L'accord Iran–États-Unis ne serait pas appliqué ?
Quelle surprise...
Voilà donc
le nouveau feuilleton diplomatique de l'année. Washington et Téhéran signent un
protocole censé mettre fin à des mois de confrontation. À peine l'encre
est-elle sèche que les mêmes experts, les mêmes chancelleries et les mêmes
commentateurs nous expliquent déjà qu'il ne sera probablement jamais appliqué.
Quelle révélation.
Depuis quand
la paix est-elle accueillie avec autant de scepticisme que la guerre avec
enthousiasme ?
Le deux poids, deux mesures des stratèges de plateau
télé
Lorsqu'un
bombardement est annoncé, les stratèges de plateau télé nous expliquent
doctement qu'il est « nécessaire », « inévitable » ou « proportionné ».
Lorsqu'un accord surgit, soudain, les voilà devenus des notaires du doute, des
comptables de la méfiance, des prophètes de l'échec.
Le plus
savoureux est ailleurs. Ceux qui répètent aujourd'hui que cet accord serait
trop vague sont souvent les mêmes qui ont applaudi pendant des décennies des
interventions militaires fondées sur des mensonges autrement plus flous.
Des armes de destruction massive aux accords
diplomatiques
Les armes de
destruction massive imaginaires en Irak ? Une certitude. Les promesses de
démocratisation par les bombes ? Une évidence. Mais un engagement écrit entre
deux États souverains ? Voilà qui deviendrait brusquement suspect.
En réalité,
la question n'est pas de savoir si l'accord est imparfait. Tous les accords de
paix le sont. La vraie question est : qui a intérêt à ce qu'il échoue ?
Les coulisses géopolitiques : à qui profite le
sabotage de la paix ?
Car une paix
durable entre Washington et Téhéran ferait des perdants très identifiables :
- Les industriels de l'armement qui prospèrent sur les
tensions permanentes.
- Les faucons idéologiques qui ont besoin d'un ennemi
existentiel pour justifier leur influence.
- Les gouvernements régionaux qui ont bâti leur stratégie
sur la diabolisation perpétuelle de l'Iran.
Tous ceux-là regardent chaque avancée diplomatique comme une menace.
Derrière la grammaire des traités, la réalité des
rapports de force
On nous
parle de clauses vagues. Comme si le problème résidait dans la grammaire du
document. Comme si l'histoire du Moyen-Orient avait été écrite par des juristes
distraits plutôt que par des rapports de force brutaux, des calculs électoraux
et des intérêts économiques colossaux.
Le véritable
paradoxe est là : ceux qui prétendent défendre la stabilité régionale semblent
toujours plus à l'aise avec une guerre interminable qu'avec une paix
incertaine.
Conclusion : La prophétie autoréalisatrice de
l'establishment
Alors oui,
l'accord peut échouer. Il peut être saboté. Il peut être vidé de sa substance.
Mais ce ne sera pas parce qu'il serait trop court, trop vague ou rédigé sous
forme de liste. Ce sera parce que, depuis des décennies, une partie de
l'establishment occidental et régional considère qu'un compromis avec l'Iran
est plus dangereux qu'un conflit sans fin.
À force de
prédire l'échec de la paix, certains finissent par travailler activement à sa
réalisation. Et lorsqu'elle échoue, ils osent ensuite présenter le désastre
comme la confirmation de leur clairvoyance.
À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/
A/Kader Tahri /
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
