La valse des somnambules ou le concours du plus aveugle : (Archives)

Le point journal semble avoir retrouvé son vrai gabarit juste un . (point). On nous ressort donc la vieille ficelle des « somnambules » de 1914. Un concept bien commode, poli dans les salons dorés des chancelleries et ressorti de la boîte dès qu’on ne veut surtout pas nommer le pyromane. À les entendre, le Maghreb et le Sahel seraient subitement frappés d’une épidémie de somnambulisme géopolitique. Les dirigeants d'Afrique du Nord marcheraient les yeux fermés vers la falaise, le pied trébuchant et la bougie à la main, tout cela par simple "maladresse". Quelle touchante candeur !

Le pointjournal semble avoir retrouvé son vrai gabarit juste un . (point). On nous ressort donc la vieille ficelle des « somnambules » de 1914. Un concept bien commode, poli dans les salons dorés des chancelleries et ressorti de la boîte dès qu’on ne veut surtout pas nommer le pyromane. À les entendre, le Maghreb et le Sahel seraient subitement frappés d’une épidémie de somnambulisme géopolitique. Les dirigeants d'Afrique du Nord marcheraient les yeux fermés vers la falaise, le pied trébuchant et la bougie à la main, tout cela par simple "maladresse". Quelle touchante candeur !

Si l'Europe cherche de vrais somnambules, qu’elle jette un œil dans le miroir ou qu’elle tourne le regard vers Abou Dhabi et Tel-Aviv. Car la vérité est beaucoup moins poétique : ce n'est pas une crise de sommeil, c'est un travail de sape.

À Ceuta, on assiste à de la « diplomatie par le vide ». On pousse des dizaines de milliers de gamin·es contre des grilles en sachant très bien que les caméras de télé et les régiments de la peur feront le reste à Madrid ou à Bruxelles. Ce n'est pas un accident de parcours : c'est de la guerre hybride pur sucre, où le désespoir humain sert de cartouche à bas coût pour tordre le bras du voisin.

Pendant ce temps, un peu plus au sud, au Sahel, d'aucuns applaudissent les étincelles. Un coup de chaud au Niger ? Formidable ! Rien de tel pour couper l'herbe sous le pied du gazoduc transsaharien. Car il ne faudrait surtout pas que l’Europe trouve une alternative énergétique stable en reliant le Nigeria, le Niger et l'Algérie. À croire que certains sponsors du Moyen-Orient, embourbés jusqu'au cou dans leurs propres brasiers, ont trouvé très malin de déporter leurs feux d'artifice dans notre arrière-cour euro-méditerranéenne.

Faute d'histoire et de légitimité dans la région, on arrose à coups de pétrodollars, on distribue des logiciels espions et on finance des réseaux de mercenaires pour foutre le bazar. Et à Paris ou à Bruxelles, la presse chic continue d'analyser le spectacle avec de l'huile sur le feu et du chloroforme dans le texte, en déplorant "l'irrationalité" des acteurs locaux.

La réalité est beaucoup plus crue : pendant que certains jouent les apprentis sorciers en sous-sol pour déstabiliser le Maghreb et l'Europe, il n'y a guère qu'Alger et Madrid pour tenter d'éteindre l'incendie avant que la maison tout entière ne brûle. Alors gardez vos métaphores de somnambules pour la littérature. Ici, tout le monde a les yeux grands ouverts, et certains ont juste le fusil à la main. Les somnambules sont à chercher du côté de Tel-Aviv et d'Abou Dhabi. Par leurs actions subversives, ils visent à déstabiliser deux zones stratégiques pour la profondeur sécuritaire de l'Europe: le Sahel et le Maghreb.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.