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Voilà qu’un « Allah Akbar » en voiture folle retentissait sur l’île d’Oléron

L’attaque commise sur l’Île d’Oléron a immédiatement suscité un déferlement de déclarations politiques. Avant même que l’identité de l’auteur, ses motivations ou son état psychologique soient établis, le mot « attentat » circulait déjà partout. Certains responsables parlaient de « menace islamiste », d’autres dénonçaient « l’angélisme » de leurs adversaires. Une chose est sûre : la course à l’interprétation a devancé l’enquête.

Ce réflexe n’est pas nouveau. Il témoigne d’un glissement structurel du débat public : l’émotion instantanée se substitue à la compréhension, et l’événement tragique devient outil de communication politique. Dans ce théâtre de l’immédiat, l’information n’est plus un processus mais un réflexe, et chaque drame devient le carburant d’une bataille culturelle préexistante.

Pourtant, la réalité de ces actes violents est complexe. Elle concerne à la fois : la circulation de discours extrémistes afin de réduire ces situations au seul facteur religieux ou identitaire, et encore plus la dramatisation médiatique comme mode de pensée ; c’est répondre à la complexité par un slogan, et donc laisser intactes les causes profondes.

Pendant que les plateaux télé s’affolent autour de l'« insécurité »,  pour faire intervenir ses chroniqueurs impartiaux qui assureront que le pire est avenir, et que c’est de la faute des Français : voilà ce qui arrive lorsqu’on reconnaît la Palestine !

Alors que d’autres faits, eux bien établis, passent sous silence : la précarité étudiante qui explose, la pénurie médicale, la fragilisation de l’école, l’épuisement des soignants, l’isolement en Ehpad, la perte de pouvoir d’achat, les inégalités territoriales. Ce sont pourtant ces fractures sociales-là qui structurent durablement le malaise français.

La question n’est donc pas seulement « qui est responsable de cette attaque ? », mais dans quel climat politique elle s’inscrit.

Un climat où la peur devient langage politique fréquent et le citoyen est sommé de choisir un camp avant même de comprendre.

Des faits divers qui tombent bien, pour l’extrême droite parce que ce qui se joue désormais dépasse Oléron

« Je veux adresser toutes mes pensées aux personnes blessées ce matin sur l’île d’Oléron, victimes d’une attaque d’une violence inouïe. » (Yaël Braun-Pivet, qui a eu des mots moins durs pour Israël qui commet un génocide)

« Aujourd’hui, la situation est telle que nous voyons émerger des djihadistes partout en France. » (Éric Zemmour)

« La menace islamiste sur notre pays n’a jamais été aussi forte […] mais c’est une guerre qu’il vous faut mener, ici et maintenant. Demain, il sera trop tard, notre pays a déjà payé un trop lourd tribut à l’islamisme. » (Sébastien Chenu)

Ce qui est choquant, c’est que ces politiques, trois minutes après l’évènement, annoncent déjà que c’est un attentat, et communiquent en ce sens sur les réseaux sociaux, avec un discours des plus terrorisants. Aucun début d’enquête, peu importe, « ils le savent déjà ». 

 Mais il est bon, bien sûr de rappeler que concernant cet attentat, qu’il s'agit en fait d’une fiction politique de certaines forces politiques, qui arrivent t à construire leur stratégie autour du thème de l’islamisme et l’immigration, présentée méthodiquement comme l’origine directe ou indirecte de tous les maux de la société française, et surtout qu’il s’agit également d'un événement en lien avec le Grand Remplacement.  

Ainsi donc, je dois dire bravo aux Français de souche, ayant Vercingétorix comme ancêtre (comme Zemmour), mais presque tous issus de l'immigration. Dans les médias, certains se prennent pour Napoléon, mais ils sont plus nombreux à se croire de souche, de qui, de quoi et depuis quand ?

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

 

 

Le polémiste Éric Zemmour dans son Art d’Injurier son Propre Miroir

Zemmour ne combat pas l’immigration : il combat son reflet. Son obsession identitaire n’est pas un programme politique, mais une fuite permanente hors de lui-même. La France réelle, diverse et vivante, il la nie pour se réfugier dans une caricature historique où il espère se blanchir symboliquement de ses propres origines. C’est moins du patriotisme que de l’auto-dénégation en direct.

Il y a des gens qui se cherchent. Zemmour, lui, s’est trouvé — et il n’a pas aimé ce qu’il a vu. Voilà pourquoi il passe son temps à se réinventer en gardien de la « vraie » France.

Fils d’immigrés juifs berbères d’Algérie, il est la preuve vivante de la capacité française à accueillir, éduquer, transmettre. Et pourtant, de toute évidence, il vit cette réalité comme une menace. Alors il bâti autour de lui une armure idéologique de chevalier de la « pureté nationale », persuadé que la France s’effondre dès que quelqu’un prononce un prénom qui n’était pas au calendrier en 1820.

Ce n’est pas du patriotisme. C’est du blanchiment symbolique.
Un délire de purification autobiographique.

Car ce qu’il hait chez « les autres », c’est ce qu’il reconnaît trop bien en lui-même. Son discours sur « l’invasion », « le remplacement » et « la décadence » n’est pas un projet : c’est une panique. C’est le tremblement d’un homme qui refuse de ressembler à son propre arbre généalogique.

Zemmour n’aime pas la France : il aime une momie de France. Une France empaillée, version musée départemental, où tout est étiqueté, figé, mort. Une France sans Brassens (trop anarchiste), sans Camus (trop algérien), sans Cioran (trop étranger), sans Montand (trop communiste), Sans Ferrat (trop français) sans Cléo de 5 à 7, sans Raï  et sans Coran dans les taxis, sans couscous dans les cantines — bref, sans tout ce qui fait une France vivante.

Il défend une nation imaginaire, où Louis XIV serait sur BFM et où les villages avec l’Eglise au centre, seraient tous des cartes postales de l’Office du tourisme, La France réelle, elle, fait du bruit, change, vit. Et Zemmour ne supporte pas le vivant.

En vérité, sa croisade identitaire n’est pas la défense d’une culture menacée — mais l’étouffement anxieux de sa propre histoire. Zemmour ne veut pas fermer la porte aux nouveaux venus : il essaie de la claquer sur son passé. Une France qu’il prétend sauver, mais qu’il n’a jamais acceptée telle qu’elle est.

Lors d’un échange virulent avec l’imam de la mosquée des Bleuets à Marseille, Éric Zemmour s’aventure dans le terrain miné de la colonisation : de l’accusation ouverte de « pillage des ressources algériennes » à la mise en cause de la « reconnaissance » due, il révèle – sans l’avouer – ce qui le travaille. Non pas un débat historique, mais une guerre contre lui-même.

 

L’épisode vaut le détour : l’imam marseillais, que Zemmour interpelle sur X comme « Monsieur l’imam », affirme que « l’Algérie n’a pas divorcé de la France, elle s’en est libérée après 132 ans d’occupation, de pillages et de massacres ».  

Réponse immédiate de Zemmour : « Votre commentaire dit beaucoup sur votre ignorance historique et votre esprit de revanche ». La pilule est double : d’un côté, la mise en cause impudente de la violence coloniale et du « vol des ressources » ; de l’autre, un homme qui, né d’immigrés, refuse qu’on lui rappelle que l’histoire qu’il défend n’a rien d’innocent.

Zemmour ne répond pas à l’imam sur les faits : il crie à l’imposture. Mais ce qu’il ne veut pas voir, c’est que son propre héritage familial et culturel est le miroir exact de ce qu’il prétend éradiquer. Autrement dit : la réussite issue de l’immigration le dérange tant qu’il préfère devenir son ennemie.

En brandissant la colonisation comme un quasi acte fondateur de la « dette » occultée de la France, l’imam met en lumière ce que Zemmour veut taire : que l’ordre qu’il prétend restaurer repose sur des ignorances, des concessions, des emprunts, des exils. Que la France qu’il fantasme n’a jamais été pure ; qu’elle doit, depuis toujours, autant à l’étranger qu’à elle-même.

Zemmour s’imagine protecteur de la France « sauvage », mais il tombe dans un réflexe inverse : celui de celui qui, pour se faire aimer, rejette ce qu’il est. Il préfère hurler contre « l’islamisation », « l’immigration », « l’invasion » plutôt que d’admettre que sa librairie est faite aussi d’Apollinaire, de Cioran, de Brassens métissé, de migrants devenus français. Il érige la frontière symbolique, il fabrique l’ennemi intérieur — mais c’est lui qui est à l’intérieur.

Son lit est fait d’archives et de ruines. Il vit la France comme un musée en chiottes, un décor figé. Et quand on lui rappelle que cette « France » d’homogénéité n’a jamais existé, il s’emporte. Il accuse, il détourne, il menace. Il n’a pas l’amour de la France : il a la peur de son propre reflet.

Ainsi, l’affaire de Marseille n’est pas un simple échange polémique entre religieux et polémiste : c’est un moment de vérité. Un homme qui refuse ses origines, qui projette son malaise sur les nouveaux venus, qui intime à la France d’être ce qu’elle ne fut jamais — et qui s’emporte quand on lui oppose les faits.

En somme : Zemmour est l’enfant d’une France ouverte qu’il passe sa vie à vouloir refermer. Il n’y a rien de plus tragique que celui qui veut détruire ce qu’il est devenu — encore moins quand il crie qu’il veut le sauver.

Lorsque Éric Zemmour affirme que « la France n’a pas pillé l’Algérie » parce qu’« on ne pille pas des marécages », il ne décrit pas l’histoire : il la dissout. Il remplace les documents, les archives, les témoignages, par une posture. Ce qu’il combat n’est pas l’Algérie — mais la part d’Algérie qu’il refuse en lui.

« La France n’a pas pillé l’Algérie : on ne pille pas des marécages et des étangs. »
dit Zemmour.

Or, dès 1841, le général Bugeaud — gouverneur général de l’Algérie — écrivait noir sur blanc à ses officiers :

« Il faut ravager les champs, brûler les villages, enlever les troupeaux.
La conquête de l’Algérie sera une guerre d’extermination. »
(Lettre du 15 avril 1841, Archives militaires de Vincennes)

On ne ravage pas des étangs. On détruit des sociétés humaines.

Quand Zemmour rit, Michelet, lui, ne riait pas.
Dans Le Peuple (1846), il décrivait la colonisation comme :

« Une violence froide, administrative, calculée, qui prend et appelle cela civilisation. »

Même la Chambre des Députés le reconnaissait :
la loi du 26 juillet 1873 (dite loi Warnier) avait pour but déclaré de :

« Détruire la propriété collective indigène pour transférer la terre aux colons. »
(Journal Officiel, séance du 14 juin 1873)

On ne réorganise pas juridiquement des étangs. On exproprie des cultivateurs.

Et quand Zemmour dit : « Aujourd’hui l’Algérie nous envahit, c’est un pays ennemi »,
il ne parle pas d’actualité. Il récite presque mot pour mot le gouverneur Tirman, en 1881 :

« Il faut empêcher l’indigène d’être chez lui chez nous. »
(Discours au Sénat, 1881)

Ce qu’il nomme « invasion », c’est en réalité l’ordre ancien qui revient frapper à la porte de la mémoire. Car l’Algérie n’a pas oublié. Et la France officielle non plus.

En 1937, alors que l’on débat de l’accès à la citoyenneté des « sujets algériens », Jules Ferry (père de l’école républicaine) déclarait :

« Nous avons créé en Algérie une société à deux étages. La justice commande de reconnaître l’injustice. »  (Débats parlementaires, Chambre des députés)

Même l’État français reconnaissait la hiérarchie coloniale.
Zemmour, lui, la nie — non par ignorance, mais par nécessité.

Car s’il admet la violence, il doit affronter ce que cette histoire dit de lui.

La loi du 26 juillet 1873, dite Loi Warnier, est explicite : elle vise à abolir les terres collectives pour les transférer aux colons
Elle transforme la propriété en arme.

Comme l’historien Charles-Robert Ageron l’a montré :

« La colonisation fut d’abord une entreprise de spoliation foncière systématique. »³

Ce n’est pas un débat. C’est un fait documenté.

L’autre mensonge implicite dans le récit zemmourien est l’idée qu’avant 1830, l’Algérie aurait été un désert intellectuel. Pourtant, le colonel Eugène Daumas, administrateur français, reconnaissait en 1853 :

« L’instruction primaire était beaucoup plus répandue en Algérie qu’on ne le croit généralement. »⁴

Les grandes villes — Alger, Miliana, Mascara, Oran, Bejaia, Tlemcen, Constantine — disposaient de réseaux de médersa, msid et zaouïa où l’on apprenait lecture, écriture et jurisprudence religieuse. Le notable algérien Hamdane Ben Othman Khodja en témoignait déjà en 1833 :

« La lecture du Coran fait partie de la vie ordinaire de la cité. »⁵

Zemmour dit : « Il n’y avait rien. »
Les archives disent : Il y avait des écoles.

Son discours n’est pas une analyse. C’est un rideau. Un rideau pour ne pas voir Bugeaud, Saint-Arnaud, les enfumades, les séquestres, les déportations, la famine de 1867, les spoliations cadastrales, les populations déplacées, les terres classées « vacantes » parce que volées.

Un rideau pour ne pas voir que l’histoire coloniale et l’histoire familiale se croisent dans son nom, son visage, son lieu d’origine.

Zemmour n’attaque pas l’Algérie. Il attaque la part algérienne qu’il porte malgré lui. Il ne parle pas de la France. Il parle de ce qu’il voudrait ne plus être. Et c’est cela, précisément, qui rend son discours aussi bruyant. Plus on fuit, plus on hurle.                                                 Ainsi donc, je dois dire bravo aux Français de souche, ayant Vercingétorix comme ancêtre (Zemmour), mais presque tous issus de l'immigration. Dans les médias, notre Zemmour et certains se prennent pour Napoléon, mais ils sont plus nombreux à se croire de souche, de qui, de quoi et depuis quand ?

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

NOTES  

  1. Thomas-Robert Bugeaud, Lettre du 15 avril 1841, Service Historique de la Défense (Vincennes).
  2. Journal Officiel, Débats parlementaires, séance du 14 juin 1873 (Loi Warnier).
  3. Charles-Robert Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine (1830-1871) (Paris : PUF, 1964), 54–63.
  4. Eugène Daumas, Mœurs et coutumes de l’Algérie (Paris : Firmin-Didot, 1853), 212.
  5. Hamdane Ben Othman Khodja, Le Miroir, ou Tableau historique et statistique de la Régence d’Alger (Paris : Béthune et Plon, 1833), 89–92.
  6. Louis Tirman, Discours au Sénat, Compte rendu intégral, 1881.

 

Le Makhzen : La fabrique du mythe marocain


 Sous couvert d’érudition, Bernard Lugan recycle une vieille rhétorique coloniale au service d’un discours du Makhzen en présentant celui-ci comme victime du « statu quo colonial » et l’Algérie comme « invention française », l’historien autoproclamé se fait le relais d’une vision politique, non scientifique.

Une falsification tranquille de l’histoire maghrébine, qui en dit plus sur la géopolitique du présent que sur le passé qu’il prétend expliquer. Ses travaux sont souvent critiqués pour leur vision conservatrice et ethnocentrée, et dans le cas précis du Maroc, il est fréquemment accusé d’être proche du discours officiel marocain, notamment sur le Sahara occidental et la question frontalière avec l’Algérie. Il faut donc lire ces travaux comme une tribune militante, non comme une étude scientifique neutre.

Bernard Lugan se rêve en lanceur d’alerte et il se croit lanceur de vannes. Mais la vérité, moins glorieuse, plus terre à terre, c’est qu’il maîtrise surtout l’art de lanceur de pets : le vacarme et la senteur, le bruit et l’odeur, ça, il gère très bien. Et comme toujours chacun de ses pets devient un communiqué très médiatisé par la presse du Palais.

Le Maroc, victime millénaire ? Un récit qui arrange

Il y a 10 ans des mauvais génies nous refourguaient un mec sorti de nulle part = Bernard Lugan historien au service du Royaume Marocain  dans une chronique, il nous présente le Maroc comme une victime du principe d’intangibilité des frontières adopté par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1964.
Selon lui, Rabat aurait été « contraint d’accepter que ses provinces historiques millénaires soient rattachées à une Algérie née en 1962 ». Une thèse séduisante, mais historiquement creuse.

Avant la colonisation, le Maroc n’était pas un État-nation aux frontières fixes. L’autorité du sultan s’étendait selon des logiques d’allégeance et de commerce, non de souveraineté territoriale. Les régions de Tindouf, Béchar ou Tabelbala ne constituaient pas des « provinces marocaines » : elles étaient des zones de contact mouvantes entre tribus sahariennes, au carrefour des routes caravanières.

Ce que Lugan appelle des « amputations coloniales » n’est en réalité qu’un découpage administratif européen d’un espace historiquement fluide. En prétendant restaurer un Maroc « millénaire », il projette sur le passé les fantasmes territoriaux du présent.

L’Algérie « invention française » : une falsification politique

L’autre pilier du récit de Lugan consiste à nier la profondeur historique de l’Algérie.
L’historien affirme que ce pays « créé par la colonisation » aurait été gratifié de « largesses territoriales » par la France, au détriment du Maroc.

Cette thèse, popularisée dans certains cercles proches du pouvoir marocain, relève d’une lecture coloniale inversée : elle reprend les arguments du colonisateur pour les retourner contre un autre État postcolonial.

Or, l’Algérie existait comme espace politique bien avant 1830. Les royaumes Zianide, Hammadide ou Rostémide ont exercé leur autorité sur ces territoires durant des siècles.
La colonisation française n’a pas « créé » l’Algérie ; elle l’a réorganisée de force, en effaçant les structures locales et en imposant ses frontières.

Dire que la France « a offert » des terres à l’Algérie revient à nier la continuité historique d’un peuple et d’un territoire — une négation qui, sous la plume de Lugan, devient justification implicite des revendications marocaines.

L’intangibilité des frontières : une décision africaine, pas coloniale

Lugan présente le principe d’intangibilité des frontières comme un dogme injuste imposé à l’Afrique indépendante. C’est une contre-vérité.

Le 21 juillet 1964, lors de la Conférence du Caire, les dirigeants africains ont eux-mêmes décidé de sanctuariser les frontières héritées de la colonisation. Leur objectif n’était pas d’entériner l’arbitraire européen, mais d’éviter la guerre générale entre États nouvellement indépendants. Revoir chaque frontière aurait transformé le continent en champ de bataille. Comme l’expliquait alors Julius Nyerere, président de la Tanzanie :

«Si nous rouvrons le dossier des frontières, nous passerons le reste du siècle à les redessiner »

Le Maroc, isolé dans son refus, s’est marginalisé au sein du continent. Qualifier cette position de « prophétique » relève d’un contresens : le Royaume ne fut pas visionnaire, mais exceptionnaliste — prisonnier d’une lecture historique mythifiée.

Les conflits africains, miroir déformant

Lugan soutient que la plupart des guerres africaines découlent directement de la question des frontières. Une affirmation qui simplifie dangereusement la réalité.

Certains conflits — du Nigeria au Soudan, du Rwanda à la Somalie — trouvent effectivement leurs racines dans les découpages coloniaux.
Mais réduire la tragédie africaine à un problème cartographique, c’est nier la complexité politique, économique et sociale du continent.

Les guerres africaines résultent aussi :

  • de la faillite des États postcoloniaux,
  • des manipulations ethniques,
  • des inégalités économiques,
  • de la compétition pour les ressources,
  • du réchauffement climatique et des migrations forcées.

La frontière n’est pas la cause unique : elle est le révélateur de tensions plus profondes. En faire l’alpha et l’oméga de l’instabilité africaine relève d’un populisme intellectuel.

Un discours au service du Makhzen

Derrière l’apparente érudition, le texte de Lugan épouse la rhétorique d’État du Maroc : celle d’un pays trahi par la colonisation, encerclé par des frontières injustes, victime d’un voisin ingrat.
Le tout servi par un vocabulaire pseudo-historique — « provinces millénaires », « spoliation », « charcutage colonial » — qui vise à légitimer la politique expansionniste du Makhzen, notamment sur la question du Sahara occidental.

Cette posture n’a plus rien d’universitaire : c’est de la communication politique.
Un historien digne de ce nom confronte les faits, il ne les arrange pas.
En opposant un Maroc glorieux à une Algérie illégitime, Lugan ne fait pas œuvre d’histoire, mais de récit stratégique au service d’une diplomatie régionale.

Le vrai choix africain : la stabilité avant la revanche

Ce que le texte de Lugan passe sous silence, c’est que le principe d’intangibilité, malgré ses limites, a sauvé le continent du morcellement.
Les États africains ont préféré la stabilité à la revanche, le droit à la mémoire sélective.

Loin d’être un « héritage colonial », ce choix fut un acte de souveraineté panafricaine.
Il n’a pas effacé les blessures du passé, mais il a empêché qu’elles ne se transforment en désastres contemporains.
C’est cela, le véritable héritage de 1964 — pas une soumission à l’Occident, mais une sagesse africaine face au chaos que promettait la revanche territoriale.

Recoloniser par le récit

En définitive, ce que fait Bernard Lugan, c’est prolonger le colonialisme sous une autre forme : la colonisation du récit historique.
Il ne trace plus des cartes, mais des mythes. Il remplace la géographie par la nostalgie et la rigueur scientifique par la passion politique.

Son texte ne parle pas du passé : il fabrique une mémoire utile à un pouvoir contemporain. Et cette mémoire, comme toutes les mémoires d’État, efface, simplifie, ment.

Conclusion : Décoloniser l’histoire, libérer la mémoire

L’Afrique n’a pas besoin de nouveaux prophètes de la revanche.
Elle a besoin d’historiens capables de regarder en face la complexité de son passé, sans drapeaux ni allégeances.

L’histoire du Maghreb ne se résume pas à une querelle frontalière.
Elle raconte des peuples liés par des langues, des luttes et des rêves communs — des peuples que les frontières ont séparés, mais que les falsifications d’historiens opportunistes ne parviendront pas à diviser.

Décoloniser l’histoire, c’est refuser que la mémoire devienne un instrument de pouvoir.

C’est rappeler, face aux mythes officiels, que la vérité ne sert aucun royaume. Or, c’est là où le bât blesse, Bernard Lugan  selon tous les journalistes (même les mainstream ou les collabos, qui n’ont pas fait exprès en valorisant son rôle) ont écrit sur lui, comme historien de service.

Juste deux, mots, l’Algérie est probablement le dernier pays de la sphère arabe qui reste encore libre de l’emprise occidentale et c’est aussi le seul pays africain de l’ancienne colonie française qui est vraiment indépendant de la France. Méditez cela.
Quant à la provocation l’Algérie, elle est plus grande de tout ceci.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Louvre, mensonges et manipulation : quand les médias français fabriquent leurs coupables

 

Dans une France rongée par ses fractures internes, les médias et les appareils d’État ravivent l’obsession coloniale en désignant sans cesse l’Algérie comme le bouc émissaire idéal. Derrière le « cambriolage du Louvre » et l’arrestation express d’un suspect algérien, se cache un récit politique bien huilé : celui d’un système médiatique français qui, au lieu d’informer, construit ses ennemis.

Un récit trop parfait pour être vrai

La France volée, c’est étonnant, généralement on cite ce pays pour des prix Nobel de  donneurs de Leçon, certes cette fois, il y a des affaires qui sentent la mise en scène avant même d’avoir livré leurs preuves. Celle du « vol spectaculaire au Louvre » en fait partie.
Deux suspects interpellés, dont l’un « sur le point d’embarquer pour Alger » — un timing parfait, une histoire calibrée pour les plateaux télé, et une conclusion servie avant l’enquête. En quelques jours, la machine médiatique française s’est emballée, alignant les titres, les débats, les insinuations : Algérie”, “vol”, “fuite”, “Louvre.

L’affaire aurait pu n’être qu’un fait divers ordinaire : deux suspects interpellés, l’un d’eux sur le point d’embarquer pour Alger. Mais depuis, la mécanique médiatique s’emballe. Tandis que certains désignent l’Algérie, c’est ici que surgit l’interrogation : et si, dans le cadre de ces tractations, la destination « Alger » avait été choisie non par hasard, mais pour *fabriquer une apparence* ?

Une mise en scène destinée à jeter l’opprobre sur un pays déjà stigmatisé dans le discours politico-médiatique français. Une hypothèse, certes, mais qui mérite examen à l’heure où les narratifs s’entrechoquent et où la manipulation de l’opinion devient un art d’État. Le cocktail rêvé pour alimenter l’imaginaire colonial encore vivace dans une partie de la société française.

Comment ne pas douter ?
Comment croire à une telle rapidité d’enquête, à des suspects “si maladroits” qu’ils auraient laissé leurs traces ADN partout, avant de prendre l’avion ?
Ce scénario cousu de fil blanc semble taillé sur mesure pour une double opération : fabriquer un coupable algérien et détourner l’attention des vrais scandales qui éclaboussent les élites françaises, notamment au sein même du musée du Louvre, gangrené depuis des années par des affaires de corruption et de trafic d’antiquités.

Les médias français : usine à récits et manufacture de peur

Selon les informations du Monde, l’un des deux suspects est de nationalité française, l’autre à la double nationalité franco-algérienne. Cherchez l’erreur ?                                                                                  L’Algérie devient encore une fois le décor commode d’un jeu de culpabilité. Pourtant ce même média nous disait que Sansal était Français.

Ce qui se joue ici dépasse un simple fait divers. Depuis plusieurs années, une frange importante des médias français a basculé dans une logique de propagande identitaire.
Sous couvert de “faits d’actualité”, elle entretient un discours racialisé où l’Arabe, l’Algérien, le musulman deviennent les symboles commodes de l’insécurité et du désordre.
Chaque semaine, les chaînes d’info en continu recyclent le même schéma : un nom à consonance maghrébine, une image floue, un bandeau alarmiste, et le poison de la peur s’installe. Dès lors, deux récits s’affrontent.
Le premier, classique : un suspect lié à un vol, en fuite vers Alger, et la tentation française de désigner l’Algérie.
Le second, plus dérangeant : **un scénario construit** pour rediriger le soupçon, pour créer la confusion géopolitique et renforcer une image d’un Maghreb trouble, perméable au crime.

Ce système repose sur trois piliers :

  1. La simplification : réduire des réalités complexes à des stéréotypes commodes.
  2. La répétition : marteler le même récit jusqu’à le rendre “vrai” par saturation.
  3. La diversion : occuper le débat public avec des polémiques périphériques pour éviter les vraies questions sociales et politiques.

Résultat : l’Algérie, son peuple, et ses ressortissants deviennent les boucs émissaires d’une France qui refuse de regarder ses propres faillites. Ce racisme médiatique, souvent maquillé sous le vernis du “débat républicain”, n’est rien d’autre qu’une continuité coloniale.

Un racisme structurel hérité de l’Empire

L’affaire du Louvre n’est qu’un symptôme. Elle révèle une pathologie plus ancienne : la difficulté de la France à se décoloniser mentalement.
Sous la République, le regard colonial a simplement changé de costume. On ne parle plus de “mission civilisatrice”, mais de “valeurs républicaines”. On ne brandit plus le drapeau tricolore au Sahara, mais on impose un récit qui hiérarchise encore les peuples et les cultures.

 L’anti-algérianisme, lui, est devenu une obsession d’État. Qu’il s’agisse des restrictions de visas, des insultes diplomatiques, ou des campagnes médiatiques, tout concourt à entretenir un rapport de mépris et de supériorité.
Et pendant que les plateaux télé accusent “les jeunes d’origine algérienne”, personne ne s’interroge sur les causes profondes : exclusion, discriminations, ghettos, mémoire falsifiée.

Le racisme structurel français n’est pas une dérive ; il est un pilier du système.
Il alimente la peur pour justifier le contrôle, légitime la répression pour masquer l’échec social, et maintient les citoyens dans un état de sidération face à des “ennemis imaginaires”.

Les vrais voleurs sont en costume

Pendant qu’on désigne un Algérien présumé voleur de tableaux, d’autres pillent la culture mondiale depuis leurs bureaux dorés. Rappelons-le : Jean-Luc Martinez, ex-directeur du Louvre, a été mis en examen pour trafic d’antiquités et blanchiment en bande organisée.
Des œuvres égyptiennes, syriennes, libyennes ont été illégalement acquises sous sa direction.
Mais qui en parle ?
Aucune émission, aucun grand titre ne lui colle l’étiquette de “criminel culturel”.

Rien sur la directrice et sa responsable de la sécurité ? Les manquements sont majeurs, massifs, et elles sont toujours en poste. Quand va-t-on enfin en France donner les postes pour une compétence et pas par idéologie ? Pour un sexe ou par copinage ? Car c'est tout le pays qui s'effondre devant nous en ce moment.

Pourquoi ? Parce que le pillage, quand il est européen, devient “commerce d’art”.
Parce que le vol, quand il est colonial, se transforme en “patrimoine universel”.
Et parce que, dans la tête de certains, l’Algérien reste toujours celui qu’on accuse, jamais celui qu’on écoute.

Le vol le plus grave : celui de la vérité

L’affaire du Louvre n’est pas un simple fait divers : c’est un miroir.
Un miroir tendu à une France qui se croit toujours au-dessus du monde, mais qui sombre dans la manipulation et le mensonge.
Un miroir qui révèle la stratégie d’un pouvoir politique et médiatique en quête de boucs émissaires pour masquer sa propre décadence morale.

À force de travestir les faits, de criminaliser des peuples entiers, et de rejouer les vieux réflexes coloniaux, la France moderne perd ce qu’elle prétend défendre : la liberté, l’égalité et la vérité. Pauvre petit pays, déclassé, et qui se croit encore le phare du monde, merci pour la leçon, puissions-nous en tirer les conséquences !

Alors oui, il faut le dire haut et fort : le plus grand vol, ce n’est pas celui d’un tableau du Louvre, mais celui de la vérité — volée par les médias, maquillée par la politique, et enterrée sous les mensonges d’un empire qui ne se remet toujours pas de sa chute.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/                                        

 


L’Italie en ébullition : le réveil d’une conscience populaire

 

Sous le mot d’ordre « On bloque tout », l’Italie a vu surgir un mouvement d’une ampleur inattendue.
Grèves générales, manifestations massives, gares bloquées : selon les organisateurs, plus de deux millions d’Italiens ont défilé pour Gaza.
À Rome, un million de personnes ont réclamé la fin des bombardements, la reconnaissance de la Palestine et des sanctions contre Israël.

Ce n’était pas une mobilisation de circonstance, mais une révolte morale.
Les manifestants, de tous horizons, expriment une indignation profonde devant le désastre humanitaire à Gaza : des milliers de morts, des hôpitaux détruits, des civils piégés.
Ce cri collectif ne demande pas la victoire d’un camp, mais la fin d’une impunité devenue insupportable.

Dans toute l’Europe, la même colère gronde : à Amsterdam, Paris, Berlin ou Londres, des foules immenses descendent dans la rue pour rappeler que la compassion ne doit pas dépendre de la géopolitique.
L’émotion devient acte politique.

La colère et ses ambiguïtés

Ce mouvement, cependant, n’échappe pas aux tensions.
Certains slogans — « Du fleuve à la mer », « Nous sommes tous antisionistes » — ont été utilisés pour disqualifier les manifestants, accusés de soutenir le Hamas ou d’attiser l’antisémitisme.

Or, la plupart d’entre eux ne s’en prennent pas au judaïsme, mais à la politique d’un État.
Ils dénoncent la punition collective d’un peuple et la négation de son droit à l’existence.
Mais les mots eux-mêmes sont devenus des champs de bataille : « sionisme », « antisionisme », « génocide ».
L’absence de nuance nourrit la confusion.
Il faut donc le dire clairement : critiquer Israël n’est pas nier le droit des Juifs à la sécurité, c’est refuser qu’un État instrumentalise ce droit pour légitimer l’occupation et la mort.

La colère populaire ne peut être réduite à la haine ; elle est aussi un appel à la cohérence.

Israël, entre peur existentielle et dérive morale

En Israël, la société est traversée de contradictions profondes.
Depuis plusieurs années, des centaines de milliers de citoyens manifestent contre Benjamin Netanyahou, contre la corruption, contre la dérive autoritaire.
Mais la guerre a refermé cet espace de dissidence : toute critique du gouvernement devient suspecte.

Les sondages indiquent qu’une majorité d’Israéliens soutient les opérations militaires.
Ce soutien repose sur une peur existentielle, celle de disparaître dans un environnement perçu comme hostile.
Pourtant, cette peur — historiquement compréhensible — se transforme en aveuglement moral : les bombardements de civils sont justifiés au nom de la sécurité.

Critiquer cette dérive n’est pas remettre en cause l’existence d’Israël, mais rappeler une évidence : aucune sécurité ne peut naître de l’injustice.
La mémoire de la souffrance juive devrait interdire toute politique de domination.
Or, c’est cette mémoire-là que le gouvernement israélien trahit aujourd’hui.

L’Occident face à ses contradictions

La guerre à Gaza agit comme un miroir cruel pour les démocraties occidentales.
L’Europe invoque les droits humains en Ukraine, mais reste muette face à Gaza.
Les États-Unis parlent de paix tout en livrant des armes.
La France condamne les crimes de guerre… mais refuse de nommer ceux commis par son allié.

Ce double discours mine la crédibilité morale de l’Occident.
La realpolitik l’emporte sur la justice, et la peur de paraître « partial » devient justification du silence.
Mais la neutralité, face à l’injustice, n’est pas une vertu : c’est une fuite.

En Italie, comme ailleurs, la rue rappelle au pouvoir que la diplomatie sans éthique est une forme d’abdication.
Les citoyens ne croient plus aux mots creux. Ils exigent une politique étrangère cohérente, fondée sur le droit international et non sur la complicité.

De la colère à la responsabilité

L’émotion, à elle seule, ne suffit pas.
La solidarité doit s’incarner dans des actes :

Appel à un cessez-le-feu immédiat.

Reconnaissance officielle de l’État de Palestine.

Suspension des ventes d’armes à tout acteur violant le droit international.

Soutien renforcé aux ONG humanitaires.

Réaffirmation du rôle du droit comme socle des relations internationales.

Ces mesures ne sont pas radicales : elles relèvent du bon sens moral.
Elles rappellent que la dignité humaine ne peut être conditionnelle.

Le conflit israélo-palestinien ne trouvera pas d’issue sans égalité politique réelle entre deux peuples condamnés à vivre ensemble.
Ni apartheid, ni vengeance, mais partage — de la terre, des droits, de la mémoire.

 

Une question de conscience

Au fond, la question posée par les manifestations italiennes est simple :
que vaut encore la conscience européenne ?

Peut-on se dire défenseur du droit international tout en fermant les yeux sur Gaza ?
Peut-on parler de justice sans universalisme ?
La mobilisation italienne n’est pas une haine d’un peuple, mais une exigence : celle de rester humain dans un monde qui s’habitue à l’horreur.

Conclusion

L’Italie s’est levée pour Gaza — mais, au-delà, pour elle-même.
Pour défendre une idée de la justice, pour rappeler que la politique n’est pas qu’une affaire d’intérêts, mais aussi de conscience.
Ce mouvement populaire n’est ni marginal ni naïf : il témoigne d’un besoin profond de cohérence entre valeurs et actes.

On peut débattre des slogans, des nuances ou des chiffres.
Mais il reste une vérité : lorsqu’un peuple meurt sous les bombes, le silence devient complicité, et c’est ce silence que les rues italiennes refusent aujourd’hui.

Car ce n’est pas seulement Gaza qui brûle. C’est notre humanité tout entière.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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