Par la surenchère verbale et la mise en scène
du drame humain à Ceuta, les Républicains et le Rassemblement national étalent
leur seule véritable compétence : le commerce de la peur.
Ils étaient tapis dans l'ombre, attendant le moindre
frémissement, la moindre faille au niveau des barbelés. Il aura suffi que
quelques milliers de damnés de la terre franchissent les grilles de l'enclave
espagnole de Ceuta pour que les professionnels de la panique morale déclenchent
leur cirque médiatique habituel.
Tout le week-end, le Rassemblement national et Les Républicains
ont rivalisé de cynisme. Communiqués rageurs, vidéos surjouées, courriers
théâtraux au gouvernement : la droite française s’est offert un défouloir
xénophobe grand grandeur nature.
La fabrique de « l'invasion »
Regardez la mécanique, elle est désormais usée jusqu'à la corde.
Prenez des images brutes diffusées en boucle sur les réseaux sociaux. Surlignez
la détresse de jeunes hommes épuisés. Ajoutez-y les adjectifs du registre
guerrier « submersion », « déferlement
», « invasion » et vous obtenez le parfait kit de manipulation des
consciences.
Le but de cette mise en scène n'est pas de protéger qui que ce
soit : il est d'anesthésier la compassion et d'interdire toute réflexion
rationnelle.
En transformant des êtres humains fuyant la misère en une menace
existentielle pour l'Europe, la droite et l'extrême droite accomplissent leur
besogne habituelle : la déshumanisation méthodique. On ne parle plus de droits
fondamentaux, de conventions internationales ou de géopolitique ; on parle de
digues à dresser contre la marée.
Une indigence politique masquée par le bruit
Que proposent ces bâtisseurs de murs face à la complexité du
monde ? Rien. Absolument rien.
Leur recette tient sur un ticket de métro : plus de barbelés,
plus de vidéos d'intimidation, plus de déclarations péremptoires. Faire croire
qu’une enclave côtière barricadée suffira à effacer les inégalités mondiales et
les désordres du continent africain relève de l'escroquerie intellectuelle pure
et simple.
Une droite sans boussole : Les Républicains ne cherchent plus à
gouverner ni à penser ; ils courent désespérément derrière le Rassemblement
national pour lui arracher une bribe d'audience.
Une extrême droite dans son élément : Le RN applique sa
stratégie du coucou : parasiter chaque drame humain pour y déposer le germe de
la division.
Ils hurlent à l'invasion, mais ce qu'ils redoutent le plus,
c'est l'apaisement. Sans l'image du barbelé franchi, sans la peur du voisin,
leur fonds de commerce s'effondre instantanément.
Refuser la dictature du ressentiment
Face à cette foire aux surenchères, la tiédeur n'est plus de
mise. Accepter que le débat public soit pris en otage par ces marchands
d'angoisse, c'est ratifier leur victoire idéologique.
Il est temps de dénoncer l'imposture : Nommer le cynisme :
Montrer que ces agitations ne servent aucun intérêt national, mais uniquement
des calculs électoraux bas de gamme. Reconquérir les mots : Refuser la
grammaire sécuritaire de l'extrême droite et réimposer les exigences du droit,
de la dignité et de la solidarité. Exposer l'impuissance : Rappeler que les
réponses simplistes à des défis majeurs n'ont jamais produit que du drame au
sud et du déshonneur au nord.
Ceuta n'est pas le symbole de l'impuissance européenne : c'est
le miroir de la déchéance morale d'une droite française prête à
instrumentaliser la misère humaine pour exister quelques heures de plus sur les
écrans.
Face aux événements de Ceuta, la droite et l'extrême droite
sombrent dans la surenchère xénophobe. Analyse d'une instrumentalisation
politique cynique.
Conclusion
Les réactions relatives des politiques français adorent le
Maroc. Ils y vont en vacances, y ont des résidences, etc. Les Marocains adorent
beaucoup moins leur bled, vu qu'en un rien de temps, on trouve 60000 zouaves
candidats au départ pour Ceuta, ces réactions ont des qualités mais ils
oublient quelques points fondamentaux relatifs au Maroc. Le Maroc a tendance à
nettoyer son pays des éléments qu’il juge peu utiles pour les envoyer vers
l’Europe ou vers le Sahara occidental, afin de le peupler et le surveiller (les
Marocains le disent tout bas). Par ailleurs, ce sont des centaines de milliers
de Marocains qui en uniforme ou non sont envoyés vers le sud, devant un mur de
sable (avec mines, barbelés, etc.) de près de 3000 kms, devant les combattants sahraouis.
Le Maroc est par ailleurs soumis à des tensions internes, et pas exclusivement
économiques. Cette affaire de Ceuta et Melilla (et n’oublions pas les visées
marocaines sur les Canaries et son espace maritime) permet d’atténuer les
tensions entre le Rif et le pouvoir central marocain. L’Espagne doit donner la
préférence d’accueil aux Sahraouis (niveau d’éducation très élevé)
On peut voir ça autrement. On n'imagine pas en effet que les
quelques dizaines de milliers d'individus ayant rejoint Ceuta étaient appointés
par le pouvoir marocain, même si par ailleurs il semblerait que certains
membres des services marocains faisait partie de cette joyeuse troupe. Une
forme d'encadrement peut-être ?
Parce qu'une rumeur ça se crée, ça se travaille et quand c'est bien mûr on peut
lancer l'opération en se servant des pigeons qui auront été intoxiqués. Quand
on sait qu'on a une partie notable de sa jeunesse qui rêve d'Europe, on a la
main d'œuvre, ne reste plus qu'à la coaguler autour d'une chimère. Aussi cette
"fausse" invasion, message ou test, n'est-elle sans doute pas le
fruit d'un hasard qui aurait amené 40 ou 60 000 nageurs à décider de partir
groupés à l'assaut de l'Europe.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
