Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Le Makhzen dans sa fabrique médiatique d’un ennemi permanent "Algerie" !

 

Dans cette tribune, je fais une  analyse et déconstruit un discours médiatique fondé sur la généralisation et la stigmatisation, qui transforme un différend politique entre États en hostilité supposée entre peuples. Une mise en garde contre la fabrique de la haine et un plaidoyer pour une lucidité politique débarrassée des récits incendiaires. Je constante qu’à force de vouloir dénoncer l’autre, certains éditoriaux finissent par produire exactement ce qu’ils prétendent combattre : la haine. Cet article démonte une rhétorique qui essentialise un peuple, instrumentalise l’histoire et ferme la porte à toute perspective de paix maghrébine.

À force de vouloir dénoncer une hostilité supposée, certains éditoriaux finissent par en devenir l’illustration la plus éloquente. Le texte récemment publié par Assabah, prétendant analyser la relation algéro-marocaine, s’inscrit moins dans une démarche d’éclairage que dans une entreprise de construction d’un ennemi permanent, essentialisé, figé, et privé de toute complexité humaine et politique.

Sous couvert de “dire les choses telles qu’elles sont”, l’édito verse dans une rhétorique de la généralisation, où un régime, des choix diplomatiques, des médias officiels et une société entière se confondent en un seul bloc hostile. Cette confusion n’est ni innocente ni anodine : elle est le carburant classique des discours de rupture, ceux qui transforment les différends politiques en antagonismes civilisationnels.

Du désaccord politique à la stigmatisation d’un peuple

Affirmer qu’« une partie de la société algérienne a grandi dans un imaginaire structuré autour du rejet du Maroc » revient à poser une thèse grave : celle d’une haine transmise culturellement, presque héréditaire. Une telle affirmation, non étayée par des travaux sociologiques sérieux, relève moins de l’analyse que de l’assignation identitaire.

Les sociétés ne sont pas des blocs idéologiques homogènes. L’Algérie, comme le Maroc, est traversée par des courants contradictoires, des mémoires plurielles, des générations en rupture avec les récits officiels. Réduire une population de plus de quarante millions d’habitants à une hostilité “institutionnalisée” est non seulement intellectuellement paresseux, mais moralement dangereux. C’est exactement ce type de discours qui, dans d’autres contextes, a justifié l’exclusion, le mépris et la déshumanisation.

L’histoire comme arme, non comme responsabilité

Le rappel de l’expulsion des Marocains d’Algérie dans les années 1970 constitue un passage central du texte. Ce drame humain est réel, douloureux, et mérite reconnaissance, mémoire et réparation. Mais ici, il est instrumentalisé non pour ouvrir un espace de justice ou de dialogue, mais pour fermer toute possibilité de rapprochement, en assignant une culpabilité collective et transhistorique.

La mémoire n’est pas une massue. Lorsqu’elle est convoquée sans distinction entre les responsabilités politiques d’hier et les sociétés d’aujourd’hui, elle cesse d’être un devoir pour devenir un outil de ressentiment. Aucun peuple ne peut être éternellement tenu pour comptable des décisions d’un pouvoir passé, surtout lorsque ce peuple n’a jamais été consulté.

Le Sahara : la certitude comme stratégie d’exclusion

Le conflit du Sahara est présenté dans l’édito comme une pure fabrication algérienne, un artifice cynique destiné à nuire au Maroc. Une telle lecture, martelée comme une évidence, évacue toute la complexité juridique, historique et internationale de ce dossier, reconnu comme non résolu par les Nations unies.

On peut défendre fermement la position marocaine — et beaucoup le font — sans sombrer dans le déni de toute légitimité de la position adverse. Transformer un conflit politique en preuve absolue de malveillance revient à fermer la porte à toute issue diplomatique et à entretenir un climat de confrontation perpétuelle, au détriment des peuples de la région.

La logique du soupçon permanent : une impasse morale et politique

L’un des aspects les plus inquiétants du texte réside dans sa criminalisation de l’intention. Les gestes de fraternité lors d’événements sportifs seraient feints, les délégations étrangères porteuses d’arrière-pensées, la bonne foi nécessairement naïve. Cette vision paranoïaque du monde n’est pas de la lucidité : c’est une abdication de la raison.

Aucune paix régionale ne peut se construire sur le soupçon généralisé. À ce compte-là, tout échange devient une menace, toute rencontre une manipulation, toute ouverture une faiblesse. Ce discours ne protège pas les intérêts nationaux ; il les enferme dans une forteresse mentale, coupée des sociétés civiles et des dynamiques de rapprochement spontané entre peuples.

Une contradiction fondamentale

L’édito se réclame des valeurs marocaines d’hospitalité, d’ouverture et de fraternité, tout en expliquant qu’il faudrait s’en méfier, les restreindre, les entourer de barrières mentales. On ne peut pas, dans le même souffle, revendiquer des valeurs universelles et considérer qu’un peuple voisin en est par nature indigne.

Les valeurs ne sont pas stratégiques à géométrie variable. Elles perdent toute crédibilité lorsqu’elles sont invoquées uniquement pour se donner le beau rôle, tout en servant de prétexte à la diabolisation de l’autre.

La responsabilité des médias

Dans une région marquée par des décennies de tensions, les médias ont une responsabilité historique. Ils peuvent soit : contribuer à désescalader les récits de haine, soit alimenter une guerre des imaginaires où chaque peuple est sommé de haïr l’autre pour prouver sa loyauté nationale.

Présenter la méfiance comme sagesse et la fermeture comme maturité politique est une erreur grave. La véritable lucidité consiste à distinguer les États des peuples, les régimes des sociétés, les conflits des identités.

Refuser la haine comme horizon

Il est possible et nécessaire de défendre les intérêts du Maroc sans sombrer dans la stigmatisation, sans nourrir une vision essentialiste de l’Algérie et des Algériens. La critique politique gagne en force lorsqu’elle s’accompagne de rigueur intellectuelle et de sens moral.

La haine n’est pas un héritage naturel. Elle est produite, entretenue, rentable pour certains discours. La refuser n’est ni naïf ni faible : c’est un acte de responsabilité.

Alors, un conseil amical au Marocain chroniqueur (bergag sujet) : la prochaine fois qu’il voudra écrire sur l’Algérie, qu’il laisse tomber la morale simpliste et qu’il ouvre un atlas. Cela lui évitera de confondre un conflit géopolitique vieux de 75 ans avec une tragédie de monarchie de poche.

Car l’avenir du Maghreb ne se jouera pas dans la surenchère des éditoriaux incendiaires, mais dans la capacité à briser les récits qui transforment des peuples frères en ennemis héréditaires.

Quelle mascarade, quel gâchis, quelle pitrerie. Il fut un temps ou l’attitude du Makhzen marocain et sa presse locale faisait moins la fière !

A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
https://kadertahri.blogspot.com/


Voilà qu’un « Allah Akbar » en voiture folle retentissait sur l’île d’Oléron

L’attaque commise sur l’Île d’Oléron a immédiatement suscité un déferlement de déclarations politiques. Avant même que l’identité de l’auteur, ses motivations ou son état psychologique soient établis, le mot « attentat » circulait déjà partout. Certains responsables parlaient de « menace islamiste », d’autres dénonçaient « l’angélisme » de leurs adversaires. Une chose est sûre : la course à l’interprétation a devancé l’enquête.

Ce réflexe n’est pas nouveau. Il témoigne d’un glissement structurel du débat public : l’émotion instantanée se substitue à la compréhension, et l’événement tragique devient outil de communication politique. Dans ce théâtre de l’immédiat, l’information n’est plus un processus mais un réflexe, et chaque drame devient le carburant d’une bataille culturelle préexistante.

Pourtant, la réalité de ces actes violents est complexe. Elle concerne à la fois : la circulation de discours extrémistes afin de réduire ces situations au seul facteur religieux ou identitaire, et encore plus la dramatisation médiatique comme mode de pensée ; c’est répondre à la complexité par un slogan, et donc laisser intactes les causes profondes.

Pendant que les plateaux télé s’affolent autour de l'« insécurité »,  pour faire intervenir ses chroniqueurs impartiaux qui assureront que le pire est avenir, et que c’est de la faute des Français : voilà ce qui arrive lorsqu’on reconnaît la Palestine !

Alors que d’autres faits, eux bien établis, passent sous silence : la précarité étudiante qui explose, la pénurie médicale, la fragilisation de l’école, l’épuisement des soignants, l’isolement en Ehpad, la perte de pouvoir d’achat, les inégalités territoriales. Ce sont pourtant ces fractures sociales-là qui structurent durablement le malaise français.

La question n’est donc pas seulement « qui est responsable de cette attaque ? », mais dans quel climat politique elle s’inscrit.

Un climat où la peur devient langage politique fréquent et le citoyen est sommé de choisir un camp avant même de comprendre.

Des faits divers qui tombent bien, pour l’extrême droite parce que ce qui se joue désormais dépasse Oléron

« Je veux adresser toutes mes pensées aux personnes blessées ce matin sur l’île d’Oléron, victimes d’une attaque d’une violence inouïe. » (Yaël Braun-Pivet, qui a eu des mots moins durs pour Israël qui commet un génocide)

« Aujourd’hui, la situation est telle que nous voyons émerger des djihadistes partout en France. » (Éric Zemmour)

« La menace islamiste sur notre pays n’a jamais été aussi forte […] mais c’est une guerre qu’il vous faut mener, ici et maintenant. Demain, il sera trop tard, notre pays a déjà payé un trop lourd tribut à l’islamisme. » (Sébastien Chenu)

Ce qui est choquant, c’est que ces politiques, trois minutes après l’évènement, annoncent déjà que c’est un attentat, et communiquent en ce sens sur les réseaux sociaux, avec un discours des plus terrorisants. Aucun début d’enquête, peu importe, « ils le savent déjà ». 

 Mais il est bon, bien sûr de rappeler que concernant cet attentat, qu’il s'agit en fait d’une fiction politique de certaines forces politiques, qui arrivent t à construire leur stratégie autour du thème de l’islamisme et l’immigration, présentée méthodiquement comme l’origine directe ou indirecte de tous les maux de la société française, et surtout qu’il s’agit également d'un événement en lien avec le Grand Remplacement.  

Ainsi donc, je dois dire bravo aux Français de souche, ayant Vercingétorix comme ancêtre (comme Zemmour), mais presque tous issus de l'immigration. Dans les médias, certains se prennent pour Napoléon, mais ils sont plus nombreux à se croire de souche, de qui, de quoi et depuis quand ?

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Manchester, Gaza : l’instrumentalisation du terrorisme devient propagande

Un attentat antisémite est toujours un drame. Deux morts à Manchester, plusieurs blessés,  un schéma typique d’un film d’action. Voilà qui choque, bouleverse, indigne. Mais faut-il, sous couvert d’émotion, accepter sans critique le récit qui nous est servi ? Faut-il se contenter de la version officielle, qui érige l’acte d’un individu en preuve d’une guerre mondiale contre les Juifs, et qui désigne d’avance les coupables collectifs : Palestiniens, musulmans, manifestants, opposants ? Car derrière les pleurs légitimes, un autre discours se glisse : celui qui amalgame, qui manipule et qui instrumentalise.

L’amalgame comme méthode

On nous dit : un Syrien armé attaque une synagogue, donc tous les Palestiniens, tous les manifestants pro-Gaza, tous ceux qui critiquent Israël sont dans le même camp que l’assassin. C’est l’art du raccourci. On juxtapose les faits hétérogènes – un couteau sanglant à Manchester, une banderole à Downing Street, une chanson radicale dans un concert pour créer l’impression d’une seule et même menace. Le terrorisme devient une ombre gigantesque qui engloutit tout : la critique politique, la solidarité, l’expression artistique.

Mais cette logique est un piège. Elle transforme la lutte contre l’antisémitisme nécessaire, urgente en arme de propagande pour museler toute contestation. Qui dénonce la colonisation devient complice du terrorisme. Qui ose manifester devient suspect.

Le double standard moral

Et pendant ce temps, qui pleure les morts de Gaza ? Qui s’indigne des dizaines de victimes quotidiennes, balayées comme un bruit de fond ? Les journaux s’enflamment pour Manchester, mais se taisent devant Rafah. La hiérarchie des vies est claire : un mort en Europe vaut mille morts palestiniens.

On parle pudiquement de « déplacements » quand il s’agit de déportations massives. On justifie les bombardements par la « sécurité d’Israël » quand il s’agit en réalité de punition collective. Les habitants de Gaza vivent sous ultimatum, sommés de fuir, de se soumettre, de disparaître. On les enferme dans un ghetto moderne, et quiconque ose employer ce mot est aussitôt accusé de blasphème.

L’attentat, lui, fait plus de bruit que les dizaines de morts, routiniers, du jour à Gaza. Voilà la violence du double standard : l’horreur, d’un côté, mérite les pleurs et les caméras ; l’horreur, de l’autre, est devenue invisible.

Le terrorisme, une arme politique

Non, il n’y a pas aujourd’hui de « terrorisme palestinien » en Europe. Répéter le contraire, c’est entretenir un mensonge utile. Car le terrorisme qui frappe les villes n’est pas l’extension de la résistance palestinienne : il est le fruit pourri des guerres impériales, des manipulations et des hypocrisies des puissances occidentales et israéliennes.

Daech ne s’est pas auto-engendré dans un désert abstrait. Il est né dans les décombres de Bagdad, après que les chars américains ont pulvérisé l’Irak en 2003. Washington a dissous l’armée, humilié des millions de sunnites, livré des territoires entiers au chaos. Dans ce marécage, le salafisme armé a prospéré. Les États-Unis criaient « guerre contre le terrorisme », mais en vérité ils en façonnaient le terreau.

Et quel usage en ont-ils fait ensuite ?

Daech a servi de prétexte à toutes les interventions militaires, de l’Irak à la Syrie, de l’Afrique au Moyen-Orient. Chaque attentat devenait la preuve qu’il fallait « rester », « bombarder », « sécuriser ». La peur était recyclée en stratégie : un monstre utile pour justifier l’occupation perpétuelle.

Israël, de son côté, n’a jamais perdu une occasion d’instrumentaliser cette menace. Qu’un couteau frappe dans une synagogue en Europe, et voilà la propagande confortée : les Juifs ne seraient nulle part en sécurité, sauf derrière les murs de l’État hébreu. Qu’un kamikaze se fasse exploser à Mossoul ou à Raqqa, et aussitôt la guerre de Gaza passe au second plan. Le spectre djihadiste efface la réalité coloniale : l’annexion, les blocus, les expulsions.

Faut-il rappeler que, dans les premières années de la guerre syrienne, plusieurs factions affiliées à Al-Qaïda ont été soutenues, armées ou tolérées par les Occidentaux et leurs alliés du Golfe ? Que les services de renseignement savaient dès 2012 qu’un « État islamique » se préparait et ont laissé faire, parce que ce chaos affaiblissait Damas et servait leurs calculs ? Les terroristes d’hier étaient des « alliés » provisoires, recyclés en ennemis absolus le lendemain. Le double jeu est permanent : fabriquer des monstres, puis se poser en rempart contre eux.

Voilà la vérité : le terrorisme n’est pas seulement combattu, il est utilisé. Utilisé pour museler la contestation, pour criminaliser la solidarité avec la Palestine, pour imposer en Europe un climat d’exception sécuritaire. Pendant que les médias braquent leurs projecteurs sur Manchester, les bombes continuent de pleuvoir sur Gaza dans un silence normalisé.

Ne pas céder à la peur

Il est trop facile, après chaque attentat, de désigner les suspects habituels : musulmans, Palestiniens, étrangers. Trop facile de criminaliser les manifestations et de brandir l’accusation d’« antisémitisme » contre toute critique d’Israël. Trop facile, enfin, d’oublier que la machine de guerre occidentale et israélienne porte une responsabilité directe dans le chaos qui nourrit Daech et ses avatars.

La peur est une arme politique. Si nous acceptons que la douleur légitime des victimes serve de prétexte à museler la critique, alors nous aurons perdu deux fois : une fois face au terrorisme réel, une autre fois face à la propagande qui prétend le combattre.

Le courage, aujourd’hui, n’est pas de répéter les slogans sécuritaires. Le courage est de dire : les morts de Manchester comptent, mais les morts de Gaza comptent aussi. Le terrorisme n’est pas une essence qui jaillit d’un peuple, c’est une arme façonnée, utilisée, recyclée par les puissants. Et l’antisémitisme, véritable, doit être combattu mais non pas instrumentalisé pour justifier l’injustice.

Conclusion : la lucidité comme devoir

Il y a eu, au fil des années, tant de fausses alertes, de manipulations, d’attaques simulées et d’opérations sous faux drapeau qu’il devient impossible d’aborder le « terrorisme antisémite » sans prudence. Certaines attaques sont commises par des déséquilibrés isolés, d’autres par de véritables organisations, d’autres encore par des mains invisibles dont l’objectif est politique. Devant ce brouillard, nous devons traiter chaque information avec la plus grande distance critique.

L’arborescence, elle, est simple : dans le cas rare d’une attaque intracommunautaire un membre de la communauté juive contre une synagogue, on ne pourrait exclure ni l’hypothèse d’un acte antisémite réel, ni celle d’une mise en scène sous faux drapeau destinée à alimenter un récit. Dans tous les autres cas, on nous sert le schéma habituel : un « loup solitaire » agissant pour une nébuleuse islamiste. Mais même cette version n’est plus crédible sans examen. Car le terrorisme ne vit pas en vase clos : il est instrumentalisé, recyclé, infiltré par des réseaux étatiques et paraétatiques.

Daech, présenté comme l’ennemi absolu, a été dès le départ toléré, financé ou détourné par des puissances régionales et occidentales. Ses alliances fluctuantes – y compris avec des forces que l’on disait combattre – sont connues de tous les analystes sérieux depuis 2011, même si la presse mainstream continue de l’ignorer, car cela brise son narratif binaire. Le Mossad et l’armée israélienne eux-mêmes ne viennent pas d’un néant immaculé : leur histoire plonge dans des réseaux issus de la lutte armée clandestine. Depuis le 7 octobre, et les failles sécuritaires spectaculaires qui ont précédé l’attaque du Hamas, des voix israéliennes dénoncent publiquement ces dysfonctionnements et ces complicités au sommet.

Ce constat n’invite pas au complotisme facile ; il invite à la lucidité. À comprendre que, face au terrorisme et à l’antisémitisme, l’émotion immédiate ne suffit pas. À exiger des enquêtes, des preuves, une parole publique honnête. Et à ne jamais oublier que la peur, dans les mains des puissants, est toujours une arme.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

 

 

Antisémitisme instrumentalisé, palestinocide invisibilisé une stratégie pour occulter le génocide à Gaza ?

 

Depuis le début de l’offensive militaire israélienne sur Gaza en octobre 2023, les autorités françaises et la majorité des grands médias ont choisi de concentrer leur discours public sur une prétendue flambée d’antisémitisme. Ce glissement discursif, qui tend à reléguer au second plan le sort des Palestiniens, interroge profondément. Non pas parce que l’antisémitisme ne serait pas une réalité il l’est, et doit être combattu sans concession mais parce que son invocation systématique sert ici à détourner l’attention de la guerre en cours, à neutraliser la critique légitime de l’État d’Israël et à museler la solidarité avec un peuple colonisé, bombardé, affamé.

En droit, un acte ne devient antisémite qu’à l’issue d’une enquête et d’un jugement. Or, en France, les chiffres relayés par le ministère de l’Intérieur et par de puissants relais communautaires ne font pas toujours cette distinction essentielle : ils englobent signalements, déclarations ou plaintes, sans attendre que la justice établisse les faits. On appelle cela un effet d’annonce, qui n’est pas anodin. Car dans un contexte où la parole critique est criminalisée, où des manifestations pro-palestiniennes sont interdites ou violemment réprimées, l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme devient un outil politique de premier plan.

Ce glissement, désormais institutionnalisé, ne vise pas seulement à protéger les citoyens juifs contre des actes de haine (ce qui est légitime), mais à délégitimer toute critique du sionisme, même lorsqu’il s’exerce dans ses formes les plus violentes et racistes. En brandissant l’antisémitisme comme un écran de fumée, on cherche à effacer du champ visuel et émotionnel les milliers de civils tués à Gaza – majoritairement des femmes et des enfants – par des bombardements massifs, la famine imposée, la destruction des infrastructures vitales, les attaques contre les hôpitaux.

Ce n’est pas l’antisémitisme qui est remis en cause ici, mais son instrumentalisation politique. Il ne s’agit pas de nier la réalité de la haine antijuive – elle existe, elle tue, et elle doit être combattue fermement. Mais il faut aussi oser dire que cette haine est souvent décontextualisée, hypertrophiée médiatiquement, et orientée de manière à servir un agenda idéologique précis : étouffer la mobilisation internationale pour la Palestine.

Comment expliquer, sinon, ce silence assourdissant sur les conclusions de la Cour pénale internationale, qui a estimé recevables les accusations de crimes de guerre, voire de génocide, à l’encontre des autorités israéliennes ? Pourquoi les images insoutenables de Gaza, diffusées chaque jour sur les réseaux sociaux, ne déclenchent-elles pas la même émotion ni la même indignation dans les médias français que certaines inscriptions sur un mur parisien ? Pourquoi la compassion est-elle à géométrie variable ?

Le plus grave, c’est que cette stratégie produit l’effet inverse de celui qu’elle prétend rechercher. Elle affaiblit la lutte contre l’antisémitisme, en la mêlant à des enjeux qui ne relèvent pas de la protection des citoyens juifs mais de la défense inconditionnelle d’un État. En criminalisant toute critique du sionisme, elle désarme les esprits démocrates et encourage la défiance à l’égard des institutions. Elle rend suspect tout soutien au peuple palestinien, comme si l’humanisme devait passer un test de loyauté.

Il faut le dire avec force : la critique du sionisme n’est pas un délit, c’est un devoir moral face à une idéologie d’occupation, d’apartheid et d’expulsion. La solidarité avec les Palestiniens n’est pas une forme déguisée d’antisémitisme, c’est une exigence de justice.

Nous ne pouvons accepter que le mot "antisémitisme", qui désigne une réalité tragique de l’histoire européenne, soit instrumentalisé pour justifier l’injustifiable et couvrir les crimes commis à Gaza. Nous ne pouvons accepter que la mémoire de la Shoah soit mobilisée pour protéger un projet colonial. Et nous ne pouvons, surtout, détourner les yeux d’un peuple qui meurt à huis clos, au nom d’une sécurité israélienne qui confond paix et domination.

En cette heure tragique, il est plus urgent que jamais de dissocier la lutte contre l’antisémitisme de toute tentative de blanchiment politique ou de chantage à la parole. C’est à cette condition que nous pourrons faire reculer à la fois la haine des juifs… et l’oubli des Palestiniens.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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