Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Trump, Gaza et le roi philosophe : petite fable royale pour presse obéissante :

Quand la presse courtisane applaudit le mensonge décoratif et tente de prendre les sujets du Makhzen comme des canards et derrière un récit diplomatique lisse et solennel, une presse complaisante fabrique un mythe : celui d’une sagesse monarchique convoquée par Donald Trump pour pacifier Gaza. Cette tribune démonte, ironise et expose les ficelles d’une propagande qui confond communication, prestige et paix réelle, au mépris des faits, du droit international et des morts bien réels.

Donald Trump aurait donc trouvé la solution au chaos moyen-oriental : demander conseil. Pas à des diplomates, pas à l’ONU, pas aux Palestiniens eux-mêmes non  mais à la “sagesse”. Une sagesse royale, évidemment. Car quand les bombes tombent, rien ne vaut un adjectif bien choisi.

Selon une certaine presse marocaine, Donald Trump ce même homme qui a piétiné le droit international avec l’enthousiasme d’un promoteur immobilier  se serait soudain souvenu que la paix ne s’improvise pas sans l’éclairage philosophique du palais royal de Rabat. On imagine la scène : Gaza en ruines, Washington perplexe, et quelque part, la monarchie marocaine convoquée comme oracle géopolitique.

Le récit est propre, lisse, rassurant. Trop. Car ce texte ne décrit pas la réalité : il la maquille.

Trump n’a jamais cherché la paix, il a cherché la photo. Il n’a jamais défendu les Palestiniens, il les a effacés. Il n’a jamais respecté la légalité internationale, il l’a contournée, ridiculisée, enterrée sous le mot “deal”.

Mais qu’importe : dans cette fable, le réel est accessoire. L’essentiel est ailleurs dans la construction d’un mythe. Celui d’un Maroc présenté comme pivot cosmique de la paix mondiale, consulté comme on consulte un sage taoïste avant une guerre.

On convoque alors l’expert attitré, sorte de prêtre laïc de la géopolitique officielle, qui récite le catéchisme : sagesse, patience, anticipation, confiance universelle. Pas une contradiction. Pas une nuance. Pas une question. La paix devient une posture, la Palestine un alibi moral, Gaza une abstraction polie.

Le plus ironique ou le plus cynique  reste cette invocation obsessionnelle du Comité Al-Qods, brandi comme certificat de vertu, pendant que Jérusalem est méthodiquement vidée de sa dimension palestinienne, pierre après pierre, droit après droit.

La presse du Makhzen ne défend pas la Palestine, elle l’exploite symboliquement. Il ne parle pas de paix. Elle parle de prestige.

Elle ne fait pas de politique internationale. Elle fait de la communication monarchique sous perfusion journalistique.

Et au final, cette prose laisse un goût étrange : celui d’un rire involontaire, presque gêné. Un rire noir. Car pendant qu’on encense la sagesse, les bombes tombent toujours. Pendant qu’on couronne les rois de papier, les civils meurent pour de vrai.

La paix, la vraie, ne se proclame pas dans un article complaisant. Elle se construit contre les puissants, pas avec leurs mythologies. Et certainement pas avec Donald Trump comme messager.

Cette presse courtisane d’un roi en papier absent sur scène, ne brûle pas. Elle anesthésie  et c’est peut-être pire, nous voilà avec un royaume des Milles et Une Nuits.


A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Conseil de la paix : Gaza aux enchères, Palestiniens exclus



Un « Conseil de la paix » sans Palestiniens, des sièges à un milliard de dollars, et une diplomatie transformée en salle des ventes : derrière le vernis officiel, Washington vend la paix, efface un peuple et piétine le droit international. Cette tribune démonte, ridiculise et expose la mascarade impériale qui se joue à Gaza.

Il y a des obscénités qui ne rougissent plus. Le « Conseil de la paix » imaginé par Donald Trump pour Gaza en fait partie. Une institution censée incarner la paix… dirigée par l’homme qui a fait du chaos diplomatique et du chantage une esthétique politique. Une paix présidée par Trump, c’est déjà une farce. Mais une farce sanglante.

Ici, on ne négocie pas la paix : on la met aux enchères. Un milliard de dollars le siège permanent. Prix fixe. Pas de remboursement. Pas de garantie morale. Gaza version Sotheby’s. La paix version Wall Street. Le droit international version NFT géopolitique.

Au centre de ce dispositif grotesque, une absence béante, criante, obscène : les Palestiniens. Le peuple dont on parle. Le peuple qu’on bombarde. Le peuple qu’on affame. Le peuple qu’on prétend « pacifier ». Mais qui n’a même pas droit à une chaise. Trop bruyant, sans doute. Pas bankable.

On décide donc de leur avenir sans eux, au nom d’une paix qu’ils n’ont pas commandée, dans un conseil qu’ils ne contrôlent pas, sous l’autorité d’une puissance qui les marginalise méthodiquement depuis des décennies. Ce n’est pas une négociation : c’est une administration coloniale sous licence américaine.

Pendant ce temps, Gaza brûle, affame, suffoque. Mais le Conseil regarde déjà vers « l’après-guerre ». Traduction : l’après-mort. La reconstruction avant les secours. Les contrats avant les corps. Les appels d’offres avant les appels à l’aide. La souffrance comme préambule à l’investissement.

Ce plan n’a rien d’un projet de paix : c’est un plan de dépossession politique. Il efface l’Autorité palestinienne, contourne toute souveraineté locale, installe une structure extérieure au-dessus des institutions palestiniennes, et enterre la « solution à deux États » sous une avalanche de jargon technocratique. Une annexion politique sans drapeau, mais avec un logo.

Et pendant ce temps, Washington ose parler de stabilité. Comme si l’humiliation permanente produisait autre chose que de la rage. Comme si l’injustice organisée pouvait accoucher de la paix. Comme si l’on pouvait gouverner Gaza contre les Palestiniens sans en payer le prix historique.

Ce Conseil est le symptôme d’un monde malade : un monde où l’ordre international est contourné, où l’ONU est reléguée au rôle de figurant embarrassant, où les grandes puissances bricolent leurs propres règles, leurs propres clubs, leurs propres tribunaux — à condition d’en avoir les moyens financiers.

C’est la diplomatie version club privé. Carte noire exigée. Humanité facultative.

Mais appelons les choses par leur nom : ce n’est pas un Conseil de la paix, c’est un Conseil de domination. Une structure pensée non pour résoudre un conflit, mais pour le gérer à l’avantage des puissants. Non pour rendre justice, mais pour verrouiller un rapport de force. Non pour reconnaître un peuple, mais pour le neutraliser politiquement.

La seule paix possible passe pourtant par une évidence que ce projet piétine délibérément : les Palestiniens ne sont pas un problème à gérer, mais un peuple à reconnaître. Sans souveraineté palestinienne, sans droits politiques, sans continuité territoriale, sans cadre multilatéral légitime, il n’y aura jamais de paix — seulement des cessez-le-feu sponsorisés.

Tout le reste n’est que décor. Tout le reste est mensonge. Tout le reste est violence maquillée en gouvernance. Le Conseil de la paix ? Une mascarade impériale. Une insulte au droit international. Une gifle au peuple palestinien ? Une gifle au monde libre.

La paix ne se vend pas. La justice ne s’achète pas.
Les peuples ne sont pas des options négociables.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le « Conseil de la paix » un instrument de domination globale !

Il faut rompre avec le langage feutré de la diplomatie pour nommer la réalité politique qui se dissimule derrière le projet de « Conseil de la paix » lancé par Donald Trump. Ce dispositif, présenté comme une réponse pragmatique à l’impuissance supposée de l’ONU, constitue en vérité l’une des offensives les plus dangereuses jamais menées contre le principe même d’un ordre international fondé sur le droit. Il ne s’agit pas de réformer la gouvernance mondiale, mais de la confisquer.

Le discours qui accompagne la naissance de ce Conseil relève d’une rhétorique bien rodée : l’ONU serait obsolète, inefficace, paralysée par ses propres règles. Cette critique, largement partagée, est cependant utilisée ici comme un prétexte. Car ce n’est pas l’échec du multilatéralisme qui est combattu, mais ce qu’il contient encore de contraignant pour les grandes puissances. L’ONU n’a pas échoué par excès de règles, mais par sabotage délibéré de celles-ci, au premier rang desquels, figure les États-Unis eux-mêmes.

Le « Conseil de la paix » n’est donc pas une alternative, mais une entreprise de substitution. Il vise à court-circuiter le système onusien en installant un organe parallèle, dépourvu de toute légitimité universelle, mais doté d’une efficacité redoutable précisément parce qu’il échappe à toute forme de contrôle collectif. Là où le Conseil de sécurité est bloqué par le droit de veto, Trump propose un organe où le veto devient personnel, concentré entre les mains d’un seul homme.

La Charte fondatrice du Conseil est, à cet égard, édifiante. Les États membres ne sont ni élus ni désignés selon un principe de représentation équitable, mais invités à titre discrétionnaire. Les mandats sont révocables, conditionnels, renouvelables à la convenance du président. Les contributions financières ouvrent droit à des privilèges politiques. La paix, désormais, se finance ; la légitimité s’achète ; la souveraineté se négocie.

Cette architecture institutionnelle rompt radicalement avec le socle minimal du droit international : l’égalité souveraine des États. Elle instaure un système hiérarchique, où quelques pays exécutent pendant qu’un seul décide. Donald Trump n’y agit pas comme un médiateur ou un garant, mais comme une autorité exécutive suprême, cumulant pouvoir de nomination, droit de veto et monopole de l’interprétation juridique. Le multilatéralisme est vidé de sa substance pour devenir une simple mise en scène.

Dans ce cadre, Gaza apparaît comme un laboratoire grandeur nature. Territoire déjà dévasté par des décennies de violations du droit international, il est aujourd’hui envisagé comme un terrain d’expérimentation pour cette nouvelle diplomatie de tutelle. La paix n’y est pas conçue comme l’expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais comme une opération de gestion confiée à une coalition d’États alignés. Si Gaza peut être administrée sans souveraineté, alors aucun pays du Sud n’est à l’abri.

Car le projet est fondamentalement exportable. Afrique, Amérique latine, Asie : partout où les équilibres régionaux résistent aux intérêts dominants, le « Conseil de la paix » pourra être invoqué pour justifier une mise sous contrôle politique, économique ou sécuritaire. La Charte ne prévoit aucun contre-pouvoir crédible, aucun mécanisme de reddition de comptes, aucune garantie pour les peuples concernés. L’arbitraire devient la norme, la stabilité un slogan.

L’objectif final est clair : marginaliser définitivement l’ONU. Non pas en la réformant, mais en l’asphyxiant. En détournant financements, légitimité et initiatives vers un organe concurrent, Washington prépare l’effacement progressif d’une institution pourtant centrale dans l’imaginaire juridique international. L’enterrement du multilatéralisme ne serait alors plus une conséquence involontaire de l’histoire, mais un choix politique assumé.

Sous ses apparences de modernité et d’efficacité, le « Conseil de la paix » consacre ainsi un monde régi par la loi du plus fort, maquillée en gouvernance responsable. Il transforme la paix en instrument de domination et le droit international en décor symbolique. Face à un tel projet, le silence équivaut à une approbation tacite. Le refuser n’est pas un acte idéologique, mais une nécessité politique.

Car lorsque la paix cesse d’être un droit pour devenir un outil de pouvoir, ce n’est plus la sécurité du monde qui est en jeu, mais sa soumission.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Indignation en kit sioniste, humanisme et compassion sélectif !

« Pendant que certains peuples meurent dans le silence, d’autres deviennent soudainement des causes “nobles” à défendre. Cette tribune décortique l’indignation sélective des intellectuels français et dénonce l’humanisme à sens unique qui masque des postures politiques et idéologiques plus que la compassion réelle. Du Soudan à Gaza, de la Libye à l’Ukraine, il est temps de rappeler que les morts méritent tous la même dignité, et que la morale ne doit pas être à géométrie variable. »

Quelle semaine formidable pour la conscience universelle.
Après mûre réflexion et sans doute un rapide coup d’œil au calendrier géopolitique — une poignée d’« intellectuels français » a décidé qu’il était temps, enfin, de s’indigner. Pas trop tôt, mais juste à temps.

Car voyez-vous, des massacres, il y en a beaucoup. Mais tous ne se valent pas. Certains sont bruyants, médiatisables, idéologiquement rentables. D’autres sont encombrants, gênants, embarrassants. Il faut savoir trier. L’humanisme, comme tout produit de luxe, ne se distribue pas à la chaîne.

Breaking news : des morts viennent d’être découverts

L’Iran, nous apprend-on, serait le théâtre du « plus sanglant des massacres », d’une « ampleur inédite et inouïe ».
Inouïe ? Vraiment ?
À Gaza, des enfants meurent sous les bombes depuis des mois  mais manifestement, ce n’était pas assez inouï.
Au Soudan, des populations entières sont massacrées mais sans doute trop loin, trop pauvres, trop noires, trop peu stratégiques.
En Libye, on a détruit un État entier au nom des droits humains  mais ça, c’était hier, et surtout « pour de bonnes raisons ».

Il faut croire que certains cadavres ont une meilleure couverture médiatique que d’autres. Une question d’angle, de lumière, de narration.

L’universalisme… mais pas pour tout le monde

Les signataires se proclament héritiers des Lumières. Admirable.
Mais apparemment, ces Lumières ont un interrupteur : on / off.

  • On, quand les victimes sont politiquement exploitables.
  • Off, quand elles dérangent un allié, un récit ou une bonne conscience occidentale.

L’universalisme devient ainsi une option facultative, comme les sièges chauffants : très agréable, mais pas indispensable.

L’ingérence militaire : le fantasme éternel du sauveur

Et bien sûr, arrive l’argument-massue, celui qu’on sort quand on n’a plus d’idées mais beaucoup de certitudes :  « militairement s’il le faut ».

Ah, l’intervention militaire humanitaire…
Ce grand classique. Ce tube intergénérationnel.

Irak : échec.
Afghanistan : échec.
Libye : désastre absolu.
Mais rassurez-vous : cette fois, promis, ça marchera.

Pourquoi ?
Parce que ce sont les mêmes qui se trompent depuis trente ans, mais avec encore plus de certitude morale. L’histoire, ici, n’est pas une leçon : c’est une nuisance.

Laïcité, tolérance… et caricature civilisationnelle

Le texte prétend défendre la tolérance tout en recyclant un lexique digne d’un manuel colonial du XIXᵉ siècle. Barbares. Obscurantisme. Autre âge. Religion-alibi.

La République islamique est critiquable évidemment.
Mais ici, ce n’est pas un régime qui est attaqué, c’est un imaginaire, une culture, une civilisation entière, réduite à un décor de barbarie. Curieuse conception de la tolérance.
Étonnante manière de défendre la laïcité en essentialisant une religion.

La mémoire historique façon buffet

On nous ressort Sartre et Foucault, soigneusement choisis comme coupables idéaux. Très pratique : ils sont morts, donc ils ne répondent pas.

Mais étrangement : aucune mention des guerres soutenues par l’Occident, aucune autocritique sur les ventes d’armes, aucun mot sur les dictatures « amies ». La mémoire fonctionne ici comme un projecteur : elle éclaire ce qui arrange et plonge le reste dans le noir.

Le summum : le “délit de non-assistance à peuple en danger”

Moment d’anthologie. Nous voilà sommés de culpabilité morale : si nous n’intervenons pas, nous serions complices.

Votre accusation ultime  le « délit de non-assistance à peuple en danger » est un chef-d’œuvre de posture morale. Aujourd’hui, bravo : votre indignation est enfin confortable, visible, et médiatiquement rentable.

Ne changez rien. Continuez à hiérarchiser les morts avec gravité, à brandir l’humanisme comme un étendard et à appeler à la guerre au nom de la paix. Grâce à vous, nous comprenons que certaines indignations ne parlent pas des victimes, mais de ceux qui les brandissent.

Question simple : où était cette même indignation quand des peuples entiers criaient déjà sous les bombes occidentales ou alliées ?
Où était cette même urgence morale ?

Sans doute coincée dans les embouteillages de la realpolitik

Conclusion : quand la morale devient un décor :

Ce texte n’est pas un appel humaniste.
C’est un spectacle sioniste, une indignation mise en scène, calibrée, idéologiquement rentable. Il ne s’agit pas de sauver des peuples.
Il s’agit de désigner les bons tyrans et les mauvais, les victimes dignes et les victimes négligeables, les morts qui méritent un communiqué et ceux qui doivent rester silencieux.

L’humanisme qui choisit ses causes, qui ferme les yeux sur certains crimes et réclame la guerre pour d’autres, n’est plus un humanisme.
C’est une posture morale en libre-service.

Et à force de s’indigner à sens unique, ces consciences autoproclamées ne révèlent qu’une chose : non pas leur courage, mais leur hypocrisie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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«Nous, Gazaouis, craignons ce que l’année 2026 nous réserve»

 

Nous avons subi tellement d’horreurs cette année que nous avons peur d’imaginer l’avenir.

Une autre année s’est écoulée, et la vie à Gaza est toujours prise au piège entre la machine à tuer israélienne et l’indifférence croissante du monde. C’est une année de plus qui s’ajoute à notre calendrier unique de pertes, de destruction et de mort.

En mars, j’ai écrit que je craignais qu’Israël n’aille encore plus loin dans sa campagne génocidaire. Et c’est ce qui s’est passé. Israël a dépassé mes pires attentes, atteignant un niveau de cruauté inimaginable.

Cette cruauté a marqué toute l’année pour nous à Gaza.

Comme je vois beaucoup de gens publier des résumés de leurs moments préférés de 2025, j’ai pensé partager ma propre version. Voici à quoi a ressemblé cette année pour moi.

Elle a commencé par un cessez-le-feu de 45 jours ; ce bref répit n’a même pas suffi pour nous permettre de digérer mentalement les 15 mois de tueries et de destructions incessantes qui l’ont précédé.

En février, j’ai rencontré de nombreux prisonniers palestiniens qui avaient été libérés dans le cadre de la trêve et j’ai écouté les récits horribles qu’ils m’ont faits de leur disparition forcée par l’armée israélienne.

Parmi eux se trouvait mon professeur de lycée, Antar al-Agha. Quand je l’ai vu pour la première fois, je n’arrivais pas à croire que c’était lui. Il était si pâle et amaigri qu’il ne pouvait pas tendre le bras pour me serrer la main.

Il m’a raconté le long séjour qu’il a passé dans ce qu’ils appelaient la «salle de la gale» dans le centre de détention israélien, une pièce destinée à servir d’incubateur pour la gale.

«Un matin, on m’a enfin autorisé à me laver les mains, mais cela n’a pas été un soulagement pour moi. Dès que l’eau a touché ma main, la peau a commencé à peler comme si c’était une pomme de terre bouillie. Le sang a jailli de mes mains. Je ressens encore la douleur», a-t-il raconté.

En mars, Israël a repris le génocide, tuant plus de 400 personnes d’un seul coup au milieu du mois. Et il a bloqué tous les points de passage vers la bande de Gaza.

En avril, les premiers signes de famine massive ont commencé à apparaître.

En mai, l’armée israélienne m’a expulsé de force, moi et ma famille, de notre maison située à l’est de Khan Younis.

À la fin de ce mois, Israël a orchestré une nouvelle forme créative de meurtre et d’humiliation de masse, la qualifiant cyniquement de «Fondation humanitaire de Gaza» [GHF]. Lancée avec l’aide des États-Unis, cette entité a commencé à distribuer de la nourriture aux Palestiniens affamés sous la forme de «jeux de la faim».

En juin, poussé par une faim extrême, je me suis moi aussi rendu dans un centre GHF. Là-bas, j’ai vu mon peuple ramper sur le sable brûlant pour obtenir de la nourriture. J’ai vu un jeune homme se protéger des balles en se cachant derrière une autre personne. J’ai vu des jeunes hommes s’entre-tuer à coups de couteau pour un kilo de farine.

En juillet, l’armée israélienne a rasé ma maison, en même temps que tout mon quartier.

En août, l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) a officiellement confirmé que Gaza était en proie à la famine.

À ce moment-là, il ne nous restait plus rien à manger, pas même de la farine. Nous fabriquions du pain fin en moulant des lentilles rouges ou de la nourriture pour oiseaux à base de riz. Un morceau de ce pain constituait mon seul repas de la journée.

En septembre, l’armée israélienne a ordonné un nouveau déplacement massif du nord vers le sud de Gaza, plongeant des centaines de milliers de personnes dans la misère d’un nouveau déplacement.

En octobre, un nouvel accord de cessez-le-feu a été annoncé. À ce moment-là, je n’avais plus l’énergie de ressentir quoi que ce soit. J’étais déjà consumée par le chagrin d’avoir perdu beaucoup de mes proches et amis, ma maison et toute ma ville.

J’ai perdu mes deux contrats de rédaction de contenu en freelance, car je ne pouvais pas suivre le rythme de travail en raison des conditions inhumaines du déplacement.

Au fond de moi, je savais qu’Israël ne respecterait pas sa part de l’accord de trêve et que ce ne serait pas la dernière tragédie.

En novembre, mes soupçons se sont confirmés. Israël a continué à nous bombarder. Le génocide s’est simplement transformé, passant d’une campagne de meurtres intense, bruyante et spectaculaire à une version plus discrète.

L’accaparement des terres par Israël s’est poursuivi, la «ligne jaune» s’étendant sans cesse et engloutissant de plus en plus de terres, y compris ce qui restait de mon quartier.

Ce mois-là, l’indifférence du monde est devenue encore plus flagrante, les gouvernements refusant de condamner les violations du cessez-le-feu par Israël et lui accordant au contraire des récompenses, comme un contrat gazier de 35 milliards de dollars.

En décembre, un hiver cruel s’est abattu sur la région, inondant les tentes et détruisant les bâtiments. Des bébés ont commencé à mourir d’hypothermie.

Si je pouvais effacer de ma mémoire un événement de cette année de misère, ce serait mon voyage sur le site du GHF. Les scènes que j’y ai vues représentent, à mon sens, le summum du mal. Je ne parviens toujours pas à me débarrasser du sentiment de peur qui m’envahit lorsque je passe devant les endroits que j’ai traversés pour me rendre sur le site du GHF et en revenir.

Aujourd’hui, alors que j’erre dans les ruelles étroites et inondées de mon campement, je me demande : qu’est-ce qui pousse toutes ces personnes à s’accrocher à la vie après avoir perdu leur maison, leur travail et leurs proches ?

D’après ce que je sais, ce n’est pas l’espoir, mais un mélange d’impuissance et d’acceptation du destin.

C’est peut-être parce qu’à Gaza, le temps s’est figé. Ici, le passé, le présent et l’avenir se déroulent simultanément. Le temps ici n’est pas une flèche, il ne file pas. C’est un cercle qui fusionne les débuts et les fins, entre lesquels se trouvent d’infinis épisodes d’agonie terrifiante.

À l’instar des lois fondamentales de la physique, qui ne font aucune distinction entre le passé et le présent, la tragédie à Gaza ne fait aucune distinction non plus.

Le mouvement d’un pendule de droite à gauche est le même mouvement dans la direction opposée, avec la même énergie et la même impulsion. À moins que nous n’initiions le processus, le passé et l’avenir ne seraient pas identifiables.

Récemment, j’ai commencé à m’intéresser à l’idée de rétrocausalité à Gaza, où l’avenir affecte le passé, où l’effet se produit avant la cause. En regardant les bâtiments s’effondrer d’eux-mêmes, j’imagine comment les avions israéliens les bombardent à un moment donné dans le futur, mais nous les voyons se désintégrer maintenant.

Bien sûr, on pourrait dire que les bâtiments continuent de s’effondrer à Gaza parce qu’ils ont déjà été endommagés par les bombardements israéliens. Mais il est également vrai qu’Israël continue de bombarder ce que les Palestiniens reconstruisent. Le même bâtiment serait bombardé et restauré encore et encore, il n’est donc pas exagéré d’imaginer que les décombres palestiniens actuels seront détruits à l’avenir par une bombe israélienne.

Alors que le monde se tourne vers une nouvelle année et un avenir meilleur, nous, à Gaza, redoutons ce qui va arriver. Nous sommes pris entre un passé que nous n’osons pas nous rappeler et un avenir que nous n’osons pas imaginer.

Nous ne pouvons même pas prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année, car nous n’avons aucun contrôle sur nos vies.

Je veux manger moins de sucre, mais Israël pourrait le faire à ma place en bloquant à nouveau l’entrée de toute nourriture à Gaza. Je veux apprendre à nager, mais Israël pourrait me tirer dessus si je mets les pieds dans la mer. Je veux replanter mon jardin, mais je ne peux même pas m’en approcher. Je veux emmener ma mère à La Mecque pour visiter la mosquée al-Haram, mais Israël ne nous autorise pas à voyager.

La seule résolution que je puisse prendre pour la nouvelle année est probablement de m’habituer aux douches froides ; le manque de gaz et de bois de chauffage pourrait bien faciliter la réalisation de ce souhait.

À Gaza, il n’y a rien à planifier, mais tout à souhaiter.

 

Source :  Qasem Waleed  Chronique de Palestine

 

Justice internationale et responsabilité politique : l’affaire Netanyahou, un test pour le droit universel

La société civile mondiale interpelle les États sur leur devoir de coopération avec la Cour pénale internationale et sur la nécessité d’une justice égale pour tous.

À la veille des élections israéliennes, une pétition mondiale rappelle que Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, reste sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés commis à Gaza. Cette initiative citoyenne invite à repenser la place du droit international dans un monde où la politique tend trop souvent à supplanter la justice.

À l’approche des prochaines élections israéliennes, une question traverse les chancelleries et les consciences : que vaut encore la justice internationale lorsque les responsables politiques soupçonnés de crimes de guerre continuent à exercer le pouvoir sans entrave ?

Une pétition, lancée par des citoyens de divers pays, rappelle que Benyamin Netanyahou, Premier ministre israélien, fait toujours l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés commis à Gaza.
Au-delà du symbole, cette initiative interroge la cohérence du système international et la capacité des États à faire respecter les principes qu’ils proclament.

Un mandat d’arrêt, une obligation juridique

Le mandat d’arrêt émis par la CPI ne relève pas de la rhétorique politique : il repose sur des faits graves, documentés par des enquêtes et témoignages. Il appartient bien sûr à la Cour de juger, mais aux États parties au Statut de Rome de coopérer pleinement. En vertu du droit international, tout pays signataire qui accueillerait Benyamin Netanyahou sur son sol devrait légalement procéder à son arrestation et le remettre à la juridiction de La Haye.

Ce rappel juridique, dérangeant pour certains gouvernements, souligne une évidence : la primauté du droit sur la politique ne saurait être à géométrie variable.
La CPI ne peut être crédible que si ses décisions s’appliquent à tous, sans distinction de puissance, d’alliance ou d’intérêt géostratégique.

Or, trop souvent, le droit international humanitaire est invoqué à la carte. On le brandit lorsqu’il sert les intérêts d’un camp, on l’oublie lorsqu’il dérange un partenaire stratégique. Cette sélectivité mine la confiance des peuples dans les institutions et nourrit un sentiment d’injustice qui alimente, in fine, la violence qu’il prétend combattre.

Une exigence de cohérence morale et politique

La pétition citoyenne ne se contente pas de dénoncer : elle pose une question de fond.
Peut-on continuer à parler de « communauté internationale » si le droit cesse d’être universel ?
Depuis Nuremberg, le principe est clair : aucune fonction politique, aussi haute soit-elle, ne saurait protéger un individu des conséquences de ses actes lorsque ceux-ci violent le droit humanitaire.

Les crimes commis à Gaza, les bombardements sur des zones densément peuplées, le blocus prolongé, les entraves à l’aide humanitaire constituent autant d’éléments qui justifient une enquête impartiale. Refuser de la mener à terme ou d’en appliquer les conclusions reviendrait à délégitimer soixante-dix ans d’efforts pour bâtir un ordre international fondé sur le droit et non sur la force.

Les signataires de cette pétition — juristes, intellectuels, citoyens — rappellent que la justice ne peut dépendre des rapports de puissance.
Ils plaident pour que les dirigeants du monde, notamment ceux des États membres de la CPI, respectent leurs engagements et coopèrent pleinement avec la Cour, quelle que soit l’identité de l’accusé.
Cette cohérence n’est pas un luxe moral : c’est une condition de survie du système international fondé sur des règles

Une mobilisation mondiale, symbole d’un sursaut civique

L’initiative, qui ambitionne de recueillir un million de signatures, n’a rien d’anecdotique.
Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation du droit par la société civile. Dans un monde où les États hésitent, les citoyens rappellent que la justice ne peut être négociée.
Ils affirment que la paix véritable ne se construit ni dans le silence ni dans l’oubli, mais dans la reconnaissance des souffrances et la responsabilité des auteurs.

Cette mobilisation traduit aussi une évolution du rapport entre gouvernés et gouvernants : les citoyens n’attendent plus que les institutions internationales agissent seules.
Ils exigent des comptes, rappellent les obligations légales, et refusent que la realpolitik serve d’alibi à l’inaction.
C’est dans cette vigilance citoyenne que réside désormais une part essentielle de la légitimité du droit international.

Le test de notre crédibilité collective

L’affaire Netanyahou n’est pas une question isolée. Elle met à l’épreuve la cohérence du système international dans son ensemble.
Si les États parties au Statut de Rome choisissent l’inaction, ils enverront un signal dévastateur : celui que la justice internationale n’est opérante que contre les faibles.
À l’inverse, s’ils affirment la primauté du droit sur les alliances politiques, ils redonneront sens à la promesse faite après les guerres du XXe siècle — celle d’un monde où la dignité humaine prime sur la raison d’État.

La justice internationale n’est pas un luxe moral réservé aux périodes de paix.
Elle est la condition même de la paix durable.
Ne pas l’appliquer, c’est accepter que la violence devienne une norme et que le droit redevienne l’instrument du plus fort.

A/Kader Tahri 
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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