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L’Imposture du Bouc Émissaire : Sebta et l’Indicatif +213.

Il y a des prodiges politiques devant lesquels la raison pure doit s'incliner avec un soupçon de pitié. Prenez la presse officielle de nos voisins de l'Ouest : chaque fois qu'une fissure apparaît sur le mur de leur récit national, ce n'est jamais la faute de la gravité, encore moins de l'usure du plâtre. Non, c’est invariablement la faute du souffle du voisin algérien.

La dernière trouvaille du roman policier sous presse ? Un indicatif téléphonique : le +213.

Le bouc émissaire comme paravent social : En attribuant la détresse de milliers de jeunes Marocains prêts à sauter les grillages de Sebta à un « piratage numérique algérien » (+213), le texte évacue purement et simplement les causes structurelles (chômage, désespoir, précarité, manque de perspectives d'avenir).

L’argument d’autorité importé : Le recours à un journaliste « italo-suisse » (Stefano Piazza) ou à un expert espagnol permet d’habiller une thèse d'État d’un vernis « d'expertise internationale neutre ».

La théorie du complot hybride : Réduire des mouvements sociaux ou migratoires massifs à de simples « consignes WhatsApp émises par le voisin » relève de la caricature. Un indicatif téléphonique ne crée pas, à lui seul, le désespoir de 400 000 membres de groupes sociaux.

L’inversion des rôles : Le gouvernement marocain passe du statut de gestionnaire débordé d'une crise sociale interne à celui de « victime héroïque et protectrice » de sa propre jeunesse contre l'ogre de l'Est.

À en croire les gazettes locales, relayant avec un sérieux papal les illuminations d'analystes « italo-suisses » et « d'experts » sortis du chapeau pour l'occasion, des milliers de jeunes Marocains ne fuiraient pas la misère, le chômage structurel ou l'absence criante d'avenir. Non, voyons ! Ils seraient simplement hypnotisés, téléguidés à distance par des cartes SIM algériennes depuis leurs applications TikTok et WhatsApp.

Quelle puissance maléfique que ce voisin de l'Est ! Un simple SMS envoyé depuis Alger aurait donc le pouvoir magique de faire courir des dizaines de milliers de citoyens vers les barbelés de Sebta et Melilla, sous le regard médusé d'un État incapable de retenir sa propre jeunesse autrement qu'en accusant le réseau téléphonique adverse.

La magie noire du code +213

Soyons sérieux une minute. À quel moment l'incompétence de gestion interne a-t-elle besoin d'un passeport étranger pour expliquer le désespoir social ?

Réduire la tragédie d'une jeunesse prête à braver la mer et les forces de sécurité à une « attaque hybride » conçue par des numéros en +213 relève d'un théâtre d'ombres d'un ridicule absolu.

Est-ce l'Algérie qui fixe le taux de chômage des jeunes au Maroc ?

Est-ce Alger qui rédige la politique économique de Rabat ? Est-ce un serveur informatique basé à Oran qui prive ces gamins d'hôpitaux, d'écoles et de salaires décents ?

Accuser le voisin d’avoir « inventé » la fuite vers Sebta, c'est traiter sa propre jeunesse avec un mépris effroyable. C'est dire à ces milliers de jeunes : « Vous n'avez aucune conscience, aucun cerveau, aucune douleur réelle ; vous n'êtes que les marionnettes crédules d'un groupe WhatsApp algérien. » L'insulte faite à leur intelligence et à leur détresse est sans borne.

L'art de la projection névrotique

Ce récital d'accusations est une vieille recette. Quand les gares du Nord étouffent sous la pression de ceux qui cherchent la porte de sortie, quand l'opération Marhaba menace de tourner à la démonstration de crise sociale sous le soleil d'août, il faut un paratonnerre. Et quel meilleur paratonnerre que l'éternel « complot extérieur » ?

On nous explique sans rire qu'un simple appel sur Facebook oblige des bataillons entiers de forces de l'ordre à verrouiller Fnideq et que la défaite réside déjà dans « la tension permanente ».

Mais qui est en tension ?

Un État incapable de donner une raison de rester à ses enfants, ou le voisin qui contemple, navré mais guère surpris, cette ridicule pièce de théâtre géopolitique ?

Si un code téléphonique étranger suffit à ébranler l'architecture sécuritaire d'un pays et à inciter des milliers de personnes à prendre d'assaut une frontière coloniale, ce n'est pas d'un rapport sur le terrorisme dont ce pays a besoin, mais d'un miroir.

Rire noir devant l'imposture

L'Algérie a bon dos. Elle est l'explication magique à la sécheresse, aux pénuries, aux fuites de cerveaux, et maintenant au somnambulisme migratoire de la jeunesse locale. Bientôt, le moindre pneu crevé sur l'autoroute Donald Trump sera attribué à une interférence hertzienne venue de Tindouf.

Cette surenchère paranoïaque ne trompe plus personne, à commencer par ces mêmes jeunes que l'on prétend « protéger contre la propagande ». La vérité est nue, brutale et tragique : quand un peuple n'a plus que la mer comme horizon, ce ne sont pas les cartes SIM du voisin qui le font courir. C'est le vide abyssal qu'il laisse derrière lui.

Alors continuez de scruter les indicatifs téléphoniques, de convoquer les experts de salon et de crier au complot à chaque vague d'août. Mais n'oubliez pas une chose : on peut censurer la réalité, on peut fabriquer des coupables imaginaires, mais on ne colmate jamais les fuites d'un navire en accusant le phare du voisin d'éclairer les trous dans la coque.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 

Le Makhzen en charge : autopsie d’un pamphlet anti-algérien

Sous couvert d’analyse sportive et géopolitique, un texte violemment hostile à l’Algérie a récemment circulé, franchissant toutes les lignes rouges : amalgames, mensonges, pathologisation d’un peuple entier. Cette tribune démonte méthodiquement un discours de haine qui ne dit rien de l’Algérie, mais beaucoup de ceux qui l’emploient.

Il y a des textes qui ne méritent pas le débat mais la mise à nu. Celui qui circule actuellement à propos de l’élimination de l’équipe d’Algérie à la CAN n’est ni une analyse sportive, ni une réflexion politique, ni même une opinion argumentée. C’est un pamphlet de ressentiment, un déferlement de mépris, un exercice de déshumanisation collective qui utilise le football comme alibi.

Derrière une indignation feinte se cache une réalité beaucoup plus simple : la haine a remplacé la pensée.

Des mensonges répétés ne deviennent pas des faits

Le texte empile des accusations graves sans jamais s’embarrasser de preuves : violences généralisées, complots internationaux, sanctions américaines ciblées, chaos diplomatique permanent. Tout y passe, sans source, sans rigueur, sans vérification.
Ce procédé est connu : répéter une contre-vérité jusqu’à lui donner l’apparence du réel.

En réalité, ce texte ne décrit pas des faits, il fabrique un récit. Un récit où l’Algérie est coupable par essence, où chaque incident devient une confirmation, et où toute contradiction est balayée comme faisant partie du “complot”.

Ce n’est pas de l’analyse. C’est de la propagande émotionnelle.

L’amalgame comme méthode, l’insulte comme conclusion

À aucun moment l’auteur ne distingue : des supporters de tout un peuple, des journalistes de millions de citoyens, des plateaux télévisés d’un État, des émotions sportives d’une trajectoire historique. Tout est volontairement confondu. Pourquoi ?
Parce que l’amalgame est indispensable à la stigmatisation. Sans lui, le discours s’effondre.

Ce n’est plus “certains supporters”, mais “les Algériens”.
Ce n’est plus “des débordements”, mais une “nature”.
Ce n’est plus un problème ponctuel, mais une “tare”.

On ne critique plus : on condamne collectivement.

La pathologisation d’un peuple : un seuil moral franchi

Le moment le plus abject du texte est atteint lorsque l’auteur évoque la psychiatrie, la schizophrénie collective, l’asile pour un peuple entier.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce vocabulaire n’est jamais innocent. Historiquement, il a toujours servi à retirer leur humanité à des groupes entiers, à les présenter comme irrationnels, dangereux, incurables.

C’est exactement le même mécanisme que l’on retrouve dans les pires pages de l’histoire politique moderne, simplement recyclé avec un vernis pseudo-géopolitique.

À partir de cet instant, toute prétention à la rationalité s’effondre.

Le football n’est pas un tribunal civilisationnel

Les violences de supporters existent sur tous les continents.
Les débordements existent dans les stades anglais, italiens, français, argentins, brésiliens.
Les nationalismes sportifs existent partout.

Mais seuls certains peuples sont sommés de s’expliquer comme s’ils étaient anthropologiquement défaillants.

Ce deux-poids-deux-mesures trahit moins un souci d’ordre public qu’un regard hiérarchisant, où certains pays auraient droit à l’excuse de la complexité, et d’autres seraient condamnés à la caricature.

La réputation du tempérament des Algériens était reconnue à travers le monde. Ils sont conscients que nous ne tolérons ni la fraude, ni l’irrespect. Ils ont exploité le stress, la colère et le langage corporel pour nous inciter à encaisser des cartons (jaunes, heureusement pas rouges !) et ils ont gagné la partie comme anticipé grâce au soutien de leur arbitre. C’est ce qu’on appelle de la truanderie dans le monde du sport. J’aurais parié sur la défaite de ma propre équipe, mais malheureusement même si elle affronte les meilleurs teams du monde, je choisirais l’Algérie en vainqueur!

Informez-vous sur le mode de vie de tous les arbitres africains impliqués dans des rencontres truquées suite à une compromission. Ils mènent une vie de princes malgré des retraites très modestes.

La presse du Makhzen ne parle pas de l’Algérie, il parle de ses obsessions

En réalité, l’Algérie n’est ici qu’un écran de projection. Cette presse texte parle : d’une obsession politique, d’un ressentiment régional, d’une incapacité à penser le voisin autrement que comme un ennemi, d’un besoin compulsif de disqualification morale.

Il ne cherche pas à comprendre, il cherche à humilier.
Il ne vise pas la vérité, mais la confirmation d’un préjugé.

La vraie faillite est intellectuelle

On peut critiquer un État. On peut critiquer des dirigeants.
On peut critiquer des médias. On peut même critiquer une culture politique.

Mais quand on commence à parler d’un peuple comme d’un corps malade, on a déjà perdu le débat.

Cette presse n’est pas courageuse. Elle est lâche, n’est pas lucide elle est caricaturale.
Elle n’est pas rationnelle. Elle est pulsionnelle.

Conclusion

L’Algérie n’a pas besoin de leçons de dignité de la part de ceux qui confondent colère et intelligence, critique et haine, analyse et injure.
Les peuples ne sont pas des maladies. Les nations ne sont pas des pathologies. Et le football n’est pas une excuse pour recycler les discours les plus méprisants.

Ceux qui prétendent incarner la raison feraient bien de commencer par se regarder dans le miroir de leurs propres excès.

Voilà exactement ce qui arrive lorsqu’on confie un événement sportif continental à un Etat voyou. La Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc restera dans l’histoire non pas pour le talent des joueurs ou la ferveur populaire, mais comme l’une des plus grandes impostures du football moderne, disait un journaliste algérien.

Dès le premier coup de sifflet, la messe était dite. Arbitrages scandaleux, décisions grossièrement orientées, fautes ignorées, buts refusés sans justification, pression manifeste sur les officiels. Cette CAN n’est pas une compétition, c’est une mise en scène. Une mascarade où la tricherie, la manipulation et la corruption  à la fois matérielle et morale s’étalent sans la moindre retenue, sous les yeux d’un public médusé."

A/Kader Tahri   chroniqueur engagé et observateur inquiet                                                                                                   « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme

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Sahara occidental : Le piège de Rabat reconnaître ce qu’il nie !

 

Présentée comme une victoire pour le Maroc, la dernière résolution de l’ONU sur le Sahara occidental s’est en réalité transformée en un retour au droit international et au principe d’autodétermination. Derrière la rhétorique triomphaliste, Rabat se retrouve piégé par le cadre juridique qu’il croyait pouvoir manipuler, tandis que l’Algérie et ses alliés replacent le dossier dans sa nature première : celle d’une décolonisation inachevée.

Une victoire de façade, une défaite de fond

Les médias proches du pouvoir marocain ont salué la résolution du Conseil de sécurité comme une confirmation implicite de la “marocanité” du Sahara. Mais une lecture attentive du texte montre tout le contraire.
Sous la pression discrète mais efficace de l’Algérie et de ses alliés — Russie, Chine et pays du Mouvement des non-alignés —, le langage juridique du document a été profondément modifié :

  • Le plan d’autonomie marocain n’est plus présenté comme “la seule solution réaliste”, mais comme “une base réaliste de négociation”.
  • Le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui a été réaffirmé.
  • Le mandat de la MINURSO a été prolongé, confirmant le statut de territoire non autonome du Sahara occidental.

Derrière ces ajustements se cache un véritable renversement diplomatique : le Maroc croyait verrouiller le dossier, il l’a rouvert.

Le droit international, l’arme du peuple sahraoui

Depuis l’avis de la Cour internationale de Justice (1975), la position du droit international est sans équivoque : les liens historiques évoqués par Rabat n’équivalent pas à une souveraineté.
La résolution 1514 (XV) de 1960, sur la décolonisation, érige le droit à l’autodétermination en norme impérative du droit international public.
Ainsi, aucune formule politique — fût-elle habillée d’autonomie — ne peut annuler le droit d’un peuple à décider librement de son avenir.

Cette base juridique solide, souvent éclipsée par la propagande, est redevenue le terrain principal du combat sahraoui et de la diplomatie algérienne.
Le Sahara occidental n’est pas une “région” marocaine : c’est un territoire en attente de décolonisation, reconnu comme tel par les Nations Unies.

L’intelligence diplomatique d’Alger : du rapport de force à la légitimité

Alors que Rabat misait sur le soutien américain et la reconnaissance de Trump en 2020, l’Algérie a choisi la patience et la cohérence.
En s’appuyant sur ses relations solides à l’Est et au Sud, elle a réussi à transformer un projet pro-marocain en un texte onusien équilibré, fondé sur la légitimité internationale.

Cette diplomatie du droit a replacé le débat sur le terrain des principes, non des pressions.
Le résultat est sans appel : la communauté internationale ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, et toute solution devra passer par une consultation libre du peuple sahraoui.

Le discours royal : une manœuvre de repli

Le roi Mohammed VI, dans son discours suivant la publication de la résolution, a appelé à “tendre la main” à l’Algérie. Derrière ce ton d’apaisement se cache une tentative d’anticiper les conséquences politiques du texte onusien.
Mais Alger a répondu par la constance : “Nous ne négocions pas sur un territoire qui ne nous appartient pas.”
Cette position ferme renvoie le Maroc à son seul choix possible : reconnaître et négocier avec les représentants légitimes du peuple sahraoui

Le piège de Rabat : reconnaître ce qu’il nie

En se réjouissant trop vite, le Maroc est tombé dans sa propre embuscade.
Accepter de revenir à la table des négociations, c’est reconnaître le Front Polisario comme interlocuteur légitime. Admettre le cadre onusien, c’est accepter que l’indépendance soit une option possible. Et prolonger le mandat de la MINURSO, c’est reconnaître implicitement que le territoire n’est pas marocain.

Ainsi, la “victoire diplomatique” s’est muée en défaite stratégique : Rabat doit désormais dialoguer avec ceux qu’il prétend ne pas exister.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Maroc : Une haine étendue contre les Algériens

 

Il est des textes qui, tout en exprimant une colère légitime, révèlent la profondeur d’un malentendu. Celui intitulé « Pourquoi cette haine maladive contre le Maroc ? » en fait partie.
Écrit dans un ton passionné, il dit la douleur d’une partie de la société marocaine face à ce qui est perçu comme une hostilité persistante de l’Algérie.
Mais au-delà de cette émotion, il illustre aussi combien nos peuples sont prisonniers d’un récit qui, depuis soixante ans, oppose artificiellement deux nations sœurs.

Avant de lancer ma réponse, je constate que l’analyse du texte en question me permet de dire que :

L’auteur pose la question : « Pourquoi cette haine maladive contre le Maroc ? »
Mais en réalité, ce n’est pas une question ouverte : il part d’un postulat — celui que l’Algérie (ou ses dirigeants) nourrit une haine obsessionnelle et injustifiée envers le Maroc. Le texte cherche donc moins à comprendre qu’à dénoncer et convaincre.

Le texte repose sur une rhétorique morale et fraternelle : Le Maroc est présenté comme un frère bienveillant, un soutien historique, pacifique et loyal. L’Algérie officielle, elle, est dépeinte comme ingrate, hostile, endoctrinée, voire malade de haine. 

Cette approche vise à rallier l’émotion du lecteur marocain et à culpabiliser le lecteur algérien.  (Ce que je dénonce fortement)
Mais elle risque de fermer le dialogue, car elle part d’un jugement plutôt que d’une recherche mutuelle de compréhension.

L’auteur rappelle à juste titre : Le soutien marocain à la guerre d’indépendance algérienne. Le conflit du Sahara comme élément déclencheur de la discorde. La fermeture des frontières, la rupture diplomatique et la campagne médiatique hostile.

Mais il omet : La guerre des sables (1963), vécue par les Algériens comme une agression. Les revendications territoriales marocaines post-indépendance, perçues en Algérie comme une trahison. Le rôle des puissances étrangères (France, États-Unis, URSS, puis aujourd’hui Israël et la Russie) dans l’alimentation de la rivalité.

Ce biais de sélection historique rend le texte partisan : il vise à convaincre que la faute est uniquement du côté algérien.

Cette oscillation traduit une tension entre colère et désir de réconciliation.
Mais en associant sans nuance « les Algériens » à « leur régime », l’auteur efface la diversité d’opinions qui existe en Algérie — notamment chez les jeunes, les intellectuels et les militants pacifistes.

L’objectif du texte est politique et identitaire : Délégitimer la position algérienne. Réaffirmer la légitimité du Maroc sur la question du Sahara. Mobiliser l’opinion publique marocaine dans une posture de victime noble et raisonnable.

Aussi je simple Algérien que je suis, et surtout libre dans mes propos, je peux avancer en toute fierté que la haine n’est pas une essence algérienne, mais une vérité marocaine. Elle est un produit politique, une construction historique qui a remplacé le dialogue par la suspicion, et la mémoire par le ressentiment.

Un héritage d’histoire et de blessures

Oui, le Maroc a apporté un soutien réel à la guerre d’indépendance algérienne. Oui, Mohammed V a ouvert sa frontière et offert une solidarité sans calcul.
Mais il est tout aussi vrai que les premières années de l’indépendance ont laissé des blessures profondes.

Aussi, un peu d’histoire pour rappel sur la période sensible de l'Émir Abdelkader, le Père de la Nation Algérienne, 

Le sultan du Maroc, Moulay Abderrahmane, ayant reçu une défaite dans la bataille d'Isly, s'est soumis à la France, et paraphé le traité de Tanger ayant une visée unique, à savoir, interdire à l'Émir Abdelkader tout repli vers le Maroc. Dans ce sens, on peut lire l'article 4 dans ce traité conclu à Tanger le 10 septembre 1844 :

Article 4 : Hadj Abdelkader est mis hors la loi dans toute l'étendue du royaume du Maroc, aussi bien qu'en Algérie. Il sera en conséquence poursuivi à main armée par les Français sur le territoire de l'Algérie, et par les Marocains sur leur territoire jusqu'à ce qu'il en soit expulsé ou qu'il soit tombé au pouvoir de l'une ou de l'autre nation. 

La guerre des sables de 1963, souvent occultée dans les discours officiels, a durablement marqué les esprits. Pour les Marocains, elle symbolise une trahison de la fraternité maghrébine ; pour les Algériens, une agression d’un pays voisin alors qu’ils sortaient à peine d’un siècle de colonisation.

Ce conflit, né de frontières tracées par le colonisateur et jamais réellement discutées entre États libres, a ouvert la voie à une méfiance institutionnalisée. Depuis, chaque génération a hérité non pas de souvenirs communs, mais de rancunes administrées.

Le 2 mars 1973 : le Makhzen Marocain dépossède les Algériens qui vivent sur son sol de leurs biens (40% du patrimoine foncier agricole public marocain appartenait aux immigrés algériens, confisqué et attribué aux juifs). La question des biens des Algériens au Maroc, dont une bonne partie est constituée de riches possessions, est un élément important du contentieux entre l'Algérie et le Maroc.

En 1994, suite à un attentat terroriste à l'hôtel à Marrakech, le Maroc l'attribue à l'Algérie, expulse plusieurs dizaines de milliers de touristes algériens, après les avoir maltraités. Le Maroc a aussitôt fait porter toute la responsabilité à l'Algérie et instauré immédiatement le visa pour les Algériens

Des régimes qui se nourrissent du face-à-face

La vérité, aussi dure soit-elle, est que les régimes des deux pays ont eu besoin l’un de l’autre comme repoussoir.
À Alger comme à Rabat, le voisin sert souvent à détourner l’attention, à souder une unité intérieure menacée ou à justifier des choix politiques.
L’Algérie officielle a parfois utilisé la question du Sahara comme ciment de principe; le Maroc, de son côté, a mobilisé le sentiment national autour de cette même question pour consolider sa cohésion.

Résultat : la politique étrangère est devenue une scène d’affirmation identitaire, où chaque geste de l’autre est interprété comme provocation.
Pendant ce temps, les frontières restent closes, les échanges économiques sont quasi inexistants, et le rêve d’un Maghreb uni — pourtant inscrit dans les constitutions — s’éloigne un peu plus chaque année.

Une presse sous pression, miroir d’une parole confisquée

Il me suffit de dire que le Plus vieux détenu politique de la planète est marocain, Me Ziane 83 ans.

En effet, les médias du Makhzen en bon bergag ont toujours su orchestrer ce type de campagnes qui tendent à discréditer le voisin algérien pour l’accuser de vouloir déstabiliser de facto le Maroc et se déclare comme un pays victime de l’ostracisme des autorités algériennes, ce qui a donné lieu à un festival d’idioties médiatisées, qui sont devenues des hypothèses sur des hypothèses et des supputations sur supputations et juste à part vendre de la fumée.

En effet, à ce titre, le Tberguig médiatique reste le point noir est dans les relations tumultueuses Algero-Marocaines.

Devant un tel enthousiasme pour la médisance et le commérage marocain, ainsi que toutes les élucubrations journalistiques marocaines, la tête en l’air, gobent les mouches, nous, Algériens, avons préféré ne rien dire 

Cette instrumentalisation politique de la rivalité s’est aussi répercutée sur le terrain médiatique et culturel.  Pour l’instant les intellectuels et leaders d’opinion du Maroc sont tétanisés ou sont dans des combats d’arrière-garde. Toujours les mêmes contenus approximatifs en forme de slogans. De si gros mensonges qui font qu’on se demande si ces gens ne pensent pas que plus c’est gros plus c’est susceptible de marquer certains d’entre nous. Des mensonges si mielleux quelquefois qu’ils finissent par avoir un accent de sincérité involontaire : « je suis bien un royaliste et j’espère bien venir à bout de toi ».

Le Maroc a le droit de se défendre

 Le chroniqueur cite le Maroc en exemple, rappelant que Rabat a reconnu Israël, contrairement à Alger. Mais il omet un petit détail : la normalisation marocaine a été « achetée » par la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Autrement dit, il y avait une contrepartie géopolitique concrète.

En Algérie, aucune telle compensation n’existe. Pourquoi donc Alger céderait-il gratuitement ce que Rabat a obtenu à prix fort ? La diplomatie n’est pas une loterie morale, c’est une négociation permanente

Ah, le Maroc, ce héros discret qui a reconnu Israël. Sauf qu’il l’a fait en échange d’une reconnaissance américaine du Sahara occidental. Un troc pur et simple. Mais ce détail est soigneusement mis de côté.

Dans la chronique, Rabat est noble, Alger est haineux. On se demande si l’auteur croit vraiment à cette version ou s’il a juste peur d’avouer la vérité : que la diplomatie, c’est d’abord un marché, et que tout le monde joue à ce petit jeu.

Le Sahara, symbole d’une fracture mal comprise

Le texte marocain évoque à juste titre le rôle central du dossier du Sahara. Mais il le réduit à un “prétexte”, ce qui est une erreur d’analyse.
Pour le Maroc, le Sahara représente un lien territorial et historique ; pour l’Algérie, la cause sahraouie est l’expression d’un principe fondateur : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, hérité de sa propre lutte anticoloniale.
Ces deux positions ne sont pas nécessairement irréconciliables — mais elles ont été instrumentalisées, caricaturées, puis sacralisées.
De pauvres imbéciles tentent d’instrumentaliser le droit international si bousculé pour de petites opérations du Palais.

L’annexion du Sahara Occidental est une décision politique circonstancielle sans intérêt, une territoire qui n’a jamais été marocain ni historiquement ni ethniquement ni juridiquement.

Aujourd’hui, aucun des deux peuples n’a voix au chapitre sur cette question.
Le débat est confisqué par les appareils d’État et les médias contrôlés, qui présentent toute nuance comme une trahison.
C’est ainsi qu’un conflit diplomatique devient une fracture identitaire, et qu’un désaccord politique se transforme en haine nationale.

Les peuples, eux, ne se haïssent pas

Pourtant, quiconque a voyagé entre Tlemcen et Oujda, entre Casablanca et Oran, sait que la haine n’existe pas dans la rue.
Les Algériens et les Marocains partagent bien plus qu’une frontière : une langue, une culture, une foi, une mémoire tissée de musiques, de proverbes et d’histoires communes.
Dans les cafés, sur les réseaux, dans les familles mixtes, on trouve davantage de nostalgie que de rancune.
Ce qui existe, c’est une haine d’État, entretenue par la fermeture des frontières, l’absence de rencontres et la manipulation des imaginaires.

Fermer les frontières, c’est fermer les cœurs.
Et quand les peuples cessent de se voir, d’échanger, de débattre, la peur et le préjugé prennent la place de la connaissance.

L’urgence d’une lucidité citoyenne

La réconciliation maroco-algérienne ne viendra pas des chancelleries, ni de sa presse fidèle.
Elle viendra de la société civile, des intellectuels, des journalistes, des artistes, des jeunes.
Elle naîtra de cette volonté d’écouter avant d’accuser, de comprendre avant de juger.
Il ne s’agit pas d’effacer les différends, mais de les penser autrement — sans les mots blessants, sans le lexique de la haine.

Nous avons besoin d’un courage nouveau : celui de désarmer les mots, de rouvrir les routes, de réapprendre à se parler sans médiation politique.
Car la fraternité maghrébine ne se décrète pas : elle se construit, pas à pas, par des citoyens conscients que l’avenir de l’un dépend inévitablement de celui de l’autre.

Un avenir à retrouver

Le Maroc et l’Algérie ne sont pas condamnés à se détester.
Leurs peuples n’aspirent ni à la guerre ni à l’humiliation, mais à la dignité, à la stabilité, à la coopération.
La haine est une politique du passé. La fraternité, elle, peut encore devenir un projet d’avenir.

Un jour viendra, espérons-le, où poser la question « Pourquoi cette haine ? » n’aura plus de sens — parce que nous aurons enfin compris que la haine n’était qu’une illusion, et que la vraie force, depuis toujours, est dans la fraternité.

Alors, un conseil amical au chroniqueur (bergag libre et indépendant) : la prochaine fois qu’il voudra écrire sur l’Algérie, qu’il laisse tomber la morale simpliste et qu’il ouvre un atlas. Cela lui évitera de confondre un conflit géopolitique vieux de 75 ans avec une tragédie de monarchie de poche.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Le Conseil de sécurité n’a pas voté pour le Maroc, il a voté pour l’ambiguïté

La résolution 2797 du Conseil de sécurité n’a pas reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, contrairement au discours triomphaliste relayé par certains médias marocains. Derrière les slogans de victoire se cache une réalité plus nuancée : l’ambiguïté diplomatique de l’ONU et la persistance du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui

Le Maroc jubile, la presse exulte, et le lexique triomphal se déploie : “fin de partie pour l’Algérie”, “moment historique”, “victoire éclatante à l’ONU”. Depuis l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, certains médias marocains célèbrent ce texte comme l’acte final du dossier du Sahara occidental, comme si ONU venait de sceller, par un simple vote, la souveraineté du Maroc sur le territoire.

Mais à force de vouloir transformer une résolution diplomatique en bulletin de victoire, on finit par travestir la réalité. Derrière les fanfares du triomphalisme, la 2797 n’a rien d’un traité de reconnaissance. Elle reste un texte d’équilibre, d’ambiguïté, et surtout d’injonction au dialogue. Ce que Rabat présente comme un “sacré” moment historique n’est, en vérité, qu’un épisode de plus dans une longue guerre de narration où les mots remplacent le droit, et où la propagande tente de se faire passer pour la diplomatie.

Or, ce que Rabat appelle “souveraineté consacrée” n’est qu’un flottement sémantique : une façon pour le Conseil de sécurité de ne pas dire non sans dire oui.

Le Maroc crie victoire. Mais si cette “victoire” était si claire, pourquoi tant d’insistance à la répéter ?
Parce qu’au fond, le texte ne dit pas ce que Rabat veut qu’il dise.
Il ne parle pas de “souveraineté reconnue”. Il ne parle pas de “territoire marocain”. Il parle de “solution politique réaliste” — autrement dit : continuez de discuter.
Et cette nuance change tout.

L’article prétend enterrer le mot “autodétermination”. Mais l’autodétermination n’est pas un slogan, c’est un droit fondamental inscrit dans la Charte des Nations unies, que nul Conseil ne peut abolir par simple glissement lexical.
Le peuple sahraoui n’est pas une “variable diplomatique” ; c’est un sujet de droit, reconnu comme tel par la Cour internationale de justice depuis 1975.

Thèse : une lecture abusive et intéressée du langage onusien

Le cœur du récit marocain repose sur une manipulation sémantique : parce que la résolution “prend note du soutien exprimé par de nombreux États à la proposition d’autonomie marocaine”, on veut y lire une reconnaissance formelle de la “souveraineté marocaine sur le Sahara”. C’est faux. Le texte ne reconnaît rien de tel.

Le Conseil de sécurité se garde bien de trancher la question du statut du territoire. Il se contente, comme toujours depuis 2007, de saluer les efforts “réalistes et crédibles” du Maroc sans exclure aucune autre option. Nulle part la souveraineté marocaine n’est mentionnée, encore moins “consacrée”. Le choix des mots est soigneusement calculé : “pourrait constituer la solution la plus réalisable” n’a jamais voulu dire “est la seule solution légitime”.

La vérité, c’est que la résolution 2797 n’a réglé aucun conflit.
Elle a seulement rappelé que le dossier du Sahara n’est pas clos, que le monde est fatigué des postures et des drapeaux, et qu’il faut une solution négociée — pas proclamée.

Alors oui, que Rabat se félicite, que sa presse chante la victoire, c’est son passez temps Mais l’histoire retiendra que le Sahara ne s’offre pas à coup de communiqué, et qu’aucune résolution n’efface un peuple. La victoire d’un jour ne fait pas la légitimité d’un siècle.

Et pendant que les diplomates comptent les voix, les Sahraouis, eux, comptent les années.
Ils attendent, dans les camps de Tindouf et dans les villes du Sud, non pas un drapeau, mais une vérité : celle d’un droit qui n’a jamais été consulté, celle d’une cause que personne n’a le courage de regarder en face.

Cette nuance n’est pas un détail : elle est au cœur du langage diplomatique. Là où Rabat veut entendre une bénédiction, le Conseil n’a offert qu’une possibilité parmi d’autres. En d’autres termes, la résolution 2797 ne clôt rien. Elle maintient le statu quo, elle ménage les équilibres, et elle renvoie une fois encore les parties à la table du dialogue.

Réfutation : la propagande du triomphalisme

Or, c’est précisément cette ambiguïté que le discours officiel marocain tente d’effacer.
En transformant une simple prise d’acte en validation de souveraineté, Rabat s’arroge ce que la communauté internationale lui refuse : le droit de parler au nom d’un peuple qu’il administre sans l’avoir consulté.

Le texte onusien parle de “solution politique durable et mutuellement acceptable”. L’adjectif “mutuellement” signifie que toutes les parties, y compris le Front Polisario, doivent l’accepter. Comment, alors, parler d’une solution “entérinée” quand le principal intéressé n’a jamais donné son accord ?

L’ONU, faut-il le rappeler, ne reconnaît toujours pas le Sahara occidental comme territoire marocain. Elle le classe parmi les “territoires non autonomes” en attente de décolonisation. Et la Cour internationale de justice, dès 1975, a jugé qu’aucun lien de souveraineté n’existait entre le Maroc et ce territoire avant la colonisation espagnole. Ces faits juridiques ne disparaissent pas parce qu’un texte diplomatique adopte un ton plus conciliant.

Mais la presse marocaine ne cherche pas la vérité : elle fabrique le récit. Elle substitue la ferveur au droit, la mise en scène au contenu. L’Algérie devient la méchante de service, l’ennemie hystérique, l’obstacle à la paix. Cette diabolisation systématique n’est pas anodine : elle sert à déplacer le centre du débat, à transformer un conflit de décolonisation en simple rivalité bilatérale.

L’Algérie, pourtant, n’a pas inventé la question du Sahara. Elle s’est alignée sur un principe universel : celui de l’autodétermination des peuples, inscrit dans la Charte des Nations unies. C’est ce principe – et non un “anti-marocanisme primaire” – qui fonde sa position. Car le Sahara n’appartient ni à Rabat ni à Alger, mais à ses habitants, dont la voix n’a jamais été entendue.

Conclusion : le réalisme ne doit pas tuer le droit

Ce que révèle cette euphorie médiatique, c’est moins la force diplomatique du Maroc que son besoin d’affirmation. On célèbre moins la résolution 2797 qu’on ne cherche à la fabriquer comme mythe fondateur : celui d’un Maroc triomphant face à un voisin déchu. Mais le droit international, lui, n’a pas d’état d’âme. Il ne se mesure pas à l’applaudimètre des chancelleries.

L’avenir du Sahara occidental ne se décidera pas à coup de communiqués, ni dans la rhétorique creuse des “plans d’autonomie”. Il se décidera par la reconnaissance du droit d’un peuple à choisir librement son destin. Tant que cette vérité demeurera niée, aucune résolution, fût-elle votée à l’unanimité, ne mettra fin à ce conflit.

Le triomphalisme marocain célèbre aujourd’hui la “victoire du réalisme”. Mais l’histoire retiendra qu’il s’agit surtout de la victoire du verbe sur la vérité, et de la défaite du droit sous les applaudissements. Le Sahara n’a pas besoin de célébrations diplomatiques, il a besoin de justice. Et la justice, elle, ne se vote pas : elle se respecte.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/