Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Le « Conseil de la paix » un instrument de domination globale !

Il faut rompre avec le langage feutré de la diplomatie pour nommer la réalité politique qui se dissimule derrière le projet de « Conseil de la paix » lancé par Donald Trump. Ce dispositif, présenté comme une réponse pragmatique à l’impuissance supposée de l’ONU, constitue en vérité l’une des offensives les plus dangereuses jamais menées contre le principe même d’un ordre international fondé sur le droit. Il ne s’agit pas de réformer la gouvernance mondiale, mais de la confisquer.

Le discours qui accompagne la naissance de ce Conseil relève d’une rhétorique bien rodée : l’ONU serait obsolète, inefficace, paralysée par ses propres règles. Cette critique, largement partagée, est cependant utilisée ici comme un prétexte. Car ce n’est pas l’échec du multilatéralisme qui est combattu, mais ce qu’il contient encore de contraignant pour les grandes puissances. L’ONU n’a pas échoué par excès de règles, mais par sabotage délibéré de celles-ci, au premier rang desquels, figure les États-Unis eux-mêmes.

Le « Conseil de la paix » n’est donc pas une alternative, mais une entreprise de substitution. Il vise à court-circuiter le système onusien en installant un organe parallèle, dépourvu de toute légitimité universelle, mais doté d’une efficacité redoutable précisément parce qu’il échappe à toute forme de contrôle collectif. Là où le Conseil de sécurité est bloqué par le droit de veto, Trump propose un organe où le veto devient personnel, concentré entre les mains d’un seul homme.

La Charte fondatrice du Conseil est, à cet égard, édifiante. Les États membres ne sont ni élus ni désignés selon un principe de représentation équitable, mais invités à titre discrétionnaire. Les mandats sont révocables, conditionnels, renouvelables à la convenance du président. Les contributions financières ouvrent droit à des privilèges politiques. La paix, désormais, se finance ; la légitimité s’achète ; la souveraineté se négocie.

Cette architecture institutionnelle rompt radicalement avec le socle minimal du droit international : l’égalité souveraine des États. Elle instaure un système hiérarchique, où quelques pays exécutent pendant qu’un seul décide. Donald Trump n’y agit pas comme un médiateur ou un garant, mais comme une autorité exécutive suprême, cumulant pouvoir de nomination, droit de veto et monopole de l’interprétation juridique. Le multilatéralisme est vidé de sa substance pour devenir une simple mise en scène.

Dans ce cadre, Gaza apparaît comme un laboratoire grandeur nature. Territoire déjà dévasté par des décennies de violations du droit international, il est aujourd’hui envisagé comme un terrain d’expérimentation pour cette nouvelle diplomatie de tutelle. La paix n’y est pas conçue comme l’expression du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais comme une opération de gestion confiée à une coalition d’États alignés. Si Gaza peut être administrée sans souveraineté, alors aucun pays du Sud n’est à l’abri.

Car le projet est fondamentalement exportable. Afrique, Amérique latine, Asie : partout où les équilibres régionaux résistent aux intérêts dominants, le « Conseil de la paix » pourra être invoqué pour justifier une mise sous contrôle politique, économique ou sécuritaire. La Charte ne prévoit aucun contre-pouvoir crédible, aucun mécanisme de reddition de comptes, aucune garantie pour les peuples concernés. L’arbitraire devient la norme, la stabilité un slogan.

L’objectif final est clair : marginaliser définitivement l’ONU. Non pas en la réformant, mais en l’asphyxiant. En détournant financements, légitimité et initiatives vers un organe concurrent, Washington prépare l’effacement progressif d’une institution pourtant centrale dans l’imaginaire juridique international. L’enterrement du multilatéralisme ne serait alors plus une conséquence involontaire de l’histoire, mais un choix politique assumé.

Sous ses apparences de modernité et d’efficacité, le « Conseil de la paix » consacre ainsi un monde régi par la loi du plus fort, maquillée en gouvernance responsable. Il transforme la paix en instrument de domination et le droit international en décor symbolique. Face à un tel projet, le silence équivaut à une approbation tacite. Le refuser n’est pas un acte idéologique, mais une nécessité politique.

Car lorsque la paix cesse d’être un droit pour devenir un outil de pouvoir, ce n’est plus la sécurité du monde qui est en jeu, mais sa soumission.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Le grand mensonge stratégique multipolaire BRICS, Russie, Chine


 Analyse critique de l’illusion du monde multipolaire face à l’hégémonie américaine. Pourquoi les BRICS, la Russie et la Chine échouent à contester l’ordre atlantiste.

Depuis plusieurs années, le discours dominant chez les puissances dites « émergentes » martèle l’avènement d’un monde multipolaire, censé mettre fin à la domination occidentale et à l’ordre atlantiste. Pourtant, l’actualité internationale démontre l’exact inverse : l’hégémonie américaine demeure intacte, non pas par accident, mais par une stratégie cohérente, agressive et assumée.

Les États-Unis restent aujourd’hui la seule puissance capable de combiner projection militaire globale, domination financière, contrôle technologique et guerre informationnelle. Cette supériorité ne repose pas uniquement sur la force armée, mais sur un système impérial complet : dollar comme arme stratégique, sanctions extraterritoriales, OTAN comme bras armé, et alignement politique forcé des alliés européens. Face à cela, les discours sur la fin de l’unipolarité sonnent creux.

Les alliances alternatives — BRICS, partenariats eurasiatiques, coopérations Sud-Sud — sont régulièrement présentées comme des contre-pouvoirs crédibles. Dans les faits, elles ne constituent ni des alliances militaires, ni des blocs politiques unifiés, mais des cadres de coopération économique limités, sans mécanisme de solidarité stratégique. Dès qu’un État entre en confrontation directe avec Washington, ces alliances révèlent leur impuissance.

La Russie, souvent fantasmée comme le principal pôle de résistance à l’ordre atlantiste, agit avant tout selon une logique de réalisme brutal. Elle défend ses intérêts vitaux, pas ceux de ses partenaires idéologiques. Lorsqu’un allié périphérique est menacé, Moscou privilégie l’évitement, la temporisation ou la négociation indirecte. Cette posture, rationnelle militairement, ruine toutefois la crédibilité d’un leadership alternatif capable de fédérer durablement des États souverains face à l’Empire américain.

La Chine, de son côté, incarne une autre forme de renoncement stratégique à court terme. Pékin mise sur la puissance économique, la maîtrise industrielle, la domination technologique et le temps long. Mais en refusant toute confrontation directe avec les États-Unis, elle accepte implicitement les règles du jeu imposées par l’ordre atlantiste. Cette prudence stratégique protège ses intérêts internes, mais sacrifie ses partenaires extérieurs, exposés sans véritable garantie de protection.

Pendant ce temps, Washington applique une ligne constante : empêcher l’émergence de tout bloc souverain capable de remettre en cause son leadership. Cela passe par la fragmentation de l’Europe, la neutralisation des BRICS, la diabolisation systématique des États récalcitrants et la promotion du bilatéralisme contraint, terrain sur lequel les États-Unis écrasent leurs adversaires un par un. Diviser pour régner reste la matrice fondamentale de la géopolitique américaine.

Cette stratégie n’est pas seulement une démonstration de force ; elle révèle aussi une peur profonde : celle de voir, à moyen terme, des puissances continentales transformer leur poids économique en souveraineté stratégique réelle. Mais loin d’adopter une posture défensive, les États-Unis préfèrent frapper en amont, tant que l’asymétrie de puissance leur est favorable.

La leçon est brutale mais claire : la souveraineté ne se délègue pas, elle se construit et se défend. Les États qui misent sur des alliances idéologiques, des promesses multipolaires ou des partenaires prudents se condamnent à l’isolement au moment décisif. Dans l’ordre international réel — et non celui des discours — seuls comptent la dissuasion crédible, l’autonomie stratégique et la capacité à assumer le rapport de force.

Si la Russie et la Chine entendent réellement incarner une alternative crédible à l’ordre atlantiste et défendre l’émergence d’un monde multipolaire, elles ne peuvent plus se contenter d’une posture d’observateurs prudents pendant que leurs partenaires sont attaqués, asphyxiés ou bombardés par les États-Unis et leurs alliés. Washington et l’Europe, eux, ne doutent jamais lorsqu’il s’agit d’intervenir pour protéger leurs intérêts et leurs partenaires stratégiques. Cette différence de comportement envoie un message clair — et profondément dissuasif — à l’ensemble du système international.

Il est évident qu’une aide existe : conseils militaires, soutien stratégique, livraisons de matériel, coopération discrète. Mais cette approche indirecte atteint aujourd’hui ses limites. Elle ne suffit plus à dissuader l’agression. Après l’Iran, c’est le Venezuela qui se retrouve sous pression directe. Demain, quels seront les prochains ? Les États africains de l’AES ? Le Nicaragua ? La Colombie ? D’autres nations jugées trop indépendantes ou trop récalcitrantes ? Jusqu’où cette logique d’intervention unilatérale pourra-t-elle se poursuivre sans rencontrer de réponse claire et assumée ?

La question centrale est simple et brutale : les États-Unis et leur appareil militaire peuvent-ils continuer à frapper les partenaires de la Russie et de la Chine sans jamais faire face à une riposte à la hauteur de l’enjeu ? Si la réponse est oui, alors la multipolarité n’est qu’un slogan vide. Si la réponse est non, alors elle doit se traduire concrètement dans les faits.

Pourquoi la Russie et la Chine, pourtant dotées de capacités militaires majeures et de la dissuasion nucléaire, ne pourraient-elles pas assurer une protection réelle et crédible à leurs partenaires stratégiques ? Peut-on sérieusement imaginer que, si la Chine engageait une action décisive contre Taïwan, les États-Unis resteraient passifs, invoquant la prudence ou le temps long ? L’histoire récente démontre exactement l’inverse.

On ne peut pas revendiquer la multipolarité tout en acceptant que ses alliés soient systématiquement exposés, affaiblis ou détruits. Un monde multipolaire ne se proclame pas, il se défend. Le rapport de force ne changera pas par incantation, mais par des lignes rouges claires, assumées et crédibles.

Il est désormais impératif que la Fédération de Russie et la République populaire de Chine changent de logiciel stratégique. Non pour rechercher l’escalade, mais pour rétablir la dissuasion. L’histoire internationale ne respecte pas les puissances hésitantes. Elle respecte celles qui assument leurs responsabilités lorsque l’agression devient systémique.

Le monde multipolaire n’est donc pas une réalité, mais un champ de bataille idéologique. Tant que ceux qui s’en réclament refuseront d’en payer le prix politique, militaire et économique, il restera un slogan utile pour masquer la persistance d’un empire américain toujours capable d’imposer sa loi.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
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