Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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France as a sideshow in the Trumpian circus: Private messages, public humiliation and gutter politics.


Ce qui s’est joué entre Donald Trump et Emmanuel Macron n’est pas un incident diplomatique. C’est un symptôme. Un symptôme obscène d’un monde où le pouvoir ne se pense plus, ne se cache plus, ne se retient plus, il se poste.

Trump publie un message privé. Macron se fait appeler “mon ami”. Le président de la première puissance mondiale règle ses comptes comme un adolescent vexé sur un réseau social. Le président français, lui, se retrouve réduit à un rôle qu’il connaît bien : figurant dans le théâtre d’un autre, moqué, rabaissé, jeté en pâture à l’opinion mondiale.

Trump ironise : « Emmanuel, je l’aime bien, mais il ne sera plus là longtemps. »
Traduction diplomatique : cause toujours, petit.

La brutalité comme méthode, le mépris comme doctrine

Trump n’a jamais eu de surmoi. Ce n’est pas un scoop, c’est même son argument électoral. Il humilie ses alliés, traite la diplomatie comme un bras de fer de cour de récréation et confond stratégie internationale et règlement de comptes personnel. Chez lui, le pouvoir ne s’exerce pas : il s’impose, se pavane, se venge.

Mais la nouveauté n’est pas Trump. Elle est ailleurs.
Elle est dans ce franchissement de ligne : la diffusion de messages privés comme arme politique. La diplomatie version revenge porn, sans le sexe mais avec le même goût pour l’exposition humiliante.

La frontière entre le public et le privé n’est plus floue : elle est dissoute.
Le président n’est plus une fonction, il est un compte. Un flux. Un personnage.

La mort lente de la fonction

On parlait autrefois des deux corps du roi : l’homme et l’institution. Aujourd’hui, ils sont fusionnés dans un selfie mal cadré. Trump est l’homme, la fonction, l’ego, la pulsion — tout à la fois. Et Macron, quoi qu’on en pense, a lui aussi participé à ce grand sabotage : vidéos avec des youtubeurs, déhanchements avec des rappeurs, politique transformée en contenu.

La verticalité du pouvoir a été remplacée par la visibilité permanente. Ce qui n’est pas montré est suspect. Ce qui est discret est jugé coupable. Ce qui se tait est accusé de mentir.

Les Français ont voulu la transparence totale. Ils ont obtenu l’exhibition générale.
Et ils feignons de s’étonner que le pouvoir se comporte désormais comme eux : impulsif, narcissique, incapable du moindre secret.
                   

Mais la vraie question n’est pas Macron

Décrire la décomposition du macronisme est devenu un sport national.
82 % des Français constatent le désastre. Très bien. Applaudissements.
Mais cette lucidité tardive permet surtout d’éviter la seule question qui dérange vraiment :

Pourquoi ce même peuple a-t-il élu deux fois Emmanuel Macron ?

Pas une fois. Deux.

Il y a là un paradoxe que les professionnels du mot “peuple” refusent soigneusement d’affronter. Car pour gagner deux élections présidentielles, il faut une majorité sociologique, culturelle, médiatique. C’est une loi mathématique, pas une opinion.

Deux options, donc et aucune n’est confortable : soit le peuple est idiot (thèse méprisante, commode, fausse),  soit le peuple est massivement influençable, pris dans un système de fabrication du consentement redoutablement efficace C’est évidemment la première.

Propagande douce et désert politique

Macron de la France n’est pas un accident. Il est un produit. Produit d’un écosystème médiatique verrouillé, homogène, moralisateur, où toute dissidence est disqualifiée comme archaïque, populiste ou fascisante. Produit aussi de l’effondrement historique d’un pôle politique entier : la droite, pulvérisée, fragmentée, neutralisée.

On peut débattre éternellement des responsabilités. Le résultat, lui, est incontestable :
un champ politique déséquilibré produit des monstres technocratiques présentables.

Tant que cette domination idéologique persistera, d’autres Macron surgiront. Plus lisses. Plus jeunes. Plus “modernes”. Tout aussi destructeurs.

Diplomatie grotesque et solitude internationale

Le ridicule final appartient à la correspondance envoyée par Macron à Trump. Une invitation à réunir le G7 élargi au Danemark, à la Syrie, à l’Ukraine et à la Russie. Un cocktail géopolitique digne d’un brainstorming sous substances illicites.

La  même France de Macron refuse le Conseil de la paix proposé par Trump à cause… de la présence de la Russie. Logique circulaire. Diplomatie lunaire. Illisibilité totale.

Ajoutez à cela un pape qui annule une audience privée, officiellement pour des vitraux et une loi sur l’euthanasie. Officieusement pour marquer une distance politique et morale. Et vous obtenez un président dont même les symboles spirituels se détournent.

Trump peut alors dire, sans mentir : plus personne ne veut voir la France de Macron.

Conclusion – Le pays sous l’eau, le pouvoir en apnée

Oui, bien sûr, la France va bien. Relativement. Ou plutôt : qu’elle va moins mal que d’autres. C’est vrai, si l’on regarde certains indicateurs. Mais c’est faux si l’on regarde la réalité vécue par une grande partie de la population.
Elle va comme un corps maintenu en survie artificielle, pendant que le médecin explique à la famille que les constantes sont stables. Stables, oui — parce qu’on a cessé de mesurer ce qui compte vraiment. La tête est sous l’eau, mais on a prévu un tuba. Un tuba administratif, normé, homologué par les sommets internationaux. Tant qu’il dépasse de la surface, on peut continuer à sourire. For sure.

À Davos, à Washington, dans les forums où l’on parle anglais avec assurance, la France est un concept : attractive, réformée, résiliente. On y vend l’avenir comme un produit dérivé. Chez nous, on se contente de recycler le présent, d’optimiser la pénurie, de rendre la fatigue soutenable par le langage. Le pays ne s’effondre pas, il “se transforme”. L’hôpital ne manque pas de moyens, il est “en tension”. L’école ne décroche pas, elle “mute”. La pauvreté n’explose pas, elle “se recompose”. À force de renommer la chute, on finit par croire qu’on vole. For sure.

On nous dit que l’effort est nécessaire, que la douleur est transitoire, que demain ira mieux. Demain — ce mot élastique, toujours repoussé au-delà du prochain mandat. En attendant, on respire à tour de rôle. Certains aspirent l’air à pleins poumons, d’autres boivent la tasse. Mais l’important, c’est que le protocole soit respecté. L’inégalité devient une variable. L’injustice, une externalité. For sure, c’est rationnel.

Le pays attire, paraît-il. Les capitaux, les investisseurs, les regards admiratifs. Et parfois ses propres enfants… vers l’aéroport. Ceux qui partent ne fuient pas : ils “s’internationalisent”. Ceux qui restent doivent “faire preuve de responsabilité”. Traduction : tenir encore un peu, sans éclabousser, sans crier trop fort, sans risquer de faire paniquer le marché. For sure.

Le tuba, lui, a beaucoup servi. Crises financières, crises sociales, crises sanitaires, réformes d’urgence, réformes permanentes, “quoi qu’il en coûte”, “en même temps”. À force, il est usé. Il siffle. Il laisse passer l’eau. Le sel du réel commence à brûler les poumons. Mais on insiste : sans lui, ce serait le chaos. Avec lui, ce n’est pas mieux — c’est juste plus lent. Une noyade maîtrisée. For sure.

Le pouvoir prétend éviter le chaos. Mais ce qu’il produit, c’est une lente décomposition : une société qui ne croit plus à ses promesses, qui n’attend plus rien de ses dirigeants, qui survit au lieu de se projeter. Une démocratie vidée de sa substance, réduite à une gestion technocratique de la pénurie.

Alors non, la France ne va pas bien. Elle est maintenue à flot, artificiellement, pendant que ses fondations se fissurent. Et tant que l’on confondra stabilité et justice, attractivité et dignité, calme apparent et consentement réel, la crise continuera de s’aggraver.

For sure, le danger n’est pas l’explosion. Le danger, c’est l’habituation.
C’est un pays qui s’adapte à l’inacceptable. C’est un peuple à qui l’on apprend à respirer moins, à espérer moins, à demander moins et un jour, quand l’air manquera vraiment, il sera trop tard pour expliquer que tout allait bien. : La France n’est pas seule à être dotée d’une anatomie d’exception.

For sure. Everything is under control.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/