Une balance qui ne pèse que d'un côté : L'auteur d’une
presse se présente en gardien de la laïcité, scandalisé qu'un maire bénisse le
voile et maudisse le crucifix. Mais avant d'accuser la balance du voisin d'être
faussée, il faudrait vérifier la sienne.
Chez lui, le
crucifix n'est jamais une provocation ni un instrument : il tombe du ciel, pur
et incontestable. Le voile, en revanche, devient instantanément pétromonarchie,
séparatisme, programme civilisationnel. Deux poids, deux mesures et une seule conscience pour ne pas s'en
apercevoir. « Pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de ton frère, et ne
vois-tu pas la poutre dans le tien ? »
L'auteur affirme
implicitement qu'une femme portant le voile adhère nécessairement à l'ensemble
des prescriptions les plus radicales attribuées à l'islam : soumission des
femmes, mise à mort des apostats, hostilité aux juifs et aux chrétiens, etc.
Or c'est un raisonnement absurde : Si l'on applique la même logique à
toutes les religions, porter une croix signifierait approuver les croisades,
l'Inquisition, les bûchers pour hérésie ou l'interdiction historique du
divorce. Porter une kippa signifierait approuver toutes les positions des
gouvernements israéliens passés ou présents. Personne ne raisonne ainsi.
Un signe
religieux n'est jamais la totalité d'une théologie, encore moins la totalité
d'une histoire religieuse. L'auteur réclame pour le voile un traitement qu'il
refuse aux autres symboles religieux.
Ce nouveau
pharisien prétend parler de laïcité mais glisse constamment vers une
dénonciation civilisationnelle. On ne parle plus de citoyens mais de « Nouvelle
France », de « pétromonarchie », de « prophétariat », de
populations supposément incompatibles avec la République.
Une femme jugée sans avoir été entendue : Au centre de cette fresque,
il y a elle. La musulmane voilée. On ne lui demande ni son nom, ni ses raisons,
ni son histoire : elle est condamnée avant d'être écoutée. C'est exactement la
scène que l'Évangile retourne contre ses juges
celle de la femme qu'on amène devant le Christ pour qu'il la condamne,
et à qui il répond : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette
la première pierre. »
Notre auteur
n'a pas cette pudeur. Il a déjà la pierre en main. Et il la jette sur une
inconnue, transformée en symbole parce que cela sert mieux sa démonstration
qu'un visage réel.
L'excommunication sans procès : Le texte va plus loin encore : il évoque un « prophétariat
» qui aurait remplacé le prolétariat, une gauche en quête désespérée d'un
nouveau peuple après la défection de l'ancien. C'est une excommunication
collective, prononcée sans nommer une seule âme, qui frappe toute une
congrégation les musulmans pratiquants,
les femmes voilées du sceau de l'hérésie
civilisationnelle. Même l'Inquisition instruisait des procès, fussent-ils des
simulacres. Ici, on condamne sans même convoquer l'accusée à la barre.
L'arme qu'on absout, le procès qu'on instruit : On nous promettait une leçon
de laïcité. On nous a livré un catéchisme à sens unique, où la croix est sanctuaire
et le voile un aveu de culpabilité. La République, comme le Royaume qu'invoque
l'Évangile, ne demande pas de choisir son saint patron contre celui du voisin.
Elle demande quelque chose de plus dur, et de plus simple : que chacun commence
par nettoyer le dedans de sa propre coupe, avant d'aller inspecter celle des
autres.
Le pharisien d'Ivry-sur-Seine ne s'appelle ni le maire, ni l'élu
d'opposition. Il tient la plume.
À lire, à partager et à méditer (sans majuscules d'État) ! Sur
https://wahrani31.substack.com/
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. »
https://kadertahri.blogspot.com/
