Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Maroc : Le cri du Rif vers le Sahara Occidental

Au Maroc, les cartes postales montrent un royaume stable, souriant, ouvert sur le monde. Mais derrière les plages d’Essaouira et les remparts de Fès, une autre réalité persiste, plus dure, plus intime : celle de la Hogra, ce mot arabe qui résume le sentiment d’humiliation et d’injustice ressenti par des millions de citoyens.
Ce terme n’est pas qu’une émotion populaire : il est devenu la clef de lecture d’un pays où l’inégalité et le mépris institutionnel ont remplacé le contrat social.

Tout a explosé à Al Hoceima, en 2016, avec la mort tragique de Mouhcine Fikri, poissonnier broyé par une benne à ordures pour avoir voulu sauver sa marchandise confisquée. Ce drame absurde a bouleversé le pays, révélant la brutalité d’un système qui écrase les plus faibles au nom de l’ordre, sans jamais interroger les abus de pouvoir.
Les autorités ont promis une enquête. Le peuple, lui, attend encore les résultats. Entre-temps, la colère s’est installée, portée par le souvenir d’autres humiliations, d’autres silences.

La Hogra est bien plus qu’un mot : c’est un régime émotionnel collectif. Elle naît dans les hôpitaux publics délabrés, s’enracine dans les écoles démunies et s’épanouit dans la rue, là où les jeunes diplômés chômeurs manifestent chaque semaine devant le Parlement.
Le Maroc vit une fracture sociale profonde : ceux qui peuvent payer pour échapper à la défaillance de l’État — clinique privée, école étrangère, passe-droits administratifs — et ceux qui subissent, sans recours, un système qui les méprise.
Cette division n’est pas le fruit du hasard : elle entretient la stabilité d’un pouvoir qui s’appuie sur la hiérarchie plutôt que sur l’égalité.

Derrière cette réalité, un mot revient sans cesse : le Makhzen.
Officiellement, il désigne l’État, mais dans la pratique, il symbolise l’appareil monarchique et ses réseaux d’influence. Héritier d’un ordre féodal, le Makhzen règne sur la politique, l’économie et la justice, sans réel contre-pouvoir.
Les élites proches du trône s’enrichissent tandis que la majorité peine à survivre. Les scandales se succèdent, rarement punis. Et les citoyens, eux, oscillent entre résignation et révolte.

C’est dans le Rif, au nord du pays, que cette révolte s’est le plus violemment exprimée. Région historiquement marginalisée et marquée par la mémoire de la guerre d’Abdelkrim El Khattabi, le Rif reste le symbole d’une résistance étouffée.
Lorsque ses habitants sont descendus dans la rue pour réclamer la dignité, la réponse du pouvoir fut immédiate : arrestations, condamnations, silence médiatique.
Le message est clair : dans le royaume du silence, la parole appartient au sommet.

Mais ce silence, justement, se fissure.
Les jeunes Marocains n’ont plus peur de parler, ni de dénoncer. Certains s’expriment par la colère, d’autres par le désespoir. Le phénomène du Tcharmil, ces vidéos d’adolescents armés de couteaux, n’est pas un simple fait divers : il exprime la frustration d’une génération sans avenir, exclue du marché du travail et du rêve national.
Quand la justice n’est plus une voie possible, la violence devient un langage.

La monarchie marocaine aime à se présenter comme garante de la stabilité et de la modernité. Pourtant, cette stabilité ressemble de plus en plus à une immobilité politique.
La Constitution de 2011 promettait plus de démocratie ; elle a surtout consolidé le pouvoir royal.
La parole du roi demeure incontestable, et les institutions, dépendantes. La réforme du système, tant vantée, n’a pas entamé le cœur du problème : l’absence de reddition des comptes, ce principe démocratique élémentaire.

Sortir de la Hogra suppose de repenser le rapport entre le peuple et le pouvoir. Cela implique de transformer la monarchie de façade en une monarchie responsable — non plus fondée sur la peur, mais sur la confiance. Car aucune société ne peut se construire durablement sur le mépris.

Le Rif a toujours été en révolte

Ce message, le Rif l’a formulé avec force depuis longtemps.
Dans une déclaration à la tonalité grave, les représentants du mouvement rifain ont exhorté le peuple sahraoui à ne pas céder au « chantage du plan d’autonomie » que veut leur imposer le régime de Rabat. Ce geste, à la fois historique et politique, s’inscrit dans la continuité d’une mémoire collective blessée, marquée par la trahison coloniale et la répression monarchique.
Les Rifains rappellent le piège que leur a tendu la France en 1926, lorsque le maréchal Lyautey décida d’annexer le Rif au sultanat de Marrakech, étouffant par la force une expérience unique de souveraineté populaire.
Le cri lancé depuis le nord du pays vers le Sahara Occidental résonne comme un avertissement sévère : tant que le pouvoir marocain refusera d’écouter ses marges, il sera condamné à reproduire les injustices du passé.

Le peuple marocain a été malheureusement victime d’un enseignement biaisé, une histoire construite sur plusieurs mensonges. Leurs royalistes ont choisi de donner à des générations de sujets, une idée erronée de leur passé et leur histoire. Ils ont bâti un royaume sur des illusions, sur le mensonge d’un ennemi extérieur, une manipulation attestée, fondée sur un mythe et une fantaisie gelée, pour conformité la légitimité d’un palais royal, tout en instaurant une monarchie autoritaire et despotique. Aujourd’hui, nous constatons que le royaume du Makhzen projette toujours ses échecs et sa déconfiture sur un ennemi extérieur, qui par jalousie cherche à le déstabiliser. C’est juste une façon dissimulée et clairement bien dégueulasse en jouant sans retenue avec l’espoir du peuple de préparer cette fuite.

Tout le monde s’accorde à dire que le Royaume du Makhzen est un pays très pauvre, pour tout touriste le contraste est violent entre les richesses concentrées sur une poignée de personnes (les sujets du Makhzen), la petite classe moyenne qui existe et le reste de la population qui est parmi les plus misérables du Monde : il y a trop d’insolence entre l’amas de richesse et l’immense pauvreté.

Pauvre peuple marocain encore en plein angélisme, gouverné par le pire des monarques, entouré d’une meute de baisemains et lèches babouches, mais qui tous nourrissent une revanche, une haine noire silencieuse à l’encontre du pouvoir du Makhzen, alors il me semble qu’il est grand temps à ce que le peuple marocain dans sa globalité se regarde dans le miroir, pour rejeter et dénoncer la servitude volontaire et une révolution au royaume du Maroc se produirait inévitablement.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 


 

En France humiliée par le tribalisme accentuée au mythe de la communauté élue.

Sous couvert de défendre la République et la laïcité, certains discours d’extrême droite recyclent la peur de l’islam et des banlieues pour bâtir un récit de guerre culturelle. Mais la réalité du communautarisme français est bien plus complexe et ses angles morts, souvent révélateurs.

Y-a-t-il besoin d’en dire plus ?

En effet un grand tohu-bohu médiatique, pour cette hystérisation  qui vingt ans après les émeutes de 2005, une certaine presse d’extrême droite ressort la même grille de lecture : la France serait “recolonisée” par ses anciens colonisés, transformée en mosaïque de “tribus”.
Sous une apparence d’analyse, ce discours rejoue les vieilles obsessions : la peur du groupe, du clan, de l’étranger.

Partout où l’État recule, le clan avance”, écrit l’auteur de cette tribune anxiogène.
Mais ce “clan” n’est pas une catégorie sociologique — c’est une métaphore politique de l’ennemi intérieur.

Ce langage transforme des tensions sociales en conflit civilisationnel pour les milieux identitaires et les racistes de tous bords qui aboyaient fortement comme des loulous, des individus atteints d’une islamophobie aiguée, que pour en faire de l’immigration musulmane un ennemi au nom de la laïcité, dans un climat anxiogène, nourri par des amalgames et des discours haineux. Les mots ne décrivent plus : ils accusent. Ma présente tribune plaide pour une lucidité sans haine, une République sans peur, et une laïcité fidèle à son sens premier : l’unité dans la diversité.

Une fausse lucidité, un vrai culturalisme

Le texte attribue les violences et les fractures à un “tribalisme solidaire” hérité du Maghreb.
Tout devient affaire de culture : pauvreté, chômage, défiance, délinquance.
Ce qui relève des politiques publiques et de l’histoire sociale se trouve réduit à une essence ethnique.

Or, comme l’ont montré des chercheurs tels que Didier Fassin, François Dubet ou Olivier Roy, le communautarisme est souvent le symptôme d’une relégation, non la cause d’un désordre. Ce que ces auteurs appellent “tribalisme” est en réalité le produit d’une désaffiliation politique : l’État s’est retiré, la solidarité locale a pris le relais.

Une France “recolonisée” ? Le fantasme d’une inversion

Le récit du “Républi-clanisme” inverse la mémoire coloniale : la France ne serait plus coupable d’avoir dominé, mais victime d’être dominée.
Cette rhétorique inversée et victimaire légitime la peur identitaire tout en effaçant la complexité des héritages migratoires.

Derrière la peur du “tribalisme”, il y a souvent la peur de la mixité.
Et derrière la défense de la “République”, parfois, le refus du pluralisme.

Le deux poids deux mesures du communautarisme

L’un des biais majeurs de ce discours est sa sélectivité.
Il dénonce bruyamment le communautarisme musulman mais ignore d’autres réalités pourtant bien présentes.

En France, il existe des formes multiples de vie communautaire : juive, catholique,  Certaines s’expriment à travers des écoles confessionnelles, des associations religieuses ou des structures d’entraide. Elles répondent à des besoins différents : transmission de la foi, préservation culturelle, protection identitaire.

Le communautarisme juif, par exemple, se manifeste souvent dans un réseau éducatif dense où la transmission de la culture religieuse et linguistique occupe une place centrale.
Cet attachement, tout à fait légitime, peut toutefois favoriser un certain isolement éducatif et social.

La loi française de 1905 n’a pas empêché les privilèges communautaires accordés aux juifs et au Judaïsme comme religion reconnue, génératrice de communautarisme juif, et le germe est là. (Ecoles privés juives subventionnées par l’État, la cacherout alimentaire, les femmes de religion hébraïque ont bénéficié un temps réservés à leur usage aux piscines, les demandes de dispenses à l’examen, pour les jeunes accordées le samedi, jour du "chabbat", siège du Consistoire "beth din", une cour d'arbitrage rabbinique rendant ses jugements conformément à la "halakhah" la Charia juive, un ensemble de règles qui régis la vie juive au quotidien.).

À l’inverse, les écoles musulmanes, beaucoup moins nombreuses (une trentaine environ), demeurent sous forte surveillance administrative et peinent à trouver leur place.

Il y a  contradiction entre l’identité ethnique et la citoyenneté, ce qui est refusé à d'autres, est tout simplement toléré pour les juifs et surtout dans cette espèce d'engouement des milieux politiques et médiatiques pour tout ce qui concerne les juifs ?

La laïcité disposait en arrière-plan l’existence d’une communauté juive qui, de fait, n’hésite pas à se dire, tout simplement, française. Là encore, on joue avec les mots, on en emploie un pour un autre dans la volonté des Juifs de vivre dans une communauté qui ne respecte pas et qui s’en foute royalement des règles de la république, ce qui n’est le cas ni des musulmans ni des catholiques attachés à leurs origines religieuses.

Ces contrastes révèlent une réalité simple : la République accepte la pluralité, mais n’assume pas toujours la symétrie.
Elle tolère certaines expressions communautaires, en suspecte d’autres — souvent selon des critères politiques implicites.

La République trahie par ceux qui prétendent la défendre

La laïcité n’est pas l’arme d’un camp : elle est la règle commune.
Elle ne demande pas d’effacer les religions de l’espace public, mais d’empêcher qu’elles dictent la loi collective.

Ceux qui l’invoquent pour désigner un bouc émissaire en trahissent le sens.
Ils veulent imposer une laïcité d’exclusion, alors que la vraie laïcité est une liberté partagée.

Défendre la République, c’est refuser la hiérarchie entre les appartenances.
Ce n’est pas choisir entre catholiques, juifs ou musulmans : c’est refuser que quiconque se sente étranger chez lui.

La République, ou le courage de la nuance

Ceux qui dénoncent les “tribus” fabriquent eux-mêmes une tribu : celle de la peur.
Ils prétendent sauver la France, mais la réduisent à une identité figée.

Le véritable enjeu n’est pas d’interdire les appartenances, mais d’empêcher qu’elles deviennent des frontières. La République doit accepter les différences tout en garantissant la loi commune. Elle doit oser dire qu’il y a plusieurs formes de communautarisme, et que le problème n’est pas leur existence, mais leur instrumentalisation politique.

La laïcité, dans son sens le plus noble, ne combat pas la religion : elle combat le privilège.
Et c’est bien ce combat pour l’égalité, non celui contre la diversité, qui fonde notre pacte républicain.

Pourtant il est toujours dit que la laïcité a donné naissance à la nécessité de faire place à d’autres religions. Ce qui au départ était une bonne chose, Elle ne prévoit pas la disparition des religions de l’espace publique mais organise la neutralité religieuse de l’État, mais le judaïsme au réflexe communautariste a humilié la Laïcité.

Ce qui est moyenâgeux, c’est lorsque le fait communautaire implique un isolement dans des modes de vie, un repli sur soi dans des relations sociales, à hurler en permanence à l'antisémitisme, pour venir ensuite sangloter contre une certaine exclusion, après avoir tout fait pour s'affirmer différent, relève alors de la plus profonde hypocrisie, c'est à la fois dégueulasse et indigne, c’est dire que le communautarisme juif en prenant son fantasme pour la réalité, ne cesse de planifier de la revendication de droits religieux, des droits spécifiques qui priment sur les droits sociétales de toute un  pays afin de se préserver de toute influence.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Immigration : quand la peur remplace la raison

Sous couvert de lucidité, certains éditorialistes d’extrême droite transforment la question sociale en guerre identitaire. Derrière le discours sur le “servage moderne” et la “France défigurée”, se cache une manipulation idéologique : faire des travailleurs immigrés les boucs émissaires d’un système qu’ils subissent autant qu’ils le font tourner.

Quand la “lucidité” devient une arme politique

Le discours se présente comme courageux, réaliste, presque moral : il “dit la vérité nue” sur la France “mondialisée”, où les immigrés seraient à la fois nécessaires et indésirables. Mais derrière cette posture de franchise, c’est une rhétorique de la peur qui s’impose.
Les mots claquent — “servage moderne”, “féodalité postmoderne”, “désordre migratoire” — pour dresser le tableau d’une nation déchue. Ce vocabulaire dramatique vise à frapper les esprits, à fabriquer l’urgence et la colère, non à éclairer le débat.

Eric Zemmour   suite au cambriolage du Louvre, le fondateur de Reconquête est aux anges : les fuyards s'apprêtaient à partir pour l'Algérie. Seule ombre au tableau selon lui : on les a retenus sur le territoire français.

Le texte se conclut sur un appel à la régénération morale : “réapprendre à distinguer la charité de la lâcheté, la justice de la complaisance, la fraternité de l’oubli de soi”. En apparence, un éloge de la vertu ; en réalité, une confusion morale soigneusement entretenue.
Derrière ce langage de la “vertu retrouvée”, l’extrême droite impose une justice sans égalité et une fraternité sans altérité. Ce qu’elle nomme “oubli de soi” n’est autre que la solidarité universelle, fondement même de la République.

L’idée d’un “salut de la France” par le “retour à la vérité” d’un peuple “libre et maître chez lui” relève moins d’un projet politique que d’un slogan identitaire.
Elle oppose une France pure, mythifiée, à une France réelle, diverse et vivante. Ce fantasme d’un peuple “qui ne se renie pas” sert à exclure ceux dont les origines ou les appartenances ne cadrent pas avec ce récit national nostalgique.

Pourtant, paradoxe souvent occulté, une part importante des sympathisants et électeurs de l’extrême droite sont eux-mêmes issus de l’immigration.
Des Français d’origine maghrébine, portugaise, italienne ou polonaise adhèrent aujourd’hui à ces discours de rejet, croyant y trouver une forme de reconnaissance ou d’appartenance nationale. Ce phénomène ne relève pas de l’ironie mais d’un drame social : le désenchantement républicain.
Quand la promesse d’égalité ne se concrétise pas, quand l’ascenseur social reste bloqué, il devient tentant de chercher ailleurs un sentiment de fierté — même dans un discours qui finit par vous exclure.
Ainsi, certains descendants d’immigrés intériorisent la rhétorique qui les stigmatise, espérant s’en distinguer : c’est l’un des effets pervers les plus saisissants du ressentiment national.

Ce discours prétend restaurer la dignité, mais il réinstaure symboliquement un ordre colonial : celui d’une France où les uns commandent et les autres servent, où le “respect de ceux qu’on accueille, dans la mesure du possible” signifie en réalité tolérance conditionnelle.
La hiérarchie implicite entre les “vrais Français” et les “tolérés” contredit frontalement l’idéal républicain d’égalité. Elle déguise la peur en fierté, et la méfiance en patriotisme.

Réapprendre la fraternité, ce n’est pas dresser des murs autour de soi : c’est reconnaître la pluralité de ce “nous” français, tissé de migrations, de luttes et de métissages.
Le salut de la France ne viendra pas d’un repli nostalgique, mais d’une affirmation lucide et apaisée d’une identité ouverte, consciente de sa diversité.
Car ceux qui prétendent “ne pas se renier” sont souvent les premiers à renier ce qu’est réellement la France : une nation plurielle, fière, mais jamais figée.

Un discours plein de contradictions

L’auteur reconnaît que sans les travailleurs immigrés, l’économie française ne tiendrait pas debout. Pourtant, il transforme cette réalité en menace.
On dénonce l’exploitation tout en refusant l’intégration, on critique la dépendance tout en niant l’apport.
Cette contradiction révèle l’essence du discours d’extrême droite : faire de l’immigré un problème, même lorsqu’il est la solution.
Au lieu d’analyser les mécanismes économiques de l’exploitation, le texte préfère un récit identitaire : ce ne serait plus la logique du marché qu’il faut combattre, mais “l’étranger”.

Le mythe du Français trahi

Autre stratégie bien connue : le renversement victimaire.
Le Français “de souche” serait marginalisé, culpabilisé, pendant que les immigrés bénéficieraient d’une compassion d’État.
L’antiracisme devient alors, selon l’auteur, une “religion officielle” qui interdit toute critique.
Ce renversement rhétorique permet de présenter la parole raciste comme une vérité courageuse — une posture commode pour masquer un discours de domination.
L’objectif est clair : délégitimer la lutte contre les discriminations en la réduisant à une hypocrisie morale.

Les vraies causes passées sous silence

Dans cette vision du monde, les causes structurelles disparaissent.
Pas un mot sur la précarisation du travail, les politiques migratoires restrictives, les discriminations systémiques, ou les effets du capitalisme globalisé.
Tout est ramené à une opposition binaire : “eux” contre “nous”.
Ce glissement du social vers l’identitaire permet d’évacuer la responsabilité politique et économique réelle, celle qui exploite autant les Français précaires que les travailleurs venus d’ailleurs.

La République défigurée par ceux qui prétendent la défendre

L’auteur invoque sans cesse la République, la fraternité, la dignité du travail.
Mais ces mots, sous sa plume, sont dévoyés.
Une République qui hiérarchise les citoyens selon leurs origines, une fraternité qui exclut, une dignité réservée à certains, ne sont plus républicaines.
C’est là le paradoxe : au nom de la France, on trahit ce qui la fonde.

Lucidité ou lâcheté morale ?

Oui, la France traverse une crise sociale et identitaire. Mais la réponse ne viendra pas du repli ni du mépris.
Être lucide, c’est reconnaître les injustices structurelles ; être lâche, c’est les transformer en peur de l’autre.
La “lucidité” prônée par ces textes n’est qu’un autre nom de la haine maquillée en clairvoyance.

La véritable force républicaine ne consiste pas à désigner un ennemi, mais à refuser le mensonge.
Ce n’est pas la diversité qui fragmente la France, mais l’injustice.

Conclusion : la République ou le ressentiment

L’article d’extrême droite prétend défendre la dignité et la liberté, mais il ne fait que nourrir le ressentiment.
Les travailleurs immigrés ne sont pas les fossoyeurs de la France, ils en sont les bâtisseurs invisibles.
Et si la République veut “vivre debout”, comme le dit l’auteur, elle ne le fera pas contre eux — mais avec eux, dans l’égalité, la justice et la vérité.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 

La France en Fatigue démocratique : La loi n’est pas la même pour tous

La France, ce pays qui se gargarise en show médiatique de sa «grandeur», offre le spectacle pathétique d’un régime plus fourbe et plus hypocrite où les guignols de l’opposition dictent la politique depuis leurs tribunes médiatiques.   

Les scandales politiques se succèdent, les procès des puissants s’enchaînent, mais rien ne change. Derrière les discours de vertu et les appels à la rigueur, un malaise profond mine la République : celui d’un peuple qui ne croit plus en la promesse d’égalité, ni à la sincérité de ceux qui le gouvernent.

La République française a beau s’enorgueillir de ses grands principes, elle semble aujourd’hui frappée d’un mal bien plus corrosif que la corruption elle-même : la lassitude démocratique.
Chaque affaire politique, chaque mise en examen, chaque condamnation d’un ancien ministre ou président donne lieu au même rituel : indignation, débats télévisés, tribunes moralisatrices — puis oubli. La justice passe, mais le doute reste. Et avec lui, ce sentiment que la loi n’est pas la même pour tous que les prisons ne sont pas les mêmes pour tous.

Car derrière les formules convenues — « indépendance de la justice », « respect des institutions », « présomption d’innocence » — se cache une réalité bien plus triviale : celle d’un système qui protège ses propres acteurs. Quand un citoyen lambda fraude, il paie cher. Quand un puissant le fait, il bénéficie d’un traitement de faveur, d’une cellule VIP aménagée, d’une compassion médiatique.
La justice à deux vitesses n’est plus une théorie : c’est un fait social, et c’est ce qui ronge silencieusement notre démocratie.

Pendant ce temps, les élites continuent de donner des leçons de vertu. Elles exhortent les Français à travailler plus, à consommer moins, à se montrer responsables et dociles, tout en profitant d’un entre-soi où le mensonge, le piston et le privilège sont devenus des habitudes de carrière. Les médias, souvent accusés d’être « aux ordres », relaient cette morale officielle : ils dénoncent la fraude des pauvres, mais détournent le regard devant la fraude des puissants.
C’est cette hypocrisie structurelle qui nourrit la colère et la défiance, bien plus que les excès verbaux ou les coups de sang du peuple.

Il ne s’agit pas de plaider la haine des élites, mais de rappeler une évidence : la démocratie repose sur la confiance, et cette confiance s’effondre quand ceux qui commandent se croient au-dessus des règles qu’ils imposent.
Les Français ne sont pas dupes. Ils n’attendent plus la perfection, seulement la cohérence. Mais face à la répétition des scandales, à la mise en scène des procès, et au retour éternel des mêmes visages, la lassitude devient résignation.
Et c’est là que le danger commence : quand l’injustice n’indigne plus, mais lasse.

La France ne manque pas de lois, ni de juges, ni de médias : elle manque de crédibilité morale.
Ce n’est pas seulement l’État qu’il faut réformer, mais la relation entre gouvernants et gouvernés. Tant que les citoyens auront le sentiment que la justice protège les puissants et accable les faibles, la République ne sera plus qu’un mot gravé sur les frontons des mairies — un symbole vidé de sens.

La démocratie ne meurt pas d’un scandale, ni d’une révolution avortée.
Elle meurt doucement, à force de trahisons ordinaires, d’indifférences polies et de promesses trahies.
Et lorsqu’un peuple ne croit plus en la justice qu’on lui prêche, c’est la République elle-même qui vacille.

Il n'y a rien de pire dans cette humanité qu'un Français plein de haine de l'autre, celui qui se démène, qui bosse et qui construit. Les Français au pouvoir ne savent que se plaindre, montrer du doigt et exiger. Je suis sûr que la majeure partie de ce peuple vaut beaucoup mieux que ces pantins au pouvoir depuis si longtemps, des politiques qui n'ont d'autre expérience que celle vécue dans leurs écoles, qui ne connaissent rien à la vie, et aux préoccupations des Français, qui ne savent pas ce que c'est que de bosser pour gagner sa croûte, des petits cons du type Sarkozy

Les affaires politiques s’accumulent, les procès des puissants se succèdent, et le citoyen regarde, las. La corruption n’est plus seulement un scandale, c’est devenu une habitude, un bruit de fond. Derrière les discours de vertu républicaine, la France s’enlise dans une fatigue démocratique : celle d’un peuple qui ne croit plus à la justice qu’on lui promet, ni à la parole de ceux qui le gouvernent.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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Le discours royal du Makhzen : la grandeur des mots face au silence du réel

 

Le 10 octobre 2025, le roi Mohammed VI a prononcé son discours d’ouverture du Parlement, un rendez-vous institutionnel majeur au Maroc. Si la presse officielle y a vu un moment de “grande vision” et de “stabilité monarchique”, de nombreux observateurs y lisent au contraire les signes d’un pouvoir de plus en plus coupé du terrain. Derrière la rhétorique du “temps long” et de la “cohérence d’État”, le malaise social s’accentue et les mots ne suffisent plus à masquer le décalage entre la monarchie et son peuple.

Un éloge médiatique convenu

Les journaux les plus proches du pouvoir n’ont pas tardé à saluer la “profondeur” du discours royal. Selon eux, Mohammed VI aurait rappelé la sagesse d’une gouvernance fondée sur la continuité, la patience et la cohérence entre développement économique et justice sociale.
Le ton des articles parus au lendemain de l’allocution, souvent empreint de vénération, conforte une lecture institutionnelle du rôle du monarque : celui d’un arbitre visionnaire, au-dessus des contingences politiques et des “emballements conjoncturels”.

Mais cette lecture lisse et laudative élude une question essentielle : à qui s’adressait vraiment ce discours ? Car dans les rues de Casablanca, Fès ou Ouarzazate, rares sont ceux qui en ont compris le sens, encore moins la portée. Pour beaucoup, ce fut un moment de rhétorique formelle, sans lien avec les urgences économiques et sociales du moment.

Une rhétorique du “temps long” qui lasse

Le Roi a insisté sur la “gouvernance dans le temps long”, sur “la cohérence” et “le cap stratégique” du Royaume. Ces formules récurrentes, déjà présentes dans ses précédents discours, traduisent une vision d’État centrée sur la stabilité et la planification à long terme.
Or, dans un Maroc où la jeunesse peine à trouver un emploi, où les prix explosent et où les écarts territoriaux se creusent, cette invocation du long terme résonne comme une fuite devant les réalités immédiates.

Les Marocains n’attendent plus des discours de méthode, mais des réponses concrètes : comment freiner la hausse du coût de la vie ? Comment relancer un marché du travail saturé ? Comment faire reculer la pauvreté rurale ? Autant de questions qui restent sans réponse, tandis que la communication officielle préfère insister sur la “vision royale”.

Entre cohérence proclamée et contradictions du modèle

L’un des passages les plus commentés du discours affirme qu’“il ne devrait y avoir ni antinomie ni rivalité entre les grands projets nationaux et les programmes sociaux”.
En théorie, cette phrase traduit une philosophie équilibrée ; en pratique, elle masque une contradiction persistante : le Maroc investit massivement dans les grands chantiers — infrastructures, tourisme, zones franches mais peine à redistribuer les fruits de cette croissance.

Les inégalités territoriales demeurent criantes. Les régions rurales, notamment dans le Haut Atlas et le Sud-Est, continuent d’accuser un retard flagrant en matière d’accès à la santé, à l’éducation et à l’emploi.
Le discours royal parle d’un “Maroc solidaire”, mais la réalité montre un Maroc à deux vitesses : celui des pôles économiques mondialisés, et celui d’une périphérie laissée à elle-même.

La justice sociale, un slogan vidé de sens

Depuis plusieurs années, la “justice sociale” revient comme un leitmotiv dans les allocutions royales. Pourtant, cette notion semble avoir perdu sa substance.
Loin d’être traduite en politiques publiques visibles, elle se réduit à une formule rituelle, évoquée sans jamais être mesurée.
Le système de protection sociale peine à se concrétiser, les filets de sécurité économique restent fragiles et les réformes annoncées, notamment dans l’éducation et la santé, se heurtent à des retards structurels.

Pour une grande partie des Marocains, ces mots finissent par sonner creux. La répétition de promesses non suivies d’effets entretient un sentiment de distance et d’impuissance : celle d’un peuple qui écoute, sans jamais être entendu.

Le fossé entre la parole royale et la réception populaire

Selon plusieurs observateurs locaux et étrangers, la réception du discours fut marquée par une indifférence quasi générale. Sur les réseaux sociaux marocains, peu de débats, encore moins d’enthousiasme : un silence numérique révélateur.
Cette absence de réaction n’est pas anodine ; elle traduit un phénomène plus profond : le déclin de la portée symbolique de la parole royale.

Autrefois perçus comme des moments d’attente et d’unité, les discours du souverain semblent désormais suivre une routine institutionnelle, où la forme prend le pas sur le fond.
L’écart entre les mots du pouvoir et les préoccupations réelles logement, emploi, santé, dignité se creuse à chaque allocution.

Une communication verrouillée et sans relais politiques

Le discours royal met en avant les devoirs du Parlement et la responsabilité des élus. Mais dans un système où les décisions stratégiques sont fortement centralisées, cette injonction reste symbolique. Le Parlement marocain, souvent critiqué pour son manque de pouvoir réel, ne peut que valider les grandes orientations venues du Palais. Les partis politiques, eux, souffrent d’une crise de crédibilité historique : déconnectés du terrain, sans ancrage idéologique fort, ils n’incarnent plus de contrepoids démocratique.

Résultat : la parole royale, omniprésente, s’impose comme unique boussole, mais sans relais institutionnels efficaces pour en traduire les ambitions.
Ce déséquilibre crée une gouvernance verticale, où la légitimité symbolique du Roi remplace les mécanismes de responsabilité politique.

Le mythe de la stabilité

La monarchie marocaine a toujours su se présenter comme le garant de la stabilité dans une région instable. Mais cette stabilité, à force d’être érigée en dogme, devient un frein à la réforme.
Dans un pays où la contestation sociale gronde et où les jeunes peinent à s’identifier à un projet collectif, la stabilité ne peut suffire à masquer les fissures sociales.

Un État stable mais inégalitaire n’est pas un État apaisé ; c’est un État qui retarde l’inévitable confrontation avec les attentes populaires.

Conclusion : quand la parole s’épuise

Le discours du 10 octobre se voulait un acte de continuité et de cohérence. Mais il a surtout confirmé le décalage entre le sommet et la base, entre la grandeur des mots et la dureté du quotidien. Le Maroc ne manque pas de visions ; il manque de traduction concrète, de politiques inclusives, de réponses tangibles aux souffrances sociales.

À force de célébrer la stabilité et la patience, le pouvoir marocain risque de perdre le lien le plus précieux : celui de la confiance.
Et sans cette confiance, la parole royale, si brillante soit-elle, risque de résonner dans le vide.

Ce discours intervient dans un climat marqué par des tensions sociales récentes : la hausse du coût de la vie, le chômage des jeunes et les inégalités territoriales ont suscité des mouvements de protestation. En insistant sur la solidarité nationale et la responsabilité partagée, le Roi a totalement ignorait les revendications du peuple, le discours reste déconnecté des réalités, n’a fait qu’accentuer la frustration.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/

 


Le Maroc n’a pas besoin d’un roi sauveur, mais d’un peuple souverain

On voudrait nous faire croire que les malheurs du Maroc sont inscrits dans nos veines, que nous serions, par nature, corrompus, violents, incapables de solidarité. Qu’il n’y aurait « rien à faire », sinon attendre un « pouvoir fort », une main de fer qui dompte les masses. Voilà le discours, déguisé de fausse compassion, que nous servent les plumitifs royalistes et leurs relais intellectuels : le peuple est fautif, la monarchie serait notre ultime recours.

Quelle imposture ! Quelle insulte !

La corruption, le népotisme, l’injustice sociale ne tombent pas du ciel ni de quelque prétendue « incapacité morale » des Marocains. Elles sont organisées, entretenues, imposées par un système monarchique prédateur. Un système qui confisque les richesses, qui distribue privilèges et marchés à ses proches, qui se drape dans une légitimité divine pour ne jamais rendre de comptes.

Un pays saigné par sa propre dynastie

Qui peut croire que si des femmes meurent en couches à Agadir, c’est parce que « les Marocains n’ont pas d’empathie » ?
Non : elles meurent parce qu’on préfère construire des stades pour la Coupe du monde 2030 au lieu de financer des hôpitaux. Elles meurent parce que l’argent de la santé et de l’éducation alimente les caisses d’Al Mada et les palais royaux. Elles meurent parce que le Makhzen a décidé que la gloire internationale valait plus que la vie de ses citoyennes.

Le peuple ne manque pas de morale. Ce qui manque au Maroc, c’est un État qui serve le peuple plutôt qu’un monarque qui se serve de lui.

La jeunesse n’a pas peur : elle accuse

La Génération Z marocaine n’est pas une bande de rêveurs naïfs. Elle a compris que sa colère doit être publique, visible, collective. Elle a osé briser ce que les générations précédentes craignaient : le mur de la peur. Elle ne réclame pas des miettes mais le droit à la dignité.

La Génération Z marocaine n’est pas une « foule de fauteurs » : c’est la première génération à briser le mur de la peur, à s’organiser hors du Makhzen. Elle exprime une conscience politique claire : les milliards pour le Mondial, c’est du vol social quand les femmes meurent en couches faute de soins.

Quand les jeunes descendent dans la rue pour demander la santé, l’éducation, la justice sociale, ils ne réclament pas une « révolution morale » prêchée du haut d’un trône. Ils réclament des droits, concrets, immédiats, légitimes. Et c’est précisément cela que la monarchie ne peut leur offrir : parce qu’une monarchie qui partagerait le pouvoir, la richesse et la liberté signerait sa propre fin.

La démocratie n’est pas notre ennemie

Les laudateurs du pouvoir voudraient nous faire croire que « seule une autorité forte » peut sauver le Maroc. Traduction : seul le roi doit régner, seul lui incarnerait l’unité, seul lui serait assez « implacable » pour mettre de l’ordre. Mais l’ordre qu’il impose, nous le connaissons : répression, clientélisme, pillage.

Ce que la jeunesse marocaine réclame, ce n’est pas un despote éclairé. C’est la démocratie, l’égalité, la justice. C’est un pays où les richesses servent la population et non une poignée d’oligarques. C’est un Maroc qui n’agenouille pas ses enfants devant un roi, mais qui se relève par la souveraineté de son peuple.

Le vrai venin, c’est la monarchie

On nous dit que « nous aimons l’inégalité », que « nous nous complaisons dans la corruption ». Non : le seul venin qui coule dans nos institutions, c’est celui d’un régime qui fait de la corruption sa respiration, de l’injustice son fondement, de la soumission son arme.

Le Maroc n’est pas condamné à l’humiliation éternelle. Le Maroc n’est pas un peuple de serviteurs nés. Ce qui nous écrase, ce n’est pas une fatalité culturelle mais une monarchie vorace.

L’affaire n’est pas pliée : elle commence

À ceux qui disent : « Il n’y a rien à faire », nous répondons : tout est à faire.
À ceux qui nous vendent l’attente d’un sauveur, nous répondons : le peuple se sauvera lui-même.
À ceux qui nous accusent de rêver, nous répondons : vos cauchemars commencent, car nous n’avons plus peur.

La Génération Z marocaine n’est pas une parenthèse. Elle est le début d’un soulèvement qui porte en lui une évidence : le Maroc ne sera libre et juste que débarrassé de son joug monarchique. Ce n’est pas « plus d’autorité » qu’il faut, mais la fin d’un pouvoir héréditaire irresponsable. La démocratie n’est pas un caprice occidental, mais une exigence de dignité universelle : rendre des comptes, partager les richesses, garantir les droits fondamentaux

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

 

 

 

Le royaume du Makhzen : Derrière la vitrine, l’amère réalité.

 

Makhzen, propagande, fracture sociale, misère cachée, image internationale, touriste américaine, accusation absurde, expulsion, inégalités, jeunesse désabusée La pauvreté, la répression et l’obsession de l’image finissent toujours par éclater au grand jour. Le Maroc se rêve vitrine moderne, mais ses fissures crient plus fort que ses façades repeintes. La pauvreté, la répression et l’obsession de l’image finissent toujours par éclater au grand jour.  Voilà la réalité que la vitrine ne peut plus masquer.

La vitrine et l’arrière-boutique

On nous vante un royaume modèle, vitrine de l’Afrique : TGV à grande vitesse, tramways ultramodernes, stations balnéaires scintillantes et zones industrielles « intégrées ». Tout cela existe, sans doute. Mais ce décor, si soigné, ne reflète qu’une infime partie du pays. L’autre, la plus vaste, reste reléguée derrière les murs invisibles de la communication officielle : pauvreté endémique, analphabétisme massif, santé publique exsangue, chômage d’une jeunesse abandonnée.

Les médinas en sont l’illustration parfaite. Présentées aux touristes comme des joyaux d’authenticité, elles abritent une économie de survie. Derrière les ruelles pittoresques se déploient les logiques de la débrouille : mendicité, petits trafics, exploitation sexuelle, artisanat sous-payé. Un décor qui séduit l’œil étranger mais qui, pour ses habitants, est un espace d’enfermement social.

L’obsession du contrôle

Le pouvoir, incarné par le Makhzen, consacre des moyens colossaux à contrôler le récit. Campagnes publicitaires, storytelling médiatique, communication institutionnelle : tout est orchestré pour entretenir l’illusion d’un pays en marche. Mais l’ère numérique rend ce contrôle fragile. Une simple vidéo peut fissurer le vernis

Le cas de la touriste américaine : symbole d’une peur panique

Venue en simple voyageuse, En filmant un espace où des ânes servaient de moyen de transport dans une grande ville, elle pensait partager une curiosité exotique avec ses compatriotes. Elle l’a même surnommée, avec une pointe d’humour, « donkey parking ».». Son geste, banal, aurait dû passer inaperçu. Mais il déclenche une tempête : accusée d’être un « agent de l’Algérie », prise pour cible d’une campagne de diffamation, elle est finalement expulsée. Comme si pointer du doigt une scène ordinaire constituait un acte d’espionnage.

C’est exactement ce qui s’est produit avec l’affaire de la touriste américaine. Un épisode illustre à lui seul cette crispation : celui d’une touriste américaine.

  • Accusée d’être un agent de l’Algérie;
  • Ciblée par une campagne d’insultes et de dénigrement;
  • Expulsée du pays, comme si une simple vidéo pouvait constituer une menace nationale.

Ce traitement disproportionné a mis en lumière une vérité dérangeante : derrière la façade, le régime redoute que le monde voie le Maroc tel qu’il est, et non tel qu’il veut apparaître.

Un pays fracturé

Pendant ce temps, la jeunesse marocaine regarde ailleurs. Entre chômage endémique, système éducatif défaillant et absence de perspectives. Elle ne croit plus aux slogans. Elle rêve d’exil, faute de perspectives. Elle vit le paradoxe d’un pays où l’on construit des autoroutes pour quelques-uns mais où des millions restent coincés dans les embouteillages du quotidien : écoles sinistrées, hôpitaux démunis, corruption rampante.

La réalité est implacable :

  • Des millions de citoyens marginalisés par la croissance ;
  • Une jeunesse désabusée, rêvant d’exil plus que d’avenir ;
  • Un système éducatif et sanitaire en crise;
  • Une corruption persistante qui mine la confiance.

Ni les slogans, ni les grands projets, ni la propagande ne peuvent occulter ces fractures. Car chaque image échappée, chaque témoignage étranger, chaque scandale médiatique agit comme un miroir brisé, renvoyant au monde le visage qu’on veut cacher.

Conclusion

Il est temps d’affronter la réalité : on ne bâtit pas un avenir sur des mirages. Tant que le Maroc continuera à investir plus dans sa vitrine que dans ses citoyens, il restera prisonnier de sa contradiction. Et tôt ou tard, les fissures de l’image deviendront des fractures irréversibles

Le Maroc est pris dans une contradiction insoutenable : investir dans la vitrine plutôt que dans la réalité. Mais une façade finit toujours par se fissurer, et lorsque cela arrive, c’est tout le bâtiment qui menace de s’effondrer.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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