Affichage des articles dont le libellé est Identité & Société : Évolutions culturelles.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Identité & Société : Évolutions culturelles.. Afficher tous les articles

Une réforme comptable déguisée en pédagogie : anatomie d'un aveuglement de la meute :

 

Parce que le débat éducatif en Algérie mérite mieux que l'invective, je tiens d’emblée à exprimer mon entier soutien à l'un des pédagogues les plus lucides de notre pays, aujourd’hui livré aux attaques dogmatiques d'une frange réactionnaire. Son tort ? Avoir défendu une école de la rationalité, du doute méthodique et de la science face au carcan de l'idéologie.

Pourtant, au-delà de la cabale haineuse et des procès d'intention, un constat s'impose : la crise de nerfs autour de la prétendue « suppression de la philosophie » n'est qu'un leurre grossier. Une diversion idéale qui occulte les véritables renoncements méthodologiques de cette réforme scolaire. Une analyse froide des nouvelles grilles horaires montre en effet que la philosophie n'a pas été bannie, mais simplement déplacée en classe de deuxième année secondaire pour les filières scientifiques. Quant au report du français en primaire, il ne relève en rien d'un drame idéologique, mais d'un ajustement pragmatique face à la surcharge d'un programme inadapté au développement psychomoteur des jeunes enfants.

Le véritable problème est ailleurs. Il réside dans la pauvreté structurelle d'un réaménagement qui relève davantage du bricolage comptable que d'une vision d'avenir.

Tu sais, ce genre de phénomène, il faut vraiment l’avoir vécu de l’intérieur pour piger ce qui se joue. De loin, on a l'impression d'un grand mouvement d'idées, d'un élan collectif. Mais quand tu regardes de près... c'est juste de la compensation. Une mécanique hyper bien rodée qui tourne sur deux carburants : la rancœur des uns et le besoin de sécurité des autres.

Ce qu'on appelle "la meute", ce n'est pas un rassemblement de gens forts. C'est tout l'inverse. C'est le refuge de ceux qui ont peur d'être seuls. Chacun vient y déposer sa petite frustration, son ressentiment, et cette fichue envie de faire tomber celui qui tient debout tout seul. Prises isolément, ce sont de petites misères. Mais additionne-les, et tu obtiens une force de frappe assez effrayante.

Regarde les animaux : le loup chasse parce qu'il doit bouffer. Il a une bonne raison. La meute humaine, elle, poursuit les gens juste pour le plaisir de la chasse.

Et aujourd'hui avec le Web, c'est devenu un jeu d'enfant. Tout le monde est bien au chaud derrière un pseudo ou une photo de profil. D'autres finissent par avancer à visage découvert, mais uniquement parce qu'ils se sentent intouchables au milieu de la foule. Ce qu'ils cherchent ? Certainement pas à débattre ou à comprendre. Ils veulent juste faire taire, humilier, effacer le mec qui dérange. Si tu ne répètes pas le refrain du jour gentiment, tu deviens louche avant même d'avoir fini ta phrase.

Et la cible, c'est presque toujours la même : la personne qui a gardé une colonne vertébrale. Celle qui ose dire « non ». Celle qui préfère perdre sa place dans le groupe plutôt que sa dignité. Et ça, le groupe ne le pardonne pas. Parce que sa simple présence rappelle aux autres tout ce qu'ils ont abandonné en chemin : le goût du risque, le courage, l'honnêteté.

Sauf qu'aujourd'hui, c'est accéléré. On signe des pétitions sans lire le bouquin, on condamne un auteur sur une rumeur ou une phrase sortie de son contexte, juste parce qu'il refuse d'enfiler le costume officiel de la bien-pensance. Le militantisme est devenu une pose, un filtre Instagram. On ne cherche plus à réfléchir, on veut juste montrer qu'on est dans le bon camp. L'œuvre, le texte ? Tout le monde s'en fout. Ce qui compte, c'est d'être conforme aux règles du moment.

C'est quand même un comble, parce que la véritable  éducation demande exactement l'inverse. Elle demande du silence, du temps, et parfois le courage de penser contre son propre camp. Éduquer, ce n'est pas aller manifester ou scander des slogans. Éduquer, c'est accepter d'être bousculé, contredit, parfois blesse. Une foule ne lit pas : elle applaudit ou elle hue. Entre les deux, l'intelligence n'a plus d'espace pour respirer.

Notre époque adore les chorales. On aime les grands rassemblements, les festivals, les belles déclarations collectives où tout le monde se prend en photo en souriant sous la bannière de la vertu. On s’applaudit  ensemble, on se rassure... et on se trouve un ennemi commun. Peu importe qui c'est cette semaine, du moment qu'il permet de resserrer les rangs.

Mais le plus triste dans tout ça, ce n'est pas que la meute attaque elle a toujours fait ça. Le plus flippant, c'est qu'elle réussit à faire croire aux spectateurs que le courage est une faute, que la nuance est une trahison, et que la solitude est suspecte. Résultat ? Les gens honnêtes ne doutent pas de leurs convictions, mais ils souffrent juste d'être écartés comme des pestiférés parce qu'ils ont refusé de mentir.

C'est exactement là que la meute gagne : quand elle réussit à faire passer la lâcheté pour de la morale, et qu'elle convainc chacun qu'il vaut mieux suivre le troupeau que d'assumer sa propre parole.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

https://www.kaddatahri.com/


Ma ‘Omra : entre la sainteté des lieux et l’éveil des consciences

On m’avait toujours appris que l’accomplissement d’une ‘Omra durant le mois de Ramadan équivaut, dans sa portée spirituelle, à un pèlerinage. Ce n’était pas une simple information religieuse : c’était une promesse intérieure. Alors, malgré la fatigue du jeûne, malgré la lourdeur du voyage, mon épouse et moi avons répondu à cet appel. Non pas par habitude, mais par nécessité intime.

Nous avons commencé par Médine. Et dès les premiers pas, quelque chose bascule. Cette ville ne se contente pas d’exister : elle enveloppe. Elle impose le silence intérieur. La mosquée du Prophète n’est pas seulement grandiose par son architecture, elle est écrasante par sa présence. Elle vous oblige à ralentir, à ressentir, à vous replacer dans quelque chose de plus vaste que vous.

Et pourtant, autour, tout est modernité. Des hôtels luxueux, des buildings immenses, des centres commerciaux brillants. Une organisation millimétrée. Une efficacité presque froide. Mais au cœur de cette mécanique, la foi circule encore, intacte. C’est là toute la contradiction : une spiritualité pure qui cohabite avec une mondialisation parfaitement assumée. Et dans cette tension, chacun choisit ce qu’il vient chercher.

Puis il y a les gens.

Des milliers. Des millions. Des visages venus de partout. Des langues qui se croisent. Des corps fatigués mais déterminés. Et au milieu de cette marée humaine, une chaleur particulière. Une fraternité silencieuse. Personne ne se connaît, mais tout le monde se comprend. Là, pour une fois, les différences ne séparent pas : elles témoignent.

Ce moment est un choc.

Parce qu’il révèle une vérité simple : l’unité du monde musulman existe déjà. Elle est là, visible, palpable, organisée autour d’un même geste, d’une même direction, d’un même appel. Elle ne manque pas de force. Elle manque de traduction.

Le trajet vers La Mecque fut long, dense, presque éprouvant. Mais ce n’était qu’un passage. Une transition nécessaire. Et puis vient l’instant.

La Kaaba.

On peut essayer de décrire. On peut accumuler les mots. Mais rien ne tient. Rien n’est suffisant. Ce n’est pas une image, c’est une expérience. Quelque chose qui vous traverse et qui reste. Quelque chose qui vous remet à votre place, sans violence, mais avec une évidence implacable.

Et c’est précisément là, au cœur de cette intensité spirituelle, qu’une autre pensée s’impose.

Une pensée plus dure.

Moins confortable.

Parce qu’en observant cette organisation gigantesque, ces flux humains, ces infrastructures, ces dépenses colossales… une question surgit, presque malgré soi : que faisons-nous réellement de notre puissance collective ?

Chaque année, des milliards sont dépensés. Injectés dans une seule économie. Mobilisés avec une précision impressionnante. Et personne ne peut nier cette capacité d’organisation, cette efficacité, cette vision stratégique.

Alors pourquoi cette même force disparaît-elle dès qu’il s’agit de dignité politique ? Pourquoi cette unité visible dans la foi devient-elle fragmentation dans les décisions ?

Pendant que des millions de croyants tournent autour d’un même centre, ailleurs, des peuples entiers sont brisés.

Gaza n’est pas une abstraction. Ce n’est pas une “question complexe”. C’est une réalité détruite, exposée, visible. Et pourtant, face à cela, le monde musulman institutionnel reste prisonnier de ses calculs. Des discours. Des condamnations sans conséquences. Des indignations sans courage.

La vérité est simple, et elle dérange : beaucoup parlent au nom des peuples, mais agissent au nom de leurs intérêts.

Ils élèvent la voix quand le risque est nul.
Ils se taisent quand le prix devient réel.

Et dans ce déséquilibre, tout se joue.

Parce que le monde ne respecte ni l’hésitation, ni l’ambiguïté. Il avance avec ceux qui savent ce qu’ils veulent, et il écrase ceux qui négocient leur propre cohérence.

En tant qu’Algérien, je ne peux pas observer cela avec neutralité.

Je refuse que la dignité soit une variable d’ajustement.
Je refuse que la souveraineté soit une posture, et non une ligne.
Je refuse que l’on nous habitue à accepter l’inacceptable sous prétexte de réalisme politique.

L’Algérie n’a pas vocation à entrer dans ce jeu fragile des alliances opportunistes. Elle doit rester fidèle à ce qui a fait sa force : la clarté, l’indépendance, la constance. Pas parfaite, mais droite.

Parce qu’un pays qui doute de lui-même devient dépendant.
Un pays qui négocie ses principes devient vulnérable.

Et pendant que certains investissent des milliards pour consolider des relations extérieures, une autre question se pose, plus dérangeante encore : que se passerait-il si une partie de ces ressources était dirigée vers les pays musulmans eux-mêmes ?

Pas en aide symbolique. Pas en promesses. Mais en stratégie.

Investir dans l’industrie.
Construire des infrastructures durables.
Créer des emplois réels.
Renforcer des économies indépendantes.

L’Algérie, entre autres, n’a pas besoin de charité. Elle a besoin de partenariats sincères. De visions partagées. De décisions courageuses.

Mais au lieu de cela, trop souvent, les richesses circulent vers l’extérieur, consolidant des équilibres qui ne profitent pas aux peuples, et laissant derrière elles des sociétés fragmentées, exposées à des influences qui les affaiblissent.

Alors oui, cette ‘Omra m’a apaisé.

Mais elle ne m’a pas endormi.

Elle m’a montré ce que nous sommes capables de faire… et ce que nous refusons encore de devenir.

Car au fond, la vraie question n’est pas spirituelle.

Elle est politique. Elle est économique. Elle est civilisationnelle.

Nous savons nous rassembler pour prier.
Mais savons-nous nous rassembler pour construire ?

L’unité existe déjà dans la foi. Elle est indiscutable.
Ce qui manque, c’est le courage de la prolonger dans le réel.

Et le jour où cette continuité existera, le monde musulman ne sera plus simplement respecté pour sa ferveur…

Mais pour sa cohérence.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

Bienvenue sur Ouvrons le Débat.

Pour une lecture plus moderne, plus aérée et pour vous abonner gratuitement à mes analyses quotidiennes, notre blog a officiellement déménagé. Retrouvez l'intégralité de nos 700 chroniques directement sur notre nouvelle interface : https://wahrani31.substack.com/"
Il est permis de diffuser ou de citer les articles contenus dans ce blog, à condition que cela soit utilisé à bon escient sans oublier d'en préciser la source. A.Kader Tahri. Fourni par Blogger.