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| Canon Français et les banquets géants |
Discours identitaire et amalgames visant l'islam en France :
À force de voir l'islam derrière chaque changement social, certains éditorialistes finissent par ne plus voir les véritables causes du malaise français. L'obsession finit par devenir caricaturale. Une boulangerie ferme ? L'islam. Les Français boivent moins de vin qu'il y a cinquante ans ? L'islam. Les jeunes lisent moins ? L'islam. Demain, si les hirondelles désertent les clochers, il se trouvera sans doute un chroniqueur pour y voir une conséquence du halal.
La France
serait donc au bord de l'effondrement. Non pas sous le poids du déclassement
industriel, de la désindustrialisation, de la précarité ou des fractures
territoriales. Non. Selon certains prophètes du déclin, notre civilisation
vacillerait parce qu'un musulman refuse un verre de vin lors d'un banquet ou
qu'une cantine propose un menu alternatif.
Il faut
reconnaître à cette littérature crépusculaire un talent singulier : transformer
le moindre fait divers en symptôme d'une prétendue guerre de civilisation.
Les rouages du récit
médiatique sur le déclin national
La recette
est désormais bien connue. Prenez la fermeture d'une librairie. Ajoutez un
fast-food. Assaisonnez avec une polémique locale sur un repas associatif.
Glissez quelques références à l'islam, au wokisme, à MeToo et à la disparition
de la galanterie. Mélangez le tout dans un récit de décadence nationale. Vous
obtenez cette nostalgie anxieuse dont certains médias ont fait leur fonds de
commerce.
Le plus
frappant n'est pourtant pas ce qui est dit, mais ce qui est soigneusement passé
sous silence.
Les véritables causes de la
crise socio-économique française
- Qui a transformé les centres-villes en vitrines
standardisées où les mêmes enseignes remplacent les commerces indépendants
?
- Qui a laissé les géants du numérique
fragiliser l'économie du livre ?
- Qui a encouragé pendant des décennies la
financiarisation de l'économie, les délocalisations et la concentration
commerciale ?
Certainement
pas les musulmans.
Pourtant, à
chaque mutation sociale, les mêmes responsables sont désignés : l'immigré, le musulman,
l'étranger ou les prétendues dérives du temps présent. Jamais les choix
économiques, les logiques de marché ou les politiques qui ont profondément
transformé le pays.
Le musulman comme bouc
émissaire des angoisses collectives
Le problème
de fond est ailleurs : dans cette manière persistante de présenter les
musulmans comme un corps étranger à la nation. Des millions de Français
musulmans travaillent, paient leurs impôts, votent, participent à la vie du
pays et partagent les mêmes préoccupations que leurs concitoyens. Pourtant,
dans certains récits médiatiques, ils demeurent une présence suspecte, un
élément perturbateur, une menace culturelle permanente.
Le
vocabulaire lui-même est révélateur. On ne parle plus de citoyens mais de
communautés. On ne décrit plus une réalité complexe mais une invasion. On ne
cherche plus à comprendre mais à désigner.
Une mécanique politique
historique
Car derrière
les débats sur le vin, le porc ou les menus scolaires se cache une vieille
mécanique politique : celle qui consiste à faire d'une minorité le réceptacle
de toutes les angoisses collectives. Hier, d'autres groupes ont occupé cette
place. Aujourd'hui, ce sont les musulmans. Demain, ce sera peut-être un autre
visage du même fantasme.
Sortir du fantasme pour retrouver
le sens des réalités
La réalité
est pourtant beaucoup moins spectaculaire que le récit. La France ne disparaît
pas parce que certains ne consomment pas d'alcool. Elle ne s'effondre pas parce
qu'un enfant mange du poulet plutôt que du porc. Elle ne cesse pas d'être
elle-même parce que sa population est diverse.
Une nation
sûre de ses valeurs ne tremble pas devant une assiette différente. Une
civilisation confiante n'a pas besoin de fabriquer des ennemis intérieurs pour
affirmer son identité. Ce qui menace réellement le débat public n'est pas le
refus d'un verre de vin. C'est la tentation permanente de remplacer l'analyse
par la peur, la complexité par le soupçon et la réalité par le fantasme.
À force de
voir l'islam partout, certains finissent surtout par ne plus voir le monde tel
qu'il est.
À
lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/
A/Kader Tahri /
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
