À voir ou entendre de long réquisitoire, des hommes politiques lors de la campagne électorale au cours de laquelle, les candidats tout en ouvrant quelques garages ou boutique aménagés en bureau des candidats (affiches, drapeaux et surtout la musique) tenteront de convaincre les électeurs. A ceci je pensais découvrir une radiographie inédite de la crise politique algérienne. En réalité, il n'en est rien. Encore une fois de plus nous sommes face à un discours que l'on entend, sous des formes diverses, depuis l'avènement du multipartisme. Les mots changent, le vocabulaire se fait plus universitaire, les phrases s'allongent, mais le diagnostic reste le même : crise de légitimité, crise de représentation, défiance citoyenne, abstention électorale... Rien de véritablement nouveau sous le soleil.
Une rhétorique politique bien rodée mais déconnectée
des faits
Le problème n'est d'ailleurs pas de critiquer le
pouvoir. Dans toute démocratie, la critique est légitime, nécessaire et même
salutaire. Le problème est de présenter comme une découverte ce qui relève
désormais d'une rhétorique bien rodée. À force de répéter les mêmes analyses
sans jamais les enrichir ni les démontrer, on finit par transformer un discours
politique en une litanie intellectuelle.
Plus préoccupant encore, la campagne électorale entretient
une confusion entre crise politique et faillite de l'État. Ce n'est pas parce
qu'un système politique est contesté que l'État soit incapable d'assurer ses
fonctions. L'État continue de fonctionner, les administrations rendent des
services, les infrastructures se développent, des politiques publiques sont
mises en œuvre et les institutions poursuivent leur activité. On peut contester
leur efficacité, leur orientation ou leur gouvernance ; on ne peut sérieusement
soutenir que l'État a cessé d'exister ou qu'il est devenu inopérant. Confondre
ces deux notions relève davantage du slogan que de l'analyse.
Une autre faiblesse saute aux yeux : l'absence de
démonstration. Où sont les données ? Où sont les enquêtes d'opinion ? Où sont
les comparaisons internationales ? Où sont les analyses électorales permettant
d'étayer les affirmations avancées ? Le discours assène des certitudes mais
produit peu de preuves. En science politique, les convictions ne remplacent pas
les faits. Une affirmation, même séduisante, ne devient pas une vérité parce
qu'elle est rédigée dans un style solennel.
La confusion entre crise politique et faillite de
l'État
Mais la plus grande omission est ailleurs. Le candidat
consacre l'essentiel de son propos à dénoncer les insuffisances du pouvoir,
avant d'accorder quelques lignes, presque par acquit de conscience, aux
faiblesses de l'opposition. Pourtant, si la confiance des citoyens s'est
effondrée, c'est aussi parce qu'une grande partie de la classe politique a
perdu toute crédibilité.
Depuis plus de trois décennies, combien de partis ont
réellement construit une alternative ? Combien ont élaboré un véritable projet
économique, social ou institutionnel ? Combien ont su dépasser les querelles
d'ego, les scissions à répétition, les rivalités personnelles et les calculs de
circonstance ? Trop souvent, l'opposition s'est contentée de faire métier de la
contestation, comme si dénoncer suffisait à gouverner.
La vérité est plus dérangeante : une partie de la classe
politique, majorité comme opposition, s'est installée dans une forme de confort
politique. Les uns administrent le système, les autres administrent la
contestation. Les premiers vivent de l'exercice du pouvoir ; les seconds vivent
de la critique du pouvoir. Entre les deux, le citoyen assiste, impuissant, à
une représentation dont le scénario semble écrit d'avance.
Le manque de preuves et de données factuelles
Cette situation explique largement l'abstention massive
observée lors des différents scrutins. Ce rejet ne traduit pas seulement une
défiance envers les institutions ; il exprime aussi un désaveu d'une classe
politique qui, dans son ensemble, peine à convaincre qu'elle est capable
d'améliorer concrètement le quotidien des Algériens. Les jeunes, en
particulier, ne désertent pas seulement les urnes ; ils désertent un débat
politique qui leur paraît souvent déconnecté de leurs préoccupations : emploi,
logement, pouvoir d'achat, qualité de l'enseignement, perspectives d'avenir.
Responsabilité
partagée : Le confort de la majorité et de l'opposition
À force de privilégier les postures aux propositions,
les slogans aux programmes et les déclarations aux solutions, une partie de la
classe politique a contribué à son propre discrédit. L'embrouille nourrit la
magouille, la surenchère remplace le débat, et l'outrance tient lieu de pensée.
On préfère les grandes envolées sur la « crise du régime » aux réponses
concrètes sur l'investissement, la création de richesse, la réforme de
l'administration ou l'avenir des jeunes diplômés.
Une démocratie ne se résume pourtant ni au pouvoir ni à
son opposition. Elle repose sur un équilibre entre des institutions crédibles,
une majorité responsable, une opposition sérieuse, des corps intermédiaires
vivants et des citoyens engagés. Lorsque plusieurs de ces piliers
s'affaiblissent simultanément, la crise devient systémique. Vouloir faire
porter l'intégralité de la responsabilité sur un seul acteur relève davantage
du plaidoyer politique que de l'analyse.
Une opposition installée dans la culture de la
contestation
Enfin, il convient de se méfier des prophéties
définitives. Depuis trente ans, certains annoncent régulièrement l'effondrement
imminent du système, l'épuisement irréversible du régime ou la fin prochaine de
toute légitimité. Pourtant, le pays continue d'avancer, parfois lentement,
souvent imparfaitement, mais il avance. Cela ne signifie ni que tout va bien,
ni que les critiques sont infondées. Cela signifie simplement que la réalité
est plus complexe que les récits catastrophistes.
En final, en toute citoyenneté j’estime que la politique mérite mieux que
des incantations répétées à l'infini. Elle exige de la rigueur, de l'honnêteté
intellectuelle et le courage d'examiner les responsabilités de chacun. Car
répéter inlassablement le même diagnostic ne le transforme pas en vérité
absolue. Et comme le rappelle un vieil adage, un mensonge répété mille fois
peut influencer des esprits, mais il ne remplacera jamais les faits. L'Algérie
a besoin d'un débat politique exigeant, pas d'un concours de déclamations où
chacun récite son rôle pendant que les citoyens quittent la salle.
Quant aux citoyens, leur participation demeure indispensable à la vitalité démocratique. C'est dans cette articulation des responsabilités, et non dans la désignation d'un seul responsable, que se trouve la clé d'une compréhension plus complète de la crise politique. Une démocratie solide ne repose pas uniquement sur la qualité de ceux qui gouvernent, mais aussi sur la maturité de ceux qui les contestent, la vigueur de la société civile et la confiance que les citoyens accordent à l'ensemble du système politique.
À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/ A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
