Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Trump ou la diplomatie du chantage:

Menaces commerciales, alliances conditionnelles, droit international relégué au rang d’accessoire : la diplomatie de Trump révèle un Empire qui gouverne par la force. Le danger n’est pas seulement la brutalité, mais l’accoutumance au renoncement.

Il ne s’agit plus d’un désaccord diplomatique, ni même d’un excès de langage présidentiel. Ce qui se joue aujourd’hui, sous couvert de brutalité trumpienne, c’est l’installation méthodique d’un monde où la loi recule devant la force, où le droit international est toléré tant qu’il ne contrarie pas l’intérêt du plus puissant.

Donald Trump ne négocie pas : il intimide.
Il ne propose pas : il exige.
Il ne convainque pas : il menace.

Et lorsqu’il annonce des droits de douane punitifs contre les vins et le champagne français pour contraindre un État souverain à s’aligner sur une initiative américaine, il ne fait pas de diplomatie  il pratique le chantage. Le commerce devient une matraque, l’économie une arme, la paix un prétexte.

La loi du plus fort, enfin assumée

Ce que certains feignent encore de découvrir n’a pourtant rien de nouveau. Les États-Unis n’abandonnent pas l’ordre international : ils cessent simplement d’en faire semblant. Le multilatéralisme n’est plus un cadre, mais un décor. Les alliances ne sont plus des engagements, mais des options révocables. Le droit n’est plus une limite, mais un obstacle que l’on contourne ou que l’on piétine.

Trump n’a pas inventé l’Empire.
Il l’a débarrassé de son hypocrisie.

L’imprévisibilité, érigée en méthode, est présentée comme une preuve de force. En réalité, elle est l’aveu d’un pouvoir incapable de se soumettre à autre chose qu’à lui-même. Un pouvoir qui change d’avis comme de chemise n’est pas souverain : il est capricieux. Et le caprice, lorsqu’il gouverne le monde, s’appelle l’arbitraire.

L’humiliation comme pédagogie politique

Les Européens en font l’expérience répétée : un jour flattés, le lendemain rabaissés. Sommés d’attendre, priés d’encaisser, invités à comprendre après coup. Alliés sur le papier, variables d’ajustement dans les faits. Le message est limpide : la protection américaine se mérite, l’obéissance est attendue, la contestation sanctionnée.

Cette diplomatie de l’humiliation n’est pas un accident. Elle est un outil. Elle rappelle à chacun sa place dans la hiérarchie impériale. Elle teste les résistances, mesure les renoncements, enregistre les silences.

Quand la prudence devient une lâcheté

Pendant que l’on menace des partenaires commerciaux pour obtenir des alignements politiques, les tragédies réelles s’enlisent dans l’inaction calculée. Les crimes documentés, les répressions sanglantes, les peuples écrasés attendent pendant que Washington « réfléchit ». Ce temps long, présenté comme de la prudence, est une posture commode. Il permet de ne rien faire tout en prétendant peser.

Mais l’Histoire est sévère avec ces faux scrupules. Elle ne confond jamais la prudence avec l’inaction, ni la complexité avec la démission. Dans les tragédies humaines, attendre n’est jamais neutre. Attendre, c’est déjà choisir.

Résister ou s’effacer

Le danger n’est pas seulement Trump. Le danger, c’est l’accoutumance. C’est l’acceptation progressive d’un monde où la menace devient un langage légitime, où l’humiliation remplace la négociation, où la force tient lieu de droit.

À force de s’habituer à l’arbitraire, on finit par le trouver normal.
À force de céder, on appelle cela du réalisme.
À force de se taire, on parle de responsabilité.

Ce monde-là n’est pas inévitable. Mais il le deviendra si ceux qui prétendent encore croire au droit, à la souveraineté et à la coopération internationale renoncent à les défendre autrement que par des discours. L’Histoire ne reproche pas aux dirigeants d’avoir hésité.
Elle reproche d’avoir cédé et surtout, d’avoir appelé cela de la sagesse.

Lorsqu’une puissance dotée de l’arme nucléaire, de la première armée du monde et d’un poids économique systémique adopte une politique étrangère fondée sur l’unilatéralisme, la menace et l’imprévisibilité, elle cesse d’être un acteur ordinaire des relations internationales. Elle devient un facteur de risque global. Le problème n’est pas l’Amérique en tant que nation, mais l’exercice d’un pouvoir qui confond domination et légitimité, force et droit.

Dans ces conditions, les décisions américaines ne peuvent être considérées comme relevant d’une souveraineté strictement interne. Elles engagent la stabilité mondiale, les équilibres régionaux et la sécurité collective. Les observer, les critiquer et les contester n’est pas une ingérence, mais une exigence de responsabilité internationale.

L’épisode iranien en fournit une illustration préoccupante. Menaces sans objectifs clairement énoncés, absence de cadre juridique, improvisation stratégique et recul contraint sous pression régionale : cette séquence révèle moins une vision politique qu’une gouvernance par l’ambiguïté et la contrainte. L’histoire rappelle pourtant que les interventions menées au nom de la stabilité produisent souvent l’inverse, comme l’a démontré le précédent de 1953 et ses conséquences durables.

Gouverner par la menace n’installe pas l’ordre, mais l’instabilité. Dans un monde déjà saturé de tensions, chaque décision irréfléchie devient un multiplicateur de risques. Face à cela, le silence n’est pas de la prudence.   C’est un renoncement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 


Le 7 octobre en outil de propagande au service du déni et de la justification du génocide


Sous couvert d’analyse géopolitique, un article issu de la presse d’extrême droite transforme la tragédie du 7 octobre en outil de propagande. En glorifiant Israël comme victime éternelle et en niant la souffrance palestinienne, ce texte illustre une dérive idéologique inquiétante : la sélectivité mémorielle au service du déni et de la justification de la violence.

Quand la mémoire devient arme : le déni palestinien dans un discours d’extrême droite sur Israël

Après les attaques terroristes du 7 octobre et les mois de guerre qui ont suivi à Gaza, la presse d’extrême droite multiplie les tribunes défendant Israël au nom d’une supposée “survie civilisationnelle”. L’une d’elles, récemment publiée, illustre parfaitement cette stratégie : sous des dehors analytiques, elle recycle un discours politique forgé sur la peur, la culpabilité et le refus de toute critique.

Un récit faussement analytique, profondément idéologique

L’article commence comme une réflexion sur la réaction internationale aux attaques du Hamas. Mais très vite, le ton change : les institutions internationales sont accusées de partialité, les démocraties occidentales de faiblesse, et les voix critiques d’Israël sont assimilées à des “ennemis intérieurs”.
Cette rhétorique bien connue vise à disqualifier toute critique légitime de la politique israélienne en la présentant comme une forme d’antisémitisme.
En présentant Israël comme le bastion assiégé d’un monde occidental “décadent”, le texte adopte les codes classiques de la propagande identitaire et souverainiste, où la complexité politique se dissout dans le manichéisme.

La mémoire instrumentalisée : quand la Shoah devient justification

L’auteur convoque abondamment le passé juif — la Shoah, les pogroms, la peur existentielle — pour démontrer une continuité historique entre les persécutions d’hier et la guerre d’aujourd’hui.
Mais ce recours constant à la mémoire a un prix : il devient sélectif et utilitaire. La souffrance juive y est sacralisée, tandis que la souffrance palestinienne est effacée, déniée, voire moquée.
Ce procédé transforme la mémoire du génocide en arme morale : ce qui fut une leçon universelle sur la dignité humaine devient un instrument de légitimation du pouvoir et de la violence.
Or, la mémoire n’a de sens que si elle sert à défendre tous les peuples contre l’injustice — pas seulement les siens. La sélectivité mémorielle trahit donc l’esprit même du “plus jamais ça”.

L’oubli délibéré de Gaza et la déshumanisation des Palestiniens

Aucun mot dans l’article sur les milliers de morts palestiniens, les familles déplacées, les hôpitaux détruits ou la vie sous blocus. Le terme même “occupation” est soigneusement évité.
Les Palestiniens ne sont pas des êtres humains souffrants : ils deviennent, dans le récit, un “narratif victimaire”, une abstraction commode servant à dénoncer la “propagande anti-israélienne”.
Cette absence n’est pas un oubli : c’est une stratégie de déni. Elle permet de justifier les bombardements et la répression comme de simples actes de “survie”.
Mais nier la souffrance de l’autre, c’est refuser la part d’humanité commune qui seule rend possible la paix. C’est aussi prolonger le cycle de haine et d’injustice qui ravage la région depuis des décennies.

Le rejet du pluralisme et la logique de purification idéologique

L’article ne s’en prend pas seulement aux ennemis extérieurs : il vise aussi les Juifs eux-mêmes.
Les “cosmopolites humanitaristes”, les “Juifs woke”, ou les “trotskistes” sont accusés de trahison morale. Cette rhétorique d’exclusion vise à réduire la diversité des voix juives au profit d’un sionisme autoritaire, guerrier et identitaire.
C’est le signe d’une dérive inquiétante : le refus de toute nuance, de tout débat, de tout pluralisme.
À travers ce texte, c’est la pensée critique elle-même qui est désignée comme coupable.

Conclusion : rompre avec le déni, restaurer la vérité humaine

Ce type de discours ne relève pas du journalisme mais de l’idéologie pure.
Il réécrit l’histoire pour transformer la mémoire en forteresse et la compassion en faiblesse.
En effaçant la souffrance palestinienne, il nie la réalité de l’occupation, dégrade la mémoire de la Shoah et perpétue une vision du monde fondée sur la peur et la domination.
La mémoire ne doit pas servir à justifier la guerre mais à rappeler l’humanité partagée.
Face aux manipulations de l’extrême droite, il faut défendre une mémoire universelle, celle qui reconnaît la douleur des uns sans effacer celle des autres — parce que la justice, elle, ne se divise pas.

c'est un déni, au-delà de toutes idéologies, il reste une chose qu'une frange d’occidentaux  ne veulent pas admettre; la violence mortelle infligée à la population Palestinienne, impensable pour ces défenseurs des "damnés " de la terre, pour eux la responsabilité de ces horreurs doit être infligée le Palestinien, le coupable c'est le Palestinien, il incite par sa présence; à la violence, sa présence est tellement insupportable qu'elle fabrique des "barbares",
Citation Sioniste : «"l'homme nait bon c'est la société qui le corrompt," le juif nait bon c'est le Palestinien qui le corrompt »

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/


L’Algérie face Marchands de paix, courtiers de guerre : une diplomatie de dignité

 

 

« Les peuples ne meurent que lorsqu’ils cessent de dire non. » — Aimé Césaire

L’algérien que je suis a pleinement conscience du changement qui va se produire dans la géopolitique. Il appelle de ses vœux à une politique en matière étrangère qui s’efforcera d’entretenir des relations avec tous les pays étrangers (sauf ceux qui n’épousent pas une cause noble et juste sur le plan international et plus particulièrement en Afrique et au Moyen orient) mais plus que jamais ne succombera pas – comme il serait si facile à le faire – à la tentation de rejoindre l’un ou l’autre des deux blocs qui, désormais divisent le monde.

L’époque moderne a ses barons — non plus ceux des champs, mais ceux des tours et des tableaux Excel. Jadis, la diplomatie était l’art du mot, de l’équilibre, du dialogue feutré entre États souverains. Aujourd’hui, elle s’est muée en courtage mondial. Le diplomate se fait agent immobilier, le traité devient transaction, la paix un produit dérivé qu’on échange contre la reconnaissance d’un territoire ou la signature d’un contrat.

Steven Witkoff et Jared Kushner incarnent à merveille cette mutation. Ce ne sont pas des diplomates, mais des promoteurs — littéralement. Ils viennent non du monde des chancelleries, mais de celui des gratte-ciels et des deals de luxe. Leur approche est simple : vendre la paix comme on vend un immeuble, séduire par l’apparence, intimider par le prix, conclure vite, encaisser plus vite encore. Ce ne sont pas des architectes du dialogue, mais des marchands du consentement. Ils ont hérité de la brutalité de Wall Street, pas de la subtilité de Talleyrand.

Sous la bénédiction du clan Trump, ces nouveaux croisés du capital ont fait des Accords d’Abraham leur franchise diplomatique. Le modèle est clair : un pays arabe normalise avec Israël, Washington y trouve un levier géopolitique, Tel-Aviv un débouché économique, et un petit groupe de « conseillers » engrange gloire et contrats. Le Maroc a été la pièce suivante sur l’échiquier. En échange d’une reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental, Rabat a offert ses salutations diplomatiques à Tel-Aviv et à la Maison-Blanche. Ce n’était pas un accord de paix : c’était un échange de titres fonciers.

L’Algérie, obstacle à la marchandisation du Maghreb

Mais sur le flanc est du Maghreb se dresse un pays rétif, insoumis, imprévisible : l’Algérie.
Elle n’a pas oublié. Cent trente-deux années d’occupation, sept années de guerre totale, des millions de vies sacrifiées pour arracher la dignité — ce passé forge une conscience nationale qui ne se laisse pas acheter. Et c’est bien cela qui gêne Washington et ses relais : un peuple qui se souvient.

Car la logique américaine, depuis la fin de la guerre froide, n’a pas changé : transformer les régions instables en marchés contrôlables, sous-traiter la sécurité à des alliés « fiables » et marginaliser ceux qui refusent de se ranger. L’Afrique du Nord devait être, dans ce plan, une extension de l’OTAN économique. Le Maroc, en s’arrimant à la diplomatie américaine et en s’offrant comme relais d’Israël en Afrique, joue son rôle : celui de pivot atlantique. L’Algérie, elle, reste ce grain de sable dans la mécanique. Trop fière pour obéir, trop indépendante pour plaire.

Il faut alors isoler Alger, la priver d’alliés, l’accuser d’« immobilisme », la peindre en « ennemie de la paix ». Cette rhétorique est vieille comme l’impérialisme : le colonisateur accuse toujours le colonisé de refuser la « civilisation », le dominant reproche toujours au dominé de ne pas coopérer à sa propre servitude.

Le nouvel ordre atlantique : l’illusion de la stabilité

Les diplomates de Washington, de Kissinger à Blinken, récitent la même partition : défendre Israël, contenir la Russie, neutraliser la Chine et pacifier « le Sud ». En d’autres termes : assurer la stabilité des profits occidentaux. Sous ce vernis de sécurité, on retrouve la logique du pillage, maquillée en coopération. Le vocabulaire a changé, pas les intentions.

L’Afrique, le Moyen-Orient, le Maghreb ne sont plus regardés comme des partenaires, mais comme des zones à sécuriser pour la circulation du capital. Le pétrole, le gaz, les minerais stratégiques, les routes commerciales : tout doit être intégré à la grande infrastructure de l’économie atlantique.
Et chaque fois qu’un pays tente de s’émanciper, on déploie les instruments familiers : sanctions, campagnes médiatiques, insinuations sur les « droits humains », et, au besoin, déstabilisation par procuration.

C’est ce qu’a connu l’Algérie dans les années 1990, quand la CIA regardait ailleurs pendant que le pays sombrait dans la décennie noire. C’est ce qu’elle connaît encore aujourd’hui, lorsqu’on la somme de « s’ouvrir » à des accords qu’elle n’a pas sollicités. Car l’Algérie refuse de céder sur le Sahara occidental : question de principe, non de commerce. Et c’est ce refus-là que Washington, Londres et Rabat veulent briser.

Une diplomatie de l’Excel et du mépris

La diplomatie américaine contemporaine ne parle plus le langage des idées, mais celui des chiffres. On ne négocie plus ; on optimise. On ne convainc pas ; on valorise. Dans les couloirs des institutions internationales, la paix devient une « offre », la souveraineté un « coût », la résistance un « risque réputationnel ». Le cynisme a remplacé le dialogue, la comptabilité a étouffé la morale.

Dans cette logique, les « médiations » américaines au Maghreb ne visent jamais la justice, mais la rentabilité géopolitique. Kushner, Witkoff et consorts agissent comme des banquiers d’influence : ils proposent, séduisent, menacent. Et lorsqu’un État refuse — l’Algérie, en l’occurrence — ils passent au registre du dénigrement. Les médias alliés reprennent la mélodie : « l’Algérie refuse la paix », « Alger s’isole », « le Maghreb avance sans elle ». Tout cela n’est qu’une mise en scène destinée à justifier une marginalisation programmée.

L’entité sioniste : bras armé et laboratoire de l’impérialisme

Il serait naïf de croire que la diplomatie américaine est guidée par Israël. C’est le contraire : l’entité sioniste agit comme l’avant-poste de l’impérialisme américain au Moyen-Orient. Depuis 1948, elle sert de gendarme régional pour le compte du complexe militaro-industriel yankee. Elle teste, elle expérimente, elle applique ; puis Washington généralise. Les technologies de surveillance, les doctrines sécuritaires, les discours de « lutte contre le terrorisme » : tout cela vient du même creuset, celui d’un colonialisme travesti en croisade morale.

Le sionisme n’est pas qu’une idéologie de domination sur la Palestine : c’est une méthode impériale. Il naturalise l’occupation, il justifie l’apartheid, il transforme la dépossession en nécessité historique. Et cette méthode, les puissances occidentales la reprennent avec zèle. Car elle permet d’appeler « stabilité » ce qui n’est que soumission, et « progrès » ce qui n’est que pillage.

L’Algérie face à l’ultimatum : refuser sans rompre

Alors que Washington brandit la menace d’un isolement diplomatique, Alger adopte une posture subtile : ouverture de principe, refus de fond. C’est là tout l’art de la résistance diplomatique algérienne : ne jamais se fermer, mais ne jamais céder. Dire oui à la discussion, non à la reddition. Le pays doit, dans les mois et années à venir, tenir cette ligne : accueillir les médiateurs, mais poser ses conditions ; écouter, mais décider seul.

Trois axes s’imposent :

Maintenir la souveraineté décisionnelle : aucune pression, fût-elle américaine, ne doit infléchir la position algérienne sur le Sahara occidental, la Palestine ou la non-alignement stratégique.

Multiplier les partenariats équilibrés : Pékin, Moscou, Ankara, Afrique du Sud, mais aussi les pays du Sud global partagent avec Alger la même méfiance envers l’hégémonie occidentale. L’Algérie doit devenir l’un des pôles d’un monde multipolaire, non le client d’un empire.

Renforcer la diplomatie populaire : la conscience nationale et la solidarité panafricaine sont les meilleurs remparts contre la propagande atlantiste. L’Algérie doit s’adresser aux peuples, pas seulement aux gouvernements.

Le Maroc, instrument et mirage

Il faut aussi dire les choses crûment : le Maroc est devenu l’outil privilégié de cette stratégie. En se présentant comme le « partenaire stable » de l’Occident, Rabat s’est enchaîné à un rôle subalterne : gendarme de l’Atlantique, vitrine africaine d’Israël, relais économique pour le capital américain. Mais ce pacte a un prix : la perte de marge politique.
Car un pays qui fonde sa légitimité sur la reconnaissance d’autrui finit toujours par mendier cette reconnaissance.

La rivalité entre Alger et Rabat n’est pas seulement une querelle de frontières, mais un choix de modèle : souveraineté ou dépendance, mémoire ou oubli, fidélité aux peuples ou soumission aux puissances. L’histoire jugera.

Pour une diplomatie de dignité

La véritable diplomatie algérienne ne consiste pas à multiplier les alliances opportunistes, mais à restaurer le sens du juste. Elle repose sur trois piliers :

La solidarité avec les peuples en lutte (Palestine, Sahara occidental, Afrique subsaharienne) ;

Le refus de toute domination, quelle qu’en soit l’origine ;

Et la conviction que la paix ne se signe pas entre puissants, mais entre égaux.

Dans cette optique, Alger doit continuer à défendre un modèle alternatif : celui d’un Sud qui ne demande pas la charité, mais le respect. Celui d’un monde où la coopération ne signifie pas l’obéissance. Celui d’une souveraineté qui ne se négocie pas au prix du silence.

Le discours du refus

Les États-Unis, le Maroc et leurs relais médiatiques nous accusent d’immobilisme. Soit. Nous préférons l’immobilisme de la dignité à la mobilité de la servitude.
Refuser, c’est résister. Résister, c’est vivre. Et vivre libre, c’est refuser de signer des traités qui insultent notre histoire.

L’Algérie n’a jamais cédé aux colonnes françaises, aux chars de l’OTAN, ni aux marchés du FMI. Ce n’est pas pour plier devant deux promoteurs new-yorkais.
Qu’on ne s’y trompe pas : le chantage économique n’aura pas raison d’un peuple qui a déjà survécu à la colonisation, au terrorisme et à la pauvreté. Le refus n’est pas un caprice, mais un devoir.
Et ce refus doit s’accompagner d’un contre-projet : un Maghreb décolonisé, uni, fondé sur la justice, non sur la tutelle.

Conclusion :  

Ce siècle n’est plus celui des blocs Est-Ouest, mais celui de la recomposition mondiale. Entre la Chine, la Russie, les BRICS, l’Afrique en pleine affirmation et les puissances occidentales en perte d’autorité morale, une nouvelle géographie politique s’écrit. L’Algérie doit y jouer sa partition — libre, lucide, indépendante.

Le monde a besoin d’un nouveau non-alignement, non pas comme posture neutre, mais comme acte militant. Refuser d’appartenir à un bloc, c’est affirmer qu’aucune puissance n’a le droit d’écrire notre destin.
Et dans cette bataille pour l’indépendance du XXIᵉ siècle, l’Algérie n’est pas seule : elle porte avec elle la mémoire des peuples du Sud, l’héritage des luttes anticoloniales et la promesse d’un avenir affranchi.

Les barons de la diplomatie américaine peuvent bien multiplier les deals et les ultimatums. Ils ne comprendront jamais une chose : un peuple qui a conquis sa liberté ne la renégocie pas.

« L’histoire des peuples libres n’est pas écrite dans les bureaux de Washington, mais dans le cœur de ceux qui refusent de se soumettre. »
 

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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La guerre sans fin de Netanyahou : l’Amérique un complice docile »

 

Une paix assassinée, une guerre programmée, et un allié devenu vassal, quand un ancien porte-parole du département d’État admet que Netanyahou a systématiquement saboté les négociations, le scandale dépasse Israël : il éclabousse une Amérique complice, qui a couvert, financé et protégé la guerre au lieu d’imposer la paix.

On prétend souvent que la paix au Proche-Orient s’éloigne par malchance, par complexité, par impossibilité. La vérité est plus brutale : elle a été sabotée. Délibérément. Et les États-Unis, loin de l’empêcher, l’ont financée, couverte et sanctifiée.

Ce constat n’émane pas d’un militant, mais d’un ancien porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, qui avoue aujourd’hui ce que chacun pressentait : Israël n’a pas simplement échoué à conclure des accords de cessez-le-feu et d’échanges d’otages, il a sciemment choisi de les faire capoter.

Le sabotage comme stratégie

Les faits, d’abord. En 2024, lorsqu’un cessez-le-feu de six semaines fut mis sur la table, Israël donna son accord… puis prévint le Hamas qu’il envahirait Rafah malgré tout. Comment négocier si l’issue est déjà annoncée : la destruction ? Le Hamas, sans surprise, refusa.
Ce scénario n’était pas un accident. Chaque tentative d’accord a été marquée par des « fuites », des « corrections » ou de nouvelles exigences impossibles à satisfaire. Tout, pour faire échouer l’effort diplomatique.

Cette mécanique n’est pas une maladresse. C’est une méthode. Et c’est là le cœur du problème : Israël ne veut pas de la paix. Elle contredirait le projet assumé par Netanyahou lui-même : une guerre longue, interminable, conçue comme horizon politique.

L’obéissance américaine

Face à ce sabotage répété, que firent les États-Unis ? Rien. Non, pire : ils validèrent. Quand Israël ridiculisa publiquement le président Biden en déformant ses propositions, Washington répondit par davantage d’armes, davantage de financements, davantage de silence.
Ce n’est pas de l’alliance. C’est de l’obéissance. Une superpuissance mondiale réduite à avaler les humiliations, à couvrir des crimes, à feindre de croire qu’elle « fait tout pour la paix », alors qu’elle arme et protège celui qui détruit toute issue politique.

La formule choque, mais elle est juste : la relation américano-israélienne n’est plus une coopération, mais une dépendance toxique. Israël agit, l’Amérique suit. Israël sabote, l’Amérique paie. Israël annonce une guerre éternelle, l’Amérique signe le chèque.

L’aveu et la complicité

L’aveu de Miller est glaçant : pendant qu’il répétait les éléments de langage sur la « retenue » d’Israël, il savait que son gouvernement regardait ailleurs, alors que Netanyahou piétinait chaque initiative. Ce n’était pas de la diplomatie. C’était du marketing de guerre.
Et cela pose une question plus large : jusqu’à quand une démocratie comme les États-Unis peut-elle financer une guerre qu’elle sait elle-même sans issue ? Jusqu’à quand le contribuable américain acceptera-t-il de payer, en milliards de dollars, une guerre que même ses diplomates admettent inutile et destructrice
?

Le prix de la guerre sans fin

Car cette guerre n’est pas seulement un cauchemar pour les Palestiniens et un gouffre moral pour Israël : elle devient un fardeau pour l’Amérique elle-même. Chaque bombe envoyée à Gaza est un futur retour de flamme. Chaque humiliation acceptée par Biden est une perte de crédibilité internationale. Chaque « soutien inconditionnel » est une dette politique que l’histoire fera payer.

En choisissant l’obéissance à Israël, Washington renonce à son rôle de puissance diplomatique mondiale. En acceptant la logique de guerre permanente, il accepte aussi la logique de l’échec permanent.

Une paix assassinée

La paix au Proche-Orient n’est pas morte d’impossibilité. Elle n’est pas morte d’un désaccord insoluble. Elle a été assassinée, à coups de sabotages répétés, sous les yeux de ceux qui prétendaient la défendre. Et les États-Unis, loin de s’interposer, ont tenu la lampe.

Voilà le scandale : non pas qu’Israël choisisse la guerre – c’est sa stratégie. Mais que l’Amérique, première puissance mondiale, se contente de la financer, de la protéger et d’en épouser les conséquences.

Ce que révèle l’aveu de Miller, ce n’est pas seulement le cynisme d’un gouvernement israélien enfermé dans son projet guerrier. C’est aussi la faillite morale et politique d’un allié qui s’est transformé en vassal.

Kader Tahri
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