Le Mirage industriel marocain : quand “Made in Morocco” veut dire “payé au rabais”

Alors voilà. Une partie de la presse marocaine nous annonce, tambours royaux et trompettes subventionnées, l’arrivée imminente du premier avion de production “Made in Morocco”. Rien que ça. Après les satellites de communication, les ports géants, les lignes TGV traversant un royaume où une partie du peuple peine encore à traverser le mois, voici maintenant l’aéronautique nationale. Le prestige vole haut ; les salaires, eux, restent collés au tarmac.

Il faut admirer la mise en scène. Dans les brochures officielles, le Maroc devient une “plateforme industrielle stratégique”, un “hub aéronautique africain”, un “modèle de compétitivité”. Traduction en langue moins diplomatique : une zone de sous-traitance élégante où des multinationales viennent chercher ce que l’Europe ne peut plus exploiter chez elle sans provoquer quelques grèves gênantes et deux ou trois documentaires scandalisés.

Car derrière le fantasme du “Made in Morocco”, il y a surtout une réalité beaucoup moins photogénique : des ouvriers payés une fraction des standards occidentaux, des protections sociales minimalistes, une pression permanente sur les coûts, et cette vieille recette néolibérale repeinte aux couleurs du drapeau national. On appelle cela “industrialisation”. D’autres appelleraient ça une économie de dépendance maquillée en fierté patriotique.

Le plus fascinant reste le génie narratif du système : faire passer l’exploitation pour un triomphe national. Une entreprise étrangère délocalise une partie de sa production pour réduire ses coûts salariaux, et la presse locale célèbre “la confiance des investisseurs”. Quel prodige sémantique. Quand un salarié européen perd son emploi, c’est une “restructuration”. Quand un ouvrier marocain accepte un salaire de survie pour assembler des pièces aéronautiques destinées aux marchés riches, cela devient “l’émergence industrielle du royaume”. Le capitalisme adore les frontières : elles permettent de payer différemment des êtres humains qui produisent pourtant la même valeur.

Et puis il y a cette obsession du prestige technologique. L’avion ! Symbole ultime de modernité. On veut faire croire qu’un pays entre dans l’histoire parce qu’il visse quelques composants aéronautiques sous licence étrangère. Comme si la souveraineté industrielle se résumait à accueillir des chaînes de montage dépendantes de capitaux, de brevets et de décisions prises ailleurs. Ce n’est pas une indépendance industrielle ; c’est un Airbnb géant pour multinationales pressées de réduire leur masse salariale.

Le plus cruel, c’est que les propagandistes du miracle marocain parlent sans cesse de “compétitivité”, ce mot obscène utilisé pour donner une allure scientifique à la compression sociale. Être “compétitif”, dans ce modèle, signifie surtout être moins cher que le voisin. Moins cher que l’Espagne. Moins cher que la Turquie. Moins cher que l’Europe de l’Est. Jusqu’au jour où un autre pays plus pauvre acceptera encore moins. Le patriotisme industriel version low-cost : une course mondiale vers le salaire le plus bas, emballée dans des communiqués triomphants.

Mais attention : il ne faudrait surtout pas gâcher la fête avec des questions vulgaires. Qui capte réellement la richesse produite ? Quelle part revient aux travailleurs ? Quels droits syndicaux ? Quelle autonomie technologique réelle ? Quel tissu national de recherche ? Silence radio. Dans le théâtre du prestige, l’ouvrier doit rester figurant. Il serre les dents pendant que les élites coupent des rubans et posent devant des maquettes d’avion comme des enfants émerveillés dans un salon du Bourget sous climatisation.

Cette fascination pour les symboles industriels cache souvent une vérité plus embarrassante : certains États du Sud ne construisent pas une puissance autonome, ils perfectionnent leur rôle dans la chaîne mondiale de la main-d’œuvre bon marché. On leur vend du rêve technologique pendant qu’ils louent leur jeunesse au prix de gros.

Alors oui, un avion “Made in Morocco”, c’est peut-être excellent pour les unes de journaux et les vidéos institutionnelles saturées de musique épique. Mais un pays ne devient pas puissant parce qu’il assemble des pièces sous supervision étrangère. Il devient puissant quand ses travailleurs vivent dignement, quand la richesse ne remonte pas uniquement vers les actionnaires et les vitrines du pouvoir, quand le progrès cesse d’être une affiche publicitaire destinée à faire oublier la précarité qui la finance.

Le reste n’est qu’un décor de salon aéronautique : brillant de loin, creux de près.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

Le Makhzen à l’Élysée : La souveraineté par procuration :

 

Il suffit parfois d’une rumeur de déplacement diplomatique pour voir tout un appareil politico-médiatique entrer en transe. Une visite « programmée » du roi du Maroc en France sans date, sans contenu précis, sans traité publié, sans engagement concret  et voilà déjà les commentateurs officiels parlant d’« événement historique », de « partenariat inédit », de « tournant stratégique ». À ce rythme-là, un simple échange de poignées de main finira bientôt classé au patrimoine immatériel de la souveraineté marocaine.

Le plus fascinant n’est même plus la communication du Makhzen. Après tout, tous les régimes mettent en scène leurs victoires symboliques. Non, le plus fascinant, c’est cette inflation permanente du récit. Cette capacité à transformer chaque signe venu de Paris en confirmation quasi mystique d’une grandeur géopolitique retrouvée.

Car derrière les formules grandiloquentes « traité historique », « nouvelle ère », « partenariat d’exception »  la mécanique reste étrangement familière. Une diplomatie construite autour d’une quête obsessionnelle de validation occidentale, où la reconnaissance symbolique compte souvent davantage que l’autonomie réelle.

On nous parle aujourd’hui d’un traité maroco-français comme si l’Histoire allait recommencer sous les lustres de la République.

Mais enfin, de quoi parle-t-on exactement ?

D’une alliance militaire révolutionnaire ?

D’une rupture stratégique majeure ? D’un basculement économique mondial ?

Non. On parle essentiellement de la normalisation d’une relation postcoloniale que chacun maquille désormais avec le vocabulaire feutré du partenariat équilibré.

Le décor change ; la structure demeure.

La scène est presque théâtrale : des responsables marocains traversent la Méditerranée pour aller signer à Paris des textes censés consacrer leur souveraineté diplomatique… sous le regard approbateur de l’ancienne puissance tutélaire. Tout cela est présenté comme l’apogée de l’indépendance nationale. Il fallait oser.

Le plus ironique reste cette étrange contradiction psychologique qui traverse une partie du discours officiel marocain : la France est décrite simultanément comme une puissance arrogante, intrusive, postcoloniale… et comme l’autorité dont la reconnaissance demeure indispensable pour certifier chaque victoire stratégique. Paris est dénoncée publiquement, mais recherchée fébrilement en coulisses. On condamne le regard occidental tout en vivant dans l’attente permanente de son approbation.

Cette dépendance symbolique est ensuite reconditionnée médiatiquement sous forme de triomphe national. Les chaînes proches du pouvoir, les éditorialistes disciplinés et les influenceurs sous perfusion narrative vendent alors à l’opinion publique ce qui ressemble surtout à une opération classique de recyclage diplomatique. Une rencontre devient un « basculement historique ». Une déclaration vague devient une « victoire géopolitique ». Une réception protocolaire devient presque une reconquête civilisationnelle.

Pendant ce temps, les problèmes structurels restent soigneusement hors champ : chômage massif des jeunes, fractures sociales, dépendance économique extérieure, tensions territoriales, verrouillage politique, exode des compétences. Mais peu importe. L’essentiel est ailleurs : produire des images. Fabriquer du prestige. Alimenter la fiction d’une ascension irrésistible.

Le plus remarquable est que cette mise en scène fonctionne encore sur une partie des opinions publiques maghrébines, précisément parce que l’héritage colonial n’a jamais réellement disparu des imaginaires politiques. Soixante-dix ans après les indépendances, la France continue d’occuper dans la région une position presque métaphysique : on prétend vouloir s’en émanciper tout en lui attribuant le pouvoir de consacrer ou d’invalider les souverainetés nationales.

Or une puissance régionale ne se mesure pas au nombre de tapis rouges déroulés à Paris. Elle se mesure à sa capacité à produire de l’autonomie stratégique réelle. Une diplomatie mature n’a pas besoin de transformer chaque photo officielle à l’Élysée en épisode messianique.

La vérité est beaucoup moins romantique que la propagande. La France cherche aujourd’hui à préserver les restes de son influence au Maghreb et au Sahel après plusieurs humiliations géopolitiques. Le Maroc, lui, cherche à consolider ses soutiens internationaux sur des dossiers sensibles. Chacun utilise l’autre. Rien de plus classique. Rien de plus banal. Le problème commence lorsqu’on habille cette transaction d’un lyrisme pseudo-historique destiné à hypnotiser les opinions.

Car au fond, ce spectacle diplomatique raconte surtout une crise contemporaine du récit souverainiste : beaucoup de communication, énormément de symboles, et une dépendance persistante aux centres de validation extérieurs.

La souveraineté véritable est silencieuse. Elle n’a pas besoin d’être annoncée comme une bande-annonce Netflix entre deux communiqués ministériels et trois éditoriaux exaltés.

Mais dans le théâtre politique contemporain, le bruit remplace souvent la puissance. Et la mise en scène tient désormais lieu de stratégie. Une allure au  syndrome de Paris avec la mise en scène d’une puissance régionale  dans le prestige, la dépendance et le récit

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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La diplomatie de la joue tendue ? Non : la vieille arrogance coloniale qui geint :

Il faut reconnaître un talent à une certaine presse française : celui de transformer chaque difficulté intérieure de la France en preuve supplémentaire de la culpabilité de l’Algérie. C’est presque un art national. Les hôpitaux s’effondrent ? L’Algérie. Les prisons débordent ? L’Algérie. Le narcotrafic gangrène Marseille ? Encore l’Algérie. À ce rythme, bientôt la pluie sur Paris tombera “sous influence algérienne”.

Le plus fascinant dans cette prose sur « la diplomatie de la joue tendue », c’est moins ce qu’elle dit que ce qu’elle révèle malgré elle : une nostalgie furieuse du temps où Paris donnait des ordres à Alger sans avoir à négocier quoi que ce soit. Car derrière les soupirs virils sur « l’humiliation française », derrière les lamentations théâtrales sur « la faiblesse diplomatique », il y a surtout une blessure narcissique : la France ne supporte plus que l’Algérie soit souveraine.

Voilà le véritable scandale pour ces éditorialistes de garnison qui  porte un  discours ambiant pour affirmer que la France aurait besoin de l'Algérie pour traiter la malfaisance du gang DZ Mafia et en appréhender les organisateurs dont certains seraient « réfugiés » en Algérie. La DZ Mafia c’est le dernier petit cadeau de l’extrême droite  si cher aux nostalgique de l’Algérie Française, la petite partie enfermée d'un gros iceberg, Et quoi qu’en disent les grincheux, c’est une démarche qui porte ses fruits, puisqu’à ce jour Christophe Gleizes n’a toujours pas été décapité et semble toujours en possession de deux yeux et de deux reins, c’est déjà un succès formidable qui mérite d’être salué comme il convient.  

Car enfin, regardons les choses sérieusement. Depuis quand un État souverain est-il tenu d’obéir aux injonctions médiatiques françaises ? Depuis quand la coopération judiciaire signifie-t-elle la soumission automatique ? Depuis quand l’Algérie devrait-elle se comporter comme une préfecture annexe du ministère français de l’Intérieur ?

Toute la mécanique idéologique du texte repose sur une idée simple : la France serait une victime contrainte de « ravaler sa fierté » face à une Algérie manipulatrice exploitant une supposée « rente mémorielle ». Traduction : les crimes coloniaux devraient être définitivement soldés, archivés, oubliés, afin que Paris puisse retrouver le confort moral de son ancien magistère. La mémoire devient insupportable dès lors qu’elle cesse d’être décorative pour produire des conséquences diplomatiques réelles.

Cette obsession de la « culpabilité française » est d’ailleurs un classique de la rhétorique réactionnaire contemporaine. Ce n’est jamais la colonisation qui pose problème ; non, le problème serait qu’on ose encore en parler. Le crime devient secondaire ; seule dérange sa persistance dans les consciences. L’ancien colonisateur voudrait bénéficier de l’amnésie obligatoire de l’ancien colonisé.

Mais le plus grotesque reste cette construction fantasmatique autour de la « DZ Mafia », désormais présentée comme une menace quasi civilisationnelle nécessitant une coopération vitale avec Alger. La formule elle-même ressemble à un produit marketing fabriqué dans l’arrière-boutique médiatique de l’extrême droite : un label anxiogène, exotique juste ce qu’il faut, permettant de réinjecter du vieux fantasme colonial dans le débat sécuritaire contemporain.

Hier, on parlait des “barbares”, des “indigènes dangereux”, des “fellaghas”, des “zones de non-droit nord-africaines”. Aujourd’hui, on recycle cela sous packaging Netflix : “DZ Mafia”. Même peur racialisée. Même besoin d’ennemi importé. Même incapacité à regarder les responsabilités françaises dans la fabrication de ses propres désastres sociaux.

Car enfin, Marseille n’est pas gouvernée depuis Alger. Les ports français ne sont pas administrés par le Président Tebboune. Les réseaux de corruption locale, le blanchiment, l’économie parallèle, l’effondrement des services publics, la ségrégation urbaine et l’abandon méthodique de certains quartiers relèvent de décennies de politiques françaises. Mais comme toujours, il est plus confortable d’imaginer une hydre étrangère que d’admettre la faillite domestique.

La vérité est beaucoup moins romanesque et beaucoup plus humiliante pour Paris : la France découvre qu’elle n’est plus un empire. Quelle tragédie. Elle doit désormais négocier avec ceux qu’elle administrait autrefois par décret et par canonnière. Et cela, une partie de son appareil politico-médiatique ne le digère toujours pas.

Alors on dramatise chaque échange diplomatique comme une scène d’abaissement national. On transforme toute discussion bilatérale en capitulation morale. On fabrique un récit où Alger tiendrait Paris en laisse grâce à une mystérieuse “culpabilité postcoloniale”, comme si la France n’était pas surtout dépendante de ses propres contradictions : besoin de coopération migratoire, besoin de renseignements, besoin de stabilité régionale, besoin économique aussi  car malgré les cris patriotiques de plateau télé, les intérêts français en Algérie restent considérables.

Et puis il y a ce passage extraordinaire sur Christophe Gleizes, présenté presque comme “l’otage symbolique de la faiblesse française”. Là encore, le sous-texte est révélateur : un citoyen français détenu en Algérie devient immédiatement la preuve d’une barbarie potentielle qu’il faudrait conjurer par la prudence diplomatique. D’où cette phrase grotesquement paternaliste expliquant que le journaliste “n’a toujours pas été décapité” et conserve “ses deux reins”. Nous voilà donc revenus aux vieux imaginaires coloniaux où l’Algérie est suggérée comme un territoire semi-sauvage dont il faudrait déjà se réjouir qu’il ne pratique pas l’égorgement rituel des Européens.

Et après cela, ces gens osent parler de “coopération apaisée”.

L’ironie est que cette hystérie permanente révèle surtout une immense panique française face au déclassement. Une puissance sûre d’elle-même ne passe pas son temps à se sentir humiliée. Seuls les anciens empires vivent chaque négociation comme une blessure narcissique. Ce que certains éditorialistes appellent aujourd’hui “la joue tendue”, c’est simplement la réalité banale des relations internationales entre États souverains.

L’Algérie défend ses intérêts. Comme la France défend les siens. Comme tous les États du monde. La différence, c’est que l’Algérie n’a plus à demander la permission, et cela, cinquante-plus ans après l’indépendance, demeure encore insupportable pour les derniers pensionnaires mentaux de l’Algérie française.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Colonisation : quand l’Algérie brise enfin le confort du mensonge français

Ils appellent cela une « loi de criminalisation ». Comme toujours quand l’Algérie ose nommer un crime colonial par son nom, la presse d’extrême droite française pousse des cris d’orfraie, se drape dans une toge de civilisation froissée et découvre soudainement les vertus sacrées de la liberté d’expression. Liberté, bien sûr, de blanchir cent trente-deux ans de conquête, d’enfumades, de massacres, de villages rasés, de torture industrielle et de spoliation méthodique. La liberté de dire que la colonisation aurait été une œuvre éducative, presque un chantier philanthropique interrompu par l’ingratitude des colonisés.

Car voilà le vrai scandale, dans leurs yeux : non pas les crimes, mais le fait qu’on les rappelle.

Pendant des décennies, une partie du débat public français a transformé la colonisation en vieille photo sépia : quelques routes, des écoles, deux clichés exotiques et un vague parfum d’aventure militaire. Le sang, lui, devait rester hors champ. Les crânes algériens dans les musées ? Un détail anatomique. Les essais nucléaires dans le Sahara ? Une parenthèse scientifique. Les milliers de disparus ? Des « excès ». Toujours ce vocabulaire de comptable moral : excès, bavures, débordements. Comme si la violence n’était pas le cœur même du système colonial mais une maladresse de parcours.

Et soudain, l’Algérie fait ce que la France refuse obstinément de faire elle-même : elle écrit juridiquement que la colonisation fut un crime d’État. Immédiatement, les éditorialistes de caserne médiatique hurlent au totalitarisme mémoriel. Eux qui réclament des lois contre les “atteintes à l’identité nationale” deviennent des libertaires dès qu’il s’agit de protéger la nostalgie coloniale. Le même camp qui applaudit les dissolutions d’associations, les interdictions de manifestations et les lois sécuritaires se découvre une passion brûlante pour Voltaire dès qu’on touche à la légende impériale.

Quelle farce.

Le plus fascinant reste cette vieille maladie française : vouloir à tout prix être aimé de ceux qu’on a dominés. L’extrême droite française ne supporte pas que l’Algérie échappe encore à son récit. Elle voudrait un ancien colonisé reconnaissant, poli, discret, éternellement sommé de dire merci pour les ports, les rails et les cimetières. Un peuple qui accepterait de commémorer ses morts à voix basse pour ne pas troubler la digestion des plateaux télé parisiens.

Mais l’Histoire a cette cruauté délicieuse : les empires meurent, et les archives parlent encore.

Alors ils ironisent sur les demandes algériennes : restitution des archives, reconnaissance officielle, réparation des sites nucléaires, retour des restes humains. Comme si exiger qu’on rende des crânes décapités relevait d’un caprice diplomatique. Comme si demander la dépollution des terres irradiées était une lubie nationaliste. Il faut entendre cette morgue. On dirait des héritiers surpris qu’on réclame enfin l’inventaire du coffre familial après le cambriolage.

Le plus obscène est ailleurs : dans cette panique devant la pénalisation de l’apologie coloniale. Car enfin, de quoi parlent-ils exactement ? Du droit de glorifier une domination raciale institutionnalisée ? Du droit de présenter la conquête comme une bénédiction historique ? Imagine-t-on une société mature défendre avec autant d’ardeur “la liberté d’aimer” Vichy ou l’apartheid ? Non. Mais la colonisation conserve en France un statut étrange : celui d’un crime dont beaucoup regrettent encore secrètement la disparition.

Le rire devient noir quand les mêmes chroniqueurs qui passent leurs soirées à dénoncer “l’ensauvagement” refusent de regarder la matrice historique de cette violence. La colonisation n’a pas seulement pillé des terres ; elle a fabriqué des hiérarchies mentales qui survivent encore dans les réflexes médiatiques, policiers et politiques. On continue d’exiger de l’Algérien qu’il prouve sa gratitude avant même qu’on reconnaisse sa souffrance.

Et derrière les cris indignés sur la “repentance”, il y a surtout une peur : celle que le récit héroïque de la République impériale se fissure définitivement. Parce qu’une nation qui regarde honnêtement ses crimes cesse d’être un roman national confortable. Elle devient adulte. Et cela, manifestement, une partie de la droite française le refuse avec l’énergie désespérée des vieux empires qui sentent encore la poudre froide de leurs défaites.

Qu’ils s’étranglent donc sur leurs plateaux. Qu’ils convoquent les fantômes de “l’Algérie française” entre deux débats hystériques sur l’identité nationale. Le réel, lui, avance sans eux. Lentement. Comme une brûlure qui remonte sous la peau.

On peut censurer des mots, travestir des archives, repeindre des massacres aux couleurs de la mission civilisatrice. Mais il y a une chose qu’aucune nostalgie impériale ne pourra effacer : un peuple colonisé finit toujours par reprendre possession de son histoire. Et c’est précisément ce que certains, en France, ne pardonneront jamais à l’Algérie.

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L’Algérie n’est pas une dictature : elle est surtout insoumise :

L’Algérie, cette « dictature » qui dérange surtout parce qu’elle ne se couche pas

Il y a des mots que l’Occident distribue comme d’autres distribuaient autrefois les coups de règle sur les doigts des indigènes : démocratie, autoritarisme, droits humains, transition, bonne gouvernance. Le tout accompagné du regard professoral de ceux qui ont transformé la planète en champ de ruines au nom de la liberté.

Et parmi les étiquettes favorites du prêt-à-penser géopolitique figure celle-ci : « l’Algérie est une dictature ».

Rien que ça.

Le mot tombe avec la subtilité d’un drone américain et la profondeur analytique d’un éditorial rédigé entre deux cocktails dans une rédaction parisienne. Une formule pratique : elle évite de réfléchir, dispense de comprendre l’histoire du pays et permet surtout de criminaliser toute souveraineté récalcitrante.

Car au fond, le véritable crime de l’Algérie n’est pas d’être une dictature. Son crime est de ne pas être domestiquée.

Une vraie dictature ? Regardons les faits, pas les fantasmes.

Une dictature, normalement, écrase toute contestation jusqu’au silence absolu. Or l’Algérie a connu l’un des plus grands mouvements populaires du monde arabe : le Hirak. Des millions de citoyens dans la rue pendant des mois. Un président poussé vers la sortie. Une crise politique traversée sans guerre civile, sans effondrement de l’État, sans scénario à la libyenne ou à la syrienne.

Étrange dictature, décidément.

Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Aucun pays réel ne ressemble aux brochures des ONG sous perfusion de subventions occidentales. Mais réduire l’Algérie à une caricature totalitaire relève moins de l’analyse que du réflexe idéologique.

Le plus amusant reste d’ailleurs la liste de ceux qui distribuent les brevets démocratiques.

Les mêmes capitales qui s’émeuvent de l’Algérie vendent des armes à des monarchies où l’on ne vote pas, applaudissent des régimes où l’opposition finit en prison, déroulent le tapis rouge à des autocraties pétrolières transformées en stations-service géantes de l’Occident.

Mais Alger, elle, ose parler de souveraineté, refuse certaines tutelles, défend ses intérêts énergétiques, garde une diplomatie indépendante. Et soudain, miracle lexical : la voilà « autoritaire ».

Le vocabulaire occidental est souvent moins un dictionnaire politique qu’un manuel de dressage.

Autre détail gênant pour les procureurs médiatiques : l’Algérie reste l’un des rares États de la région à conserver un socle social massif. Logements subventionnés, santé gratuite, éducation gratuite, soutien aux produits de base, allocation chômage : autant de mécanismes que des pays se prétendant modèles démocratiques ont abandonnés depuis longtemps au nom du marché roi.

Curieuse tyrannie, encore une fois : elle distribue davantage de protection sociale que nombre de démocraties libérales où le citoyen croule sous les dettes, les assurances privées et la précarité maquillée en “flexibilité”.

Évidemment, l’Algérie a ses rigidités, ses lenteurs, ses bureaucraties étouffantes, ses contradictions. Personne de sérieux ne le nie. Mais entre reconnaître les limites d’un système et réciter les slogans importés des laboratoires médiatiques étrangers, il existe un fossé.

L’Algérie n’est pas une copie conforme des modèles occidentaux. Et c’est précisément ce que certains ne lui pardonnent pas.

Depuis l’indépendance, une partie du regard occidental sur l’Algérie reste traversée par une frustration presque coloniale : celle de voir un pays anciennement dominé persister à décider seul. À contrôler son récit. À ne pas demander la permission.

Alors oui, l’Algérie dérange.

Elle dérange parce qu’elle refuse l’alignement automatique.
Parce qu’elle conserve une mémoire historique que d’autres voudraient voir dissoute.
Parce qu’elle continue de penser que la souveraineté n’est pas un archaïsme mais une condition de dignité.

Et cela suffit souvent, aujourd’hui, pour être qualifié de « dictature » par ceux qui ont transformé le monde en marché sous surveillance morale permanente.

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Gérald Darmanin en Algérie : tournée électorale d’un shérif en quête de sondages :

Attention, Gérald Darmanin arrive en Algérie. Cachez les micros, rangez les caméras et vérifiez les sondages : le ministre français vient sauver la République à coups de photos officielles et de phrases viriles.

Objectif du voyage ? Officiellement : la coopération judiciaire.

Objectif réel ? Faire comprendre aux électeurs français qu’il est capable de prononcer « DZ Mafia » sans cligner des yeux.

À Paris, chaque ministre de l’Intérieur rêve secrètement de devenir président. Certains lisent de Gaulle. Darmanin, lui, lit les courbes d’audience de CNews comme un trader cocaïné suit le Bitcoin.

Alors le voilà en tournée maghrébine, costume sombre, mâchoire crispée, regard de préfet sous caféine. On imagine déjà les titres :
« Darmanin hausse le ton. »
« Darmanin ferme la porte. »
« Darmanin tape du poing. »
À ce rythme-là, il va finir par déclarer la guerre à un couscous.

Le plus drôle reste cette manie française consistant à transformer tous ses problèmes internes en importations étrangères. Marseille explose ? Alger. Le trafic ? Alger. Les gangs ? Alger. Demain il pleuvra sur Lyon et BFMTV demandera probablement une commission d’enquête au gouvernement algérien.

La « DZ Mafia » est devenue le nouveau Pokémon médiatique : il faut absolument la citer dans chaque discours sécuritaire pour gagner des points chez les électeurs paniqués.

Pendant ce temps, personne ne pose la seule question embarrassante :
Qui a fabriqué ce désastre social français ?
Spoiler : ce n’est ni le Sahara ni la Casbah.

Mais Darmanin n’est pas là pour réfléchir. Il est là pour poser. La politique française moderne fonctionne désormais comme Instagram : une posture, un slogan, une indignation et filtre bleu-blanc-rouge.

Et puis il faut comprendre sa difficulté : quand Marine Le Pen parle fort, toute la droite française attrape soudainement un complexe d’infériorité acoustique. Alors chacun hurle plus fort que l’autre sur l’immigration, les frontières, l’identité et les Arabes pardon, « les enjeux sécuritaires ».

Résultat : l’Algérie sert encore de punching-ball diplomatique dans le championnat national du populisme français. La bonne nouvelle, c’est qu’ici, ce cinéma commence à fatiguer tout le monde. Les Algériens regardent désormais ces visites ministérielles comme on regarde une vieille rediffusion : on connaît déjà les répliques, les mensonges et même les grimaces.

On connaît le scénario : aujourd’hui la « fermeté », demain les débats identitaires, après-demain la candidature présidentielle. Darmanin fait de la diplomatie comme d’autres font du marketing : sans profondeur, sans mémoire et surtout sans réciprocité.

Le problème, c’est qu’en Algérie, ce théâtre impressionne de moins en moins. Les Algériens ont déjà vu passer trop de ministres français venus expliquer l’Algérie aux Algériens, souvent avec le ton paternaliste du professeur qui découvre son ancien manuel colonial dans un grenier poussiéreux.

Alors non, cette visite ne mérite ni enthousiasme ni colère excessive. Elle mérite quelque chose de plus humiliant politiquement : l’indifférence froide. Parce qu’au fond, cette agitation n’a rien à voir avec l’Algérie. Elle concerne uniquement les convulsions de la politique française, où la surenchère sécuritaire est devenue un concours de testostérone électorale entre la droite et l’extrême droite.

Et Darmanin y participe avec l’énergie d’un homme qui court après un destin présidentiel comme un chroniqueur CNews court après une polémique : bruyamment, quotidiennement, et sans jamais risquer la nuance.

La vérité est peut-être là : ce ministre ne voyage pas pour rapprocher deux peuples. Il voyage pour fabriquer une affiche de campagne avec un passeport diplomatique.

Darmanin repartira avec ses photos.
Les chaînes françaises auront leurs débats hystériques.
Les éditorialistes applaudiront « la fermeté républicaine » avec des trémolos patriotiques.

L’Algérie, elle, n’a aucune raison de servir de décor aux ambitions intérieures d’une classe politique française qui recycle sans cesse les mêmes obsessions, les mêmes peurs et les mêmes calculs électoraux

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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« Mort aux Arabes » : à Jérusalem, des milliers d’Israéliens pour scander leur haine des Palestiniens

Il faut regarder cette scène en face. La regarder longtemps. Sans détourner les yeux comme le fait l’Occident médiatique depuis des décennies avec la discipline d’un valet bien dressé.

Des milliers de jeunes Israéliens défilent dans Jérusalem en hurlant « Mort aux Arabes ». Ils crachent leur haine comme on recrache un noyau d’olive après un banquet nationaliste. Ils promettent l’incendie des villages palestiniens, paradent sous protection policière, escortés par des ministres d’extrême droite transformés en mascottes de la purification ethnique. Et le monde occidental regarde cela avec la componction embarrassée d’un notaire surpris dans une maison close. ()

Imagine-t-on un seul instant des milliers d’Arabes défiler en criant « Mort aux Juifs » dans une capitale arabe sous protection des forces de l’ordre, avec des ministres applaudissant la foule ? Les rédactions occidentales parleraient d’une “nuit de cristal imminente”, de “barbarie civilisationnelle”, de “retour des heures les plus sombres”. Les plateaux de télévision se couvriraient de spécialistes à mine funéraire. Les éditoriaux suinteraient l’effroi moral. On convoquerait la mémoire européenne comme un gendarme spectral.

Mais ici non.

Ici, le racisme est tropicalisé. Administré. Contextualisé. Rationalisé. On parle “d’ultranationalistes”, “de tensions”, “d’incidents”. Comme si le cri “Mort aux Arabes” relevait d’une turbulence folklorique comparable à des supporters ivres après un match de football. Le meurtre verbal devient une couleur locale.

Voilà le vrai scandale : non seulement la haine existe, mais elle bénéficie d’une immunité morale.

Le plus obscène n’est même plus le fanatique. Le fanatique suit sa logique jusqu’au bout ; il est le fruit monstrueux d’un climat politique. Non, le plus obscène est le chroniqueur occidental qui continue de parler de “la seule démocratie du Moyen-Orient” pendant que des foules appellent publiquement à l’effacement d’un peuple. Le plus obscène est cette presse qui dissèque chaque mot palestinien avec les pincettes de la psychiatrie sécuritaire mais qui traite les appels au meurtre anti-arabe comme des débordements regrettables d’une jeunesse un peu trop enthousiaste.

La vérité, c’est qu’il existe dans le regard occidental une hiérarchie des victimes.

Le Palestinien n’est pas seulement un homme occupé ; il est l’homme auquel l’Occident refuse jusqu’au droit élémentaire d’incarner l’innocence. Même mort, il demeure suspect. Même écrasé sous les gravats, il doit encore présenter ses papiers moraux devant le tribunal médiatique. Son cadavre passe un contrôle d’identité.

Et pendant ce temps, les pyromanes paradent avec des drapeaux.

Depuis des années, une partie des médias européens fonctionne comme une entreprise de désodorisation morale. Elle parfume les mots pour empêcher l’odeur du réel de parvenir jusqu’aux consciences. On ne dit plus colonialisme : on dit “conflit”. On ne dit plus suprémacisme : on dit “sécurité”. On ne dit plus déshumanisation : on dit “tensions communautaires”. Le langage sert à blanchir les crimes comme les vieilles blanchisseries lavaient autrefois les draps tachés des maisons bourgeoises.

Le plus tragique est peut-être ailleurs : cette haine n’est plus marginale. Elle est institutionnelle, électorale, gouvernementale. Elle défile à visage découvert parce qu’elle sait qu’elle ne sera ni punie, ni isolée, ni même réellement condamnée. Elle sait que l’Occident aboie parfois pour sauver les apparences, mais qu’il continue ensuite à livrer les armes, les tribunes diplomatiques et les absolutions médiatiques.

Nous vivons une époque où l’on exige des Palestiniens une sainteté que l’on n’exige jamais de leurs bourreaux.

On leur demande de mourir poliment.

De souffrir avec modération.

D’enterrer leurs enfants sans élever la voix.

D’accepter leur propre effacement avec les bonnes manières d’un peuple civilisé.

Et lorsque certains refusent cette disparition programmée, alors toute la machine narrative occidentale se remet en marche : contextualisation du dominant, criminalisation du dominé, recyclage industriel de la peur arabe.

Le drame est là : ce racisme-là n’est pas une anomalie du système. Il en est le produit logique. Toute occupation longue finit par fabriquer sa théologie de la supériorité. Toute impunité prolongée finit par produire des foules convaincues que l’autre peuple est un obstacle biologique.

Les cris de Jérusalem ne sont pas un accident. Ils sont la vérité qui déborde enfin du masque et le silence gêné des grandes consciences occidentales n’est pas de la prudence diplomatique. C’est une complicité culturelle.

Les empires ont toujours eu besoin de journalistes capables de regarder un incendie humain en parlant de météo.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   

https://kadertahri.blogspot.com/

 

 


L’obsession identitaire des nostalgiques de l’Algérie française :

Il est incompréhensible pour des adultes de ne pas savoir communiquer et converser tout en respectant le point de vue de l’autre. Chacun a en mémoire des souvenirs de la guerre d’Algérie par son vécu. Il est bien d’accepter ce que l' autre. Pourquoi avoir du ressentiment, de la haine et être raciste. Il y a des faits avérés et il serait bien d' accepté.

Le peuple Algérien, le français d’Algérie et le harki sont des personnes qui ont vécu une histoire.

Ce passé a un départ et une fin. Il peut être douloureux, pour certains nostalgique, pour d’autres dramatique laissant des séquelles. Chacun pourrait camper sur sa position et dire ce que je dis est vrai. Mais des fois le souvenir peut être altéré. Donc au lieu de se faire la guerre, voyons le point de vue de chacun, ce que l’autre se souvient. Tout peut se faire avec bien séance et bienveillance.

J’ai trouve dans les propos de certains nostalgique de l’Algérie Française que le pied noir semble  fier d’être pied noir, il doit néanmoins accepter ce que les autres ont vécu. On ne refait pas l’histoire. Il y a des documentaires, des historiens. Oui la France s’est mal comportée et n’a pas toujours fait de bonnes choses.

Aussi que le pied noir doit comprendre par cette réaction d’algérien, que sa fierté est très mal placée et mérité

Toutes les écoles d’anthropologie sociale nous enseignent que le colonialisme d’exploitation  n’aurait du reste jamais perduré, tous les sociétés humaines depuis l’aube des temps ont élaboré, sans s’être concertés, une norme commune à l’Humanité : la proscription morale et religieuse absolue du fait colonial et de l’exploitation humaine avec sa vision sauvant les colonies des ténèbres par la colonisation en associant le colonisé au Barbare, un peu plus encore du portrait surréaliste du colonisé. Je partage cette certitude sur l’exclusivité de refuser, de dénoncer le colonialisme quel que soit sa forme qui avait laisser dans la société algérienne une cicatrice jamais refermée, et ceci s’explique par le fait qu’il n'y a pas une famille en Algérie qui n'a pas un membre de sa famille assassiné par l'occupant français et en général tout les gens qui avaient participé à la guerre d'Algérie en garde de grosses séquelles psychologiques!

La France raciste et colonialiste avait pillé toutes les richesses de l'Algérie et opérer un génocide de plus de 6 millions d'algériens, ceci par évidence reste surtout un crime contre l'humanité perpétré en Algérie et pire: La France Coloniale à propos de son histoire, a la même honnêteté que la Turquie sur le génocide des Arméniens. Ce n'est que ça. Rien d'autre qu’une décadence morale ?  

C'est exact. Il est vraisemblable que l’armée coloniale Française avait cherché à atteindre un objectif militaire, et que les chefs militaires ont cru dans l'imaginaire de débiles d’exterminer la population indigène. Ce qui est certain, c’est qu’il y avait un grand hachis de vies humaines, et que l’armée coloniale Française en Algérie qui certainement ne pouvait être sure de son affaire, aurait pu s'abstenir d’exterminer toute une population  avec des conséquences prévisibles.

La guerre est cruelle par nature et on ne peut pas la faire gentiment. L’armée coloniale avait mené une guerre impitoyable et sanguinaire, contre le peuple Algérien colonisé, uniquement par esprit de malfaisance. On voulait écraser et terrifier l'ennemi, alors que la France coloniale n’avait pas été menacée et ne luttait pas pour sa survie.

Sans refaire toute l'histoire la population Algérienne dans la position actuelle a sans aucun doute  l'avantage de pouvoir regarder mes ennemis en face, l’Algérie  n'a rien à voir avec un pays qui ne veut pas d'elle, ni de la France : C'est son droit. L'Algérie ignore la France, c'est son droit.

Un peu de culture historique permettant de comprendre pourquoi, il est donc singulier de constater que la France se livre une véritable guerre des mémoires. Le contrôle de la mémoire est un instrument entre les mains des officiels français et la presse pour imposer une vision officiel de la France fraternelle sur les événements de la guerre d’Algérie, l’exemple le plus illustrant, le soi-disant massacre d’Oran du 5 Juillet 1962, alors qu’il s’agissait d’une manifestation joyeuse de jeunes algériens descendus dans les quartiers européens qui jusqu’ici leur était interdit. Bien que non armés, ils aient subis des tirs des snipers de l’OAS, à partir des balcons et des terrasses des immeubles, plus d’une centaine de jeunes ont été assassinés sous les yeux de l’Armée Française qui n'est pas intervenue pour protéger les victimes ?

Les chiffres officiels, donnés le 9 juillet, font état de 101 morts, 76 Algériens et 25 Européens et de 145 blessés, 105 Algériens et 40 Européens. La lecture du registre des actes de décès de la mairie d’Oran donne 36 décès Européens (dont une femme) dont 9 non identifiés. Ce qui est certain c'est que la France dans son espace colonial n’arriver pas à liquider son histoire avec l'Algérie, C’est fatigant de lire sans arrêt ces assimilations qui fleurent la haine, le mépris par une presse conventionnée en retournant la réalité pour se croire investi d’une mission salvatrice. Les médias sont partisans et soutiennent une idéologie impérialiste plus qu’ils informent. La fameuse parabole du mensonge répété mille fois qui devient une vérité.

On peut imaginer que la foule qui manifestait dans la joie, brusquement agressée, se soit laissée probablement  à une chasse des membres armés de l’OAS. Les terribles derniers mois vécus sous le feu de l’OAS appelaient d’autant plus de vengeance. En tirant sur la foule les membres de l’OAS avaient fait preuve d’action criminelle et alors la foule aurait répondu comme mécaniquement à la peur qu’avait suscitée la tuerie de l’OAS.

Pour rappel, il faudrait signaler que l’OAS créée par des officiers français dissidents de l’armée coloniale, a transformé la ville d’Oran en bain de sang pour les civils sans défense, notamment après la signature des accords d’Evian et le début de son application, le 19 mars 1962. Les deux années précédant l’indépendance (1961-1962) sont la période la plus sanguinaire dans l’histoire des crimes du colonialisme français dans la ville d’Oran, en raison des actions de l’OAS refusant les négociations sur l’indépendance de l’Algérie. L'OAS a pris Oran comme point d’ancrage essentiel pour elle, la ville d’Oran est devenue le théâtre d’opérations d’assassinat et de terrorisme, parfois collectives et d’autres individuelles, menées par le sinistre général Edmond Jouhau dirigeant une aventure criminelle.

Les opérations terroristes collectives étaient nombreuses dans la ville d’Oran, notamment celles ayant ciblé des algériens où des voitures avec des individus armés sillonnaient les rues et tiraient sur les passants de manière anarchique, ciblant les civils. Le cas du 11 mai 1962 où 15 femmes, des travailleuses des services d’hygiène, ont été tuées en plein centre de la ville, Un événement particulièrement traumatisant fut l’explosion simultanée de deux voitures piégées, le 28 février 1962, un soir de ramadan, par les éléments de l’OAS sur l’esplanade de M’dina Jdida (Tahtaha), qui s’est soldée par la mort de 80 Algériens et des dizaines de blessés, laissant derrière eux des scènes horribles de "lambeaux" de chair humaine disséminés sur les lieux du massacre, les explosions des cuves d’hydrocarbures du port d’Oran, divers attentats ciblaient les algériens même dans les cliniques et les hôpitaux,  l’empoisonnement des barrages d’eau, le lynchage étant l’une des méthodes d’exécution de l’OAS, sans compter d’autres attentats plus atroces les unes que les autres, tous restent l’écho sanglant de ce que fut la terreur imposée par l’OAS ainsi que l’image d’une vengeance sauvage des Pieds Noirs qui ne voulaient surtout pas laisser les Algériens devenir indépendants.

Oran est l’une des villes algériennes où les opérations de l’OAS furent les plus sanglantes ayant laissé la région dans un état apocalyptique l’été 1962. Une mémoire bafouée et niée dans une ville ravagée depuis des mois par les attentats de l'OAS,  désormais, plus que jamais plastiquages et assassinats se succéderont à un rythme d’enfer. De son côté, la population algérienne vivait la peur, au jour le jour, dans l’attente d’une délivrance aussi proche que certaine. L’OAS dont ses éléments déguisés en Gendarmes, avait employé contre la population algérienne toutes les formes d’extermination individuelle et collective : lynchages, ratonnades, exécution des malades à l’intérieur même des hôpitaux, enlèvements et exécutions des condamnés à mort détenus à la prison d’Oran, tirs au mortier 81 et aux grenades à ailettes, tirs de snipers à partir des immeubles.

Par cet attentat, l’O.A.S. venait d’atteindre le seuil de l’intolérable et de franchir un nouveau pas dans le crime génocidaire organisé qui a dépassé les limites jusque là connues de l’horreur, En vérité, on était arrivé au point de non retour. Cet attentat meurtrier constitue désormais le levain de haine qui séparera irrémédiablement les deux communautés. Le nombre réel des victimes de ce carnage ne sera jamais connu. En tout état de cause, les estimations officielles avancent le chiffre de 80 morts et de 150 blessés.

Tous ces attentats meurtrières ont en revanche été escamoté par les Français idéologiquement marqués par la défense des pieds-noirs, considérés comme les éternelles victimes du Front de libération nationale (FLN), des Arabes, cette mémoire criminelle est restée méconnue ou indifférente du côté français. Les massacres des Algériens entre le 19 Mars et le  Juillet 1962, doivent assurément être reconnus et éclairés, sans être renvoyer à un effacement qui entretient une mémoire meurtrie elle résonne comme un déni de souffrance presque aussi terrible que d’être voué à l’indifférence par une France qui a bâti son récit colonial en l’héroïsant, elle n’a aucunement intérêt à en reparler des actions meurtrières de l’OAS et que dire du bilan très lourd d’assassinats d’Algériens par l’OAS durant les années 1961 et 1962, sans parler de la destruction  des infrastructures techniques (Centrale Electricté, station de Radio et Télévision) de la ville de son aéroport et de son port ?

Aucun Historien ou journaliste ne semble avoir songé à se rendre en Algérie afin de confronter ses sources aux témoignages des Algériens. Dans les travaux actuels des Français, en résulte des études tronquées, pleines de fausses interprétations, et systématiquement orientées vers la théorie d'après laquelle les pieds-noirs ont été obligés de partir, selon la valise ou le cercueil. Or, après deux semaines de fuite affolée, les départs des Français d’Oran ralentirent considérablement. Dès août,  après la prise en main sécuritaire des autorités algériennes, le sentiment de sécurité était totalement revenu. En 1965, Oran comptait encore plus de vingt cinq mille pieds-noirs.

Le peuple Algérien dans sa globalité  ne pardonnons pas, et ne pardonnerons jamais à tous ces ramassis de colons, de pieds noirs très mélangée avec Espagnols, Portugais, Italiens, Maltais, même Allemands etc, que nous tenons pour des crétins incultes, voleurs et spoliateurs, sans éducation, vulgaires et gesticulants, venus en mercenaires pour les pillages passés de nos terres de 1830 à 1962. Il faudra impérativement que la France ouvre les archives de la guerre d'Algérie, toutes les archives, même les soient disant "secret défense" qui sont uniquement destinées à cacher l'horreur des actes perpétrés par les autorités françaises de l'époque. L'Algérie ne demande que la vérité à la France, il se trouve aussi que détruire les villes, terroriser massacrer déporter n’avait pas rendu la France meilleurs.

Pour le peuple Français la connaissance des peuples lointains est limitée aux récits des médias, écrits en général dans un contexte colonial et dans un esprit d’adhésion au colonialisme, l'histoire du consul souffleté, elle n'est qu'anecdotique et destinée aux livres d’images. Les représentations du colonisé relayées par la culture populaire, sont imprégnées d’une série de préjugés à même de justifier dans l’esprit populaire la présence française coloniale. Même, dans leur discours polémique, on retrouve un certain attrait pour la production d’images quasi mythiques, ou alors une totale méconnaissance de la mentalité des Algériens.

En France, l'anti-algérien trouve sa source dans cette vieille "blessure d'orgueil" dont certains ne parviennent pas à se départir. Certains veulent se convaincre que l’Algérie restera un valet à l’ancien colonisateur, mais l’Algérie dans le monde et dans ses rapports avec d’autres pays   se porte bien, après un soixante d’année d’indépendance, l’Algérie d’aujourd’hui est en droit de condamner la colonisation Française et elle est en mesure de revendiquer tous ses droits dans la restitution des richesses spoliés et transférer en France.

Pourquoi la France traîne-t-elle une sorte de mauvaise conscience qui n’est fondée sur rien  une mauvaise conscience qui entretient les sales rancœurs d’une classe dirigeante Française incapable, profondément nostalgique et cultivant cyniquement les rancoeurs pour s’exonérer de la responsabilité des ses immenses spoliations des richesses Algériennes et les crimes commis sur la peuples Algérien au nom d’une France fraternelle. Quant à l’Algérie d’aujourd’hui, il est à se demander pourquoi continuer de maintenir, avec la France, cette relation malsaine et encore pour en finir avec ces vieilles citations, par exemple France Pays des droits de l'homme qui avait réussi à occulter l’infâme. Cela permet de faire oublier leur extraordinaire incurie.  Tout est à revoir ?

La cicatrice des crimes est encore fraîche malheureusement, la guerre, c’était hier, alors un grand respect et hommages pour tous ces pauvres gens morts simplement parce qu’ils étaient des Algériens, des martyrs. Décidément, le peuple Algérien, c’est plus que l’Algérie, c’est aussi et d’abord l’Algérie. Après Soixante années, le peuple Algérien n’est pas mort, il est bien libre, une liberté acquise chèrement et cela mérite d’être  fêté par un 5 Juillet bravement.


 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

France : L’Algérie n’est plus une colonie, et ça les rend fous

 




L’extrême droite française adore parler d’« humiliation ». C’est devenu son parfum préféré : une fragrance de sueur froide impériale et de nostalgie coloniale rance. À lire le général Gomart dans le JDD, on découvre une France transformée en principauté tremblante, terrorisée par des consulats algériens, des demandes de visas et quelques vieillards du bled venus finir leur retraite à Marseille. Napoléon doit se retourner dans son tombeau : la grande puissance nucléaire serait désormais prise en otage par des tampons administratifs et des formulaires CERFA.

Le plus fascinant dans ce texte n’est pas ce qu’il dit de l’Algérie. C’est ce qu’il révèle de la droite française : une incapacité pathologique à accepter que l’ancienne colonie soit devenue un État souverain qui n’obéit plus aux injonctions de Paris.

Car enfin, de quoi parle-t-on réellement ? D’un pays que la France a colonisé pendant cent trente-deux ans. D’un système où les Algériens étaient des sujets sans droits dans leur propre terre. D’une guerre coloniale faite de torture, d’exécutions sommaires, de villages rasés et de disparitions. Mais dans cette étrange pièce de théâtre réactionnaire, l’histoire est inversée : le colonisateur devient victime, et l’ancien colonisé devient suspect par nature.

Le procédé est grossier mais efficace. On mélange immigration, islam, sécurité, banlieues et diplomatie dans le même shaker anxiogène. Et soudain apparaissent ces fameux « 8 millions de Franco-Algériens » évoqués comme une menace potentielle. Voilà le cœur idéologique du texte. Pas la diplomatie. Pas les visas. Pas les OQTF. Le vrai sujet, c’est la suspicion permanente envers des citoyens français que cette droite regarde encore comme des corps étrangers.

Le général parle de « relation asymétrique ». Il a raison, mais pas dans le sens qu’il croit. L’asymétrie, c’est une ancienne puissance coloniale incapable de regarder son passé autrement qu’avec arrogance ou amnésie. L’asymétrie, c’est une classe politique française qui exige repentance du monde entier mais refuse d’admettre ses propres crimes coloniaux autrement qu’à voix basse, entre deux inaugurations de plaques commémoratives.

Et quelle démonstration de virilité géopolitique nous propose-t-on ? Réduire les visas. Fliquer les transferts financiers. Suspecter chaque influence religieuse. Réécrire les accords de 1968. Toute la boîte à outils du petit préfet colonial frustré. On imagine déjà les stratèges du JDD dessinant des flèches rouges sur des cartes comme dans un mauvais remake de “OSS 117 : Panique au consulat”.

Cette obsession de « reprendre le contrôle » révèle surtout une vérité embarrassante : une partie de la droite française n’a jamais accepté la décolonisation. Elle supporte mal qu’Alger parle d’égal à égal avec Paris. Elle voudrait une Algérie docile, silencieuse, reconnaissante — bref, une colonie sans le coût administratif de la colonisation.

Le plus comique reste cette mise en scène d’une France impuissante. La septième puissance mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité, dotée de l’arme nucléaire, prétend vaciller devant la Grande Mosquée de Paris et quelques consulats. À ce niveau-là, ce n’est plus de la géopolitique : c’est du théâtre de boulevard pour éditorialistes en manque de guerre froide.

Le problème de la diplomatie française n’est pas qu’elle serait « trop faible » avec l’Algérie. Le problème est qu’elle reste prisonnière d’un logiciel postcolonial sénile où toute indépendance algérienne est vécue comme une insolence.

Et derrière les grands mots sur la République, on retrouve toujours la même vieille musique : désigner l’Arabe, l’immigré, le musulman ou le Franco-Algérien comme cause profonde du malaise français. C’est le fond de commerce de cette droite : faire oublier les inégalités sociales, l’effondrement des services publics et les faillites politiques en fabriquant un ennemi intérieur permanent.

À force de regarder l’Algérie avec les yeux du ressentiment colonial, certains en France finissent surtout par révéler leur propre faiblesse : celle d’un pays incapable de penser l’après-empire autrement que dans la nostalgie, la peur et la crispation identitaire.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Les Pieds Noirs : La nostalgie avec ironie froide :

 

Les Pieds-Noirs deviennent des exilés abstraits frappés par « le torrent de l’histoire », jamais les bénéficiaires d’un système colonial. Leur cri de douleur est habile parce qu’il se présente comme un simple chant mélancolique, alors qu’il contient, en filigrane, une réappropriation affective et symbolique d’Oran. La stratégie rhétorique est classique : remplacer l’histoire par l’émotion, la politique par la souvenir intime, la domination coloniale par la poésie des volets entrouverts et des radios andalouses.

 L’universalisation du vécu pied-noir : leur mémoire est présentée comme patrimoine sentimental commun, sans jamais reconnaître que l’Algérien indigène vivait une autre ville, souvent humilié dans sa propre terre.

La mélancolie comme absolution morale : puisque l’on souffre d’avoir quitté, on serait dispensé d’interroger pourquoi l’on était là.
Il avance sur la mémoire comme un violon dans un cimetière : avec grâce, avec émotion, avec cette musique nostalgique capable de faire oublier jusqu’aux chaînes qui tintaient derrière les volets blancs.

La personnification d’Oran : la ville devient une amante perdue, ce qui permet de contourner les responsabilités historiques. Ils aiment Oran. Je veux bien le croire.
On peut aimer une ville même après l’avoir quittée. Les pierres gardent des souvenirs, oui. Les murs absorbent les voix, les rires, les parfums, les étés. Là-dessus, personne ne vous retirera votre part humaine.

 La confiscation du passé urbain : « Oran que nous avons connue n’est plus » sous-entend souvent : depuis l’indépendance, la décadence. C’est le vieux trope colonial du « c’était mieux avant ».

Mais ce qui dérange dans leurs actions, ce n’est pas la nostalgie. C’est l’amnésie.

Vous parlez d’Oran comme d’un paradis suspendu dans la lumière méditerranéenne, une ville sans domination, sans hiérarchie, sans humiliation coloniale. Une ville de klaxons, de patios, de chansons andalouses et de volets battants. Bref : la colonisation transformée en aquarelle.

Dans votre récit, l’Histoire devient un mauvais courant qui aurait emporté les Pieds-Noirs comme des feuilles mortes. Tragédie poétique. Fatalité presque météorologique.
Le colonialisme, lui, disparaît mystérieusement du décor. Évaporé. Dissous dans le soleil couchant.

Curieuse époque, tout de même, où l’on peut occuper une terre pendant cent trente-deux ans, bénéficier d’un système bâti sur l’inégalité, puis se présenter uniquement comme victime du vent de l’Histoire.

Les pieds noirs nous disent très souvent : « Oran fut la nôtre aussi. »

Ce « aussi » mérite qu’on s’y arrête.

Parce qu’il tente subtilement de placer sur les même plans deux rapports au pays qui n’étaient pas égaux. L’Algérien musulman n’était pas « aussi » chez lui : il l’était totalement, mais sous domination. Il vivait dans son propre pays avec moins de droits, moins de dignité juridique, moins de pouvoir politique. Voilà ce que la prose nostalgique oublie toujours de mentionner.

Ils nous demandent si les murs se souviennent.

Oui, ils se souviennent.

Ils se souviennent des enfants pieds-noirs courant dans les rues.
Mais ils se souviennent aussi des indigènes interdits d’égalité. Des humiliations ordinaires. Du Code de l’indigénat. Des quartiers séparés. Des terres confisquées. Des silences imposés.

La mémoire coloniale adore les couchers de soleil ; elle déteste les archives.

Et pourtant, il faut tout regarder. Même ce qui gêne la poésie.

Oran n’a pas cessé d’exister parce qu’elle a changé de mains. Elle n’est pas morte avec le départ des colons. Elle a continué, difficilement parfois, contradictoirement souvent, bruyamment toujours, avec ses blessures, ses chaos, ses grandeurs et ses dérives — mais enfin libre d’elle-même.

Car voyez-vous, ce qui manque dans leur élégie, ce n’est pas l’amour d’Oran. Que nous pouvons l’accepté, mais ce qui manque, c est la reconnaissance que cette ville appartenait d’abord à ceux qu’on appelait « indigènes » avec une condescendance administrative tranquille.

Leur nostalgie voudrait faire croire que l’Algérie française fut avant tout une douceur méditerranéenne interrompue brutalement. Comme si la colonisation n’avait été qu’un malentendu sentimental entre gens de bonne compagnie autour d’un patio fleuri.

Mais l’Histoire n’est pas un album de vacances et la beauté d’un souvenir ne blanchit jamais le système qui l’a produit.

Ils peuvent aimer Oran.
Mais l’aimer vraiment, c’est aussi accepter son histoire entière  pas seulement le décor lumineux où arrange la mémoire. Je le dis haut et fort Oran ma ville ne vous doit pas le regret colonial. La mémoire n’est jamais innocente, la nostalgie coloniale non plus Elle mérite mieux : la vérité.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Les tortures à l’Israélienne : la démocratie au bout d’une matraque :

Il y a des silences qui crient plus fort que les bombes.
Et dans cette guerre-là, le silence occidental est devenu une langue officielle.

Depuis le 7 octobre 2023, les dirigeants du monde dit « civilisé » ont découvert avec une émotion spectaculaire que le viol était un crime absolu. Plateaux télé saturés de gravité, discours présidentiels tremblants d’indignation, éditoriaux lyriques sur la barbarie. Très bien. Il fallait condamner les crimes du Hamas. Sans ambiguïté. Sans détour.

Mais voilà qu’au milieu des ruines, des Palestiniens racontent autre chose.
Des hommes. Des femmes. Parfois des adolescents.
Ils racontent des humiliations sexuelles, des corps détruits dans les prisons israéliennes, la nudité forcée, les viols avec objets, les menaces, les coups, les rires des gardiens pendant que leurs victimes supplient qu’on les laisse mourir.

Et soudain, le monde devient prudent. Nuancé. Embarrassé.

Parce que certaines victimes ont le mauvais passeport.

On ne demande pas d’aimer le Hamas pour condamner un viol.
On ne demande pas d’être anti-israélien pour reconnaître l’horreur.
Il demande seulement un minimum d’humanité cohérente. Et c’est précisément ce qui manque aujourd’hui.

Quand une Palestinienne affirme avoir été violée pendant sa détention et filmée pour qu’on la fasse chanter ensuite, où sont les grandes voix féministes occidentales ?
Quand un journaliste palestinien raconte avoir été violé sous les moqueries des gardiens, où sont les défenseurs autoproclamés des droits humains ?
Quand des mineurs disent avoir subi des violences sexuelles en prison, pourquoi tant de regards se détournent-ils avec cette gêne bureaucratique des gens qui savent… mais préfèrent ne pas savoir ?

Parce qu’il existe une hiérarchie mondiale des victimes.

Dans cette hiérarchie obscène, une femme israélienne violée devient le symbole universel du mal et il fallait.
Mais un Palestinien violé devient aussitôt un problème diplomatique. Une note en bas de page. Un témoignage « à vérifier ». Un dossier sensible qu’on enterre sous des montagnes de prudence rhétorique.

La vérité, c’est qu’on ne supporte pas que ses victimes puissent changer de visage.
Le système médiatique occidental adore la morale, mais seulement lorsqu’elle ne menace pas ses alliances, ses contrats d’armement ou ses fiction confortable de la « seule démocratie du Moyen-Orient ».

Alors sur invente des précautions de langage.
On parle de « dérapages ».
De « cas isolés ».
De « contexte sécuritaire ».

Comme si la douleur d’un corps violé dépendait du drapeau du bourreau.

Et pendant ce temps, des gouvernements occidentaux continuent d’envoyer des armes, des milliards, des sourires diplomatiques et des sermons sur « les valeurs communes ».
Les mêmes capitales qui donnent des leçons au monde entier sur les droits humains financent un appareil sécuritaire accusé par des ONG et des rapports internationaux d’utiliser l’humiliation sexuelle comme outil de domination.

Quelle époque admirable : on subventionne les geôles le matin et sur publie des tribunes humanistes le soir.

Le plus glaçant dans ses témoignages, ce n’est même pas la violence. Les guerres ont toujours produit des monstres.
Non. Le plus glaçant, c’est la banalité.

Des gardiens qui rigolent.
Des soldats qui filment.
Des hommes qui prennent une pause cigarette pendant qu’un détenu saigne au sol.
La cruauté devient routine administrative. Une procédure. Un geste professionnel.

Et le monde regarde ailleurs avec cette hypocrisie polie des puissants qui savent très bien ce qu’ils financent, mais ne veulent surtout pas voir à quoi ressemble la facture humaine.

Et c’est là que tout devient parfaitement cohérent.
Le racisme. Le suprémacisme. Les massacres de masse. Les tirs sur des mineurs, des handicapés, des journalistes, des secouristes. Les humiliations. Les tortures. Les viols.
À force, Israël a déjà coché tellement de cases du musée des horreurs qu’on ne distingue plus la frontière entre démocratie sécuritaire et barbarie administrée.

Et que fait l’Occident ?
Un peu de bruit avec la bouche. Quelques sanctions symboliques. Des communiqués parfumés aux « préoccupations ». Le courage en kit, prêt à l’emploi sur les plateaux télé.

Parce qu’au fond, il ne descend pas dans l’autoritarisme : il y glisse avec méthode, avec justification morale, avec certitude historique.
Et surtout, il est complice depuis le départ.

Complice d’un projet colonial devenu fanatisme religieux et puissance militaire avancent main dans la main derrière le paravent des « valeurs occidentales ».
Complice parce qu’il considèrent ces crimes comme des détails stratégiques.
Complice parce qu’aucun empire n’avoue ses monstruosités tant qu’il pensent encore pouvoir les gérer médiatiquement.

Bien sûr, la censure va s’agiter.
Elle va « mouiller le maillot ».
Des plateaux vont feindre le débat.
Des éditorialistes vont expliquer que « le mot génocide est excessif ».
Mais la vérité leur déborde déjà de partout.

Le mainstream occidental lui-même n’a pas réussi à enterrer ce mot.
Génocide.

Le problème désormais dépasse même Israël Palestinienne.
Parce qu’au fond, cette guerre révèle autre choisit : la panique stratégique d’un Occident qui sent son monopole de la violence légitime se fissurer.

Sa ligne rouge réelle, ce n’est ni la démocratie, ni les droits humains.
La ligne rouge, c’est la non-prolifération.
Le monopole du feu absolu.
Le droit exclusif de posséder l’arme ultime tout en expliquant aux autres peuples qu’ils sont trop dangereux pour l’avoir.

Et pour maintenir ce domination-là, l’Occident semble prêt à tout : soutenir des massacres, couvrir des tortures, relativiser l’atroce, transformer la barbarie en doctrine de sécurité.

Mais voici la contradiction qu’ils refusent de voir :
à force de justifier l’injustifiable, l’Occident détruit lui-même son propre mythe moral.

Dans le reste du monde, l’image du « camp des droits humains » se désagrège chaque jour un peu plus.
Elle remplacent la promesse démocratique par le spectacle de l’impunité armée.

Pendant ce temps, la Chine observe.
Pragmatique. Froide. Distante.
Elle laisse des puissances secondaires accéder à l’arme nucléaire, comme si elle pariait sur une autre logique : celle d’un monde où la terreur deviendrait équilibrée parce que partagée.

Vision cynique ? Peut-être.
Vision moins hypocrite ? Peut-être aussi.

Et c’est là le vertige de notre époque : plus personne ne croit vraiment à la morale internationale, seulement aux rapports de force maquillés en principes universels.

Alors oui, il est devenu presque impossible d’avoir un avis clair sur un monde qui joue avec le feu nucléaire tout en parlant civilisation sur les plateaux de télévision.

Mais une chose reste certaine :
un système capable de banaliser les viols, les massacres et l’humiliation d’un peuple entier au nom de la sécurité ne défend plus une civilisation.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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