Le roman de la victoire marocaine : L’élite parle, le citoyen souhaite une Harba !

À lire certains éditorialistes marocains, on pourrait croire que l'Histoire est déjà terminée, que le verdict est rendu et que l'Algérie n'aurait plus qu'à contempler, impuissante, la prétendue « montée en puissance » du Royaume. Ce récit est moins une analyse qu'un exercice d'autocélébration. Il relève davantage du catéchisme politique que de la géopolitique.

L'auteur ne démontre pas ; il proclame. Il n'argumente pas ; il décrète. Son texte accumule les certitudes comme d'autres collectionnent les slogans. Chaque hypothèse devient une vérité, chaque évolution diplomatique se transforme en victoire définitive, chaque désaccord est présenté comme la preuve d'un supposé déclin algérien.

La méthode est vieille comme la propagande : grossir ses succès, minimiser ses difficultés, caricaturer l'adversaire et annoncer la victoire avant même que les faits ne l'aient consacrée.

Franchement, y a un truc qui saute aux yeux dans cette presse du Palais. On dirait que le match est déjà fini. Que le Maroc aurait déjà gagné l'Histoire et que l'Algérie serait juste là pour regarder passer le train.

Sauf que... non.

Le texte ne démontre pas grand-chose. Il affirme. Il enchaîne les certitudes, les formules, les effets d'annonce. À chaque fois, le même schéma : le moindre succès du Maroc devient un tournant historique, et tout ce qui concerne l'Algérie est ramené à l'échec ou à l'immobilisme.

Ça ressemble plus à un récit qu'à une analyse.

Le plus étonnant est cette obsession de l'Algérie. Si le Maroc est réellement aussi sûr de sa réussite qu'on le prétend, pourquoi consacrer autant de colonnes à expliquer que son voisin serait dépassé ? Les puissances confiantes regardent vers l'avenir ; les puissances anxieuses regardent constamment par-dessus leur épaule.

L'auteur parle d'une Algérie « sans vision ». Pourtant, il oublie un détail essentiel : un État ne se résume pas à des éditoriaux enthousiastes. Il se mesure à ses capacités industrielles, à ses infrastructures, à sa souveraineté énergétique, à sa politique de défense, à son système éducatif, à sa recherche scientifique et à sa faculté d'investir dans le long terme. Ces réalités ne disparaissent pas parce qu'un chroniqueur les ignore.

Il est tout aussi révélateur de voir l'auteur transformer chaque évolution diplomatique concernant le Sahara en certificat définitif de légitimité. La réalité est plus nuancée. Les positions internationales ont certes évolué ces dernières années, mais le dossier demeure traité dans le cadre des Nations unies, qui continuent d'appeler à une solution politique négociée. La résolution 2797 renforce le cadre des discussions, sans pour autant effacer d'un trait cinquante années de contentieux ni faire disparaître la nécessité d'un règlement politique accepté par les parties.

Plus grave encore, l'article avance plusieurs affirmations présentées comme des certitudes — notamment sur les populations des camps de Tindouf ou sur des décisions supposément imposées à l'Algérie par les États-Unis — sans apporter le moindre élément probant. Une affirmation répétée avec assurance ne devient pas un fait. Elle demeure une affirmation tant qu'elle n'est pas étayée.

Au fond, cette tribune révèle surtout une chose : certains milieux politiques semblent avoir besoin d'une Algérie imaginaire pour célébrer un Maroc idéalisé. On fabrique un voisin caricatural afin de mieux se mettre en scène. C'est une vieille recette : lorsqu'on peine à convaincre par les résultats, on construit un récit héroïque.

Mais l'Histoire est moins sensible aux effets de manche qu'aux réalités. Les campagnes médiatiques passent ; les rapports de force évoluent ; les équilibres régionaux changent. Ce qui demeure, ce sont les faits, pas les envolées lyriques.

Le Maghreb mérite mieux que cette littérature de confrontation permanente. Il mérite des analyses sérieuses, des débats honnêtes et des comparaisons fondées sur des données plutôt que sur des professions de foi.

À force de confondre communication et démonstration, certains éditorialistes finissent par croire que la plume peut remplacer la réalité. Or la réalité possède un défaut redoutable : elle résiste toujours aux slogans.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

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