Avis aux
amateurs de blockbusters de troisième zone : Tom Cruise peut aller rhabiller sa
cascade, les studios d’Israël viennent de sortir leur nouveau pilote. Pour le
pitch, ne cherchez pas trop de cohérence, c’est du brut, du lourd, du
surréaliste. Prenez un vol Dubaï-Tel-Aviv, un copilote omanais pris d’une
soudaine envie de jouer du surin en pleine altitude de croisière, un cadre de
banque héroïque, et une chute vertigineuse de 4 300 mètres en trente secondes —
soit une pointe à près de 500 km/h en piqué vertical sans que les ailes ne se
détachent, du jamais-vu dans la physique aéronautique, mais qu’importe ! Quand
la victimisation est en jeu, les lois de la gravité s’inclinent bien gentiment.
Le décor est
posé, et quel décor ! Des témoignages contradictoires balancés sur les réseaux
sociaux avant même que les boîtes noires n’aient eu le temps de tiédir. Le
commandant blessé ? Il est émirati selon les uns, indien selon les autres. Le
copilote héroïque qui passait par là ? Fidjien, pardi ! Il ne manquait plus
qu’un stewart esquimau et un passager péruvien pour compléter le casting de
cette auberge espagnole à 10 000 mètres d’altitude.
Mais le summum
du spectacle réside dans la scène d'action au cockpit. Alors que l’appareil
pique vers le sol à une vitesse de sous-marin en perdition, voici que déboule
le banquier de la Leumi Bank alerté par
sa tendre épouse qui entend des cris à travers la porte blindée anti-terroriste
post-11 septembre. Par quel miracle la porte s’est-elle ouverte ? Mystère et
boule de gomme. Peut-être qu’en saisissant le code « 0000 » ou grâce à un coup
de baguette magique, le commando du dimanche parvient à s’engouffrer dans la
cabine pendant que l’avion fait des toupies et détruit son empennage. On
imagine la scène : le médecin de bord qui applique des pansements au milieu du
piqué, pendant que les passagers font du catch avec le copilote fou sur les
pédales de direction. Spielberg en pleure encore de jalousie.
Évidemment,
le parallèle avec le drame de la Germanwings est lâché en cours de
route. Parce qu’il faut bien injecter la dose de choc émotionnel nécessaire
pour que le spectateur ne se pose pas trop de questions gênantes. Une petite
touche de terreur collective pour lier le tout, et hop, le tour est joué !
Ce récit
haletant, colporté par une presse toujours prompte à transformer la moindre
friction en guerre sainte céleste, repose sur un ficelage si grossier qu’on en
vient à se demander si le scénario n’a pas été rédigé sur un coin de table
après trois verres d'arak. L’appareil se pose en Arabie Saoudite, l’agresseur
est estampillé « arabe », le banquier est décoré du titre de sauveur suprême,
et la presse d'extrême droite locale applaudit à tout rompre devant ce conte de
fées sécuritaire.
Derrière ce
théâtre de guignol aérien se cache toujours la même mécanique usée jusqu’à la
corde : fabriquer de l’effroi, nourrir le mythe de la citadelle assiégée jusque
dans les nuages, et faire oublier le réel par le spectaculaire. La prochaine
fois, de grâce, soignez les effets spéciaux : même pour un mauvais film de
série B, les ficelles sont un peu trop grosses.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser
qu’elles soient comme ça. »
