Sahara occidental : quand la raison d'État enterre le droit des peuples
Entre condamnations de l'ONU et complaisance
diplomatique, le cas Asfari révèle les limites des grands discours occidentaux
sur les droits humains.
Naâma Asfari
a entamé une grève de la faim. Voilà seize ans qu'il est emprisonné pour son
engagement en faveur de l'indépendance du Sahara occidental. Seize ans. Une
durée qui dépasse la sanction pour entrer dans une autre logique : celle de
l'épuisement d'un homme devenu symbole d'une cause que beaucoup préféreraient voir
disparaître du débat public.
Pendant ces
seize années, des gouvernements se sont succédé, des ministres ont changé de
portefeuille, des présidents ont multiplié les déclarations sur les libertés
fondamentales. Naâma Asfari, lui, est resté derrière les barreaux.
Son cas
illustre une réalité rarement assumée : tous les prisonniers politiques ne
bénéficient pas de la même attention.
Certains
deviennent des emblèmes internationaux. D'autres sont relégués dans les marges
de l'actualité, là où les principes s'effacent devant les intérêts
diplomatiques.
Pourtant,
les alertes ne manquent pas. Les Nations unies ont dénoncé à plusieurs reprises
sa détention arbitraire. Des instances internationales ont documenté des
accusations de torture, d'isolement prolongé et de violations des droits
fondamentaux.
Mais
lorsqu'une cause devient diplomatiquement inconfortable, les condamnations
officielles finissent souvent rangées dans les archives, entre deux communiqués
sur l'État de droit.
Le Sahara
occidental agit depuis des décennies comme un révélateur politique. Il expose
les contradictions d'un système international qui invoque volontiers le droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes, sauf lorsque ce principe risque de
perturber des alliances stratégiques ou des équilibres régionaux.
La France
illustre parfaitement cette ambiguïté.
Dans les
discours, Paris défend les libertés, le droit international et les droits
humains. Dans les faits, les impératifs géopolitiques imposent souvent une
hiérarchie discrète entre les causes qu'il convient de soutenir et celles qu'il
vaut mieux contourner.
La
diplomatie moderne possède son propre vocabulaire pour désigner ces
renoncements : stabilité régionale, partenariat stratégique, coopération
renforcée, convergence d'intérêts.
Autant de formules
élégantes qui permettent parfois d'éviter la question essentielle : que valent
les principes lorsqu'ils deviennent politiquement coûteux ?
Pendant ce
temps, Naâma Asfari mène son combat avec ce qu'il lui reste : son propre corps.
La grève de
la faim est le langage des oubliés. Le recours ultime de ceux dont la parole ne
trouve plus d'écho dans les institutions censées la protéger.
Au-delà de
son destin personnel, son affaire interroge la crédibilité des démocraties
occidentales lorsqu'elles prétendent défendre universellement les droits
humains.
Car
lorsqu'un principe ne s'applique qu'aux dossiers politiquement rentables, il
cesse progressivement d'être un principe pour devenir un instrument.
Et
lorsqu'une liberté dérange davantage qu'une injustice, c'est généralement la
liberté qui finit derrière les barreaux.
À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) !
sur https://wahrani31.substack.com/
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
