Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Le prophète Zemmour : les faits divers en champs de bataille idéologique

 

 Les discours d’Éric Zemmour transforment les faits divers en champs de bataille idéologique. Derrière ses métaphores grandiloquentes se cache une mécanique dangereuse : celle qui assimile l’immigré à une menace, l’Algérien au voleur, et l’autre à l’ennemi.  Zemmour se rêve en lanceur d’alerte et il se croit lanceur de vannes. Mais la vérité, moins glorieuse, plus terre à terre, c’est qu’il maîtrise surtout l’art de lanceur de pets : le vacarme et la senteur, le bruit et l’odeur, ça, il gère très bien. Et comme toujours chacun de ses pets devient un communiqué très médiatisé.

Il suffit parfois d’un mot pour dévoiler tout un système de pensée.
Lorsque, après un cambriolage au Louvre, Éric Zemmour déclare que « l’immigration nous vole les bijoux de la Couronne », il ne parle pas d’un vol, mais d’un mythe. Il invente un récit où la criminalité se confond avec l’origine, où un fait divers devient le symbole d’un affrontement civilisationnel. Ce glissement du particulier au général est le cœur du racisme moderne : discret dans la forme, violent dans le fond.

Sous couvert d’admiration pour les enquêteurs, Zemmour félicite la police pour mieux accuser l’immigration tout entière. Il ne s’agit plus de juger deux individus, mais de condamner une communauté entière, réduite à sa nationalité ou à sa religion. Ce procédé est bien connu : c’est le racisme discursif, cette rhétorique qui avance masquée derrière des phrases bien tournées et un ton pseudo-rationnel. Mais qu’on ne s’y trompe pas : derrière la syntaxe se cache la stigmatisation, derrière la formule, la peur.

Le discours de Zemmour est une mise en scène.
Les mots « djihad du quotidien », « notre civilisation », « tragédie de Lola » ne relèvent pas de l’analyse, mais du registre de l’émotion brute. Tout est fait pour entretenir un sentiment d’assiègement, pour faire croire que chaque fait divers est une bataille perdue dans une guerre invisible. Cette dramatisation permanente, ce mélange de faits et de fantasmes, permet d’imposer un récit unique : celui d’une France pure, menacée par l’étranger.
C’est une politique de l’émotion, pas de la raison.

Mais il faut le dire clairement : cette logique du soupçon permanent détruit tout pacte républicain. Car ce que Zemmour présente comme « lucidité », n’est qu’un vieux poison repeint aux couleurs du patriotisme. C’est la vieille idée du bouc émissaire, celle qui a toujours nourri les populismes : expliquer la crise, la violence ou la souffrance sociale non par la complexité du monde, mais par la présence d’un Autre. En pointant du doigt « l’immigration », il détourne l’attention des véritables fractures : les inégalités, la pauvreté, la relégation sociale.

Le plus inquiétant, c’est que ces mots ne choquent plus autant. Il est très difficile, même pour un Français ordinaire de ressentir de l’amour pour toute cette société aristocratique du spectacle médiatique, du mensonge, de l’illusion et de l’arrogance composé essentiellement de millionnaires, ou de parasites de l’audiovisuel sur payés.
D’autant que ces donneurs de leçons qui fabriquent l’opinion en contrôlant les médias, sont complices et apologistes des millions d’assassinats de civils par des criminels. Les larmes de la maman de Lola ont déchiré le cœur de certains. Mais il existe des milliers (dans le présent et plus dans le passé) de mères, d’orphelins, de veufs et de veuves de guerres qui méritent la même compassion surtout à Gaza où les victimes sont majoritairement les consœurs de la petite Lola.
Le racisme s’est fait discours de plateau télé, argument de campagne, slogan politique. On le commente, on le relativise, on le normalise. Or, c’est précisément cette banalisation qui est dangereuse. Car à force d’entendre que « l’immigration nous vole », certains finissent par le croire. Et à force de croire, certains finissent par haïr.
Ce n’est plus seulement un débat d’idées, c’est une dégradation de la culture démocratique, une corrosion du vivre-ensemble. Aujourd’hui plus que jamais les Français de base peuvent se  rendre compte que ce ne sont justement pas des clichés, mais une Culture ancestrale. Ruses, mensonges et profits les 3 piliers du talmudisme

Face à cela, il ne suffit pas de s’indigner. Il faut résister par la parole et par la pensée.
Résister, c’est rappeler que la responsabilité est individuelle, jamais collective.
Résister, c’est refuser qu’un acte isolé devienne un procès contre tout un peuple.
Résister, c’est défendre une France fidèle à son idéal républicain : celle qui juge les actes, pas les origines ; celle qui valorise la justice, pas la vengeance symbolique.

Il ne s’agit pas ici de nier les problèmes ou d’édulcorer le réel. Il s’agit de le comprendre sans le tordre, de parler sans exclure. Car la République n’est pas un mur, c’est une promesse : celle de la dignité égale de tous les citoyens, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.
Quand Zemmour transforme cette promesse en peur, il ne défend pas la civilisation — il en trahit l’esprit.

Alors oui, il faut dénoncer ce racisme-là.
Celui qui se cache dans les tournures élégantes et les phrases bien ciselées.
Celui qui se glisse dans les discours télévisés, jusqu’à sembler banal.
Parce qu’à chaque fois qu’un mot discrimine, c’est un pan de l’humanité qui recule.
Et parce que la seule guerre qu’il vaille la peine de mener aujourd’hui, c’est celle contre la haine, pour que les mots cessent enfin de blesser la République.

En effet le cambriolage du Louvre sert de diversion à une classe politique française qui patauge dans la médiocrité et à des médias mainstream français qui ne cherchent que le buzz pour augmenter leur audimat.

Aujourd'hui les Français de base, voyant que les caisses sont vides, que leur mode de vie est en danger, que leur identité même est gravement menacée, ne reconnaissant plus le pays où ils sont nés et ils ont la gueule de bois !
Régler l'affaire par une "bonne" foutre dehors tous les indésirables, de l’empire médiatique du mensonge au service des milliardaires fossoyeurs de la France et de leurs complices de la tribu que l’on ne peut nommer.
Dans le champ politique un seul petit exemple Zemmour qui parle des valeurs chrétiennes de la France (sacré moise pour les intimes et Eric pour la plèbe). Un bon exemple de la théorie du grand remplacement !
La France devrait se débarrasser de tous ces poux qui infestent sa tête pour retrouver la paix intérieure et restaurer sa grandeur. 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 


La hiérarchie médiatique et politique de la compassion dans la guerre contre Gaza

Toutes les victimes se valent : Dans les rédactions françaises, la compassion s’est calibrée comme un JT : un visage, une larme, un nom. Mais les guerres ne sont pas des scénarios, et les morts n’ont pas de camp. L’humanité n’est pas divisible, même quand la politique la segmente.

On finit par s’y habituer. À chaque flambée de violence au Proche-Orient, les médias français rejouent la même partition : émotion à géométrie variable, compassion sélective, indignation asymétrique. Le texte récemment paru dans la presse, avec sa verve acide et son ironie grinçante, met le doigt sur cette blessure morale : la vie d’un Israélien semble parfois peser plus lourd que celle d’un Palestinien. Derrière l’exagération, il y a un malaise réel, un déséquilibre du regard.

Il ne s’agit pas de nier la souffrance des uns ou des autres, mais de rétablir l’égalité du deuil. Quand on célèbre la libération de quelques otages israéliens en oubliant les milliers de prisonniers palestiniens détenus sans jugement, on fabrique une hiérarchie de l’émotion. On déshumanise à nouveau ceux qu’on prétend défendre, simplement parce qu’ils ne sont pas nés du « bon côté » du mur.

Les mots ont un poids : les « otages » d’un camp deviennent les « prisonniers » de l’autre. Et dans ce glissement sémantique, tout un système d’aveuglements prend racine.

Chaque guerre finit par ressembler à la précédente : des images de ruines, des visages d’enfants, des chiffres sans fin. Mais dans les rédactions françaises, l’émotion s’est standardisée. On choisit qui mérite les pleurs du soir, qui aura droit à l’indignation, et qui restera dans la colonne des dégâts collatéraux.
Une phrase, récemment écrite dans un journal, résume brutalement cette inégalité morale :

« Un Israélien vaut cent Palestiniens. »
Derrière la provocation, c’est une vérité dérangeante : leurs larmes ont un sens politique.

L’émotion calibrée, la douleur hiérarchisée

Quand un otage israélien retrouve la liberté, la France retient son souffle. On connaît son prénom, son âge, son histoire. Les plateaux s’ouvrent, les ministres s’émurent, les caméras filment la joie.
Quand des dizaines de Palestiniens sortent de prison après des années de détention sans procès, le silence règne. Aucun nom, aucune image, aucune émotion.
La compassion, comme la diplomatie, semble avoir ses frontières.

Et c’est là le plus grand naufrage de nos médias : l’inhumanité sélective. Les journalistes ne manquent pas de courage, mais leurs récits se plient à la dramaturgie dominante : celle qui met en scène l’émotion occidentale, jamais la douleur étrangère.
La guerre devient un feuilleton : il faut un héros, un monstre, une intrigue simple, un camp du bien. Le reste, on le coupe au montage.

On l’a vu récemment avec la mise en scène des « retrouvailles miraculeuses » des deux frères israéliens, libérés à quelques heures d’intervalle alors qu’ils n’avaient jamais été captifs ensemble. Une histoire dans l’histoire, calibrée pour la presse occidentale, avide de symboles et de larmes télévisées.
Ce n’est pas tant la véracité de l’épisode qui importe que son usage émotionnel : le drame devient scénario, la guerre se transforme en feuilleton. On ne montre plus la complexité du conflit, mais des séquences d’émotion instantanée. La souffrance devient un produit médiatique.
Et ce que la mise en récit efface, ce sont les autres visages : ceux qu’on ne filme pas, ceux dont on ne connaît ni le nom ni le sort, parce qu’ils n’appartiennent pas au bon récit. La compassion devient un choix éditorial.

La communication a remplacé la conviction

Dans ce grand théâtre, les dirigeants jouent leur rôle avec un talent consommé. L’auteur ironisait : « Macron, l’homme qui connaît les prénoms des otages par cœur ».
La formule frappe juste : elle dit tout d’une époque où la compassion présidentielle se mesure à la mémoire des noms, non à la constance des principes.

La France, autrefois médiatrice du Proche-Orient, s’est réduite à un figurant applaudissant les décisions américaines.
Elle ne parle plus : elle communique.
Elle ne pèse plus : elle compatit à heure fixe.

On n’attend pas d’un président qu’il pleure, mais qu’il agisse. Qu’il ose dire qu’aucune armée ne se grandit en affamant des civils, et qu’aucun peuple ne se libère en tuant des innocents.
Mais la politique du « en même temps » ne protège plus personne quand les bombes tombent.

Les mots sont déjà des armes

Les mots ont un sens, et parfois un poids de mort. On ne désigne pas les mêmes réalités quand on parle d’« otages », de « prisonniers » ou de « détenus ». Dans le tumulte des récits, chaque mot oriente le regard : l’un évoque l’innocence, l’autre la culpabilité, le troisième la légitimité.
En Israël comme en Palestine, des hommes et des femmes sont enfermés, arrachés à leurs familles, souvent sans procès, parfois sans espoir de retour. Les appeler par leur juste nom — des captifs, des êtres humains privés de liberté — devrait être la première exigence du journalisme et de la diplomatie. Car quand le langage se déforme, la réalité suit. Nommer certains « terroristes » et d’autres « soldats », c’est déjà décider qui a droit à la pitié et qui ne l’a pas. C’est cette asymétrie des mots qui rend possible l’asymétrie des morts.

Combien d’otages parmi les prisonniers palestiniens auront été détenus arbitrairement, torturés, durant des mois voire des années, avant d’être libérés sans procès ?
Combien de prisonniers de guerre israéliens présentés malhonnêtement comme des otages ?
Combien de palestiniens seront repris dans les prochains jours pour augmenter le nombre d’otages à disposition et faire pression sur les familles ?
Autant je pense que le conflit israélo palestinien n’aurait jamais  autant l’ignominie, je ne vois pas de mot assez fort en réalité, de la haine ouverte contre un peuple et de la servilité envers une entité, aucun respect de la légalité, aucunes frontières déclarées ni constitution font d’Israël un objet territorial non identifié, et des envahisseurs qui s’inventent une histoire et ont tous les droits.
J’espère que la résistance palestinienne va se trouver un nouveau représentant, ce peuple a payé le prix fort pour mériter de vivre

Toutes les victimes se valent

Dire cela ne relativise rien. Pleurer les victimes israéliennes ne diminue pas la douleur palestinienne, et inversement.
Au contraire : reconnaître la souffrance de l’autre, c’est poser la première pierre de la paix.

Les mères pleurent de la même manière à Gaza et à Tel-Aviv. Les enfants se cachent sous les mêmes cris, la même peur. Ce sont les adultes qui divisent, pas les larmes.
Et si notre empathie s’arrête à la frontière des alliances, alors notre morale ne vaut plus rien.

Le courage de regarder en face

Le rôle des journalistes n’est pas de choisir les bons morts, mais de rendre leurs visages à tous.
Le rôle des citoyens n’est pas de répéter les slogans des gouvernants, mais de poser des questions simples : pourquoi ce silence ? Pourquoi cette asymétrie ? Pourquoi ce tri dans la douleur ?

Le vrai courage, aujourd’hui, ce n’est pas de s’indigner à heure fixe. C’est de dire que le bombardement de Gaza en est une horreur absolue, la famine organisée, l’humiliation d’un peuple en cage, en sont une autre. C’est cela, le cœur de l’humanisme : dénoncer que la vengeance tienne lieu de justice.

Ne pas choisir un camp, mais un principe

Dans ce conflit comme dans d’autres, la question n’est pas « qui a commencé ? », mais « combien de temps encore allons-nous détourner le regard ? ».
Chaque enfant tué est une défaite collective.
Chaque silence médiatique est une abdication morale.
Chaque justification politique est un pas de plus vers la déshumanisation.

Ce texte n’appelle pas à choisir entre Israël et la Palestine.
Il appelle à choisir entre la peur et la justice, entre la propagande et la vérité, entre l’oubli et la conscience.

Une société qui ne pleure plus pour tous a déjà perdu son âme.
Et quand une vie palestinienne finit par valoir moins qu’un tweet, c’est toute notre humanité qu’on enterre sous les décombres.

Conclusion :

Dans cette logique, les dirigeants jouent leur rôle. Quand Emmanuel Macron est dépeint comme « l’homme qui connaît les prénoms des otages par cœur », la pique est cruelle, mais révélatrice. Le président français incarne cette diplomatie de l’émotion : compassion à la main, mais silence sur le fond. Le symbole remplace l’action. Connaître les prénoms ne rend pas la liberté, et encore moins la paix. Ce n’est pas de mémoire qu’il s’agit, mais de courage politique.

Or, le courage consisterait aujourd’hui à rappeler une évidence devenue presque subversive : toutes les vies ont la même valeur. Qu’elles soient israéliennes, palestiniennes, ukrainiennes ou soudanaises, les vies fauchées par la guerre méritent la même larme, le même respect, la même exigence de justice. Refuser de hiérarchiser la douleur n’est pas relativiser le crime, c’est redonner à la morale sa cohérence.

Les médias, les gouvernants, les citoyens doivent retrouver cette lucidité : celle qui ne se laisse pas guider par la peur, le spectacle ou le réflexe tribal. La compassion n’a de sens que si elle est universelle. Autrement, elle devient une arme de plus dans la guerre des récits.
Le rôle d’une presse libre n’est pas de pleurer sur commande, mais de rétablir l’humanité des invisibles. Et le rôle d’une démocratie digne de ce nom n’est pas de compter les morts, mais d’en empêcher d’autre

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/

Flottille pour Gaza: Les pèlerins de la bonne conscience

 

Il y a, dans une partie de la presse française, une étrange jubilation à tourner en dérision toute expression de solidarité envers les Palestiniens. Les participants à la dernière flottille pour Gaza ont ainsi été décrits comme des “Croisés sans Dieu”, des “repus de bonne conscience”, des militants “subventionnés par leur indignation”. Sous couvert de lucidité, ce discours ne révèle rien d’autre qu’une lassitude morale : celle d’un monde qui préfère moquer la compassion plutôt que d’affronter sa responsabilité.

L’indignation comme résistance

Dans un moment où la guerre de Gaza s’achève à peine, où les décombres couvrent encore la bande côtière et où les familles comptent leurs morts, ces attaques contre des militants humanitaires ont quelque chose d’indécent.
On peut débattre des méthodes, on peut contester l’efficacité symbolique d’une flottille, mais réduire cet engagement à une mise en scène narcissique, c’est refuser de voir ce qu’il représente : une résistance morale à l’indifférence.

L’indignation n’est pas un luxe.
C’est la condition de toute société démocratique qui refuse de se soumettre à la fatalité du plus fort.
Elle ne relève pas d’une religion laïque, mais d’une conscience civique : celle qui rappelle qu’aucun État, quel qu’il soit, ne peut s’exonérer du droit international et de la morale humaine.

Défendre Gaza n’est pas haïr Israël

L’un des procédés rhétoriques les plus utilisés par les soutiens inconditionnels de la politique israélienne consiste à assimiler toute critique à de l’antisémitisme.
Ce glissement sémantique permanent permet d’éviter le fond du débat : les crimes de guerre, le blocus, les destructions massives et la négation des droits fondamentaux des Palestiniens.

Critiquer un État, ce n’est pas haïr un peuple.
C’est refuser qu’un gouvernement quel qu’il soit transformé la peur en doctrine politique.
C’est affirmer que la liberté, si chère à Israël, ne peut pas être confisquée par la violence.
La vraie amitié entre peuples, c’est celle qui ose dire la vérité, pas celle qui justifie l’injustifiable.

La fabrication de l’ennemi

L’article auquel nous répondons accuse “les indignés” de “fabriquer un ennemi” : Israël.
Mais c’est précisément l’inverse qui s’y joue.
L’auteur construit, pièce par pièce, la figure repoussoir de “la gauche européenne inféodée”, des “humanitaires hypocrites”, des “militants doudous”.
Cette fabrication d’un ennemi intérieur permet de détourner le regard des véritables responsabilités : celles de l’occupation, de l’impunité militaire et de la cécité diplomatique de l’Occident.

Ce procédé n’est pas nouveau.
Il s’inscrit dans une longue tradition de disqualification morale des mouvements de solidarité internationale, accusés de “faiblesse” dès lors qu’ils rappellent l’universalité des droits humains.
Mais cette faiblesse supposée est, en réalité, une force : celle de continuer à croire que la dignité ne se négocie pas.

La vraie imposture

La véritable imposture morale n’est pas du côté de ceux qui s’indignent, mais de ceux qui ont cessé de le faire.
Derrière la posture du “réalisme”, il y a souvent la résignation.
Derrière la dénonciation des “indignés professionnels”, il y a le confort de ceux qui n’ont rien à perdre ni proches sous les bombes, ni illusions à défendre.

Moquer la compassion, c’est se protéger de la honte.
Mais la honte, parfois, est le début du courage.
Ceux qui prennent la mer pour Gaza ne prétendent pas changer le monde ; ils refusent seulement qu’on continue à le laisser couler.

Redonner sens à la parole publique

Dans un temps saturé de discours sécuritaires et d’inversions accusatoires, maintenir vivante la parole humaniste est déjà un acte politique.
Il ne s’agit pas de choisir un camp contre un autre, mais de refuser le cynisme comme horizon.
De rappeler que la démocratie ne se défend pas par la censure de l’empathie, mais par la reconnaissance de l’autre.

Ceux qu’on raille aujourd’hui comme “pèlerins de la bonne conscience” sont, en réalité, les derniers à croire que les mots peuvent encore empêcher les murs.
Et si cela dérange tant, c’est peut-être parce que leur indignation nous renvoie à notre propre silence.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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Respect aux résistants de Gaza : le ghetto du XXIe siècle :

« Quand la force devient l’unique langage, la vérité se tait et l’humanité s’efface. »

Dans l’étroite bande de Gaza, la guerre a cessé d’être un conflit pour devenir un miroir. Miroir de notre impuissance collective, de la déshumanisation ordinaire, et du courage silencieux de ceux qui résistent à l’effacement. Cette tribune rend hommage aux victimes civiles, à la dignité d’un peuple enfermé, et à la faillite morale d’une époque qui laisse mourir sous ses yeux.

Gaza, une tragédie universelle

Il existe des lieux qui deviennent des symboles au-delà de leur géographie. Gaza, aujourd’hui, en est un. Dans cette bande de terre minuscule où s’entassent des millions de vies, le monde assiste, impuissant ou complice, à une lente destruction, celle d’un peuple pris au piège de l’histoire et de la géopolitique. Sous les bombes, dans la faim et la peur, Gaza nous renvoie à nos contradictions : celle d’un monde qui se dit civilisé mais qui tolère l’inacceptable.

Depuis trop longtemps, Gaza n’est perçue qu’à travers des chiffres : tant de morts, tant de blessés, tant de bâtiments détruits. Mais derrière ces nombres, il y a des visages. Des enfants qui rêvaient d’école, des mères qui enfouissent leurs fils sans tombe, des médecins opérant à mains nues, des familles qui survivent dans le vacarme de la guerre.
Chaque ruine porte un nom, chaque silence une prière.

La dignité comme ultime résistance

Quand tout s’effondre, il ne reste qu’un seul territoire à défendre : celui de la dignité.
Résister, dans Gaza assiégée, n’est pas un slogan : c’est un réflexe vital.
Ce n’est pas une exaltation de la guerre, mais le refus obstiné de disparaître sans laisser de trace. Face à la puissance d’une armée surarmée, un peuple désarmé tente simplement de rester humain.

Les murs qui entourent Gaza ne contiennent pas seulement ses habitants : ils enferment aussi la conscience de ceux qui les ont construits. Car l’occupation ne tue pas seulement des corps, elle étouffe des âmes, elle pervertit la morale.
L’asymétrie est totale, mais la dignité ne se mesure pas à la force des armes — elle se mesure à la capacité de continuer à espérer, même au bord du gouffre.

La guerre des récits

La bataille de Gaza n’est pas seulement militaire ; elle est aussi narrative.
Les mots, ici, tuent ou sauvent. Le pouvoir des armes se double de celui des images et des récits. Celui qui bombarde parle de “riposte légitime”, celui qui souffre est qualifié de “terroriste”.
Ainsi, la réalité se déforme, la souffrance se banalise, et la vérité devient la première victime du conflit.

Aujourd’hui, le colonisateur au lieu de se reprocher d’être à la mauvaise place dans l’histoire, il reproche à la résistance et à son peuple d’avoir osé faire l’inévitable pour recouvrer leurs droits.

Aujourd’hui, nous constatons que la glorification des héros de Gaza n’est pas notre droit. Elle nous rappelle plutôt, à nous-mêmes comme à l’ennemi, que la vie, riche en expériences, ne comporte qu’un nombre limité de choix majeurs.

Croire que la bataille de Gaza se terminera par une reddition épargnant à Israël le châtiment qu’il mérite, c’est une fois de plus une lecture erronée de l’histoire. Mais le temps seul est riche d’enseignements pour ceux qui souhaitent apprendre !

La tragédie d’un peuple encerclé

A Gaza, le colonisateur est supérieur en nombre, en armement, en tactique. Les civils sont encerclés, incapables d’échapper au feu sauf par des galeries qu’ils ont creusées ou qui existaient déjà.
Devant cette écrasante supériorité, il ne reste que la guérilla qualifiée de “terrorisme” par ceux qui détiennent le pouvoir. Pour les civils encerclés, les morts s’accumulent sous les bombes ; la maladie et la faim faucheront encore des vies. Certains choisissent de mourir en emportant un adversaire — acte tragique qui, pour eux, est la dernière réponse à un génocide programmé. Et pourtant, paradoxalement, plus on cherche à réduire une population par la violence, plus la détermination de ceux qui résistent grandit : leur moral s’affermit à mesure que celui des agresseurs s’érode, car la longue durée transforme la puissance en vulnérabilité.

Au-delà de la suprématie militaire, le colon contrôle les moyens de communication : il peut allonger ses victoires, minimiser ses défaites, et affirmer qu’il ne perd pas d’hommes. Pourtant ces hôpitaux se remplissent en cachette et l’ordre militaire est de taire les pertes. L’armée qui occupe doit paraître invincible, féroce et inhumaine, tel est la doctrine du colonisateur.

Ce constat n’est pas une métaphore : c’est une photographie de l’histoire qui s’écrit sous nos yeux. Il dévoile la logique du désespoir, la mécanique de la domination et l’absurdité d’un système où la puissance croit pouvoir détruire la volonté d’exister.
Mais l’histoire enseigne le contraire : la force brute finit toujours par se heurter à la mémoire des vivants.

Le miroir de notre humanité

Ce qui se joue à Gaza dépasse le conflit israélo-palestinien : c’est un test moral pour l’humanité entière.
C’est la mesure de notre tolérance à l’inacceptable, de notre indifférence à la souffrance, de notre capacité à fermer les yeux quand la vie d’autrui nous dérange.
Gaza n’est pas seulement une tragédie politique, c’est une tragédie humaine. Et c’est précisément pour cela qu’elle nous concerne tous.

Rendre hommage aux victimes, ce n’est pas choisir un camp, c’est refuser l’oubli.
C’est affirmer que la compassion est un devoir, que la justice est la seule voie vers la paix, et que la mémoire des morts ne doit pas servir d’argument mais d’avertissement.
Un jour, les bombes se tairont, les ruines seront balayées, mais la question demeurera : qu’avons-nous fait, nous, quand l’humanité brûlait à Gaza ?

Ce que révèle Gaza, c’est la faillite de la puissance et le triomphe paradoxal de la dignité.
Plus les murs s’élèvent, plus les consciences s’éveillent.
Plus on tente d’effacer un peuple, plus sa mémoire s’impose.

Rendre hommage à ces vies fauchées, ce n’est pas une posture politique :
c’est une déclaration de foi dans l’humain.
C’est exiger la fin des bombardements, l’ouverture des couloirs humanitaires, des enquêtes indépendantes, et la reconnaissance du droit à la vie.

Car si la guerre a fait de Gaza un cimetière, la mémoire peut encore en faire un lieu de conscience.
Et peut-être qu’un jour, le monde regardera cette terre non plus comme une menace, mais comme un avertissement :
celui de ce qui arrive quand l’humanité abdique.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Ahmed Muin Abu Amsha, ou la musique plus forte que la guerre

 



 Sous un ciel traversé par les drones, un homme s’avance, calme, grave : un professeur de musique palestinien nommé Ahmed Muin Abu Amsha. Là où d’autres n’entendent que la peur, lui perçoit la possibilité d’un chant. En transformant la rumeur de la guerre en musique, il offre au monde une leçon d’humanité. Ce texte lui rend hommage.


La beauté au cœur du fracas

Il est des instants où la beauté surgit là où l’on ne l’attend plus, au cœur même du vacarme. À Gaza, sous le grondement continu des drones, un homme a choisi de ne pas se taire. Ahmed Muin Abu Amsha, professeur de musique palestinien, s’avance parmi les ruines comme un maître ancien.

Son instrument n’est pas un piano ni un violon, mais la rumeur métallique qui plane au-dessus des têtes. Cette rumeur, il ne la fuit pas : il l’écoute, l’apprivoise, et en fait la base d’un chant. Ce qui pourrait n’être qu’un geste de survie devient un acte de création.

Le bourdon des drones, un nouvel orgue

Le bourdonnement du drone – cet écho de mort – se transforme sous ses doigts en bourdon musical, ce son continu qui, depuis des siècles, soutient les prières des hommes. Autour de lui, les voix d’enfants s’élèvent, fragiles et pures, dessinant une polyphonie d’espérance sur la trame du danger.

Là où l’on attendait la peur, naît la musique ; là où le ciel résonne de menaces, s’élève un hymne à la vie. En métamorphosant la rumeur guerrière en chant, le professeur accomplit un retournement à la fois esthétique et moral. Il rappelle que l’art n’est pas un refuge hors du monde, mais une manière d’y tenir debout.

L’art comme acte de résistance

Son geste dit que la création n’ignore pas la guerre : elle la traverse, la transforme, et en tire la preuve la plus éclatante de la dignité humaine. Le texte des chants qu’il enseigne évoque la mémoire des martyrs, le parfum de la cardamome et la veille sous les étoiles.

Ce n’est pas un cri de vengeance, mais une prière de fidélité — fidélité aux disparus, à la terre, à l’espérance. Chanter ces mots, c’est maintenir vivante la mémoire collective ; c’est refuser que le vacarme des armes soit la seule voix du monde.

La leçon d’humanité

Dans son école, devenue atelier de lumière, Ahmed Abu Amsha enseigne plus que la musique : il enseigne la persistance de l’humain. Ses élèves apprennent qu’un peuple ne meurt pas tant qu’il continue à chanter, que la beauté peut être un abri, et même une forme de résistance.

Il y a dans sa démarche la gravité d’un prêtre et la douceur d’un père. En mêlant les voix des enfants au souffle des drones, il ne cherche pas l’effet : il cherche la vérité — celle qui dit que la musique n’appartient pas aux temps paisibles, mais aux cœurs qui refusent la défaite.

La musique, dernier rempart de la dignité

Ainsi, au milieu de la nuit de Gaza, un homme rappelle au monde que la musique demeure le plus ancien des remparts et le plus simple des miracles. Dans ce fragile équilibre entre le bruit et le chant, entre le métal et la chair, Ahmed Muin Abu Amsha élève un temple invisible : celui de la dignité humaine.

Car un peuple qui répond au bourdonnement de la mort par la mélodie de la vie, n’offre-t-il pas la plus éclatante des leçons de paix ?

Source d’inspiration : vidéo d’Ahmed Muin Abu Amsha et ses élèves, Gaza, 2024

Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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