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Territoires Occupés de la Palestine : quand la presse parisienne joue les commis de la colonisation : (Archives)

Ah ! Qu’il était beau, le Président Français, drapé dans sa chlamyde de grand commandeur du Droit International à la tribune de l’ONU ! La voix trémolante, le regard fixé sur la ligne d’horizon des sondages en berne, il est venu porter la Bonne Parole aux sauvages : « Dites donc, en Cisjordanie, c’est pas très joli-joli, et puis d’abord le Hamas y est pas ! »

Scandale ! Hérésie ! Blasphème en direct sur BFM !

Aussitôt, dans les rédactions parisiennes aux moquettes épaisses et aux éditorialistes en béton armé, ce fut le branle-bas de combat. Pensez donc : rappeler un fait géographique élémentaire  à savoir que la Cisjordanie est administrée par l’Autorité palestinienne et quadrillée par l’armée israélienne, c’est quasiment de la haute trahison envers le manuel de bien-pensance du parfait petit colonisateur !

Au Figaro, on a tout de suite sorti les pelles à purin pour ramasser les réactions de LFI. « Regardez, même Mélenchon dit que c’est un Tartuffe ! » gloussent les rédacteurs en chef, ravis de pouvoir faire d’une pierre deux coups : taper sur le Président gesticulateur tout en évitant soigneusement de prononcer les mots « colonisation », « blocus » ou « droit international ». Bah oui, ma bonne dame, si le type qui vend des armes le mardi déplore les morts le mercredi, ce n’est pas un problème de bombardement, c’est un problème de com’ !

L'angle du Figaro consiste à instrumentaliser les réactions politiques en l'occurrence celles de La France Insoumise  pour cadrer l'intervention de Macron non pas sur le fond du droit international, mais sous l'angle du spectacle politique et du double jeu.

La rhétorique du procès en insincérité : En mettant en avant les qualificatifs de « Tartuffe » ou de « comédien », l'article déplace le débat : on ne parle plus de la colonisation ou du statut de la Cisjordanie, mais de la posture morale du Président.

L'évitement du sujet de fond : Le Figaro s'appuie sur la critique d'opposition pour invalider le constat de fait posé par le chef de l'État (l'absence de pouvoir structurel du Hamas en Cisjordanie occupée). L'argumentation vise à disqualifier la parole publique française en la réduisant à un simple calcul électoraliste ou diplomatique sans portée réelle.

L'éditorial du Point adopte une stratégie d'alignement sémantique avec la communication officielle du gouvernement israélien (qui a qualifié les propos de Macron d'« absurdité grotesque »).

Le piège du mot-clé : L'article isole une formule ou un mot du discours pour faire sauter tout le contexte géopolitique. En isolant l'affirmation selon laquelle le Hamas n'est pas aux commandes en Cisjordanie, l'éditorial cherche à faire passer un fait territorial et politique pour une faute morale ou une omission coupable.

La légitimation du récit sécuritaire : L'imposture de cette grille de lecture réside dans l'assimilation permanente de toute la population palestinienne et de tous ses territoires à une menace terroriste globale, permettant de justifier l'extension des colonies et l'occupation militaire sous couvert de légitime défense.

 

Au Point, on frôle l'infarctus du myocarde. Trouver « le mot qui annule tous les autres » ! Quel suspense ! On attendait le décodage d'un manuscrit de la mer Morte, on a juste eu droit au habituel numéro d'équilibrisme : expliquer que constater l'absence de régiment du Hamas sous les oliviers de Jénine, c’est limite faire l’apologie du terrorisme. Selon la presse des salons, quand un bulldozer rase une maison à Hébron, c'est forcément pour débusquer un tunnel sous l'évier. Si l'évier est vide ? C'est que le tunnel était bien caché !

Et comme si le duo ne suffisait pas, le Journal du Dimanche est entré dans la danse en traînant ses grosses bottes de treillis. Depuis que le JDD a troqué sa plume d'information dominicale pour le képi d'un régiment d'infanterie, on n'y va plus avec le dos de la cuillère ! Pour le foudroyant gratte-papier de service, les mots du Président ne sont rien de moins qu’une « absurdité grotesque », reprenant au mot près, en bons toutous de garde, le communiqué vengeur transmis directement depuis le bureau de Bibi Netanyahou.

Au JDD, on jubile : Bibi cite la Bible, parle de « Judée-Samarie », et le journal valide en hochant gentiment la tête, ravi d’apprendre que le droit international se lit désormais dans l'Ancien Testament. Macron ose qualifier le drame humain à Gaza de « spectacle qui nous fait honte » ? Vaine agitation diplomatique, tranche le JDD ! Pensez donc, réclamer la paix et le respect des frontières, quelle drôle d'idée quand on peut juste envoyer des bulldozers annexer deux collines de plus sous couvert de légitime défense.

Mais le plus croustillant dans cette farce tragique, c'est la performance DU Président Français qui  nous fait le coup du désarroi moral à New York, pendant qu'à Paris, les livraisons d'armes et la coopération militaire se poursuivent dans le plus grand des calmes, au mépris des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale. On condamne les larmes aux yeux le matin, on valide les traités commerciaux l'après-midi, et le soir on s'étonne que personne ne rigole à la pièce.

Résultat des courses : une presse d'opinion aux abois qui nous explique avec gravité que la réalité est une fake news, un gouvernement israélien qui hurle à l'outrage dès qu'on ne lui tend pas le tapis rouge, et un Président français qui continue de flotter au-dessus du vide, persuadé qu'une belle formule diplomatique équivaut à sauver des lives.

Allez, rideau ! Et n'oubliez pas d'acheter vos journaux dimanche : on vous expliquera gentiment que la paix est un concept dépassé et que le bombardement préventif est bon pour le commerce !

Moralité ; Aveuglement des médias et des politiques sur la situation à Gaza et en Cisjordanie … Gaza est un champ de ruines et des milliers milliers de morts … la loi du plus riche et du plus fort … la loi de la force contre la loi du droit ! Rien de nouveau !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

 

 

Le « crime » d’Adèle Haenel : avoir refusé la hiérarchie des victimes

 

La droite réactionnaire et ses éditorialistes de garde sont au bord de la syncope. Ils criaient déjà au scandale quand Adèle Haenel avait osé quitter la cérémonie des Césars face à un agresseur célébré par le tout-Paris ; les voilà désormais au sommet de l'hystérie. Son nouveau « crime » ? Avoir pris la parole pour lier la grille d'analyse du féminisme celle qui refuse la violence, le déni et l'impunité  au carnage perpétré à Gaza.

Dans le bréviaire réactionnaire, cette prise de position est perçue comme une haute trahison. Pour cette droite, le féminisme ne doit être accepté qu’à une seule condition : rester un accessoire inoffensif, une posture morale pour dîners en ville, ou mieux encore, une arme opportuniste pour cibler les banlieues et l'immigration. Mais qu'une femme refuse de borner son indignation aux frontières du monde occidental, qu'elle applique les mêmes principes de justice à Gaza qu'à Paris, et la sentence tombe immédiatement : elle est décrétée manipulée, dévoyée, habitée par la « haine de l'Occident ».

L’infantilisation comme bouclier rhétorique

Plutôt que d'affronter la réalité des faits  des dizaines de milliers de civils, de femmes et d'enfants broyés sous les bombes avec la complicité morale et matérielle des gouvernements occidentaux –, les critiques préfèrent s’en prendre à la santé mentale et à l'autonomie des féministes.

C’est le cœur de leur argument sur le fameux « féminisme d’atmosphère » : selon eux, la femme lambda serait une créature crédule, incapable d'élaborer une pensée géopolitique propre. Elle s'engagerait pour défendre ses droits intimes, puis se ferait piéger à son insu par de sombres officines décoloniales ou sionistes. Ce paternalisme d’un autre âge en dit long : pour cette droite, une femme ne raisonne pas, elle se fait embrigader. L’idée même qu’une solidarité humaine puisse traverser les frontières leur est intellectuellement étrangère.

La complicité des médias : de la mise sous séquestre au nettoyage audiovisuel

Cette cabale réactionnaire ne tourne pas à vide : elle s'appuie sur des relais médiatiques complices, véritables gardiens du dogme et de la censure. La panique qui s'est emparée du paysage audiovisuel dès qu'Adèle Haenel a prononcé les mots interdits – génocide, sanctions, Palestine libre – en est la démonstration la plus flagrante.

En retirant en urgence les replays et les extraits vidéo, le service public et les chaînes d'information ne cherchent pas à protéger un quelconque équilibre républicain : ils protègent un récit officiel. Les mêmes médias qui célèbrent à longueur de journée la liberté d'expression quand il s'agit d'insulter les minorités paniquent soudainement dès qu'une voix dissidente nomme les crimes de guerre.

On assiste à un véritable nettoyage de l'espace public : Le vocabulaire est filtré : le carnage devient un « conflit », le massacre de masse une « riposte », et les victimes palestiniennes de simples « dégâts collatéraux ». Les voix divergentes sont criminalisées ou effacées : tout invité qui refuse de réciter le catéchisme géopolitique dominant se voit menacé de mort sociale ou banni des plateaux.

En étouffant la parole d'Adèle Haenel, l'appareil médiatique a prouvé qu'il préférait la complaisance envers un État colonisateur plutôt que l'honneur d'informer. La censure n'est pas un accident de parcours : c'est l'outil indispensable pour maintenir le consensus de l'indifférence.

La géométrie variable de l'indignation

Ce qui dérange profondément dans la parole d’Adèle Haenel, c'est qu'elle met à nu ce double standard quotidiennement entretenu par la presse de grand chemin :

Le féminisme utile : Celui qu’on brandit avec emphase lorsqu'il s'agit de dénoncer les violences commises par le voisin du dessous ou d'alimenter les stigmates raciaux. Là, nos éditorialistes se découvrent soudain une âme de chevaliers de la cause des femmes.

Le silence exigé : Dès lors que les bombardements sont le fait d’un État allié soutenu par nos diplomaties, la compassion devient suspecte, et la dénonciation du massacre est estampillée « terroriste » ou « anti-occidentale ».

Adèle Haenel n'a fait que rappeler une vérité fondamentale : la lutte contre la violence patriarcale et la lutte contre la violence coloniale ou militaire procèdent du même refus de la domination et de l'écrasement des corps.

L'arroseur arrosé

En prétendant que la frontière entre le « bon féminisme mainstream » et le « féminisme radical » a cédé, l'extrême droite et ses clercs médiatiques avouent leur plus grande crainte : que la lucidité politique devienne contagieuse. Ils voulaient des femmes victimes, silencieuses, reconnaissantes qu'on leur accorde quelques miettes de justice sous nos latitudes. Ils se retrouvent face à des militantes politiques qui refusent d'être les cautionnaires d'une barbarie lointaine.

Ceux qui comptaient sur la censure et le silence des féministes pour laisser s'accomplir le drame palestinien en sont pour leurs frais. Celles qui ont appris à briser l'omerta face aux agresseurs d'ici ne risquent pas de fermer la bouche face aux boucheries financées par nos silences.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.


Gaza et le massacre propre : Quand la sémantique sert de bouclier au crime

Ah ! Quel bonheur d'apprendre qu'à Gaza, les bombes ne tuent pas avec l'intention de tuer, mais par pur sens du devoir pédagogique !

Il faut lire les grands penseurs du salon bourgeois pour enfin comprendre : si vous voyez des enfants décapités, des hôpitaux rasés et toute une population réduite à mâcher de l'herbe sous des pluies de phosphore, vous n'êtes qu’un pauvre « ignorant endoctriné » ou, mieux encore, un « antisémite » tapi dans le buisson du droit international. C’est écrit noir sur blanc dans cette prose sirupeuse, dégoulinante de fausse rigueur et de vraie condescendance : les Israéliens ne commettent pas un génocide, ils font de la pédagogie militaire lourde.

C’est le grand miracle de la sémantique de salon. Le mot « génocide » serait trop lourd, trop noble, trop réservé. Il faudrait le conserver sous verre, propre, lavé de tout soupçon, comme un argenterie de famille qu’on ne sort que pour les commémorations du passé. L’appliquer aujourd’hui à Gaza ? Quelle vulgarité ! Quelle « indigence intellectuelle » !

La méthode du chirurgien (à la moissonneuse-batteuse)

L'auteur du pamphlet nous explique avec la gravité d’un prof de droit sous valium que la guerre, « voyez-vous, c'est sale ». Dresden ! Hamburg ! Grozny ! On vous sort le grand jeu des analogies historiques. Mais le sophisme est si gros qu’il en fait sauter les charnières.

Le Hamas est partout, dites-vous ? Pratique ! Le Hamas est dans l’incubateur de la couveuse, dans le sac de farine de l'ONU, sous la tente du réfugié et dans la bouteille d’eau (qu'on a pris soin de couper). Dès lors, raser 80 % des habitations et massacrer des dizaines de milliers de civils ne relève pas de la volonté d'anéantir, non ! C'est juste un dommage collatéral d’une armée tellement « morale » qu'elle prévient ses victimes par SMS avant de pulvériser leur salon.

L’intention génocidaire ? Quelle introuvable chimère ! Il ne faut surtout pas écouter les ministres du gouvernement israélien qui parlent publiquement d’« animaux humains », d'effacer Gaza de la carte ou d'assoiffer deux millions d'âmes. Non, ça, c'est de la poésie lyrique de coalition gouvernementale ! Ne mélangeons pas les torchons de la rhétorique d'État et les serviettes de la Cour Internationale de Justice.

L’insulte suprême : la cécité sur diplôme

Le sommet du grotesque est atteint quand notre pamphlétaire s’en prend aux ONG, aux juristes de l'ONU, à la Croix-Rouge et aux universitaires. Ces gens-là souffriraient d’une « ignorance savante ».

Comprenez :

Ceux qui sont sur le terrain, qui ramassent les membres épars à la cuillère et documentent chaque violation des conventions de Genève, ne comptent pas. Seul compte l’éditorialiste parisien, confortablement assis devant son café gourmand, qui nous explique depuis son XVIe arrondissement que la Croix-Rouge s'est fait pigeonner par la propagande du Hamas.

Selon cette rhétorique bancale, dénoncer le massacre systématique d'un peuple piégé dans une cage à ciel ouvert ne relèverait pas de l'humanité la plus élémentaire, mais d'une mystérieuse « passion antisémite ». C'est le coup de grâce intellectuel : l'inversion accusatoire poussée au rang d'art majeur. Si vous vous indignez devant 70 000 morts ou disparus sous les décombres, ce n'est pas parce que vous avez un cœur ou des yeux : c'est parce que vous cherchez désespérément à diaboliser l'État juif pour vous laver la conscience !

Bilan comptable et morale à géométrie variable

Alors résumons la grille de lecture de ces grands esprits :

Si une armée occidentale ou alliée pilonne une enclave fermée : C’est de la guerre urbaine tragique mais inévitable. Les morts civils sont la faute exclusive des combattants qui se cachent parmi eux. Circulez, y a rien à voir.

Si l'ONU, la CIJ et les ONG crient au génocide : Ce sont des idiots utiles ou des complices des terroristes.

Si vous refusez de fermer les yeux : Vous êtes un analphabète émotionnel manipulé par TikTok.

Quelle prodigieuse acrobatie mentale pour éviter de nommer ce qui se passe sous nos yeux ! La vérité, c'est que ce texte n'est pas une réflexion philosophique sur le sens des mots : c'est un manuel de nettoyage sémantique. Une tentative désespérée de raser les mots après avoir rasé les villes.

Mais que voulez-vous ? Les soldats ont bien foutu la merde aux quatre coins du globe... sauf là-bas. Là-bas, ils sont gentils ! Enfin, c’est en tout cas la fable magnifique que nous racontent à longueur de journaux de 20 heures la plupart des médias et des gouvernements occidentaux. Décidément, ils n’ont vraiment pas de chance, ces Gazaouis : parmi toutes les armées du monde, il a fallu qu’ils tombent sur la seule qui massacre avec des sentiments purs, pulvérise des quartiers entiers par pur sens du devoir moral et affame deux millions d'âmes avec la bénédiction du droit international !

Quelle ironie tragique. Aucun jargon pompeux, aucune leçon de morale en papier glacé et aucun éditorial de salon ne suffiront jamais à effacer cette réalité : quand on rasé une terre et son peuple, on ne fait pas de la « guerre propre », on exécute un projet d'effacement. Et les mots finiront toujours par rattraper les bourreaux, qu'ils soient armés d'un canon ou d'un stylo.

Pourquoi ce développement fonctionne :

Le principe est simple. Il existe des mouvements politiques dont le maintien au pouvoir rend la paix impossible. Dans ces cas-là, la suppression de ce pouvoir peut être une condition préalable à la paix plutôt qu'un obstacle  avec la présence au gouvernement israélien de figures de l'extrême droite ultranationaliste (exigeant la suprématie juive ou prônant l'annexion) est parfois comparé à des dynamiques fascisantes axées sur le rejet de l'Autre et l'ethno-nationalisme. Loi « État-nation » : La loi fondamentale adoptée en 2018, définissant Israël comme l'État-nation du peuple juif, est critiquée pour son caractère exclusif envers les citoyens non-juifs (notamment arabes palestiniens), en conservent les réflexes de base : le refus du pluralisme, la recherche d’un bouc émissaire, la justification de la violence contre leurs adversaires politiques, posent précisément ce problème.

Israélien: on ne peut mieux dire ! C’est vraiment le signifiant à conquérir. Mieux ! La violence de chaque intervention armée et anti civils, est ainsi justifiée, et peut d'autant mieux s'appeler "droit à la défense". Le sionisme ainsi est au final "vainqueur" ou en tout cas brièvement rendu impossible.

Les guerres prennent généralement fin lorsqu'on découvre que les poursuivre est pire que d'en accepter le résultat. L'Allemagne et le Japon l'ont appris, tout comme d'innombrables autres sociétés. La défaite peut remplir la fonction moralement utile de détruire les illusions et les fantasmes.

Pour Israël l'illusion totale qu'un  génocide suffisant  finira par faire disparaître Gaza persiste. Dès lors, chaque Israélien est invité à rouvrir un conflit que l'histoire a déjà réglé.

Mais les faits sont têtus, et le droit international l'est encore plus. Quand on affame méthodiquement une population, qu'on détruit ses hôpitaux, ses écoles, ses réseaux d'eau et qu'on la bombardera de refuge en refuge jusqu'à la mer, on ne fait pas de la « guerre asymétrique ». On exécute un projet d'effacement. Et aucun jargon pompeux, aucune leçon de morale en papier glacé ne suffira à nettoyer le sang des tapis de ces grands théoriciens de la « guerre propre ».

Il n'y a rien d'humain à encourager les gens à se battre indéfiniment pour un résultat qu'ils n'atteindront pas. La compassion consiste parfois à annoncer à un peuple colonisateur que la guerre est finie et qu'il a perdu. Construisez plutôt quelque chose. La colombe est un magnifique symbole. Pourtant, elle ne peut se poser en toute sécurité que si l'on a réussi à effrayer le faucon pour qu'il ne la mange plus.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Gaza, la fausse vertu de l'extrême droite et la comédie des civilisés :

« Qu'un officier israélien soit capable de réciter de la poésie entre deux frappes de drones ne change rien : tous communient dans le même mépris de Gaza et de ses enfants. »

C’est une bien triste époque pour les professionnels de la bonne conscience : le monde s’obstine à regarder là où ça saigne, plutôt que là où l’on théorise. Il faut lire avec une fascination presque médicale ces textes de notables effarouchés qui, la main sur le cœur et l’œil humide, nous expliquent que le véritable danger pour l’humanité n’est pas la pluie de bombes de 2000 livres sur des tentes de réfugiés, mais la redoutable « haine » qui couve dans un amphithéâtre universitaire ou dans un tweet de la France Insoumise.

Quel chef-d’œuvre d’inversion pyrotechnique ! Observez la mécanique : un État surarmé, béni par les chancelleries occidentales, occupé à raser des villes entières, à liquider des générations de gamin(e)s et à planifier le vide sanitaire, réussit encore l'exploit d'écrire des élégies sur sa propre souffrance. Il paraît que critiquer cette performance démocratique, c’est déjà chausser les bottes des Einsatzgruppen. Rien que ça. Si un étudiant brandit un drapeau palestinien, Kant vacille, Nietzsche tremble, et la civilisation s’effondre. Mais quand une bombe guidée pulvérise une maternité, c’est de la « légitime défense préventive » rédigée dans une syntaxe irréprochable.

Ils aiment convoquer la culture, l'histoire et les grands massacres de la terre de l'Est pour nous donner des sueurs froides. Ils nous racontent, la voix tremblante, comment les diplômés de Weimar citaient Goethe avant d'exterminer. Mais quelle ingratitude envers eux-mêmes ! Ils oublient de préciser que les vrais héritiers de ces bureaucrates en col cassé ne sont pas les gamins qui défilent le samedi soir. Les vrais successeurs de ces rationaliseurs de la mort, ce sont précisément ceux qui, en costume-cravate sur les plateaux télé, vous expliquent avec un flegme académique et des catégories juridiques bien polies qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des civils, et qu’affamer deux millions de personnes est un « dilemme tactique complexe ».

La voilà, leur fameuse « barbarie sentimentale » : cette extraordinaire capacité à transformer un tank en colombe blessée et une victime en coupable d’existentialisme abusif. Pour cette élite le nez collé à sa propre vertu, un Palestinien qui meurt est une abstraction malencontreuse, mais un occidental dérangé dans son confort moral par le mot « antisionisme » est un martyr de la liberté.

On nous adjure d’« ouvrir les yeux ». Mais leurs yeux à eux sont grands ouverts… uniquement sur le miroir qui reflète leur pureté imaginaire. Ils ne voient pas la barbarie, parce qu’elle porte leur uniforme, parle leur langue, et cite leurs valeurs. Ils préfèrent traquer « le poison du ressentiment » chez ceux qui s'indignent, plutôt que d'évaluer le tonnage d'explosifs balancé par leurs protégés.

Alors épargnez-nous vos sermons sur « la nuit du cœur » et « l’âme humaine fragile ». Ce ne sont pas les pancartes des campus qui préparent les charniers de demain : ce sont vos silences polis, vos complicités d’experts et vos larmes de crocodiles versées sur le dos des opprimés. La barbarie a ceci de pratique aujourd’hui qu'elle se traite en conférence de presse et se finance par virement bancaire. Pour le reste, dormez braves gens : le bien est au pouvoir, et il est armé jusqu'aux dents.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Trump, Gaza et le roi philosophe : petite fable royale pour presse obéissante :

Quand la presse courtisane applaudit le mensonge décoratif et tente de prendre les sujets du Makhzen comme des canards et derrière un récit diplomatique lisse et solennel, une presse complaisante fabrique un mythe : celui d’une sagesse monarchique convoquée par Donald Trump pour pacifier Gaza. Cette tribune démonte, ironise et expose les ficelles d’une propagande qui confond communication, prestige et paix réelle, au mépris des faits, du droit international et des morts bien réels.

Donald Trump aurait donc trouvé la solution au chaos moyen-oriental : demander conseil. Pas à des diplomates, pas à l’ONU, pas aux Palestiniens eux-mêmes non  mais à la “sagesse”. Une sagesse royale, évidemment. Car quand les bombes tombent, rien ne vaut un adjectif bien choisi.

Selon une certaine presse marocaine, Donald Trump ce même homme qui a piétiné le droit international avec l’enthousiasme d’un promoteur immobilier  se serait soudain souvenu que la paix ne s’improvise pas sans l’éclairage philosophique du palais royal de Rabat. On imagine la scène : Gaza en ruines, Washington perplexe, et quelque part, la monarchie marocaine convoquée comme oracle géopolitique.

Le récit est propre, lisse, rassurant. Trop. Car ce texte ne décrit pas la réalité : il la maquille.

Trump n’a jamais cherché la paix, il a cherché la photo. Il n’a jamais défendu les Palestiniens, il les a effacés. Il n’a jamais respecté la légalité internationale, il l’a contournée, ridiculisée, enterrée sous le mot “deal”.

Mais qu’importe : dans cette fable, le réel est accessoire. L’essentiel est ailleurs dans la construction d’un mythe. Celui d’un Maroc présenté comme pivot cosmique de la paix mondiale, consulté comme on consulte un sage taoïste avant une guerre.

On convoque alors l’expert attitré, sorte de prêtre laïc de la géopolitique officielle, qui récite le catéchisme : sagesse, patience, anticipation, confiance universelle. Pas une contradiction. Pas une nuance. Pas une question. La paix devient une posture, la Palestine un alibi moral, Gaza une abstraction polie.

Le plus ironique ou le plus cynique  reste cette invocation obsessionnelle du Comité Al-Qods, brandi comme certificat de vertu, pendant que Jérusalem est méthodiquement vidée de sa dimension palestinienne, pierre après pierre, droit après droit.

La presse du Makhzen ne défend pas la Palestine, elle l’exploite symboliquement. Il ne parle pas de paix. Elle parle de prestige.

Elle ne fait pas de politique internationale. Elle fait de la communication monarchique sous perfusion journalistique.

Et au final, cette prose laisse un goût étrange : celui d’un rire involontaire, presque gêné. Un rire noir. Car pendant qu’on encense la sagesse, les bombes tombent toujours. Pendant qu’on couronne les rois de papier, les civils meurent pour de vrai.

La paix, la vraie, ne se proclame pas dans un article complaisant. Elle se construit contre les puissants, pas avec leurs mythologies. Et certainement pas avec Donald Trump comme messager.

Cette presse courtisane d’un roi en papier absent sur scène, ne brûle pas. Elle anesthésie  et c’est peut-être pire, nous voilà avec un royaume des Milles et Une Nuits.


A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Conseil de la paix : Gaza aux enchères, Palestiniens exclus



Un « Conseil de la paix » sans Palestiniens, des sièges à un milliard de dollars, et une diplomatie transformée en salle des ventes : derrière le vernis officiel, Washington vend la paix, efface un peuple et piétine le droit international. Cette tribune démonte, ridiculise et expose la mascarade impériale qui se joue à Gaza.

Il y a des obscénités qui ne rougissent plus. Le « Conseil de la paix » imaginé par Donald Trump pour Gaza en fait partie. Une institution censée incarner la paix… dirigée par l’homme qui a fait du chaos diplomatique et du chantage une esthétique politique. Une paix présidée par Trump, c’est déjà une farce. Mais une farce sanglante.

Ici, on ne négocie pas la paix : on la met aux enchères. Un milliard de dollars le siège permanent. Prix fixe. Pas de remboursement. Pas de garantie morale. Gaza version Sotheby’s. La paix version Wall Street. Le droit international version NFT géopolitique.

Au centre de ce dispositif grotesque, une absence béante, criante, obscène : les Palestiniens. Le peuple dont on parle. Le peuple qu’on bombarde. Le peuple qu’on affame. Le peuple qu’on prétend « pacifier ». Mais qui n’a même pas droit à une chaise. Trop bruyant, sans doute. Pas bankable.

On décide donc de leur avenir sans eux, au nom d’une paix qu’ils n’ont pas commandée, dans un conseil qu’ils ne contrôlent pas, sous l’autorité d’une puissance qui les marginalise méthodiquement depuis des décennies. Ce n’est pas une négociation : c’est une administration coloniale sous licence américaine.

Pendant ce temps, Gaza brûle, affame, suffoque. Mais le Conseil regarde déjà vers « l’après-guerre ». Traduction : l’après-mort. La reconstruction avant les secours. Les contrats avant les corps. Les appels d’offres avant les appels à l’aide. La souffrance comme préambule à l’investissement.

Ce plan n’a rien d’un projet de paix : c’est un plan de dépossession politique. Il efface l’Autorité palestinienne, contourne toute souveraineté locale, installe une structure extérieure au-dessus des institutions palestiniennes, et enterre la « solution à deux États » sous une avalanche de jargon technocratique. Une annexion politique sans drapeau, mais avec un logo.

Et pendant ce temps, Washington ose parler de stabilité. Comme si l’humiliation permanente produisait autre chose que de la rage. Comme si l’injustice organisée pouvait accoucher de la paix. Comme si l’on pouvait gouverner Gaza contre les Palestiniens sans en payer le prix historique.

Ce Conseil est le symptôme d’un monde malade : un monde où l’ordre international est contourné, où l’ONU est reléguée au rôle de figurant embarrassant, où les grandes puissances bricolent leurs propres règles, leurs propres clubs, leurs propres tribunaux — à condition d’en avoir les moyens financiers.

C’est la diplomatie version club privé. Carte noire exigée. Humanité facultative.

Mais appelons les choses par leur nom : ce n’est pas un Conseil de la paix, c’est un Conseil de domination. Une structure pensée non pour résoudre un conflit, mais pour le gérer à l’avantage des puissants. Non pour rendre justice, mais pour verrouiller un rapport de force. Non pour reconnaître un peuple, mais pour le neutraliser politiquement.

La seule paix possible passe pourtant par une évidence que ce projet piétine délibérément : les Palestiniens ne sont pas un problème à gérer, mais un peuple à reconnaître. Sans souveraineté palestinienne, sans droits politiques, sans continuité territoriale, sans cadre multilatéral légitime, il n’y aura jamais de paix — seulement des cessez-le-feu sponsorisés.

Tout le reste n’est que décor. Tout le reste est mensonge. Tout le reste est violence maquillée en gouvernance. Le Conseil de la paix ? Une mascarade impériale. Une insulte au droit international. Une gifle au peuple palestinien ? Une gifle au monde libre.

La paix ne se vend pas. La justice ne s’achète pas.
Les peuples ne sont pas des options négociables.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le « Conseil de la paix » un instrument de domination globale !

Il faut rompre avec le langage feutré de la diplomatie pour nommer la réalité politique qui se dissimule derrière le projet de « Conseil de la paix » lancé par Donald Trump. Ce dispositif, présenté comme une réponse pragmatique à l’impuissance supposée de l’ONU, constitue en vérité l’une des offensives les plus dangereuses jamais menées contre le principe même d’un ordre international fondé sur le droit. Il ne s’agit pas de réformer la gouvernance mondiale, mais de la confisquer.

Le discours qui accompagne la naissance de ce Conseil relève d’une rhétorique bien rodée : l’ONU serait obsolète, inefficace, paralysée par ses propres règles. Cette critique, largement partagée, est cependant utilisée ici comme un prétexte. Car ce n’est pas l’échec du multilatéralisme qui est combattu, mais ce qu’il contient encore de contraignant pour les grandes puissances. L’ONU n’a pas échoué par excès de règles, mais par sabotage délibéré de celles-ci, au premier rang desquels, figure les États-Unis eux-mêmes.

Le « Conseil de la paix » n’est donc pas une alternative, mais une entreprise de substitution. Il vise à court-circuiter le système onusien en installant un organe parallèle, dépourvu de toute légitimité universelle, mais doté d’une efficacité redoutable précisément parce qu’il échappe à toute forme de contrôle collectif. Là où le Conseil de sécurité est bloqué par le droit de veto, Trump propose un organe où le veto devient personnel, concentré entre les mains d’un seul homme.

La Charte fondatrice du Conseil est, à cet égard, édifiante. Les États membres ne sont ni élus ni désignés selon un principe de représentation équitable, mais invités à titre discrétionnaire. Les mandats sont révocables, conditionnels, renouvelables à la convenance du président. Les contributions financières ouvrent droit à des privilèges politiques. La paix, désormais, se finance ; la légitimité s’achète ; la souveraineté se négocie.

Cette architecture institutionnelle rompt radicalement avec le socle minimal du droit international : l’égalité souveraine des États. Elle instaure un système hiérarchique, où quelques pays exécutent pendant qu’un seul décide. Donald Trump n’y agit pas comme un médiateur ou un garant, mais comme une autorité exécutive suprême, cumulant pouvoir de nomination, droit de veto et monopole de l’interprétation juridique. Le multilatéralisme est vidé de sa substance pour devenir une simple mise en scène.

Dans ce cadre, Gaza apparaît comme un laboratoire grandeur nature. Territoire déjà dévasté par des décennies de violations du droit international, il est aujourd’hui envisagé comme un terrain d’expérimentation pour cette nouvelle diplomatie de tutelle. La paix n’y est pas conçue comme l’expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais comme une opération de gestion confiée à une coalition d’États alignés. Si Gaza peut être administrée sans souveraineté, alors aucun pays du Sud n’est à l’abri.

Car le projet est fondamentalement exportable. Afrique, Amérique latine, Asie : partout où les équilibres régionaux résistent aux intérêts dominants, le « Conseil de la paix » pourra être invoqué pour justifier une mise sous contrôle politique, économique ou sécuritaire. La Charte ne prévoit aucun contre-pouvoir crédible, aucun mécanisme de reddition de comptes, aucune garantie pour les peuples concernés. L’arbitraire devient la norme, la stabilité un slogan.

L’objectif final est clair : marginaliser définitivement l’ONU. Non pas en la réformant, mais en l’asphyxiant. En détournant financements, légitimité et initiatives vers un organe concurrent, Washington prépare l’effacement progressif d’une institution pourtant centrale dans l’imaginaire juridique international. L’enterrement du multilatéralisme ne serait alors plus une conséquence involontaire de l’histoire, mais un choix politique assumé.

Sous ses apparences de modernité et d’efficacité, le « Conseil de la paix » consacre ainsi un monde régi par la loi du plus fort, maquillée en gouvernance responsable. Il transforme la paix en instrument de domination et le droit international en décor symbolique. Face à un tel projet, le silence équivaut à une approbation tacite. Le refuser n’est pas un acte idéologique, mais une nécessité politique.

Car lorsque la paix cesse d’être un droit pour devenir un outil de pouvoir, ce n’est plus la sécurité du monde qui est en jeu, mais sa soumission.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Indignation en kit sioniste, humanisme et compassion sélectif !

« Pendant que certains peuples meurent dans le silence, d’autres deviennent soudainement des causes “nobles” à défendre. Cette tribune décortique l’indignation sélective des intellectuels français et dénonce l’humanisme à sens unique qui masque des postures politiques et idéologiques plus que la compassion réelle. Du Soudan à Gaza, de la Libye à l’Ukraine, il est temps de rappeler que les morts méritent tous la même dignité, et que la morale ne doit pas être à géométrie variable. »

Quelle semaine formidable pour la conscience universelle.
Après mûre réflexion et sans doute un rapide coup d’œil au calendrier géopolitique — une poignée d’« intellectuels français » a décidé qu’il était temps, enfin, de s’indigner. Pas trop tôt, mais juste à temps.

Car voyez-vous, des massacres, il y en a beaucoup. Mais tous ne se valent pas. Certains sont bruyants, médiatisables, idéologiquement rentables. D’autres sont encombrants, gênants, embarrassants. Il faut savoir trier. L’humanisme, comme tout produit de luxe, ne se distribue pas à la chaîne.

Breaking news : des morts viennent d’être découverts

L’Iran, nous apprend-on, serait le théâtre du « plus sanglant des massacres », d’une « ampleur inédite et inouïe ».
Inouïe ? Vraiment ?
À Gaza, des enfants meurent sous les bombes depuis des mois  mais manifestement, ce n’était pas assez inouï.
Au Soudan, des populations entières sont massacrées mais sans doute trop loin, trop pauvres, trop noires, trop peu stratégiques.
En Libye, on a détruit un État entier au nom des droits humains  mais ça, c’était hier, et surtout « pour de bonnes raisons ».

Il faut croire que certains cadavres ont une meilleure couverture médiatique que d’autres. Une question d’angle, de lumière, de narration.

L’universalisme… mais pas pour tout le monde

Les signataires se proclament héritiers des Lumières. Admirable.
Mais apparemment, ces Lumières ont un interrupteur : on / off.

  • On, quand les victimes sont politiquement exploitables.
  • Off, quand elles dérangent un allié, un récit ou une bonne conscience occidentale.

L’universalisme devient ainsi une option facultative, comme les sièges chauffants : très agréable, mais pas indispensable.

L’ingérence militaire : le fantasme éternel du sauveur

Et bien sûr, arrive l’argument-massue, celui qu’on sort quand on n’a plus d’idées mais beaucoup de certitudes :  « militairement s’il le faut ».

Ah, l’intervention militaire humanitaire…
Ce grand classique. Ce tube intergénérationnel.

Irak : échec.
Afghanistan : échec.
Libye : désastre absolu.
Mais rassurez-vous : cette fois, promis, ça marchera.

Pourquoi ?
Parce que ce sont les mêmes qui se trompent depuis trente ans, mais avec encore plus de certitude morale. L’histoire, ici, n’est pas une leçon : c’est une nuisance.

Laïcité, tolérance… et caricature civilisationnelle

Le texte prétend défendre la tolérance tout en recyclant un lexique digne d’un manuel colonial du XIXᵉ siècle. Barbares. Obscurantisme. Autre âge. Religion-alibi.

La République islamique est critiquable évidemment.
Mais ici, ce n’est pas un régime qui est attaqué, c’est un imaginaire, une culture, une civilisation entière, réduite à un décor de barbarie. Curieuse conception de la tolérance.
Étonnante manière de défendre la laïcité en essentialisant une religion.

La mémoire historique façon buffet

On nous ressort Sartre et Foucault, soigneusement choisis comme coupables idéaux. Très pratique : ils sont morts, donc ils ne répondent pas.

Mais étrangement : aucune mention des guerres soutenues par l’Occident, aucune autocritique sur les ventes d’armes, aucun mot sur les dictatures « amies ». La mémoire fonctionne ici comme un projecteur : elle éclaire ce qui arrange et plonge le reste dans le noir.

Le summum : le “délit de non-assistance à peuple en danger”

Moment d’anthologie. Nous voilà sommés de culpabilité morale : si nous n’intervenons pas, nous serions complices.

Votre accusation ultime  le « délit de non-assistance à peuple en danger » est un chef-d’œuvre de posture morale. Aujourd’hui, bravo : votre indignation est enfin confortable, visible, et médiatiquement rentable.

Ne changez rien. Continuez à hiérarchiser les morts avec gravité, à brandir l’humanisme comme un étendard et à appeler à la guerre au nom de la paix. Grâce à vous, nous comprenons que certaines indignations ne parlent pas des victimes, mais de ceux qui les brandissent.

Question simple : où était cette même indignation quand des peuples entiers criaient déjà sous les bombes occidentales ou alliées ?
Où était cette même urgence morale ?

Sans doute coincée dans les embouteillages de la realpolitik

Conclusion : quand la morale devient un décor :

Ce texte n’est pas un appel humaniste.
C’est un spectacle sioniste, une indignation mise en scène, calibrée, idéologiquement rentable. Il ne s’agit pas de sauver des peuples.
Il s’agit de désigner les bons tyrans et les mauvais, les victimes dignes et les victimes négligeables, les morts qui méritent un communiqué et ceux qui doivent rester silencieux.

L’humanisme qui choisit ses causes, qui ferme les yeux sur certains crimes et réclame la guerre pour d’autres, n’est plus un humanisme.
C’est une posture morale en libre-service.

Et à force de s’indigner à sens unique, ces consciences autoproclamées ne révèlent qu’une chose : non pas leur courage, mais leur hypocrisie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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