Partir, c'est mourir un peu !


Partir, c'est mourir un peu. Cette formule, si souvent répétée, porte en elle une vérité profonde. Chaque départ emporte avec lui une part de nous-mêmes : des habitudes, des visages, des lieux, des souvenirs qui ont façonné notre existence. Quitter un endroit ou une personne, c'est accepter une forme de deuil, celui d'un présent qui ne sera plus, mais cela reste également une nécessité, un besoin impératif à se retrouver.

Mais trop souvent, partir n'est pas un véritable choix. C'est une nécessité imposée par les circonstances, une réponse à l'étouffement, au rejet ou à l'injustice. Partir, c'est parfois refuser de se soumettre à une volonté qui prétend décider à notre place. C'est dire non à une emprise, à une domination, à un diktat qui nie notre liberté d'être.
A la fraîcheur du petit matin je quittai ce lieu en regardant chaleureusement mon PC, mon clavier, mon petit bureau dont j avais gardé la lumière du lampadaire allumé, certes partir c'est mourir un peu.
Partir, c'est aussi dénoncer silencieusement ce que les mots ne parviennent plus à exprimer. Il y a des lieux où l'on ne peut plus grandir, des relations où l'on ne peut plus respirer, des situations où rester revient à renoncer à soi-même. Dans ces moments-là, le départ n'est pas une fuite ; il devient un acte de résistance.
Sauvegarder sa dignité exige parfois de s'éloigner. La dignité ne se mesure pas à notre capacité à endurer l'inacceptable, mais au courage de quitter ce qui nous rabaisse ou nous emprisonne. Ce qui nous retient n'est pas toujours un lieu ; ce peut être une peur, une dépendance, une habitude ou le regard des autres. Pourtant, lorsque ces liens deviennent des chaînes, partir est parfois la seule manière de rester fidèle à soi-même.
Il existe des départs qui brisent le cœur, mais qui sauvent l'âme. Ils ouvrent la voie à une liberté souvent incertaine, parfois douloureuse, mais toujours plus honnête que la résignation. Car partir n'est pas renoncer à vivre ; c'est choisir de vivre autrement, dans l'espérance de retrouver un espace où le respect, la liberté et la dignité ne seront plus des privilèges, mais des évidences.
Ainsi, partir, c'est peut-être mourir un peu. Mais c'est aussi renaître à soi-même.
Kadda Tahri

Enfants ingrats : une honte pour la conscience, une trahison des valeurs

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Aujourd'hui il y a des spectacles qui déchirent l'âme et qui devraient faire rougir toute une société. Voir un père ou une mère finir ses jours dans l'abandon, la solitude et le besoin, alors que leurs enfants vivent dans le confort, est l'une des plus grandes faillites morales de notre époque.

Ce phénomène, qui gagne malheureusement du terrain, n'est pas une simple négligence familiale. Il constitue une véritable rupture du pacte sacré qui unit les générations. Il est la négation de la reconnaissance, du respect et de la fidélité envers ceux qui ont tout donné sans jamais rien demander.
Nos parents nous ont accueillis avant même que nous puissions prononcer leur nom. Ils ont connu les nuits sans sommeil, les journées de travail épuisantes, les privations, les sacrifices et les inquiétudes permanentes. Ils ont souvent renoncé à leurs propres rêves pour construire les nôtres. Ils ont affronté la pauvreté, les difficultés et les épreuves afin que leurs enfants puissent marcher la tête haute.
Puis vient le temps où leurs cheveux blanchissent, où leurs mains tremblent, où leurs forces les abandonnent. C'est précisément à cet instant que certains enfants choisissent de disparaître. Les visites deviennent rares, les appels cessent, les responsabilités sont rejetées d'un frère à l'autre comme un fardeau dont personne ne veut assumer le poids.
Quelle ingratitude !
Comment peut-on dormir paisiblement en sachant que sa mère pleure dans la solitude ? Comment savourer un repas abondant lorsque son père manque de médicaments ou de soins ? Comment prétendre être un homme ou une femme accompli lorsque ceux qui nous ont donné la vie attendent en vain une simple visite, un geste d'affection ou quelques paroles réconfortantes ?
En Algérie, cette attitude est contraire à nos lois. Notre législation impose aux enfants l'obligation de subvenir aux besoins de leurs parents lorsque ceux-ci sont dans le besoin. Ce devoir juridique traduit une exigence plus profonde : la solidarité familiale n'est pas une faveur, mais une responsabilité.
Mais avant la loi des hommes, il existe une loi plus élevée : celle de la conscience et de Dieu.
L'islam a élevé le respect des parents au rang des plus nobles obligations. Après l'adoration d'Allah, le Coran rappelle immédiatement la bienfaisance envers le père et la mère :
> « Ton Seigneur a décrété : n'adorez que Lui ; et marquez de la bonté envers les père et mère. Si l'un d'eux ou tous deux atteignent auprès de toi la vieillesse, ne leur dis même pas : "Ouf !" et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. » (Sourate Al-Isrâ, versets 23-24)
Ce verset résume toute une civilisation. Même un soupir d'agacement est condamné. Que dire alors de ceux qui abandonnent totalement leurs parents, les privent de leurs droits ou les laissent mourir dans l'indifférence ?
Le Prophète Mohammed (paix et salut sur lui) nous enseigne également que **le Paradis se trouve sous les pieds des mères**, et que la satisfaction d'Allah dépend de celle des parents. Celui qui humilie ses parents ou les abandonne s'expose à perdre bien plus qu'un simple procès devant un tribunal : il compromet son honneur ici-bas et son jugement dans l'au-delà.
Il est temps de dire les choses avec fermeté.
L'ingratitude envers les parents n'est pas une liberté individuelle. C'est une faute morale, une injustice sociale et une blessure infligée à toute la famille. Un enfant qui abandonne ses parents renie une partie de lui-même. Il oublie que la vieillesse qu'il méprise aujourd'hui sera peut-être son propre destin demain.
Les enfants observent tout. Lorsqu'ils voient leurs parents traiter leurs grands-parents avec froideur ou indifférence, ils apprennent cette même indifférence. Ainsi se construit le cycle tragique de l'abandon, génération après génération.
Une nation ne se mesure pas uniquement à la hauteur de ses immeubles, à la puissance de son économie ou au nombre de ses universités. Elle se mesure surtout à la manière dont elle traite ses anciens. Une société qui délaisse ses vieillards est une société qui perd son âme.
Nous devons collectivement retrouver le sens de la gratitude. Les familles, les écoles, les mosquées, les médias et les institutions publiques ont le devoir de rappeler que prendre soin de ses parents n'est ni une faveur ni un acte de générosité exceptionnelle : c'est un devoir sacré.
À ceux qui ont encore leurs parents en vie, je lance cet appel : ne remettez jamais une visite à demain. Ne retardez jamais un geste d'affection. N'attendez pas les funérailles pour exprimer votre amour. Les fleurs déposées sur une tombe ne remplaceront jamais une main tenue au chevet d'un père malade, ni un baiser donné au front d'une mère vieillissante.
Car le jour où ils ne seront plus là, les biens matériels, les réussites professionnelles et les honneurs perdront une partie de leur éclat. Il ne restera qu'une question, implacable, qui poursuivra la conscience de chacun :
Ai-je été digne de ceux qui m'ont donné la vie ?
Kadda Tahri

 
   

 

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