C’est une
mécanique bien rodée, un véritable réflexe pavlovien : dès que les côtes de
Sebta débordent sous la pression d’une jeunesse désespérée, dès que le cri de
détresse de milliers de personnes résonne aux portes de l’Europe, les plumes de
la presse du Makhzen trempent leurs calames dans l'encre du mensonge pour
pointer du doigt le voisin de l'Est.
À les
entendre, ni la misère sociale, ni le chômage endémique, ni l'absence
d'infrastructures de santé ou d'éducation, ni la corruption généralisée ne sauraient
expliquer le drame de la frontière. Non ! La faute reviendrait, selon ce récit
féerique, à des « numéros en +213 » et à de mystérieux algorithmes téléguidés
depuis Alger.
La fabrique du bouc émissaire : Quand la fiction masque la stratégie royale
Pousse-t-on
le ridicule jusqu'à faire croire que quelques administrateurs de groupes
WhatsApp auraient le pouvoir d’orchestrer de tels mouvements ? Quelle insulte à
l'intelligence ! Prétendre que la responsabilité incombe à l'Algérie relève de
la psychiatrie politique, surtout au regard des révélations documentées par les
services de renseignement espagnols et occidentaux.
Car la réalité du terrain et les rapports du CNI (Centre National de
Renseignement espagnol) dessinent une tout autre vérité, bien loin des
affabulations de Rabat :
Une
ingérence orchestrée au plus haut sommet de l’État : Des rapports confidentiels
du CNI révèlent que les opérations vers Sebta découlent d'une « stratégie
parfaitement planifiée et dirigée depuis les plus hautes sphères du pouvoir »,
impliquant directement un conseiller royal en coordination étroite avec le
ministre des Affaires étrangères et les chefs des services secrets marocains
(DGED et DGSN).
Instrumentalisation
cynique et portes ouvertes : Des sources de renseignement concordantes et des
témoignages poignants font état de la libération ciblée par le pouvoir marocain
de milliers de criminels et prisonniers juste avant les vagues d'assaut. Des
criminels, des repris de justice, mais aussi des soldats de l'armée marocaine
ont été littéralement entassés dans des camions, conduits à la frontière et
escortés jusqu'aux grilles de Sebta par les forces de l'ordre marocaines. Sur
place, la consigne des policiers était limpide : « Venez, entrez en Espagne ! ».
Le chantage
géopolitique comme doctrine : Selon le renseignement espagnol, l'objectif réel
de ce déferlement organisé n'a jamais été un secret : faire pression sur le
gouvernement de Pedro Sánchez afin de le contraindre à abandonner sa neutralité
et à cautionner le plan d'autonomie marocain sur le Sahara occidental.
Le mensonge
par procuration démasqué
Pour donner
un vernis d'objectivité à leurs fables et masquer ce chantage d'État, les
organes de propagande du Makhzen citent en boucle le journal espagnol La Razón
et prétendent s'appuyer sur l'OSINT. Sauf que manque de chance à l’ère du
numérique : l'article original de La Razón est accessible à tous. Et que
constate-t-on ? Absolument aucune trace d'une quelconque accusation pénale ou
étatique visant l'Algérie. L'Audiencia Nacional espagnole enquête sur la
cybercriminalité et les réseaux de passeurs, pendant que les services secrets
espagnols, eux, identifient clairement le véritable chef d'orchestre du drame :
le cabinet royal et ses relais sécuritaires.
Le réel ne
se dissout pas dans la propagande
Rappelons
quelques réalités élémentaires que la manipulation ne saura étouffer :
Une crise
sociale exploitée comme arme : Transformer la détresse d'une jeunesse
abandonnée et de prisonniers utilisés comme de la chair à canon diplomatique en
une « conspiration algérienne » montre à quel point le régime refuse
d'affronter ses propres faillites.
Le trafic
d'État contre la souveraineté européenne : Utiliser des camions militaires pour
acheminer des foules à la frontière constitue une violation flagrante du droit
international et une instrumentalisation criminelle de la misère humaine.
Conclusion :
À force de crier au loup...
Accuser
l'Algérie pour chaque vague migratoire, chaque émeute sociale, chaque dérive
autoritaire est une stratégie éculée qui ne trompe plus personne — ni les
observateurs internationaux, ni les services de renseignement européens, ni les
citoyens de la région.
Plutôt que
d'investir des trésors d'ingéniosité dans la falsification de la presse
étrangère et la fabrication de boucs émissaires, il serait temps pour le
Makhzen de regarder en face ses propres méthodes : le chantage migratoire,
l'usage de la criminalité comme levier diplomatique et le refus de toute
reddition de comptes interne. On ne soigne pas les béances d'un régime par la
manipulation, et aucun mensonge géopolitique ne pourra indéfiniment effacer les
rapports des services de renseignement qui ont déjà mis à nu la vérité.
A/Kader Tahri /
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
