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Panique dans les beaux quartiers de l'Empire.
Les éditorialistes de garde ont trouvé leur nouveau
croque-mitaine : le « CRINK ». Chine, Russie, Iran, Corée du Nord. Rien
que le nom sonne comme une marque de pesticide ou une maladie tropicale. C'est
parfait : avant même de réfléchir, le lecteur doit déjà ressentir une légère
démangeaison géopolitique.
Le scénario est connu. Depuis la chute de l'Union
soviétique, l'Occident se considérait comme le propriétaire officiel de la
planète. Les États-Unis géraient la sécurité, l'Europe distribuait les
certificats de moralité, les marchés financiers écrivaient les commandements,
et le reste du monde était prié d'applaudir.
Puis un problème est apparu.
Les autres existent.
Quelle impolitesse.
Voilà que des puissances refusent désormais d'occuper
éternellement le rôle de figurants dans un film écrit à Washington. Et cette
simple idée déclenche chez certains chroniqueurs la même angoisse qu'un
aristocrate de 1788 découvrant que les domestiques savent lire.
Le plus drôle est cette manière de présenter l'ordre
occidental comme un phénomène naturel. Une sorte de climat géopolitique. Une
évidence. Une gravité terrestre.
L'hégémonie américaine ? La stabilité.
Les sanctions économiques ? La défense des valeurs.
Les guerres préventives ? La sécurité collective.
Les coups d'État soutenus à l'étranger ? La promotion de
la démocratie.
Les bases militaires sur plusieurs continents ? La paix.
Mais que la Chine finance ses partenaires, que la Russie
cherche des alliés ou que l'Iran défende ses intérêts régionaux, et soudain les
éditorialistes voient surgir les quatre cavaliers de l'Apocalypse chevauchant
des missiles nucléaires.
La règle est simple : quand l'Occident avance ses pions,
c'est l'ordre mondial ; quand les autres bougent les leurs, c'est le chaos.
Une merveille de cohérence.
On nous explique que Pékin soutient une « économie de
guerre ».
Émouvant.
Les mêmes pays qui consacrent des centaines de milliards
aux dépenses militaires, exportent des armes aux quatre coins du globe et
transforment chaque conflit en salon professionnel pour industriels de la
défense découvrent soudain les vertus du pacifisme.
Les marchands de canons organisent désormais des
conférences sur les dangers du bruit.
L'ironie atteint même des sommets himalayens lorsqu'il
est question de libre-échange.
Pendant quarante ans, l'Occident a expliqué à la planète
entière que la concurrence était une loi sacrée.
Puis la Chine est devenue compétitive.
Et là, miracle.
Les apôtres du marché libre ont commencé à dresser des
barrières douanières avec l'énergie de castors sous amphétamines.
Les champions du libéralisme réclament désormais des
protections.
Les défenseurs de la mondialisation découvrent les
vertus du patriotisme économique.
Les prêtres du libre-échange deviennent soudain
douaniers. On dirait un végétarien surpris en train de dévorer un sanglier. Le
véritable sujet n'est pourtant ni la Russie, ni l'Iran, ni la Corée du Nord, ni
même la Chine.
Le sujet est la panique existentielle d'une élite qui
confond depuis longtemps ses intérêts avec ceux de l'humanité entière.
Depuis des décennies, les puissances occidentales
parlent de « communauté internationale » comme Louis XIV parlait de
l'État.
Avec le même sous-entendu.
« La communauté internationale, c'est nous. »
Le reste du monde est toléré à condition de voter
correctement. Or voici qu'une partie croissante de la planète refuse de jouer
ce rôle décoratif.
Là réside la véritable source d'angoisse. Car ce qui
vacille aujourd'hui n'est pas l'ordre mondial. C'est le monopole occidental sur
la définition de cet ordre.
Les éditorialistes peuvent bien invoquer les périls, les
menaces, les axes du mal recyclés et les acronymes anxiogènes.
Derrière la fumée des grands discours, on distingue
surtout une vieille puissance qui regarde le miroir de l'Histoire et découvre
une vérité désagréable.
Le monde n'est plus son domaine privé.
Et il n'existe rien de plus insupportable pour un
hégémon que de devoir vivre sous les règles qu'il imposait aux autres.
Voilà le scandale.
Voilà la tragédie.
Voilà le véritable « danger pour la stabilité
internationale ».
Les maîtres du jeu découvrent enfin ce que signifie avoir des adversaires.
A.T
À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire
les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
Menaces commerciales,
alliances conditionnelles, droit international relégué au rang d’accessoire :
la diplomatie de Trump révèle un Empire qui gouverne par la force. Le danger
n’est pas seulement la brutalité, mais l’accoutumance au renoncement.
Il ne s’agit plus d’un désaccord diplomatique, ni même d’un excès de
langage présidentiel. Ce qui se joue aujourd’hui, sous couvert de brutalité
trumpienne, c’est l’installation méthodique d’un monde où la loi recule devant
la force, où le droit international est toléré tant qu’il ne contrarie pas
l’intérêt du plus puissant.
Donald Trump ne négocie pas : il intimide.
Il ne propose pas : il exige.
Il ne convainque pas : il menace.
Et lorsqu’il annonce des droits de douane punitifs contre les vins et le
champagne français pour contraindre un État souverain à s’aligner sur une
initiative américaine, il ne fait pas de diplomatie il pratique le chantage.
Le commerce devient une matraque, l’économie une arme, la paix un prétexte.
La loi du plus fort,
enfin assumée
Ce que certains feignent encore de découvrir n’a pourtant rien de nouveau.
Les États-Unis n’abandonnent pas l’ordre international : ils cessent simplement
d’en faire semblant. Le multilatéralisme n’est plus un cadre, mais un décor. Les
alliances ne sont plus des engagements, mais des options révocables. Le droit
n’est plus une limite, mais un obstacle que l’on contourne ou que l’on piétine.
Trump n’a pas inventé l’Empire.
Il l’a débarrassé de son hypocrisie.
L’imprévisibilité, érigée en méthode, est présentée comme une preuve de
force. En réalité, elle est l’aveu d’un pouvoir incapable de se soumettre à
autre chose qu’à lui-même. Un pouvoir qui change d’avis comme de chemise n’est
pas souverain : il est capricieux. Et le caprice, lorsqu’il gouverne le monde,
s’appelle l’arbitraire.
L’humiliation comme
pédagogie politique
Les Européens en font l’expérience répétée : un jour flattés, le lendemain
rabaissés. Sommés d’attendre, priés d’encaisser, invités à comprendre après
coup. Alliés sur le papier, variables d’ajustement dans les faits. Le message
est limpide : la protection américaine se mérite, l’obéissance est attendue, la
contestation sanctionnée.
Cette diplomatie de l’humiliation n’est pas un accident. Elle est un outil.
Elle rappelle à chacun sa place dans la hiérarchie impériale. Elle teste les
résistances, mesure les renoncements, enregistre les silences.
Quand la prudence
devient une lâcheté
Pendant que l’on menace des partenaires commerciaux pour obtenir des
alignements politiques, les tragédies réelles s’enlisent dans l’inaction
calculée. Les crimes documentés, les répressions sanglantes, les peuples
écrasés attendent pendant que Washington « réfléchit ». Ce temps long, présenté
comme de la prudence, est une posture commode. Il permet de ne rien faire tout
en prétendant peser.
Mais l’Histoire est sévère avec ces faux scrupules. Elle ne confond jamais
la prudence avec l’inaction, ni la complexité avec la démission. Dans les
tragédies humaines, attendre n’est jamais neutre. Attendre, c’est déjà choisir.
Résister ou s’effacer
Le danger n’est pas seulement Trump. Le danger, c’est l’accoutumance. C’est
l’acceptation progressive d’un monde où la menace devient un langage légitime,
où l’humiliation remplace la négociation, où la force tient lieu de droit.
À force de s’habituer à l’arbitraire, on finit par le trouver normal.
À force de céder, on appelle cela du réalisme.
À force de se taire, on parle de responsabilité.
Ce monde-là n’est pas inévitable. Mais il le deviendra si ceux qui prétendent
encore croire au droit, à la souveraineté et à la coopération internationale
renoncent à les défendre autrement que par des discours. L’Histoire ne reproche
pas aux dirigeants d’avoir hésité.
Elle reproche d’avoir cédé et surtout, d’avoir appelé cela de la sagesse.
Lorsqu’une
puissance dotée de l’arme nucléaire, de la première armée du monde et d’un
poids économique systémique adopte une politique étrangère fondée sur
l’unilatéralisme, la menace et l’imprévisibilité, elle cesse d’être un acteur
ordinaire des relations internationales. Elle devient un facteur de risque
global. Le problème n’est pas l’Amérique en tant que nation, mais l’exercice
d’un pouvoir qui confond domination et légitimité, force et droit.
Dans ces conditions, les décisions américaines
ne peuvent être considérées comme relevant d’une souveraineté strictement
interne. Elles engagent la stabilité mondiale, les équilibres régionaux et la
sécurité collective. Les observer, les critiquer et les contester n’est pas une
ingérence, mais une exigence de responsabilité internationale.
L’épisode iranien en fournit une illustration
préoccupante. Menaces sans objectifs clairement énoncés, absence de cadre
juridique, improvisation stratégique et recul contraint sous pression régionale
: cette séquence révèle moins une vision politique qu’une gouvernance par
l’ambiguïté et la contrainte. L’histoire rappelle pourtant que les
interventions menées au nom de la stabilité produisent souvent l’inverse, comme
l’a démontré le précédent de 1953 et ses conséquences durables.
Gouverner par la menace n’installe pas l’ordre,
mais l’instabilité. Dans un monde déjà saturé de tensions, chaque décision
irréfléchie devient un multiplicateur de risques. Face à cela, le silence n’est
pas de la prudence. C’est un renoncement.
A/Kader Tahri /
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
Ce que je trouve personnellement regrettable, c’est la tendance d’une partie
non négligeable des intervenants sur les réseaux sociaux à formuler leurs
opinions sur un mode purement affirmatif, comme s’ils détenaient des
informations irréfutables ou avaient accès aux cercles réels de décision. Or,
sauf exception, nous ne sommes ni dans le secret des coulisses ni au cœur des
mécanismes de décision stratégique à haut niveau.
Cela ne signifie évidemment pas que le citoyen
doive se taire : l’expression d’un avis sur les sujets d’actualité est non
seulement légitime, mais nécessaire à la vie sociale et démocratique.
Toutefois, lorsqu’il s’agit d’analyses politiques, économiques ou
géopolitiques, il serait sans doute plus rigoureux et plus honnête intellectuellement de recourir au conditionnel, plutôt que de
présenter des hypothèses comme des certitudes.
On ne compare pas l’incomparable
Maduro a été
destitué par ses généraux qui l’ont gentiment remis aux autorités américaines.
Quant à l’action militaire ayant conclu sa chute, elle n’est qu’un écran de
fumée auquel Trump, c’est son aptitude la plus criante "Nous sommes les
meilleurs, nous avons les meilleures armes du monde", s’est employé à
donner un relief particulier et spectaculaire.
Aussi, faut
arrêter d’idéaliser un pays comme le Venezuela, 28 millions d’habitants quasi
10 millions d’expatriés. C’est un signe que ça ne va pas fort... SI on compare
à l’Iran qui est aussi sanctionné (même plus, mais qui a réussi à créer une
industrie et une économie, sans hémorragie de sa population)
Un pays fort
défend ses intérêts par la force si nécessaire, ce n’est pas parce qu’on est
devenu des lopettes peureuses en
Il est
devenu presque banal, sur les réseaux sociaux, d’énoncer des certitudes comme
s’il s’agissait de vérités révélées. Nombre d’intervenants s’expriment sur
l’Algérie avec un aplomb déconcertant, comme s’ils avaient accès aux salles de
commandement du pouvoir mondial ou aux circuits réels de décision stratégique.
Or, soyons honnêtes : nous commentons, nous interprétons, nous supposons. Nous
ne savons pas. Et la première exigence intellectuelle devrait être là.
Que chacun
donne son avis est non seulement légitime, mais indispensable à toute société
vivante. Encore faut-il distinguer l’opinion de l’expertise, l’hypothèse du
fait établi. À défaut, on glisse rapidement de l’analyse à la prophétie, du
débat à la manipulation émotionnelle.
Depuis la
crise vénézuélienne, une rengaine revient avec une constance suspecte : «
l’Algérie suivra le même chemin ». Cette comparaison est non
seulement paresseuse, elle est fausse. Le Venezuela et l’Algérie n’évoluent ni
dans le même contexte social, ni dans la même architecture économique, ni dans
la même configuration géopolitique ou militaire. Assimiler l’un à l’autre
relève moins de l’analyse que du slogan anxiogène.
Plus
inquiétant encore est ce récit selon lequel tous les maux de l’Algérie
commenceraient en 2019, avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune. Comme si
l’effondrement de pans entiers de l’économie, la corruption systémique, la
captation de l’État par des réseaux mafieux et la dépendance structurelle aux
hydrocarbures étaient des phénomènes récents. Cette lecture n’est pas seulement
erronée : elle est intellectuellement malhonnête.
Le débat est
d’autant plus biaisé qu’il se drape souvent d’un vernis idéologique. Or, soyons
lucides : l’idéologie ne structure plus réellement le monde. Les exemples des
États-Unis sous Trump ou de la France sous Macron démontrent que les grandes
doctrines ont cédé la place à des logiques de pouvoir, d’intérêts et de
rapports de force. Nous vivons une époque post-idéologique, dominée par des
acteurs transnationaux dont l’ambition est moins de convaincre que de
contrôler.
Qu’il
s’agisse de grandes fortunes, de fonds d’investissement ou de fondations
globales, le moteur n’est pas une vision du monde, mais une pulsion de
domination. Après la puissance financière, vient le désir de la puissance
politique globale. Dans ce cadre, il est permis de s’interroger — sans affirmer
— sur certains événements mondiaux récents et sur les intérêts qu’ils ont pu
servir.
Dès lors,
une question s’impose : que pouvait réellement faire le pouvoir algérien depuis
2019, dans un contexte mondial marqué par la pandémie, les tensions
énergétiques et les recompositions géopolitiques ? Annoncer une transition
politique indéfinie avant même la stabilisation institutionnelle ? Supprimer
les aides sociales alors que la classe moyenne basculait déjà dans la précarité
? Mettre fin aux transferts sociaux après que des réseaux de prédation —
incarnés par les affaires Haddad, Tahkout, Kouninef ou Ouyahia — ont vidé les
caisses de l’État ?
Cela aurait
été offrir sur un plateau l’Algérie à ceux qui rêvent d’un monde sans nations,
soumis à un capitalisme global sans frontières ni contre-pouvoirs.
À l’inverse,
des choix ont été faits. Des projets structurants ont été engagés ou relancés :
Gara Djebilet, les phosphates, l’exploration offshore, l’extension du réseau
ferroviaire vers l’extrême sud, les perspectives liées au lithium pour
l’industrie des véhicules électriques, sans oublier les partenariats
scientifiques et médicaux de haut niveau. Balayer ces dynamiques d’un revers de
main en les qualifiant de « rente » ou de « communication » relève soit de
l’ignorance, soit de la mauvaise foi.
Aucun projet
structurant ne produit de résultats immédiats. L’investissement lourd exige du
temps, de la stabilité et de la patience. Exiger des effets instantanés, c’est
refuser par principe toute logique de transformation réelle.
Comparer
encore l’Algérie au Venezuela en matière de sanctions ou de confrontation avec
les États-Unis révèle une incompréhension profonde des équilibres mondiaux. La
puissance américaine repose en grande partie sur le système du pétrodollar.
Remettre frontalement ce système en cause constitue une ligne rouge
stratégique. Or, l’Algérie cherche à diversifier son économie, non à défier le
dollar. La nuance est capitale.
Enfin, il
faut le dire clairement : les critiques formulées depuis des salons feutrés à
Paris, New York ou Los Angeles, aussi brillantes soient-elles, ne remplacent
pas une analyse enracinée dans la réalité nationale. L’Algérie n’est ni un
laboratoire idéologique, ni un terrain de projection fantasmatique pour experts
autoproclamés.
L’économie
n’est pas une incantation néolibérale répétée comme un mantra. Elle consiste à
organiser la production pour répondre aux besoins réels d’une population, tout
en maintenant la cohésion sociale. Sur ce point, l’Algérie présente un fait
rarement mentionné : elle figure parmi les pays aux plus faibles inégalités de
revenus à l’échelle mondiale.
Quant au «
modèle chinois », souvent invoqué à tort, il repose sur une trajectoire
historique unique : une puissance démographique massive et la conservation,
après 1949, de structures économiques sous contrôle national. L’Algérie, elle,
a vu son tissu économique méthodiquement détruit par la colonisation et ses
élites entrepreneuriales éliminées. Faire abstraction de cette histoire, c’est
refuser de comprendre le présent.
Comparer
l’incomparable n’éclaire rien. Cela rassure peut-être, cela choque parfois,
mais cela n’explique jamais.
L’Algérie n’est ni le Venezuela, ni un État failli en sursis, ni une
variable d’ajustement dans les fantasmes géopolitiques de commentateurs
pressés. Elle est un pays en tension, traversé de contradictions, certes, mais
aussi engagé dans une lutte silencieuse pour préserver sa souveraineté
économique et politique dans un monde devenu brutalement prédateur.
Ceux qui annoncent son effondrement imminent
parlent souvent plus de leurs propres obsessions que de la réalité algérienne.
Ils confondent analyse et projection, critique et règlement de comptes,
lucidité et désir de voir échouer ce qui ne correspond pas à leurs schémas.
L’Histoire ne se répète jamais à l’identique.
Elle punit surtout ceux qui refusent de penser la complexité.
Et l’Algérie, qu’on le veuille ou non, ne se pense ni ne se juge à travers des
comparaisons faciles. Elle s’impose, lentement, difficilement, mais
souverainement.
Par A. Kader
Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça https://kadertahri.blogspot.com/
Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, dit le proverbe.
Dans le cas de Trump, ses moyens d’obtenir une paix sont originaux : c’est un cocktail fait de séduction, de pression et de chantage. Mais la realpolitik, c’est ça. Donald Trump se présente à nouveau en faiseur d’accords, maître des « deals » capables, dit-on, de résoudre les impasses les plus inextricables. Son dernier plan pour Gaza, brillamment emballé dans le vocabulaire consensuel de la « paix » et de la « reconstruction », montre pourtant que la rhétorique peut servir d’écran de fumée : derrière le mot se cachent des conditions intenables, une mémoire sélective et la perpétuation d’un ordre de fait qui écrase les droits palestiniens.
La « paix » comme instrument de culpabilisation
Le
dispositif proposé reconstruction
financée par des États arabes, démilitarisation du Hamas, retrait israélien
conditionnel ressemble à une logique de marché : on promet la tranquillité à
ceux qui acceptent de perdre tout levier politique. Mais poser la paix comme
synonyme de reddition, c’est inverser les responsabilités. On demande à un
peuple déjà affamé, déplacé et bombardé d’abandonner son unique moyen de
pression, sans garantir ni sécurité réelle ni rétablissement des droits
fondamentaux.
En traitant
Gaza comme une entité isolée, comme si la Cisjordanie et l’ensemble de
l’occupation n’existaient pas, ce plan gomme les continuités historiques du
conflit : colonies qui s’étendent, frontières de 1967 bafouées, confiscation
progressive de Jérusalem-Est. Ce n’est pas un oubli anecdotique : c’est la
stratégie même du projet politique que prétend soutenir l’initiative. La paix
proposée devient alors une paix sur ordonnance, imposée au plus faible.
Ultimatums et rhétorique du chantage
Dire « paix
» tout en fixant des ultimatums de 72 heures et en conditionnant la cessation
des hostilités à l’accord des seules parties déséquilibrées, c’est ménager un
prétexte pour continuer la guerre. La diplomatie coercitive masque la réalité :
les bombardements et les sièges se poursuivent tant que l’autre camp n’a pas
capitulé. Ce n’est plus de la négociation ; c’est du chantage.
L’effet est
double : d’un côté, il légitime l’usage disproportionné de la force ; de
l’autre, il transforme la communauté internationale en spectatrice d’une mise à
mort programmée, applaudissant parfois le verbe « paix » sans en exiger les
conditions préalables — la justice, la reconnaissance des droits et la
cessation des pratiques qui nourrissent le conflit.
Les membres
du Hamas ne sont pas assez débiles pour déposer les armes face à des gens qui
pendant 2 ans de génocide n’arrêtent pas de leur dire que le but de tout ça
c’est le grand Israël, leur expulsions ou leur massacres de la terre de
Palestine, qu’ils sont le peuple des ténèbres et qu’on a le droit de les
exterminer et que leur but c’est la domination des goyims. Sans Hamas et dans
l’état de Gaza et les nouvelles colonisations, il n’y a plus de Palestine
Mémoire instrumentalisée : otages et prisonniers
Le récit
médiatique et politique est tout aussi révélateur. L’attention portée aux
otages israéliens est légitime et humaine, mais elle devient partiale quand
elle occulte le sort de milliers de prisonniers palestiniens détenus souvent
sans procès ou sous des régimes de détention administrative et quand elle
efface l’histoire de la dépossession. Cette asymétrie contribue à une narration
dans laquelle la victime légitime est une seule, alors que la victimisation et
la douleur existent de part et d’autre, entretenues par des rapports de force
inégaux.
Rappelons
que des opérations visant à capturer des otages ont été, dans certains cas,
conçues comme leviers pour obtenir des échanges de prisonniers. Depuis, combien
de détenus palestiniens ont été libérés ? Le silence et l’oubli autour de ces
questions renforcent l’impunité et l’angoisse d’un peuple sans recours.
Le levier essentiel : arrêter l’armement et la
protection inconditionnelle
S’il existe
un geste unique, simple et efficace, qui pourrait signifier la sincérité d’une
volonté de paix, c’est l’arrêt immédiat des livraisons d’armement et des
financements militaires sans condition. La pression économique et diplomatique
pèse. Quand un pays garantit politiquement et militairement la supériorité d’un
acteur, il devient co-responsable des choix stratégiques et des conséquences
sur le terrain.
Les Etats
qui prétendent défendre la paix doivent cesser de conforter les rapports de
force qui permettent la perpétration d’actes contraires au droit international.
La paix ne se négocie pas sur le compte en banque des victimes ni sur la base
d’accords imposés par un tiers qui refuse de regarder les causes profondes du
conflit.
Justice et droits : préalables non négociables
Toute
initiative qui ignore la justice se condamne à l’échec. La sortie de crise
exige des engagements clairs : fin de l’occupation, respect des frontières internationalement
reconnues, reconnaissance des droits civils et politiques des Palestiniens,
garantie de la sécurité pour toutes les populations, procès des crimes de
guerre et libération des détenus politiques. Sans ces éléments, les accords
n’auront qu’une valeur provisoire et seront à la merci du prochain revirement
politique.
La paix
durable est indissociable de l’égalité des droits. Tant que des populations
seront privées de dignité, de terre et de liberté, la violence trouvera des
raisons de renaître.
Conclusion : refuser la paix-cache-misère
La «
diplomatie-spectacle » ne suffira jamais à résoudre des injustices
structurelles. Proposer la paix en demandant l’effacement de la mémoire,
l’abandon des droits et la capitulation du faible, c’est fabriquer un simulacre
qui se paiera en vies humaines. Il est urgent que la communauté internationale
reprenne ses responsabilités : exiger la fin de l’occupation, conditionner
toute aide militaire au respect du droit international et soutenir des
mécanismes de justice impartiale.
Les mots «
paix » et « sécurité » ne doivent pas servir d’alibis. Ils doivent être adossés
à des actes réels et vérifiables. Sinon, nous ne bâtirons que des accords
fragiles, des pauses temporaires dans une logique de violence qui reprendra, un
jour ou l’autre, sous une autre forme. La vraie question n’est pas de savoir
qui signe le prochain « deal », mais qui aura le courage de défendre la justice
la seule condition pour qu’enfin, paix et dignité se conjuguent pour tous.
Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
Une paix assassinée, une guerre programmée, et un
allié devenu vassal, quand un ancien porte-parole du département d’État admet
que Netanyahou a systématiquement saboté les négociations, le scandale dépasse
Israël : il éclabousse une Amérique complice, qui a couvert, financé et protégé
la guerre au lieu d’imposer la paix.
On prétend
souvent que la paix au Proche-Orient s’éloigne par malchance, par complexité,
par impossibilité. La vérité est plus brutale : elle a été sabotée.
Délibérément. Et les États-Unis, loin de l’empêcher, l’ont financée, couverte
et sanctifiée.
Ce constat
n’émane pas d’un militant, mais d’un ancien porte-parole du département d’État
américain, Matthew Miller, qui avoue aujourd’hui ce que chacun pressentait :
Israël n’a pas simplement échoué à conclure des accords de cessez-le-feu et
d’échanges d’otages, il a sciemment choisi de les faire capoter.
Le
sabotage comme stratégie
Les faits,
d’abord. En 2024, lorsqu’un cessez-le-feu de six semaines fut mis sur la table,
Israël donna son accord… puis prévint le Hamas qu’il envahirait Rafah malgré
tout. Comment négocier si l’issue est déjà annoncée : la destruction ? Le
Hamas, sans surprise, refusa.
Ce scénario n’était pas un accident. Chaque tentative d’accord a été marquée
par des « fuites », des « corrections » ou de nouvelles exigences impossibles à
satisfaire. Tout, pour faire échouer l’effort diplomatique.
Cette
mécanique n’est pas une maladresse. C’est une méthode. Et c’est là le cœur du
problème : Israël ne veut pas de la paix. Elle contredirait le projet assumé
par Netanyahou lui-même : une guerre longue, interminable, conçue comme horizon
politique.
L’obéissance
américaine
Face à ce
sabotage répété, que firent les États-Unis ? Rien. Non, pire : ils validèrent.
Quand Israël ridiculisa publiquement le président Biden en déformant ses
propositions, Washington répondit par davantage d’armes, davantage de
financements, davantage de silence.
Ce n’est pas de l’alliance. C’est de l’obéissance. Une superpuissance mondiale
réduite à avaler les humiliations, à couvrir des crimes, à feindre de croire
qu’elle « fait tout pour la paix », alors qu’elle arme et protège celui qui
détruit toute issue politique.
La formule
choque, mais elle est juste : la relation américano-israélienne n’est plus une
coopération, mais une dépendance toxique. Israël agit, l’Amérique suit. Israël
sabote, l’Amérique paie. Israël annonce une guerre éternelle, l’Amérique signe
le chèque.
L’aveu et
la complicité
L’aveu de Miller est glaçant : pendant qu’il répétait les éléments de
langage sur la « retenue » d’Israël, il savait que son gouvernement regardait
ailleurs, alors que Netanyahou piétinait chaque initiative. Ce n’était pas de
la diplomatie. C’était du marketing de guerre.
Et cela pose une question plus large : jusqu’à quand une démocratie comme les
États-Unis peut-elle financer une guerre qu’elle sait elle-même sans issue ?
Jusqu’à quand le contribuable américain acceptera-t-il de payer, en milliards
de dollars, une guerre que même ses diplomates admettent inutile et
destructrice ?
Le prix
de la guerre sans fin
Car cette guerre n’est pas seulement un cauchemar pour les Palestiniens et
un gouffre moral pour Israël : elle devient un fardeau pour l’Amérique
elle-même. Chaque bombe envoyée à Gaza est un futur retour de flamme. Chaque
humiliation acceptée par Biden est une perte de crédibilité internationale.
Chaque « soutien inconditionnel » est une dette politique que l’histoire fera
payer.
En choisissant l’obéissance à Israël, Washington renonce à son rôle de
puissance diplomatique mondiale. En acceptant la logique de guerre permanente,
il accepte aussi la logique de l’échec permanent.
Une paix
assassinée
La paix au Proche-Orient n’est pas morte d’impossibilité. Elle n’est pas
morte d’un désaccord insoluble. Elle a été assassinée, à coups de sabotages
répétés, sous les yeux de ceux qui prétendaient la défendre. Et les États-Unis,
loin de s’interposer, ont tenu la lampe.
Voilà le scandale : non pas qu’Israël choisisse la guerre – c’est sa
stratégie. Mais que l’Amérique, première puissance mondiale, se contente de la
financer, de la protéger et d’en épouser les conséquences.
Ce que révèle l’aveu de Miller, ce n’est pas seulement le cynisme d’un
gouvernement israélien enfermé dans son projet guerrier. C’est aussi la
faillite morale et politique d’un allié qui s’est transformé en vassal.
Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
On nous répète qu’Israël se défend. Mensonge. Israël
massacre. Israël écrase. Israël détruit.
Assez d’hypocrisie. Assez de faux-semblants. Ce qui se
déroule à Gaza n’est pas une guerre, c’est une punition collective, un massacre
organisé, une destruction méthodique d’un peuple déjà brisé par dix-sept années
de siège. On peut bien parler de « légitime défense », on peut bien invoquer «
la lutte contre le terrorisme », les meurtres quasi-quotidiens de
palestinien(ne)s désarmé(e)s etc…) ne sont que des injonctions Talmudiques et
les faits sont clairs : le Hamas n’est pas anéanti. Tsahal ne combat pas le
Hamas, il est même incapable de le localiser. Tsahal massacre des civils. Des
enfants, des mères, des vieillards. Des hôpitaux rasés. Des quartiers entiers
transformés en cendres. C’est cela, la réalité.
On nous dit que c’est une « guerre ».
Non. C’est un blocus transformé en boucherie. C’est
une prison à ciel ouvert depuis 17 ans, transformée en charnier. C’est un
génocide lent, qui avance sous nos yeux.
Des milliers de morts, dont une écrasante majorité de
femmes et d’enfants. Des quartiers rasés, des hôpitaux détruits, des familles
entières pulvérisées sous les bombes. Voilà la réalité nue, voilà ce qu’on
appelle aujourd’hui « sécurité ».
Mais ce bain de sang n’est pas né du hasard. Il s’inscrit
dans une logique de longue durée. Ben Gourion, en 1937, le disait sans détour :
« L’acceptation du partage ne nous engage pas à renoncer
à la Transjordanie ; on n’exige pas qu’à l’avenir nous ne nous étendions pas
au-delà des frontières du partage. » L’expansion était déjà planifiée, bien avant
1948, bien avant la Shoah. Et cette expansion est toujours à l’œuvre, inscrite
noir sur blanc dans la charte du Likoud, qui revendique la souveraineté israélienne
« du fleuve à la mer.
Hypocrisie suprême : on accuse les Palestiniens de vouloir
détruire Israël quand ils reprennent ce même slogan pour revendiquer la liberté
et l’égalité, c’est Israël qui, depuis toujours, l’applique par la
colonisation, le blocus, l’expulsion.
Cette logique de domination prend aujourd’hui un visage
effroyable. Le ministre israélien Israël Katz propose de construire une « ville
humanitaire » sur les ruines de Rafah, pour y enfermer 600 000 déplacés
palestiniens. Une ville sous contrôle militaire, sans droit de sortie, sans
avenir. Une ville ?
Gaza est déjà
Theresienstadt sous les bombes.
Non : une cage. Et comment ne pas entendre dans ce projet
l’écho sinistre de Theresienstadt, ce ghetto « vitrine » que les nazis
avaient présenté comme un camp modèle pour tromper le monde ?
Le parallèle est glaçant : on repeint les murs de la prison
pour mieux cacher l’horreur.
Et même à l’intérieur d’Israël, les fissures sont visibles.
Des soldats de réserve, revenus de Gaza, ont écrit à la justice militaire pour
dénoncer des ordres illégaux, couverts, selon leurs mots, « d’un drapeau noir
». Quand les militaires eux-mêmes redoutent d’être complices de crimes de
guerre, c’est que la ligne rouge n’a pas seulement été franchie : elle a été
piétinée.
Quant au gouvernement Netanyahou, il ne défend pas Israël :
il sacrifie ses otages, ignore ses généraux, méprise ses services de
renseignement, et enferme son propre peuple dans une logique suicidaire. Ce
n’est pas la sécurité qu’il recherche, mais la survie politique, le maintien
d’un pouvoir corrompu, au prix du sang palestinien et de l’isolement
international d’Israël.
Et que fait Netanyahou en très sioniste menteur atavisme
(ce n'est pas une insulte mais une définition) ? Il sacrifie les otages.
Il sacrifie son peuple. Il ne défend pas Israël : il l’entraîne dans l’abîme.
Sa politique n’apporte ni paix, ni sécurité, ni avenir. Elle ne produit qu’une
chose : la haine, génération après génération.
Et l’Occident ? Il regarde. Les États-Unis, surtout,
cautionnent, financent, arment. Ils parlent de paix tout en livrant des bombes.
Ils parlent de droit tout en fermant les yeux sur la violation systématique des
conventions internationales. Cette complicité n’est plus du silence : c’est une
co-responsabilité.
Alors arrêtons. Arrêtons de parler de « guerre ». Arrêtons
de répéter que « les Palestiniens refusent la paix » alors qu’on les enferme
depuis soixante-quinze ans dans le déni et la dépossession. Arrêtons de
prétendre qu’Israël « n’a pas le choix » quand tout démontre le contraire. Ce
propos, répété jusqu'à plus soif par tous les colonialistes sionistes.
La vérité est brutale mais incontournable : Ce fut un choc
profond pour les personnes âgées, qui n'avaient pas appris à l'école qu'Israël
était un État colonial, et que le 7 octobre n'était que la réponse logique à
l'oppression coloniale. Ils n'avaient pas le mythe brisé devant les yeux, ni la
honte d'avoir accepté la tromperie. on ne construit pas la paix sur des ruines
et des charniers. On ne peut pas enfermer deux millions d’êtres humains dans
une enclave bombardée et affamée, puis s’étonner qu’ils résistent. On ne peut
pas parler de démocratie en Israël quand une partie de la population vit sous
occupation et blocus permanents. On ne peut pas invoquer la mémoire de
l’Holocauste pour justifier une oppression, quand cette mémoire devrait être le
rappel le plus fort que jamais plus un peuple ne doit subir l’humiliation,
l’exil et l’effacement.
Il faut avoir le courage de nommer l’injustice. Gaza n’est
pas une menace : c’est une blessure. Et tant qu’elle sera laissée béante, tant
qu’on préférera bombarder plutôt que négocier, coloniser plutôt que
reconnaître, affamer plutôt que libérer, il n’y aura ni paix, ni sécurité, ni
avenir.
Il est temps de dire haut et fort : assez de mensonges,
assez de massacres, assez d’hypocrisie. La dignité humaine n’est pas une
option. Elle est un droit universel. Et aujourd’hui, elle exige de crier : plus
jamais ça, pour quiconque, et surtout pas pour Gaza.
Gaza est le miroir du monde. Si nous acceptons qu’un peuple
soit traité ainsi, alors nous acceptons que notre humanité s’effondre. Si nous
tolérons ces crimes, alors nous renonçons à tout ce qui fonde la dignité humaine.
Aujourd’hui, il ne reste qu’un mot à dire, un mot à crier,
un mot à écrire partout :
Assez.
Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/