Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Déclassement, nostalgie coloniale et haine médiatique : pourquoi la France s’acharne sur l’Algérie :

Je reviens un peu sur la diffusion, le 22 janvier, par le service public français France 2, du numéro de Complément d’enquête intitulé « Rumeurs et coups tordus, la guerre secrète entre la France et l’Algérie » qui constitue un acte politique majeur à mon sens. Non pas une simple émission de télévision, non pas un exercice journalistique discutable, mais un moment de bascule, où la frontière entre information, propagande et règlement de comptes postcoloniaux a été délibérément franchie.

Car il faut appeler les choses par leur nom : ce programme ne documente pas une « guerre secrète », il la fabrique. Il ne révèle pas une hostilité, il l’organise. Il ne questionne pas le pouvoir, il sert une stratégie politique inscrite dans une séquence électorale française marquée par la panique, le déclassement et l’absence totale de projet.

Une hostilité construite, méthodique et assumée

Depuis l’été 2024, un climat délétère s’est progressivement installé dans le discours politique et médiatique français à l’égard de l’Algérie. Cette hostilité ne relève ni d’un malentendu diplomatique, ni d’un différend circonstanciel. Elle est structurelle, idéologique et historique. Elle s’inscrit dans la continuité d’un refus jamais digéré : celui de l’indépendance algérienne.

La coïncidence entre cette escalade et le séisme politique provoqué par les élections législatives de juin 2024 est tout sauf fortuite. La recomposition politique française, défavorable aux droites traditionnelles et aux extrêmes droites, a déclenché une stratégie de repli identitaire classique : désigner un ennemi extérieur, activer les peurs, réveiller les fantômes coloniaux et mobiliser l’inconscient collectif autour d’un récit national blessé.

Dans cette mécanique, l’Algérie occupe une place centrale. Elle cristallise à la fois la mémoire de la défaite coloniale, la question migratoire, l’islam, la souveraineté perdue et le ressentiment d’un empire déchu.

Le service public français comme relais idéologique

Que cette opération soit menée par un média public est particulièrement grave. Complément d’enquête a recyclé, sans nuance ni distance critique, des schémas narratifs hérités de la guerre coloniale :

  • un État algérien présenté comme intrinsèquement autoritaire,
  • des services soupçonnés de manipulations et de menaces,
  • une diaspora décrite comme instrumentalisée, voire prise en otage.

Ce récit n’est pas nouveau. Il est exactement celui qui, dans les années 1950, qualifiait le FLN d’organisation terroriste, criminelle, prédatrice, afin de délégitimer une lutte de libération nationale pourtant reconnue aujourd’hui par l’Histoire.

Les profils choisis comme témoins militants séparatistes, figures marginales, influenceurs notoirement hostiles à l’État algérien, ne relèvent pas d’un pluralisme malheureux, mais d’un choix politique assumé. Comme hier les harkis furent instrumentalisés contre l’Algérie indépendante, certains acteurs sont aujourd’hui recyclés comme leviers de déstabilisation symbolique.

Une diplomatie algérienne irréprochable, une accusation infondée

Il est essentiel de le rappeler avec force : l’Algérie n’a initié aucune escalade. Sa diplomatie est reconnue pour sa constance, son attachement au droit international, à la souveraineté des États et à la résolution pacifique des conflits. Elle entretient d’excellentes relations avec de nombreux partenaires européens, y compris membres de l’OTAN, ce qui ruine toute tentative d’isolement diplomatique.

La véritable rupture est venue de Paris. La reconnaissance unilatérale, en juillet 2024, de la « marocanité » du Sahara occidental par le président Emmanuel Macron constitue un acte de rupture délibéré, en violation des résolutions des Nations unies et de la position historique de neutralité française. Ce choix, effectué au lendemain d’une débâcle électorale, révèle sa nature réelle : un acte de politique intérieure, destiné à flatter des segments électoraux précis, au prix d’un conflit durable avec l’Algérie.

Le traumatisme post-impérial français

Au fond, cette offensive n’est pas dirigée contre l’Algérie en tant que telle. Elle est le symptôme d’un malaise français plus profond : un déclassement économique, diplomatique, militaire et symbolique que les élites françaises refusent d’assumer.

Dans leur imaginaire, ce déclassement commence avec la perte de l’Algérie. Ce traumatisme non résolu continue d’empoisonner leur rapport au monde. Incapables de rivaliser par la compétitivité économique, l’innovation ou l’offre politique, certains cercles rêvent encore d’un retour à une relation asymétrique, faite de dépendance, de pression et d’extraction de ressources, non plus par les canonnières, mais par la contrainte diplomatique, médiatique et collective.

Ne disposant ni des moyens militaires, ni des leviers économiques pour imposer leur volonté à l’Algérie, ces cercles cherchent à européaniser et otaniser le conflit, espérant entraîner l’Union européenne et l’Alliance atlantique dans une logique de coercition indirecte. Une stratégie vouée à l’échec, tant l’Algérie a diversifié ses alliances et consolidé sa position internationale.

L’Algérie face à la tempête

Face à cette guerre diplomatico-médiatique, l’Algérie doit opposer une ligne claire : ni naïveté, ni réaction émotionnelle. Cette offensive ira crescendo jusqu’aux élections présidentielles françaises de 2027, avant de s’éteindre, une fois l’objectif électoral atteint.

En attendant, l’Algérie avance. Elle se développe, s’industrialise, modernise ses infrastructures, renforce sa souveraineté énergétique, alimentaire et militaire. Pendant que certains médias français s’acharnent à caricaturer une « Algérie autoritaire », le pays construit patiemment les bases de son autonomie stratégique.

Se libérer définitivement du complexe colonial

Il est temps, pour les Algériens, de se débarrasser définitivement du complexe du colonisé. Le régime français qui s’agite aujourd’hui est un régime en perte de crédibilité internationale, en crise politique chronique, économiquement fragilisé et diplomatiquement aligné.

Répondre à ses provocations, c’est encore lui accorder une centralité qu’il ne mérite plus. La véritable réponse réside dans la constance, la souveraineté et la confiance en soi.

Car au bout du compte, cette agitation révèle moins la faiblesse de l’Algérie que la déliquescence d’un système politique français incapable d’assumer la fin de son monde.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Non, la colonisation de l’Algérie n’a pas « civilisé » : elle a détruit !

Certains intellectuels français persistent à entretenir la fable d’une colonisation bienveillante, civilisatrice, presque nécessaire. Qu’il s’agisse des dithyrambes autour de la « conquête » de l’Algérie, ou des diatribes sur la supposée « névrose algérienne », un même mécanisme est à l’œuvre : blanchir l’histoire coloniale, inverser les responsabilités, et transformer les victimes en coupables.

Je relève à mon tour que certains récits, comme ceux consacrés à l’ouvrage sur la conquête de l’Algérie, on croirait presque que la colonisation française aurait été une étape «nécessaire», une aventure civilisatrice, voire un laboratoire social généreux. Une telle présentation est non seulement trompeuse, mais dangereuse : elle recycle les mythes coloniaux qui, depuis deux siècles, servent à maquiller une guerre de conquête en geste humanitaire.

Des mots « appropriation », « cohabitation », « expérimentation sociale » sont des euphémismes indécents. La vérité est là : enfumades dans les grottes ((Les estimations oscillent entre 700 et plus de 1 000 victimes humaines.), villages entiers rasés, terres volées, famines organisées, populations réduites à l’indigénat. Entre 1830 et 1872, un tiers de la population algérienne a disparu. Est-ce cela, votre civilisation ?

Ah, la rengaine est de retour. Chaque fois qu’on parle de colonisation, voilà qu’arrivent les défenseurs de « l’Algérie française », la larme à l’œil et le verbe docte, pour nous expliquer que, sans la France, les Algériens n’auraient jamais découvert ni la roue, ni la lumière, ni qui sait l’hygiène. On se demande encore comment ce peuple, supposément plongé dans l’obscurité totale, avait réussi à exister plusieurs millénaires avant 1830. Miracle ou magie noire, sans doute.

Non, les infrastructures ne furent pas un cadeau

Ils nous brandissent les routes, les ports, l’école comme preuves de modernisation. Mais ces routes servaient d’abord aux colonnes militaires ; ces ports exportaient le blé et le vin spoliés ; ces écoles formaient une élite docile, tout en maintenant la masse dans l’analphabétisme. La colonisation ne construisait pas pour les Algériens : elle construisait contre eux, pour enrichir la métropole et asseoir la domination.

Oui, l’Algérie s’est forgée, mais dans la résistance

Ah, celle-là, je l’adore. Donc avant les canons de Bugeaud, l’Algérie n’existait pas ? C’était un décor vide, avec des figurants qui attendaient sagement qu’un général français vienne leur donner un nom, un drapeau et un mode d’emploi ? Comme si les royaumes berbères, les dynasties musulmanes, la régence d’Alger étaient des hologrammes en attente d’une colonie. Sérieusement ? C’est comme dire qu’un incendiaire a « inventé » la maison qu’il vient de brûler.

C’est Abd el-Kader, pas Bugeaud, qui a donné à ce pays son souffle politique. C’est la guerre de libération, pas le Code de l’indigénat, qui a forgé l’État moderne. L’Algérie est née du refus d’être soumise, pas du joug colonial. Voilà la vérité que vous cherchez à travestir.

Cesser de se cacher derrière les échecs du FLN

Enfin, à vous qui détournez le regard en pointant du doigt la corruption, la dictature ou la guerre civile post-indépendance : votre argument est fallacieux. Oui, l’Algérie indépendante a connu ses drames et ses trahisons. Mais ces échecs n’effacent pas les crimes coloniaux, pas plus que la misère actuelle d’un peuple ne justifie qu’il ait été autrefois asservi. Et n’oubliez pas : beaucoup des travers du pouvoir algérien sont l’héritage direct d’un État colonial militarisé et autoritaire.

L’Algérie n’est pas une invention française

On lit encore que « l’Algérie est une création française ». C’est une absurdité historique. L’Algérie existait bien avant 1830, dans sa profondeur humaine, culturelle et politique : royaumes berbères, dynasties musulmanes, régence ottomane. Ce que la France a inventé, ce n’est pas l’Algérie : c’est une colonie taillée pour servir ses intérêts militaires et économiques, construite sur la négation des peuples qui y vivaient.

La mission civilisatrice : un alibi pour la spoliation

L’idée que la colonisation aurait apporté l’école, les infrastructures, le progrès est un mensonge répété à l’envi. Les routes et les ports ? Ils servaient à déplacer les troupes et exporter les richesses vers la métropole.

L’école ?

Réservée aux colons et à une élite minoritaire, destinée à fabriquer des auxiliaires de l’administration coloniale. Pendant ce temps, la grande majorité des Algériens était maintenue dans l’analphabétisme et la misère.

La « mission civilisatrice » fut un habillage idéologique. En réalité, la colonisation signifiait spoliation massive des terres, apartheid juridique du Code de l’indigénat, et dépossession culturelle systématique.

L’Algérie s’est forgée contre, et non grâce à la colonisation

Ce que la France a voulu étouffer, les résistances l’ont fait naître. Abd el-Kader incarne la première affirmation nationale, prolongée plus d’un siècle plus tard par la guerre de libération. C’est dans la lutte, pas dans l’assimilation forcée, que s’est forgée la conscience algérienne. L’Algérie moderne est fille de la résistance, pas de l’occupation.

 Mais enfin, regardez l’Algérie d’aujourd’hui !

Certains, pour dédouaner la France, n’hésitent pas à pointer les dérives du régime algérien après 1962 : autoritarisme, corruption, guerre civile. Mais ce procédé est une diversion. Les erreurs des dirigeants algériens ne sauraient en rien justifier ou minimiser 132 ans d’apartheid colonial. D’autant que bien des travers de l’État algérien indépendant centralisation autoritaire, militarisation du pouvoir sont directement hérités de l’organisation coloniale.

Argument préféré des nostalgiques. Traduction : puisque vous avez des problèmes politiques et économiques en 2025, cela prouve qu’on aurait dû vous coloniser encore un siècle de plus. Génial. Avec ce raisonnement, on pourrait dire que puisque la France actuelle a ses crises sociales et ses scandales de corruption, elle aurait bien besoin de se faire recoloniser par qui ? L’Allemagne, pour parler enfin l’Allemand ou lieu du Français que l’Afrique presque entière vient de le refuser.

La vérité ? Elle pique

La colonisation n’a pas apporté la lumière, elle a imposé les ténèbres de l’apartheid. Elle n’a pas bâti une nation, elle a tenté d’en étouffer une. Elle n’a pas donné, elle a pris. Et ceux qui continuent de parler de « bienfaits » ressemblent à ces pickpockets qui, après vous avoir volé votre portefeuille, vous expliquent qu’ils vous ont « soulagé du poids ».

Nostalgie coloniale : une maladie française

À force, on se demande si ce n’est pas ça, la fameuse « névrose » : cette incapacité de certains Français à tourner la page de leur empire perdu, préférant se bercer de contes pour enfants plutôt que d’affronter la vérité. Eh bien non, désolé : l’Algérie n’était pas une page blanche. Et la France coloniale n’était pas une institutrice bienveillante, mais une armée d’occupation.

Alors, amis nostalgiques, rangez vos violons. La civilisation ne sort pas du canon d’un fusil. L’histoire n’est pas un roman de cape et d’épée. Et votre empire, quoi que vous en disiez, n’a pas laissé des bienfaits mais des cicatrices.

Assez de nostalgie coloniale

Messieurs les nostalgiques, cessez de travestir l’histoire. La colonisation ne fut pas une mission civilisatrice : ce fut une spoliation, un apartheid et une guerre de destruction. Persister à la présenter comme un bienfait, c’est insulter la mémoire de millions de victimes et prolonger l’arrogance d’un empire disparu.

La seule attitude digne aujourd’hui n’est pas la nostalgie, mais la lucidité. La France ne s’abaisse pas en reconnaissant ses crimes : elle s’honore. À continuer de se réfugier dans le mythe, elle ne fait que retarder le jour où les mémoires pourront, enfin, se réconcilier dans la vérité.

La vérité est claire : la colonisation de l’Algérie fut une entreprise de domination violente, qui a détruit des vies, des structures sociales et des cultures entières pour enrichir la France et asseoir sa puissance. La présenter encore aujourd’hui comme une œuvre « civilisatrice » est une insulte à la mémoire des victimes et un obstacle à toute réconciliation sincère.

Reconnaître cela ne signifie pas s’enfermer dans une « guerre mémorielle ». Cela signifie simplement dire la vérité. Car sans vérité, il ne peut y avoir ni paix des mémoires, ni avenir partagé.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/