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CRINK : quand l'Occident découvre enfin ce que signifie la concurrence:

Panique dans les beaux quartiers de l'Empire.

Les éditorialistes de garde ont trouvé leur nouveau croque-mitaine : le « CRINK ». Chine, Russie, Iran, Corée du Nord. Rien que le nom sonne comme une marque de pesticide ou une maladie tropicale. C'est parfait : avant même de réfléchir, le lecteur doit déjà ressentir une légère démangeaison géopolitique.

Le scénario est connu. Depuis la chute de l'Union soviétique, l'Occident se considérait comme le propriétaire officiel de la planète. Les États-Unis géraient la sécurité, l'Europe distribuait les certificats de moralité, les marchés financiers écrivaient les commandements, et le reste du monde était prié d'applaudir.

Puis un problème est apparu.

Les autres existent.

Quelle impolitesse.

Voilà que des puissances refusent désormais d'occuper éternellement le rôle de figurants dans un film écrit à Washington. Et cette simple idée déclenche chez certains chroniqueurs la même angoisse qu'un aristocrate de 1788 découvrant que les domestiques savent lire.

Le plus drôle est cette manière de présenter l'ordre occidental comme un phénomène naturel. Une sorte de climat géopolitique. Une évidence. Une gravité terrestre.

L'hégémonie américaine ? La stabilité.

Les sanctions économiques ? La défense des valeurs.

Les guerres préventives ? La sécurité collective.

Les coups d'État soutenus à l'étranger ? La promotion de la démocratie.

Les bases militaires sur plusieurs continents ? La paix.

Mais que la Chine finance ses partenaires, que la Russie cherche des alliés ou que l'Iran défende ses intérêts régionaux, et soudain les éditorialistes voient surgir les quatre cavaliers de l'Apocalypse chevauchant des missiles nucléaires.

La règle est simple : quand l'Occident avance ses pions, c'est l'ordre mondial ; quand les autres bougent les leurs, c'est le chaos.

Une merveille de cohérence.

On nous explique que Pékin soutient une « économie de guerre ».

Émouvant.

Les mêmes pays qui consacrent des centaines de milliards aux dépenses militaires, exportent des armes aux quatre coins du globe et transforment chaque conflit en salon professionnel pour industriels de la défense découvrent soudain les vertus du pacifisme.

Les marchands de canons organisent désormais des conférences sur les dangers du bruit.

L'ironie atteint même des sommets himalayens lorsqu'il est question de libre-échange.

Pendant quarante ans, l'Occident a expliqué à la planète entière que la concurrence était une loi sacrée.

Puis la Chine est devenue compétitive.

Et là, miracle.

Les apôtres du marché libre ont commencé à dresser des barrières douanières avec l'énergie de castors sous amphétamines.

Les champions du libéralisme réclament désormais des protections.

Les défenseurs de la mondialisation découvrent les vertus du patriotisme économique.

Les prêtres du libre-échange deviennent soudain douaniers. On dirait un végétarien surpris en train de dévorer un sanglier. Le véritable sujet n'est pourtant ni la Russie, ni l'Iran, ni la Corée du Nord, ni même la Chine.

Le sujet est la panique existentielle d'une élite qui confond depuis longtemps ses intérêts avec ceux de l'humanité entière.

Depuis des décennies, les puissances occidentales parlent de « communauté internationale » comme Louis XIV parlait de l'État.

Avec le même sous-entendu.

« La communauté internationale, c'est nous. »

Le reste du monde est toléré à condition de voter correctement. Or voici qu'une partie croissante de la planète refuse de jouer ce rôle décoratif.

Là réside la véritable source d'angoisse. Car ce qui vacille aujourd'hui n'est pas l'ordre mondial. C'est le monopole occidental sur la définition de cet ordre.

Les éditorialistes peuvent bien invoquer les périls, les menaces, les axes du mal recyclés et les acronymes anxiogènes.

Derrière la fumée des grands discours, on distingue surtout une vieille puissance qui regarde le miroir de l'Histoire et découvre une vérité désagréable.

Le monde n'est plus son domaine privé.

Et il n'existe rien de plus insupportable pour un hégémon que de devoir vivre sous les règles qu'il imposait aux autres.

Voilà le scandale.

Voilà la tragédie.

Voilà le véritable « danger pour la stabilité internationale ».

Les maîtres du jeu découvrent enfin ce que signifie avoir des adversaires.

A.T

À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! sur https://wahrani31.substack.com/

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
«
Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  

https://kadertahri.blogspot.com/

 

Le grand mensonge stratégique multipolaire BRICS, Russie, Chine


 Analyse critique de l’illusion du monde multipolaire face à l’hégémonie américaine. Pourquoi les BRICS, la Russie et la Chine échouent à contester l’ordre atlantiste.

Depuis plusieurs années, le discours dominant chez les puissances dites « émergentes » martèle l’avènement d’un monde multipolaire, censé mettre fin à la domination occidentale et à l’ordre atlantiste. Pourtant, l’actualité internationale démontre l’exact inverse : l’hégémonie américaine demeure intacte, non pas par accident, mais par une stratégie cohérente, agressive et assumée.

Les États-Unis restent aujourd’hui la seule puissance capable de combiner projection militaire globale, domination financière, contrôle technologique et guerre informationnelle. Cette supériorité ne repose pas uniquement sur la force armée, mais sur un système impérial complet : dollar comme arme stratégique, sanctions extraterritoriales, OTAN comme bras armé, et alignement politique forcé des alliés européens. Face à cela, les discours sur la fin de l’unipolarité sonnent creux.

Les alliances alternatives — BRICS, partenariats eurasiatiques, coopérations Sud-Sud — sont régulièrement présentées comme des contre-pouvoirs crédibles. Dans les faits, elles ne constituent ni des alliances militaires, ni des blocs politiques unifiés, mais des cadres de coopération économique limités, sans mécanisme de solidarité stratégique. Dès qu’un État entre en confrontation directe avec Washington, ces alliances révèlent leur impuissance.

La Russie, souvent fantasmée comme le principal pôle de résistance à l’ordre atlantiste, agit avant tout selon une logique de réalisme brutal. Elle défend ses intérêts vitaux, pas ceux de ses partenaires idéologiques. Lorsqu’un allié périphérique est menacé, Moscou privilégie l’évitement, la temporisation ou la négociation indirecte. Cette posture, rationnelle militairement, ruine toutefois la crédibilité d’un leadership alternatif capable de fédérer durablement des États souverains face à l’Empire américain.

La Chine, de son côté, incarne une autre forme de renoncement stratégique à court terme. Pékin mise sur la puissance économique, la maîtrise industrielle, la domination technologique et le temps long. Mais en refusant toute confrontation directe avec les États-Unis, elle accepte implicitement les règles du jeu imposées par l’ordre atlantiste. Cette prudence stratégique protège ses intérêts internes, mais sacrifie ses partenaires extérieurs, exposés sans véritable garantie de protection.

Pendant ce temps, Washington applique une ligne constante : empêcher l’émergence de tout bloc souverain capable de remettre en cause son leadership. Cela passe par la fragmentation de l’Europe, la neutralisation des BRICS, la diabolisation systématique des États récalcitrants et la promotion du bilatéralisme contraint, terrain sur lequel les États-Unis écrasent leurs adversaires un par un. Diviser pour régner reste la matrice fondamentale de la géopolitique américaine.

Cette stratégie n’est pas seulement une démonstration de force ; elle révèle aussi une peur profonde : celle de voir, à moyen terme, des puissances continentales transformer leur poids économique en souveraineté stratégique réelle. Mais loin d’adopter une posture défensive, les États-Unis préfèrent frapper en amont, tant que l’asymétrie de puissance leur est favorable.

La leçon est brutale mais claire : la souveraineté ne se délègue pas, elle se construit et se défend. Les États qui misent sur des alliances idéologiques, des promesses multipolaires ou des partenaires prudents se condamnent à l’isolement au moment décisif. Dans l’ordre international réel — et non celui des discours — seuls comptent la dissuasion crédible, l’autonomie stratégique et la capacité à assumer le rapport de force.

Si la Russie et la Chine entendent réellement incarner une alternative crédible à l’ordre atlantiste et défendre l’émergence d’un monde multipolaire, elles ne peuvent plus se contenter d’une posture d’observateurs prudents pendant que leurs partenaires sont attaqués, asphyxiés ou bombardés par les États-Unis et leurs alliés. Washington et l’Europe, eux, ne doutent jamais lorsqu’il s’agit d’intervenir pour protéger leurs intérêts et leurs partenaires stratégiques. Cette différence de comportement envoie un message clair — et profondément dissuasif — à l’ensemble du système international.

Il est évident qu’une aide existe : conseils militaires, soutien stratégique, livraisons de matériel, coopération discrète. Mais cette approche indirecte atteint aujourd’hui ses limites. Elle ne suffit plus à dissuader l’agression. Après l’Iran, c’est le Venezuela qui se retrouve sous pression directe. Demain, quels seront les prochains ? Les États africains de l’AES ? Le Nicaragua ? La Colombie ? D’autres nations jugées trop indépendantes ou trop récalcitrantes ? Jusqu’où cette logique d’intervention unilatérale pourra-t-elle se poursuivre sans rencontrer de réponse claire et assumée ?

La question centrale est simple et brutale : les États-Unis et leur appareil militaire peuvent-ils continuer à frapper les partenaires de la Russie et de la Chine sans jamais faire face à une riposte à la hauteur de l’enjeu ? Si la réponse est oui, alors la multipolarité n’est qu’un slogan vide. Si la réponse est non, alors elle doit se traduire concrètement dans les faits.

Pourquoi la Russie et la Chine, pourtant dotées de capacités militaires majeures et de la dissuasion nucléaire, ne pourraient-elles pas assurer une protection réelle et crédible à leurs partenaires stratégiques ? Peut-on sérieusement imaginer que, si la Chine engageait une action décisive contre Taïwan, les États-Unis resteraient passifs, invoquant la prudence ou le temps long ? L’histoire récente démontre exactement l’inverse.

On ne peut pas revendiquer la multipolarité tout en acceptant que ses alliés soient systématiquement exposés, affaiblis ou détruits. Un monde multipolaire ne se proclame pas, il se défend. Le rapport de force ne changera pas par incantation, mais par des lignes rouges claires, assumées et crédibles.

Il est désormais impératif que la Fédération de Russie et la République populaire de Chine changent de logiciel stratégique. Non pour rechercher l’escalade, mais pour rétablir la dissuasion. L’histoire internationale ne respecte pas les puissances hésitantes. Elle respecte celles qui assument leurs responsabilités lorsque l’agression devient systémique.

Le monde multipolaire n’est donc pas une réalité, mais un champ de bataille idéologique. Tant que ceux qui s’en réclament refuseront d’en payer le prix politique, militaire et économique, il restera un slogan utile pour masquer la persistance d’un empire américain toujours capable d’imposer sa loi.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
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