Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Par malaise identitaire la France a-t-elle peur de l’immigration ?

 

Derrière les discours sur l’immigration et la laïcité, se cache une crise plus profonde : celle du rapport de la société française au sens  identitaire,  le monde est à leurs yeux de plus en plus dangereux. L’immigration est la première de leurs préoccupations. Ils soutiennent massivement la fermeture des frontières aux migrants et éprouvent une défiance élevée à l’égard des musulmans.

La France affirme, depuis plusieurs années, sa crainte face à l’immigration. Cette inquiétude structure les débats politiques, alimente les controverses médiatiques et se traduit dans les urnes. Elle est généralement justifiée par des arguments sécuritaires, culturels ou socio-économiques. Pourtant, une lecture attentive du malaise français révèle une réalité plus complexe : ce qui trouble la société n’est pas uniquement l’arrivée de populations étrangères, mais ce que cette présence rend visible et interroge en profondeur.

Car l’immigration, telle qu’elle est perçue aujourd’hui, agit comme un révélateur. Elle met en lumière une fracture moins souvent nommée : le rapport ambigu, voire conflictuel, de la France contemporaine au religieux et, plus largement, au sacré. Ce qui dérange n’est pas tant l’altérité culturelle que l’expression assumée d’une foi dans l’espace public. Ce n’est pas l’étranger en tant que tel, mais ce qu’il rappelle à une société qui se pensait définitivement sortie du religieux.

La France est pourtant façonnée par une longue histoire spirituelle. Le christianisme a structuré son imaginaire, son patrimoine, sa pensée et ses institutions. La laïcité, dans son esprit fondateur, n’avait pas pour vocation de nier la foi, mais de garantir la liberté de conscience et de permettre la coexistence pacifique des croyances. Or, au fil du temps, ce principe juridique s’est parfois transformé en norme culturelle implicite, valorisant l’invisibilisation du religieux comme condition de l’ordre social.

Dans ce contexte, la visibilité d’une religion vécue de manière quotidienne dans les pratiques, les rythmes de vie, les signes corporels entre en tension avec une société largement sécularisée. Cette tension ne repose pas nécessairement sur un rejet doctrinal, mais sur une gêne plus diffuse : celle de voir réapparaître, au cœur d’un espace public rationalisé, une dimension que l’on croyait reléguée au passé ou à la sphère strictement privée.

Le malaise français est donc moins religieux qu’existentiel. Il interroge la capacité collective à définir ce qui fonde encore le projet commun. La France peine aujourd’hui à dire si elle est une culture, une mémoire, une promesse politique ou une simple organisation administrative. Cette indétermination fragilise le débat public. Faute de repères symboliques clairs, la laïcité est parfois mobilisée comme un rempart défensif, non contre une menace réelle, mais contre une inquiétude plus profonde : celle de voir remit en question un modèle de société qui peine à donner du sens.

Les débats autour de l’assimilation, du voile ou des pratiques religieuses traduisent ainsi une asymétrie spirituelle. D’un côté, des individus pour qui la transcendance continue de structurer l’existence ; de l’autre, une société largement désenchantée, où le religieux a perdu sa centralité. Cette coexistence devient conflictuelle lorsque la foi demeure visible, assumée, et qu’elle met en lumière le vide symbolique laissé par son effacement.

Dire que la France aurait peur d’une religion spécifique serait donc une simplification. Ce qui inquiète davantage, c’est ce que cette religion comme toute foi vivante vient rappeler : que la modernité n’a pas répondu à toutes les questions, que le progrès matériel ne suffit pas à combler le besoin de sens, et que la rationalité politique ne peut, à elle seule, fonder une vision complète de l’humain.

Pourtant, la tradition intellectuelle française s’est longtemps distinguée par sa capacité à penser ensemble la raison et l’esprit. Philosophes, écrivains et penseurs ont su reconnaître que l’homme ne se réduit ni à son utilité sociale ni à sa fonction économique. Oublier cette profondeur revient à déplacer le débat vers des peurs secondaires, tout en évitant la question centrale.

L’enjeu contemporain dépasse donc largement la seule question migratoire. Il concerne la capacité de la France à se réconcilier avec sa propre profondeur, à reconnaître que la foi — lorsqu’elle s’inscrit dans le respect du cadre commun et de la dignité humaine ne constitue pas une menace, mais un fait social et existentiel incontournable. Le silence spirituel n’est pas nécessairement un progrès ; il peut aussi être le signe d’un appauvrissement.

La véritable question n’est donc pas seulement : qui arrive ?
Elle est plus dérangeante : qui sommes-nous devenus pour trembler ainsi devant le sacré ?

Tant que cette interrogation restera implicite, la France continuera de débattre bruyamment de l’immigration, tout en taisant ce qui, en profondeur, la met réellement en crise.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

 

 


Pour l’extrême droite : L’immigration, un bouc émissaire commode


Le débat sur l’immigration en France est aujourd’hui traversé par une forte charge émotionnelle. Certains médias et tribunes engagées, particulièrement proches de l’extrême droite, construisent un récit alarmiste où l’immigration serait à l’origine de l’ensemble des difficultés sociales, économiques ou culturelles du pays. Un exemple récent illustre ce glissement : un texte virulent dénonçant la politique étrangère française, les coopérations culturelles avec l’Afrique, et prêtant à l’immigration des intentions hostiles, voire destructrices. Mais ce type de discours ne cherche pas à éclairer : il vise à inquiéter, à diviser et à désigner des ennemis intérieurs.

Un discours qui ne repose pas sur des faits mais sur des émotions

Ce type de texte utilise plusieurs procédés rhétoriques bien identifiés :

Généralisation abusive : quelques comportements d’individus sont étendus à des millions de personnes.

Amalgame identitaire : immigration = islam = délinquance = menace civilisationnelle.

Sélection orientée d’exemples : on ne retient que des cas négatifs pour créer une impression de danger.

Absence de données vérifiables : jamais de chiffres complets, jamais de sources neutres.

L’objectif n’est pas de débattre de politique migratoire, mais de fabriquer un récit d’invasion et de chaos qui entretienne la peur.

Ce que montrent réellement les données sur l’immigration

Contrairement à ce que ces discours laissent entendre :

90% des titres de séjour délivrés en France sont légaux (études, travail, regroupement familial, asile).

La majorité des immigrés travaille, cotise et contribue à l’économie.

80% des migrations africaines restent sur le continent africain : il n’y a pas « d’invasion ».

Les enquêtes sociologiques (INED, CNRS) montrent que la grande majorité des Français musulmans adhère aux lois de la République.

Reconnaître ces réalités ne signifie pas nier les difficultés. Il existe des enjeux d’intégration, de logement, de ségrégation urbaine, de discriminations. Mais la simplification brutale « immigration = problème » empêche de les résoudre.

Une vision erronée de l’identité française

On lit souvent que la France se « dissoudrait » au contact d’autres cultures. C’est oublier une évidence historique :
La France s’est toujours construite par apports successifs.

Romains, Gaulois, Celtes, Francs,

Apports méditerranéens, caraïbes, africains, asiatiques…

Christianisme, laïcité républicaine, Lumières…

La France est une nation qui intègre, transforme et crée, pas une forteresse qui se fige.
Dire que la France a une part d’africanité n’est pas une provocation : c’est une réalité historique, linguistique, culturelle et humaine.

Le vrai risque n’est pas l’immigration, mais la fragmentation politique

La société française ne souffre pas d’un excès d’altérité, mais d’un excès de méfiance.
La fracture ne vient pas de la diversité, mais du refus de la reconnaître comme fait social durable.

Plus on entretient l’idée d’un « eux contre nous », plus on fabrique précisément ce que l’on prétend craindre : des sociétés parallèles, de l’incompréhension, de la défiance.

Ce dont la France a besoin, ce n’est pas d’un ennemi intérieur, mais : d’une politique migratoire claire et transparente, d’une lutte résolue contre les discriminations, d’un projet d’intégration ambitieux, d’un langage public responsable et apaisé

Conclusion : choisir l’intelligence politique plutôt que la peur

Critiquer une politique migratoire est légitime. Instrumentaliser des populations entières ne l’est pas.

La France ne gagnera rien à se replier sur elle-même, à s’enfermer dans la défiance ou à essentialiser des millions de citoyens ou de résidents.
Elle ne cessera d’être la France que le jour où elle renoncera à son idéal universaliste, à sa capacité à intégrer, à sa foi dans l’intelligence collective.

L’immigration n’est pas la cause de leurs fractures. C’est leur manière d’en parler qui peut en créer — ou les apaiser.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Voilà qu’un « Allah Akbar » en voiture folle retentissait sur l’île d’Oléron

L’attaque commise sur l’Île d’Oléron a immédiatement suscité un déferlement de déclarations politiques. Avant même que l’identité de l’auteur, ses motivations ou son état psychologique soient établis, le mot « attentat » circulait déjà partout. Certains responsables parlaient de « menace islamiste », d’autres dénonçaient « l’angélisme » de leurs adversaires. Une chose est sûre : la course à l’interprétation a devancé l’enquête.

Ce réflexe n’est pas nouveau. Il témoigne d’un glissement structurel du débat public : l’émotion instantanée se substitue à la compréhension, et l’événement tragique devient outil de communication politique. Dans ce théâtre de l’immédiat, l’information n’est plus un processus mais un réflexe, et chaque drame devient le carburant d’une bataille culturelle préexistante.

Pourtant, la réalité de ces actes violents est complexe. Elle concerne à la fois : la circulation de discours extrémistes afin de réduire ces situations au seul facteur religieux ou identitaire, et encore plus la dramatisation médiatique comme mode de pensée ; c’est répondre à la complexité par un slogan, et donc laisser intactes les causes profondes.

Pendant que les plateaux télé s’affolent autour de l'« insécurité »,  pour faire intervenir ses chroniqueurs impartiaux qui assureront que le pire est avenir, et que c’est de la faute des Français : voilà ce qui arrive lorsqu’on reconnaît la Palestine !

Alors que d’autres faits, eux bien établis, passent sous silence : la précarité étudiante qui explose, la pénurie médicale, la fragilisation de l’école, l’épuisement des soignants, l’isolement en Ehpad, la perte de pouvoir d’achat, les inégalités territoriales. Ce sont pourtant ces fractures sociales-là qui structurent durablement le malaise français.

La question n’est donc pas seulement « qui est responsable de cette attaque ? », mais dans quel climat politique elle s’inscrit.

Un climat où la peur devient langage politique fréquent et le citoyen est sommé de choisir un camp avant même de comprendre.

Des faits divers qui tombent bien, pour l’extrême droite parce que ce qui se joue désormais dépasse Oléron

« Je veux adresser toutes mes pensées aux personnes blessées ce matin sur l’île d’Oléron, victimes d’une attaque d’une violence inouïe. » (Yaël Braun-Pivet, qui a eu des mots moins durs pour Israël qui commet un génocide)

« Aujourd’hui, la situation est telle que nous voyons émerger des djihadistes partout en France. » (Éric Zemmour)

« La menace islamiste sur notre pays n’a jamais été aussi forte […] mais c’est une guerre qu’il vous faut mener, ici et maintenant. Demain, il sera trop tard, notre pays a déjà payé un trop lourd tribut à l’islamisme. » (Sébastien Chenu)

Ce qui est choquant, c’est que ces politiques, trois minutes après l’évènement, annoncent déjà que c’est un attentat, et communiquent en ce sens sur les réseaux sociaux, avec un discours des plus terrorisants. Aucun début d’enquête, peu importe, « ils le savent déjà ». 

 Mais il est bon, bien sûr de rappeler que concernant cet attentat, qu’il s'agit en fait d’une fiction politique de certaines forces politiques, qui arrivent t à construire leur stratégie autour du thème de l’islamisme et l’immigration, présentée méthodiquement comme l’origine directe ou indirecte de tous les maux de la société française, et surtout qu’il s’agit également d'un événement en lien avec le Grand Remplacement.  

Ainsi donc, je dois dire bravo aux Français de souche, ayant Vercingétorix comme ancêtre (comme Zemmour), mais presque tous issus de l'immigration. Dans les médias, certains se prennent pour Napoléon, mais ils sont plus nombreux à se croire de souche, de qui, de quoi et depuis quand ?

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Mon 500ᵉ billet: écrire librement, penser avec rigueur

 

Cinq cents billets publiés, autant de traces d’un parcours fait d’engagements, de doutes, de lectures et de convictions. Ce n’est pas une célébration, mais une pause : l’occasion de revenir sur ma démarche, mes principes et cette liberté singulière que m’offre l’écriture.

Depuis mes débuts, j’ai voulu faire de cet espace un lieu d’échange et d’analyse où les questions politiques et sociales puissent être abordées autrement — non pas dans le bruit médiatique, mais sous l’angle de leur traitement, de leur mise en récit, de ce qu’elles disent de notre époque.

Ce billet n’est pas un retour narcissique. C’est une halte pour préciser d’où j’écris, pourquoi j’écris, et comment cette pratique s’est imposée, au fil des années, comme une forme de résistance intellectuelle et morale.

Un cap symbolique : cinq cents billets et un même fil conducteur

Voici donc le 500ᵉ billet publié sur ce blog. Un chiffre, bien sûr, mais aussi une étape qui invite à la réflexion. Depuis mes débuts, j’ai voulu faire de cet espace un lieu d’échange et d’analyse, où les questions politiques et sociales puissent être abordées autrement — non pas à travers le bruit médiatique, mais sous l’angle de leur traitement, de leur mise en récit et de ce qu’elles révèlent du monde dans lequel nous vivons.

Ce billet n’est pas un bilan, encore moins un exercice d’autosatisfaction. C’est une halte, un moment pour dire d’où je parle, pourquoi j’écris, et comment cette pratique, au fil des ans, s’est imposée comme une forme de résistance intellectuelle et morale.

Une écriture née de l’expérience et du militantisme

Mon écriture est profondément liée à mon parcours.
Enseignant et militant politique et social pendant près de vingt ans, j’ai longtemps vécu les réalités que je commente aujourd’hui. Les thèmes qui traversent mes textes — justice sociale, précarité, liberté, citoyenneté — ne sont pas des objets d’étude abstraits, mais des terrains d’expérience.

Je ne regrette pas ce passé. Je n’ai plus l’illusion d’être un réformiste, mais je reste un compagnon de route, animé par ce devoir de parole que je m’impose à moi-même. Écrire, pour moi, c’est participer, modestement, à la circulation d’un savoir, d’une vigilance, d’une mémoire collective.

Écrire, c’est militer autrement

Je milite à ma manière. Il y a sans doute, dans le geste d’écrire publiquement, une part de narcissisme — celle de croire qu’un texte puisse toucher, éveiller ou convaincre, fût-ce un petit nombre de lecteurs. Mais il y a surtout la conviction que la parole peut être utile : qu’elle éclaire, qu’elle nuance, qu’elle relie.

Je vois dans l’écriture moins un devoir qu’un savoir à partager : un ensemble d’expériences, de connaissances et de convictions qui peuvent servir à d’autres.
Je m’efforce de respecter quelques principes simples : ne jamais insulter mes adversaires, ne jamais juger les personnes sur leur nom ou leur apparence. Ce n’est pas une posture morale, mais une exigence de décence et d’honnêteté.

Écrire ici m’offre une liberté rare : celle de ne rendre de comptes à personne. Cette autonomie, je la considère comme un privilège, mais aussi comme une responsabilité

Commentaires, débats et illusions perdues

Les espaces numériques ne sont pas toujours des lieux de sérénité.
Je lis souvent les commentaires avec intérêt, parfois avec amusement, parfois avec lassitude. Certains prolongent utilement la réflexion : ils corrigent, précisent, débattent. D’autres, hélas, ne font qu’exprimer la colère, le ressentiment ou le besoin d’avoir raison. C’est la loi du genre.

Mais à travers tout cela, un lectorat s’est formé. Des lecteurs fidèles, attentifs, curieux, qui apprécient une approche des faits souvent absente du paysage médiatique actuel.
C’est à eux que je pense lorsque j’écris, non pour leur plaire, mais pour dialoguer avec cette part du public qui refuse le prêt-à-penser.

Au fil du temps, j’ai chroniqué des sujets variés : la guerre de Gaza, l’immigration en France, les tensions régionales avec le Maroc, et d’autres encore. Des thèmes lourds, complexes, qui exigent rigueur, recul et honnêteté.

Une écriture entre journalisme et engagement

Je revendique une écriture à la fois journalistique et militante.
Journalistique, parce qu’elle repose sur la vérification, la documentation, la précision.
Militante, parce qu’elle assume un point de vue, une orientation, une fidélité aux réalités vécues.

Beaucoup de lecteurs, même en désaccord, ont reconnu cette exigence. Peut-être parce qu’ils sentent que, pour moi, l’objectivité n’est pas la neutralité : elle n’exclut pas la prise de position, elle en est parfois la condition. Rappeler un fait, le contextualiser, le confronter à d’autres, c’est déjà militer pour une information juste.

Et puis, il faut bien poser la question :

Qui est le plus militant ? Celui qui rappelle les faits, ou celui qui choisit de les passer sous silence ?

Le silence, lui aussi, est une forme de parti pris. Il nourrit la désinformation, il affaiblit le débat, il empêche la réflexion.

Ma position : chroniqueur militant, non journaliste

Je ne me revendique ni militant au sens traditionnel, ni chroniqueur neutre. J’essaie d’être un chroniqueur militant — un observateur engagé, qui documente, analyse, puis prend position, sans jamais céder à l’invective.

Lorsque j’écris sur la précarité, sur les injustices ou sur les crises sociales, je ne dénonce qu’après avoir travaillé sur des faits vérifiables : chiffres, textes de loi, témoignages. Je ne prétends pas être journaliste, car je ne mène pas d’enquêtes contradictoires. Mais je cherche à m’approcher de la vérité, avec les moyens d’un citoyen qui s’informe, lit, questionne et observe.

Sur le terrain, il m’arrive que des interlocuteurs me prennent pour un journaliste. J’en suis flatté, sans pour autant le revendiquer. Je corrige chaque fois cette confusion, par respect pour la profession, mais aussi par fidélité à ma propre position : celle d’un auteur libre, qui n’appartient à aucune rédaction, mais partage avec elle une même exigence de sérieux et de cohérence.

Ce que cinq cents billets m’ont appris

Cinq cents billets, c’est beaucoup d’heures d’écriture, d’écoute, de débats et d’incertitudes.
C’est aussi la preuve que, malgré le bruit et la fatigue du monde, il reste des lecteurs pour qui les mots comptent, pour qui penser encore a du sens.

Je mesure, avec le recul, ce que cette pratique m’a apporté : une discipline intellectuelle, une distance critique, une fidélité à certaines valeurs — respect, rigueur, empathie.

Ce 500ᵉ billet n’est donc pas un point final, mais une étape.
J’aimerais que les suivants prolongent cette exigence : écrire non pour convaincre à tout prix, mais pour comprendre et faire comprendre.
Car la liberté d’écrire n’a de valeur que si elle sert à éclairer — un peu — ce qui, trop souvent, reste dans l’ombre.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/


L’usage abusif de l’antisémitisme: enjeux et dérives

 

Introduction

Dans le débat public contemporain, l’accusation d’antisémitisme joue un rôle central dans la protection contre les propos haineux visant les personnes de confession ou d’origine juive. Toutefois, certains observateurs soulignent que cette accusation, lorsqu’elle est utilisée de manière abusive, peut servir à disqualifier des critiques légitimes, notamment lorsqu’elles portent sur des politiques gouvernementales, des acteurs économiques ou des institutions identifiées comme juives ou pro-israéliennes. Cette situation soulève la question délicate de l’équilibre entre la lutte contre le racisme et la préservation de la liberté d’expression.

Antisémitisme : définition et cadre légal

L’antisémitisme se définit comme toute hostilité ou discrimination envers les Juifs en tant que groupe ethnique ou religieux. En France, il est fermement condamné par la loi (loi du 29 juillet 1881 et loi Gayssot de 1990), et les pouvoirs publics s’engagent à le combattre activement.
Toutefois, cette lutte doit s’inscrire dans un cadre clair, afin d’éviter les amalgames entre critique légitime et discours de haine.

Les formes possibles d’un usage excessif

L’usage abusif de l’accusation d’antisémitisme peut se manifester dans plusieurs contextes :

  • Assimilation de la critique d’une politique de l’État d’Israël à de l’antisémitisme.
  • Disqualification d’analyses portant sur l’influence de lobbies ou de réseaux d’intérêts.
  • Utilisation stratégique de l’accusation pour interrompre ou empêcher un débat contradictoire.

Dans ces cas, la confusion entre identité religieuse ou ethnique et position politique peut entraîner une restriction de la liberté d’expression. L’antisémitisme est cependant une notion très bizarre. Elle est aujourd’hui assénée tous azimuts sur les critiques du capitalisme, de la haute banque, sur les critiques de certains lobbies, sur les critiques du judaïsme, sur les critiques du sionisme comme sur quasiment tous ceux qualifiés au préalable de complotistes (ces derniers sont expulsés brutalement du genre humain). Quiconque regarde ce qui se cache dans les coulisses, dirait-on, est nécessairement antisémite, parfois fou et complotiste en prime.

La moindre compassion à l’égard du peuple palestinien martyrisé, nié dans son existence, exclu de tout droit humain, est interdite. Du reste, tant les anonymes que les personnalités qui ont protesté contre les crimes de Netanyahu ont souvent été poursuivis pour incitation à la haine raciale et apologie de terrorisme.

Enjeux démocratiques et sociétaux

La lutte contre l’antisémitisme est indispensable et doit rester prioritaire pour préserver le vivre-ensemble. Cependant, lorsque l’accusation devient un outil de protection d’intérêts particuliers plutôt qu’un moyen de combattre la haine, elle risque d’affaiblir sa légitimité. À long terme, cette dérive peut générer un climat de méfiance et nourrir des ressentiments, ce qui va à l’encontre de l’objectif initial.

Vers une clarification des critères

Afin de préserver à la fois la lutte contre l’antisémitisme et la liberté d’expression, il est nécessaire de clarifier les critères qui permettent de distinguer :

  1. La critique légitime : portant sur des faits, des décisions politiques, ou des acteurs identifiables, avec arguments vérifiables.
  2. Le discours antisémite : visant un groupe dans son ensemble en raison de son appartenance ethnique ou religieuse.

Cette distinction est essentielle pour éviter les amalgames et garantir un débat public sain.

Conclusion

Plus Israël agit militairement, plus il détruit, tue et affame, plus ses autorités s’empressent de taxer d’antisémitisme toute personne émettant quelque critique à leur endroit. Souvent l’utilisation de ce redoutable anathème s’effectue avant l’intensification des frappes de Tsahal. 
Néanmoins cette accusation éhontée d’antisémitisme, destinée à foudroyer l’insolent en l’extrayant de la société conforme, en le marginalisant, en l’essentialisant, en le dégradant devant l’opinion, en le délégitimant, en le discréditant, en définitive en lui interdisant de parler, en lui coupant l’accès à tout media, est une arme qui est également maniée très régulièrement par les agents du sionisme international en Occident en particulier. Et cette arme est d’autant plus redoutable qu’elle laisse une trace indélébile sur l’identité de l’individu qui fut ciblé, à tort ou à raison, par cette accusation d’antisémitisme. 

Protéger la société contre l’antisémitisme est un impératif moral et juridique. Mais cet impératif ne doit pas servir à museler toute contestation. La vigilance consiste à condamner fermement les propos haineux tout en préservant la possibilité d’une critique libre et argumentée des politiques ou institutions, quelle que soit leur affiliation. Ce n’étaient que des vociférations de protestation envers une vérité historique qui tombe sous le sens. L’histoire des juifs est à l’image de ceux-ci, mêlant le pire et le meilleur, dans cette société ethniquement cloisonnée, seules les minorités ont le droit de revendiquer leur identité. Le juif a encore des efforts à faire. Quant à hurler en permanence à l'antisémitisme, Venir ensuite sangloter contre une certaine exclusion, après avoir tout fait pour s'affirmer différent, relève alors de la plus profonde hypocrisie, c'est à la fois dégueulasse et indigne.

Adieu ô peuple élu ! Un jour la Palestine va probablement devenir judenrein!

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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