Affichage des articles dont le libellé est Liberté de la presse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Liberté de la presse. Afficher tous les articles

Affaire Christophe Gleizes : un prétexte à l’arrogance médiatique du Makhzen

Sous couvert de défendre un journaliste français détenu en Algérie, une partie de la presse marocaine s’est lancée dans une opération bien connue : transformer une affaire judiciaire complexe en tribunal idéologique contre l’État algérien, avec menaces, chantage symbolique et jubilation punitive.
L’article intitulé « plier ou subir une éjection du Mondial 2026, l’Algérie a (déjà) choisi » ne relève ni de l’analyse ni de l’information. Il relève de la mise en scène d’une capitulation attendue, présentée comme une humiliation méritée.

Il faut le dire clairement : ce texte ne défend pas la liberté de la presse, il défend un rapport de domination.

La FIFA, nouvelle police morale du monde ?

L’argument central de cette tribune repose sur une fable : la FIFA serait devenue une autorité morale mondiale, prête à sanctionner un État pour une violation des droits humains.
C’est non seulement faux, mais indécent.

La FIFA : a fermé les yeux sur des milliers de morts sur les chantiers du Mondial au Qatar, collabore sans sourciller avec des régimes autoritaires, n’a jamais exclu un pays pour emprisonnement de journalistes, même massif.

Brandir aujourd’hui la menace d’une exclusion de l’Algérie relève soit de l’ignorance crasse, soit de la manipulation consciente. La FIFA n’est pas un tribunal des droits humains. Elle est une organisation d’intérêts, profondément politique quand cela l’arrange, silencieuse quand cela rapporte.

Le football comme arme de chantage collectif

L’idée selon laquelle l’équipe nationale algérienne serait la “vitrine” d’un régime qu’il faudrait punir est une insulte : aux joueurs, aux supporters, à un peuple qui vit le football comme un espace d’émotion et d’unité, pas comme un instrument de pouvoir.

Menacer d’exclure une sélection nationale d’une Coupe du monde pour faire pression sur un État, c’est punir collectivement une population au nom d’une morale à géométrie variable.
C’est exactement le contraire d’un combat pour les droits humains.

Une indignation sélective, donc discréditée

Pourquoi cette mobilisation spectaculaire ?
Pourquoi cette pression médiatique ?
Pourquoi cette rhétorique quasi belliqueuse ?

La réponse est simple : le rapport de force est jugé favorable.

Des journalistes croupissent en prison : en Égypte, en Turquie, au Maroc, en Arabie saoudite.

A-t-on vu la FIFA débarquer dans leurs procès ?
A-t-on lu des éditoriaux annonçant leur humiliation sportive ?
Non.

Ce deux poids deux mesures, suffise à disqualifier moralement le discours tenu contre l’Algérie.

Le texte incriminé ne se contente pas de critiquer une décision judiciaire. Il adopte un ton de mépris constant : “régime irrationnel”, “puéril”, “se déculotter”.

Ce vocabulaire n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une longue tradition où l’Algérie est sommée de : céder, s’expliquer, se justifier, puis s’humilier.

Ce n’est plus une défense d’un journaliste. C’est une jouissance politique, celle de voir un État anciennement colonisé placé sous tutelle morale permanente.

Mais une cause juste ne se défend pas par des méthodes injustes.
Transformer un journaliste en levier de chantage sportif et diplomatique est une faute politique grave y compris envers lui.

Conclusion

À force de menacer, de moraliser et d’exiger des capitulations publiques, certains éditorialistes oublient une réalité dérangeante : la défense des droits humains ne supporte ni le deux poids deux mesures, ni l’amnésie sélective.

Car pendant que l’on brandit l’affaire Christophe Gleizes comme un étendard pour exiger l’humiliation politique et sportive de l’Algérie, le silence est assourdissant sur d’autres injustices, pourtant flagrantes, documentées et actuelles.

À 83 ans, gravement malade et détenu à l’isolement, Mohamed Ziane mène une grève de la faim dans les prisons marocaines. Ancien ministre délégué aux droits de l’homme, avocat, ancien bâtonnier du barreau de Rabat et figure centrale de la vie politique marocaine, il incarne aujourd’hui une vérité que beaucoup préfèrent taire : au Maroc aussi, la justice est devenue une arme politique, utilisée pour neutraliser les voix critiques et régler des comptes politiques.

Son état de santé est alarmant. Sa détention est indéfendable.
Et pourtant, malgré l’intervention formelle du Comité des droits de l’homme des Nations unies, qui a demandé un aménagement de peine pour des raisons humanitaires et médicales dans l’attente de l’examen au fond de la plainte déposée par l’ONG AlKarama, les autorités marocaines ont choisi le passage en force. Pire : cette demande onusienne a été suivie non d’un geste d’apaisement, mais de la réactivation opportune d’une nouvelle procédure judiciaire, fondée sur un supposé détournement de fonds datant de 2015. Une manœuvre transparente. Un acharnement judiciaire assumé.

Où sont alors les éditoriaux indignés ?
Où sont les menaces d’exclusion sportive ?
Où est la FIFA, soudain si concernée par la morale judiciaire ?

Ce silence révèle l’essentiel : ce qui est dénoncé n’est pas l’injustice, mais l’injustice commise par les “mauvais” États. Les autres bénéficient d’une indulgence stratégique, d’un mutisme complice, voire d’une protection médiatique.

La liberté de la presse, la dignité humaine et l’État de droit ne sont pas des armes à dégainer contre des adversaires géopolitiques, puis à rengainer face à des alliés. Elles sont indivisibles ou elles ne sont rien.

À défaut de cette cohérence minimale, les grandes envolées morales ne sont plus que ce qu’elles sont réellement : des instruments de pression politique, habillés du vocabulaire des droits humains. Et c’est précisément cette instrumentalisation qui, loin de faire avancer la justice, la discrédite.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Génocide à Gaza : tuer le messager ne tuera jamais le message

 

Depuis le 7 octobre 2023, Gaza est une zone fermée aux journalistes internationaux. Les seules voix capables de relater les bombardements, les destructions et les famines sont celles des reporters palestiniens, enracinés dans leur territoire, travaillant souvent pour de grands médias mondiaux comme CNN, l’AFP ou Al Jazeera. Pourtant, ces journalistes sont devenus des cibles directes : assassinés, menacés, ou décrédibilisés. En les réduisant au silence, c’est la réalité du peuple palestinien qui disparaît de l’espace médiatique.

La stratégie de la calomnie et du discrédit

Comme le disait Francis Bacon : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Cette maxime s’applique tragiquement aux journalistes de Gaza.
Le gouvernement israélien, relayé par certains relais médiatiques complaisants, justifie chaque frappe mortelle en accusant les reporters de « liens avec le Hamas ». Une mécanique bien huilée : des photos issues de téléphones ou de réseaux sociaux, fournies par une « cellule de légitimation » du renseignement, servent à construire des accusations sans preuve.
Tous les Palestiniens sont accusés de mentir systématiquement et cette accusation  globale d'être "un terroriste" est méthodiquement utilisée pour justifier les massacres à Gaza, comme l'a dénoncé à plusieurs reprises RSF. L’armée israélienne affirme toujours, elle visait spécifiquement des « terroristes » utilisant un drone mais sans jamais étayer ces affirmations

On est tous des terroristes dans les yeux des Israéliens et surtout de l'armée d'occupation, mais tuer le messager ne tuera jamais le message" a martelé le journaliste palestinien francophone, Rami Abou Jamous, depuis Gaza.  

Grâce à des documents inédits issus de plusieurs ministères israéliens, montrent la stratégie déployée par le gouvernement d’Israël pour organiser son impunité devant les juridictions internationales. Et comment certains journalistes palestiniens, ou les ONG qui les défendent, sont accusés de terrorisme.

Cette propagande vise à déshumaniser les journalistes, pour mieux légitimer leur élimination. Mais la réalité est claire : ces professionnels informent, ils ne militent pas.

Menaces directes : « On sait où vous êtes »

Au-delà de la propagande, l’intimidation est directe. Nombre de reporters de Gaza ont reçu sur WhatsApp ce message glaçant de l’armée israélienne : « On sait où vous êtes, vous vous taisez ou on vous cible. »Ce n’est plus seulement une guerre militaire, c’est une guerre contre l’information. Empêcher les témoins, c’est empêcher la vérité. Empêcher la vérité, c’est laisser le champ libre au mensonge.

La mobilisation des journalistes français

Face à ces assassinats, les syndicats de journalistes français (SNJ-CGT, SNJ, FO, CFDT) et une quarantaine de sociétés de journalistes (SDJ) ont pris position.
Ils dénoncent un « massacre organisé », une volonté délibérée de réduire au silence ceux qui témoignent. Ils exigent :

  • des enquêtes internationales indépendantes ;
  • la garantie de la sécurité des journalistes sur place ;
  • l’exfiltration des reporters palestiniens liés à des médias français ;
  • l’ouverture de Gaza à la presse internationale.

Leur message est clair : les campagnes de décrédibilisation doivent cesser. Ces journalistes, qui risquent leur vie chaque jour, méritent respect et soutien, pas suspicion.

En assassinant des journalistes, on assassine la liberté de la presse

Chaque journaliste tué à Gaza n’est pas seulement une victime individuelle. C’est un fragment de vérité qu’on enterre, une voix qu’on étouffe, une mémoire collective qu’on efface.
En assassinant les journalistes, on assassine la liberté de la presse. En assassinant la liberté de la presse, on assassine la vérité.
Et sans vérité, l’opinion publique mondiale reste aveugle face au génocide en cours, aux destructions massives, à la famine imposée.

Un devoir de solidarité et de vérité

Je m’associe à cette mobilisation. Car défendre les journalistes de Gaza, c’est défendre bien plus que des vies. C’est défendre :

  • la liberté d’informer, socle de toute démocratie ;
  • la mémoire des victimes palestiniennes ;
  • le droit des peuples à la vérité, face aux mensonges d’État.

Il ne s’agit pas d’un conflit lointain. C’est un enjeu universel : si nous tolérons qu’on exécute des journalistes à Gaza dans l’indifférence, alors demain, partout dans le monde, la presse pourra être réduite au silence.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/