« Qui
veut payer le prix de la paix ? » question formidable surtout quand
celui qui la pose tient déjà la caisse, imprime les billets… et pointe le
canon.
Car il faut
arrêter avec cette comédie diplomatique des Américains. Ce qu’on nous vend
comme une négociation n’est rien d’autre qu’un racket géopolitique à grande
échelle. Une extorsion polie, emballée dans le vocabulaire feutré des
chancelleries. On n’exige pas, voyons on
“discute”. On ne menace pas — on “dissuade”. Et quand ça ne suffit pas, on
sanctionne, on asphyxie, on étrangle… puis on s’étonne que la victime refuse de
dire merci.
L’histoire
est d’une simplicité presque insultante :
on brise les jambes d’un pays, puis on lui reproche de ne pas courir vers la
paix.
Et pendant
ce temps, certains éditorialistes découvrent, l’air grave, que l’Iran est «
affaibli », « divisé », « sous pression ». Quelle révélation. Comme si cette
fragilité tombait du ciel, comme une météo capricieuse. Personne pour rappeler
que cette “pression” est organisée, méthodique, revendiquée. Non , on préfère
observer les fissures sans jamais nommer le marteau.
Et puis il y
a la mise en scène : d’un côté, une superpuissance qui joue au shérif global,
de l’autre, un État sommé de choisir entre la soumission et l’asphyxie. Et au
milieu, ce mot magique : la paix. Un mot vidé de son sens, recyclé en
slogan publicitaire pour rapports de force.
Parce qu’il
faut oser le dire : cette paix-là n’a rien d’un idéal.
C’est une reddition sous surveillance.
Une tranquillité sous conditions.
Une capitulation avec signature en bas de page.
Quant à la
diplomatie version Donald Trump, elle mérite un chapitre à part :
brutalité élevée au rang de méthode, improvisation déguisée en stratégie,
ultimatum transformé en spectacle. On ne négocie plus, on tweete, on menace, on
humilie. La géopolitique devient un ring, et la paix, un trophée de
communication.
Mais le plus
obscène reste ailleurs : dans cette manière de poser la question du « prix ».
Comme si tout se valait.
Comme si les responsabilités étaient symétriques.
Comme si celui qui impose les règles du jeu pouvait ensuite feindre la
neutralité de l’arbitre.
Non. Mille
fois non.
Le prix,
certains le paient déjà : populations étranglées, économies détruites, sociétés
enfermées dans la peur et la défiance. Pendant que d’autres parlent de
“stabilité”, bien à l’abri derrière leurs sanctions et leurs flottes
militaires.
Alors
cessons cette farce.
La paix ne
se décrète pas sous embargo.
Elle ne se négocie pas un couteau sous la gorge.
Et surtout, elle ne naît jamais d’un rapport de force travesti en dialogue.
La vraie
question n’est pas « qui veut payer le prix de la paix ».
La vraie question est : combien de temps encore acceptera-t-on que la loi du
plus fort se fasse passer pour de la diplomatie éclairée ?
Et à force
de jouer avec les mots, une dernière inquiétude demeure :
le jour où la paix aura complètement perdu son sens,
que restera-t-il à sauver sinon les ruines qu’on aura pris soin d’appeler
“équilibre” ?
Moralité finale : La diplomatie ne devrait pas être l’art de justifier la domination, mais celui de construire l’équilibre. »
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
