Le sermon des donneurs de leçons et la comédie des indignations sélectives

Il fallait oser. Et il a osé.

Dans un mélange de componction diplomatique et de nostalgie mal digérée, l’ancien ambassadeur reconverti en oracle médiatique nous sert une leçon de morale géopolitique comme d’autres distribuent des hosties : à la chaîne, sans foi réelle, mais avec une autorité supposée. Le prétexte ? La visite historique du pape en Algérie. Le sous-texte ? Toujours le même vieux refrain : délégitimer, soupçonner, rabaisser.

Le procédé est grossier, presque attendrissant dans sa constance. On feint l’inquiétude pour mieux distiller l’accusation. On invoque les libertés pour mieux recycler les obsessions. Et surtout, on parle à la place de, comme si l’Algérie était encore ce territoire sur lequel certains esprits fatigués continuent de projeter leurs fantasmes d’influence perdue.

Car enfin, que dit-on ? Que cette visite serait une manœuvre. Que tout geste diplomatique algérien relèverait du calcul cynique. Que toute ouverture serait suspecte. Autrement dit : quoi que fasse l’Algérie, elle a tort par principe. L’argument n’est pas politique, il est pavlovien.

Et puis il y a ce ton. Ce ton si particulier, mélange d’ironie condescendante et de certitude coloniale recyclée. “Bien joué Tebboune !” Répété comme un gimmick fatigué, censé faire sourire mais qui sonne surtout comme une grimace. On croit lire un éditorial, on entend un soupir d’époque révolue.

Mais le plus savoureux reste cette soudaine passion pour les chrétiens d’Algérie. Quelle touchante sollicitude. Où était-elle hier ? Où est-elle ailleurs ? Cette compassion à géométrie variable, qui s’active uniquement quand elle peut servir de levier contre un État précis, relève moins de la foi que de l’instrumentalisation.

Le mécanisme est limpide : dramatiser, isoler, amplifier. Faire d’une réalité complexe un tableau noir uniforme. Effacer les nuances, ignorer les évolutions, caricaturer les équilibres. Puis conclure, avec gravité, que tout cela est inacceptable comme si l’auteur découvrait soudain le monde, ou feignait de le découvrir.

Mais ce qui dérange, au fond, ce n’est pas la situation décrite. C’est l’événement lui-même. Une visite papale en Algérie. Une reconnaissance symbolique. Une présence qui échappe aux circuits habituels, aux regards habitués à décider qui mérite quoi.

Et c’est là que le vernis craque.

Car derrière la critique, il y a une inquiétude plus profonde : celle de voir un pays exister en dehors du récit qu’on lui assigne. Parler à d’autres. Construire autrement. Échapper, ne serait-ce qu’un instant, au rôle qu’on voudrait lui faire jouer.

Alors on attaque. On ironise. On convoque l’histoire, mais toujours à sens unique. On rappelle saint Augustin, mais jamais la colonisation. On parle mémoire, mais sans miroir.

Le résultat ? Un texte qui se veut analyse et qui n’est qu’un symptôme. Celui d’une incapacité chronique à regarder l’Algérie autrement que comme un problème à commenter ou un élève à corriger.

Et pourtant, le réel est têtu.

La visite du pape, qu’elle plaise ou non, existe. Elle s’inscrit dans une dynamique, dans une histoire, dans un moment. Elle ne blanchit rien, elle ne sanctifie personne. Elle dit simplement qu’un pays peut être un lieu de dialogue, de symboles, de circulation. Et cela, visiblement, suffit à déclencher des crispations.

Alors oui, on peut critiquer. On doit même critiquer. Mais encore faut-il le faire avec autre chose qu’un réflexe pavlovien et une ironie de salon.

Car à force de dénoncer tout, on finit par ne plus rien dire.
À force de juger tout le monde, on finit par se trahir soi-même.

Et à force de rire jaune… on révèle surtout une vieille amertume.

Moralité : L’Algérie reçois la visite du Pape avec dignité, il semble que l’ex : commis de l’Etat Français et ses commanditaires du Makhzen Marocain, ont très mal, très mal aux dernières selon un expression bien de chez nous !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Agression contre l’Iran ! Le cirque des va-t-en-guerre et le triomphe des cendres

Il y a une beauté convulsive dans l’idiotie stratégique. L’Amérique avait promis « l’Aube d’un Nouveau Moyen-Orient », le Grand Soir de la démocratie aéroportée et l’apocalypse finale du « régime des Mollahs ». Résultat ? Après quelques semaines de ce qui ressemble plus à un concours de pyrotechnie hors de prix qu’à une guerre de haute intensité, le spectacle touche à sa fin. Le rideau tombe sur un champ de ruines, laissant derrière lui une odeur de kérosène brûlé et le goût amer d’une humiliation que l'on tente de maquiller en triomphe.

Le fracas des illusions et le prix du sang (des autres)

Le Pentagone, avec cette comptabilité maniaque qui caractérise les empires en déclin, aligne les chiffres : 11 000 frappes. On a « décapité » la chaîne de commandement iranienne si souvent que Téhéran doit désormais ressembler à une hydre de Lerne particulièrement hilare. On a martelé le béton, labouré le désert et fait trembler les montagnes. Et pourtant ? Le programme nucléaire iranien, niché sous des centaines de mètres de roche granitique, regarde passer les bombes avec l’impassibilité du roc. On ne détruit pas une idéologie et un savoir-faire avec des jouets technologiques à plusieurs millions de dollars l’unité quand l'adversaire a l'éternité pour lui.

Pendant ce temps, le « dôme de fer » de certitudes occidentales prend l’eau. Les bases américaines du Golfe ne sont plus que des stands de tir pour drones et missiles iraniens, et le fleuron de l’US Navy, ce porte-avions qu’on croyait insubmersible comme le Titanic s’en va panser ses plaies dans un port européen, loin, très loin des côtes persiques. Quant au détroit d’Ormuz, il est devenu un lac iranien. On joue au billard avec l’économie mondiale, et c’est l’occident qui paye l’addition à la pompe, tandis que les planificateurs de Washington découvrent, avec une candeur touchante, que l'Iran n'est pas un plateau de jeu vidéo, mais un pays qui rend les coups.

Trump : L’art du deal dans les décombres

Et comment cela finit-il ? Par la grande parade de l'absurde. On voit déjà poindre le « dénouement » version Mar-a-Lago. Donald Trump, fidèle à sa méthode de camelot de luxe, s'apprête à hurler au micro qu’il a remporté la plus grande victoire de l’histoire de l’humanité. Il se vantera d’avoir « réduit l'Iran en poussière » tout en signant fébrilement, sous la table, un cessez-le-feu qui ne règle rien.

L’Iran, trop heureux de voir cesser le déluge, rentrera dans ses casernes, intact dans sa détermination. Chaque camp pourra claironner sa victoire devant des foules lobotomisées par la propagande. Mais la réalité, celle qui brûle, est là : rien n’a changé, si ce n’est que Téhéran sait désormais que l’Oncle Sam n’a plus les dents pour mordre. L’Iran sort de ce brasier non pas affaibli, mais sanctifié par sa résistance, plus proche que jamais du seuil nucléaire. Une victoire ? Non, un suicide stratégique au ralenti.

Ukraine : Le vase communicant de la lâcheté

Mais le sarcasme ne s’arrête pas aux rives du Golfe. Par un jeu de vases communicants dont la géopolitique a le secret, la fumée des explosions en Iran aveugle déjà Kiev. L’Amérique est épuisée, saturée, exsangue. Elle n’a plus ni l’estomac, ni le portefeuille pour entretenir deux fronts.

Trump, qui a toujours vu l’Ukraine comme une « erreur de gestion » léguée par un prédécesseur sénile, va s’empresser de liquider l’affaire. La résistance iranienne a envoyé un message clair au monde : on peut tenir tête à l’Occident. Et ce message a été reçu cinq sur cinq au Kremlin.

Poutine n'a plus qu'à attendre que le fruit mûr tombe. Pourquoi ferait-il des concessions à une Amérique « sur-étendue », humiliée par des milices et des drones iraniens ?

Le scénario est écrit :

  1. L'abandon cynique : Sous couvert de « pragmatisme », on forcera l'Ukraine à une paix infamante.
  2. Le gel du front : On entérinera le fait accompli russe sur les ruines de la souveraineté ukrainienne.
  3. La fin de l'illusion : Kiev devra accepter l'injustice pour prix de sa survie, pendant que l'Occident se félicitera d'avoir ramené la « paix ».

L’Occident, dans son arrogance décrépite, pensait redessiner le monde. Il n'a fait que démontrer son impuissance. Le rire est noir, car il est le seul rempart contre le constat de la   déchéance occidentale. On ne convainc plus, on n'intimide plus : on s'agite dans le vide, en espérant que personne ne remarquera que le roi est non seulement nu, mais qu'il est en train de brûler.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Les Pays du Golfe face aux missiles iraniens : L’agresseur invisible et la riposte coupable :

Est-ce l’Iran qui à un moment ou un autre a bombardé une bonne partie des Etats de la région sans sommation ni déclaration de guerre ?

A quel moment l’Iran a annexé une partie d’un territoire voisin par la force ?

A quel moment a t’il dit qu’il voulait le faire ? Ce sont des questions légitimes qui se posent quand on voit écrites de pareilles âneries.
L’Iran a été attaqué grâce à des infrastructures hébergées par les pays du Golfe qui ont autorisé de facto leur utilisation à des fins offensives. Ils ne peuvent être neutres en aidant une des parties au combat et l’agresseur en particulier. Héberger des infrastructures militaires utilisées dans une attaque, c’est participer de facto au conflit, alignée sur une vision sécuritaire pro-israélienne et pro-américaine.

Il faut parfois relire deux fois certains textes de presse des pays du Golfe,  pour être sûr de ne pas halluciner. Celui-ci appartient à cette catégorie rare : celle où l’énormité des affirmations provoque presque un réflexe physique. On ne débat plus, on suffoque. Il efface la logique de riposte et transforme une réaction en initiative agressive. C’est un classique de rhétorique : celui qui répond devient celui qui attaque.

Mais au fond, rien de surprenant. Quand un auteur d’un pays du Golfe revendique, explicitement ou non, une grille de lecture militante, il ne produit pas une analyse : il rédige un réquisitoire.

Car enfin, remettons les choses dans l’ordre.

Qui a frappé en premier ?
Qui a bombardé des installations sur le territoire d’un État souverain sans déclaration de guerre ?
Et qui, ensuite, est sommé d’endosser le rôle de l’agresseur ?

Dans cette inversion presque orwellienne, la riposte devient crime, et l’attaque initiale disparaît dans les notes de bas de page.

On nous parle ensuite de “l’expansionnisme iranien”. Très bien. Mais à quel moment Iran a-t-il annexé un territoire voisin par la force ? À quel moment a-t-il revendiqué une telle intention ? Silence radio. L’accusation flotte, massive, mais creuse.

En revanche, une réalité dérangeante est soigneusement contournée :
les États du Golfe qui se disent “non parties au conflit” hébergent des bases militaires utilisées pour frapper. Curieuse neutralité. Une neutralité armée, équipée, prêtée.

À ce stade, il ne s’agit plus d’analyse mais de prestidigitation.

Les chiffres, eux, tombent en cascade : missiles, drones, interceptions. Une pluie de données pour donner au récit une apparence de sérieux. Mais derrière cette précision apparente, une question simple : que prouvent-ils, sinon qu’une guerre est en cours guerre dont les causes sont soigneusement édulcorées ?

Et puis vient le moment de vérité idéologique.

La célébration des Accords d’Abraham comme choix “visionnaire”. L’alignement stratégique avec Israël présenté comme une évidence. Et, ultime glissement, l’évocation à peine voilée d’un changement de régime à Téhéran. Voilà donc le cœur du texte : non pas comprendre une crise, mais justifier un camp.

Le reste n’est qu’habillage.

Car la réalité est plus simple, et plus brutale : on ne peut pas transformer indéfiniment des actes offensifs en postures défensives sans que la contradiction finisse par éclater.

À force de tordre les faits, ce n’est pas l’adversaire qu’on caricature c’est la crédibilité qu’on sacrifie. Et dans ce théâtre d’ombres où chacun joue son rôle, une question demeure, lancinante :
que restera-t-il de ces certitudes martelées lorsque la poussière retombera ?

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Le Zèle des Juifs : Quand la Diaspora se rêve plus Royale que le Roi :

Une citation d’Albert Camus afin d’illustrer le propos : « La liberté est un droit, mais elle n’est jamais complète tant que la parole est muselée. »

Il y a quelque chose de fascinant, presque clinique, dans le spectacle de cette « élite » hexagonale qui s’agite autour de la loi Yadan. On présente au citoyen français un texte censé traquer « l’hydre » antisémite, mais qui ressemble surtout à une muselière dorée, forgée dans les salons parisiens par des zélotes qui, manifestement, n’ont pas reçu les dernières nouvelles du front de la réalité.

Le Paradoxe du Miroir Déformant

Le texte que nous analysons souligne une vérité presque comique : en France, une poignée d’intellectuels en charentaises et de politiciens en quête de boussole défendent une ligne plus rigide que l’état-major de Tsahal. C’est le syndrome du « plus royaliste que le roi », ou plutôt du « plus sioniste que le Sabra ».

Pendant qu’à Tel-Aviv, on manifeste, on hurle, on critique l’occupation et on dissèque les failles du gouvernement sans finir au fer rouge, les « gardiens de la vertu » parisiens, Caroline Yadan en tête, veulent imposer une police de la pensée. Leur concept ? L’antisionisme serait le cache-sexe de l’antisémitisme. Pratique. C’est le couteau suisse de la censure : une lame pour couper la parole, une pince pour extraire la nuance, et un poinçon pour marquer au front quiconque ose suggérer que Benjamin Netanyahu n’est pas un saint laïc mais un criminel de guerre.

La Sainte Alliance de la Carpe et du Lapin

Le spectacle devient franchement grotesque quand on observe la valse-hésitation entre le Rassemblement National et les promoteurs de cette loi. Voir Jordan Bardella jouer les pèlerins de la sécurité à Jérusalem pour faire oublier l’odeur de soufre de son héritage politique, c’est un peu comme voir un loup se faire refaire les dents pour mieux vendre du dentifrice bio.

Et que dire de leurs médias « mainstream », ces choristes du consensus qui, derrière Laurence Ferrari ou d’autres pyromanes de plateau, transforment l’information en catéchisme ? On ne discute plus, on communie. On n'analyse pas, on excommunie. Le refus de voir la réalité de Gaza n'est plus une opinion, c'est une cécité volontaire érigée en vertu journalistique.

L’Hydre et le Pompier-Pyromane

Le point d’orgue est atteint avec la figure de Jupiter-Macron. En invoquant « l’hydre » à tout bout de champ, le Président ne fait pas que de la sémantique ; il prépare le bûcher. En amalgamant tout, l’extrême gauche, l’islamisme, la critique politique dans un grand chaudron de « haine », il vide le mot « antisémitisme » de sa substance historique pour en faire une matraque électorale.

C’est là que le bât blesse, et que la brûlure commence à se faire sentir. À force de crier au loup (ou à l’hydre) dès qu’un citoyen s’inquiète du sort d’un enfant à Khan Younès, on ne protège pas les juifs de France ; on crée un climat d’asphyxie. On transforme un combat noble  la lutte contre le racisme en une entreprise de surveillance de masse où le simple fait de lire un rapport de B’Tselem pourrait bientôt vous valoir une visite de la patrouille idéologique.

Conclusion : Le Rire de Camus contre le Silence des Agneaux

Le texte initial se conclut par une citation de Camus sur la liberté. Quelle ironie ! Camus, l’homme de la mesure, utilisé pour justifier une loi de démesure.

Si la loi Yadan passe, ce ne sera pas une victoire contre la haine, mais le triomphe du ridicule tragique. La France sera ce pays étrange où l'on a plus de liberté de critiquer Israël à Jérusalem qu'à la Sorbonne. Un pays où la « protection » rime avec « extinction des feux » de l’intelligence.

Alors, rions. Rions de ce zèle de diaspora qui confond le débat avec le combat, et la critique avec le crime. Car si la France perd le droit de critiquer, elle  perd celui de penser. Et une démocratie qui ne pense plus n’est plus qu’un cadavre encombrant, parfumé aux bons sentiments de salon.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Algérie coupable, France irréprochable : la fable continue :

Il faut reconnaître à certains discours une forme de constance admirable : ils traversent les décennies sans jamais se laisser altérer par la réalité. Ils changent de vocabulaire, de costume, de ton mais au fond, ils disent toujours la même chose. Et dans cette fidélité opiniâtre au déni, il y a presque quelque chose de touchant.

Dans les colonnes du Journal du Dimanche, Pierre Vermeren nous livre ainsi une performance bien rodée : expliquer que si la relation entre la France et l’Algérie est minée, ce n’est ni par l’histoire, ni par la violence, ni par les structures héritées de la colonisation mais par une stratégie cynique du pouvoir algérien, qui aurait trouvé dans la “diabolisation” de la France un levier politique commode.

Voilà donc l’affaire entendue : la mémoire serait un outil, un gadget, un instrument de communication. Une sorte de logiciel politique que l’Algérie activerait à volonté, comme on lance une campagne marketing. Et la colonisation, dans tout cela ? Une variable secondaire. Un bruit de fond. Une anecdote vaguement regrettable, mais certainement pas structurante.

Il fallait oser. Car enfin, de quoi parle-t-on exactement ? D’une présence coloniale de plus d’un siècle. D’une dépossession massive. D’un système juridique fondé sur l’inégalité. D’une guerre d’indépendance jalonnée de torture, de disparitions, de massacres. Bref, de ce que l’on appelle, dans un éclair de lucidité, une histoire.

Mais dans cette rhétorique-là, l’histoire devient un accessoire encombrant. On ne la nie pas frontalement — ce serait trop voyant —, on la relègue. On la miniaturise. On la transforme en décor, pendant que l’on déploie, au premier plan, le véritable sujet : l’ingratitude supposée de l’ancien colonisé.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, au fond.

Ce texte n’est pas une analyse de la relation franco-algérienne. C’est une plainte. Une longue plainte élégante, savamment habillée, contre le refus de l’Algérie de jouer le rôle qu’on attend d’elle : celui d’un partenaire discret, raisonnable, reconnaissant et surtout, amnésique.

L’Algérie, dans ce récit, n’est jamais un sujet historique. Elle est un problème. Une anomalie. Une entité suspecte, qui “instrumentalise”, qui “refuse”, qui “bloque”. Une mauvaise élève de la géopolitique mémorielle.

Et la France ? Elle flotte au-dessus du tableau, dans une posture de bonne volonté contrariée. Elle aurait tout essayé, tout proposé, tout tendu et se heurterait, inlassablement, à l’hostilité irrationnelle d’Alger. On croit rêver.

Car ce renversement est d’une audace presque artistique : faire passer la puissance coloniale pour la partie lésée, et l’ancien colonisé pour l’acteur manipulateur. Il fallait y penser. Il fallait surtout oser le répéter avec autant de sérieux. Mais ce qui frappe le plus, ce n’est pas tant ce qui est dit que ce qui est soigneusement évité.

Où est la reconnaissance claire des rapports de domination ? Où est la prise en compte des continuités historiques ? Où est l’analyse des usages politiques de cette mémoire… en France même ?

Car enfin, l’instrumentalisation n’est pas un monopole algérien. Elle prospère très bien de ce côté-ci de la Méditerranée, où la question algérienne est périodiquement réactivée pour alimenter des récits identitaires, des paniques morales et des stratégies électorales.

Mais cela, curieusement, disparaît du champ de vision.

Il y a, dans cette asymétrie, quelque chose de presque comique. Une sorte de myopie sélective, qui permet de voir avec une précision chirurgicale les défauts de l’autre, tout en conservant une opacité totale sur ses propres angles morts. Et puis il y a cette idée, absolument délicieuse, selon laquelle la réconciliation serait entravée par l’Algérie.

La réconciliation.

Ce mot magique, brandi comme une évidence morale, mais vidé de toute substance. De quelle réconciliation parle-t-on, au juste ? D’une réconciliation sans vérité ? Sans reconnaissance pleine et entière ? Sans travail historique sérieux ? Une réconciliation déclarative, en somme, performative, qui consisterait à dire “tournons la page” sans jamais avoir lu le chapitre.

Une réconciliation administrative.

On imagine presque la scène : “Veuillez cesser d’être en désaccord avec votre propre histoire. Merci de votre compréhension.”

Mais l’histoire, malheureusement, ne fonctionne pas ainsi. Elle n’obéit ni aux injonctions éditoriales, ni aux calendriers diplomatiques. Elle insiste. Elle revient. Elle dérange.

Et c’est précisément cela qui pose problème.

Car ce texte révèle, malgré lui, une impatience. Une lassitude. Une forme d’agacement face à la persistance de cette mémoire coloniale, qui refuse obstinément de disparaître. Comme si le passé avait la mauvaise habitude de ne pas se comporter comme un passé.

Alors on tente autre chose : on délégitime. On pathologise. On explique que si cette mémoire existe encore, ce n’est pas parce qu’elle est fondée, mais parce qu’elle est exploitée. C’est une vieille stratégie. Transformer une question historique en problème psychologique ou politique. Faire de la mémoire un symptôme plutôt qu’un fait.

Ainsi, tout devient plus simple.

Il n’y a plus de responsabilité seulement des manipulations.
Il n’y a plus de rapports de force seulement des stratégies.
Il n’y a plus d’histoire seulement des discours.

Et dans ce monde-là, la France peut enfin respirer. Délestée du poids du passé, libérée de toute asymétrie, elle redevient un acteur neutre, rationnel, presque innocent. Un miracle.

Mais un miracle fragile. Car il suffit de gratter un peu pour que tout réapparaisse : les silences, les angles morts, les euphémisations. Toute cette architecture de déni poli, de minimisation élégante, de réécriture feutrée.

Et derrière, toujours la même question, lancinante : pourquoi cela ne passe-t-il pas ?

Pourquoi l’Algérie ne “tourne-t-elle pas la page” ?

Peut-être, simplement, parce que la page en question n’a jamais été réellement écrite ensemble. Parce qu’elle a été imposée, arrachée, violente. Parce qu’elle continue de produire des effets bien réels, bien concrets, bien actuels.

Mais cela supposerait de changer de perspective.

Cela supposerait de sortir de ce récit confortable où la France est toujours du bon côté de l’histoire, et où les problèmes viennent toujours d’ailleurs.

Cela supposerait, en somme, un effort.

Et c’est peut-être cela, le véritable impensé de ce texte : non pas l’Algérie, mais la difficulté persistante, en France, à regarder cette histoire autrement que comme un malentendu.

Un malentendu.

Le mot est presque parfait.

Il permet de tout dire sans rien reconnaître. De tout évoquer sans rien assumer. De tout expliquer sans jamais se remettre en cause. C’est un mot propre.

Comme cette histoire que certains aimeraient tant rendre enfin propre, nette, digeste, débarrassée de ses aspérités, de ses violences, de ses morts. Une histoire sans cris, sans sang, sans mémoire. Une histoire qui ne dérange plus personne.

Autrement dit : une fiction.

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Trump ou la politique comme mauvais théâtre d’un "Monsieur Ultimatum"

 

Trump Mr Ultimatum

Il faudrait donc s’incliner devant le “phénomène”. Le mot revient, comme une révérence embarrassée, chaque fois que Donald Trump surgit sur nos écrans, entre deux menaces apocalyptiques et trois autosatisfactions grotesques. Un “phénomène”, vraiment ? Disons plutôt une anomalie bruyante  un accident de l’histoire qui confond la puissance avec le vacarme.

Mardi, le voilà prophète de fin du monde, promettant à l’Iran la disparition pure et simple d’une civilisation. Le lendemain, prestidigitateur diplomatique, annonçant un cessez-le-feu sous conditions. Entre les deux ? Rien. Ou plutôt si : ce vide stratégique qu’on maquille en génie imprévisible, cette agitation permanente qu’on vend comme profondeur tactique.

On nous parle d’OVNI. L’image est flatteuse  elle suppose l’étrangeté, donc la singularité, donc peut-être le génie. Mais il faut parfois appeler les choses par leur nom : ce n’est pas un objet volant non identifié, c’est un dirigeant qui gouverne par impulsions, coups de menton et storytelling douteux. Un homme qui confond la guerre avec un épisode de téléréalité, où le pilote sauvé devient messie de circonstance et où chaque opération militaire doit ressembler à un blockbuster.

Le plus fascinant, au fond, ce n’est pas Trump. C’est l’effort désespéré de certains pour lui trouver une cohérence. On convoque Jean-Luc Marion, le “phénomène saturé”, l’événement qui déborde toute compréhension. Très bien. Mais à force de sophistication conceptuelle, on finit par habiller le néant. Le chaos n’est pas profond parce qu’on le décrit avec des mots compliqués.

Car enfin, regardons les faits ces choses têtues que le verbe trumpien ne dissout pas complètement. Une escalade militaire sans cap clair. Des milliers de morts. Des objectifs flous. Et, au bout du compte, un cessez-le-feu qui ressemble moins à une victoire qu’à une sortie de secours. Non pas la magnanimité du vainqueur, mais la fatigue du joueur qui réalise que la partie lui échappe.

On nous dira : stratégie indirecte, brouillage des pistes, art de la dissimulation. Trump en nouvel Alexandre, maniant la ruse à la manière d’un conquérant antique. L’image est séduisante elle flatte l’imaginaire viril de la guerre comme art noble. Mais elle s’effondre dès qu’on pose une question simple : où est la victoire ? Où est le gain politique, stratégique, humain ?

Comparer ce théâtre d’ombres à Alexander the Great à Gaugamèles, c’est confondre la manœuvre militaire avec l’improvisation narcissique. Alexandre savait où il allait. Trump, lui, semble surtout préoccupé par l’effet produit sur ses électeurs, sur ses adversaires, sur les écrans.

Et pendant ce temps, les commentateurs s’épuisent. Les “esprits raisonnables” appellent au droit international, à la diplomatie, au calme. Les autres dénoncent leur naïveté. Dialogue de sourds, pendant que la réalité, elle, avance sans demander la permission à personne.

Alors oui, Trump interloque. Mais pas au sens noble du terme. Il interloque comme une dissonance permanente, comme une rupture du sens commun. Il ne dépasse pas notre compréhension  il la met en échec par saturation de contradictions.

Fou ? Peut-être pas. Le mot est trop facile, presque rassurant. Il permet de classer, donc de comprendre. Or le problème est ailleurs : dans cette normalisation progressive de l’excès, dans cette tolérance croissante pour l’irrationnel dès lors qu’il est spectaculaire.

Le véritable “phénomène”, ce n’est pas Trump. C’est le monde qui s’habitue à lui.

Et qui, à force de s’y habituer, finit par prendre le bruit pour de la puissance et le chaos pour de la stratégie.

La guerre comme un art ? Vraiment ? Donald Trump a-t-il seulement connu autre chose que la mise en scène de la guerre, sa version climatisée et scénarisée ? Des milliers de morts, dont il serait bien en peine de rendre compte autrement que par des chiffres douteux — appelons cela, pourquoi pas, un “flou artistique” de plus dans une carrière déjà saturée d’effets spéciaux.

Ce cessez-le-feu, présenté comme un coup de maître, a surtout le goût rance de la contrainte : contrainte politique, économique, humaine bref, la réalité qui finit par rattraper le bateleur. Non, il ne s’agit pas d’une mansuétude soudaine envers ceux qu’il promettait hier de renvoyer à l’âge de pierre, mais d’une limite atteinte, d’un mur que même le vacarme ne parvient plus à masquer.

Certains, aux États-Unis, parlent de démence et évoquent la destitution. Le diagnostic est peut-être excessif,  il est surtout commode. Car le réduire à la folie, c’est encore lui accorder une forme d’exception. Or Donald Trump n’est pas une énigme : il est une méthode. Brouiller, inverser, frapper quand il parle de paix, tendre la main quand il menace, transformer la contradiction en style et l’instabilité en signature.

Un “phénomène politique”, disent certains, fascinés. Peut-être. Mais à ce compte-là, il faudrait aussi réviser nos classiques et voir en lui un nouvel Alexander the Great. Sauf qu’à Gaugamèles, il y avait une stratégie. Ici, il n’y a qu’un spectacle.

Et le plus inquiétant, au fond, n’est pas qu’il joue ce rôle. C’est que le monde continue de prendre la représentation pour la réalité.

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Comment et à bord de quels avions les forces spéciales américaines ont-elles fui l’Iran : incohérences dans la version officielle :

Plus les détails officiels émanant du commandement américain concernant le sauvetage du pilote américain abattu, se multiplient, plus les questions se multiplient. Comme l’a précédemment rapporté Military Review, l’opération de sauvetage du pilote de F-15E en Iran pourrait bien avoir servi de couverture. À ce propos, une théorie circule sur Internet selon laquelle des forces spéciales auraient débarqué en Iran pour localiser et récupérer de l’uranium enrichi. Pour rappel, l’AIEA estime que l’Iran possède environ 400 kg de ce matériau.

Les données officielles concernant l’opération « évacuation du pilote abattu » sont les suivantes : une centaine de soldats des forces spéciales ont été acheminés vers un aérodrome de fortune situé près du massif montagneux du Zagros à bord d’avions de transport militaire MC-130. Lorsque le pilote a été repéré, caché derrière un rocher, il a été embarqué à bord d’un hélicoptère MH-6 et évacué. L’opération aérienne était couverte par des avions d’attaque A-10 Thunderbolt, des hélicoptères d’assaut, des drones et des avions furtifs F-35.

Ce qui est particulièrement troublant, c’est que deux avions de transport MC-130 n’ont pas pu décoller de cette même piste improvisée au pied des montagnes. Le Pentagone explique qu’ils se sont enlisés dans le sable ou la boue, car ils étaient «trop lourds pour ce type de terrain». Et comme le commandement de l’US Air Force «ne pouvait se permettre que ces avions, transportant du matériel important, tombent entre les mains des Iraniens», il a été décidé de les détruire par des frappes aériennes.

Jusqu’ici, tout est relativement logique. Mais la logique commence tout de même à se rompre.

Il s’avère que l’armée de l’air américaine a également détruit quatre de ses propres hélicoptères (parmi lesquels un MH-6, similaire à celui qui a servi à évacuer l’officier de l’armée de l’air retrouvé «derrière le rocher»).

Mais si la destruction des avions de transport militaire MC-130 peut s’expliquer par leur poids et «c’est pourquoi ils n’ont pas décollé», alors qu’est-ce qui a empêché les MH-6, plus légers, de décoller ?

De plus, la question se pose : si le Pentagone parle de plus d’une centaine de forces spéciales américaines qui ont participé à l’opération de sauvetage du pilote abattu pendant deux jours, comment sont-elles rentrées, alors que leurs propres forces étaient pratiquement dépourvues de tout ce qu’elles avaient utilisé pour se rendre en Iran ?

Les médias américains affirment que l’explication est simple : il semblerait que le Commandement central ait tout simplement dépêché – tenez-vous bien – trois autres avions de transport MC-130J Commando II sur le même terrain d’aviation improvisé près d’Ispahan. Et ces appareils ont effectivement décollé sans s’enliser dans le sable ou la boue… Mais pourquoi les premiers se sont-ils embourbés, alors que les autres ont pu décoller sans problème ?

Vous voyez, expliquent les experts militaires américains, «tout l’enjeu est que les pilotes des autres avions connaissaient déjà les caractéristiques de la piste et ont donc pris en compte toutes les nuances de sa longueur et les caractéristiques du sol». C’est ce qui a permis à tous de décoller en toute sécurité.

Le scénario se déroule comme suit : d’abord, une ou deux compagnies des forces spéciales, qui avaient localisé et évacué le pilote du F-15E, ont abandonné les avions de transport ainsi que leurs pilotes. Elles ont ensuite observé leurs propres appareils bombarder la zone, ainsi que les avions et les hélicoptères, afin d’empêcher leur capture par les Iraniens. Puis, ces mêmes forces spéciales ont attendu trois autres avions de transport militaire, qui non seulement ont atterri avec succès à l’endroit même où les restes des MC-130 précédents brûlaient encore et où des cratères calcinés fumaient encore, mais ont également redécollé sans encombre, grâce à une meilleure répartition de la charge.

Et les hélicoptères, alors ? Pourquoi les Américains ont-ils décidé de les bombarder aussi ? Sont-ils coincés ?

Version presse américaine :

Les faire rembarquer sur des avions de transport ou attendre leur départ spontané était trop risqué et trop long. Les forces iraniennes approchaient déjà. Il a donc été décidé de les détruire avec les avions de transport.

 

On admet que «les forces iraniennes approchaient». Mais apparemment, elles approchaient si lentement que, pendant ce temps, les Américains ont eu le temps de tout bombarder, de décider de l’envoi d’avions supplémentaires et, en fait, d’attendre leur arrivée, puis de les charger et de décoller – et ce, sans même un dernier tir de MANPADS dans la queue…

Conclusion : tout cela ressemble fort à une rumeur lancée par le département américain de la Défense et les médias américains eux-mêmes. Par conséquent, soit des dizaines d’autres militaires américains ont péri sous les frappes iraniennes lors de l’évacuation d’un seul d’entre eux – et ce ne sont donc « pas seulement tous » qui sont repartis. Soit personne n’avait l’intention de repartir ce jour-là ou les deux jours suivants – ils se sont dispersés sur le territoire iranien afin de mener, effectivement, une autre opération par la suite. Dans ce second cas, le sauvetage du pilote aurait très bien pu n’être qu’une couverture – afin de dissimuler à son propre électorat l’option d’une invasion terrestre, en affirmant que tout cela était nécessaire pour sauver le simple soldat Ryan, le pilote abattu.

source : Topwar

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 Comme l’a précédemment rapporté Military Review, l’opération de sauvetage du pilote de F-15E en Iran pourrait bien avoir servi de couverture. À ce propos, une théorie circule sur Internet selon laquelle des forces spéciales auraient débarqué en Iran pour localiser et récupérer de l’uranium enrichi. Pour rappel, l’AIEA estime que l’Iran possède environ 400 kg de ce matériau.

Les données officielles concernant l’opération « évacuation du pilote abattu » sont les suivantes : une centaine de soldats des forces spéciales ont été acheminés vers un aérodrome de fortune situé près du massif montagneux du Zagros à bord d’avions de transport militaire MC-130. Lorsque le pilote a été repéré, caché derrière un rocher, il a été embarqué à bord d’un hélicoptère MH-6 et évacué. L’opération aérienne était couverte par des avions d’attaque A-10 Thunderbolt, des hélicoptères d’assaut, des drones et des avions furtifs F-35.

Ce qui est particulièrement troublant, c’est que deux avions de transport MC-130 n’ont pas pu décoller de cette même piste improvisée au pied des montagnes. Le Pentagone explique qu’ils se sont enlisés dans le sable ou la boue, car ils étaient «trop lourds pour ce type de terrain». Et comme le commandement de l’US Air Force «ne pouvait se permettre que ces avions, transportant du matériel important, tombent entre les mains des Iraniens», il a été décidé de les détruire par des frappes aériennes.

Jusqu’ici, tout est relativement logique. Mais la logique commence tout de même à se rompre.

Il s’avère que l’armée de l’air américaine a également détruit quatre de ses propres hélicoptères (parmi lesquels un MH-6, similaire à celui qui a servi à évacuer l’officier de l’armée de l’air retrouvé «derrière le rocher»).

Mais si la destruction des avions de transport militaire MC-130 peut s’expliquer par leur poids et «c’est pourquoi ils n’ont pas décollé», alors qu’est-ce qui a empêché les MH-6, plus légers, de décoller ?

De plus, la question se pose : si le Pentagone parle de plus d’une centaine de forces spéciales américaines qui ont participé à l’opération de sauvetage du pilote abattu pendant deux jours, comment sont-elles rentrées, alors que leurs propres forces étaient pratiquement dépourvues de tout ce qu’elles avaient utilisé pour se rendre en Iran ?

Les médias américains affirment que l’explication est simple : il semblerait que le Commandement central ait tout simplement dépêché – tenez-vous bien – trois autres avions de transport MC-130J Commando II sur le même terrain d’aviation improvisé près d’Ispahan. Et ces appareils ont effectivement décollé sans s’enliser dans le sable ou la boue… Mais pourquoi les premiers se sont-ils embourbés, alors que les autres ont pu décoller sans problème ?

Vous voyez, expliquent les experts militaires américains, «tout l’enjeu est que les pilotes des autres avions connaissaient déjà les caractéristiques de la piste et ont donc pris en compte toutes les nuances de sa longueur et les caractéristiques du sol». C’est ce qui a permis à tous de décoller en toute sécurité.

Le scénario se déroule comme suit : d’abord, une ou deux compagnies des forces spéciales, qui avaient localisé et évacué le pilote du F-15E, ont abandonné les avions de transport ainsi que leurs pilotes. Elles ont ensuite observé leurs propres appareils bombarder la zone, ainsi que les avions et les hélicoptères, afin d’empêcher leur capture par les Iraniens. Puis, ces mêmes forces spéciales ont attendu trois autres avions de transport militaire, qui non seulement ont atterri avec succès à l’endroit même où les restes des MC-130 précédents brûlaient encore et où des cratères calcinés fumaient encore, mais ont également redécollé sans encombre, grâce à une meilleure répartition de la charge.

Et les hélicoptères, alors ? Pourquoi les Américains ont-ils décidé de les bombarder aussi ? Sont-ils coincés ?

Version presse américaine :

Les faire rembarquer sur des avions de transport ou attendre leur départ spontané était trop risqué et trop long. Les forces iraniennes approchaient déjà. Il a donc été décidé de les détruire avec les avions de transport.

 

On admet que «les forces iraniennes approchaient». Mais apparemment, elles approchaient si lentement que, pendant ce temps, les Américains ont eu le temps de tout bombarder, de décider de l’envoi d’avions supplémentaires et, en fait, d’attendre leur arrivée, puis de les charger et de décoller – et ce, sans même un dernier tir de MANPADS dans la queue…

Conclusion : tout cela ressemble fort à une rumeur lancée par le département américain de la Défense et les médias américains eux-mêmes. Par conséquent, soit des dizaines d’autres militaires américains ont péri sous les frappes iraniennes lors de l’évacuation d’un seul d’entre eux – et ce ne sont donc « pas seulement tous » qui sont repartis. Soit personne n’avait l’intention de repartir ce jour-là ou les deux jours suivants – ils se sont dispersés sur le territoire iranien afin de mener, effectivement, une autre opération par la suite. Dans ce second cas, le sauvetage du pilote aurait très bien pu n’être qu’une couverture – afin de dissimuler à son propre électorat l’option d’une invasion terrestre, en affirmant que tout cela était nécessaire pour sauver le simple soldat Ryan, le pilote abattu.

source : Topwar

 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Trump menace de faire «disparaître» la civilisation iranienne ;

Si l’on suit cette dynamique, le discours implicite adressé non seulement à l’Iran, mais potentiellement à tous les États et pays du monde, paraît être le suivant : les États-Unis font ce qu’ils veulent parce qu’ils sont américains, et ensuite nous vous ordonnons de nettoyer derrière nous. Nous vous attaquons, nous détruisons vos infrastructures, nous vous imposons un changement radical de votre manière de vivre, nous menaçons vos civils si vous n’obéissez pas immédiatement, et nous pouvons nous accaparer vos ressources naturelles si nous le décidons, sans que vous ayez le droit de vous défendre ou même de protester. Cette logique semble s’inscrire dans l’ultimatum de Donald Trump, qui menace de « détruire l’Iran tout entier » si le détroit n’est pas rouvert d’ici ce soir.

À sa manière tonitruante, Trump est en train de dévoiler la vérité profonde des USA depuis leurs origines au 18ème siècle : un pays de prédateurs/voleurs sans foi ni loi, massacreurs/génocidaires des faibles, narcissiques et prêts tous les mensonges et tous les crimes pour être des « winners ». Les indiens ont été contaminés avec des bacilles de typhus, puis affamés et exterminés. Les civils japonais ont été brûlés vifs sous les bombes incendiaires et les civils vietnamien sous le napalm.

Il fut un temps où les grandes puissances dissimulaient leurs intentions derrière des mots choisis, des prudences diplomatiques, des hypocrisies polies. Ce temps semble révolu.

Nous sommes entrés dans une ère plus franche, plus brutale une ère où l’on peut, sans ciller, évoquer la disparition d’une civilisation entière comme on annonce une hausse de droits de douane.

Cette nuit-là, un seuil a été franchi. Non pas militaire, pas encore, mais moral, politique, civilisationnel. Menacer de « détruire l’Iran tout entier » n’est pas une formule excessive : c’est un programme. Et, plus grave encore, c’est un programme assumé.

Si l’on suit cette logique jusqu’au bout et il faut avoir le courage de le faire le message adressé au monde est limpide, presque pédagogique dans sa brutalité :
nous faisons ce que nous voulons parce que nous le pouvons ; nous détruisons, vous reconstruisez ; nous décidons, vous obéissez. Vos infrastructures ? Négociables. Vos civils ? Conditionnels. Votre souveraineté ? Facultative. Vos ressources ? Potentiellement récupérables. Et votre droit à protester ? Inexistant.

Voilà le véritable langage de la puissance lorsqu’elle cesse de faire semblant.

Dans ce théâtre d’ombres où la violence devient langage officiel, une ironie grinçante s’impose :
Il est dommage que la brutalité et la grossièreté soient désormais logées dans ce qu’on persiste à appeler le camp du Bien, tandis que le camp du Mal, lui, se voit attribuer non sans fascination, les traits de stratèges patients, de joueurs d’échecs méthodiques. Trump, lui, ne joue pas aux échecs : il renverse l’échiquier, puis prétend négocier sur les ruines. Il attise, il provoque, il surenchérit et appelle cela diplomatie.

Ses prétendus désirs de négociation ? Une fiction commode. Une mise en scène. Une parenthèse rhétorique entre deux menaces.

Mais il faut aller plus loin, car le problème dépasse un homme, aussi tonitruant soit-il. Ce que cette séquence révèle, c’est une vérité plus ancienne, plus dérangeante : une certaine idée de la puissance américaine, débarrassée de ses justifications morales, mise à nu dans sa forme la plus crue. Une puissance qui, depuis ses origines, s’est construite dans la conquête, la violence, la certitude d’être du bon côté de l’histoire même lorsqu’elle l’écrivait dans le sang.

On nous dira que le propos est excessif. Qu’il caricature. Qu’il simplifie. Mais que reste-t-il à simplifier lorsque le langage lui-même devient extrême ?

Faut-il rappeler que l’histoire moderne est jalonnée d’épisodes où la fin justifiait les moyens, où des populations entières ont été sacrifiées sur l’autel de la victoire ? Faut-il vraiment feindre la surprise lorsque resurgit, sous une forme décomplexée, ce vieux logiciel de domination ?

Et puis il y a l’ironie noire, presque indécente de la situation. Voir un tel discours s’inscrire dans une prétendue quête de stabilité régionale relève du grotesque. À ce rythme, pourquoi ne pas envisager, tant qu’on y est, une distinction internationale pour services rendus à la paix ? La récompense pourrait être partagée avec ceux qui, sur le terrain, contribuent si activement à l’embrasement général.

Quant au détroit d’Ormuz, devenu soudainement un enjeu vital, il est difficile de ne pas noter que certaines crises ont la fâcheuse tendance à apparaître précisément là où des stratégies de confrontation ont été méthodiquement entretenues. Créer le désordre pour ensuite s’ériger en garant de l’ordre : vieille mécanique, efficacité éprouvée.

Mais au-delà du cynisme, il reste une inquiétude plus profonde. Car ce type de discours ne se contente pas de décrire une réalité : il la fabrique. Il élargit le champ du possible. Il banalise l’impensable.

Trump fait peur non pas parce qu’il serait une anomalie, mais parce qu’il pourrait bien être un révélateur. Le symptôme bruyant d’une dérive plus silencieuse, plus large, où la démesure devient acceptable, où la menace devient un outil ordinaire, où la folie du pouvoir se pare des habits de la rationalité stratégique.

Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir jusqu’où il ira, mais jusqu’où nous accepterons qu’il aille.

Car il y a toujours un moment où les mots cessent d’être des mots. Où ils deviennent des actes en attente. Et ce moment, manifestement, se rapproche.

Espérons naïvement peut-être qu’un jour, ceux qui manipulent avec tant de désinvolture les imaginaires de destruction aient à répondre de leurs paroles. Non pas devant l’histoire abstraite, qui pardonne beaucoup, mais devant des instances bien réelles.

En attendant, une chose est certaine : lorsque la brutalité devient doctrine, le silence devient complicité.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Netanyahu insiste : il est vivant. Dit-il enfin la vérité ?

Depuis 1980, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a cessé d'affirmer que l'Iran était sur le point de se doter de l'arme nucléaire. Combien de fois a-t-il proféré ces allégations mensongères ? Je pourrais les compter sur les doigts d'une main… si seulement j'avais des mains générées par intelligence artificielle et dotées d'un nombre infini de doigts.  

 

Combien de fois Netanyahu a-t-il tenté d'entraîner les États-Unis dans une guerre contre l'Iran ? On ne peut les compter sur les doigts d'une main, c'est certain.

Et combien de fois Netanyahu a-t-il menti effrontément devant les caméras ? Il me faudrait une infinité de mains aux doigts infinis, comme Kali, la déesse hindoue de la destruction, pour les compter.

 

On attribue à Otto von Bismarck la phrase, selon la légende : « Ne croyez jamais rien tant que cela n’a pas été officiellement démenti. » Dans le cas de Netanyahou, je ne croirai rien tant qu’il ne l’aura pas démenti au moins trois fois. Par exemple, je n’étais pas certain qu’Israël ait tué Charlie Kirk avant que Netanyahou ne publie trois démentis de plus en plus véhéments et peu convaincants.

Depuis la deuxième semaine du conflit, Netanyahu a publié une série de vidéos pour prouver qu'il est toujours en vie. Il ne cesse d'affirmer que les rumeurs concernant sa mort sont largement exagérées. Pourquoi éprouve-t-il le besoin de faire cela ?

 

Début mars, après la frappe israélo-américaine odieuse contre les plus hauts dirigeants iraniens réunis pour approuver un faux « accord décisif », l'Iran a pilonné Tel-Aviv de missiles, détruisant notamment une résidence de Netanyahu. Lorsque le Premier ministre israélien a annulé plusieurs engagements et est resté invisible pendant dix jours, les réseaux sociaux se sont enflammés de rumeurs concernant sa mort.

 

Le 13 mars, Netanyahu a filmé une vidéo pour prouver qu'il était toujours en vie et l'a publiée sur les réseaux sociaux. Des internautes ont remarqué qu'il semblait avoir six doigts à une main, un signe révélateur d'une contrefaçon par intelligence artificielle.

Si Netanyahu était vivant, ont fait remarquer les sceptiques, pourquoi son cabinet diffuserait-il des vidéos générées par IA ? Israël a maintenu Ariel Sharon en vie artificiellement pendant huit ans pour éviter d’admettre son décès. S’agissait-il d’une autre supercherie ?

 

Mais si le gouvernement israélien, si féru de technologie, voulait prétendre que son dirigeant décédé était vivant, serait-il vraiment incapable de générer une vidéo d'IA montrant le bon nombre de doigts ? Peut-être les Israéliens nous ont-ils délibérément nargués avec une vidéo d'IA de mauvaise qualité ? Quoi qu'il en soit, c'était un mystère insondable.

 

Deux jours plus tard, le Premier ministre recherché pour génocide a publié une autre vidéo prouvant qu'il était en vie. Cette fois, il est apparu dans un café de Jérusalem et a montré le nombre de doigts requis.

 

Mais les utilisateurs des réseaux sociaux n'étaient pas convaincus. Pour prouver la facilité avec laquelle la vidéo aurait pu être truquée, ils ont créé des vidéos tout aussi plausibles montrant des leaders anti-israéliens martyrs, tels que Yahya Sinwar, Hassan Nasrallah et l'ayatollah Ali Khamenei, reproduisant exactement les gestes de Netanyahu dans le même café de Jérusalem. Les avatars virtuels d'autres personnalités célèbres, comme Donald Trump et Adolf Hitler, ont également commencé à fréquenter le café Sataf à Jérusalem-Est occupée.

 

Deux jours après avoir popularisé le Sataf Café, Netanyahu a rencontré l'ambassadeur américain Mike Huckabee, qui a affirmé avoir été chargé par Trump de vérifier que le Premier ministre israélien était bien vivant. Huckabee a insisté sur le fait que l'homme qu'il rencontrait était le véritable Netanyahu, et non un avatar d'intelligence artificielle ou un hologramme, ajoutant que les rumeurs concernant la mort du criminel de guerre israélien étaient « aussi fausses qu'une côtelette de porc casher ». Depuis, « Bibi le Sanglant » préside les réunions du cabinet et publie des vidéos. Malheureusement, il est probablement toujours en vie et en pleine forme.

 

Quelles leçons tirer de cette étrange controverse ? Premièrement, des milliards de personnes aspirent ardemment à la mort de Netanyahou. Prêtes à se réjouir prématurément, elles s’empareront du moindre signe indiquant que le plus grand méchant du XXIe siècle a enfin rendu l’âme.

Deuxièmement, la prolifération des vidéos générées par l'IA a bouleversé le paysage épistémologique mondial. Pendant des décennies, les vidéos ont constitué une preuve plus convaincante que les mots. Par exemple, tous les mensonges officiels concernant le 11 septembre, soit des milliards de mots, auraient pu être démasqués par un simple extrait vidéo de sept secondes montrant l'effondrement du bâtiment 7 du World Trade Center lors d'une démolition manifestement contrôlée.

 

Mais aujourd'hui, grâce à l'IA, une vidéo réaliste d'un événement ne constitue plus une preuve irréfutable de sa réalité. Il est désormais indispensable de vérifier nos sources d'information, ce qui était moins nécessaire par le passé.

 

Oui, la falsification de vidéos a toujours existé. Le film Zapruder, par exemple, a été modifié. Et certaines vidéos du 11 septembre ont peut-être aussi été altérées pour étayer les théories du complot selon lesquelles aucun avion n'était présent.

Mais aujourd'hui, n'importe qui disposant de suffisamment de temps libre peut modifier ou falsifier des contenus audiovisuels bien mieux que la CIA et le Mossad ne pouvaient le faire en 1963 ou 2001.

 

C'est pourquoi des milliards de personnes ne croient plus un menteur pathologique comme Netanyahu, même lorsqu'il se filme en train d'affirmer avec sincérité qu'il est vivant.

 

Source : https://www.unz.com/kbarrett/netanyahu-insists-hes-alive-is-he-telling-the-truth-for-a-change/

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