Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Le Makhzen Marocain et ses interprétations médiatiques courtisanes

À les entendre, dans l’espace médiatique du Makhzen, la question du Sahara occidental demeure l’un des sujets les plus chargés symboliquement, politiquement et historiquement. Elle cristallise passions, identités et représentations de souveraineté. Un dernier argument de propagande est désormais propagé avec force : Le Maroc constituerait par une autonomie verticale avec son Sahara marocain.

L’autre argument de propagande répété ad nauseam par les cajoleurs du Makhzen consiste à dire que le Sahara Occidental, tout bien pesé, n’existerait pas, né d’un mythe fondateur. Qu’il serait depuis toujours une terre Marocaine. 

Mais au-delà des émotions, il existe une réalité juridique et diplomatique qui ne devrait ni être ignorée, ni instrumentalisée.
Or, on observe aujourd’hui, dans une partie significative de la presse marocaine, une tendance à affirmer que les Nations unies auraient désormais adopté le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme unique cadre de règlement. Cette affirmation se répand, se répète, s’enracine – mais elle ne correspond pas aux textes.

Il est donc important de rappeler ce que disent réellement les résolutions du Conseil de sécurité, c’est-à-dire le seul cadre reconnu par la communauté internationale. Ce sont toujours les mêmes qui font aujourd’hui mine de croire que le Roi du Maroc pourrait respecter le droit international. L’expérience nous enseigne qu’aucun dictateur, saisi par l’hubris, par l’ivresse d’un pouvoir sans limite, n’est à l’abri de décisions défiant la raison. Ce vertige a conduit Hassan 2 avec sa marche verte jusqu’au Sahara Occidental 1971 pour un faire son bien. Je ne me souviens pas que les causes du conflit aient été expliquées autrement que par le désir agressif de conquête du Roi

Le langage du Conseil de sécurité : le cœur du dossier

Depuis plus de quinze ans, les résolutions du Conseil de sécurité du maintien de la paix au Sahara ont adopté une formule désormais stable.
La résolution 2703 (30 octobre 2024), comme celles qui l’ont précédée (2602, 2654, 2685), affirme :

« Le Conseil de sécurité réaffirme la nécessité d’une solution politique réaliste, pragmatique et durable, mutuellement acceptable, fondée sur le compromis. »

Cette phrase est centrale. Elle constitue le cadrage diplomatique du conflit. Elle signifie trois choses essentielles : Aucune solution ne peut être imposée unilatéralement. Aucune solution n’est considérée comme acquise. Le résultat final doit être négocié.

En d’autres termes, l’ONU n’a pas tranché et ne déclare pas que le Sahara a été ou serai marocain. Elle ne déclare pas non plus qu’il doit devenir indépendant c’est au peuple Sahraoui d’en décider) Elle demande un processus, pas un verdict.

La reconnaissance du plan d’autonomie : une appréciation diplomatique, pas une validation juridique Les résolutions saluent la proposition marocaine : « Le Conseil de sécurité prend note des efforts sérieux et crédibles du Maroc. »

Cette formule signifie que le Maroc : a présenté une proposition solide, cohérente et compatible avec l'idée de compromis. Cela n’a rien d’anodin. Mais cela ne signifie pas que : le plan d’autonomie est la seule base de négociation, que l’indépendance est exclue par principe, ou que l’ONU adopte la vision marocaine du conflit.

Dire le contraire, comme le font certains éditorialistes, revient à passer de la reconnaissance de la valeur d’une proposition à l’affirmation de sa supériorité exclusive.
C’est un glissement politique, pas juridiquement fondé.

Le référendum : toujours inscrit,  Il est essentiel de rappeler que le référendum d’autodétermination n’a jamais été supprimé du cadre onusien.
Il demeure une option, théoriquement ouverte.

Mais dans les faits, l’ONU elle-même a constaté son impossibilité opérationnelle, en raison du blocage technique, non tranchable, qui a conduit l’ONU à substituer la logique du vote à celle de la négociation politique.

Ainsi : L’indépendance n’est pas juridiquement abandonnée, mais n’est plus le scénario opérationnel privilégié à ce stade.

La question du rôle de l’Algérie

Un élément évolue néanmoins dans le discours onusien récent : la mention explicite des quatre parties. Les résolutions ne parlent plus seulement de « deux parties », mais : « Le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. »

L’Algérie n’est donc plus considérée comme simple « pays voisin », mais comme un acteur nécessaire du processus politique. Cela ne veut pas dire : qu’elle doit accepter l’autonomie, ni qu’elle endosse le rôle de belligérant.

Cela veut dire : qu’aucune solution durable ne peut être trouvée sans l’Algérie. Reconnaître cela relève du réalisme, non de la concession.

Le danger du triomphalisme discursif

Que certains États soutiennent la proposition marocaine, notamment plusieurs pays africains, arabes et européens, est un fait.
Que la dynamique diplomatique évolue dans le sens d’une solution négociée plutôt qu’un référendum binaire est également un fait.

Mais transformer ces tendances en victoire définitive est un raccourci dangereux.

Pourquoi ? Parce que : Une position exagérée est aisément démontée. La crédibilité se construit sur l’exactitude, pas sur l’affirmation. La diplomatie se joue dans la nuance, jamais dans le slogan.

Le conflit du Sahara souffre déjà suffisamment de la surinterprétation, de la communication identitaire et de la simplification stratégique. L’heure n’est pas au spectacle politique, mais au travail patient et lucide.

Conclusion

Le Conseil de sécurité n’a ni tranché en faveur de l’autonomie, ni maintenu la centralité du référendum : il a installé la recherche du compromis comme seule voie crédible.

Cela implique : écouter, négocier, reconnaître les contraintes de l’autre.

Il me semble que la presse du Makhzen est appelée à faire la politique internationale, pas du récit national. La paix, la stabilité et la coopération maghrébine méritent mieux que des certitudes proclamées cela demande une maîtrise du langage diplomatique, le respect du cadre juridique, et une honnêteté intellectuelle face aux faits. Sans cela, le conflit continuera moins parce qu’il est insoluble que parce qu’il est mal raconté.

Une même fuite en avant s’observe au Maroc dans le camp royaliste. C’est un fait : le Makhzen ne sait plus argumenter autrement que par le mépris, l’injure, la diabolisation. Ce manichéisme bas de gamme est également utilisé par une partie de la politique  Il suffit d’entendre les arguments anti-Algérie rudimentaires Bourita ou de Omar Hilale  pour s’en convaincre.

A leur décharge, les courtisans du royaume qui ont une très forte impression qu'ils contribuent pour beaucoup dans le cout politique du Makhzen. Un peu comme pense le Français moyen avec le cout social de l'immigration! A chacun son ressentiment.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Le Conseil de sécurité n’a pas voté pour le Maroc, il a voté pour l’ambiguïté

La résolution 2797 du Conseil de sécurité n’a pas reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, contrairement au discours triomphaliste relayé par certains médias marocains. Derrière les slogans de victoire se cache une réalité plus nuancée : l’ambiguïté diplomatique de l’ONU et la persistance du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui

Le Maroc jubile, la presse exulte, et le lexique triomphal se déploie : “fin de partie pour l’Algérie”, “moment historique”, “victoire éclatante à l’ONU”. Depuis l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, certains médias marocains célèbrent ce texte comme l’acte final du dossier du Sahara occidental, comme si ONU venait de sceller, par un simple vote, la souveraineté du Maroc sur le territoire.

Mais à force de vouloir transformer une résolution diplomatique en bulletin de victoire, on finit par travestir la réalité. Derrière les fanfares du triomphalisme, la 2797 n’a rien d’un traité de reconnaissance. Elle reste un texte d’équilibre, d’ambiguïté, et surtout d’injonction au dialogue. Ce que Rabat présente comme un “sacré” moment historique n’est, en vérité, qu’un épisode de plus dans une longue guerre de narration où les mots remplacent le droit, et où la propagande tente de se faire passer pour la diplomatie.

Or, ce que Rabat appelle “souveraineté consacrée” n’est qu’un flottement sémantique : une façon pour le Conseil de sécurité de ne pas dire non sans dire oui.

Le Maroc crie victoire. Mais si cette “victoire” était si claire, pourquoi tant d’insistance à la répéter ?
Parce qu’au fond, le texte ne dit pas ce que Rabat veut qu’il dise.
Il ne parle pas de “souveraineté reconnue”. Il ne parle pas de “territoire marocain”. Il parle de “solution politique réaliste” — autrement dit : continuez de discuter.
Et cette nuance change tout.

L’article prétend enterrer le mot “autodétermination”. Mais l’autodétermination n’est pas un slogan, c’est un droit fondamental inscrit dans la Charte des Nations unies, que nul Conseil ne peut abolir par simple glissement lexical.
Le peuple sahraoui n’est pas une “variable diplomatique” ; c’est un sujet de droit, reconnu comme tel par la Cour internationale de justice depuis 1975.

Thèse : une lecture abusive et intéressée du langage onusien

Le cœur du récit marocain repose sur une manipulation sémantique : parce que la résolution “prend note du soutien exprimé par de nombreux États à la proposition d’autonomie marocaine”, on veut y lire une reconnaissance formelle de la “souveraineté marocaine sur le Sahara”. C’est faux. Le texte ne reconnaît rien de tel.

Le Conseil de sécurité se garde bien de trancher la question du statut du territoire. Il se contente, comme toujours depuis 2007, de saluer les efforts “réalistes et crédibles” du Maroc sans exclure aucune autre option. Nulle part la souveraineté marocaine n’est mentionnée, encore moins “consacrée”. Le choix des mots est soigneusement calculé : “pourrait constituer la solution la plus réalisable” n’a jamais voulu dire “est la seule solution légitime”.

La vérité, c’est que la résolution 2797 n’a réglé aucun conflit.
Elle a seulement rappelé que le dossier du Sahara n’est pas clos, que le monde est fatigué des postures et des drapeaux, et qu’il faut une solution négociée — pas proclamée.

Alors oui, que Rabat se félicite, que sa presse chante la victoire, c’est son passez temps Mais l’histoire retiendra que le Sahara ne s’offre pas à coup de communiqué, et qu’aucune résolution n’efface un peuple. La victoire d’un jour ne fait pas la légitimité d’un siècle.

Et pendant que les diplomates comptent les voix, les Sahraouis, eux, comptent les années.
Ils attendent, dans les camps de Tindouf et dans les villes du Sud, non pas un drapeau, mais une vérité : celle d’un droit qui n’a jamais été consulté, celle d’une cause que personne n’a le courage de regarder en face.

Cette nuance n’est pas un détail : elle est au cœur du langage diplomatique. Là où Rabat veut entendre une bénédiction, le Conseil n’a offert qu’une possibilité parmi d’autres. En d’autres termes, la résolution 2797 ne clôt rien. Elle maintient le statu quo, elle ménage les équilibres, et elle renvoie une fois encore les parties à la table du dialogue.

Réfutation : la propagande du triomphalisme

Or, c’est précisément cette ambiguïté que le discours officiel marocain tente d’effacer.
En transformant une simple prise d’acte en validation de souveraineté, Rabat s’arroge ce que la communauté internationale lui refuse : le droit de parler au nom d’un peuple qu’il administre sans l’avoir consulté.

Le texte onusien parle de “solution politique durable et mutuellement acceptable”. L’adjectif “mutuellement” signifie que toutes les parties, y compris le Front Polisario, doivent l’accepter. Comment, alors, parler d’une solution “entérinée” quand le principal intéressé n’a jamais donné son accord ?

L’ONU, faut-il le rappeler, ne reconnaît toujours pas le Sahara occidental comme territoire marocain. Elle le classe parmi les “territoires non autonomes” en attente de décolonisation. Et la Cour internationale de justice, dès 1975, a jugé qu’aucun lien de souveraineté n’existait entre le Maroc et ce territoire avant la colonisation espagnole. Ces faits juridiques ne disparaissent pas parce qu’un texte diplomatique adopte un ton plus conciliant.

Mais la presse marocaine ne cherche pas la vérité : elle fabrique le récit. Elle substitue la ferveur au droit, la mise en scène au contenu. L’Algérie devient la méchante de service, l’ennemie hystérique, l’obstacle à la paix. Cette diabolisation systématique n’est pas anodine : elle sert à déplacer le centre du débat, à transformer un conflit de décolonisation en simple rivalité bilatérale.

L’Algérie, pourtant, n’a pas inventé la question du Sahara. Elle s’est alignée sur un principe universel : celui de l’autodétermination des peuples, inscrit dans la Charte des Nations unies. C’est ce principe – et non un “anti-marocanisme primaire” – qui fonde sa position. Car le Sahara n’appartient ni à Rabat ni à Alger, mais à ses habitants, dont la voix n’a jamais été entendue.

Conclusion : le réalisme ne doit pas tuer le droit

Ce que révèle cette euphorie médiatique, c’est moins la force diplomatique du Maroc que son besoin d’affirmation. On célèbre moins la résolution 2797 qu’on ne cherche à la fabriquer comme mythe fondateur : celui d’un Maroc triomphant face à un voisin déchu. Mais le droit international, lui, n’a pas d’état d’âme. Il ne se mesure pas à l’applaudimètre des chancelleries.

L’avenir du Sahara occidental ne se décidera pas à coup de communiqués, ni dans la rhétorique creuse des “plans d’autonomie”. Il se décidera par la reconnaissance du droit d’un peuple à choisir librement son destin. Tant que cette vérité demeurera niée, aucune résolution, fût-elle votée à l’unanimité, ne mettra fin à ce conflit.

Le triomphalisme marocain célèbre aujourd’hui la “victoire du réalisme”. Mais l’histoire retiendra qu’il s’agit surtout de la victoire du verbe sur la vérité, et de la défaite du droit sous les applaudissements. Le Sahara n’a pas besoin de célébrations diplomatiques, il a besoin de justice. Et la justice, elle, ne se vote pas : elle se respecte.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Makhzen/Sahara occidental : le triomphalisme médiatique avant vote

À la veille du vote du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental, toute  la presse marocaine annonce déjà une “victoire historique” du plan d’autonomie. Mais derrière le récit triomphal, le droit international, lui, reste inchangé.

Ce que dit réellement le droit international

Depuis l’avis consultatif rendu le 16 octobre 1975 par la Cour internationale de Justice (CIJ), la position du droit international est claire :

Il n’existe aucun lien juridique de souveraineté entre le Royaume du Maroc et le territoire du Sahara occidental.” [1]

Autrement dit, le Sahara occidental reste un territoire non autonome soumis au processus de décolonisation des Nations unies. La CIJ a rappelé que seul le peuple sahraoui a le droit de décider de son avenir — par un processus d’autodétermination librement exprimé.

Le vote attendu au Conseil de sécurité ne modifie pas ce cadre : ni une résolution de prorogation de la MINURSO, ni une formulation “favorable à l’autonomie” ne peuvent, à elles seules, changer le statut juridique du territoire.

Une résolution politique, pas un changement de souveraineté

 Le projet de résolution porté par les États-Unis, souvent désignés comme « porte-plume », reprend une formule déjà utilisée :

“Le plan d’autonomie marocain est sérieux, crédible et réaliste, et constitue une base pour parvenir à une solution.” [2]

Mais “base de solution” ≠ “reconnaissance de souveraineté”.
Le Conseil encourage une négociation politique entre les parties (Maroc, Front Polisario, Algérie, Mauritanie) ; il ne tranche pas la question de souveraineté.

Même les passages vantés comme « prééminence du plan d’autonomie » n’ont qu’une valeur politique : ils reflètent une tendance diplomatique, non une décision juridique.

Le mythe du vote acquis

La presse Marocaine affirme que “neuf voix sont assurées” et que “le texte passera sans veto”. Or, cette certitude relève de la spéculation.
Les votes du Conseil dépendent souvent d’amendements de dernière minute, d’équilibres régionaux et d’échanges bilatéraux :

  • La Russie a demandé à “rééquilibrer” certains passages jugés trop favorables à Rabat ;
  • La Chine continue d’appeler à “une solution politique mutuellement acceptable” ;
  • Le Guyana, la Slovénie ou le Pakistan restent prudents malgré des pressions diplomatiques.

Même les pays européens, traditionnellement proches du Maroc, insistent sur la formule d’“une solution juste, durable et mutuellement acceptable”. [3]
Ce langage de compromis, volontairement flou, permet d’éviter de se prononcer sur la souveraineté.

Quand la communication précède la diplomatie

Pourquoi proclamer une victoire avant même le vote ?
Parce qu’en diplomatie interne, le symbole prime sur la procédure. La communication triomphaliste vise à :

  • Rassurer l’opinion publique marocaine, en lui présentant la cause nationale comme déjà gagnée ;
  • Façonner la perception internationale, en créant l’illusion d’un consensus ;
  • Désamorcer les critiques internes (notamment sur les lenteurs du processus politique).

Mais ce discours ne résiste pas à l’examen juridique. Les Nations unies n’ont jamais reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et la MINURSO reste mandatée pour superviser un processus d’autodétermination.

Politique ≠ juridique

“Un texte diplomatique peut féliciter un plan sans changer la loi internationale. Le droit n’obéit pas au communiqué de presse.”

Confondre appui politique et reconnaissance juridique revient à travestir le rôle du Conseil de sécurité.
Les résolutions onusiennes sont souvent des compromis de langage ; leur portée symbolique est forte, mais leur effet juridique reste limité tant que le peuple concerné n’a pas exprimé sa volonté.

Un texte qui «met en avant» l’autonomie comme base de négociation n’est pas une reconnaissance de souveraineté. Le Conseil produit souvent des formulations politiques (encourager «une solution basée sur l’autonomie», «encourager les propositions constructives», etc.) — cela oriente le processus, mais ne remplace pas les procédures juridiques d’un changement de statut. Il existe une grande différence entre préconiser/encourager le plan marocain comme cadre de discussions et reconnaitre la souveraineté marocaine sur le territoire

Conclusion : une prudence nécessaire

Le Maroc a le droit crié victoire pour son plan d’autonomie ; c’est une proposition politique qui cache une colonisation. Mais parler de “marocanité consacrée” avant même le vote relève d’un wishful thinking diplomatique.

Avant de proclamer une “victoire”, il faudrait rappeler :

  • que le processus onusien est toujours fondé sur l’autodétermination,
  • que le statut final du territoire n’a jamais été tranché,
  • et qu’aucune résolution du Conseil n’a jamais reconnu explicitement la souveraineté marocaine.

Le véritable test ne sera pas le vote du jour, mais la capacité du Conseil et du Secrétariat général à relancer un processus crédible de négociation directe entre les parties.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Sources
[1] Cour internationale de Justice, Western Sahara – Advisory Opinion, 16 octobre 1975.
[2] Le Monde Afrique, “Les États-Unis défendent à l’ONU l’autonomie sous souveraineté marocaine”, 29 octobre 2025.
[3] Security Council Report, “Western Sahara: Draft Resolution and Member Positions”, octobre 2025.

 

 

Maroc/ La victoire avant le sifflet final : quand le Makhzen médiatique se prend pour un verdict

À la veille du vote de la résolution onusienne sur le Sahara occidental, une partie de la presse marocaine s’est empressée de célébrer une victoire diplomatique annoncée. Le ton est triomphal, les superlatifs débordent, et la prudence diplomatique semble reléguée au second plan. Mais derrière cette euphorie, une autre lecture s’impose : celle d’un récit fabriqué, où la ferveur nationale prend la place de la vérité politique.

Le triomphalisme comme réflexe

Depuis quelques jours, les manchettes de la presse proche du pouvoir marocain affichent une assurance sans faille.

Les titres s’enchaînent : Victoire diplomatique historique, “le rêve séparatiste enterré”, l’ONU acte le plan marocain.

La source de cette liesse ? Un draft zéro de résolution du Conseil de sécurité — autrement dit, un document de travail, préliminaire, non encore voté. Mais qu’importe : l’important n’est pas ce qui est écrit, mais ce que l’on veut y lire.

Cette célébration anticipée s’inscrit dans une logique bien connue : celle d’un journalisme sujet du Palais  où l’éditorial se confond avec la volonté royale.
L’information n’est plus description mais divination Le style, martelé, transforme la spéculation en certitude et la certitude en victoire. Le verbe supplante le fait. Le commentaire tient lieu de preuve.

Le récit remplace la réalité

Ce ton d’assurance ne relève pas seulement du zèle royaliste. Il répond à un besoin plus profond : celui de fabriquer un récit collectif, où le Maroc s’impose comme acteur légitime, victorieux et éclairé, face à une Algérie réduite à la caricature du “régime paniqué”.
Dans cette mise en scène, le conflit du Sahara n’est plus une question de droit international, mais une lutte morale entre modernité et archaïsme, entre raison et “hostilité voisine”.

Le procédé du Palais est efficace : il mobilise l’émotion, simplifie la complexité et offre à l’opinion une épopée. Mais ce récit ne dit rien des nuances, ni des réalités politiques.
La diplomatie, elle, ne se nourrit pas de slogans mais de prudence, de patience et de compromis — trois vertus que la ferveur médiatique balaie d’un revers de manche.

Le pouvoir des mots

Les mots, ici, ne sont pas neutres.
Quand une dépêche affirme que “l’autonomie constitue la seule base crédible” ou qu’elle “garantit l’autodétermination”, elle ne se contente pas de rapporter : elle réécrit le langage du droit international.
L’autodétermination, hier synonyme de référendum, devient aujourd’hui synonyme d’autonomie sous souveraineté marocaine.

Changer les mots, c’est déplacer le sens et déplacer le sens, c’est rediriger le réel. Cette opération linguistique est au cœur du triomphalisme monarchiste. L’auteur ne discute pas, il décrète. Il ne cite pas, il consacre.
La rhétorique du “consensus international” remplace le débat sur le fond, et l’unanimisme proclamé masque la persistance des désaccords.

Trump, l’ombre tutélaire

Un autre détail intrigue : la présence quasi rituelle du nom de Donald Trump. L’ancien président américain, dont la reconnaissance du Sahara marocain avait provoqué une onde de choc, revient dans le discours médiatique comme une figure de validation ultime.
Le leadership du président américain” y est célébré, “son engagement pour la stabilité régionale” invoqué.
Peu importe que le Conseil de sécurité ne fasse nulle mention de lui : l’ombre de Trump sert de caution, comme si la puissance du symbole pouvait pallier le manque de consensus.

Ce recours à l’amabilité américaine traduit une dépendance plus qu’une assurance.
Il exprime le besoin de reconnaissance extérieure pour asseoir la légitimité interne — paradoxe d’un discours qui proclame la souveraineté tout en la plaçant sous tutelle symbolique.

Le théâtre du triomphe

À force de crier victoire, le discours finit par trahir sa propre nervosité. Car un pays sûr de lui n’a pas besoin de claironner. Ce besoin d’affirmer la victoire avant le verdict traduit une peur sourde : celle que le réel ne suive pas le récit. L’allégresse se fait masque, l’excès de confiance cache l’inquiétude.
C’est une stratégie politique du Royaume — mais aussi une fragilité psychologique.

Le Maroc, en quête de reconnaissance internationale, cherche à verrouiller le récit avant le vote, à figer dans le marbre une victoire encore hypothétique.
Mais en diplomatie, le temps du verbe n’est jamais celui des urnes.
L’histoire ne se plie pas à la hâte des manchettes.

L’oubli du doute

Dans cette effervescence médiatique, ce qui disparaît, c’est la capacité de douter.
Douter n’est pas renoncer. C’est reconnaître que le réel ne s’écrit pas à l’encre d’une seule plume.
Or, le discours triomphaliste ne doute jamais. Il ne s’interroge pas : il affirme, il accuse, il célèbre. Et ce refus du doute, dans un contexte régional aussi sensible, est peut-être le plus grand danger. Car la diplomatie n’est pas un champ de bataille : c’est un espace de langage.
Et dans cet espace, l’arrogance du verbe est souvent l’ennemie de la raison.
Le patriotisme mature, lui, n’a pas peur de la nuance.

Une victoire de papier

Le projet de résolution tant commenté n’a pas encore été adopté. Aucun texte officiel n’entérine à ce jour le plan marocain comme “unique base de solution”.
Mais déjà, les plumes s’enflamment, les plateaux s’agitent, les certitudes s’épaississent.
C’est une victoire de papier, une victoire narrative.
Et si le vote final diffère, il sera toujours temps d’inventer un autre récit pour sauver la face.

C’est ici que se joue la véritable bataille : non sur le terrain du droit, mais sur celui du langage public.
Gagner la perception, c’est influencer le réel. Mais à force de manipuler la perception, on finit parfois par se tromper soi-même.

La force de la lucidité

Il n’est pas question ici de nier la légitimité du Maroc à défendre sa position, ni de minimiser les enjeux géopolitiques du Sahara.
Mais entre défendre une cause et confondre ferveur nationale et vérité internationale, il existe une frontière — celle de la lucidité.
Le Monarchisme éclairé n’est pas celui qui triomphe à tout prix, mais celui qui sait attendre, comprendre, négocier.

La région maghrébine, déjà saturée de blessures, n’a pas besoin d’une surenchère de certitudes, mais d’un retour à la mesure. Et la presse du Roi, au lieu d’alimenter la fièvre, pourrait retrouver sa mission première : embrasser sans enflammer. Car si l’histoire a un langage, c’est celui de la patience. Et elle finit toujours par démentir ceux qui parlent trop tôt en son nom.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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La presse du Makhzen saute comme un cabri quand la propagande remplace l’information

 

Ah ! Cette Algérie, qui n’en finit pas de perturber le sommeil des sujets du Makhzen Marocain et sa presse courtisane, en quête de ragots de caniveau et de nouvelles diffamatoires. C’est le journalisme des applaudissements au Palais, abreuve pour satisfaire ses pulsions dans un bazar de bric et de brac, cela permet au moins de faire oublier leur extraordinaire incurie ?

Une partie de la presse marocaine transforme le dossier du Sahara occidental en récit triomphaliste, confondant diplomatie et storytelling. Derrière les insultes et les annonces d’une « victoire inévitable », la réalité reste celle d’un processus onusien ouvert, où ni la panique ni la capitulation n’existent

Un article paru récemment dans la presse marocaine prétend que « la panique gagne Alger » à propos du dossier du Sahara occidental. Il y décrit une Algérie fébrile, un Front Polisario aux abois, et même une hypothétique « intégration au Maroc » qui serait, selon lui, désormais envisagée. Derrière les formules bravaches et les insultes, l’article révèle surtout une mécanique bien connue : transformer une analyse diplomatique complexe en récit manichéen, où le Maroc serait le camp de la raison et l’Algérie celui du désarroi.

Le vocabulaire de l’injure, arme d’une faiblesse argumentative

Le texte abonde en termes tels que « baltaji », « voyou », « pantin », « proxy ». Ce registre émotionnel ne relève pas de l’analyse mais de la propagande. En rhétorique, on appelle cela un argument ad hominem : discréditer la personne pour éviter de discuter le fond.
Or, la question du Sahara occidental ne se résume pas à des querelles d’individus ; elle engage le droit international et la stabilité régionale. Traiter un interlocuteur de « voyou » n’invalide pas son argument ; cela révèle simplement l’incapacité de celui qui écrit à lui répondre sur le terrain des faits.

Confusion volontaire entre faits et pronostics

L’article affirme que « le Conseil de sécurité s’apprête à consacrer le plan d’autonomie marocain comme seule issue viable ». C’est inexact.
Les résolutions successives du Conseil, jusqu’à celle en préparation pour octobre 2025, parlent d’une « solution politique, réaliste et durable, fondée sur le compromis ». Nulle part le plan d’autonomie marocain n’est décrit comme unique ou exclusif.
Les travaux préparatoires, consultables sur le site du Security Council Report, montrent au contraire que les membres du Conseil débattent toujours de la formulation finale ; les États-Unis, la Russie, l’Afrique du Sud et d’autres pays y défendent des lectures différentes.
Présenter un résultat diplomatique non encore voté comme acquis relève donc d’une manipulation de l’opinion, pas d’un travail d’information.

L’omission du texte original du Polisario : le biais majeur

Le cœur de l’article prétend commenter la « proposition élargie » adressée par le Front Polisario au Secrétaire général de l’ONU. Mais à aucun moment il ne cite le texte en question.
Le communiqué officiel, publié par l’agence sahraouie SPS le 21 octobre 2025, affirme au contraire la volonté du mouvement « de contribuer à une solution politique fondée sur le libre exercice du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ».
Aucune phrase ne parle d’« intégration au Maroc ».
En inventant ce passage, le journaliste fait passer une interprétation partisane pour une information. C’est contraire à toute déontologie.

Le cliché du « proxy » algérien

Qualifier le Front Polisario de simple « proxy » de l’Algérie est un raccourci politique commode mais historiquement faux. Depuis 1979, le Polisario est reconnu par les Nations unies comme partie au conflit. Il administre les camps de réfugiés de Tindouf sous supervision du HCR et entretient des relations officielles avec de nombreux États.
L’Algérie soutient ouvertement la cause sahraouie — comme elle l’a fait pour nombre de mouvements de libération nationale — mais la réduire à une direction à distance est une négation de la réalité institutionnelle et historique du mouvement.

Une « panique » médiatique sans fondement

Aucune déclaration officielle, ni à Alger ni à Tindouf, ne fait état d’inquiétude ou de revirement. Les positions demeurent identiques : soutien au processus onusien, rejet des solutions unilatérales et appel au respect du droit à l’autodétermination.
Il n’y a donc pas de « panique », simplement la continuité d’une ligne politique constante. Le terme n’a qu’un objectif : psychologiser la diplomatie, pour donner à l’opinion publique marocaine l’illusion d’un basculement irréversible.

Les faits diplomatiques : Washington, l’ONU et la réalité

L’article invoque une prétendue « implication directe du président américain » et même un « accord de paix sous 60 jours ». Aucune source publique, ni à la Maison-Blanche ni à l’ONU, ne corrobore de telles affirmations.
Les États-Unis considèrent le plan d’autonomie marocain comme « sérieux et crédible » — ce qui ne signifie pas exclusif. Leur position officielle demeure le soutien à une solution négociée sous l’égide des Nations unies.
La diplomatie n’est pas un match de football où l’on proclame la victoire avant le coup de sifflet final. La réalité internationale est faite de nuances, de compromis et de rapports de force évolutifs.

Une presse disposée plutôt qu’informée

L’article dont il est ici question illustre un phénomène plus large : la dérive d’une partie de la presse régionale vers le rôle d’organe de communication d’État.
Lorsque le journalisme devient instrument de propagande, l’information cesse d’éclairer pour ne plus que conforter. Les mots « paix », « autonomie » ou « autodétermination » sont vidés de leur contenu juridique pour n’être plus que des slogans.
Pourtant, la région maghrébine a besoin d’autre chose : d’un débat de fond, de transparence, et d’une presse capable de dépasser le réflexe nationaliste pour informer ses lecteurs avec rigueur.

Pour une approche lucide et apaisée

Ni l’Algérie ni le Maroc n’ont intérêt à s’enfermer dans des guerres médiatiques. Le seul terrain utile est celui du dialogue sous l’égide de l’ONU, où toutes les parties — y compris le Polisario — sont appelées à participer.
Le respect du droit international, la coopération régionale et la stabilité du Maghreb valent mieux que des campagnes d’invectives. La paix se construit sur la reconnaissance mutuelle, pas sur l’humiliation de l’autre.

Conclusion

L’article qui prétend voir « la panique à Alger » révèle surtout l’inverse : la fébrilité d’une propagande qui cherche à maquiller la complexité en victoire totale.
La vérité, c’est qu’aucune solution durable ne naîtra de la désinformation. Tant que le Conseil de sécurité n’aura pas tranché, tant que le peuple sahraoui n’aura pas pu exercer son droit de choisir, rien n’est clos.
Informer, ce n’est pas exulter ; c’est éclairer.
Et dans cette affaire, la seule panique visible est celle de ceux qui confondent communication et diplomatie.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 


Le triomphalisme prématuré de la presse du Makhzen Marocain

Avant même que le Conseil de sécurité des Nations unies ne se prononce sur le projet de résolution 2025 concernant le Sahara occidental, les médias du Makhzen marocain  proclament déjà une victoire historique. Présenté comme un “tournant diplomatique”, le texte américain devient, dans leur récit, la consécration de la souveraineté marocaine. Cette lecture prématurée, au ton propagandiste et triomphaliste, témoigne d’une dérive où la communication politique supplante l’information, et où la désinformation devient un outil d’influence régionale

La publication d’un article marocain annonçant un « tournant historique » dans le dossier du Sahara occidental, avant même toute décision du Conseil de sécurité, illustre une dérive de plus en plus visible dans les médias régionaux : la confusion entre information et propagande.
Sous des airs de reportage diplomatique, ce texte — comme d’autres avant lui — se présente en réalité comme une pièce de communication politique visant à imposer un récit national plutôt qu’à informer le lecteur.

L’article se fonde sur un projet de résolution américain (le « draft » 2025) présenté à titre de document de travail, en amont du vote prévu au Conseil de sécurité. Rien n’a encore été adopté, ni discuté formellement par les membres permanents. Pourtant, le texte est présenté comme un fait accompli : le plan d’autonomie marocain deviendrait « la seule voie reconnue vers la paix », le reste n’étant qu’« agitation » et « déni de l’histoire ».

Cette anticipation outrancière constitue un procédé classique de désinformation : annoncer une victoire avant qu’elle n’existe pour influencer la perception du public et créer un effet d’inévitabilité politique. Dans ce cas précis, l’objectif est clair : préempter le débat onusien et installer dans les esprits l’idée que la question du Sahara est déjà tranchée par la “communauté internationale”.

Or, en diplomatie, les mots ont un poids. Le terme “draft” désigne un document préliminaire susceptible d’être modifié, amendé, voire rejeté. En le présentant comme une “résolution historique”, le média marocain outrepasse la vérité pour servir un récit : celui d’un Maroc victorieux et d’une Algérie isolée.

Les procédés d’un discours propagandiste

L’analyse du texte révèle plusieurs techniques caractéristiques de la propagande contemporaine :

1.        Le glissement lexical :
Le vocabulaire utilisé — « coup de massue diplomatique », « régime algérien », « milice séparatiste », « parasite créé de toutes pièces » — vise moins à décrire qu’à discréditer. Ce langage émotionnel, saturé de jugements de valeur, ne relève pas du journalisme d’analyse, mais du discours de combat. Il construit un univers moral où le Maroc incarne la paix, la raison et la légitimité, tandis que l’Algérie et le Front Polisario symbolisent la trahison et la déstabilisation.

2.        La fausse universalité :
L’article parle au nom de « la communauté internationale » en affirmant que celle-ci soutient unanimement la souveraineté marocaine. En réalité, la position mondiale sur le Sahara demeure divisée : plusieurs États d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Europe du Nord continuent de défendre le principe de l’autodétermination du peuple sahraoui, en conformité avec la Charte des Nations unies.

3.        La criminalisation de l’adversaire :
Le Polisario est présenté comme une “milice terroriste”, un qualificatif jamais reconnu par les Nations unies. Ce procédé vise à neutraliser le débat politique en transformant un mouvement indépendantiste en menace sécuritaire.
Ce type de raccourci rhétorique éloigne le débat du terrain juridique et diplomatique pour l’enfermer dans le registre émotionnel de la peur.

La désinformation comme stratégie d’influence

La désinformation n’est pas seulement une manipulation des faits : c’est une stratégie d’influence.
Dans le contexte du Sahara, elle sert à façonner le narratif dominant : celui d’un Maroc présenté comme seul acteur de stabilité et d’ouverture, face à une Algérie accusée d’obstruction et d’agitation. Ce récit, martelé dans les médias nationaux, cherche à renforcer la légitimité interne du pouvoir tout en consolidant l’image du Royaume auprès de ses alliés occidentaux.

Mais cette stratégie comporte un risque majeur : la rupture du lien de confiance entre information et citoyen.
À force de manipuler la narration, le discours officiel perd en crédibilité, tant sur la scène internationale que dans l’opinion publique régionale. La diplomatie de l’image ne peut durablement remplacer la diplomatie du dialogue.

La responsabilité journalistique en question

Le traitement de cette question met aussi en lumière une fragilité structurelle des médias maghrébins : leur proximité excessive avec le Palais.
Dans les dossiers sensibles — Sahara, sécurité, relations bilatérales — la presse se transforme souvent en chambre d’écho du discours du Makhzen. Or, cette dépendance éditoriale tue le journalisme critique et alimente la polarisation.

Informer, ce n’est pas “défendre la nation”, c’est rendre les faits intelligibles, même lorsqu’ils dérangent. La rigueur journalistique repose sur trois piliers : la vérification, la contextualisation et la pluralité des sources.
Aucun de ces trois éléments n’apparaît dans le texte marocain : pas de citation contradictoire, pas de référence juridique, pas d’analyse indépendante.
Le résultat est un récit à sens unique, conçu pour mobiliser l’émotion plutôt que la raison.

Le conflit du Sahara occidental, qui dure depuis près d’un demi-siècle, ne se réglera ni dans les colonnes des journaux, ni dans les effets de manche diplomatiques.
Il exige une approche fondée sur le respect du droit international, la coopération régionale et la bonne foi des acteurs.
En travestissant les faits, la propagande médiatique ne fait que rendre ce chemin plus difficile.

Les médias, du Makhzen, portent une responsabilité éthique : celle de préserver la possibilité du dialogue. Chaque mot excessif, chaque titre triomphaliste, chaque caricature de l’adversaire creuse un peu plus le fossé entre les peuples voisins.

Il est temps de redonner à la presse son rôle premier : non pas chanter les victoires supposées, mais dire la vérité des faits, même quand elle dérange les certitudes.

En guise de conclusion

Ce que révèle cet épisode, ce n’est pas tant la vigueur du débat diplomatique que la fragilité de l’espace médiatique maghrébin, pris entre patriotisme et professionnalisme.

Si le Conseil de Sécurité retient l’autonomie comme seule solution à ce problème, c’est qu’il reconnaît la souveraineté du Maroc sur ses provinces du sud. Les négociations doivent donc avoir lieu entre le Maroc et les séparatistes. Que viennent faire alors l’Algérie et la Mauritanie dans une affaire Maroco-marocaine.

Le monde médiatique sait trop bien que le Maroc n'a aucun besoin du Sahara Occidental, il n'y a pas d'erreur, toutes les armées d'invasion violent. Les Marocains aussi, c'est pourquoi on sait qu'ils ne sont pas des libérateurs, mais des envahisseurs au Sahara Occidental. Le Maroc aurait plus besoin de maitriser sa démographie, de construire des écoles, de former des enseignants et d'alphabétiser son peuple, notamment la population rural, qui est encore très largement illettrée et abandonnée à elle-même et aux traditions médiévales.

L’avenir du Sahara ne dépendra ni des slogans ni des manchettes triomphales, mais de la capacité des acteurs à revenir à la raison diplomatique et au respect des principes universels de l’ONU. La propagande, elle, ne fabrique que des illusions — et les illusions, dans la durée, se payent toujours cher.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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