Affichage des articles dont le libellé est Relations Algérie Maroc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Relations Algérie Maroc. Afficher tous les articles

Mohamed 6 : absence enragé : (Archives)

L’art de gouverner en portrait.

Il paraît qu’à El Mouradia, on fait la queue comme au bureau des visas. C’est du moins ce qu’assure la chronique mondaine de la diplomatie en sous-main. Aussitôt, la gazette d'en face pousse des cris d'orfraie, dégaine le dictionnaire des pathologies mentales et décrète l'isolement d'un « enragé ». Grand style, grandes envolées, petite cuisine.

Quand la politique étrangère se résume à mesurer le diamètre des tapis rouges déroulés à Rome ou à Berlin, on n'est plus analyste : on est valet de chambre. Voir dans les visites des dirigeants européens un « repas rapide pour gérant de station-service », c'est oublier un détail qui chiffonne : dans une Europe prise au piège de sa souveraineté énergétique post-2022, ce sont précisément ces « gérants de station » qui fixent le prix du plein, verrouillent les pipelines transméditerranéens (Eni, Uniper) et arbitrent l'approvisionnement du flanc Nord de la Méditerranée. Le « service minimum » qualifié avec mépris par les chroniqueurs de cour pèse en réalité des milliards d'euros de contrats fermes et structurants.

L'art de la diversion : quand la paille cache la poutre

Mais pour que la comédie diplomatique tienne le coup, encore faudrait-il que le modèle qu'on nous vend en face brille par sa solidité. Manque de chance, le tableau dressé par la presse internationale est nettement moins reluisant. Dans une enquête cinglante publiée en ce mois de septembre 2026, l'hebdomadaire britannique The Economist dissèque la fragilité d'un système à bout de souffle :

·                La jeunesse à la nage : Pendant que les scribes de Rabat s'épanchent sur la prétendue solitude d'Alger, des centaines de jeunes Marocains continuent de jeter leurs espoirs et leur vie sur les grillages de Ceuta ou à l'assaut de la mer, fuyant un chômage structurel endémique et le naufrage d'un modèle socio-économique à bout de course.

·                Le simulacre des urnes : Le magazine britannique pointe l'abîme abyssal entre le storytelling du Palais et le désintérêt total d'une population en particulier les 18-24 ans  qui boycottes des parlements fantoches où les décisions réelles ne dépendent jamais des bulletins de vote, mais des arbitrages verrouillés du Makhzen.

·                Le clan des ombres : Au lieu d'ausculter la santé mentale des voisins, les plumitifs feraient bien de balayer devant leur porte en relisant les chapitres que The Economist consacre aux affaires d'espionnage (les dérives de la DGST), aux scandales de surveillance de masse et aux angoisses d'une transition de pouvoir assombrie par les absences répétées au sommet de l'État.

Rivalités du Golfe et souveraineté assumée

L'auteur de la diatribe originelle s'émeut également du « silence majestueux » d'Abou Dhabi face à la « fureur » algéroise. C’est la poésie des affaires : transformer des divergences géopolitiques majeures  du Sahel à la Corne de l'Afrique en une simple leçon de savoir-vivre aristocratique. La réalité est pourtant tout autre : ce que l'invective qualifie d'« humeur changeante » au Sahel masque un affrontement de doctrines. D'un côté, l'Algérie défend la profondeur stratégique de sa frontière sud et son refus d'un alignement sur les agendas des monarchies du Golfe ou des diplomaties occidentales. De l'autre, on tente de travestir l'autonomie d'un État souverain en « isolement » pour complaire aux bailleurs de fonds. Proclamer l'Algérie isolée alors qu'elle siège au Conseil de sécurité de l'ONU et pèse sur les équilibres énergétiques de la Méditerranée relève de la pure bouffonnerie médiatique.

Conclusion : Rangez le stéthoscope

On ne peut qu’applaudir la politique étrangère algérienne,  pour ses rigidités et sa rhétorique souveraine. Mais remplacer la géopolitique des rapports de force par une psychanalyse de bazar sous forme de pamphlet relève de l'imposture théâtrale. Messieurs les chroniqueurs de cour, au lieu de jouer les psychiatres de pacotille, relisez l'actualité internationale, rangez le stéthoscope et sortez les cartes : la politique, ce n'est pas de la thérapie, c'est du rapport de force. Et à ce jeu-là, les leçons de morale de ceux qui vivent sur une poudrière sociale font surtout beaucoup rire.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »    

Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

À lire certains éditorialistes marocains, on pourrait croire que l'Histoire est déjà terminée, que le verdict est rendu et que l'Algérie n'aurait plus qu'à contempler, impuissante, la prétendue « montée en puissance » du Royaume. Ce récit est moins une analyse qu'un exercice d'autocélébration. Il relève davantage du catéchisme politique que de la géopolitique.

L'auteur ne démontre pas ; il proclame. Il n'argumente pas ; il décrète. Son texte accumule les certitudes comme d'autres collectionnent les slogans. Chaque hypothèse devient une vérité, chaque évolution diplomatique se transforme en victoire définitive, chaque désaccord est présenté comme la preuve d'un supposé déclin algérien.

La méthode est vieille comme la propagande : grossir ses succès, minimiser ses difficultés, caricaturer l'adversaire et annoncer la victoire avant même que les faits ne l'aient consacrée.

Franchement, y a un truc qui saute aux yeux dans cette presse du Palais. On dirait que le match est déjà fini. Que le Maroc aurait déjà gagné l'Histoire et que l'Algérie serait juste là pour regarder passer le train.

Sauf que... non.

Le texte ne démontre pas grand-chose. Il affirme. Il enchaîne les certitudes, les formules, les effets d'annonce. À chaque fois, le même schéma : le moindre succès du Maroc devient un tournant historique, et tout ce qui concerne l'Algérie est ramené à l'échec ou à l'immobilisme.

Ça ressemble plus à un récit qu'à une analyse.

Le plus étonnant est cette obsession de l'Algérie. Si le Maroc est réellement aussi sûr de sa réussite qu'on le prétend, pourquoi consacrer autant de colonnes à expliquer que son voisin serait dépassé ? Les puissances confiantes regardent vers l'avenir ; les puissances anxieuses regardent constamment par-dessus leur épaule.

L'auteur parle d'une Algérie « sans vision ». Pourtant, il oublie un détail essentiel : un État ne se résume pas à des éditoriaux enthousiastes. Il se mesure à ses capacités industrielles, à ses infrastructures, à sa souveraineté énergétique, à sa politique de défense, à son système éducatif, à sa recherche scientifique et à sa faculté d'investir dans le long terme. Ces réalités ne disparaissent pas parce qu'un chroniqueur les ignore.

Il est tout aussi révélateur de voir l'auteur transformer chaque évolution diplomatique concernant le Sahara en certificat définitif de légitimité. La réalité est plus nuancée. Les positions internationales ont certes évolué ces dernières années, mais le dossier demeure traité dans le cadre des Nations unies, qui continuent d'appeler à une solution politique négociée. La résolution 2797 renforce le cadre des discussions, sans pour autant effacer d'un trait cinquante années de contentieux ni faire disparaître la nécessité d'un règlement politique accepté par les parties.

Plus grave encore, l'article avance plusieurs affirmations présentées comme des certitudes — notamment sur les populations des camps de Tindouf ou sur des décisions supposément imposées à l'Algérie par les États-Unis — sans apporter le moindre élément probant. Une affirmation répétée avec assurance ne devient pas un fait. Elle demeure une affirmation tant qu'elle n'est pas étayée.

Au fond, cette tribune révèle surtout une chose : certains milieux politiques semblent avoir besoin d'une Algérie imaginaire pour célébrer un Maroc idéalisé. On fabrique un voisin caricatural afin de mieux se mettre en scène. C'est une vieille recette : lorsqu'on peine à convaincre par les résultats, on construit un récit héroïque.

Mais l'Histoire est moins sensible aux effets de manche qu'aux réalités. Les campagnes médiatiques passent ; les rapports de force évoluent ; les équilibres régionaux changent. Ce qui demeure, ce sont les faits, pas les envolées lyriques.

Le Maghreb mérite mieux que cette littérature de confrontation permanente. Il mérite des analyses sérieuses, des débats honnêtes et des comparaisons fondées sur des données plutôt que sur des professions de foi.

À force de confondre communication et démonstration, certains éditorialistes finissent par croire que la plume peut remplacer la réalité. Or la réalité possède un défaut redoutable : elle résiste toujours aux slogans.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/