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Territoires Occupés de la Palestine : quand la presse parisienne joue les commis de la colonisation : (Archives)

Ah ! Qu’il était beau, le Président Français, drapé dans sa chlamyde de grand commandeur du Droit International à la tribune de l’ONU ! La voix trémolante, le regard fixé sur la ligne d’horizon des sondages en berne, il est venu porter la Bonne Parole aux sauvages : « Dites donc, en Cisjordanie, c’est pas très joli-joli, et puis d’abord le Hamas y est pas ! »

Scandale ! Hérésie ! Blasphème en direct sur BFM !

Aussitôt, dans les rédactions parisiennes aux moquettes épaisses et aux éditorialistes en béton armé, ce fut le branle-bas de combat. Pensez donc : rappeler un fait géographique élémentaire  à savoir que la Cisjordanie est administrée par l’Autorité palestinienne et quadrillée par l’armée israélienne, c’est quasiment de la haute trahison envers le manuel de bien-pensance du parfait petit colonisateur !

Au Figaro, on a tout de suite sorti les pelles à purin pour ramasser les réactions de LFI. « Regardez, même Mélenchon dit que c’est un Tartuffe ! » gloussent les rédacteurs en chef, ravis de pouvoir faire d’une pierre deux coups : taper sur le Président gesticulateur tout en évitant soigneusement de prononcer les mots « colonisation », « blocus » ou « droit international ». Bah oui, ma bonne dame, si le type qui vend des armes le mardi déplore les morts le mercredi, ce n’est pas un problème de bombardement, c’est un problème de com’ !

L'angle du Figaro consiste à instrumentaliser les réactions politiques en l'occurrence celles de La France Insoumise  pour cadrer l'intervention de Macron non pas sur le fond du droit international, mais sous l'angle du spectacle politique et du double jeu.

La rhétorique du procès en insincérité : En mettant en avant les qualificatifs de « Tartuffe » ou de « comédien », l'article déplace le débat : on ne parle plus de la colonisation ou du statut de la Cisjordanie, mais de la posture morale du Président.

L'évitement du sujet de fond : Le Figaro s'appuie sur la critique d'opposition pour invalider le constat de fait posé par le chef de l'État (l'absence de pouvoir structurel du Hamas en Cisjordanie occupée). L'argumentation vise à disqualifier la parole publique française en la réduisant à un simple calcul électoraliste ou diplomatique sans portée réelle.

L'éditorial du Point adopte une stratégie d'alignement sémantique avec la communication officielle du gouvernement israélien (qui a qualifié les propos de Macron d'« absurdité grotesque »).

Le piège du mot-clé : L'article isole une formule ou un mot du discours pour faire sauter tout le contexte géopolitique. En isolant l'affirmation selon laquelle le Hamas n'est pas aux commandes en Cisjordanie, l'éditorial cherche à faire passer un fait territorial et politique pour une faute morale ou une omission coupable.

La légitimation du récit sécuritaire : L'imposture de cette grille de lecture réside dans l'assimilation permanente de toute la population palestinienne et de tous ses territoires à une menace terroriste globale, permettant de justifier l'extension des colonies et l'occupation militaire sous couvert de légitime défense.

 

Au Point, on frôle l'infarctus du myocarde. Trouver « le mot qui annule tous les autres » ! Quel suspense ! On attendait le décodage d'un manuscrit de la mer Morte, on a juste eu droit au habituel numéro d'équilibrisme : expliquer que constater l'absence de régiment du Hamas sous les oliviers de Jénine, c’est limite faire l’apologie du terrorisme. Selon la presse des salons, quand un bulldozer rase une maison à Hébron, c'est forcément pour débusquer un tunnel sous l'évier. Si l'évier est vide ? C'est que le tunnel était bien caché !

Et comme si le duo ne suffisait pas, le Journal du Dimanche est entré dans la danse en traînant ses grosses bottes de treillis. Depuis que le JDD a troqué sa plume d'information dominicale pour le képi d'un régiment d'infanterie, on n'y va plus avec le dos de la cuillère ! Pour le foudroyant gratte-papier de service, les mots du Président ne sont rien de moins qu’une « absurdité grotesque », reprenant au mot près, en bons toutous de garde, le communiqué vengeur transmis directement depuis le bureau de Bibi Netanyahou.

Au JDD, on jubile : Bibi cite la Bible, parle de « Judée-Samarie », et le journal valide en hochant gentiment la tête, ravi d’apprendre que le droit international se lit désormais dans l'Ancien Testament. Macron ose qualifier le drame humain à Gaza de « spectacle qui nous fait honte » ? Vaine agitation diplomatique, tranche le JDD ! Pensez donc, réclamer la paix et le respect des frontières, quelle drôle d'idée quand on peut juste envoyer des bulldozers annexer deux collines de plus sous couvert de légitime défense.

Mais le plus croustillant dans cette farce tragique, c'est la performance DU Président Français qui  nous fait le coup du désarroi moral à New York, pendant qu'à Paris, les livraisons d'armes et la coopération militaire se poursuivent dans le plus grand des calmes, au mépris des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale. On condamne les larmes aux yeux le matin, on valide les traités commerciaux l'après-midi, et le soir on s'étonne que personne ne rigole à la pièce.

Résultat des courses : une presse d'opinion aux abois qui nous explique avec gravité que la réalité est une fake news, un gouvernement israélien qui hurle à l'outrage dès qu'on ne lui tend pas le tapis rouge, et un Président français qui continue de flotter au-dessus du vide, persuadé qu'une belle formule diplomatique équivaut à sauver des lives.

Allez, rideau ! Et n'oubliez pas d'acheter vos journaux dimanche : on vous expliquera gentiment que la paix est un concept dépassé et que le bombardement préventif est bon pour le commerce !

Moralité ; Aveuglement des médias et des politiques sur la situation à Gaza et en Cisjordanie … Gaza est un champ de ruines et des milliers milliers de morts … la loi du plus riche et du plus fort … la loi de la force contre la loi du droit ! Rien de nouveau !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

 

 

Le mythe kabyle: recyclage d’un vieux mensonge colonial :

Le 14 août 2025, l’hebdomadaire Le Point a publié un dossier intitulé « Les Kabyles. Un peuple debout ». Ce dossier, qui prétend mettre en lumière la singularité kabyle, s’inscrit en réalité dans une longue rhétorique coloniale qui oppose artificiellement « Arabes » et « Kabyles ». Ce n’est pas un hommage à la diversité algérienne, mais une opération idéologique visant à réhabiliter, en filigrane, le prétendu rôle « positif » de la colonisation française.

Dès le XIXe siècle, l’administration coloniale avait inventé le mythe de « l’exception kabyle » : un peuple supposément plus « civilisé », plus « proche de l’Europe » et donc plus « assimilable », contrairement aux « Arabes » décrits comme fanatiques et incorrigiblement musulmans. Cette construction avait un but précis : diviser pour régner. Aujourd’hui, certains médias français, et quelques voix algériennes complaisantes, recyclent ces fables coloniales pour nourrir un discours néocolonial adapté aux obsessions actuelles : islamophobie, rejet de l’immigration et nostalgie de l’Algérie française.

Le recyclage d’un imaginaire colonial

Le dossier du Point reprend une opposition simpliste : d’un côté, les Kabyles, peuple « autochtone » et éternellement rebelle ; de l’autre, les Arabes, présentés comme des occupants venus de l’extérieur. Cette grille de lecture essentialiste repose sur deux contre-vérités.

D’abord, elle nie le fait que l’identité algérienne est le fruit de siècles de circulations, de métissages et d’intégrations multiples. Amazighité et arabité ne sont pas deux blocs séparés, mais deux dimensions d’un même espace culturel nourri par l’islam, l’arabité et l’histoire méditerranéenne. Ensuite, elle laisse entendre que la colonisation française n’aurait pas été une entreprise criminelle, mais une « mise en ordre » dans un pays divisé. Derrière des expressions comme « l’identité kabyle face au pouvoir central d’Alger », se cache une thèse dangereuse : la France n’aurait pas détruit, mais construit l’Algérie.

Des « informateurs indigènes » devenus déformateurs complaisants

Le plus frappant est de voir certains intellectuels algériens, comme Kamel Daoud ou Saïd Sadi, se faire les relais de ce discours. Présentés en France comme des « voix courageuses », leurs propos reprennent souvent les mantras néoconservateurs français : l’idée que « l’arabité » serait une colonisation, que l’islam serait un obstacle à la modernité, que la gauche française aurait toujours été complice des « islamistes ».

·         Ces discours ne sont pas anodins. Ils servent à légitimer une lecture réactionnaire de l’histoire et à offrir aux médias français des « témoins locaux » qui confirment leurs obsessions. Mais loin d’ouvrir un espace démocratique, ils brouillent la réalité des luttes sociales et politiques en Algérie. Ils occultent le combat mené par des millions d’Algériens depuis le Hirak de 2019, qui réclament une véritable démocratie et non un retour aux mythes coloniaux.

Le mépris de la recherche historique

Les thèses développées dans le dossier du Point ne résistent pas à l’épreuve des travaux universitaires récents sur l’histoire de l’Algérie et du Maghreb :

  • Le mot « berbère » est une construction médiévale, forgée par des auteurs arabes extérieurs pour classifier des populations (Stéphanie Guédon, Juba II. L’Afrique au défi de Rome, 2025).
  • L’islam et la langue arabe se sont diffusés non pas par effacement des cultures locales, mais par des dynamiques complexes où les élites amazighes ont joué un rôle central (Mehdi Ghouirgate, Les Empires berbères, 2024).
  • La Kabylie, loin d’être isolée, a toujours été en interaction avec la pluralité culturelle et politique de l’Algérie moderne (Yassine Temlali, Genèse de la Kabylie, 2015).
  • Les parlers amazighs ont longtemps été transcrits en lettres arabes, preuve de la circulation culturelle (EHESS, L’orientalisme en train de se faire, 2024).

Ignorer ces acquis pour leur substituer des slogans identitaires, c’est refuser le savoir au profit de la propagande.

Quand l’identité masque le racisme

La focalisation sur le « mythe kabyle » permet aussi de détourner l’attention des réalités actuelles : l’autoritarisme qui étouffe la vie politique algérienne, mais aussi le racisme et l’islamophobie qui frappent les Algériens en France.

En juin 2024, Amar Slimani, jeune homme originaire de Bejaïa, a été abattu de six balles par un policier à Bobigny. Qualifié de « squatteur » et de « SDF » par une certaine presse française, sa mort a été recouverte par le silence.

Où étaient alors les grandes plumes mobilisées pour célébrer « la fierté kabyle » ?

Ce crime raciste, pourtant flagrant, a été occulté, parce qu’il contredit la mise en scène folklorique d’un « peuple kabyle » instrumentalisé à des fins idéologiques.

Pour une autre lecture de l’histoire algérienne

L’avenir de l’Algérie ne se joue pas dans la quête d’ancêtres mythifiés ni dans la répétition de récits coloniaux. Ce dont ce pays a besoin, ce n’est pas d’un retour aux « racines » figées, mais d’un projet citoyen et démocratique qui transcende les clivages fabriqués.

Amazighité et arabité ne sont pas deux essences en conflit : elles forment les pôles d’un même espace civilisationnel façonné par des siècles de circulation. L’histoire de l’Algérie, comme celle de toute société vivante, est faite de relations, de métissages, de tensions et d’apports multiples.

C’est en assumant cette pluralité et en inscrivant la mémoire coloniale dans sa vérité – une histoire de domination, de violence et de résistance – que l’on peut dépasser les manipulations idéologiques.

Conclusion : déconstruire les mythes, construire la citoyenneté

Le dossier du Point prétend donner la parole à un « peuple debout ». En réalité, il recycle les poncifs coloniaux et offre une tribune à des déformateurs qui confortent les récits néoconservateurs français. Loin de servir la cause démocratique en Algérie, il renforce les fractures et les stéréotypes.

Contre cette vision binaire et essentialiste, il faut rappeler une évidence : l’Algérie n’est pas le produit de deux « races » ennemies, mais une société riche de sa pluralité. Son avenir dépend non pas de l’exaltation de mythes identitaires, mais de la conquête de droits, de libertés et de justice sociale.

Le colonialisme nous a laissé un poison : le mythe identitaire. Kabyles contre Arabes, héritiers de Massinissa contre descendants des conquérants, tout cela n’est que mensonge pour nous diviser. Notre vérité est ailleurs : nous sommes un peuple forgé dans la pluralité, dans l’histoire et dans la lutte. Nous ne sommes pas des fragments opposés. Nous sommes un tout. Nous sommes une voix. Nous sommes une nation. Nous sommes ALGÉRIENS.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »