Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Affichage des articles dont le libellé est colonialisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est colonialisme. Afficher tous les articles

La France démocrate interdit les langues régionales


La République française aime dénoncer le colonialisme, à condition qu’il soit ancien, abstrait ou pratiqué par d’autres. Elle condamne volontiers les dominations linguistiques ailleurs, se pose en protectrice des minorités culturelles à l’international, s’érige en donneuse de leçons morale. Mais cette posture s’effondre dès que l’on interroge sa propre histoire et ses pratiques présentes. Car la France n’a jamais cessé d’être une puissance coloniale, elle a simplement déplacé le front, à l’intérieur de ses frontières.

Le non-respect du bilinguisme en France se manifeste par des discriminations linguistiques (glottophobie) envers ceux qui parlent d'autres langues, des débats sur l'usage de l'anglais dans le marketing (anglisme), et des restrictions sur les langues régionales malgré la reconnaissance constitutionnelle du français comme langue de la République, souvent perçue comme une entrave à la diversité linguistique. Cela inclut aussi les défis rencontrés par les enfants bilingues migrants, dont l'usage de la langue d'origine peut être découragé, et les débats juridiques concernant l'enseignement et l'usage des langues régionales, comme l'illustre la censure partielle de la loi Molac

La domination linguistique est le cœur de ce projet. Interdire, marginaliser ou ridiculiser les langues locales fut l’un des premiers gestes du pouvoir central. Le français n’a pas été choisi parce qu’il était plus clair, plus rationnel ou plus moderne. Il a été imposé parce qu’il était la langue du pouvoir. L’école, l’administration, l’armée ont servi de relais à cette violence symbolique. On a puni les enfants qui parlaient breton, occitan ou basque. On a inculqué la honte. On a fait du silence linguistique une condition de l’ascension sociale.

Eugen Weber l’a décrit sans détour : Être français signifiait être gouvernés par des administrateurs français », note Weber il s’agissait de « transformer des paysans en Français ». Autrement dit : détruire des cultures politiques autonomes pour fabriquer des sujets républicains dociles. La République a été un empire intérieur, et ses provinces, des territoires à pacifier par le modèle français de centralisation et l’imposition d’une langue commune au détriment des langues régionales. Les écoliers bretons se faisaient taper sur les doigts s’ils parlaient un seul mot de breton dans la cour de récréation.

L’affaire de Perpignan, en 2024, n’est pas une erreur administrative. C’est un acte colonial contemporain. Refuser à un citoyen le droit de se marier en catalan dans sa propre ville, alors que cette pratique était reconnue depuis des décennies, n’est pas un détail juridique. C’est une affirmation de pouvoir. Supprimer les moyens (traducteurs, fonctionnaires bilingues), puis invoquer leur absence pour interdire la langue, relève d’une stratégie coloniale classique : créer la pénurie pour légitimer l’interdiction.

Assimiler le catalan à une langue étrangère, dans un territoire où elle est autochtone, est un geste de dépossession. C’est nier l’existence même d’un peuple catalan au nord des Pyrénées. C’est transformer une langue vivante en curiosité tolérée, tant qu’elle reste privée, folklorisée, inoffensive.

Que cette décision émane d’une municipalité dirigée par l’extrême droite n’est pas un hasard. Le Rassemblement national ne fait ici que dire plus brutalement ce que la République pratique depuis des décennies : l’unité comme arme, la diversité comme menace. Le cynisme de l’État français atteint son paroxysme lorsqu’il soutient, à l’étranger, des revendications linguistiques et identitaires qu’il écrase chez lui. En se posant en défenseur de minorités en Algérie ou ailleurs, Paris instrumentalise les droits culturels à des fins géopolitiques. Pendant ce temps, il refuse toute reconnaissance réelle aux langues qu’il a lui-même opprimées.

Cette politique à géométrie variable révèle une vérité simple : les droits culturels ne sont acceptables pour la République que lorsqu’ils ne la mettent pas en cause. Dès qu’ils interrogent son architecture centralisée, ils deviennent subversifs, dangereux, « communautaristes ».

Le discours sur la langue commune est l’un des grands mythes de la domination jacobine. Il n’existe pas de langue neutre. Le français n’est pas un simple outil de communication : il est une langue de pouvoir, chargée d’histoire, de hiérarchie sociale et de violence symbolique. L’imposer comme unique langue légitime dans l’espace public, c’est imposer une vision du monde et disqualifier toutes les autres.

Les recherches en sociolinguistique l’ont démontré : le bilinguisme n’est pas un danger, mais une force. la mobilisation pour obtenir les moyens qui doivent permettre la vie sociale de nos langues, c'est à dire un patrimoine vivant et non des langues de musées, en les développant dans l'enseignement, dans les medias, dans la vie publique, en soutenant la transmission familiale. Nos langues sont un atout pour le développement intellectuel et affectif des jeunes générations, pour le polylinguisme, pour les sciences, pour la compréhension du monde. Ce qui menace réellement la cohésion sociale, ce n’est pas la pluralité linguistique, mais la négation des identités

Après ce premier pas, la France, doit maintenant se mettre réellement au niveau des démocraties européennes qui appliquent démocratiquement la diversité linguistique. La République française doit en particulier donner aux collectivités, Régions, départements et collectivités locales les moyens nécessaires à la gestion de cette diversité dont elles ont la responsabilité avec l'Etat.

Parler de « 72 langues régionales » pour tourner le débat en dérision est une stratégie de disqualification. Peu importe le nombre. Ce qui compte, c’est le principe : le droit des peuples à exister dans leur langue. Certaines de ces langues sont non latines — basque, breton, alsacien — rappelant que la France n’est pas une nation naturellement homogène, mais une construction politique issue de conquêtes, de suppressions et d’effacements.

Décoloniser la France ne signifie pas la fragmenter. Cela signifie reconnaître qu’elle est plurielle, que son unité a été construite par la contrainte, et que la démocratie ne peut s’approfondir qu’en reconnaissant les peuples qu’elle a niés. Refuser aux citoyens le droit de vivre, d’aimer, de se marier, de travailler et de s’exprimer dans leur langue, c’est prolonger une domination coloniale sous couvert de République. Défendre les langues régionales n’est pas un combat identitaire étroit : c’est un combat démocratique, anticolonial et émancipateur.

La question n’est donc pas de savoir si la République peut tolérer la diversité linguistique.
La question est de savoir combien de temps encore elle pourra se dire démocratique en la refusant.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
https://kadertahri.blogspot.com/

Louvre, mensonges et manipulation : quand les médias français fabriquent leurs coupables

 

Dans une France rongée par ses fractures internes, les médias et les appareils d’État ravivent l’obsession coloniale en désignant sans cesse l’Algérie comme le bouc émissaire idéal. Derrière le « cambriolage du Louvre » et l’arrestation express d’un suspect algérien, se cache un récit politique bien huilé : celui d’un système médiatique français qui, au lieu d’informer, construit ses ennemis.

Un récit trop parfait pour être vrai

La France volée, c’est étonnant, généralement on cite ce pays pour des prix Nobel de  donneurs de Leçon, certes cette fois, il y a des affaires qui sentent la mise en scène avant même d’avoir livré leurs preuves. Celle du « vol spectaculaire au Louvre » en fait partie.
Deux suspects interpellés, dont l’un « sur le point d’embarquer pour Alger » — un timing parfait, une histoire calibrée pour les plateaux télé, et une conclusion servie avant l’enquête. En quelques jours, la machine médiatique française s’est emballée, alignant les titres, les débats, les insinuations : Algérie”, “vol”, “fuite”, “Louvre.

L’affaire aurait pu n’être qu’un fait divers ordinaire : deux suspects interpellés, l’un d’eux sur le point d’embarquer pour Alger. Mais depuis, la mécanique médiatique s’emballe. Tandis que certains désignent l’Algérie, c’est ici que surgit l’interrogation : et si, dans le cadre de ces tractations, la destination « Alger » avait été choisie non par hasard, mais pour *fabriquer une apparence* ?

Une mise en scène destinée à jeter l’opprobre sur un pays déjà stigmatisé dans le discours politico-médiatique français. Une hypothèse, certes, mais qui mérite examen à l’heure où les narratifs s’entrechoquent et où la manipulation de l’opinion devient un art d’État. Le cocktail rêvé pour alimenter l’imaginaire colonial encore vivace dans une partie de la société française.

Comment ne pas douter ?
Comment croire à une telle rapidité d’enquête, à des suspects “si maladroits” qu’ils auraient laissé leurs traces ADN partout, avant de prendre l’avion ?
Ce scénario cousu de fil blanc semble taillé sur mesure pour une double opération : fabriquer un coupable algérien et détourner l’attention des vrais scandales qui éclaboussent les élites françaises, notamment au sein même du musée du Louvre, gangrené depuis des années par des affaires de corruption et de trafic d’antiquités.

Les médias français : usine à récits et manufacture de peur

Selon les informations du Monde, l’un des deux suspects est de nationalité française, l’autre à la double nationalité franco-algérienne. Cherchez l’erreur ?                                                                                  L’Algérie devient encore une fois le décor commode d’un jeu de culpabilité. Pourtant ce même média nous disait que Sansal était Français.

Ce qui se joue ici dépasse un simple fait divers. Depuis plusieurs années, une frange importante des médias français a basculé dans une logique de propagande identitaire.
Sous couvert de “faits d’actualité”, elle entretient un discours racialisé où l’Arabe, l’Algérien, le musulman deviennent les symboles commodes de l’insécurité et du désordre.
Chaque semaine, les chaînes d’info en continu recyclent le même schéma : un nom à consonance maghrébine, une image floue, un bandeau alarmiste, et le poison de la peur s’installe. Dès lors, deux récits s’affrontent.
Le premier, classique : un suspect lié à un vol, en fuite vers Alger, et la tentation française de désigner l’Algérie.
Le second, plus dérangeant : **un scénario construit** pour rediriger le soupçon, pour créer la confusion géopolitique et renforcer une image d’un Maghreb trouble, perméable au crime.

Ce système repose sur trois piliers :

  1. La simplification : réduire des réalités complexes à des stéréotypes commodes.
  2. La répétition : marteler le même récit jusqu’à le rendre “vrai” par saturation.
  3. La diversion : occuper le débat public avec des polémiques périphériques pour éviter les vraies questions sociales et politiques.

Résultat : l’Algérie, son peuple, et ses ressortissants deviennent les boucs émissaires d’une France qui refuse de regarder ses propres faillites. Ce racisme médiatique, souvent maquillé sous le vernis du “débat républicain”, n’est rien d’autre qu’une continuité coloniale.

Un racisme structurel hérité de l’Empire

L’affaire du Louvre n’est qu’un symptôme. Elle révèle une pathologie plus ancienne : la difficulté de la France à se décoloniser mentalement.
Sous la République, le regard colonial a simplement changé de costume. On ne parle plus de “mission civilisatrice”, mais de “valeurs républicaines”. On ne brandit plus le drapeau tricolore au Sahara, mais on impose un récit qui hiérarchise encore les peuples et les cultures.

 L’anti-algérianisme, lui, est devenu une obsession d’État. Qu’il s’agisse des restrictions de visas, des insultes diplomatiques, ou des campagnes médiatiques, tout concourt à entretenir un rapport de mépris et de supériorité.
Et pendant que les plateaux télé accusent “les jeunes d’origine algérienne”, personne ne s’interroge sur les causes profondes : exclusion, discriminations, ghettos, mémoire falsifiée.

Le racisme structurel français n’est pas une dérive ; il est un pilier du système.
Il alimente la peur pour justifier le contrôle, légitime la répression pour masquer l’échec social, et maintient les citoyens dans un état de sidération face à des “ennemis imaginaires”.

Les vrais voleurs sont en costume

Pendant qu’on désigne un Algérien présumé voleur de tableaux, d’autres pillent la culture mondiale depuis leurs bureaux dorés. Rappelons-le : Jean-Luc Martinez, ex-directeur du Louvre, a été mis en examen pour trafic d’antiquités et blanchiment en bande organisée.
Des œuvres égyptiennes, syriennes, libyennes ont été illégalement acquises sous sa direction.
Mais qui en parle ?
Aucune émission, aucun grand titre ne lui colle l’étiquette de “criminel culturel”.

Rien sur la directrice et sa responsable de la sécurité ? Les manquements sont majeurs, massifs, et elles sont toujours en poste. Quand va-t-on enfin en France donner les postes pour une compétence et pas par idéologie ? Pour un sexe ou par copinage ? Car c'est tout le pays qui s'effondre devant nous en ce moment.

Pourquoi ? Parce que le pillage, quand il est européen, devient “commerce d’art”.
Parce que le vol, quand il est colonial, se transforme en “patrimoine universel”.
Et parce que, dans la tête de certains, l’Algérien reste toujours celui qu’on accuse, jamais celui qu’on écoute.

Le vol le plus grave : celui de la vérité

L’affaire du Louvre n’est pas un simple fait divers : c’est un miroir.
Un miroir tendu à une France qui se croit toujours au-dessus du monde, mais qui sombre dans la manipulation et le mensonge.
Un miroir qui révèle la stratégie d’un pouvoir politique et médiatique en quête de boucs émissaires pour masquer sa propre décadence morale.

À force de travestir les faits, de criminaliser des peuples entiers, et de rejouer les vieux réflexes coloniaux, la France moderne perd ce qu’elle prétend défendre : la liberté, l’égalité et la vérité. Pauvre petit pays, déclassé, et qui se croit encore le phare du monde, merci pour la leçon, puissions-nous en tirer les conséquences !

Alors oui, il faut le dire haut et fort : le plus grand vol, ce n’est pas celui d’un tableau du Louvre, mais celui de la vérité — volée par les médias, maquillée par la politique, et enterrée sous les mensonges d’un empire qui ne se remet toujours pas de sa chute.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/                                        

 


Israël–Palestine : le réalisme devient le masque du renoncement moral de la Colonisation

 

Sous couvert de lucidité politique, certains discours sur le conflit israélo-palestinien substituent à la justice une morale de la force. En opposant un Israël “du réel” à des Palestiniens “du mythe”,  un média reconduit un vieux schéma colonial : celui où la puissance fait vérité et la mémoire du vaincu devient suspecte. Une lecture critique de ce “réalisme” tragique qui naturalise l’injustice.

Le faux réalisme, ou la morale de la force

Certains médias de l’extrême droite, présentent le conflit israélo-palestinien comme la rencontre entre le mythe et le réel : Israël serait parvenu à transformer son destin biblique en puissance politique, tandis que les Palestiniens se consumeraient dans la défaite et la revanche. Cette vision, en apparence lucide, relève en réalité d’un darwinisme politique : seule la victoire donnerait sens à l’histoire.

Ce “réalisme” ne constate pas le réel, il le fabrique : il justifie la domination au nom de la maturité historique. En valorisant la force comme principe fondateur, il recycle une rhétorique coloniale bien connue : celle qui oppose la raison du conquérant à la passion du colonisé.

L’histoire moderne n’est pas le règne de la fatalité

Si l’histoire ne se réduit pas au bien, elle ne saurait non plus se réduire à la loi du plus fort. Le droit international, né des ruines de 1945, a précisément été conçu pour briser cette logique. La Charte de l’ONU, les Conventions de Genève et la Déclaration universelle des droits de l’homme sont des garde-fous contre la barbarie du “réalisme tragique”.

Les résolutions 242, 338 et 2334 rappellent l’illégalité de l’occupation israélienne ; la résolution 194 consacre le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ces textes ne sont pas des symboles moraux : ils expriment la volonté politique des nations de soumettre la force au droit. Refuser ce cadre au nom du réalisme, c’est légitimer la loi de la jungle — pas celle de l’histoire.

Une asymétrie effacée

La presse prétend analyser deux mythes symétriques. Mais dans la réalité, cette symétrie n’existe pas. D’un côté, un État souverain, technologiquement et militairement dominant, soutenu par les grandes puissances ; de l’autre, un peuple dispersé, assiégé, fragmenté, vivant sous occupation ou exil.

Amnesty International, Human Rights Watch et B’Tselem décrivent ce système comme un régime d’apartheid. Réduire cette réalité à une opposition psychologique — entre peuple du réel et peuple du mythe — revient à effacer la violence structurelle qui la fonde.

Les Palestiniens ne s’enferment pas dans le mythe : ils sont enfermés dans un réel qui les nie.

L’illusion d’un Israël “sorti du mythe”

La presse Française glorifie Israël comme le peuple “revenu au réel”. Pourtant, Israël n’a jamais cessé de mobiliser son propre mythe fondateur,  celui de la Terre promise et du peuple élu, pour légitimer une entreprise d’appropriation territoriale.

Le paradoxe est clair : ce qui est loué comme mémoire chez le fort devient pathologie chez le faible.
Le mythe du “retour juif” est consacré comme acte fondateur ; celui du “retour palestinien”, disqualifié comme nostalgie.
Cette asymétrie symbolique reproduit la hiérarchie politique : la mémoire d’Israël fait loi, celle de la Palestine devient soupçon.

C’est là que le prétendu “réalisme” s’effondre : il ne décrit pas le monde, il hiérarchise les légitimités.

Le droit comme réalité, non comme illusion

Sortir du religieux pour “retrouver le politique”, dit  un média  Mais c’est précisément ce que font les Palestiniens en s’appuyant sur les instruments du droit international : recours à la CPI, reconnaissance diplomatique, mobilisations pacifiques. Rien là d’un repli mythique — tout d’une affirmation du réel.

Le droit n’est pas un rêve : c’est la condition d’un monde vivable. Sans lui, la force devient son propre juge. Faire du vainqueur la mesure de l’histoire, c’est transformer la tragédie en système.

La véritable maturité politique

La maturité ne réside pas dans la puissance, mais dans la capacité à reconnaître la souffrance de l’autre. La grandeur d’Israël viendra peut-être un jour de ce courage : reconnaître que la sécurité ne se construit pas sur la négation d’un peuple.

Quant à l’Europe, si elle veut rester fidèle à son héritage moral, elle ne peut se réfugier dans le cynisme de la “tragédie historique”. Le réalisme véritable, comme l’écrivait Raymond Aron, n’est pas de se soumettre au fait, mais d’en tirer la responsabilité.

Croire encore à la justice, ce n’est pas s’enfermer dans le mythe, c’est refuser la résignation.

Quant à moi, comme je reste tout à fait partisan de la notion de guerre des civilisations comme moteur de la grande histoire, je me réjouis des défaites renouvelées de la civilisation sioniste qui, est construite selon moi sur de faux principes et doit disparaitre comme idéal, projet et religion. Le plus tôt sera le mieux pour le vrai bonheur de l'humanité.

« L’histoire ne s’écrit pas selon les droits mais selon les forces »

Quels droits ? Quelle universalité ?, sinon le droit à survivre !
Les Palestiniens forment une  communauté marquée par la résilience. A l’opposé, beaucoup de nations du monde occidental baignent dans un confort générant manque de lucidité, oubli du passé, lâcheté confortable.

Toute "morale" concerne l'ensemble des prescriptions relatives aux actions permises oui interdites, encouragées ou désapprouvées, dans une société, et plus généralement parmi les hommes ; "avoir des devoirs" envers quelque chose ou quelqu'un fait partie de l'ensemble de ces prescriptions, sinon je ne vois vraiment pas ce que ça pourrait être : au reste tout "jugement de valeur", c'est-à-dire tout jugement portant sur ce qui doit être, ce que l'on doit faire, ressortit bien entendu à la morale.

Ce qui me semble masturbatoire, et incompréhensiblement du reste, c'est prétendre dans un même élan que l'on doive faire des choses, se comporter d'une certaine façon, en vertu d'une certaine ligne de conduite acceptée envers son prochain, et que cela n'a rien à voir avec une quelconque morale.
Là vraiment, j'en reste baba, ou alors nous ne conférons absolument pas le même sens aux mots que nous utilisons.

 

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 


Israël nourri le sophisme démographique du déni

 

Alors que les destructions à Gaza atteignent un niveau sans précédent, un discours se répand pour nier le caractère génocidaire de cette guerre : la population croîtrait, donc il n’y aurait pas volonté d’extermination.
Ce raisonnement, sous couvert d’objectivité, relève du déni politique et moral. Il faut en dévoiler la logique

Parler de Gaza aujourd’hui, c’est affronter une guerre des mots plus impitoyable encore que celle des bombes. À mesure que les ruines s’accumulent, un autre champ de bataille se déploie : celui du langage.
D’un côté, les faits des milliers de morts, des hôpitaux rasés, des enfants amputés, une population affamée. De l’autre, un discours qui tente d’enrayer la compassion, de refroidir les consciences, en habillant la violence d’arguments démographiques et moraux.

Ainsi entend-on dire qu’il ne saurait y avoir génocide puisque la population de Gaza continue de croître. Ce raisonnement, à la fois glacial et cynique, relève d’un sophisme politique : confondre le résultat statistique avec l’intention criminelle.

Un sophisme d’État

Le droit international est limpide : selon la Convention de 1948, le génocide se définit par l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un peuple, non par le nombre final de survivants.
Ce n’est pas la démographie qui fonde le crime, mais la volonté de l’effacement.
On peut massacrer, affamer, déporter, priver d’eau, de soins et d’avenir tout un peuple, sans pour autant en “réussir” la destruction totale.
La croissance démographique n’est donc pas la preuve d’une absence de génocide, mais souvent la résistance d’un peuple à son anéantissement.

Réduire l’histoire de Gaza à une courbe de natalité, c’est nier la mort dans sa dimension humaine et politique.
C’est transformer la survie en argument contre la souffrance.
Une telle froideur statistique ne relève pas de la raison, mais du déni.

L’inversion morale : du bourreau à la victime

À ce sophisme s’ajoute une inversion perverse des rôles :
les civils palestiniens deviennent complices de leur propre destruction, tandis que l’armée qui bombarde les hôpitaux se pare des vertus de la défense légitime.
C’est un vieux mécanisme colonial : présenter la violence de l’occupant comme une réponse à la barbarie du colonisé.

On accuse les Palestiniens “d’utiliser leurs enfants comme boucliers humains” — manière commode d’expliquer pourquoi ces enfants meurent sous les bombes.
Cette phrase, répétée à satiété, ne dit pas la vérité : elle la neutralise.
Elle déplace la culpabilité, lave les mains de l’agresseur, et transforme chaque victime en preuve de sa propre faute.

Le féminisme instrumentalisé

Autre ruse du discours du déni : feindre de s’émouvoir du sort des femmes palestiniennes.
On accuse le Hamas d’imposer la natalité, d’enfermer les femmes dans la maternité, comme si la critique de l’islamisme suffisait à effacer les bombes.
Mais cette compassion sélective n’a rien de féministe : c’est un féminisme d’occupation, qui utilise le corps des femmes pour justifier la guerre.

Depuis la colonisation de l’Algérie, ce procédé est bien connu : “libérer” les femmes pour mieux dominer leur peuple.
Sous couvert de modernité, on perpétue la hiérarchie coloniale entre “eux” et “nous”.
Ce n’est pas la liberté qu’on défend, mais le droit de parler à la place de celles qu’on réduit au silence par la destruction.

Réécrire l’histoire pour effacer le crime

Ces récits d’apparence érudite se nourrissent aussi d’un révisionnisme tranquille.
En expliquant que les réfugiés palestiniens seraient une invention des régimes arabes, on nie la Nakba de 1948  l’expulsion de plus de 700 000 Palestiniens lors de la création d’Israël.
On efface la dépossession, la spoliation des terres, l’exil forcé.
On réduit un peuple à une anomalie statistique, une variable régionale.

Ce n’est pas une erreur d’histoire : c’est une stratégie d’effacement.
On ne nie pas seulement les morts, on nie la mémoire.

Les chiffres comme anesthésie morale

La froideur des données démographiques agit comme un anesthésiant.
On ne parle plus de visages ni de familles, mais de “croissance” et de “taux de fécondité”.
C’est la langue technocratique du meurtre : celle qui transforme le charnier en tableau Excel.

Pourtant, les chiffres qu’on brandit ne peuvent masquer le réel :
plus de 35 000 morts, selon les estimations onusiennes, des centaines de milliers de blessés, des quartiers rayés de la carte.
Et au-delà des corps, la destruction d’un peuple dans ce qui fonde sa continuité son territoire, ses infrastructures, sa mémoire.
C’est cela, un génocide moderne : la destruction méthodique des conditions de vie.

La paix comme prolongement de la domination

Enfin, ces textes appellent à une “paix” fondée sur la démilitarisation et la tutelle.
Autrement dit, une paix sans souveraineté.
Une paix où Gaza serait gérée, surveillée, encadrée un espace sans peuple, une cage humanitaire.
C’est la paix coloniale, celle des dominants : la paix de la reddition.

Mais sans justice, il n’y a pas de paix et sans reconnaissance du droit des Palestiniens à vivre libres sur leur terre, il n’y aura que la répétition du désastre.

Nommer pour ne pas trahir

Il ne s’agit pas ici de faire de la rhétorique, mais de vérité. Nommer le génocide, ce n’est pas un acte militant, c’est un acte de lucidité.
Le nier, c’est participer à sa perpétuation.
Parce qu’à Gaza, ce n’est pas la démographie qui parle : c’est la volonté d’effacement.
Et tant que cette volonté persistera, chaque mot de déni ajoutera une pierre au tombeau de la justice.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/

 


Rappeler Gaza à la conscience

Tandis que la guerre de Gaza s’enlise dans la destruction et l’impunité, certains discours prétendument « critiques » d’Israël continuent de centrer toute l’analyse sur les états d’âme de Tel-Aviv et de Washington. Sous couvert de lucidité politique, ils relèguent les Palestiniens au silence, transformant leur agonie en simple décor d’une tragédie israélo-américaine.
Cet article démonte la mécanique rhétorique d’un texte publié sur un site israélien, un condensé de mépris, de cynisme et d’aveuglement et dénonce l’indécence d’une parole publique qui instrumentalise la douleur des uns pour effacer celle des autres.

Un texte qui parle de Gaza sans jamais parler des Gazaouis

« Il n’y a pas de guerre juste quand la compassion est sélective. Quand les morts de l’un deviennent l’excuse pour ignorer les morts de l’autre, il ne reste plus de morale, seulement le vacarme des bombes et le silence des consciences


L’article initial se présente comme une analyse politique sérieuse sur l’accord de Trump et la fin supposée du conflit. En réalité, il ne parle pas de Gaza, mais d’Israël.
Les Palestiniens n’existent que comme décor ou menace : « le Hamas », « la population de Gaza », « les hostilités ». Aucun visage, aucun nom, aucun cri.

Mais même lorsqu’il se veut critique, ce discours ne quitte jamais le centre gravitationnel d’Israël.
Il se regarde parler de lui-même, fasciné par ses propres fractures : Netanyahou contre ses ministres, les “faucons” contre les “modérés”, les “serfs” du pouvoir contre les “lucides” de la société civile. Tout y est question d’Israël, de son âme, de sa survie, de sa morale — jamais des Palestiniens comme peuple à part entière, encore moins comme sujet politique légitime.
Les Gazaouis n’existent qu’à travers la lentille de ce narcissisme national : objets de sécurité, variables de négociation, menaces démographiques ou dommages collatéraux.

Israël inventera un prétexte pour rompre le cessez-le-feu… Israël pense que les Arabes ont suffisamment de territoire.”

cette phrase, apparemment lucide, illustre la contradiction morale du texte : elle reconnaît le projet d’expansion coloniale sans jamais le ressentir comme une injustice humaine.
C’est une lucidité sans compassion — un savoir froid, sans responsabilité.
Le narrateur voit le mal, mais il ne le pleure pas. Il décrit la mécanique du pouvoir israélien avec cynisme, sans jamais regarder les visages qu’elle broie.
Ainsi, même la critique se fait dans le langage du dominant : on dénonce la folie stratégique de Netanyahou, mais non la tragédie humaine de Gaza.
C’est la limite tragique d’une parole qui se veut morale mais qui reste enfermée dans le miroir de sa propre nation : une conscience sans altérité.

La douleur d’un peuple transformée en bouclier moral

Les commentaires publiés sous l’article dévoilent un ressort émotionnel plus profond : la monopolisation de la souffrance.
Les crimes du 7 octobre  supposés réels, atroces, inacceptables  deviennent un capital moral absolu, utilisé pour neutraliser toute critique du massacre de Gaza.

Vous pensez que le Hamas est une bande de combattants de la liberté…”

La phrase résume une logique implacable : qui pleure Gaza est complice du terrorisme.
Dans cette rhétorique, la compassion devient suspecte. L’empathie se transforme en trahison.
Le deuil israélien, légitime et nécessaire, se mue ainsi en arme discursive. On ne le partage plus : on l’impose. Et quiconque rappelle qu’à Gaza aussi, des enfants meurent, est accusé d’insensibilité ou d’hostilité.
C’est le triomphe d’une morale sélective, où l’émotion ne guérit plus, mais tue une seconde fois par effacement.

Quand le cynisme politique remplace la compassion

Les passages sur Trump, Netanyahou et Kushner ajoutent à cette indécence : au milieu du sang et des ruines, le texte disserte sur les rivalités d’influence, sur les manœuvres immobilières à Gaza, sur les ambitions électorales américaines.
Cette juxtaposition du drame et du calcul — des morts d’enfants face à des spéculations immobilières — révèle le stade ultime de la déshumanisation : le commerce de la guerre devient plus concret que ses victimes.
L’émotion est remplacée par la stratégie, la honte par la realpolitik.
Ce cynisme n’est pas seulement choquant : il est dangereux. Car il prépare l’opinion à accepter la barbarie comme une fatalité, et l’injustice comme un prix nécessaire.

Trump va doucement comprendre ce que la planète sait déjà depuis longtemps : dans la mesure ou l'objectif d'Israël n'est pas de vivre en paix à côté de la Palestine mais bien d'effacer la Palestine, toute recherche de paix sincère reviens à tordre le bras d'Israël. Bien entendu Bibi n'à que faire des otages mais cela tout le monde le sait : on ne bombarde pas ses otages quand on veut les récupérer en vie.

Le silence comme arme : effacer Gaza du langage

L’une des violences les plus profondes de ce texte, et de tant d’autres, réside dans le choix des mots.
“Opérations”, “cesser-le-feu”, “accord”, “réaménagement”… autant de termes neutres, aseptisés, qui dissimulent des massacres. Ce langage bureaucratique de la guerre ne décrit pas : il anesthésie.
En niant la dimension humaine du désastre, il rend le monde complice du silence.
Chaque mot mal choisi devient un écran entre la réalité et notre conscience.
C’est ainsi que l’on fabrique l’indifférence : non pas en niant la mort, mais en la rendant abstraite.

Conclusion – Pour une morale sans frontières

Instrumentaliser la souffrance israélienne pour effacer celle de Gaza, c’est commettre une double trahison : envers les victimes israéliennes, dont la mémoire est utilisée comme alibi et envers les victimes palestiniennes, condamnées à mourir deux fois sous les bombes, puis dans l’oubli.

les otages ont pu vivre la vie des Palestiniens pendant quelques mois... ils pourront témoigner des atrocités qu'ils ont subies de l'armée israélienne qui a essayé par tous les moyens de les assassiner et de les supprimer, en ayant aucune pitié pour leurs propres ressortissants. Une partie des otages libérés au début avaient d'ailleurs commencé à presque tresser des louanges à leurs geôliers, les prenant mêmes dans leurs brais en partant!

On se souvient des images qu'Israël ne voulait surtout pas qu'on voie. Comme quoi...

Game Over pour Israël dans cette guerre: la terre entière a pu voir tous les crimes qu'ils commettent, et ils n'ont aucune victoire militaire sur 7 fronts où ils se sont pris à chaque fois une défaite, avec des milliers de soldats neutralisés facilement. Que des meurtres de civils innocents, personne n'écoute plus leurs arguments.

Aucune paix ne peut naître d’une telle asymétrie morale.
Aucune réconciliation n’est possible tant que la compassion restera sélective.
Pleurer les uns n’exige pas d’oublier les autres.
Car si l’humanité doit encore signifier quelque chose, c’est dans la capacité de regarder la souffrance sans lui donner de drapeau.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/