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Territoires Occupés de la Palestine : quand la presse parisienne joue les commis de la colonisation : (Archives)

Ah ! Qu’il était beau, le Président Français, drapé dans sa chlamyde de grand commandeur du Droit International à la tribune de l’ONU ! La voix trémolante, le regard fixé sur la ligne d’horizon des sondages en berne, il est venu porter la Bonne Parole aux sauvages : « Dites donc, en Cisjordanie, c’est pas très joli-joli, et puis d’abord le Hamas y est pas ! »

Scandale ! Hérésie ! Blasphème en direct sur BFM !

Aussitôt, dans les rédactions parisiennes aux moquettes épaisses et aux éditorialistes en béton armé, ce fut le branle-bas de combat. Pensez donc : rappeler un fait géographique élémentaire  à savoir que la Cisjordanie est administrée par l’Autorité palestinienne et quadrillée par l’armée israélienne, c’est quasiment de la haute trahison envers le manuel de bien-pensance du parfait petit colonisateur !

Au Figaro, on a tout de suite sorti les pelles à purin pour ramasser les réactions de LFI. « Regardez, même Mélenchon dit que c’est un Tartuffe ! » gloussent les rédacteurs en chef, ravis de pouvoir faire d’une pierre deux coups : taper sur le Président gesticulateur tout en évitant soigneusement de prononcer les mots « colonisation », « blocus » ou « droit international ». Bah oui, ma bonne dame, si le type qui vend des armes le mardi déplore les morts le mercredi, ce n’est pas un problème de bombardement, c’est un problème de com’ !

L'angle du Figaro consiste à instrumentaliser les réactions politiques en l'occurrence celles de La France Insoumise  pour cadrer l'intervention de Macron non pas sur le fond du droit international, mais sous l'angle du spectacle politique et du double jeu.

La rhétorique du procès en insincérité : En mettant en avant les qualificatifs de « Tartuffe » ou de « comédien », l'article déplace le débat : on ne parle plus de la colonisation ou du statut de la Cisjordanie, mais de la posture morale du Président.

L'évitement du sujet de fond : Le Figaro s'appuie sur la critique d'opposition pour invalider le constat de fait posé par le chef de l'État (l'absence de pouvoir structurel du Hamas en Cisjordanie occupée). L'argumentation vise à disqualifier la parole publique française en la réduisant à un simple calcul électoraliste ou diplomatique sans portée réelle.

L'éditorial du Point adopte une stratégie d'alignement sémantique avec la communication officielle du gouvernement israélien (qui a qualifié les propos de Macron d'« absurdité grotesque »).

Le piège du mot-clé : L'article isole une formule ou un mot du discours pour faire sauter tout le contexte géopolitique. En isolant l'affirmation selon laquelle le Hamas n'est pas aux commandes en Cisjordanie, l'éditorial cherche à faire passer un fait territorial et politique pour une faute morale ou une omission coupable.

La légitimation du récit sécuritaire : L'imposture de cette grille de lecture réside dans l'assimilation permanente de toute la population palestinienne et de tous ses territoires à une menace terroriste globale, permettant de justifier l'extension des colonies et l'occupation militaire sous couvert de légitime défense.

 

Au Point, on frôle l'infarctus du myocarde. Trouver « le mot qui annule tous les autres » ! Quel suspense ! On attendait le décodage d'un manuscrit de la mer Morte, on a juste eu droit au habituel numéro d'équilibrisme : expliquer que constater l'absence de régiment du Hamas sous les oliviers de Jénine, c’est limite faire l’apologie du terrorisme. Selon la presse des salons, quand un bulldozer rase une maison à Hébron, c'est forcément pour débusquer un tunnel sous l'évier. Si l'évier est vide ? C'est que le tunnel était bien caché !

Et comme si le duo ne suffisait pas, le Journal du Dimanche est entré dans la danse en traînant ses grosses bottes de treillis. Depuis que le JDD a troqué sa plume d'information dominicale pour le képi d'un régiment d'infanterie, on n'y va plus avec le dos de la cuillère ! Pour le foudroyant gratte-papier de service, les mots du Président ne sont rien de moins qu’une « absurdité grotesque », reprenant au mot près, en bons toutous de garde, le communiqué vengeur transmis directement depuis le bureau de Bibi Netanyahou.

Au JDD, on jubile : Bibi cite la Bible, parle de « Judée-Samarie », et le journal valide en hochant gentiment la tête, ravi d’apprendre que le droit international se lit désormais dans l'Ancien Testament. Macron ose qualifier le drame humain à Gaza de « spectacle qui nous fait honte » ? Vaine agitation diplomatique, tranche le JDD ! Pensez donc, réclamer la paix et le respect des frontières, quelle drôle d'idée quand on peut juste envoyer des bulldozers annexer deux collines de plus sous couvert de légitime défense.

Mais le plus croustillant dans cette farce tragique, c'est la performance DU Président Français qui  nous fait le coup du désarroi moral à New York, pendant qu'à Paris, les livraisons d'armes et la coopération militaire se poursuivent dans le plus grand des calmes, au mépris des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale. On condamne les larmes aux yeux le matin, on valide les traités commerciaux l'après-midi, et le soir on s'étonne que personne ne rigole à la pièce.

Résultat des courses : une presse d'opinion aux abois qui nous explique avec gravité que la réalité est une fake news, un gouvernement israélien qui hurle à l'outrage dès qu'on ne lui tend pas le tapis rouge, et un Président français qui continue de flotter au-dessus du vide, persuadé qu'une belle formule diplomatique équivaut à sauver des lives.

Allez, rideau ! Et n'oubliez pas d'acheter vos journaux dimanche : on vous expliquera gentiment que la paix est un concept dépassé et que le bombardement préventif est bon pour le commerce !

Moralité ; Aveuglement des médias et des politiques sur la situation à Gaza et en Cisjordanie … Gaza est un champ de ruines et des milliers milliers de morts … la loi du plus riche et du plus fort … la loi de la force contre la loi du droit ! Rien de nouveau !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

 

 

La reconnaissance de l’État palestinien: Les docteurs en diplomatie du salon d’en face : (Archives)

On croyait le papier journal bon pour le recyclage ou l’emballage du poisson frais ; c’était sans compter sur les casuistes de la réaction galopante, toujours prompts à nous offrir de grandes leçons de géopolitique avec l’élégance intellectuelle d’un char d’assaut. Un an après la reconnaissance symbolique de l'État palestinien par la France, nos analystes de tribune déballe la marchandise : du fiel bien emballé, un soupçon de pleurnicherie sécuritaire, et surtout cette formidable prétention à donner des leçons de « levier diplomatique ».

C’est le grand drame de cette prose d'extrême droite : nous expliquer avec des trémolos dans la voix que reconnaître un peuple, ce serait « donner une prime ». Dans leur logiciel comptable, l'existence et la souveraineté ne sont pas des principes de droit international, mais de petites gommettes colorées qu’on distribue aux bons élèves si les programmes scolaires ont été préalablement tamponnés par un comité de censure satisfaisant.

La morale à géométrie variable du bout du comptoir

Le fond de l'argumentation touche au sublime du ridicule : il suffirait de conditionner l’existence des peuples à l’obtention préalable de « contreparties ». C'est la diplomatie du marchand de tapis appliquée à la survie des nations. On exige d'un peuple sous occupation un brevet de civisme certifié avant d'oser émettre l'idée qu'il ait droit à un toit international, tout en qualifiant le moindre geste politique de « récompense au terrorisme ». L'inversion est complète, l'imposture totale, mais le trait est tiré avec un tel aplomb qu'on en viendrait presque à admirer la tuyauterie.

Et puis vient l'inévitable défilé des épouvantails. On nous rejoue la pièce du président « seul à errer dans les rues de New York », abandonné par ses alliés, pendant que le reste du monde irait badiner dans les salons trumpiens. La belle affaire ! Quand la politique étrangère française cherche tant bien que mal à sauver ce qui reste de la solution à deux États face au cynical business des accords régionaux, nos censeurs n’y voient qu’une « obsession contre Israël » ou un calcul de politique intérieure. C’est la signature classique des esprits chagrins : accuser l’autre d’idéologie pour mieux masquer la sienne, nettement plus rance et bien plus crasse.

Du "Cause toujours" aux leçons de costume

Le morceau de bravoure de cette littérature reste le chapitre syrien. Après nous avoir expliqué qu’il ne faut pas « donner avant d’obtenir », les voilà soudainement inquiets pour le sort des minorités et la conformité des manuels d'histoire à Damas. La préoccupation serait presque touchante si elle ne provenait pas de ceux qui, d'ordinaire, ne s'intéressent aux drames de l'Orient que lorsqu'ils peuvent en faire un levier d'angoisse identitaire sur les plateaux de télévision.

La métaphore du « costume » qu'on enfile et des « embrassades » diplomatiques fait sourire. On nous met en garde contre la « diplomatie des images » et le « mime démocratique » depuis des officines dont toute la politique repose précisément sur la mise en scène du déclin et le spectacle de la peur. On dénonce le « Cause toujours » des institutions internationales tout en rédigeant des pamphlets qui relèvent exactement du même exercice : brasser de l'air, poser pour la galerie, et vendre de la réprobation morale au kilo.

L'art d'avoir toujours raison sur les ruines

Ce qui transparaît sous le vernis de cette « démonstration », c'est la profonde satisfaction de voir le désordre l'emporter. Moins ça marche, plus ces chroniqueurs jubilent, car chaque échec prétendu de la diplomatie vient nourrir leur obsession centrale : démontrer que le monde est un terrain vague où seuls la force, le mépris et le fait accompli ont droit de cité.

Au fond, ces grands théoriciens du « résultat » ne cherchent rien d'autre qu'à fermer les portes, verrouiller les consciences et draper leur impuissance haineuse dans les habits de la lucidité diplomatique. On leur laissera volontiers leurs leçons de comptabilité politique et leur fausse indignation. La comédie des hypocrites a au moins ce mérite : elle permet de repérer tout de suite ceux pour qui le droit des peuples n'a jamais été qu'une variable d'ajustement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

Le « crime » d’Adèle Haenel : avoir refusé la hiérarchie des victimes

 

La droite réactionnaire et ses éditorialistes de garde sont au bord de la syncope. Ils criaient déjà au scandale quand Adèle Haenel avait osé quitter la cérémonie des Césars face à un agresseur célébré par le tout-Paris ; les voilà désormais au sommet de l'hystérie. Son nouveau « crime » ? Avoir pris la parole pour lier la grille d'analyse du féminisme celle qui refuse la violence, le déni et l'impunité  au carnage perpétré à Gaza.

Dans le bréviaire réactionnaire, cette prise de position est perçue comme une haute trahison. Pour cette droite, le féminisme ne doit être accepté qu’à une seule condition : rester un accessoire inoffensif, une posture morale pour dîners en ville, ou mieux encore, une arme opportuniste pour cibler les banlieues et l'immigration. Mais qu'une femme refuse de borner son indignation aux frontières du monde occidental, qu'elle applique les mêmes principes de justice à Gaza qu'à Paris, et la sentence tombe immédiatement : elle est décrétée manipulée, dévoyée, habitée par la « haine de l'Occident ».

L’infantilisation comme bouclier rhétorique

Plutôt que d'affronter la réalité des faits  des dizaines de milliers de civils, de femmes et d'enfants broyés sous les bombes avec la complicité morale et matérielle des gouvernements occidentaux –, les critiques préfèrent s’en prendre à la santé mentale et à l'autonomie des féministes.

C’est le cœur de leur argument sur le fameux « féminisme d’atmosphère » : selon eux, la femme lambda serait une créature crédule, incapable d'élaborer une pensée géopolitique propre. Elle s'engagerait pour défendre ses droits intimes, puis se ferait piéger à son insu par de sombres officines décoloniales ou sionistes. Ce paternalisme d’un autre âge en dit long : pour cette droite, une femme ne raisonne pas, elle se fait embrigader. L’idée même qu’une solidarité humaine puisse traverser les frontières leur est intellectuellement étrangère.

La complicité des médias : de la mise sous séquestre au nettoyage audiovisuel

Cette cabale réactionnaire ne tourne pas à vide : elle s'appuie sur des relais médiatiques complices, véritables gardiens du dogme et de la censure. La panique qui s'est emparée du paysage audiovisuel dès qu'Adèle Haenel a prononcé les mots interdits – génocide, sanctions, Palestine libre – en est la démonstration la plus flagrante.

En retirant en urgence les replays et les extraits vidéo, le service public et les chaînes d'information ne cherchent pas à protéger un quelconque équilibre républicain : ils protègent un récit officiel. Les mêmes médias qui célèbrent à longueur de journée la liberté d'expression quand il s'agit d'insulter les minorités paniquent soudainement dès qu'une voix dissidente nomme les crimes de guerre.

On assiste à un véritable nettoyage de l'espace public : Le vocabulaire est filtré : le carnage devient un « conflit », le massacre de masse une « riposte », et les victimes palestiniennes de simples « dégâts collatéraux ». Les voix divergentes sont criminalisées ou effacées : tout invité qui refuse de réciter le catéchisme géopolitique dominant se voit menacé de mort sociale ou banni des plateaux.

En étouffant la parole d'Adèle Haenel, l'appareil médiatique a prouvé qu'il préférait la complaisance envers un État colonisateur plutôt que l'honneur d'informer. La censure n'est pas un accident de parcours : c'est l'outil indispensable pour maintenir le consensus de l'indifférence.

La géométrie variable de l'indignation

Ce qui dérange profondément dans la parole d’Adèle Haenel, c'est qu'elle met à nu ce double standard quotidiennement entretenu par la presse de grand chemin :

Le féminisme utile : Celui qu’on brandit avec emphase lorsqu'il s'agit de dénoncer les violences commises par le voisin du dessous ou d'alimenter les stigmates raciaux. Là, nos éditorialistes se découvrent soudain une âme de chevaliers de la cause des femmes.

Le silence exigé : Dès lors que les bombardements sont le fait d’un État allié soutenu par nos diplomaties, la compassion devient suspecte, et la dénonciation du massacre est estampillée « terroriste » ou « anti-occidentale ».

Adèle Haenel n'a fait que rappeler une vérité fondamentale : la lutte contre la violence patriarcale et la lutte contre la violence coloniale ou militaire procèdent du même refus de la domination et de l'écrasement des corps.

L'arroseur arrosé

En prétendant que la frontière entre le « bon féminisme mainstream » et le « féminisme radical » a cédé, l'extrême droite et ses clercs médiatiques avouent leur plus grande crainte : que la lucidité politique devienne contagieuse. Ils voulaient des femmes victimes, silencieuses, reconnaissantes qu'on leur accorde quelques miettes de justice sous nos latitudes. Ils se retrouvent face à des militantes politiques qui refusent d'être les cautionnaires d'une barbarie lointaine.

Ceux qui comptaient sur la censure et le silence des féministes pour laisser s'accomplir le drame palestinien en sont pour leurs frais. Celles qui ont appris à briser l'omerta face aux agresseurs d'ici ne risquent pas de fermer la bouche face aux boucheries financées par nos silences.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.


Gaza, la fausse vertu de l'extrême droite et la comédie des civilisés :

« Qu'un officier israélien soit capable de réciter de la poésie entre deux frappes de drones ne change rien : tous communient dans le même mépris de Gaza et de ses enfants. »

C’est une bien triste époque pour les professionnels de la bonne conscience : le monde s’obstine à regarder là où ça saigne, plutôt que là où l’on théorise. Il faut lire avec une fascination presque médicale ces textes de notables effarouchés qui, la main sur le cœur et l’œil humide, nous expliquent que le véritable danger pour l’humanité n’est pas la pluie de bombes de 2000 livres sur des tentes de réfugiés, mais la redoutable « haine » qui couve dans un amphithéâtre universitaire ou dans un tweet de la France Insoumise.

Quel chef-d’œuvre d’inversion pyrotechnique ! Observez la mécanique : un État surarmé, béni par les chancelleries occidentales, occupé à raser des villes entières, à liquider des générations de gamin(e)s et à planifier le vide sanitaire, réussit encore l'exploit d'écrire des élégies sur sa propre souffrance. Il paraît que critiquer cette performance démocratique, c’est déjà chausser les bottes des Einsatzgruppen. Rien que ça. Si un étudiant brandit un drapeau palestinien, Kant vacille, Nietzsche tremble, et la civilisation s’effondre. Mais quand une bombe guidée pulvérise une maternité, c’est de la « légitime défense préventive » rédigée dans une syntaxe irréprochable.

Ils aiment convoquer la culture, l'histoire et les grands massacres de la terre de l'Est pour nous donner des sueurs froides. Ils nous racontent, la voix tremblante, comment les diplômés de Weimar citaient Goethe avant d'exterminer. Mais quelle ingratitude envers eux-mêmes ! Ils oublient de préciser que les vrais héritiers de ces bureaucrates en col cassé ne sont pas les gamins qui défilent le samedi soir. Les vrais successeurs de ces rationaliseurs de la mort, ce sont précisément ceux qui, en costume-cravate sur les plateaux télé, vous expliquent avec un flegme académique et des catégories juridiques bien polies qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des civils, et qu’affamer deux millions de personnes est un « dilemme tactique complexe ».

La voilà, leur fameuse « barbarie sentimentale » : cette extraordinaire capacité à transformer un tank en colombe blessée et une victime en coupable d’existentialisme abusif. Pour cette élite le nez collé à sa propre vertu, un Palestinien qui meurt est une abstraction malencontreuse, mais un occidental dérangé dans son confort moral par le mot « antisionisme » est un martyr de la liberté.

On nous adjure d’« ouvrir les yeux ». Mais leurs yeux à eux sont grands ouverts… uniquement sur le miroir qui reflète leur pureté imaginaire. Ils ne voient pas la barbarie, parce qu’elle porte leur uniforme, parle leur langue, et cite leurs valeurs. Ils préfèrent traquer « le poison du ressentiment » chez ceux qui s'indignent, plutôt que d'évaluer le tonnage d'explosifs balancé par leurs protégés.

Alors épargnez-nous vos sermons sur « la nuit du cœur » et « l’âme humaine fragile ». Ce ne sont pas les pancartes des campus qui préparent les charniers de demain : ce sont vos silences polis, vos complicités d’experts et vos larmes de crocodiles versées sur le dos des opprimés. La barbarie a ceci de pratique aujourd’hui qu'elle se traite en conférence de presse et se finance par virement bancaire. Pour le reste, dormez braves gens : le bien est au pouvoir, et il est armé jusqu'aux dents.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Conseil de la paix : Gaza aux enchères, Palestiniens exclus



Un « Conseil de la paix » sans Palestiniens, des sièges à un milliard de dollars, et une diplomatie transformée en salle des ventes : derrière le vernis officiel, Washington vend la paix, efface un peuple et piétine le droit international. Cette tribune démonte, ridiculise et expose la mascarade impériale qui se joue à Gaza.

Il y a des obscénités qui ne rougissent plus. Le « Conseil de la paix » imaginé par Donald Trump pour Gaza en fait partie. Une institution censée incarner la paix… dirigée par l’homme qui a fait du chaos diplomatique et du chantage une esthétique politique. Une paix présidée par Trump, c’est déjà une farce. Mais une farce sanglante.

Ici, on ne négocie pas la paix : on la met aux enchères. Un milliard de dollars le siège permanent. Prix fixe. Pas de remboursement. Pas de garantie morale. Gaza version Sotheby’s. La paix version Wall Street. Le droit international version NFT géopolitique.

Au centre de ce dispositif grotesque, une absence béante, criante, obscène : les Palestiniens. Le peuple dont on parle. Le peuple qu’on bombarde. Le peuple qu’on affame. Le peuple qu’on prétend « pacifier ». Mais qui n’a même pas droit à une chaise. Trop bruyant, sans doute. Pas bankable.

On décide donc de leur avenir sans eux, au nom d’une paix qu’ils n’ont pas commandée, dans un conseil qu’ils ne contrôlent pas, sous l’autorité d’une puissance qui les marginalise méthodiquement depuis des décennies. Ce n’est pas une négociation : c’est une administration coloniale sous licence américaine.

Pendant ce temps, Gaza brûle, affame, suffoque. Mais le Conseil regarde déjà vers « l’après-guerre ». Traduction : l’après-mort. La reconstruction avant les secours. Les contrats avant les corps. Les appels d’offres avant les appels à l’aide. La souffrance comme préambule à l’investissement.

Ce plan n’a rien d’un projet de paix : c’est un plan de dépossession politique. Il efface l’Autorité palestinienne, contourne toute souveraineté locale, installe une structure extérieure au-dessus des institutions palestiniennes, et enterre la « solution à deux États » sous une avalanche de jargon technocratique. Une annexion politique sans drapeau, mais avec un logo.

Et pendant ce temps, Washington ose parler de stabilité. Comme si l’humiliation permanente produisait autre chose que de la rage. Comme si l’injustice organisée pouvait accoucher de la paix. Comme si l’on pouvait gouverner Gaza contre les Palestiniens sans en payer le prix historique.

Ce Conseil est le symptôme d’un monde malade : un monde où l’ordre international est contourné, où l’ONU est reléguée au rôle de figurant embarrassant, où les grandes puissances bricolent leurs propres règles, leurs propres clubs, leurs propres tribunaux — à condition d’en avoir les moyens financiers.

C’est la diplomatie version club privé. Carte noire exigée. Humanité facultative.

Mais appelons les choses par leur nom : ce n’est pas un Conseil de la paix, c’est un Conseil de domination. Une structure pensée non pour résoudre un conflit, mais pour le gérer à l’avantage des puissants. Non pour rendre justice, mais pour verrouiller un rapport de force. Non pour reconnaître un peuple, mais pour le neutraliser politiquement.

La seule paix possible passe pourtant par une évidence que ce projet piétine délibérément : les Palestiniens ne sont pas un problème à gérer, mais un peuple à reconnaître. Sans souveraineté palestinienne, sans droits politiques, sans continuité territoriale, sans cadre multilatéral légitime, il n’y aura jamais de paix — seulement des cessez-le-feu sponsorisés.

Tout le reste n’est que décor. Tout le reste est mensonge. Tout le reste est violence maquillée en gouvernance. Le Conseil de la paix ? Une mascarade impériale. Une insulte au droit international. Une gifle au peuple palestinien ? Une gifle au monde libre.

La paix ne se vend pas. La justice ne s’achète pas.
Les peuples ne sont pas des options négociables.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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La France : Etat vassal des USA

 

La diplomatie française sur le cas vénézuélien semble être durement coincée, si encore il n’y avait que celui-là pour ne pas nommer d’autres. Avec sa politique bâtie autour du double standard, selon lequel la Russie qui attaque l’Ukraine c’est mal, mais Israël qui attaque la Palestine c’est bien, elle fait en permanence un grand écart intenable.

Qu’on cesse l’hypocrisie. La France n’est pas impuissante : elle est consentante. Elle n’est pas naïve : elle est complice. À chaque crise internationale majeure, elle répète le même rituel obscène : se draper dans le droit international quand il sert Washington, et l’enterrer discrètement quand il gêne ses alliés.

Le Venezuela n’est qu’un cas parmi d’autres, mais il est exemplaire. Exemplaire de la lâcheté européenne. Exemplaire de cette diplomatie sans colonne vertébrale qui transforme la soumission en vertu et l’alignement en morale.

Quand la Russie envahit l’Ukraine, la France hurle à juste titre. Quand les États-Unis étranglent économiquement un pays souverain, soutiennent des tentatives de renversement, violent ouvertement la Charte de l’ONU, la France regarde ailleurs. Elle appelle cela du « pragmatisme ». En réalité, c’est une reddition.

Le blocus : une arme de guerre, pas une sanction

Les sanctions internationales ne sont pas des outils neutres. Elles constituent aujourd’hui une arme de guerre non déclarée, dont les premières victimes sont toujours les civils : pénuries, effondrement économique, exode forcé. Présenter ces conséquences comme les seuls effets d’un « régime autoritaire » relève de la falsification pure et simple.

Le blocus du Venezuela n’est pas une sanction diplomatique, c’est une arme de destruction sociale massive. Il ne vise pas un gouvernement, il vise une population. Il ne cherche pas à corriger, mais à briser. Appauvrir, affamer, provoquer l’exode, puis brandir cet exode comme preuve de l’échec du pays ciblé : voilà la mécanique cynique, éprouvée, répétée.

Et la France applaudit. Ou se tait, ce qui revient au même.

Les pénuries, la fuite des jeunes, l’effondrement des services publics ne sont jamais reliés aux sanctions dans le discours dominant. Elles sont attribuées à « l’idéologie », au « régime », au « dictateur ». Toujours le même mot. Saddam, Kadhafi, Assad, Maduro. La litanie est connue. Le scénario aussi : diabolisation, asphyxie, intervention, ruines.

Le droit international, version occidentale

Le droit international n’est pas mort. Il a été privatisé. Il fonctionne comme un club fermé, avec ses membres intouchables et ses cibles désignées. Lorsqu’Israël rase Gaza, colonise la Cisjordanie, attaque le Liban, viole toutes les résolutions de l’ONU, la France murmure. Quand Trump piétine ouvertement les règles qu’il prétend défendre, Paris tousse poliment.

Mais que personne ne vienne ensuite jouer les vierges effarouchées. Si la loi du plus fort est la règle, alors qu’on aille au bout du raisonnement. Qu’on reconnaisse explicitement que la Palestine n’a aucun droit, que seuls comptent les rapports de force, que la victoire militaire efface toute illégalité. Qu’on l’écrive noir sur blanc. L’hypocrisie, elle, est insupportable.

Quand la Russie viole ce droit en Ukraine, Paris dégaine sanctions, indignation et posture vertueuse. Quand les États-Unis imposent un blocus économique au Venezuela, étranglant une population entière, la France se tait ou justifie. Ce silence n’est pas une prudence diplomatique : c’est une complicité politique.

Le même mécanisme est à l’œuvre en Palestine. Colonisation illégale, bombardements, violations répétées des résolutions de l’ONU : tout est documenté, tout est connu. Pourtant, la France persiste à parler de « droit à se défendre », vidant le droit international humanitaire de toute substance. Ce qui est interdit aux ennemis devient tolérable pour les alliés.

Une France  vassale, pas un acteur

La France n’existe pas géopolitiquement. Elle administre, elle commente, elle ratifie. Elle ne décide pas. Elle signe des accords commerciaux pendant que le monde s’embrase, s’agite autour du Mercosur pendant que les bombes tombent ailleurs. Elle attend que Washington parle, puis elle s’aligne.

Cette posture n’est pas neutre : elle fabrique le chaos qu’elle prétend déplorer. À force de sanctifier la violence occidentale, elle pousse des pays entiers vers d’autres alliances, d’autres blocs, d’autres protections. Non par amour idéologique, mais par rejet d’un ordre international truqué.

Cette hypocrisie structurelle détruit ce que la France prétend défendre : un ordre mondial fondé sur des règles. En validant la loi du plus fort, elle légitime toutes les violences, y compris celles qu’elle condamnera demain, quand elles viseront ses propres intérêts.

Les États-Unis n’ont ni amis ni partenaires, seulement des subordonnés. L’histoire est limpide. Ceux qui croient à un « partage du monde » négocié sont naïfs ou de mauvaise foi. Washington veut tout, tout de suite, et par la force si nécessaire. La France le sait. Elle feint de l’ignorer.

Mais aucun empire n’est éternel. Tous s’effondrent sous le poids de leur arrogance et de leur violence. Le problème n’est pas que l’empire américain tombera, il tombera. Le problème est qu’en s’arc-boutant à ses basques, l’Europe et la France ont choisis de tomber avec lui.

Et quand le sol se dérobera, il sera trop tard pour invoquer des valeurs qu’on aura soi-même piétinées.

Cette hypocrisie structurelle détruit ce que l’Europe prétend défendre : un ordre mondial fondé sur des règles. En validant la loi du plus fort, elle légitime toutes les violences, y compris celles qu’elle condamnera demain, quand elles viseront ses propres intérêts.

À force d’alignement sur Washington, l’Union européenne accélère la fragmentation du monde et pousse de nombreux États vers des alternatives comme les BRICS, non par adhésion idéologique, mais par rejet d’un système international truqué.

La France dans son Europe croit acheter sa sécurité en sacrifiant le droit international. En réalité, elle achète son effacement. À force de choisir l’empire contre les peuples, elle découvrira trop tard qu’on ne survit pas longtemps comme vassal moral d’une puissance en déclin.

 Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet  "Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça."  https://kadertahri.blogspot.com/


Gaza : Une trêve en ruines : l’illusion du cessez-le-feu


 Sous couvert de sécurité et de lutte contre le terrorisme, Israël poursuit une campagne militaire d’une brutalité sans précédent contre Gaza, au mépris du droit international. Pendant que les chancelleries occidentales détournent le regard, la presse rebaptise les violations de trêve en simples “tests”. Derrière cette novlangue se cache une impunité devenue systémique — et une tragédie humaine que le silence du monde rend possible

Quelques jours à peine après l’annonce d’un cessez-le-feu présenté comme un “pas vers la paix”, Gaza a de nouveau été frappée. Selon plusieurs témoins locaux et ONG humanitaires, l’armée israélienne aurait ouvert le feu après qu’un véhicule militaire a roulé sur un obus non explosé — issu de ses propres bombardements massifs. L’explosion, immédiatement imputée au Hamas, a servi de justification à une nouvelle vague de frappes sur l’enclave, faisant des dizaines de morts parmi les civils.

L’aide humanitaire, déjà limitée, a été à nouveau suspendue. L’électricité et l’eau sont rationnées. Les hôpitaux, débordés, fonctionnent à flux tendu dans des conditions sanitaires désastreuses. À Gaza, chaque cessez-le-feu ressemble à une parenthèse précaire avant la reprise des bombardements — une pause, jamais une paix.

Et pourtant, dans la plupart des médias occidentaux, cet épisode n’a pas été décrit comme une violation du cessez-le-feu, mais comme un “test” de sa solidité. Une sémantique révélatrice : dans le lexique diplomatique occidental, la vie palestinienne n’est plus un enjeu moral, mais un paramètre d’évaluation stratégique.

La normalisation de la violence

Depuis plusieurs années, la couverture médiatique du conflit israélo-palestinien s’est figée dans un récit déséquilibré. Les bombardements israéliens sur Gaza sont décrits comme des “opérations ciblées” ou des “ripostes”, même lorsqu’ils frappent des écoles, des hôpitaux ou des camps de réfugiés.
En revanche, chaque roquette artisanale tirée depuis Gaza est présentée comme une menace existentielle pour l’État hébreu.

Ce déséquilibre narratif contribue à la normalisation de la violence israélienne : tuer des Palestiniens devient une routine militaire, un bruit de fond de l’actualité. Les violations répétées du droit international ne sont plus scandaleuses ; elles deviennent attendues, presque acceptées.
Ainsi, lorsqu’Israël rase un quartier de Gaza, la question n’est plus “Pourquoi ?”, mais “Combien de temps avant la prochaine fois ?”.

Cette banalisation a un coût humain et moral considérable. Elle renforce le sentiment, chez les Palestiniens, que leur souffrance n’a pas la même valeur que celle d’autres peuples. Elle encourage l’impunité israélienne en confortant l’idée qu’aucune sanction ne viendra. Et elle affaiblit le droit international lui-même, transformé en simple rhétorique.

 

Depuis deux ans, Israël enseigne au monde ce que signifie le mot « capacité », au point de qualifier d'ores et déjà ce qui s'est passé dans la bande de Gaza de « génocide ». La condition sine qua non de la dépendance continue d'Israël à la force militaire : les milliards de dollars d'aide militaire annuelle des États-Unis. Si les États-Unis ont été un ami d'Israël, ils ont été un mauvais ami. Ils ont encouragé le pire chez les Israéliens, au détriment de son développement en tant que nation prospère et respectée. Le recours d'Israël à la force est bien connu.  L'une des conséquences de ce recours quasi exclusif à la puissance militaire est un déclin marqué de la qualité de sa diplomatie. Israël insulte, ment, diabolise ou terrorise souvent ceux qui expriment des inquiétudes légitimes

La rhétorique de la “sécurité” comme arme politique

Le gouvernement israélien justifie ses actions par la nécessité de “neutraliser le Hamas” et de “sécuriser les citoyens israéliens”. Dans un communiqué récent, le Premier ministre a réaffirmé que “la guerre ne prendra pas fin tant que le Hamas ne sera pas totalement désarmé et que Gaza ne sera pas démilitarisée”.

Mais cette condition, impossible à atteindre sans destruction totale de l’enclave, condamne d’avance toute perspective de paix. Elle transforme un objectif politique — la survie d’Israël en guerre sans fin.
Le désarmement total d’un territoire assiégé et meurtri depuis plus de dix-sept ans est un mirage. Gaza n’est pas un État doté d’une armée classique, mais une société civile enfermée dans une prison à ciel ouvert, où la résistance — quelle qu’en soit la forme — devient une question de survie.

Sous cette rhétorique sécuritaire, l’opération militaire se mue en instrument de domination politique. Elle permet au pouvoir israélien de renforcer son contrôle sur les territoires palestiniens, de détourner l’attention de ses crises internes, et de maintenir une cohésion nationale autour de la peur.
Mais cette stratégie, répétée depuis des décennies, n’a apporté ni sécurité durable aux Israéliens, ni paix aux Palestiniens. Elle n’a produit qu’un enchaînement de guerres, de sièges, et de deuils.

L’aveuglement de la communauté internationale

Face à cette spirale, la communauté internationale persiste dans une prudence coupable. Les grandes puissances appellent à la “désescalade” tout en livrant des armes à Israël. Les institutions internationales condamnent du bout des lèvres les violations du droit humanitaire, sans jamais imposer de sanctions.
Quant à l’Union européenne, elle se réfugie dans une posture ambiguë, oscillant entre “préoccupation” et “solidarité avec Israël”, sans jamais reconnaître l’ampleur du désastre humanitaire.

Cette impuissance — ou ce refus d’agir — renforce le sentiment d’un deux poids, deux mesures dans la gestion des conflits mondiaux. Lorsque la Russie bombarde des civils en Ukraine, l’indignation est immédiate et unanime. Lorsque Israël fait de même à Gaza, les mots se font prudents, les condamnations se dissolvent dans le relativisme.

Cette incohérence n’est pas seulement politique : elle est morale. Elle décrédibilise le droit international, nourrit le ressentiment des peuples, et creuse un fossé entre les valeurs proclamées et les pratiques réelles des démocraties occidentales.

Briser le cycle de l’impunité

Reconnaître cette impunité n’est pas une posture partisane. C’est un devoir d’humanité.
Dénoncer les crimes de guerre commis à Gaza n’implique pas de nier la souffrance des Israéliens ni les atrocités du Hamas. Mais il faut cesser de placer les crimes des uns au service de la justification des autres.
Le droit humanitaire international est clair : aucune cause, si légitime soit-elle, ne justifie la punition collective d’une population civile.

Briser le cycle exige un changement radical :

  • Mettre fin au blocus de Gaza, qui constitue une forme de siège permanent contraire à toutes les conventions internationales.
  • Conditionner toute aide militaire à Israël au respect du droit international.
  • Soutenir les mécanismes de justice internationale, y compris les enquêtes de la Cour pénale internationale sur les crimes de guerre commis des deux côtés.
  • Et surtout, redonner une voix aux civils palestiniens, réduits au silence par la guerre et par le récit dominant qui les efface.

Redonner sens à la paix

La paix ne se construira pas sur les ruines. Elle ne se décrète pas par des communiqués diplomatiques ni par des trêves temporaires.
Elle exige une reconnaissance réciproque, une égalité de droits et la fin du système d’apartheid qui maintient les Palestiniens sous domination militaire.
Tant que la communauté internationale se refusera à nommer les choses — occupation, colonisation, blocus, punition collective — elle restera complice de l’injustice.

Le silence n’est pas neutre. L’inaction n’est pas prudence. Ce sont des choix politiques.
Et chaque jour de silence face à Gaza, chaque mot mesuré pour “ne pas froisser” Israël, contribue à prolonger une tragédie humaine qui pourrait être arrêtée.

Refuser cette impunité, c’est défendre un principe universel : la dignité humaine n’a pas de nationalité.
C’est rappeler que la sécurité d’un peuple ne peut pas reposer sur l’effacement d’un autre.
Et c’est affirmer, contre la fatalité, qu’une paix juste reste possible — à condition d’oser la vérité.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Gaza détruite… par qui ?

 

L’article d’un média d’extrémiste prétend dénoncer la tragédie de Gaza. En réalité, il ne la décrit pas : il la falsifie. Ce texte, relayé par un média d’extrême droite, n’est pas une analyse, mais une arme rhétorique déguisée en compassion. Derrière une apparente indignation morale se cache une justification politique : celle de la punition collective et de la guerre sans fin.

L’auteur ne cherche pas à comprendre la catastrophe, mais à la purifier de tout contexte, de toute complexité, de toute responsabilité partagée. Il érige une morale du glaive — Israël serait la victime éternelle, les Palestiniens les complices de leur propre malheur — et tout le reste serait mensonge. Il faut pourtant remettre les faits à leur place, les mots à leur juste poids, et la vérité au-dessus de la propagande.

L’histoire tronquée d’un siège

L’auteur parle d’un « siège depuis plus de 10 ans ». La formule sonne dramatique, mais elle trahit à la fois l’ignorance et le mépris des faits. Le blocus imposé à la Bande de Gaza n’a pas dixt ans, mais dix-huit : il a été renforcé après la prise du pouvoir par le Hamas en 2007. Depuis, Israël — avec l’appui de l’Égypte — contrôle la quasi-totalité des entrées et sorties de personnes et de biens.
Les Nations Unies le rappellent : ce blocus a détruit l’économie locale, fait exploser le chômage, et transformé Gaza en prison à ciel ouvert (OCHA, The Humanitarian Impact of 15 Years of Blockade on Gaza, 2022).

Ignorer ce contexte, c’est mentir par omission. C’est effacer la responsabilité d’une politique de confinement et de privation qui a préparé, depuis des années, la tragédie actuelle.

Le chiffre des morts : quand le cynisme devient méthode

L’article rejette d’un revers de plume le chiffre de « 67 000 morts », le qualifiant « d’évidemment faux ». Évidemment ? Non.
Selon les rapports de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), au 4 mars 2025, le nombre de morts palestiniens recensés à Gaza dépassait 111 000 personnes, un bilan catastrophique, dont une majorité de femmes et d’enfants.

Qualifier de « faux » un bilan humain simplement parce qu’il dérange la narration, c’est l’essence même du négationnisme contemporain : l’incrédulité sélective.
Il n’existe aucune source israélienne ou internationale crédible proposant un chiffre radicalement différent ; la seule différence réside dans les méthodes de comptage. Refuser le nombre, c’est refuser de voir les morts.

Quand la haine remplace la pensée

L’auteur accuse le Hamas d’avoir « détruit la Palestine ». Ce raccourci sert à tout effacer : le blocus, les frappes récurrentes, les destructions d’infrastructures civiles, la misère d’une population enfermée depuis presque deux décennies.
Oui, le Hamas a commis des crimes le 7 octobre 2023. Oui, il a pris des otages, massacré des civils, et provoqué l’horreur. Mais confondre le Hamas et la population de Gaza est une violence supplémentaire : c’est condamner un peuple entier pour les actes d’une milice.

Ce n’est pas le Hamas qui a rasé des quartiers entiers de Rafah, de Khan Younès ou de Gaza City ; ce sont des bombardements aériens d’une intensité sans précédent. Ce n’est pas le Hamas qui a interdit aux ambulances de circuler ; c’est un blocus militaire. Ce n’est pas le Hamas qui a coupé l’eau, l’électricité, les médicaments ; ce sont des décisions gouvernementales assumées. Faire de la victime un coupable, c’est le plus vieux tour rhétorique de la guerre.

Le grand amalgame : critique d’Israël = haine des juifs

Autre pilier de cette tribune extrémiste : assimiler toute critique de la politique israélienne à de l’antisémitisme. L’auteur prétend que « le 7 octobre a réveillé la bête antisémite » et accuse les défenseurs de la Palestine d’être des « idiots utiles ».
Ce procédé est doublement pervers. D’abord, il instrumentalise la mémoire de la Shoah pour bâillonner toute discussion politique. Ensuite, il banalise l’antisémitisme réel en le diluant dans le désaccord politique.

Il est tout à fait possible — et nécessaire — de condamner les crimes du Hamas tout en dénonçant les crimes de guerre d’Israël. Refuser cette dualité, c’est trahir la vérité.
L’antisémitisme est une haine millénaire ; il ne doit pas devenir un bouclier moral derrière lequel on justifie des massacres contemporains.

L’islamisme comme épouvantail universel

Enfin, l’article se termine sur une vision apocalyptique : « les islamistes auront la bombe atomique », « ils aiment la mort », « ils veulent conquérir le monde ». Cette rhétorique, copiée mot pour mot des pamphlets colonialistes du XXᵉ siècle, sert à une seule chose : justifier l’exception permanente, la peur, la surveillance, la répression.

Comparer l’islamisme au nazisme n’est pas une analyse ; c’est un cri de guerre. Ce parallèle, répété depuis vingt ans, a produit quoi ? Des murs, des lois d’exception, des bombes, et surtout : l’effacement de la distinction entre islamisme, islam, et musulmans. L’amalgame devient système.

Quand le mensonge se pare de vertu

L’auteur feint la compassion — il pleure « les larmes à sécher » — mais son texte suinte le mépris.
Pas une ligne pour les hôpitaux détruits.
Pas un mot pour les 2 millions d’habitants privés d’eau potable.
Pas un souffle pour les familles qui dorment sous les décombres.
Juste une obsession : sauver l’honneur d’Israël, effacer la souffrance des Palestiniens, transformer le deuil en plaidoirie géopolitique.

C’est cela, la vraie ruine : celle du langage et de la pensée. Quand la compassion devient propagande, la vérité devient une victime de plus.

Pour une parole lucide et humaine

Être lucide, c’est refuser les simplismes. C’est pouvoir dire deux choses à la fois : que le Hamas est une organisation criminelle, et qu’Israël a commis des actes contraires au droit humanitaire. C’est refuser la logique de vengeance comme substitut à la justice.

Ceux qui s’obstinent à décrire Gaza comme une « plaie qu’elle s’est infligée à elle-même » contribuent à déshumaniser un peuple. Ils prolongent la guerre par le verbe.
Or, les mots comptent : ce sont eux qui, avant les bombes, construisent les murs.

La dignité, aujourd’hui, consiste à refuser la déshumanisation — quelle que soit la bannière qui la pratique.

Conclusion : le devoir d’humanité

Le rôle du journaliste, de l’écrivain, du citoyen, n’est pas d’attiser la peur, mais d’éclairer la conscience. L’article « Ruines et mensonges » échoue à cette mission : il recycle les clichés, travestit les faits, flatte les instincts les plus bas.

Rétablir la vérité n’est pas un exercice académique ; c’est un acte moral.
Parce que chaque mot faux, chaque caricature, chaque chiffre nié, prépare le terrain aux prochains morts.

La ruine véritable n’est pas à Gaza. Elle est dans les colonnes de ceux qui ont choisi l’idéologie contre l’humanité.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/