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Gaza, la fausse vertu de l'extrême droite et la comédie des civilisés :

« Qu'un officier israélien soit capable de réciter de la poésie entre deux frappes de drones ne change rien : tous communient dans le même mépris de Gaza et de ses enfants. »

C’est une bien triste époque pour les professionnels de la bonne conscience : le monde s’obstine à regarder là où ça saigne, plutôt que là où l’on théorise. Il faut lire avec une fascination presque médicale ces textes de notables effarouchés qui, la main sur le cœur et l’œil humide, nous expliquent que le véritable danger pour l’humanité n’est pas la pluie de bombes de 2000 livres sur des tentes de réfugiés, mais la redoutable « haine » qui couve dans un amphithéâtre universitaire ou dans un tweet de la France Insoumise.

Quel chef-d’œuvre d’inversion pyrotechnique ! Observez la mécanique : un État surarmé, béni par les chancelleries occidentales, occupé à raser des villes entières, à liquider des générations de gamin(e)s et à planifier le vide sanitaire, réussit encore l'exploit d'écrire des élégies sur sa propre souffrance. Il paraît que critiquer cette performance démocratique, c’est déjà chausser les bottes des Einsatzgruppen. Rien que ça. Si un étudiant brandit un drapeau palestinien, Kant vacille, Nietzsche tremble, et la civilisation s’effondre. Mais quand une bombe guidée pulvérise une maternité, c’est de la « légitime défense préventive » rédigée dans une syntaxe irréprochable.

Ils aiment convoquer la culture, l'histoire et les grands massacres de la terre de l'Est pour nous donner des sueurs froides. Ils nous racontent, la voix tremblante, comment les diplômés de Weimar citaient Goethe avant d'exterminer. Mais quelle ingratitude envers eux-mêmes ! Ils oublient de préciser que les vrais héritiers de ces bureaucrates en col cassé ne sont pas les gamins qui défilent le samedi soir. Les vrais successeurs de ces rationaliseurs de la mort, ce sont précisément ceux qui, en costume-cravate sur les plateaux télé, vous expliquent avec un flegme académique et des catégories juridiques bien polies qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des civils, et qu’affamer deux millions de personnes est un « dilemme tactique complexe ».

La voilà, leur fameuse « barbarie sentimentale » : cette extraordinaire capacité à transformer un tank en colombe blessée et une victime en coupable d’existentialisme abusif. Pour cette élite le nez collé à sa propre vertu, un Palestinien qui meurt est une abstraction malencontreuse, mais un occidental dérangé dans son confort moral par le mot « antisionisme » est un martyr de la liberté.

On nous adjure d’« ouvrir les yeux ». Mais leurs yeux à eux sont grands ouverts… uniquement sur le miroir qui reflète leur pureté imaginaire. Ils ne voient pas la barbarie, parce qu’elle porte leur uniforme, parle leur langue, et cite leurs valeurs. Ils préfèrent traquer « le poison du ressentiment » chez ceux qui s'indignent, plutôt que d'évaluer le tonnage d'explosifs balancé par leurs protégés.

Alors épargnez-nous vos sermons sur « la nuit du cœur » et « l’âme humaine fragile ». Ce ne sont pas les pancartes des campus qui préparent les charniers de demain : ce sont vos silences polis, vos complicités d’experts et vos larmes de crocodiles versées sur le dos des opprimés. La barbarie a ceci de pratique aujourd’hui qu'elle se traite en conférence de presse et se finance par virement bancaire. Pour le reste, dormez braves gens : le bien est au pouvoir, et il est armé jusqu'aux dents.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Israël–Gaza : au-delà de la propagande, pour une critique contre toutes les haines:

 

Alors qu’Israël mène à Gaza une offensive d’une brutalité inédite, certains éditorialistes continuent de mobiliser un discours de victimisation stratégique, assimilant toute critique à de l’antisémitisme dissimulé, et présentant l’État israélien comme un îlot de démocratie assiégée dans un océan de haine. Ce renversement narratif, largement relayé dans certaines sphères médiatiques, mérite une réponse factuelle, rigoureuse et dénuée de passion idéologique.

1. Antisionisme ≠ Antisémitisme : un raccourci politique dangereux : Le cœur de la tribune pro-israélienne repose sur un postulat simple, mais fallacieux : critiquer Israël, ce serait haïr les Juifs. Cet amalgame – politiquement utile mais intellectuellement malhonnête – vise à neutraliser toute critique de l’État israélien en la disqualifiant moralement.

Or, de nombreuses voix juives, israéliennes ou universitaires dénoncent cette confusion. Des figures comme Noam Chomsky, Judith Butler ou l’historien israélien Ilan Pappé expliquent que l’antisionisme est une position politique, souvent fondée sur le rejet de l’occupation, du colonialisme et de la discrimination systémique. La critique de l’idéologie sioniste, comme de toute idéologie politique, est légitime dans un débat démocratique.

2. Israël, une démocratie ? Pas pour tout le monde : L’article défend l’image d’un État démocratique, protecteur des minorités, inventif et civilisé. Mais cette démocratie est à géométrie variable.

  • En Cisjordanie, Israël exerce un régime d’apartheid, comme l’ont démontré Amnesty International, Human Rights Watch et même l’ONG israélienne B’Tselem.
  • À Gaza, Israël maintient un blocus illégal depuis 2007, condamné par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
  • À l’intérieur de ses frontières, les citoyens arabes israéliens sont légalement discriminés, comme en témoigne la loi fondamentale de 2018 qui définit Israël comme l’État-nation du peuple juif uniquement.

Une démocratie ne peut être jugée sur ses institutions formelles seulement, mais sur la manière dont elle garantit les droits égaux à tous ses habitants.

3. Le droit international comme boussole : Le texte ignore systématiquement le cadre juridique international, qui est pourtant le seul repère objectif dans les conflits asymétriques. Or, depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza :

  • La Cour internationale de Justice a estimé qu’il existe un risque plausible de génocide.
  • L’ONU parle de crimes de guerre répétés (attaques contre les hôpitaux, écoles, journalistes).
  • Des ONG comme Oxfam et Médecins Sans Frontières alertent sur une situation de famine orchestrée.

Brandir la menace du Hamas ne suffit pas à justifier des représailles massives et indiscriminées contre des civils, interdits par les Conventions de Genève.

4. La guerre de l’image n’est pas un complot médiatique : la tribune regrette que « l’opinion publique » se retourne contre Israël. Mais ce changement n’est pas le fruit d’un complot woke ou islamo-gauchiste : il est la conséquence directe de ce que les caméras montrent à Gaza.

  • Des enfants mutilés,
  • Des hôpitaux détruits,
  • Des cadavres sortis des décombres,
  • Des civils piégés et privés d’eau, d’électricité, de soins.

Les images parlent d’elles-mêmes. Elles provoquent une indignation universelle, non parce que le monde hait Israël, mais parce que le massacre de civils innocents est inacceptable, partout, tout le temps.

5. Le 7 octobre ne justifie pas l’anéantissement de Gaza : Le Hamas a commis des crimes de guerre le 7 octobre. Rien ne justifie ces actes. Mais ces crimes ne donnent pas à Israël un blanc-seing pour violer le droit international.

La notion de légitime défense invoquée par Tel Aviv ne saurait justifier :

  • L’emploi d’armes incendiaires (phosphore blanc),
  • Les frappes sur des zones densément peuplées sans évacuation préalable,
  • L’assassinat de journalistes, d’ambulanciers et de familles entières.

Israël ne cherche pas seulement à se défendre, comme l’affirme la tribune : il punit collectivement un territoire tout entier, ce qui constitue un crime au regard du droit humanitaire.

6. Non, la critique d’Israël n’est pas dictée par le vote musulman : L’auteur accuse les démocraties européennes de s’aligner sur une prétendue stratégie clientéliste en faveur du vote musulman. Cette thèse, sans preuve, repose sur une vision condescendante et islamophobe des électeurs musulmans, comme s’ils formaient un bloc homogène, manipulable, incapable d’avoir des convictions citoyennes sincères.

Les condamnations des actions israéliennes viennent aussi :

  • De juristes internationaux,
  • De hauts fonctionnaires onusiens,
  • De centaines de députés, diplomates et chercheurs non-musulmans.

Il s’agit donc d’un consensus juridique et moral, pas d’une manœuvre électorale.

7. La posture morale inversée : un leurre  : Enfin, la tribune tente d’imposer un renversement moral : Israël serait en réalité le véritable martyr, mal compris, détesté parce qu’il réussit. Cette posture victimaire, paradoxale venant d’une puissance nucléaire, militairement surarmée et soutenue par les États-Unis, vise à se soustraire à toute responsabilité.

Mais Israël ne peut réclamer les vertus démocratiques sans en assumer les exigences : la transparence, la proportionnalité, la recevabilité. Être un État démocratique signifie accepter la critique, y compris quand elle est dérangeante.

Conclusion : pour une justice universelle, pas à géométrie variable : La défense aveugle d’Israël, telle qu’exprimée dans cette tribune, participe d’un aveuglement idéologique dangereux, qui fait passer la solidarité politique avant la justice, l’émotion identitaire avant le droit.

Il ne s’agit pas de nier les souffrances israéliennes, ni de minimiser la violence du Hamas. Il s’agit de rappeler que tous les peuples ont droit à la dignité, à la vie, à la paix – et que le droit international doit s’appliquer à tous, sans exception.

Car si la démocratie, la morale et la liberté ne sont valables que pour certains, alors elles ne sont plus universelles. Et sans universalité, elles ne sont plus des valeurs, mais des privilèges.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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