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Le réarmement des autres est une vertu. Celui de l'Algérie deviendrait un scandale.

Le faux raisonnement : faudrait-il donc attendre les bombes pour construire une armée ?

Il existe une catégorie d'articles dont le véritable sujet n'est jamais celui annoncé par le titre. On croit lire une réflexion sur les dépenses militaires ; on découvre, en réalité, un exercice plus ancien, plus confortable et surtout plus révélateur : expliquer pourquoi certains États auraient naturellement le droit de se préparer à la guerre quand d'autres devraient presque s'excuser de vouloir préparer la paix.

L'article du journal le Point consacré au budget militaire algérien appartient précisément à cette famille d'écrits où le commentaire géopolitique se déguise en évidence morale. Tout commence par une phrase conçue pour produire un réflexe pavlovien : « deuxième armée la plus coûteuse du monde pour un pays qui n'est pas en guerre. » Voilà l'accroche. Voilà le verdict. Le procès est déjà instruit avant même que le lecteur ait ouvert le dossier.

À première vue, la formule paraît frappée au coin du bon sens. Elle est surtout frappée au coin d'un raccourci intellectuel. Car enfin, depuis quand une armée se construit-elle une fois les combats commencés ? Depuis quand la stratégie consiste-t-elle à attendre que les premiers missiles tombent pour découvrir qu'il aurait peut-être fallu former des équipages, entretenir des chaînes logistiques, moderniser les systèmes de défense aérienne ou renouveler une flotte vieillissante ?

Il existe des sophismes si séduisants qu'ils finissent par passer pour des évidences. Celui-ci est de la famille des plus paresseux : « L'Algérie n'est pas en guerre ; pourquoi dépense-t-elle autant pour son armée ? » La phrase est courte, efficace, presque irrésistible. Elle tient dans un titre. Elle ne résiste pourtant pas à cinq minutes de réflexion.

À ce compte-là, pourquoi assurer sa maison avant l'incendie ? Pourquoi financer les pompiers lorsqu'aucune forêt ne brûle ? Pourquoi entretenir une digue tant que la mer demeure calme ? Pourquoi vacciner avant l'épidémie ? Le principe est toujours le même : la prévoyance paraît inutile… jusqu'au jour où son absence coûte infiniment plus cher.

Une armée moderne n'est pas une réaction ; elle est une anticipation. Les doctrines contemporaines de défense reposent sur la dissuasion, la préparation et la crédibilité. Former des pilotes, entraîner des équipages, renouveler des équipements ou bâtir une industrie de défense exige des années, parfois des décennies. Imaginer qu'un État puisse improviser sa sécurité au premier jour d'un conflit relève moins de la stratégie que de la fiction.

Le plus étonnant est que ceux qui tiennent aujourd'hui ce raisonnement n'oseraient jamais l'appliquer aux pays dont ils célèbrent pourtant le réarmement.

Le double standard : quand la géographie change aussi la morale

Depuis 2022, le mot d'ordre est devenu le même dans presque toutes les capitales européennes : réarmer. Berlin débloque des sommes exceptionnelles, Varsovie augmente fortement ses crédits militaires, Paris renforce sa programmation, les pays nordiques accélèrent leurs acquisitions. Les mêmes décisions sont saluées comme des preuves de lucidité stratégique, de responsabilité politique et d'anticipation face à un environnement international dégradé.

Personne ne s'indigne que ces États investissent sans être directement en guerre sur leur territoire. Personne ne réduit leurs choix à une lubie militariste. Au contraire, la préparation est érigée en vertu.

Puis vient l'Algérie. Et soudain, la règle change.

Les mêmes mécanismes de dissuasion deviennent suspects. Les mêmes investissements deviennent excessifs. Les mêmes arguments cessent d'être recevables. Ce qui était présenté comme une nécessité pour les uns devient une anomalie pour les autres.

Il ne s'agit plus d'une différence d'analyse. Il s'agit d'une différence de traitement.

Cette géométrie variable est révélatrice. Les principes ne changent pas ; seuls les acteurs changent. Ce n'est donc pas la logique stratégique qui est contestée, mais la légitimité de celui qui l'applique.

L'ironie est mordante : l'Europe explique depuis des années que la paix se protège par la force de la dissuasion. Mais lorsque cette même logique est revendiquée par un État du Sud, certains découvrent subitement les vertus d'un pacifisme budgétaire dont ils ne se réclament jamais lorsqu'il s'agit de leurs propres gouvernements.

Le véritable enjeu : ce qui dérange n'est pas le budget, mais la souveraineté

Le débat dépasse largement les chiffres. Les budgets militaires sont discutables, comme toutes les politiques publiques. Ils peuvent être critiqués, comparés, évalués. C'est le propre d'une démocratie.

Mais encore faut-il appliquer les mêmes critères à tous.

Or, ce que révèle cette controverse, c'est une difficulté plus profonde : accepter qu'un État non occidental définisse lui-même ses priorités stratégiques, modernise son outil de défense et affirme son autonomie sans que ces choix soient immédiatement interprétés à travers le prisme de la suspicion.

L'Algérie n'évolue pas dans un vide géopolitique. Elle partage des frontières avec une région marquée par des crises prolongées, des trafics transfrontaliers, des groupes armés et des recompositions sécuritaires majeures. On peut débattre du niveau de ses dépenses ; on ne peut sérieusement prétendre que son environnement stratégique serait exempt de risques.

La véritable question est ailleurs : pourquoi le droit d'anticiper serait-il universel lorsqu'il s'exerce à Paris, Berlin ou Varsovie, mais discutable lorsqu'il s'exerce à Alger ?

À cet instant, le débat cesse d'être militaire. Il devient politique. Il révèle une hiérarchie implicite des souverainetés, où certains États seraient spontanément jugés responsables lorsqu'ils renforcent leur défense, tandis que d'autres devraient constamment justifier l'exercice d'un attribut pourtant élémentaire de leur indépendance.

C'est précisément cette hiérarchie qu'il convient de contester.

La souveraineté ne se sollicite pas. Elle ne se négocie pas dans les colonnes d'un éditorial. Elle s'exerce. Une armée crédible ne garantit pas qu'un conflit n’éclate jamais. Elle augmente les chances qu'un adversaire y renonce. C'est le principe même de la dissuasion.

Au fond, la polémique n'a peut-être jamais porté sur le montant d'un budget militaire. Elle révèle surtout une difficulté persistante à regarder l'Algérie comme un acteur stratégique à part entière, capable de définir lui-même ses intérêts et les moyens de les défendre.

Et c'est sans doute là que réside le véritable malaise : non dans l'existence d'une armée moderne, mais dans l'idée qu'elle puisse être le fruit d'une souveraineté pleinement assumée.

À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/       A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 

Trump prétend pouvoir négocier mieux. Le problème est simple : il doit aujourd’hui réparer ce qu’il a lui-même cassé.

Donald Trump promet un accord nucléaire avec l’Iran « meilleur » que celui de 2015. Il se retrouve face à un Iran plus puissant, plus méfiant et moins enclin aux concessions.  

Le grand retour du démolisseur

Donald Trump revient sur le dossier nucléaire iranien avec une promesse familière : obtenir un accord « bien meilleur » que celui signé sous Barack Obama. L'affirmation a de quoi surprendre. Car l’homme qui se présente aujourd’hui comme l’artisan d’une solution est aussi celui qui, en 2018, a méthodiquement détruit l’accord existant.

L'histoire ressemble à celle d'un entrepreneur qui dynamite un pont parfaitement fonctionnel avant de revenir quelques années plus tard expliquer qu'il est le mieux placé pour le reconstruire. Le problème n'est pas le manque d'audace. C'est le manque de mémoire.

Un accord imparfait, mais efficace

L'accord de 2015 n'était pas parfait. Aucun compromis international ne l'est.

Mais après vingt mois de négociations impliquant les États-Unis, les Européens, la Russie, la Chine et l'Iran, il avait au moins atteint un objectif essentiel : limiter strictement le programme nucléaire iranien et instaurer un système de contrôle sans précédent.

Puis Donald Trump a décidé de le déchirer.

Au nom de la « pression maximale », Washington a rétabli les sanctions et promis que Téhéran finirait par céder.

Huit ans plus tard, le constat est cruel : le régime iranien est toujours là.

En revanche, la confiance a disparu, les tensions se sont aggravées et le programme nucléaire iranien est devenu plus avancé qu'au moment où l'accord a été abandonné.

Une victoire stratégique dont les résultats restent désespérément invisibles.

Le paradoxe Trump

C'est toute l'ironie de la situation Donald Trump cherche aujourd'hui à obtenir davantage de concessions auprès d'un Iran plus puissant qu'en 2015. Il veut négocier un meilleur accord avec moins de crédibilité.

Car une question demeure : pourquoi Téhéran ferait-il confiance à Washington ?

Pourquoi signer un engagement présenté comme durable quand un changement politique à la Maison-Blanche peut suffire à le réduire en miettes ?

La diplomatie repose sur la confiance autant que sur le rapport de force. Or le retrait américain de 2018 a profondément fragilisé les deux.

Quand le slogan remplace la stratégie

Le trumpisme aime se présenter comme une école du réalisme. Pourtant, sur le dossier iranien, il a souvent privilégié le coup d'éclat à la patience diplomatique, la communication à la stratégie et l'affichage politique à la continuité de l'État. Le résultat est saisissant : Washington tente aujourd'hui de reconstruire ce qu'il avait présenté hier comme une catastrophe.

Le fameux « meilleur accord » promis depuis des années ressemble de plus en plus à une tentative de recréer, sous un autre emballage, ce qui existait déjà avant sa destruction.

Une décennie perdue

C'est peut-être là le véritable bilan de cette séquence. Après avoir vendu la rupture comme un acte de force historique, Donald Trump découvre qu'il est infiniment plus difficile de bâtir que de démolir.

S'il obtient un accord, son succès sera jugé à sa capacité de restaurer une stabilité qui existait déjà avant son retrait.

Autrement dit, après des années de tensions, de sanctions et de démonstrations de force, le plus grand exploit diplomatique du président américain pourrait être de revenir au point de départ. Une décennie perdue pour apprendre une leçon pourtant élémentaire : en diplomatie comme ailleurs, casser est facile. Réparer l'est beaucoup moins.

 

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CRINK : quand l'Occident découvre enfin ce que signifie la concurrence:

Panique dans les beaux quartiers de l'Empire.

Les éditorialistes de garde ont trouvé leur nouveau croque-mitaine : le « CRINK ». Chine, Russie, Iran, Corée du Nord. Rien que le nom sonne comme une marque de pesticide ou une maladie tropicale. C'est parfait : avant même de réfléchir, le lecteur doit déjà ressentir une légère démangeaison géopolitique.

Le scénario est connu. Depuis la chute de l'Union soviétique, l'Occident se considérait comme le propriétaire officiel de la planète. Les États-Unis géraient la sécurité, l'Europe distribuait les certificats de moralité, les marchés financiers écrivaient les commandements, et le reste du monde était prié d'applaudir.

Puis un problème est apparu.

Les autres existent.

Quelle impolitesse.

Voilà que des puissances refusent désormais d'occuper éternellement le rôle de figurants dans un film écrit à Washington. Et cette simple idée déclenche chez certains chroniqueurs la même angoisse qu'un aristocrate de 1788 découvrant que les domestiques savent lire.

Le plus drôle est cette manière de présenter l'ordre occidental comme un phénomène naturel. Une sorte de climat géopolitique. Une évidence. Une gravité terrestre.

L'hégémonie américaine ? La stabilité.

Les sanctions économiques ? La défense des valeurs.

Les guerres préventives ? La sécurité collective.

Les coups d'État soutenus à l'étranger ? La promotion de la démocratie.

Les bases militaires sur plusieurs continents ? La paix.

Mais que la Chine finance ses partenaires, que la Russie cherche des alliés ou que l'Iran défende ses intérêts régionaux, et soudain les éditorialistes voient surgir les quatre cavaliers de l'Apocalypse chevauchant des missiles nucléaires.

La règle est simple : quand l'Occident avance ses pions, c'est l'ordre mondial ; quand les autres bougent les leurs, c'est le chaos.

Une merveille de cohérence.

On nous explique que Pékin soutient une « économie de guerre ».

Émouvant.

Les mêmes pays qui consacrent des centaines de milliards aux dépenses militaires, exportent des armes aux quatre coins du globe et transforment chaque conflit en salon professionnel pour industriels de la défense découvrent soudain les vertus du pacifisme.

Les marchands de canons organisent désormais des conférences sur les dangers du bruit.

L'ironie atteint même des sommets himalayens lorsqu'il est question de libre-échange.

Pendant quarante ans, l'Occident a expliqué à la planète entière que la concurrence était une loi sacrée.

Puis la Chine est devenue compétitive.

Et là, miracle.

Les apôtres du marché libre ont commencé à dresser des barrières douanières avec l'énergie de castors sous amphétamines.

Les champions du libéralisme réclament désormais des protections.

Les défenseurs de la mondialisation découvrent les vertus du patriotisme économique.

Les prêtres du libre-échange deviennent soudain douaniers. On dirait un végétarien surpris en train de dévorer un sanglier. Le véritable sujet n'est pourtant ni la Russie, ni l'Iran, ni la Corée du Nord, ni même la Chine.

Le sujet est la panique existentielle d'une élite qui confond depuis longtemps ses intérêts avec ceux de l'humanité entière.

Depuis des décennies, les puissances occidentales parlent de « communauté internationale » comme Louis XIV parlait de l'État.

Avec le même sous-entendu.

« La communauté internationale, c'est nous. »

Le reste du monde est toléré à condition de voter correctement. Or voici qu'une partie croissante de la planète refuse de jouer ce rôle décoratif.

Là réside la véritable source d'angoisse. Car ce qui vacille aujourd'hui n'est pas l'ordre mondial. C'est le monopole occidental sur la définition de cet ordre.

Les éditorialistes peuvent bien invoquer les périls, les menaces, les axes du mal recyclés et les acronymes anxiogènes.

Derrière la fumée des grands discours, on distingue surtout une vieille puissance qui regarde le miroir de l'Histoire et découvre une vérité désagréable.

Le monde n'est plus son domaine privé.

Et il n'existe rien de plus insupportable pour un hégémon que de devoir vivre sous les règles qu'il imposait aux autres.

Voilà le scandale.

Voilà la tragédie.

Voilà le véritable « danger pour la stabilité internationale ».

Les maîtres du jeu découvrent enfin ce que signifie avoir des adversaires.

A.T

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A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le Makhzen en charge : autopsie d’un pamphlet anti-algérien

Sous couvert d’analyse sportive et géopolitique, un texte violemment hostile à l’Algérie a récemment circulé, franchissant toutes les lignes rouges : amalgames, mensonges, pathologisation d’un peuple entier. Cette tribune démonte méthodiquement un discours de haine qui ne dit rien de l’Algérie, mais beaucoup de ceux qui l’emploient.

Il y a des textes qui ne méritent pas le débat mais la mise à nu. Celui qui circule actuellement à propos de l’élimination de l’équipe d’Algérie à la CAN n’est ni une analyse sportive, ni une réflexion politique, ni même une opinion argumentée. C’est un pamphlet de ressentiment, un déferlement de mépris, un exercice de déshumanisation collective qui utilise le football comme alibi.

Derrière une indignation feinte se cache une réalité beaucoup plus simple : la haine a remplacé la pensée.

Des mensonges répétés ne deviennent pas des faits

Le texte empile des accusations graves sans jamais s’embarrasser de preuves : violences généralisées, complots internationaux, sanctions américaines ciblées, chaos diplomatique permanent. Tout y passe, sans source, sans rigueur, sans vérification.
Ce procédé est connu : répéter une contre-vérité jusqu’à lui donner l’apparence du réel.

En réalité, ce texte ne décrit pas des faits, il fabrique un récit. Un récit où l’Algérie est coupable par essence, où chaque incident devient une confirmation, et où toute contradiction est balayée comme faisant partie du “complot”.

Ce n’est pas de l’analyse. C’est de la propagande émotionnelle.

L’amalgame comme méthode, l’insulte comme conclusion

À aucun moment l’auteur ne distingue : des supporters de tout un peuple, des journalistes de millions de citoyens, des plateaux télévisés d’un État, des émotions sportives d’une trajectoire historique. Tout est volontairement confondu. Pourquoi ?
Parce que l’amalgame est indispensable à la stigmatisation. Sans lui, le discours s’effondre.

Ce n’est plus “certains supporters”, mais “les Algériens”.
Ce n’est plus “des débordements”, mais une “nature”.
Ce n’est plus un problème ponctuel, mais une “tare”.

On ne critique plus : on condamne collectivement.

La pathologisation d’un peuple : un seuil moral franchi

Le moment le plus abject du texte est atteint lorsque l’auteur évoque la psychiatrie, la schizophrénie collective, l’asile pour un peuple entier.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce vocabulaire n’est jamais innocent. Historiquement, il a toujours servi à retirer leur humanité à des groupes entiers, à les présenter comme irrationnels, dangereux, incurables.

C’est exactement le même mécanisme que l’on retrouve dans les pires pages de l’histoire politique moderne, simplement recyclé avec un vernis pseudo-géopolitique.

À partir de cet instant, toute prétention à la rationalité s’effondre.

Le football n’est pas un tribunal civilisationnel

Les violences de supporters existent sur tous les continents.
Les débordements existent dans les stades anglais, italiens, français, argentins, brésiliens.
Les nationalismes sportifs existent partout.

Mais seuls certains peuples sont sommés de s’expliquer comme s’ils étaient anthropologiquement défaillants.

Ce deux-poids-deux-mesures trahit moins un souci d’ordre public qu’un regard hiérarchisant, où certains pays auraient droit à l’excuse de la complexité, et d’autres seraient condamnés à la caricature.

La réputation du tempérament des Algériens était reconnue à travers le monde. Ils sont conscients que nous ne tolérons ni la fraude, ni l’irrespect. Ils ont exploité le stress, la colère et le langage corporel pour nous inciter à encaisser des cartons (jaunes, heureusement pas rouges !) et ils ont gagné la partie comme anticipé grâce au soutien de leur arbitre. C’est ce qu’on appelle de la truanderie dans le monde du sport. J’aurais parié sur la défaite de ma propre équipe, mais malheureusement même si elle affronte les meilleurs teams du monde, je choisirais l’Algérie en vainqueur!

Informez-vous sur le mode de vie de tous les arbitres africains impliqués dans des rencontres truquées suite à une compromission. Ils mènent une vie de princes malgré des retraites très modestes.

La presse du Makhzen ne parle pas de l’Algérie, il parle de ses obsessions

En réalité, l’Algérie n’est ici qu’un écran de projection. Cette presse texte parle : d’une obsession politique, d’un ressentiment régional, d’une incapacité à penser le voisin autrement que comme un ennemi, d’un besoin compulsif de disqualification morale.

Il ne cherche pas à comprendre, il cherche à humilier.
Il ne vise pas la vérité, mais la confirmation d’un préjugé.

La vraie faillite est intellectuelle

On peut critiquer un État. On peut critiquer des dirigeants.
On peut critiquer des médias. On peut même critiquer une culture politique.

Mais quand on commence à parler d’un peuple comme d’un corps malade, on a déjà perdu le débat.

Cette presse n’est pas courageuse. Elle est lâche, n’est pas lucide elle est caricaturale.
Elle n’est pas rationnelle. Elle est pulsionnelle.

Conclusion

L’Algérie n’a pas besoin de leçons de dignité de la part de ceux qui confondent colère et intelligence, critique et haine, analyse et injure.
Les peuples ne sont pas des maladies. Les nations ne sont pas des pathologies. Et le football n’est pas une excuse pour recycler les discours les plus méprisants.

Ceux qui prétendent incarner la raison feraient bien de commencer par se regarder dans le miroir de leurs propres excès.

Voilà exactement ce qui arrive lorsqu’on confie un événement sportif continental à un Etat voyou. La Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc restera dans l’histoire non pas pour le talent des joueurs ou la ferveur populaire, mais comme l’une des plus grandes impostures du football moderne, disait un journaliste algérien.

Dès le premier coup de sifflet, la messe était dite. Arbitrages scandaleux, décisions grossièrement orientées, fautes ignorées, buts refusés sans justification, pression manifeste sur les officiels. Cette CAN n’est pas une compétition, c’est une mise en scène. Une mascarade où la tricherie, la manipulation et la corruption  à la fois matérielle et morale s’étalent sans la moindre retenue, sous les yeux d’un public médusé."

A/Kader Tahri   chroniqueur engagé et observateur inquiet                                                                                                   « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme

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Algérie–Venezuela : Une comparaison paresseuse et l’Algérie face aux prophètes du déclin !

 


Ce que je trouve personnellement regrettable, c’est la tendance d’une partie non négligeable des intervenants sur les réseaux sociaux à formuler leurs opinions sur un mode purement affirmatif, comme s’ils détenaient des informations irréfutables ou avaient accès aux cercles réels de décision. Or, sauf exception, nous ne sommes ni dans le secret des coulisses ni au cœur des mécanismes de décision stratégique à haut niveau.

Cela ne signifie évidemment pas que le citoyen doive se taire : l’expression d’un avis sur les sujets d’actualité est non seulement légitime, mais nécessaire à la vie sociale et démocratique. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’analyses politiques, économiques ou géopolitiques, il serait sans doute plus rigoureux  et plus honnête intellectuellement  de recourir au conditionnel, plutôt que de présenter des hypothèses comme des certitudes.

On ne compare pas l’incomparable

Maduro a été destitué par ses généraux qui l’ont gentiment remis aux autorités américaines. Quant à l’action militaire ayant conclu sa chute, elle n’est qu’un écran de fumée auquel Trump, c’est son aptitude la plus criante "Nous sommes les meilleurs, nous avons les meilleures armes du monde", s’est employé à donner un relief particulier et spectaculaire.

Aussi, faut arrêter d’idéaliser un pays comme le Venezuela, 28 millions d’habitants quasi 10 millions d’expatriés. C’est un signe que ça ne va pas fort... SI on compare à l’Iran qui est aussi sanctionné (même plus, mais qui a réussi à créer une industrie et une économie, sans hémorragie de sa population)

Un pays fort défend ses intérêts par la force si nécessaire, ce n’est pas parce qu’on est devenu des lopettes peureuses en 

Il est devenu presque banal, sur les réseaux sociaux, d’énoncer des certitudes comme s’il s’agissait de vérités révélées. Nombre d’intervenants s’expriment sur l’Algérie avec un aplomb déconcertant, comme s’ils avaient accès aux salles de commandement du pouvoir mondial ou aux circuits réels de décision stratégique. Or, soyons honnêtes : nous commentons, nous interprétons, nous supposons. Nous ne savons pas. Et la première exigence intellectuelle devrait être là.

Que chacun donne son avis est non seulement légitime, mais indispensable à toute société vivante. Encore faut-il distinguer l’opinion de l’expertise, l’hypothèse du fait établi. À défaut, on glisse rapidement de l’analyse à la prophétie, du débat à la manipulation émotionnelle.

Depuis la crise vénézuélienne, une rengaine revient avec une constance suspecte : « l’Algérie suivra le même chemin ». Cette comparaison est non seulement paresseuse, elle est fausse. Le Venezuela et l’Algérie n’évoluent ni dans le même contexte social, ni dans la même architecture économique, ni dans la même configuration géopolitique ou militaire. Assimiler l’un à l’autre relève moins de l’analyse que du slogan anxiogène.

Plus inquiétant encore est ce récit selon lequel tous les maux de l’Algérie commenceraient en 2019, avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune. Comme si l’effondrement de pans entiers de l’économie, la corruption systémique, la captation de l’État par des réseaux mafieux et la dépendance structurelle aux hydrocarbures étaient des phénomènes récents. Cette lecture n’est pas seulement erronée : elle est intellectuellement malhonnête.

Le débat est d’autant plus biaisé qu’il se drape souvent d’un vernis idéologique. Or, soyons lucides : l’idéologie ne structure plus réellement le monde. Les exemples des États-Unis sous Trump ou de la France sous Macron démontrent que les grandes doctrines ont cédé la place à des logiques de pouvoir, d’intérêts et de rapports de force. Nous vivons une époque post-idéologique, dominée par des acteurs transnationaux dont l’ambition est moins de convaincre que de contrôler.

Qu’il s’agisse de grandes fortunes, de fonds d’investissement ou de fondations globales, le moteur n’est pas une vision du monde, mais une pulsion de domination. Après la puissance financière, vient le désir de la puissance politique globale. Dans ce cadre, il est permis de s’interroger — sans affirmer — sur certains événements mondiaux récents et sur les intérêts qu’ils ont pu servir.

Dès lors, une question s’impose : que pouvait réellement faire le pouvoir algérien depuis 2019, dans un contexte mondial marqué par la pandémie, les tensions énergétiques et les recompositions géopolitiques ? Annoncer une transition politique indéfinie avant même la stabilisation institutionnelle ? Supprimer les aides sociales alors que la classe moyenne basculait déjà dans la précarité ? Mettre fin aux transferts sociaux après que des réseaux de prédation — incarnés par les affaires Haddad, Tahkout, Kouninef ou Ouyahia — ont vidé les caisses de l’État ?

Cela aurait été offrir sur un plateau l’Algérie à ceux qui rêvent d’un monde sans nations, soumis à un capitalisme global sans frontières ni contre-pouvoirs.

À l’inverse, des choix ont été faits. Des projets structurants ont été engagés ou relancés : Gara Djebilet, les phosphates, l’exploration offshore, l’extension du réseau ferroviaire vers l’extrême sud, les perspectives liées au lithium pour l’industrie des véhicules électriques, sans oublier les partenariats scientifiques et médicaux de haut niveau. Balayer ces dynamiques d’un revers de main en les qualifiant de « rente » ou de « communication » relève soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi.

Aucun projet structurant ne produit de résultats immédiats. L’investissement lourd exige du temps, de la stabilité et de la patience. Exiger des effets instantanés, c’est refuser par principe toute logique de transformation réelle.

Comparer encore l’Algérie au Venezuela en matière de sanctions ou de confrontation avec les États-Unis révèle une incompréhension profonde des équilibres mondiaux. La puissance américaine repose en grande partie sur le système du pétrodollar. Remettre frontalement ce système en cause constitue une ligne rouge stratégique. Or, l’Algérie cherche à diversifier son économie, non à défier le dollar. La nuance est capitale.

Enfin, il faut le dire clairement : les critiques formulées depuis des salons feutrés à Paris, New York ou Los Angeles, aussi brillantes soient-elles, ne remplacent pas une analyse enracinée dans la réalité nationale. L’Algérie n’est ni un laboratoire idéologique, ni un terrain de projection fantasmatique pour experts autoproclamés.

L’économie n’est pas une incantation néolibérale répétée comme un mantra. Elle consiste à organiser la production pour répondre aux besoins réels d’une population, tout en maintenant la cohésion sociale. Sur ce point, l’Algérie présente un fait rarement mentionné : elle figure parmi les pays aux plus faibles inégalités de revenus à l’échelle mondiale.

Quant au « modèle chinois », souvent invoqué à tort, il repose sur une trajectoire historique unique : une puissance démographique massive et la conservation, après 1949, de structures économiques sous contrôle national. L’Algérie, elle, a vu son tissu économique méthodiquement détruit par la colonisation et ses élites entrepreneuriales éliminées. Faire abstraction de cette histoire, c’est refuser de comprendre le présent.

Comparer l’incomparable n’éclaire rien. Cela rassure peut-être, cela choque parfois, mais cela n’explique jamais.

L’Algérie n’est ni le Venezuela, ni un État failli en sursis, ni une variable d’ajustement dans les fantasmes géopolitiques de commentateurs pressés. Elle est un pays en tension, traversé de contradictions, certes, mais aussi engagé dans une lutte silencieuse pour préserver sa souveraineté économique et politique dans un monde devenu brutalement prédateur.

Ceux qui annoncent son effondrement imminent parlent souvent plus de leurs propres obsessions que de la réalité algérienne. Ils confondent analyse et projection, critique et règlement de comptes, lucidité et désir de voir échouer ce qui ne correspond pas à leurs schémas.

L’Histoire ne se répète jamais à l’identique. Elle punit surtout ceux qui refusent de penser la complexité.
Et l’Algérie, qu’on le veuille ou non, ne se pense ni ne se juge à travers des comparaisons faciles. Elle s’impose, lentement, difficilement, mais souverainement.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Maduro arrêté : une façade tombée, un pouvoir intact

La capture de Nicolas Maduro est présentée comme un succès militaire et judiciaire. Mais derrière la façade, les structures de pouvoir vénézuéliennes restent intactes. Une analyse qui explore la continuité du pouvoir, le silence des alliés stratégiques, et les implications pour la souveraineté économique des États.

La capture de Nicolas Maduro a été présentée comme une victoire spectaculaire contre le narco terrorisme. Une « opération brillante », selon Donald Trump. Pourtant, l’absence de combats, la continuité des appareils de pouvoir et le maintien intact de la hiérarchie militaire vénézuélienne invitent à une autre lecture : celle d’un arrangement politique entre élites, mis en scène comme une opération militaire.
Car ce qui frappe, au-delà des images et des déclarations, c’est moins la chute d’un homme que la remarquable stabilité du système qui l’entourait.

Le mythe commode du « Cartel de los Soles »
Au cœur du récit officiel figure le « Cartel de los Soles », présenté comme une organisation criminelle structurée, responsable du narcotrafic vénézuélien et incarnée par Nicolás Maduro. Or, ce cartel n’existe pas en tant qu’entité organisée. Le terme apparaît au début des années 1990 dans la presse, à la suite de l’arrestation de deux généraux de la Garde nationale impliqués dans un trafic de cocaïne. Le jeu de mots fait référence aux « soleils », insignes portés par les officiers supérieurs.
Depuis, les spécialistes du crime organisé n’ont cessé de le rappeler : il ne s’agit ni d’un cartel hiérarchisé, ni d’une organisation centralisée.
InSight Crime parle d’un réseau lâche, fragmenté, traversant certaines unités de sécurité.               

Adam Isacson, du Washington Office on Latin America, souligne l’absence de structure, de commandement unifié et même d’identité collective.                                                                                     
Phil Gunson, de l’International Crisis Group, évoque une expression journalistique devenue catégorie politique.
Or, Nicolas Maduro n’est pas un militaire. Ancien chauffeur de bus et syndicaliste, il n’a jamais porté d’uniforme, ni de galons, ni de « soleils ». Les véritables détenteurs de ces insignes se trouvent ailleurs : au sommet de l’armée, dans les services de renseignement, au cœur de l’appareil sécuritaire qui a survécu intact à son arrestation.

Une opération sans résistance
La manière dont s’est déroulée l’opération renforce cette hypothèse. Des hélicoptères lourds ont survolé Caracas de nuit, en pleine lune, dans des conditions théoriquement défavorables à toute opération spéciale. La capitale vénézuélienne dispose de défenses antiaériennes, de missiles portables, de canons, d’unités loyales au régime.
Pourtant, aucun tir. Aucun affrontement. Aucune tentative de résistance notable.
 
Quelques heures plus tard, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, apparaît dans une allocution télévisée. Il appelle au calme, met en garde contre le désordre, rassure la population. Il n’est ni arrêté, ni inquiété, ni même marginalisé. Le message est limpide : l’ordre sécuritaire est préservé.
Dans la rue, la réaction est à l’image de cette continuité. Pas de panique, pas de mobilisation massive, pas d’effondrement de l’État. L’arrestation du président ressemble davantage à un changement de façade qu’à une rupture politique.

La continuité de l’appareil militaire
C’est là que se joue l’essentiel. Si l’objectif avait été de démanteler un système criminel enraciné dans l’État, l’armée aurait été la cible principale. Or, elle demeure le pilier du nouvel équilibre. Les figures centrales du pouvoir sécuritaire restent en place. Les structures de contrôle, elles, ne sont pas démantelées.
L’arrestation de Maduro fonctionne alors comme un transfert de responsabilité. Toute la culpabilité est concentrée sur un homme, pendant que l’appareil qui a permis, toléré ou organisé les trafics conserve sa légitimité institutionnelle. Une amnistie de fait, en échange de la stabilité.

Le silence des alliés stratégiques
Un élément frappant de cette séquence est l’absence de réaction publique de partenaires stratégiques de longue date, comme la Russie et la Chine. Si le pétrole continue de circuler, si les contrats tiennent, le reste est secondaire.
On n’est plus en guerre froide. Aujourd’hui : les grandes puissances se concurrencent, mais cohabitent dans des compromis tacites. La capture de Maduro, si elle est bien une opération négociée, s’inscrit dans ce monde-là : pas d’invasion, pas de changement brutal d’alignement, pas de remise en cause globale de l’équilibre. Dans ce contexte, le silence est une forme d’acceptation prudente.
Ce silence n’est ni une passivité ni un soutien explicite à l’intervention américaine. Il reflète plutôt une lecture réaliste de la situation : l’opération visait Maduro, mais n’a pas remis en cause les structures essentielles du pouvoir, ni les accords énergétiques et financiers déjà établis.
Pour Moscou et Pékin, protester bruyamment aurait été coûteux et inutile, tandis qu’observer et conserver les canaux de coopération existants permet de protéger leurs intérêts stratégiques à long terme. Ce calcul pragmatique souligne que la survie des régimes étrangers, même alliés, dépend désormais moins du maintien d’un dirigeant que de la continuité des structures de pouvoir et de la stabilité des flux économiques. Le silence des grandes puissances sert donc à normaliser une transition négociée, tout en préservant leurs positions dans un monde gouverné par les arrangements plutôt que par les confrontations frontales.

Une victoire politique à faible coût pour Washington
Du point de vue des États-Unis, l’opération est efficace. Pas de guerre prolongée. Pas de pertes militaires significatives. Pas de chaos régional immédiat. Un procès à venir, présenté comme une victoire contre le narco terrorisme. Et, à terme, une influence accrue sur un pays possédant les plus importantes réserves pétrolières au monde.
Trois heures après le début de l’opération, Washington annonce qu’aucune autre action n’est prévue. La séquence est close. La guerre, si guerre il y a eu, est terminée avant même d’avoir commencé.
Mais cette efficacité a un prix : celui de la normalisation des arrangements entre élites sécuritaires, au détriment de toute transformation démocratique réelle. L’opposition vénézuélienne hérite d’un État dont les leviers essentiels, armée, renseignement, coercition, échappent toujours au contrôle civil.

Conclusion : la guerre contre la souveraineté
Ce qui se joue aujourd’hui au Venezuela ne peut être réduit à une crise politique interne ni à une simple affaire de droits humains. L’événement s’inscrit dans une dynamique plus large, plus ancienne, qui traverse les relations internationales contemporaines : la tension permanente entre souveraineté économique et intégration forcée aux circuits dominants de la mondialisation.
L’histoire récente fournit des précédents éclairants. Irak, Libye, Syrie : chaque pays qui a tenté de contourner les règles monétaires imposées par le système financier occidental a subi sanctions, chaos interne et interventions militaires, souvent sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires. Le Venezuela, détenteur des plus importantes réserves de pétrole au monde, suit une trajectoire similaire en diversifiant ses ventes hors du dollar.

La séquence est souvent la même : sanctions économiques, isolement financier, soutien à des forces politiques internes, puis intervention directe ou indirecte. À l’issue du processus, les ressources réintègrent les marchés mondiaux selon les normes dominantes, tandis que les structures de pouvoir locales sont recomposées plutôt que démantelées.
L’arrestation de Nicolás Maduro n’est donc pas un événement isolé. Elle constitue un épisode supplémentaire d’une guerre discrète contre la souveraineté économique, menée moins par des invasions frontales que par des arrangements, des sanctions et des mises en scène sécuritaires. Une guerre où les peuples paient le prix fort, tandis que les appareils de pouvoir, eux, négocient leur survie.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça https://kadertahri.blogspot.com/
 

Pourquoi une abstention de la Russie et de la Chine

L’abstention de la Russie et de la Chine lors du récent vote au Conseil de sécurité des Nations unies a suscité un profond sentiment d’amertume parmi ceux qui espéraient voir ces deux puissances s’opposer frontalement à une résolution jugée injuste envers le peuple sahraoui.
Cette réaction est légitime. Elle traduit la déception d’une opinion attachée à l’idée que certaines nations — dites “alliées” — demeurent fidèles à leurs engagements moraux envers les peuples en lutte pour leur autodétermination.

Mais la déception, aussi forte soit-elle, ne doit pas nous aveugler. Car la politique internationale n’est ni un espace de fraternité ni de fidélité affective. C’est le champ dur et froid des intérêts, où chaque État agit d’abord pour lui-même. Et si cette vérité peut paraître crue, elle n’en est pas moins nécessaire à intégrer pour bâtir une diplomatie algérienne pleinement souveraine.

Accuser la Russie et la Chine d’avoir “abandonné” l’Algérie ou le peuple sahraoui, c’est méconnaître la nature du rapport de force au sein du Conseil de sécurité. L’usage du veto est un acte diplomatique majeur, réservé aux enjeux considérés comme vitaux pour les puissances concernées. En s’abstenant, Moscou et Pékin n’ont pas validé la résolution américaine ; ils ont simplement refusé de s’y opposer frontalement. Cette nuance compte, car elle révèle une stratégie d’équilibre — contestable certes, mais non équivalente à une approbation.

Si la Chine ou la Russie, ou même les deux à la fois, avaient opposé leur veto à cette résolution, elles savaient que ce geste aurait entraîné la disparition immédiate de la MINURSO, puisque le texte portait principalement sur la prolongation de son mandat.
Or, un veto à ce stade aurait signifié la fin du mécanisme onusien, ce que réclament depuis longtemps les partisans marocains.

Et que se passerait-il alors ? Plus de MINURSO, donc plus de référendum du peuple sahraoui.

En veillant à préserver l’existence de la MINURSO, même au prix d’une abstention, la Russie et la Chine ont choisi de maintenir vivant le cadre juridique et diplomatique du processus d’autodétermination.
Tant que la mission existe, il reste possible d’influer sur son orientation, de négocier, et, le moment venu, de faire usage du veto au terme du processus si le résultat s’avérait contraire au droit international. C’est à ce dernier stade que l’emploi du veto est stratégique, non en amont. Ce que certains perçoivent comme un renoncement peut être, en réalité, une manœuvre pour garder la main sur le futur du dossier sahraoui.

L’Algérie n’a pas à choisir entre la solitude et la soumission

Face à la domination occidentale et à la passivité parfois calculée des puissances orientales, l’Algérie n’a pas vocation à se replier sur elle-même. Se recentrer sur son développement national, oui ; renoncer à sa voix internationale, jamais.

Notre pays a toujours défendu les causes justes, non par opportunisme, mais par conviction. De la lutte contre l’apartheid à la reconnaissance de la Palestine, en passant par le soutien constant au peuple sahraoui, l’Algérie a fait entendre une voix singulière : celle des peuples libres. Ce positionnement n’est pas une faiblesse ; c’est un héritage et une force morale qui ont valu à l’Algérie respect et considération sur la scène mondiale.

Plutôt que de rompre avec ses partenaires, l’Algérie doit diversifier ses alliances, notamment au sein de l’Afrique, du monde arabe et du Sud global. Un monde multipolaire ne se construira pas sur des fidélités idéologiques, mais sur la coopération équilibrée entre nations souveraines.

Le soutien au peuple sahraoui : un principe, pas une option

L’abstention de Pékin et de Moscou ne change rien à la légitimité du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le Sahara occidental reste une question de décolonisation inachevée, inscrite depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU. Ce n’est ni une affaire bilatérale, ni une question d’influence régionale : c’est un combat pour le respect du droit international.

L’Algérie n’a jamais défendu le Polisario par intérêt territorial ou rivalité avec le Maroc, mais par fidélité à un principe universel : celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Renoncer à ce principe reviendrait à trahir notre propre histoire de libération.

L’indépendance ne se mendie pas, elle se construit

Il serait illusoire de croire que quiconque viendra défendre l’Algérie en cas de crise. L’expérience des dernières décennies, de l’Irak à la Libye, a démontré que chaque nation doit d’abord pouvoir compter sur ses propres forces.

Mais cela ne signifie pas se replier dans un isolement défensif. Cela veut dire investir dans la puissance : une économie productive, une souveraineté technologique, une diplomatie proactive et une unité nationale solide.
L’Algérie ne doit pas “laisser les peuples à leur destin”, comme le propose la résignation ; elle doit au contraire montrer la voie d’une indépendance active, d’une solidarité lucide et d’une coopération équitable.

Transformer la désillusion en stratégie

La colère contre la Russie et la Chine, aussi compréhensible soit-elle, ne doit pas se muer en fatalisme. Elle doit être le point de départ d’une réflexion stratégique : comment bâtir une politique étrangère réellement indépendante, capable de dialoguer avec toutes les puissances sans jamais se soumettre à aucune ?

L’Algérie doit défendre ses intérêts avec dignité, non avec dépendance. Elle doit rester fidèle à sa mission historique : celle de faire entendre la voix du Sud, d’incarner la résistance à toutes les formes de domination et de rappeler que la justice internationale ne se quémande pas, elle se conquiert.

Conclusion

L’heure n’est pas à la rupture, mais à la lucidité. La Russie et la Chine ont agi selon leurs calculs ; l’Algérie doit agir selon sa conscience.
Notre pays n’a jamais attendu l’autorisation des puissances pour défendre la liberté. Il ne le fera pas davantage aujourd’hui.

Le monde change, les alliances se déplacent, les intérêts se recomposent — mais les principes demeurent.
Et c’est à la fidélité à ces principes que l’Algérie doit sa grandeur passée et sa légitimité présente. Que cette déception serve donc, non à nous diviser, mais à nous rappeler que la véritable puissance d’une nation réside dans sa capacité à rester fidèle à elle-même.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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