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Panique dans les beaux quartiers de l'Empire.
Les éditorialistes de garde ont trouvé leur nouveau
croque-mitaine : le « CRINK ». Chine, Russie, Iran, Corée du Nord. Rien
que le nom sonne comme une marque de pesticide ou une maladie tropicale. C'est
parfait : avant même de réfléchir, le lecteur doit déjà ressentir une légère
démangeaison géopolitique.
Le scénario est connu. Depuis la chute de l'Union
soviétique, l'Occident se considérait comme le propriétaire officiel de la
planète. Les États-Unis géraient la sécurité, l'Europe distribuait les
certificats de moralité, les marchés financiers écrivaient les commandements,
et le reste du monde était prié d'applaudir.
Puis un problème est apparu.
Les autres existent.
Quelle impolitesse.
Voilà que des puissances refusent désormais d'occuper
éternellement le rôle de figurants dans un film écrit à Washington. Et cette
simple idée déclenche chez certains chroniqueurs la même angoisse qu'un
aristocrate de 1788 découvrant que les domestiques savent lire.
Le plus drôle est cette manière de présenter l'ordre
occidental comme un phénomène naturel. Une sorte de climat géopolitique. Une
évidence. Une gravité terrestre.
L'hégémonie américaine ? La stabilité.
Les sanctions économiques ? La défense des valeurs.
Les guerres préventives ? La sécurité collective.
Les coups d'État soutenus à l'étranger ? La promotion de
la démocratie.
Les bases militaires sur plusieurs continents ? La paix.
Mais que la Chine finance ses partenaires, que la Russie
cherche des alliés ou que l'Iran défende ses intérêts régionaux, et soudain les
éditorialistes voient surgir les quatre cavaliers de l'Apocalypse chevauchant
des missiles nucléaires.
La règle est simple : quand l'Occident avance ses pions,
c'est l'ordre mondial ; quand les autres bougent les leurs, c'est le chaos.
Une merveille de cohérence.
On nous explique que Pékin soutient une « économie de
guerre ».
Émouvant.
Les mêmes pays qui consacrent des centaines de milliards
aux dépenses militaires, exportent des armes aux quatre coins du globe et
transforment chaque conflit en salon professionnel pour industriels de la
défense découvrent soudain les vertus du pacifisme.
Les marchands de canons organisent désormais des
conférences sur les dangers du bruit.
L'ironie atteint même des sommets himalayens lorsqu'il
est question de libre-échange.
Pendant quarante ans, l'Occident a expliqué à la planète
entière que la concurrence était une loi sacrée.
Puis la Chine est devenue compétitive.
Et là, miracle.
Les apôtres du marché libre ont commencé à dresser des
barrières douanières avec l'énergie de castors sous amphétamines.
Les champions du libéralisme réclament désormais des
protections.
Les défenseurs de la mondialisation découvrent les
vertus du patriotisme économique.
Les prêtres du libre-échange deviennent soudain
douaniers. On dirait un végétarien surpris en train de dévorer un sanglier. Le
véritable sujet n'est pourtant ni la Russie, ni l'Iran, ni la Corée du Nord, ni
même la Chine.
Le sujet est la panique existentielle d'une élite qui
confond depuis longtemps ses intérêts avec ceux de l'humanité entière.
Depuis des décennies, les puissances occidentales
parlent de « communauté internationale » comme Louis XIV parlait de
l'État.
Avec le même sous-entendu.
« La communauté internationale, c'est nous. »
Le reste du monde est toléré à condition de voter
correctement. Or voici qu'une partie croissante de la planète refuse de jouer
ce rôle décoratif.
Là réside la véritable source d'angoisse. Car ce qui
vacille aujourd'hui n'est pas l'ordre mondial. C'est le monopole occidental sur
la définition de cet ordre.
Les éditorialistes peuvent bien invoquer les périls, les
menaces, les axes du mal recyclés et les acronymes anxiogènes.
Derrière la fumée des grands discours, on distingue
surtout une vieille puissance qui regarde le miroir de l'Histoire et découvre
une vérité désagréable.
Le monde n'est plus son domaine privé.
Et il n'existe rien de plus insupportable pour un
hégémon que de devoir vivre sous les règles qu'il imposait aux autres.
Voilà le scandale.
Voilà la tragédie.
Voilà le véritable « danger pour la stabilité
internationale ».
Les maîtres du jeu découvrent enfin ce que signifie avoir des adversaires.
A.T
À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire
les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
Sous couvert
d’analyse sportive et géopolitique, un texte violemment hostile à l’Algérie a
récemment circulé, franchissant toutes les lignes rouges : amalgames,
mensonges, pathologisation d’un peuple entier. Cette tribune démonte
méthodiquement un discours de haine qui ne dit rien de l’Algérie, mais beaucoup
de ceux qui l’emploient.
Il y a des
textes qui ne méritent pas le débat mais la mise à nu. Celui qui circule
actuellement à propos de l’élimination de l’équipe d’Algérie à la CAN n’est ni
une analyse sportive, ni une réflexion politique, ni même une opinion
argumentée. C’est un pamphlet de ressentiment, un déferlement de mépris,
un exercice de déshumanisation collective qui utilise le football comme
alibi.
Derrière une
indignation feinte se cache une réalité beaucoup plus simple : la haine a
remplacé la pensée.
Des mensonges répétés ne deviennent pas des faits
Le texte
empile des accusations graves sans jamais s’embarrasser de preuves : violences
généralisées, complots internationaux, sanctions américaines ciblées, chaos
diplomatique permanent. Tout y passe, sans source, sans rigueur, sans
vérification.
Ce procédé est connu : répéter une contre-vérité jusqu’à lui donner
l’apparence du réel.
En réalité,
ce texte ne décrit pas des faits, il fabrique un récit. Un récit où l’Algérie
est coupable par essence, où chaque incident devient une confirmation, et où
toute contradiction est balayée comme faisant partie du “complot”.
Ce n’est pas
de l’analyse. C’est de la propagande émotionnelle.
L’amalgame comme méthode, l’insulte comme conclusion
À aucun
moment l’auteur ne distingue : des supporters de tout un peuple, des
journalistes de millions de citoyens, des plateaux télévisés d’un État, des
émotions sportives d’une trajectoire historique. Tout est volontairement
confondu. Pourquoi ?
Parce que l’amalgame est indispensable à la stigmatisation. Sans lui, le
discours s’effondre.
Ce n’est
plus “certains supporters”, mais “les Algériens”.
Ce n’est plus “des débordements”, mais une “nature”.
Ce n’est plus un problème ponctuel, mais une “tare”.
On ne
critique plus : on condamne collectivement.
La pathologisation d’un peuple : un seuil moral
franchi
Le moment le
plus abject du texte est atteint lorsque l’auteur évoque la psychiatrie, la
schizophrénie collective, l’asile pour un peuple entier.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce vocabulaire n’est jamais innocent. Historiquement,
il a toujours servi à retirer leur humanité à des groupes entiers, à les
présenter comme irrationnels, dangereux, incurables.
C’est
exactement le même mécanisme que l’on retrouve dans les pires pages de
l’histoire politique moderne, simplement recyclé avec un vernis
pseudo-géopolitique.
À partir de
cet instant, toute prétention à la rationalité s’effondre.
Le football n’est pas un tribunal civilisationnel
Les
violences de supporters existent sur tous les continents.
Les débordements existent dans les stades anglais, italiens, français,
argentins, brésiliens.
Les nationalismes sportifs existent partout.
Mais seuls
certains peuples sont sommés de s’expliquer comme s’ils étaient
anthropologiquement défaillants.
Ce
deux-poids-deux-mesures trahit moins un souci d’ordre public qu’un regard
hiérarchisant, où certains pays auraient droit à l’excuse de la complexité,
et d’autres seraient condamnés à la caricature.
La
réputation du tempérament des Algériens était reconnue à travers le monde. Ils
sont conscients que nous ne tolérons ni la fraude, ni l’irrespect. Ils ont
exploité le stress, la colère et le langage corporel pour nous inciter à
encaisser des cartons (jaunes, heureusement pas rouges !) et ils ont gagné la
partie comme anticipé grâce au soutien de leur arbitre. C’est ce qu’on appelle
de la truanderie dans le monde du sport. J’aurais parié sur la défaite de ma
propre équipe, mais malheureusement même si elle affronte les meilleurs teams
du monde, je choisirais l’Algérie en vainqueur!
Informez-vous
sur le mode de vie de tous les arbitres africains impliqués dans des rencontres
truquées suite à une compromission. Ils mènent une vie de princes malgré des
retraites très modestes.
La presse du Makhzen ne parle pas de l’Algérie, il
parle de ses obsessions
En réalité,
l’Algérie n’est ici qu’un écran de projection. Cette presse texte parle : d’une
obsession politique, d’un ressentiment régional, d’une incapacité à penser le
voisin autrement que comme un ennemi, d’un besoin compulsif de disqualification
morale.
Il ne
cherche pas à comprendre, il cherche à humilier.
Il ne vise pas la vérité, mais la confirmation d’un préjugé.
La vraie faillite est intellectuelle
On peut
critiquer un État. On peut critiquer des dirigeants.
On peut critiquer des médias. On peut même critiquer une culture politique.
Mais quand
on commence à parler d’un peuple comme d’un corps malade, on a déjà perdu le
débat.
Cette presse
n’est pas courageuse. Elle est lâche, n’est pas lucide elle est caricaturale.
Elle n’est pas rationnelle. Elle est pulsionnelle.
Conclusion
L’Algérie
n’a pas besoin de leçons de dignité de la part de ceux qui confondent colère et
intelligence, critique et haine, analyse et injure.
Les peuples ne sont pas des maladies. Les nations ne sont pas des pathologies.
Et le football n’est pas une excuse pour recycler les discours les plus
méprisants.
Ceux qui
prétendent incarner la raison feraient bien de commencer par se regarder
dans le miroir de leurs propres excès.
Voilà exactement ce qui arrive lorsqu’on confie
un événement sportif continental à un Etat voyou. La Coupe d’Afrique des
nations organisée au Maroc restera dans l’histoire non pas pour le talent des
joueurs ou la ferveur populaire, mais comme l’une des plus grandes impostures
du football moderne, disait un journaliste algérien.
Dès le premier coup de sifflet, la messe était
dite. Arbitrages scandaleux, décisions grossièrement orientées, fautes
ignorées, buts refusés sans justification, pression manifeste sur les
officiels. Cette CAN n’est pas une compétition, c’est une mise en scène. Une
mascarade où la tricherie, la manipulation et la corruption à la fois matérielle et morale s’étalent sans
la moindre retenue, sous les yeux d’un public médusé."
A/Kader Tahri chroniqueur engagé et observateur inquiet « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme
https://kadertahri.blogspot.com/
Ce que je trouve personnellement regrettable, c’est la tendance d’une partie
non négligeable des intervenants sur les réseaux sociaux à formuler leurs
opinions sur un mode purement affirmatif, comme s’ils détenaient des
informations irréfutables ou avaient accès aux cercles réels de décision. Or,
sauf exception, nous ne sommes ni dans le secret des coulisses ni au cœur des
mécanismes de décision stratégique à haut niveau.
Cela ne signifie évidemment pas que le citoyen
doive se taire : l’expression d’un avis sur les sujets d’actualité est non
seulement légitime, mais nécessaire à la vie sociale et démocratique.
Toutefois, lorsqu’il s’agit d’analyses politiques, économiques ou
géopolitiques, il serait sans doute plus rigoureux et plus honnête intellectuellement de recourir au conditionnel, plutôt que de
présenter des hypothèses comme des certitudes.
On ne compare pas l’incomparable
Maduro a été
destitué par ses généraux qui l’ont gentiment remis aux autorités américaines.
Quant à l’action militaire ayant conclu sa chute, elle n’est qu’un écran de
fumée auquel Trump, c’est son aptitude la plus criante "Nous sommes les
meilleurs, nous avons les meilleures armes du monde", s’est employé à
donner un relief particulier et spectaculaire.
Aussi, faut
arrêter d’idéaliser un pays comme le Venezuela, 28 millions d’habitants quasi
10 millions d’expatriés. C’est un signe que ça ne va pas fort... SI on compare
à l’Iran qui est aussi sanctionné (même plus, mais qui a réussi à créer une
industrie et une économie, sans hémorragie de sa population)
Un pays fort
défend ses intérêts par la force si nécessaire, ce n’est pas parce qu’on est
devenu des lopettes peureuses en
Il est
devenu presque banal, sur les réseaux sociaux, d’énoncer des certitudes comme
s’il s’agissait de vérités révélées. Nombre d’intervenants s’expriment sur
l’Algérie avec un aplomb déconcertant, comme s’ils avaient accès aux salles de
commandement du pouvoir mondial ou aux circuits réels de décision stratégique.
Or, soyons honnêtes : nous commentons, nous interprétons, nous supposons. Nous
ne savons pas. Et la première exigence intellectuelle devrait être là.
Que chacun
donne son avis est non seulement légitime, mais indispensable à toute société
vivante. Encore faut-il distinguer l’opinion de l’expertise, l’hypothèse du
fait établi. À défaut, on glisse rapidement de l’analyse à la prophétie, du
débat à la manipulation émotionnelle.
Depuis la
crise vénézuélienne, une rengaine revient avec une constance suspecte : «
l’Algérie suivra le même chemin ». Cette comparaison est non
seulement paresseuse, elle est fausse. Le Venezuela et l’Algérie n’évoluent ni
dans le même contexte social, ni dans la même architecture économique, ni dans
la même configuration géopolitique ou militaire. Assimiler l’un à l’autre
relève moins de l’analyse que du slogan anxiogène.
Plus
inquiétant encore est ce récit selon lequel tous les maux de l’Algérie
commenceraient en 2019, avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune. Comme si
l’effondrement de pans entiers de l’économie, la corruption systémique, la
captation de l’État par des réseaux mafieux et la dépendance structurelle aux
hydrocarbures étaient des phénomènes récents. Cette lecture n’est pas seulement
erronée : elle est intellectuellement malhonnête.
Le débat est
d’autant plus biaisé qu’il se drape souvent d’un vernis idéologique. Or, soyons
lucides : l’idéologie ne structure plus réellement le monde. Les exemples des
États-Unis sous Trump ou de la France sous Macron démontrent que les grandes
doctrines ont cédé la place à des logiques de pouvoir, d’intérêts et de
rapports de force. Nous vivons une époque post-idéologique, dominée par des
acteurs transnationaux dont l’ambition est moins de convaincre que de
contrôler.
Qu’il
s’agisse de grandes fortunes, de fonds d’investissement ou de fondations
globales, le moteur n’est pas une vision du monde, mais une pulsion de
domination. Après la puissance financière, vient le désir de la puissance
politique globale. Dans ce cadre, il est permis de s’interroger — sans affirmer
— sur certains événements mondiaux récents et sur les intérêts qu’ils ont pu
servir.
Dès lors,
une question s’impose : que pouvait réellement faire le pouvoir algérien depuis
2019, dans un contexte mondial marqué par la pandémie, les tensions
énergétiques et les recompositions géopolitiques ? Annoncer une transition
politique indéfinie avant même la stabilisation institutionnelle ? Supprimer
les aides sociales alors que la classe moyenne basculait déjà dans la précarité
? Mettre fin aux transferts sociaux après que des réseaux de prédation —
incarnés par les affaires Haddad, Tahkout, Kouninef ou Ouyahia — ont vidé les
caisses de l’État ?
Cela aurait
été offrir sur un plateau l’Algérie à ceux qui rêvent d’un monde sans nations,
soumis à un capitalisme global sans frontières ni contre-pouvoirs.
À l’inverse,
des choix ont été faits. Des projets structurants ont été engagés ou relancés :
Gara Djebilet, les phosphates, l’exploration offshore, l’extension du réseau
ferroviaire vers l’extrême sud, les perspectives liées au lithium pour
l’industrie des véhicules électriques, sans oublier les partenariats
scientifiques et médicaux de haut niveau. Balayer ces dynamiques d’un revers de
main en les qualifiant de « rente » ou de « communication » relève soit de
l’ignorance, soit de la mauvaise foi.
Aucun projet
structurant ne produit de résultats immédiats. L’investissement lourd exige du
temps, de la stabilité et de la patience. Exiger des effets instantanés, c’est
refuser par principe toute logique de transformation réelle.
Comparer
encore l’Algérie au Venezuela en matière de sanctions ou de confrontation avec
les États-Unis révèle une incompréhension profonde des équilibres mondiaux. La
puissance américaine repose en grande partie sur le système du pétrodollar.
Remettre frontalement ce système en cause constitue une ligne rouge
stratégique. Or, l’Algérie cherche à diversifier son économie, non à défier le
dollar. La nuance est capitale.
Enfin, il
faut le dire clairement : les critiques formulées depuis des salons feutrés à
Paris, New York ou Los Angeles, aussi brillantes soient-elles, ne remplacent
pas une analyse enracinée dans la réalité nationale. L’Algérie n’est ni un
laboratoire idéologique, ni un terrain de projection fantasmatique pour experts
autoproclamés.
L’économie
n’est pas une incantation néolibérale répétée comme un mantra. Elle consiste à
organiser la production pour répondre aux besoins réels d’une population, tout
en maintenant la cohésion sociale. Sur ce point, l’Algérie présente un fait
rarement mentionné : elle figure parmi les pays aux plus faibles inégalités de
revenus à l’échelle mondiale.
Quant au «
modèle chinois », souvent invoqué à tort, il repose sur une trajectoire
historique unique : une puissance démographique massive et la conservation,
après 1949, de structures économiques sous contrôle national. L’Algérie, elle,
a vu son tissu économique méthodiquement détruit par la colonisation et ses
élites entrepreneuriales éliminées. Faire abstraction de cette histoire, c’est
refuser de comprendre le présent.
Comparer
l’incomparable n’éclaire rien. Cela rassure peut-être, cela choque parfois,
mais cela n’explique jamais.
L’Algérie n’est ni le Venezuela, ni un État failli en sursis, ni une
variable d’ajustement dans les fantasmes géopolitiques de commentateurs
pressés. Elle est un pays en tension, traversé de contradictions, certes, mais
aussi engagé dans une lutte silencieuse pour préserver sa souveraineté
économique et politique dans un monde devenu brutalement prédateur.
Ceux qui annoncent son effondrement imminent
parlent souvent plus de leurs propres obsessions que de la réalité algérienne.
Ils confondent analyse et projection, critique et règlement de comptes,
lucidité et désir de voir échouer ce qui ne correspond pas à leurs schémas.
L’Histoire ne se répète jamais à l’identique.
Elle punit surtout ceux qui refusent de penser la complexité.
Et l’Algérie, qu’on le veuille ou non, ne se pense ni ne se juge à travers des
comparaisons faciles. Elle s’impose, lentement, difficilement, mais
souverainement.
Par A. Kader
Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça https://kadertahri.blogspot.com/
L’abstention
de la Russie et de la Chine lors du récent vote au Conseil de sécurité des
Nations unies a suscité un profond sentiment d’amertume parmi ceux qui
espéraient voir ces deux puissances s’opposer frontalement à une résolution
jugée injuste envers le peuple sahraoui.
Cette réaction est légitime. Elle traduit la déception d’une opinion attachée à
l’idée que certaines nations — dites “alliées” — demeurent fidèles à leurs
engagements moraux envers les peuples en lutte pour leur autodétermination.
Mais la
déception, aussi forte soit-elle, ne doit pas nous aveugler. Car la politique
internationale n’est ni un espace de fraternité ni de fidélité affective. C’est
le champ dur et froid des intérêts, où chaque État agit d’abord pour lui-même.
Et si cette vérité peut paraître crue, elle n’en est pas moins nécessaire à
intégrer pour bâtir une diplomatie algérienne pleinement souveraine.
Accuser la
Russie et la Chine d’avoir “abandonné” l’Algérie ou le peuple sahraoui, c’est
méconnaître la nature du rapport de force au sein du Conseil de sécurité.
L’usage du veto est un acte diplomatique majeur, réservé aux enjeux considérés
comme vitaux pour les puissances concernées. En s’abstenant, Moscou et Pékin
n’ont pas validé la résolution américaine ; ils ont simplement refusé de s’y
opposer frontalement. Cette nuance compte, car elle révèle une stratégie
d’équilibre — contestable certes, mais non équivalente à une approbation.
Si la Chine
ou la Russie, ou même les deux à la fois, avaient opposé leur veto à cette
résolution, elles savaient que ce geste aurait entraîné la disparition
immédiate de la MINURSO, puisque le texte portait principalement sur la
prolongation de son mandat.
Or, un veto à ce stade aurait signifié la fin du mécanisme onusien, ce que réclament
depuis longtemps les partisans marocains.
Et que se
passerait-il alors ? Plus de MINURSO, donc plus de référendum du peuple
sahraoui.
En veillant
à préserver l’existence de la MINURSO, même au prix d’une abstention, la Russie
et la Chine ont choisi de maintenir vivant le cadre juridique et diplomatique
du processus d’autodétermination.
Tant que la mission existe, il reste possible d’influer sur son orientation, de
négocier, et, le moment venu, de faire usage du veto au terme du processus si
le résultat s’avérait contraire au droit international. C’est à ce dernier
stade que l’emploi du veto est stratégique, non en amont. Ce que certains
perçoivent comme un renoncement peut être, en réalité, une manœuvre pour garder
la main sur le futur du dossier sahraoui.
L’Algérie n’a pas à choisir entre la solitude et la
soumission
Face à la
domination occidentale et à la passivité parfois calculée des puissances
orientales, l’Algérie n’a pas vocation à se replier sur elle-même. Se recentrer
sur son développement national, oui ; renoncer à sa voix internationale,
jamais.
Notre pays a
toujours défendu les causes justes, non par opportunisme, mais par conviction.
De la lutte contre l’apartheid à la reconnaissance de la Palestine, en passant
par le soutien constant au peuple sahraoui, l’Algérie a fait entendre une voix
singulière : celle des peuples libres. Ce positionnement n’est pas une
faiblesse ; c’est un héritage et une force morale qui ont valu à l’Algérie
respect et considération sur la scène mondiale.
Plutôt que
de rompre avec ses partenaires, l’Algérie doit diversifier ses
alliances, notamment au sein de l’Afrique, du monde arabe et du Sud global. Un
monde multipolaire ne se construira pas sur des fidélités idéologiques, mais
sur la coopération équilibrée entre nations souveraines.
Le soutien au peuple sahraoui : un principe, pas une
option
L’abstention
de Pékin et de Moscou ne change rien à la légitimité du droit du peuple
sahraoui à l’autodétermination. Le Sahara occidental reste une question de
décolonisation inachevée, inscrite depuis 1963 sur la liste des territoires non
autonomes de l’ONU. Ce n’est ni une affaire bilatérale, ni une question
d’influence régionale : c’est un combat pour le respect du droit international.
L’Algérie
n’a jamais défendu le Polisario par intérêt territorial ou rivalité avec le
Maroc, mais par fidélité à un principe universel : celui du droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes. Renoncer à ce principe reviendrait à trahir
notre propre histoire de libération.
L’indépendance
ne se mendie pas, elle se construit
Il serait
illusoire de croire que quiconque viendra défendre l’Algérie en cas de crise.
L’expérience des dernières décennies, de l’Irak à la Libye, a démontré que
chaque nation doit d’abord pouvoir compter sur ses propres forces.
Mais cela ne
signifie pas se replier dans un isolement défensif. Cela veut dire investir
dans la puissance : une économie productive, une souveraineté technologique,
une diplomatie proactive et une unité nationale solide.
L’Algérie ne doit pas “laisser les peuples à leur destin”, comme le propose la
résignation ; elle doit au contraire montrer la voie d’une indépendance
active, d’une solidarité lucide et d’une coopération équitable.
Transformer
la désillusion en stratégie
La colère
contre la Russie et la Chine, aussi compréhensible soit-elle, ne doit pas se
muer en fatalisme. Elle doit être le point de départ d’une réflexion
stratégique : comment bâtir une politique étrangère réellement indépendante,
capable de dialoguer avec toutes les puissances sans jamais se soumettre à
aucune ?
L’Algérie
doit défendre ses intérêts avec dignité, non avec dépendance. Elle doit
rester fidèle à sa mission historique : celle de faire entendre la voix du Sud,
d’incarner la résistance à toutes les formes de domination et de rappeler que
la justice internationale ne se quémande pas, elle se conquiert.
Conclusion
L’heure n’est pas à la rupture, mais à la lucidité. La
Russie et la Chine ont agi selon leurs calculs ; l’Algérie doit agir selon sa
conscience.
Notre pays n’a jamais attendu l’autorisation des puissances pour défendre la
liberté. Il ne le fera pas davantage aujourd’hui.
Le monde
change, les alliances se déplacent, les intérêts se recomposent — mais les
principes demeurent.
Et c’est à la fidélité à ces principes que l’Algérie doit sa grandeur passée et
sa légitimité présente. Que cette déception serve donc, non à nous diviser,
mais à nous rappeler que la véritable puissance d’une nation réside dans sa
capacité à rester fidèle à elle-même.
A/Kader
Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
Sous couvert d’analyse géopolitique, un article issu
de la presse d’extrême droite transforme la tragédie du 7 octobre en outil de
propagande. En glorifiant Israël comme victime éternelle et en niant la
souffrance palestinienne, ce texte illustre une dérive idéologique inquiétante
: la sélectivité mémorielle au service du déni et de la justification de la
violence.
Quand la mémoire devient arme : le déni palestinien dans un discours
d’extrême droite sur Israël
Après les
attaques terroristes du 7 octobre et les mois de guerre qui ont suivi à Gaza,
la presse d’extrême droite multiplie les tribunes défendant Israël au nom d’une
supposée “survie civilisationnelle”. L’une d’elles, récemment publiée, illustre
parfaitement cette stratégie : sous des dehors analytiques, elle recycle un
discours politique forgé sur la peur, la culpabilité et le refus de toute
critique.
Un récit faussement analytique, profondément idéologique
L’article
commence comme une réflexion sur la réaction internationale aux attaques du
Hamas. Mais très vite, le ton change : les institutions internationales sont
accusées de partialité, les démocraties occidentales de faiblesse, et les voix
critiques d’Israël sont assimilées à des “ennemis intérieurs”.
Cette rhétorique bien connue vise à disqualifier toute critique légitime
de la politique israélienne en la présentant comme une forme d’antisémitisme.
En présentant Israël comme le bastion assiégé d’un monde occidental “décadent”,
le texte adopte les codes classiques de la propagande identitaire et
souverainiste, où la complexité politique se dissout dans le manichéisme.
La mémoire instrumentalisée : quand la Shoah devient justification
L’auteur
convoque abondamment le passé juif — la Shoah, les pogroms, la peur
existentielle — pour démontrer une continuité historique entre les persécutions
d’hier et la guerre d’aujourd’hui.
Mais ce recours constant à la mémoire a un prix : il devient sélectif et
utilitaire. La souffrance juive y est sacralisée, tandis que la souffrance
palestinienne est effacée, déniée, voire moquée.
Ce procédé transforme la mémoire du génocide en arme morale : ce qui fut
une leçon universelle sur la dignité humaine devient un instrument de légitimation
du pouvoir et de la violence.
Or, la mémoire n’a de sens que si elle sert à défendre tous les peuples contre
l’injustice — pas seulement les siens. La sélectivité mémorielle trahit
donc l’esprit même du “plus jamais ça”.
L’oubli délibéré de Gaza et la déshumanisation des Palestiniens
Aucun mot
dans l’article sur les milliers de morts palestiniens, les familles déplacées,
les hôpitaux détruits ou la vie sous blocus. Le terme même “occupation”
est soigneusement évité.
Les Palestiniens ne sont pas des êtres humains souffrants : ils deviennent,
dans le récit, un “narratif victimaire”, une abstraction commode servant
à dénoncer la “propagande anti-israélienne”.
Cette absence n’est pas un oubli : c’est une stratégie de déni. Elle
permet de justifier les bombardements et la répression comme de simples actes
de “survie”.
Mais nier la souffrance de l’autre, c’est refuser la part d’humanité commune
qui seule rend possible la paix. C’est aussi prolonger le cycle de haine et
d’injustice qui ravage la région depuis des décennies.
Le rejet du pluralisme et la logique de purification idéologique
L’article ne
s’en prend pas seulement aux ennemis extérieurs : il vise aussi les Juifs
eux-mêmes.
Les “cosmopolites humanitaristes”, les “Juifs woke”, ou les “trotskistes” sont
accusés de trahison morale. Cette rhétorique d’exclusion vise à réduire la
diversité des voix juives au profit d’un sionisme autoritaire, guerrier et
identitaire.
C’est le signe d’une dérive inquiétante : le refus de toute nuance, de tout
débat, de tout pluralisme.
À travers ce texte, c’est la pensée critique elle-même qui est désignée comme
coupable.
Conclusion : rompre avec le déni, restaurer la vérité humaine
Ce type de
discours ne relève pas du journalisme mais de l’idéologie pure.
Il réécrit l’histoire pour transformer la mémoire en forteresse et la
compassion en faiblesse.
En effaçant la souffrance palestinienne, il nie la réalité de l’occupation,
dégrade la mémoire de la Shoah et perpétue une vision du monde fondée sur la
peur et la domination.
La mémoire ne doit pas servir à justifier la guerre mais à rappeler l’humanité
partagée.
Face aux manipulations de l’extrême droite, il faut défendre une mémoire
universelle, celle qui reconnaît la douleur des uns sans effacer celle des
autres — parce que la justice, elle, ne se divise pas.
c'est un
déni, au-delà de toutes idéologies, il reste une chose qu'une frange
d’occidentaux ne veulent pas admettre;
la violence mortelle infligée à la population Palestinienne, impensable pour
ces défenseurs des "damnés " de la terre, pour eux la responsabilité
de ces horreurs doit être infligée le Palestinien, le coupable c'est le
Palestinien, il incite par sa présence; à la violence, sa présence est
tellement insupportable qu'elle fabrique des "barbares",
Citation Sioniste : «"l'homme nait bon c'est la société qui
le corrompt," le juif nait bon c'est le Palestinien qui le corrompt »
A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
« Les peuples ne meurent
que lorsqu’ils cessent de dire non. »
— Aimé Césaire
L’algérien que je suis a pleinement conscience du changement qui va se
produire dans la géopolitique. Il appelle de ses vœux à une politique en
matière étrangère qui s’efforcera d’entretenir des relations avec tous les pays
étrangers (sauf ceux qui n’épousent pas une cause noble et juste sur le plan
international et plus particulièrement en Afrique et au Moyen orient) mais plus
que jamais ne succombera pas – comme il serait si facile à le faire – à la
tentation de rejoindre l’un ou l’autre des deux blocs qui, désormais divisent
le monde.
L’époque
moderne a ses barons — non plus ceux des champs, mais ceux des tours et des
tableaux Excel. Jadis, la diplomatie était l’art du mot, de l’équilibre, du
dialogue feutré entre États souverains. Aujourd’hui, elle s’est muée en courtage
mondial. Le diplomate se fait agent immobilier, le traité devient
transaction, la paix un produit dérivé qu’on échange contre la reconnaissance
d’un territoire ou la signature d’un contrat.
Steven
Witkoff et Jared Kushner incarnent à merveille cette mutation. Ce ne sont pas
des diplomates, mais des promoteurs — littéralement. Ils viennent non du monde
des chancelleries, mais de celui des gratte-ciels et des deals de luxe. Leur
approche est simple : vendre la paix comme on vend un immeuble, séduire
par l’apparence, intimider par le prix, conclure vite, encaisser plus vite
encore. Ce ne sont pas des architectes du dialogue, mais des marchands du
consentement. Ils ont hérité de la brutalité de Wall Street, pas de la
subtilité de Talleyrand.
Sous la
bénédiction du clan Trump, ces nouveaux croisés du capital ont fait des Accords
d’Abraham leur franchise diplomatique. Le modèle est clair : un pays arabe
normalise avec Israël, Washington y trouve un levier géopolitique, Tel-Aviv un
débouché économique, et un petit groupe de « conseillers » engrange gloire et
contrats. Le Maroc a été la pièce suivante sur l’échiquier. En échange
d’une reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental,
Rabat a offert ses salutations diplomatiques à Tel-Aviv et à la Maison-Blanche.
Ce n’était pas un accord de paix : c’était un échange de titres fonciers.
L’Algérie, obstacle à la marchandisation du Maghreb
Mais sur le
flanc est du Maghreb se dresse un pays rétif, insoumis, imprévisible : l’Algérie.
Elle n’a pas oublié. Cent trente-deux années d’occupation, sept années de
guerre totale, des millions de vies sacrifiées pour arracher la dignité — ce
passé forge une conscience nationale qui ne se laisse pas acheter. Et c’est
bien cela qui gêne Washington et ses relais : un peuple qui se souvient.
Car la
logique américaine, depuis la fin de la guerre froide, n’a pas changé :
transformer les régions instables en marchés contrôlables, sous-traiter la
sécurité à des alliés « fiables » et marginaliser ceux qui refusent de se
ranger. L’Afrique du Nord devait être, dans ce plan, une extension de l’OTAN
économique. Le Maroc, en s’arrimant à la diplomatie américaine et en s’offrant
comme relais d’Israël en Afrique, joue son rôle : celui de pivot atlantique. L’Algérie,
elle, reste ce grain de sable dans la mécanique. Trop fière pour obéir, trop
indépendante pour plaire.
Il faut
alors isoler Alger, la priver d’alliés, l’accuser d’« immobilisme », la
peindre en « ennemie de la paix ». Cette rhétorique est vieille comme
l’impérialisme : le colonisateur accuse toujours le colonisé de refuser la «
civilisation », le dominant reproche toujours au dominé de ne pas coopérer à sa
propre servitude.
Le nouvel ordre atlantique : l’illusion de la
stabilité
Les
diplomates de Washington, de Kissinger à Blinken, récitent la même partition :
défendre Israël, contenir la Russie, neutraliser la Chine et pacifier « le Sud
». En d’autres termes : assurer la stabilité des profits occidentaux.
Sous ce vernis de sécurité, on retrouve la logique du pillage, maquillée en
coopération. Le vocabulaire a changé, pas les intentions.
L’Afrique,
le Moyen-Orient, le Maghreb ne sont plus regardés comme des partenaires, mais
comme des zones à sécuriser pour la circulation du capital. Le pétrole, le gaz,
les minerais stratégiques, les routes commerciales : tout doit être intégré à
la grande infrastructure de l’économie atlantique.
Et chaque fois qu’un pays tente de s’émanciper, on déploie les instruments
familiers : sanctions, campagnes médiatiques, insinuations sur les « droits
humains », et, au besoin, déstabilisation par procuration.
C’est ce
qu’a connu l’Algérie dans les années 1990, quand la CIA regardait ailleurs
pendant que le pays sombrait dans la décennie noire. C’est ce qu’elle connaît
encore aujourd’hui, lorsqu’on la somme de « s’ouvrir » à des accords qu’elle
n’a pas sollicités. Car l’Algérie refuse de céder sur le Sahara occidental : question
de principe, non de commerce. Et c’est ce refus-là que Washington, Londres
et Rabat veulent briser.
Une diplomatie de l’Excel et du mépris
La
diplomatie américaine contemporaine ne parle plus le langage des idées, mais
celui des chiffres. On ne négocie plus ; on optimise. On ne convainc pas
; on valorise. Dans les couloirs des institutions internationales, la
paix devient une « offre », la souveraineté un « coût », la
résistance un « risque réputationnel ». Le cynisme a remplacé le
dialogue, la comptabilité a étouffé la morale.
Dans cette
logique, les « médiations » américaines au Maghreb ne visent jamais la
justice, mais la rentabilité géopolitique. Kushner, Witkoff et consorts
agissent comme des banquiers d’influence : ils proposent, séduisent, menacent.
Et lorsqu’un État refuse — l’Algérie, en l’occurrence — ils passent au registre
du dénigrement. Les médias alliés reprennent la mélodie : « l’Algérie refuse
la paix », « Alger s’isole », « le Maghreb avance sans elle
». Tout cela n’est qu’une mise en scène destinée à justifier une
marginalisation programmée.
L’entité sioniste : bras armé et laboratoire de
l’impérialisme
Il serait
naïf de croire que la diplomatie américaine est guidée par Israël. C’est le
contraire : l’entité sioniste agit comme l’avant-poste de l’impérialisme
américain au Moyen-Orient. Depuis 1948, elle sert de gendarme régional
pour le compte du complexe militaro-industriel yankee. Elle teste, elle
expérimente, elle applique ; puis Washington généralise. Les technologies de
surveillance, les doctrines sécuritaires, les discours de « lutte contre le
terrorisme » : tout cela vient du même creuset, celui d’un colonialisme
travesti en croisade morale.
Le sionisme
n’est pas qu’une idéologie de domination sur la Palestine : c’est une
méthode impériale. Il naturalise l’occupation, il justifie l’apartheid, il
transforme la dépossession en nécessité historique. Et cette méthode, les
puissances occidentales la reprennent avec zèle. Car elle permet d’appeler « stabilité
» ce qui n’est que soumission, et « progrès » ce qui n’est que
pillage.
L’Algérie face à l’ultimatum : refuser sans rompre
Alors que
Washington brandit la menace d’un isolement diplomatique, Alger adopte une
posture subtile : ouverture de principe, refus de fond. C’est là tout
l’art de la résistance diplomatique algérienne : ne jamais se fermer, mais ne
jamais céder. Dire oui à la discussion, non à la reddition. Le pays doit, dans
les mois et années à venir, tenir cette ligne : accueillir les médiateurs, mais
poser ses conditions ; écouter, mais décider seul.
Trois axes
s’imposent :
Maintenir la
souveraineté décisionnelle : aucune pression, fût-elle américaine, ne doit infléchir la position
algérienne sur le Sahara occidental, la Palestine ou la non-alignement
stratégique.
Multiplier
les partenariats équilibrés : Pékin, Moscou, Ankara, Afrique du Sud, mais aussi les pays du Sud global
partagent avec Alger la même méfiance envers l’hégémonie occidentale. L’Algérie
doit devenir l’un des pôles d’un monde multipolaire, non le client d’un empire.
Renforcer la
diplomatie populaire : la
conscience nationale et la solidarité panafricaine sont les meilleurs remparts
contre la propagande atlantiste. L’Algérie doit s’adresser aux peuples, pas
seulement aux gouvernements.
Le Maroc, instrument et mirage
Il faut
aussi dire les choses crûment : le Maroc est devenu l’outil privilégié de cette
stratégie. En se présentant comme le « partenaire stable » de
l’Occident, Rabat s’est enchaîné à un rôle subalterne : gendarme de
l’Atlantique, vitrine africaine d’Israël, relais économique pour le capital
américain. Mais ce pacte a un prix : la perte de marge politique.
Car un pays qui fonde sa légitimité sur la reconnaissance d’autrui finit
toujours par mendier cette reconnaissance.
La rivalité
entre Alger et Rabat n’est pas seulement une querelle de frontières, mais un choix
de modèle : souveraineté ou dépendance, mémoire ou oubli, fidélité aux
peuples ou soumission aux puissances. L’histoire jugera.
Pour une diplomatie de dignité
La véritable
diplomatie algérienne ne consiste pas à multiplier les alliances opportunistes,
mais à restaurer le sens du juste. Elle repose sur trois piliers :
La
solidarité avec les peuples en lutte (Palestine, Sahara occidental, Afrique
subsaharienne) ;
Le refus de
toute domination, quelle qu’en soit l’origine ;
Et la
conviction que la paix ne se signe pas entre puissants, mais entre égaux.
Dans cette
optique, Alger doit continuer à défendre un modèle alternatif : celui d’un Sud
qui ne demande pas la charité, mais le respect. Celui d’un monde où la
coopération ne signifie pas l’obéissance. Celui d’une souveraineté qui ne se
négocie pas au prix du silence.
Le discours du refus
Les
États-Unis, le Maroc et leurs relais médiatiques nous accusent d’immobilisme.
Soit. Nous préférons l’immobilisme de la dignité à la mobilité de la servitude.
Refuser, c’est résister. Résister, c’est vivre. Et vivre libre, c’est refuser
de signer des traités qui insultent notre histoire.
L’Algérie
n’a jamais cédé aux colonnes françaises, aux chars de l’OTAN, ni aux marchés du
FMI. Ce n’est pas pour plier devant deux promoteurs new-yorkais.
Qu’on ne s’y trompe pas : le chantage économique n’aura pas raison d’un peuple
qui a déjà survécu à la colonisation, au terrorisme et à la pauvreté. Le refus
n’est pas un caprice, mais un devoir.
Et ce refus doit s’accompagner d’un contre-projet : un Maghreb
décolonisé, uni, fondé sur la justice, non sur la tutelle.
Conclusion :
Ce siècle
n’est plus celui des blocs Est-Ouest, mais celui de la recomposition mondiale.
Entre la Chine, la Russie, les BRICS, l’Afrique en pleine affirmation et les
puissances occidentales en perte d’autorité morale, une nouvelle géographie
politique s’écrit. L’Algérie doit y jouer sa partition — libre, lucide,
indépendante.
Le monde a
besoin d’un nouveau non-alignement, non pas comme posture neutre, mais comme acte
militant. Refuser d’appartenir à un bloc, c’est affirmer qu’aucune
puissance n’a le droit d’écrire notre destin.
Et dans cette bataille pour l’indépendance du XXIᵉ siècle, l’Algérie n’est pas
seule : elle porte avec elle la mémoire des peuples du Sud, l’héritage des
luttes anticoloniales et la promesse d’un avenir affranchi.
Les barons
de la diplomatie américaine peuvent bien multiplier les deals et les ultimatums.
Ils ne comprendront jamais une chose : un peuple qui a conquis sa liberté ne
la renégocie pas.
« L’histoire
des peuples libres n’est pas écrite dans les bureaux de Washington, mais dans
le cœur de ceux qui refusent de se soumettre. »
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé,
observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/