu le mérite de réveiller la véritable nature cynique, nauséabonde, d’intellectuels qui s’efforcent de singer à qui mieux au mieux, en prêtant à tous les algériens une prétendue haine anti-française qui arrange bien leur discours inculte, nourri de abrégés aberrants aux accents zemouriens écœurants et permettre en sus, une fois encore, de donner la leçon…

En parlant des relations conflictuelles entre l’Algérie et la France, je préfère revenir à la genèse de l’esprit étatique français. Le mensonge que la France impériale et colonialiste a toujours véhiculé auprès de son peuple et aussi aux yeux de peuples du monde, est le soit disant message universelle des droits de l’homme mais la réalité est toute autre. C’est mensonge sur mensonge. Et pour cela et sans se fatiguer, l’histoire elle-même nous procure des milliers d’exemples qui le prouvent.

Exploiter l’immigration comme un présage apocalyptique, participé à une vision manichéenne Française Et, mère de toutes les batailles communautaristes, prôner la primauté  du groupe colonial et le bienfait colonial.

Mémoire algérienne contre amnésie française

En Algérie, la mémoire de la guerre de libération reste vive, lucide et assumée. En France, au contraire, le souvenir colonial est minimisé, fragmenté, et rarement reconnu dans toute son ampleur. C’est cette différence d’attentes qui alimente encore les tensions diplomatiques. Les français se sont conduits à traverser les siècles et se conduisent encore aujourd'hui comme des barbares, cruels, sans pitié qui ont volé les territoires de leurs colonisés, les ont réduits en esclavage, ont pillé leurs richesses naturelles et ont imposées par la force de leur religion, leurs langues, leurs cultures, incapables d'appréhender des réalités ou des concepts qui sortent de leur domaine de compétence. C'est assez marrant.

En Algérie, c'est différent. C'est une mémoire collective qui reste vivante avec plus de capacité à regarder ce passé avec lucidité. L’Algérie demande uniquement la reconnaissance de ce passé dans son entièreté, y compris dans ses zones d'ombres et se moque éperdument des histoires pseudo mémorielles. Il sera plus facile de normaliser les rapports avec la France sur d'autres sujets.  

C’est beaucoup de naïveté et d’amateurisme qui conduit cette politique qui vise avant tout à faire croire aux français qu’il agit d’une politique, témoigne de la faiblesse morale de l’orateur. L’air actuel est à l’insulte, le mépris, la haine de tout ce qui vient du sud spécialement d’Algérie.

Si on veut normaliser nos rapports avec la France, il faudra en passer par la reconnaissance d'une histoire partagée. L'Algérie est plus attachée à cette mémoire qui est pour elle l'âme et l'identité du peuple algérien. Pour la France, la guerre d'Algérie n'a pas été autant une tragédie. Elle l'a été pour des individus, mais pas pour la France dans son ensemble, ni pour sa population.

Entre reconnaissance et hypocrisie

Si on veut normaliser nos rapports avec la France, il faudra en passer par la reconnaissance d'une histoire partagée. L'Algérie est plus attachée à cette mémoire qui est pour elle l'âme et l'identité du peuple algérien. Pour la France, la guerre d'Algérie n'a pas été autant une tragédie. Elle l'a été pour des individus, mais pas pour la France dans son ensemble, ni pour sa population. Normaliser les relations entre Paris et Alger passe nécessairement par la reconnaissance des crimes coloniaux. Or, le double discours français entre excuses symboliques et inertie politique entretient une méfiance profonde.

Conclusion : solder le passé pour construire l’avenir

L’histoire partagée entre la France et l’Algérie est complexe, douloureuse, mais incontournable. En 2025, persister dans le déni colonial ne fait que prolonger les rancunes. Ce n’est pas de repentance qu’il s’agit, mais de lucidité. Tant que cette étape ne sera pas franchie, les relations franco-algériennes resteront prisonnières du passé.

C’est dire à quel point le Peuple Algérien n’a jamais perdu ses repères en dépit des vicissitudes de l’histoire ce sont là les fondements de sa fierté légendaires Quant à la morale bien-pensante sur la culture et la civilisation, aucune leçon à recevoir d’un pays qui refuse d’assumer ses responsabilités envers sa propre histoire.

J'ai dit un peu de regret, mais sans trop en faire, en fait tout simplement un regard lucide sur notre histoire partagée. C'est la meilleure démarche pour entamer une nouvelle page des rapports entre la France et l'Algérie. Il ne s'agit pas de faire pénitence, ni de faire fausse repentance, mais de solder certains comptes mémoriels, lucidement. C'est encore probablement trop tôt. La France est  aujourd'hui un  pays malade et une analyse dépassionnée est impossible. Ce sont des polémistes, des charlatans, des alchimistes, qui croient dur comme fer à la nation française, qui en fait ne se rapporte à aucune substance ; elle est aussi artificielle, imaginée, et portée sur l’exclusion que n’importe quelle autre. Elle n’existe qu’en tant que biais cognitif dans l’esprit de ceux qui en font l’aiguillon d’un projet politique aujourd’hui totalement anachronique.

Un peu d’histoire, la France fut un produit de plus réactionnaire. La réalité est que la France est un État territorial dont la population est le fruit de brassages historiques qui empêchent de croire à quelque pureté des origines ou à quelque définition substantielle de la nation française.

Kader Tahri
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