Quand la diplomatie
officielle patine et que les revers internationaux s'accumulent, la presse du
Palais n'a plus qu'une botte secrète : exhumer un vieux post LinkedIn de
fonctionnaire en préretraite pour crier victoire. Visite guidée dans les
coulisses d’une propagande en kit, entre schizophrénie narrative et méthode
Coué.
Il y a des jours où la créativité journalistique des officines rabattues
au service du Palais atteint des sommets stratosphériques de vacuité. Le
dernier chef-d’œuvre en date, signé Aziz Daouda dans sa tribune aux allures de
prière du soir, nous vend du rêve réchauffé avec l'enthousiasme d’un VRP de
marée basse. Armé d'une trouvaille d'une modernité absolue : un post LinkedIn
d'un retraité de l'ONU, monsieur Julian Harston, ex-patron de la MINURSO entre
2007 et 2009.
Oui, vous avez bien lu
: un quarteron de nostalgiques exhumé des limbes numériques pour venir
certifier, tampon officiel à l’appui, que le Maroc a raison depuis un
demi-siècle. C’est beau comme un communiqué de l’entité Sioniste d’Israël, un
jour de fête biblique.
Le grand frisson de la méthode Coué et le LinkedIn de la dernière chance
Le papier du jour
s'articule autour d'une rhétorique bien rodée : face aux revers diplomatiques
qui s'accumulent et aux réveils un tantinet brutaux du Conseil de sécurité, on
sort l'artillerie lourde... du copier-coller de réseau social. On nous rejoue
la partition habituelle : « Regardez comme ils ont peur à Alger ! »
Avec un sens du ridicule qui frôle l'art contemporain, nos publicistes du
régime croient effrayer des voisins en leur brandissant un texte déniché sur un
fil d'actualité professionnel, entre deux infographies sur la supply
chain et un post de coach en développement personnel. C’est le niveau
zéro de la diplomatie d’influence : faire de la prose d'un vieux fonctionnaire
international en préretraite une révélation divine.
On imagine sans peine
la scène dans les rédactions du pouvoir : Patron, catastrophe, le Conseil de
sécurité nous ignore et la diplomatie patine ! Qu'est-ce qu'on fait ? Sors-moi la pelle, va chercher un ancien de
la MINURSO sur LinkedIn, n'importe lequel, pourvu qu’il dise du mal des voisins
!
Demain, on nous
sortira le tweet d'un stagiaire de l'OMS ou le post Instagram d'un chef de
projet en plomberie sanitaire pour prouver que la terre est plate et que le
Sahara est au centre de l'univers.
La schizophrénie narrative : l'art d'inverser les rôles
Mais le sommet de la
comédie réside dans la grande contradiction narrative qui anime ces colonnes.
D’un côté, on nous peint l’Algérie comme un pays au bord de l’effondrement,
miné par des dirigeants vieillissants, un peuple qu'on affame et un modèle
économique calciné qui aurait englouti des milliards en pure perte. Bref, une
épave flottante au milieu du désert.
Mais de l’autre côté
de la même page, ce même pays serait doté d’une puissance maléfique et
tentaculaire telle qu’il parviendrait à tenir en échec la diplomatie marocaine,
à manipuler New York, à séquestrer des populations entières et à bloquer à lui
seul la marche triomphante de l’Histoire. Faudrait savoir : soit le voisin de
l'est est un nain politique grabataire qui avance avec un déambulateur, soit
c'est le grand ordonnateur de la galaxie. Cette contorsion intellectuelle a de
quoi donner des vertiges même au meilleur contorsionniste du Cirque du Soleil.
Les feux de la rampe pour masquer le vide
Le texte s'enfonce
ensuite dans des délires historiques dignes d'une cour de récréation sous
influence. On y ressort le vieux grimoire des « mercenaires déguisés
», des camps de Tindouf prétendument peuplés de « Marocains séquestrés
» une trouvaille magique qui ferait passer n'importe quel recensement pour un
sketch de boulevard et l'éternel refrain du « caillou dans la chaussure
».
On sourit doucement en
lisant ces leçons de morale géopolitique débitées par des plumitifs dont le
métier consiste précisément à maquiller la soumission en souveraineté
triomphante. Quand le Conseil de sécurité rappelle les réalités ou que les
équilibres bougent, la réaction épidermique est toujours la même : on hausse le
ton, on multiplie les imprécations grandiloquentes et on agite le chiffon rouge
de l'autonomie comme un hochet pour calmer les angoisses d’une diplomatie en
plein marasme. شدة الصراخ من شدة الألم, disait l'adage : plus le discours tonne, plus la gamelle est vide.
Hurler très fort dans le vide n'a jamais empêché les fondations de s'écroûter.
Le réel finit toujours par souffler à la figure
En somme, que nous
restera-t-il de ces grandes messes textuelles et de ces triomphes en kit ? Rien
d’autre qu’un immense éclat de rire face à cette diplomatie d’opérette, où l'on
s’évertue à repeindre les façades d’un Titanic en perdition pendant que
l’orchestre joue du LinkedIn. À force de confondre les communiqués de
propagande avec les lois de la gravité, les scribouillards du Palais finiront
bien par s’apercevoir d'une chose : on a beau hurler très fort pour faire taire
le vent, le réel finit toujours par vous souffler à la figure. Mais d’ici là,
laissons-les dans leur bulle enchantée après tout, refaire le monde à coups de
copier-coller et de vœux pieux reste encore le plus beau spectacle comique de
la saison.
Et
sans rancune, aux scribouillards du Palais malgré tout ?
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont,
mais refuser qu’elles soient comme ça. »