Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Iran : une révolte populaire confisquée par la guerre idéologique des Occidentaux:

 

La révolte du peuple iranien contre le régime des mollahs mérite mieux que les tribunes hypocrites qui prétendent la défendre tout en la détournant. Car ce qui se joue aujourd’hui dans certains médias occidentaux n’est pas un débat honnête sur la solidarité internationale, mais une opération de récupération politique : utiliser une lutte réelle, sanglante, courageuse, pour régler des comptes idéologiques en Europe.

Sous couvert de dénoncer un prétendu « silence de la gauche », ces discours fabriquent une fiction commode : celle d’une gauche occidentale lâche, aveugle, prisonnière de ses obsessions, incapable de soutenir les Iraniens sans arrière-pensée. Cette fiction est fausse. Et surtout, elle est dangereuse.

Un silence qui n’a jamais existé :

Il n’y a jamais eu de silence sur la révolte iranienne.
Depuis 2022, les mobilisations « Femme, Vie, Liberté » ont été largement relayées, commentées, soutenues. Des manifestations ont eu lieu, des sanctions ont été prises, des collectifs militants se sont mobilisés.

Ce que certains appellent « silence », c’est en réalité le refus de l’alignement.
Refus d’utiliser la révolte iranienne pour légitimer l’ordre géopolitique occidental.
Refus de transformer une lutte populaire en argument de propagande civilisationnelle.

Ce refus-là est intolérable pour ceux qui veulent un monde simple, divisé en camps, où toute critique doit servir un agenda.

Une gauche fantôme pour les besoins de l’accusation :

Pour que le procès tienne, il faut inventer un coupable collectif : « la gauche occidentale ». Un bloc imaginaire, homogène, caricatural. Une gauche réduite à quelques slogans, accusée de fermer les yeux sur les crimes des mollahs par obsession anti-américaine ou anti-israélienne.

La réalité est toute autre.
De nombreuses forces militantes soutiennent la révolte iranienne tout en refusant sa récupération. Elles refusent de choisir entre théocratie et impérialisme. Elles ne refusent que la liberté des femmes iraniennes serve à blanchir d’autres crimes ailleurs.

Ce n’est pas de l’aveuglement.
C’est une position politique cohérente.

Israël, la Palestine et le chantage moral

Là où le texte dévoile son vrai visage, c’est lorsqu’il suggère que soutenir la révolte iranienne deviendrait problématique parce que la chute du régime pourrait affaiblir les ennemis d’Israël.

Ce raisonnement est indécent.
Ce que beaucoup refusent, ce n’est pas la critique du régime iranien — elle est évidente — mais l’instrumentalisation de cette critique pour relativiser les crimes de l’État israélien et délégitimer toute solidarité avec le peuple palestinien.

On ne choisit pas quelles vies méritent d’être défendues.
On ne hiérarchise pas les luttes.
On refuse les chantages.

Le Hamas comme arme de disqualification

Comme souvent, le Hamas est convoqué pour clore le débat. Il ne sert pas à comprendre, mais à disqualifier. Toute tentative d’analyse est assimilée à une apologie, toute nuance à une complicité.

Cette logique est autoritaire.
Elle interdit de penser. Elle impose un alignement moral sous peine d’excommunication.

L’anti-américanisme n’est pas une maladie

Autre accusation récurrente : l’anti-américanisme serait un réflexe idéologique empêchant toute lucidité. C’est oublier un peu vite l’histoire.

L’Iran a connu le coup d’État de 1953.
Le monde a connu l’Irak, l’Afghanistan, la Libye.

Refuser que les luttes populaires servent de prétexte à de nouvelles ingérences n’est pas un dogme. C’est une leçon apprise dans le sang.

Le vrai cœur du discours : l’islam comme ennemi

Derrière la défense affichée des Iraniens se cache une thèse plus profonde : l’islam serait une civilisation intrinsèquement oppressive, incompatible avec la liberté. La révolte iranienne devient alors une preuve à charge contre une religion, une culture, des populations entières.

C’est une falsification.
La révolte iranienne n’est pas une guerre contre l’islam. Elle est portée par des croyants, des non-croyants, des féministes musulmanes, des laïques, des athées. Elle vise un régime, pas une civilisation.

Transformer cette lutte en argument islamophobe est une trahison pure et simple.

La fausse posture de la censure

Enfin vient la plainte finale : la pensée serait empêchée, la critique bâillonnée, le milieu oppressif.
C’est une posture bien rodée. Des discours omniprésents, invités sur les plateaux, publiés sans entrave, se présentent comme persécutés.

Cette victimisation est une imposture.

Conclusion : le passé qu’on tente de nous vendre comme avenir

Je vois, sur plusieurs chaînes de télévision, les appels de Reza Pahlavi, fils aîné de feu le shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi.
Il est sans doute utile de rappeler — ce que ne font pas les chaînes télé qui relaient très complaisamment ses appels — que son père s’est imposé au pouvoir en 1953 grâce à un coup d’État.

Le Premier ministre légitime, le Dr Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé l’Anglo-Iranian Oil Company, fut renversé, jugé, puis assigné à résidence jusqu’à sa mort en 1965.

Le régime du Shah s’est appuyé sur la SAVAK, police politique organisée par la CIA : censure, arrestations, tortures, exécutions. La peur régnait, y compris parmi les étudiants iraniens à l’étranger. Les crimes de la SAVAK ont été dénoncés internationalement, y compris aux États-Unis.

C’est la révolution islamiste de 1979 qui a mis fin à ce régime.
Son fils, Reza Pahlavi, n’a jamais reconnu le caractère dictatorial ni la corruption du pouvoir de son père. Héritier de sa fortune, exilé aux États-Unis, il affirme être guidé par une « mission divine ».

C’est cet homme que certains médias européens tentent aujourd’hui de présenter comme une alternative crédible, en profitant d’une révolte qui ne lui doit rien.

Beaucoup d’opposants au régime des mollahs ne veulent ni des mollahs, ni du retour du fils du Shah. Le peuple iranien n’a pas renversé une dictature pour qu’on décide à sa place de son avenir.

La solidarité réelle commence ici :
soutenir la révolte iranienne sans la confisquer,
sans la vendre aux puissances,
sans ressusciter les fantômes du passé.

A/Kader Tahri   chroniqueur engagé et observateur inquiet                                                                                           « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Frères musulmans : la menace fantôme qui fait trembler la République

 

Faire peur, un art de gouverner à la française

La France adore avoir peur. Peur des banlieues, peur des jeunes, peur du voile, peur de l’« islamisme rampant ». C’est presque un sport national : quand le pouvoir patine sur l’économie, la justice sociale ou la crise démocratique, il ressort un épouvantail pratique. Dernier joujou en date ? Les Frères musulmans.

Un rapport classé confidentiel défense, révélé par Le Figaro (évidemment), explique que cette organisation transnationale représente une « menace pour la cohésion nationale ». Rien que ça. Sauf que, détail cocasse : ce même rapport reconnaît que le mouvement est en perte de vitesse, qu’il ne regroupe que 7 % des mosquées, et qu’il ne prône pas la violence. Une menace fantôme, donc. Mais une menace bien utile.

Les Frères Musulmans sont une création des services secrets britanniques ; après la chute de l’Empire Ottoman, les pays musulmans nouvellement créés étaient politiquement occupés à devenir économiquement indépendants, dans une équation où la modernité qui devait rendre au développement ce qui revenait au développement, et à Dieu ce qui revient à Dieu, était l’équivalent de la laïcité, et les élites politiques de ces pays étaient imperméables à l’idéologie franc maçonne.

Les FM ont été des mouvements d’opposition utilisés contre les dirigeants arabes modernistes et non alignés, tout comme la FM est utilisée pour sélectionner et neutraliser les acteurs politiques dans les pays occidentaux.

Nasser avait été le premier à dénoncer l’arnaque, en pointant l’absurdité du fait de centrer le débat politique sur des revendications musulmanes pour prôner l’islamisation d’un pays musulman, aux dépens des vrais enjeux économiques, industriels, éducatifs...


Islamisme municipal ou peur municipale ?

L’expression a tout pour faire frissonner : « islamisme municipal ». On imagine déjà des mairies transformées en califats locaux, des conseils municipaux votant la charia à l’unanimité. En réalité ? Rien de tout ça. On parle d’associations locales, de mosquées de quartier, d’un réseau militant qui tente d’exister dans le jeu démocratique.

Mais pour les stratèges de la peur, la discrétion devient suspecte : si ça se voit, c’est dangereux ; si ça ne se voit pas, c’est encore pire. Autrement dit : les Frères musulmans sont coupables par nature, coupables d’exister.


Le sport national : faire trembler les gens

Soyons clairs : faire trembler les Français est devenu une technique de gouvernance. Le scénario est toujours le même :

Un rapport classifié sort par une fuite opportune.

Un grand quotidien relaie l’alerte (souvent le même).

Un ministre indigné promet des mesures fermes.

L’opinion publique, nourrie de peur, applaudit ou s’inquiète.

Et le problème de fond – chômage, inflation, fracture sociale – passe au second plan.


Une inversion accusatoire bien connue

Certains observateurs rappellent que pendant qu’on nous parle de la « pieuvre islamiste », personne ne s’inquiète des réseaux communautaires pro-israéliens qui, eux, influencent ouvertement la vie politique et médiatique française. On détourne l’attention avec le Hamas pour mieux oublier Gaza. C’est le vieux principe de l’inversion accusatoire : accuser l’autre de ce qu’on pratique soi-même.

Qu’on adhère ou pas à cette lecture, elle met en lumière un point : le discours officiel n’est pas neutre. Il est instrumentalisé par des rapports de force géopolitiques.


Une menace utile, pas une menace réelle

Ce rapport ne démontre pas que les Frères musulmans vont instaurer la charia à Marseille ou à Roubaix. Ce qu’il démontre, c’est que le pouvoir a besoin d’un ennemi intérieur pour justifier son autorité. Peu importe que l’ennemi soit faible ou marginal : il doit être présenté comme redoutable.

Résultat : une peur rentable politiquement. Rentable pour détourner l’attention, rentable pour serrer les rangs autour de la « République en danger », rentable pour nourrir les plateaux télé.


Conclusion : la République menacée… par sa propre propagande

Au fond, les Frères musulmans ne sont pas le problème majeur de la France. Le vrai problème, c’est un État qui confond vigilance et paranoïa, analyse et propagande.
La menace fantôme des Frères musulmans est moins un danger pour la République qu’une aubaine pour un pouvoir en quête d’ennemis imaginaires.

Les acteurs politiques s’entendent tous pour capitaliser sur la segmentation par l’islamisme, alors que quand il faut déterminer les causes du déclassement de la France, de sa vassalisation et de son dépeçage programmé, tous les irresponsables politiques sont bien embêtés de ne pouvoir coller ça sur le dos des musulmans, mais bien contents que les diversions par l’islamisme neutralisent le temps qui ne sera jamais utilisé pour aborder les frais sujets en rapport avec les préoccupations de tous les Français.

La France n’est pas menacée par un califat municipal. Elle est menacée par une gouvernance de la peur, où l’on brandit sans cesse un danger fantôme pour éviter de parler du réel. La véritable question est donc :

Qui la peur protège-t-elle ? La République… ou ses dirigeants ?

Comme toujours, on finit par se demander : la peur, c’est pour protéger les citoyens… ou pour protéger les gouvernants ?

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/