Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Après la libération des otages, la guerre continue : le mensonge d’une paix conditionnelle

 

On avait promis que la guerre s’arrêterait une fois les otages israéliens libérés. Mais les bombardements se poursuivent, les civils meurent, et le langage de la paix a été remplacé par celui de la punition.
Cette tribune dénonce la logique d’une guerre devenue autonome, sans justification ni frein moral, où la mort des innocents sert désormais d’argument politique

On nous avait juré que la guerre s’arrêterait lorsque les otages reviendraient.
C’était le refrain, répété sur toutes les chaînes, dans toutes les chancelleries, sur toutes les lèvres des partisans d’Israël : « Libérez les otages, et la paix reviendra. »
Ce slogan, brandi comme une vérité morale, servait à justifier l’injustifiable : les bombardements de quartiers entiers, les enfants sortis sans vie des ruines, les hôpitaux frappés, les familles décimées.
Mais aujourd’hui, les otages sont libres. Et les massacres, eux, ne se sont pas arrêtés.

Le mensonge de la condition

Ce qu’on appelle « conditions à la paix » n’était qu’une façade. Une justification rhétorique pour masquer un projet bien plus profond : celui d’écraser un peuple jusqu’à l’effacement.
Le discours humanitaire n’a été qu’un déguisement. Derrière les appels à la libération des captifs, il n’y avait pas la compassion  il y avait la stratégie.
On n’attendait pas que le Hamas cède pour cesser de frapper Gaza ; on frappait Gaza pour anéantir tout ce qui, de près ou de loin, pouvait ressembler à une résistance, à une existence autonome, à une dignité palestinienne.

Lorsque l’armée israélienne a fait exploser, vendredi, un véhicule transportant une famille palestinienne de onze personnes  dont sept enfants, elle a invoqué la même justification qu’à chaque fois : une « violation de zone ».
Un mot technique, sec, bureaucratique, pour décrire une exécution.
On a tué des enfants parce qu’ils avaient franchi une ligne invisible sur une carte militaire.
Et dans les communiqués officiels, cette absurdité devient doctrine.
Tout comme il y a un an, les massacres étaient justifiés au nom des « otages ».

L’argument s’est effondré la violence demeure

Aujourd’hui ils ont lancé des frappes à Rafah pour venir en aide à leurs groupés armées qui ont reçu l’ordre de violer le cessez le feu pour accuser la Résistance.  Des images satellites récentes révèlent la présence d’une base de l’armée d’occupation israélienne (Tsahal) ainsi que d’une milice composée de gangsters armés (en jaune sur la carte) à la solde d’Israël, dans le quartier de Shuja’iyya, à l’est de la ville de Gaza.

Placée sous le commandement de Rami Khalas, cette milice, formée d’éléments de type mafieux, dispose d’une base attenante à celle de Tsahal. Elle est armée, encadrée et supervisée par Israël, dans le cadre de ses opérations contre le mouvement Hamas.

Par ailleurs, une activité intense et inhabituelle a été observée hier aux coordonnées 31.4977, 34.4742, laissant apparaître une expansion des infrastructures et un trafic accru de véhicules lourds à proximité de la principale base de l’armée d’occupation dans ce secteur.  

Ceux qui suivaient cette guerre depuis longtemps n’en sont pas surpris. Ils savaient déjà que le sort des otages n’était pas la cause, mais le prétexte.
L’armée israélienne n’a jamais bombardé Gaza pour sauver des vies israéliennes : elle a bombardé Gaza pour punir des vies palestiniennes.
Les faits le prouvent, inlassablement.
Quand des hôpitaux ont été visés, on a invoqué la présence supposée du Hamas dans leurs sous-sols.
Mais des médecins occidentaux, présents sur place, ont raconté une autre histoire : celle de soldats entrant dans les hôpitaux détruits pour saccager les appareils restants, méthodiquement, pièce par pièce, pour que plus aucun hôpital ne puisse fonctionner.
Ce n’était pas une guerre contre le Hamas.
C’était une guerre contre la survie elle-même.

Aujourd’hui, le récit officiel se fissure encore.
Les otages ont été libérés — et pourtant, les bombes ne se sont pas tues.
Les arguments s’effondrent les uns après les autres, mais la machine, elle, continue de tourner.
Parce que la guerre, à ce stade, n’a plus besoin de justification : elle s’autoalimente.
Elle est devenue sa propre raison d’être.

Le vacarme des tambours

Écoutez les discours des dirigeants israéliens : ils battent les tambours de la guerre au nom de la sécurité, de la défense, de la survie.
Mais quelle sécurité naît du sang de milliers d’enfants ?
Quelle survie se fonde sur l’anéantissement méthodique d’un peuple enfermé dans un territoire déjà asphyxié ?
Le langage militaire a dévoré le langage moral.
On ne parle plus d’humains, mais de « zones », de « cibles », de « frappes préventives ».
La guerre est devenue un processus administratif, réglé, presque automatique, où la mort de civils n’est plus une tragédie mais une statistique.

Et pourtant, derrière chaque chiffre, il y a un visage, un nom, une voix qui ne parlera plus.
Des enfants qui ne verront jamais la lumière du matin.
Des parents qui ne peuvent plus enterrer leurs morts parce que les bulldozers sont interdits d’entrée.
C’est cela, la réalité de Gaza un lieu où même les funérailles sont un luxe.

Le piège moral de l’Occident

Ce silence complice, ce confort moral, pèsent aussi sur nous.
Nous avons laissé s’installer un discours où l’indignation dépend de l’identité des morts.
Où certains corps méritent les pleurs des chancelleries, et d’autres seulement des notes diplomatiques.
L’Occident, si prompt à brandir les droits humains ailleurs, se tait lorsque son allié commet l’irréparable.
Ce silence est devenu une politique en soi une manière de se protéger de la honte.

Mais l’histoire jugera ce silence avec la même sévérité qu’elle a jugé d’autres silences, dans d’autres temps.
Car ceux qui prétendaient que « tout cesserait une fois les otages libérés » savaient, au fond, que rien ne cesserait. Ils savaient que la guerre n’était pas un moyen, mais un but. Et que la paix, dans leur bouche, n’était qu’un mot vidé de sens.

Le cri sous les ruines

À Gaza, il ne reste presque rien : ni hôpitaux, ni routes, ni abris, ni illusions.
Mais il reste la voix des vivants  ceux qui fouillent les décombres à mains nues, ceux qui refusent que la mort devienne normale, ceux qui persistent à nommer les disparus un à un.
Cette voix, étouffée par le vacarme des bombardements, continue de dire ce que le monde refuse d’entendre : que tuer des civils n’est pas une erreur de guerre, mais une stratégie.
Et que la pire barbarie n’est pas celle des armes, mais celle du mensonge.

Épilogue : le jour d’après

Ils avaient promis que tout s’arrêterait. Que la paix viendrait, que les enfants cesseraient de mourir, que les otages étaient la clé du drame.
Mais aujourd’hui, alors que les bombes poursuivent leur œuvre, la vérité s’impose : ce n’était pas une guerre pour sauver des vies, mais pour en détruire.
Et tant que ce mensonge continuera d’être répété, tant que la mort sera présentée comme un acte de défense, tant que le monde fermera les yeux sur la douleur des plus faibles, alors les tambours de guerre ne cesseront jamais de battre.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 


Gaza : la presse occidentale pour une banalisation des crimes d’Israël


 

Dans un article récemment publié dan un canard de causette israélite, l’auteur prétend analyser la guerre en cours à Gaza et les choix du gouvernement israélien. En réalité, ce texte construit une justification de l’offensive militaire en recourant à deux procédés principaux : relativiser les souffrances des civils et discréditer par avance toute critique qui utiliserait les termes de « crimes de guerre » ou de « génocide ». L’article met en avant la responsabilité du Hamas, les dilemmes liés aux otages, les difficultés du combat urbain, et en conclut que dénoncer Israël serait une « perversion du langage » ou une obsession idéologique.

Une telle rhétorique n’est pas nouvelle : elle consiste à présenter des faits gravissimes comme une nécessité militaire inévitable, tout en délégitimant ceux qui invoquent le droit international. Pourtant, face aux centaines de milliers de civils déplacés, aux infrastructures vitales détruites, aux blocus alimentaires et médicaux imposés, il est urgent de rappeler que ce sont précisément ces situations que le droit humanitaire a été conçu pour réguler.

La définition juridique du génocide et ses éléments constitutifs

L’auteur ridiculise l’usage du mot « génocide » appliqué à Gaza, le présentant comme un abus rhétorique. Mais le terme n’est pas un slogan : c’est une qualification juridique inscrite dans la Convention de 1948, qui définit le génocide comme « l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux », par des actes comme le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à leur intégrité physique ou mentale, la soumission délibérée à des conditions de vie devant entraîner sa destruction, ou la restriction des naissances.

C’est précisément cette définition qu’examinent aujourd’hui des instances judiciaires : la Cour internationale de Justice (CIJ) est saisie d’une plainte portée par l’Afrique du Sud contre Israël. Le 26 janvier 2024, la CIJ a ordonné à Israël de « prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir tout acte pouvant relever du génocide » et de faciliter l’entrée de l’aide humanitaire. Ces mesures provisoires, juridiquement contraignantes, montrent qu’il ne s’agit pas d’une polémique idéologique, mais d’une question légale sérieuse au cœur du système international.

Responsabilité initiale du Hamas ≠ impunité pour Israël

L’article insiste sur la culpabilité du Hamas : attaques du 7 octobre, otages, stratégie de bouclier humain. Ces réalités sont incontestables et doivent être condamnées. Mais le droit international distingue clairement deux niveaux :

  • la cause d’un conflit (une agression, un attentat, une occupation) ;
  • les moyens utilisés par les belligérants une fois la guerre déclenchée.

Même agressé, un État reste tenu par les Conventions de Genève, qui prohibent notamment les frappes indiscriminées contre les civils, les punitions collectives, et le recours à la famine comme arme de guerre. L’idée que « tout est permis » parce que l’ennemi est criminel est exactement ce que le droit humanitaire a voulu empêcher après la Seconde Guerre mondiale.

En rejetant la responsabilité sur le Hamas, l’article ferme les yeux sur l’obligation légale d’Israël de protéger les civils de Gaza, qui restent sous son contrôle effectif, même si le territoire est administré par un autre acteur.

Des comparaisons historiques biaisées

Pour banaliser la situation, l’auteur compare Gaza à Sarajevo, Grozny, Mossoul ou Fallouja, en soulignant qu’on n’y a pas parlé de génocide. L’argument est doublement fallacieux.

D’abord, le fait que certains crimes passés n’aient pas reçu la qualification adéquate ne peut justifier l’inaction présente. Au contraire, l’échec à protéger Srebrenica en 1995 a précisément conduit à renforcer les mécanismes internationaux de prévention.

Ensuite, Gaza se distingue par plusieurs éléments spécifiques : une densité démographique extrême (plus de 20 000 habitants/km² dans certaines zones), un blocus terrestre, maritime et aérien qui empêche les civils de fuir librement, et la destruction systématique d’infrastructures vitales (hôpitaux, réseaux d’eau, écoles, centrales électriques). Ces conditions créent un risque accru d’anéantissement partiel d’un peuple, même sans massacres immédiats comparables à Srebrenica.

Les mots des dirigeants comme indices d’intention

L’auteur tourne en dérision les propos de responsables israéliens qui ont parlé de « combattre des animaux humains ». Selon lui, il s’agirait d’une simple insulte idiomatique. Mais en droit pénal international, les déclarations publiques comptent. Elles ne suffisent pas à elles seules, mais elles contribuent à établir un contexte d’intention, surtout lorsqu’elles accompagnent des politiques concrètes (blocus total, privation de nourriture et d’eau, bombardements massifs de zones densément peuplées).

Les tribunaux internationaux ont toujours pris en compte les discours de déshumanisation — qu’il s’agisse de la propagande au Rwanda en 1994 ou de la rhétorique serbe en Bosnie. Ignorer ces paroles comme de simples « colères » revient à nier leur fonction dans la préparation et la justification de violences extrêmes.

L’omission volontaire de la justice internationale

Le silence de l’article sur les procédures en cours est frappant. La Cour internationale de Justice, organe judiciaire principal de l’ONU, a imposé des obligations précises à Israël. Le procureur de la Cour pénale internationale enquête également sur les crimes commis en Palestine depuis 2014, y compris durant l’offensive actuelle. Ces démarches judiciaires ne sont pas accessoires : elles incarnent la réponse juridique universelle aux crimes les plus graves.

En ne les mentionnant pas, l’article prive le lecteur d’informations essentielles et présente la controverse comme une simple bataille médiatique entre « partisans » et « adversaires » d’Israël.

 

 

Les souffrances civiles reléguées au second plan

Enfin, l’article réduit la tragédie de Gaza à un dommage collatéral regrettable mais inévitable. Or les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les agences humanitaires de l’ONU, des dizaines de milliers de Palestiniens ont été tués, dont une majorité de femmes et d’enfants. Des centaines de milliers ont été déplacés, souvent à plusieurs reprises, dans une enclave fermée. La destruction des hôpitaux, l’entrave à l’acheminement de nourriture et d’eau, et l’effondrement du système sanitaire créent un risque massif de famine et d’épidémies. Ces réalités ne peuvent être balayées d’un revers de plume par des références abstraites aux « règles de la guerre de siège ».

Conclusion : pour une presse responsable

Qualifier juridiquement les crimes en cours à Gaza ne relève ni de l’obsession ni de la diabolisation : c’est une exigence de justice et de vérité cela n’exonère en rien Israël de ses propres responsabilités. Réduire la critique à une haine anti-israélienne ou à un abus de langage revient à fermer les yeux sur les souffrances massives d’une population civile assiégée. La presse, au lieu de participer à cette banalisation, devrait au contraire rappeler que nul État n’est au-dessus du droit, et que la protection des innocents doit rester le principe premier.

Qualifier les crimes commis à Gaza n’est pas une question d’idéologie, mais de droit et de dignité humaine et à ceci Israël n’est pas au-dessus des lois. En assimilant la critique à de la « diabolisation », l’article contribue à banaliser des souffrances immenses et à préparer l’impunité. Quand on dirige un canard, on n’a pas le droit de se tromper de la sorte, et de tromper son lectorat. Ou alors on est malhonnête. On en revient toujours au même choix : médiocrité ou malhonnêteté.

Le rôle de la presse devrait être inverse : rappeler que le droit humanitaire protège universellement, exiger des comptes à tous les acteurs, et donner une voix aux victimes civiles plutôt que de justifier par avance leur sacrifice. Refuser de nommer les crimes, c’est participer à leur perpétuation.

Mon sac est prêt, mais je refuse de quitter ma maison : (Témoignage d’un journaliste de Gaza)

Face aux bombardements, un journaliste de Gaza raconte son choix de rester chez lui. Derrière les ruines, c’est l’histoire d’un peuple qu’on tente d’effacer.

Mon sac est prêt. Dedans, une cuillère, une assiette, une petite couverture et une feuille avec les numéros de téléphone de ma famille. Je pourrais partir — courir vers le sud comme des milliers d’autres — mais je refuse. Car partir, c’est perdre plus qu’un toit. C’est abandonner l’idée même d’avoir un chez-soi.

Depuis la mi-août, Gaza subit une nouvelle offensive. Dans mon quartier, Al-Sabra, et à Zeitoun, les frappes aériennes et les tirs d’artillerie ont rasé des pâtés de maisons entiers. Les ordres d’évacuation s’enchaînent, au nom de la « sécurité », mais chacun sait qu’il n’existe plus d’endroit sûr. Chaque déplacement forcé ressemble à une dépossession programmée.

L’ombre d’une nouvelle Nakba

Ma grand-mère conservait la clé de sa maison perdue en 1948. Elle n’y est jamais retournée, mais cette clé représentait une attente et une promesse. Aujourd’hui, je n’ai pas de clé. Seulement un sac. Et je me demande : mes enfants porteront-ils ce sac comme elle a porté sa clé ?

Beaucoup d’entre nous refusent de fuir parce que nous savons ce que signifie un « déplacement temporaire ». En 1948, il s’est transformé en exil définitif. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est une nouvelle Nakba : non pas seulement la destruction de bâtiments, mais l’effacement d’une mémoire et d’une identité.

Survivre au quotidien

La survie est devenue un apprentissage. Marcher en zigzag pour éviter les snipers, garder les mains vides pour montrer qu’on n’est pas armé, ne jamais revenir par le même chemin. Chaque sortie est un risque, chaque retour un miracle.

La nuit, le bruit des drones empêche de dormir. Le jour, les bulldozers effacent des pans entiers de la ville. Les cadavres laissés dans la rue témoignent de l’impossibilité même d’enterrer nos morts.

Je regarde mes voisins partir. Peut-être que je ne les reverrai jamais. Peut-être seront-ils tués en route. Peut-être moi.

Une crise humanitaire totale

Partir vers le sud n’apporte pas davantage de sécurité. Les familles y trouvent des loyers hors de prix, une aide humanitaire insuffisante, et toujours les bombardements. Le système de santé s’est effondré ; les blessés n’ont plus accès aux soins. Même l’essentiel — eau, nourriture, médicaments — est rare.

Les passages frontaliers restent verrouillés. Mon père a pu quitter Gaza avec ma mère malade, mais il vit désormais dans l’angoisse, son téléphone rivé aux nouvelles, sa voix tremblante à chaque appel.

L’appel au monde

Ce que nous vivons ne concerne pas seulement Gaza. C’est une question de droit international, de protection des civils, de dignité humaine. Détruire systématiquement les maisons et contraindre les habitants à l’exil, ce n’est pas une stratégie militaire : c’est un effacement.

Il est urgent d’obtenir un cessez-le-feu immédiat, l’ouverture des points de passage pour l’aide humanitaire et les soins, et une enquête indépendante sur les frappes visant des zones résidentielles. Sans cela, le silence de la communauté internationale pèsera comme une complicité.

Refuser de disparaître

Je n’écris pas seulement pour raconter ma peur. J’écris parce que, chaque fois qu’une maison est détruite, c’est une mémoire qui est effacée. Quand les murs tombent, les voix qui riaient dans les ruelles, les petits métiers de quartier, les plats partagés et les prières du soir — tout cela disparaît avec les pierres. Si la communauté internationale veut encore prétendre agir, elle doit cesser de traiter ces pertes comme des dommages collatéraux et commencer à protéger les vies, les maisons et la dignité qui subsistent derrière elles.

Je garderai mon sac près de moi. Peut-être me trompe-je. Peut-être je serai forcé de partir demain. Mais si je dois partir, je veux partir en sachant que mon refus d’aujourd’hui a signifié quelque chose : que quelqu’un, quelque part, a entendu que ce qui se joue ici n’est pas seulement une stratégie militaire, mais l’anéantissement progressif d’un peuple et de sa mémoire. Quand une maison tombe, ce ne sont pas seulement des pierres qui s’écroulent. Ce sont les voix qui riaient dans ses ruelles, les repas partagés, les métiers transmis, les bénédictions offertes par les anciens.

Tant que ces maisons seront traitées comme des cibles, leur disparition ne sera pas seulement matérielle. Elle marquera le futur de générations entières..

Je sais que je peux mourir demain. Mais mon refus de partir a un sens : résister à l’idée que notre existence puisse être effacée comme on rase un immeuble.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

En hommage au combat quotidien de : Ahmed Ahmed (pseudonyme), journaliste de Gaza.  

  

 

Demandons pardon à la population de Gaza.

 

Alors que Gaza subit bombardements, famine et siège, les institutions internationales échouent à protéger les civils. Le silence et l’inaction des gouvernements occidentaux deviennent une complicité. Nous devons demander pardon à la population de Gaza et transformer ce pardon en engagement pour la justice et la vie.

Pardon pour notre silence trop long, pour notre indifférence parfois complice, pour nos institutions incapables de protéger les plus vulnérables. Pardon d’avoir laissé se répéter, sous nos yeux, l’histoire tragique d’un peuple soumis à l’occupation, au siège, à la destruction méthodique de ses maisons, de ses écoles, de ses hôpitaux, de ses vies.

Chaque jour, les images nous parviennent : immeubles effondrés, enfants blessés, familles décimées, hôpitaux bombardés. Et chaque jour, nous restons collectivement impuissants, prisonniers d’un système international qui se révèle incapable d’arrêter ce carnage. Il ne s’agit plus de politique étrangère ou de « conflits lointains » : il s’agit d’humanité, de droit, de justice

C’est à nous, peuples et citoyens, de prendre le relais. Notre responsabilité n’est pas seulement morale, elle est politique. Les dirigeants continuent d’armer et de soutenir l’offensive parce qu’ils estiment que l’opinion publique ne leur coûtera pas cher. C’est là que nous intervenons : par nos voix, nos votes, nos mobilisations. Nous devons exiger de nos gouvernements des positions claires, des sanctions ciblées, la suspension des ventes d’armes, la reconnaissance de l’État de Palestine, et l’appui aux enquêtes judiciaires internationales.

Certains disent : « c’est trop compliqué ». Non. Le droit humanitaire est simple : on n’attaque pas les civils, on n’affame pas une population, on ne détruit pas les infrastructures vitales. Ce sont des règles universelles, les mêmes partout. Et quand elles sont violées, il faut le dire sans trembler, quel que soit l’auteur.

D’autres disent : « mais critiquer Israël, n’est-ce pas prendre parti ? » Oui, c’est prendre parti : celui du droit, celui des victimes, celui de la justice. Être du côté des opprimés n’a jamais été une faute. L’erreur, c’est de se réfugier dans un silence prudent ou dans un « équilibre » qui n’est que la justification de l’injustice.

Car ce qui se passe à Gaza n’est pas une « opération militaire », ce n’est pas une guerre entre deux armées. C’est la mise à mort d’une population enfermée, privée de tout, bombardée sans relâche. Les chiffres ne sont pas abstraits : ce sont des enfants aux yeux immenses, des mères endeuillées, des médecins qui opèrent à la lueur des téléphones, des journalistes assassinés pour avoir témoigné. Chaque jour, Gaza crie, et le monde détourne le regard.

Demandons pardon à la population de Gaza, car nos institutions internationales ont échoué. L’ONU, prisonnière des vetos des grandes puissances, s’avère incapable d’imposer un cessez-le-feu. La Cour internationale de Justice a pourtant reconnu le risque plausible de génocide. Mais les décisions de justice restent lettre morte quand elles ne sont pas accompagnées de courage politique. Cet échec n’est pas neutre : il dit au peuple palestinien que sa vie vaut moins que d’autres.

Demandons pardon à la population de Gaza, parce que des gouvernements continuent d’armer ceux qui bombardent. Parce qu’ils osent parler de « droit à se défendre » alors que ce droit ne peut jamais justifier l’extermination de civils innocents. Parce qu’ils répètent les mêmes phrases creuses — « retenue », « désescalade », « solution à deux États » — pendant que les bulldozers détruisent, que les bombes tombent, que les enfants meurent.

Demandons pardon à la population de Gaza, car nous savons tous que la résistance à la colonisation, reste d’actualité et ceci depuis deux années écoulées, et par la voix d’Abou Ubaidah,  la résistance  demeure vivant, porté par l’écho de sa détermination. Sa marche a traversé le pays, éveillant les consciences, appelant au sursaut et rappelant à chacun la noblesse du combat. Aujourd’hui, la nation entière le cherche et le suit. Pour certains, il est un motif de fierté : il a relevé son peuple, ravivé en lui la flamme de la résistance et réaffirmé son honneur. Pour d’autres, il est une ombre dérangeante : ils espèrent son silence, car sa voix dévoile leur échec et leur faiblesse.

Israël a voulu frapper l’âme d’une communauté Palestinienne d’hommes et de femmes, et pensait la réduire à la résignation. Mais lorsque l’âme demeure vivante, le corps retrouve sens et la bataille retrouve sa valeur. Si l’assassinat suffisait à éteindre la résistance, elle se serait éteinte depuis près d’un siècle, avec le martyre d’Izz ad-Din al-Qassam.

Demandons pardon à la population de Gaza pour les deux années de massacres. Deux années de bombes déversées sur une bande de terre de 40 kilomètres, pour les deux années qui ne sont pas un accident de l’histoire, mais l’accomplissement méthodique d’un projet criminel et sanguinaire d’une armée super-militarisés, qui n’a jamais caché son ambition, faire un nettoyage ethnique.Gaza est devenu le laboratoire de cette obsession.

Demandons pardon à la population de Gaza, avoir permis à cette armée fasciste d'occupation est entrée à Gaza, armée du matériel de guerre le plus moderne :

- Les drones de reconnaissance qui transmettent des images thermiques haute résolution en temps réel.

- Des chiens électroniques (robots) qui pénètrent dans les bâtiments et les tunnels détruits et filment chaque angle avec des caméras avancées, et sont même équipés de mitrailleuses et de petites bombes. –

-Des robots terrestres blindés télécommandés capables de détecter les explosifs et les embuscades avant l'arrivée des soldats.

- Des systèmes de communication et de brouillage reliés à des salles de commandement connectées à des satellites, surveillant chaque murmure et chaque mouvement, aussi simple soit-il.

Et aujourd’hui, cette armée la plus criminel au monde, continue, à se bercer d’illusions, à croire que bombarder des civils affamés est synonyme de victoire. Quelle victoire, au juste ? Celle d’une armée qui, armée jusqu’aux dents, s’acharne contre des enfants, contre des hôpitaux, contre un peuple piégé ?

Bande de ratés, oui.

Demandons Pardon à la population de Gaza pour une résilience incomparable de ce petit peuple de Gaza. Depuis vingt-trois mois d’une guerre implacable, sans répit ni rémission, ils continuent de tenir debout là où toute force humaine semblait devoir s’effondrer. Ni la puissance des armes, ni l’étouffement économique, ni les ruines accumulées n’ont pu briser leur volonté. Cependant, au milieu de cette forêt de fer, quelque chose d’incroyable se produit : Les embuscades leur explosent au visage et les soldats tombent morts et blessés. Pire encore : certains d’entre eux sont extraits vivants du cœur de la bataille, devant leurs drones, leurs robots et leurs satellites !

Comment cela se produit-il ?

D’après tous les témoignages militaires et techniques, ce que la résistance a accompli est proche d’un miracle. Perturber les systèmes électroniques, Cachant des combattants dans les décombres, En utilisant des tactiques de tromperie et de camouflage, Traînez les soldats jusqu'à un point mort hors de vue, Alors bondissez. Ce n’est pas seulement une tactique.

Demandons pardon à la population de Gaza pour ce miracle observé jour et nuit. Une armée équipée des outils les plus modernes du monde échoue face à des esprits fidèles et à des pieds nus, et s'en sort avec des pertes catastrophiques, laissant derrière elle un mystère militaire que ses dirigeants sont incapables d'expliquer. Je ne trouve d'autre explication que la parole du Tout-Puissant : « Nous avons placé devant eux une barrière et derrière eux une barrière, et nous les avons couverts afin qu'ils ne voient pas. 

Demandons pardon à la population de Gaza, car nos voix ne se sont pas élevées assez fort. Certes, il y a eu des manifestations, des tribunes, des pétitions. Mais combien d’entre nous ont préféré se taire par peur de choquer, par crainte d’être mal compris ? Combien ont choisi le confort du silence plutôt que le risque de l’indignation ?

Et pourtant, l’histoire nous enseigne que les peuples ne sont jamais condamnés à l’impuissance. L’Afrique du Sud a montré la voie en portant plainte devant la CIJ. L’Irlande, l’Espagne, la Slovénie et d’autres ont reconnu l’État de Palestine malgré les pressions. Des diplomates, Algériens, défendent inlassablement la justice au sein d’institutions hostiles. Ces gestes ne suffisent pas, mais ils montrent que l’honneur n’est pas mort.

Alors, que faire ? Ne pas détourner les yeux. Ne pas céder à la résignation. Exiger de nos gouvernements qu’ils cessent de livrer des armes, qu’ils appuient les enquêtes judiciaires internationales, qu’ils reconnaissent la souveraineté du peuple palestinien. Soutenir les ONG qui risquent leur vie pour acheminer l’aide humanitaire. Relayer la voix des médecins, des journalistes, des habitants de Gaza.

Mais au-delà du politique, il nous faut un sursaut moral. Car ce qui se joue à Gaza n’est pas seulement une question géopolitique : c’est un test pour notre humanité. Si nous acceptons que des milliers d’innocents soient sacrifiés au nom d’alliances stratégiques, alors le mot « droit » n’a plus de sens. Si nous tolérons qu’un peuple entier soit affamé, déplacé, détruit, alors nous ne valons guère mieux que ceux que nous accusons.

Demandons pardon à la population de Gaza, mais faisons en sorte que ce pardon ne soit pas un mot vide. Qu’il se traduise en actes, en solidarité, en mobilisation. Qu’il soit un engagement à ne plus jamais fermer les yeux.

Car un jour, les enfants de Gaza liront dans nos livres d’histoire ce que nous avons fait — ou pas fait. Ils sauront qui a gardé le silence et qui a eu le courage de dire « assez ». À eux, nous devons au moins cette promesse : ne pas laisser leur souffrance disparaître dans l’oubli.

Alors, aujourd’hui, répétons-le ensemble : Ce qui se joue à Gaza dépasse Gaza. C’est la crédibilité même de notre idée de justice universelle qui est en cause. Si nous acceptons que des milliers d’innocents soient sacrifiés au nom des équilibres géopolitiques, alors le mot « droit » n’a plus de sens. Mais si nous transformons notre indignation en action, alors, peut-être, les enfants de Gaza sauront que nous n’avons pas tous gardé le silence.

Ne détournons plus le regard. Exigeons la justice, exigeons la vie.
Demandons pardon à la population de Gaza. Mais faisons de ce pardon une force pour la justice et pour la vie.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »