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Le « crime » d’Adèle Haenel : avoir refusé la hiérarchie des victimes

 

La droite réactionnaire et ses éditorialistes de garde sont au bord de la syncope. Ils criaient déjà au scandale quand Adèle Haenel avait osé quitter la cérémonie des Césars face à un agresseur célébré par le tout-Paris ; les voilà désormais au sommet de l'hystérie. Son nouveau « crime » ? Avoir pris la parole pour lier la grille d'analyse du féminisme celle qui refuse la violence, le déni et l'impunité  au carnage perpétré à Gaza.

Dans le bréviaire réactionnaire, cette prise de position est perçue comme une haute trahison. Pour cette droite, le féminisme ne doit être accepté qu’à une seule condition : rester un accessoire inoffensif, une posture morale pour dîners en ville, ou mieux encore, une arme opportuniste pour cibler les banlieues et l'immigration. Mais qu'une femme refuse de borner son indignation aux frontières du monde occidental, qu'elle applique les mêmes principes de justice à Gaza qu'à Paris, et la sentence tombe immédiatement : elle est décrétée manipulée, dévoyée, habitée par la « haine de l'Occident ».

L’infantilisation comme bouclier rhétorique

Plutôt que d'affronter la réalité des faits  des dizaines de milliers de civils, de femmes et d'enfants broyés sous les bombes avec la complicité morale et matérielle des gouvernements occidentaux –, les critiques préfèrent s’en prendre à la santé mentale et à l'autonomie des féministes.

C’est le cœur de leur argument sur le fameux « féminisme d’atmosphère » : selon eux, la femme lambda serait une créature crédule, incapable d'élaborer une pensée géopolitique propre. Elle s'engagerait pour défendre ses droits intimes, puis se ferait piéger à son insu par de sombres officines décoloniales ou sionistes. Ce paternalisme d’un autre âge en dit long : pour cette droite, une femme ne raisonne pas, elle se fait embrigader. L’idée même qu’une solidarité humaine puisse traverser les frontières leur est intellectuellement étrangère.

La complicité des médias : de la mise sous séquestre au nettoyage audiovisuel

Cette cabale réactionnaire ne tourne pas à vide : elle s'appuie sur des relais médiatiques complices, véritables gardiens du dogme et de la censure. La panique qui s'est emparée du paysage audiovisuel dès qu'Adèle Haenel a prononcé les mots interdits – génocide, sanctions, Palestine libre – en est la démonstration la plus flagrante.

En retirant en urgence les replays et les extraits vidéo, le service public et les chaînes d'information ne cherchent pas à protéger un quelconque équilibre républicain : ils protègent un récit officiel. Les mêmes médias qui célèbrent à longueur de journée la liberté d'expression quand il s'agit d'insulter les minorités paniquent soudainement dès qu'une voix dissidente nomme les crimes de guerre.

On assiste à un véritable nettoyage de l'espace public : Le vocabulaire est filtré : le carnage devient un « conflit », le massacre de masse une « riposte », et les victimes palestiniennes de simples « dégâts collatéraux ». Les voix divergentes sont criminalisées ou effacées : tout invité qui refuse de réciter le catéchisme géopolitique dominant se voit menacé de mort sociale ou banni des plateaux.

En étouffant la parole d'Adèle Haenel, l'appareil médiatique a prouvé qu'il préférait la complaisance envers un État colonisateur plutôt que l'honneur d'informer. La censure n'est pas un accident de parcours : c'est l'outil indispensable pour maintenir le consensus de l'indifférence.

La géométrie variable de l'indignation

Ce qui dérange profondément dans la parole d’Adèle Haenel, c'est qu'elle met à nu ce double standard quotidiennement entretenu par la presse de grand chemin :

Le féminisme utile : Celui qu’on brandit avec emphase lorsqu'il s'agit de dénoncer les violences commises par le voisin du dessous ou d'alimenter les stigmates raciaux. Là, nos éditorialistes se découvrent soudain une âme de chevaliers de la cause des femmes.

Le silence exigé : Dès lors que les bombardements sont le fait d’un État allié soutenu par nos diplomaties, la compassion devient suspecte, et la dénonciation du massacre est estampillée « terroriste » ou « anti-occidentale ».

Adèle Haenel n'a fait que rappeler une vérité fondamentale : la lutte contre la violence patriarcale et la lutte contre la violence coloniale ou militaire procèdent du même refus de la domination et de l'écrasement des corps.

L'arroseur arrosé

En prétendant que la frontière entre le « bon féminisme mainstream » et le « féminisme radical » a cédé, l'extrême droite et ses clercs médiatiques avouent leur plus grande crainte : que la lucidité politique devienne contagieuse. Ils voulaient des femmes victimes, silencieuses, reconnaissantes qu'on leur accorde quelques miettes de justice sous nos latitudes. Ils se retrouvent face à des militantes politiques qui refusent d'être les cautionnaires d'une barbarie lointaine.

Ceux qui comptaient sur la censure et le silence des féministes pour laisser s'accomplir le drame palestinien en sont pour leurs frais. Celles qui ont appris à briser l'omerta face aux agresseurs d'ici ne risquent pas de fermer la bouche face aux boucheries financées par nos silences.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça.


Gaza, la fausse vertu de l'extrême droite et la comédie des civilisés :

« Qu'un officier israélien soit capable de réciter de la poésie entre deux frappes de drones ne change rien : tous communient dans le même mépris de Gaza et de ses enfants. »

C’est une bien triste époque pour les professionnels de la bonne conscience : le monde s’obstine à regarder là où ça saigne, plutôt que là où l’on théorise. Il faut lire avec une fascination presque médicale ces textes de notables effarouchés qui, la main sur le cœur et l’œil humide, nous expliquent que le véritable danger pour l’humanité n’est pas la pluie de bombes de 2000 livres sur des tentes de réfugiés, mais la redoutable « haine » qui couve dans un amphithéâtre universitaire ou dans un tweet de la France Insoumise.

Quel chef-d’œuvre d’inversion pyrotechnique ! Observez la mécanique : un État surarmé, béni par les chancelleries occidentales, occupé à raser des villes entières, à liquider des générations de gamin(e)s et à planifier le vide sanitaire, réussit encore l'exploit d'écrire des élégies sur sa propre souffrance. Il paraît que critiquer cette performance démocratique, c’est déjà chausser les bottes des Einsatzgruppen. Rien que ça. Si un étudiant brandit un drapeau palestinien, Kant vacille, Nietzsche tremble, et la civilisation s’effondre. Mais quand une bombe guidée pulvérise une maternité, c’est de la « légitime défense préventive » rédigée dans une syntaxe irréprochable.

Ils aiment convoquer la culture, l'histoire et les grands massacres de la terre de l'Est pour nous donner des sueurs froides. Ils nous racontent, la voix tremblante, comment les diplômés de Weimar citaient Goethe avant d'exterminer. Mais quelle ingratitude envers eux-mêmes ! Ils oublient de préciser que les vrais héritiers de ces bureaucrates en col cassé ne sont pas les gamins qui défilent le samedi soir. Les vrais successeurs de ces rationaliseurs de la mort, ce sont précisément ceux qui, en costume-cravate sur les plateaux télé, vous expliquent avec un flegme académique et des catégories juridiques bien polies qu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des civils, et qu’affamer deux millions de personnes est un « dilemme tactique complexe ».

La voilà, leur fameuse « barbarie sentimentale » : cette extraordinaire capacité à transformer un tank en colombe blessée et une victime en coupable d’existentialisme abusif. Pour cette élite le nez collé à sa propre vertu, un Palestinien qui meurt est une abstraction malencontreuse, mais un occidental dérangé dans son confort moral par le mot « antisionisme » est un martyr de la liberté.

On nous adjure d’« ouvrir les yeux ». Mais leurs yeux à eux sont grands ouverts… uniquement sur le miroir qui reflète leur pureté imaginaire. Ils ne voient pas la barbarie, parce qu’elle porte leur uniforme, parle leur langue, et cite leurs valeurs. Ils préfèrent traquer « le poison du ressentiment » chez ceux qui s'indignent, plutôt que d'évaluer le tonnage d'explosifs balancé par leurs protégés.

Alors épargnez-nous vos sermons sur « la nuit du cœur » et « l’âme humaine fragile ». Ce ne sont pas les pancartes des campus qui préparent les charniers de demain : ce sont vos silences polis, vos complicités d’experts et vos larmes de crocodiles versées sur le dos des opprimés. La barbarie a ceci de pratique aujourd’hui qu'elle se traite en conférence de presse et se finance par virement bancaire. Pour le reste, dormez braves gens : le bien est au pouvoir, et il est armé jusqu'aux dents.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Quand la presse française fabrique un fantasme sur l’Algérie : de l’information à la propagande :

La presse française parle du « régime de Tebboune » et accuse l’Algérie de « refouler 24 000 migrants ». Mais le rapport officiel parle uniquement d’appréhensions, et jamais de refoulements massifs. Cette rhétorique idéologique nie la souveraineté algérienne, falsifie les faits et applique un double standard européen. Voici pourquoi il est temps de dire stop à la propagande et de rétablir la vérité.

Parler du « régime de Tebboune » n’est pas informer. C’est insulter un pays souverain, réduire l’Algérie à l’image d’un seul homme, et nier l’existence de ses institutions. Cette rhétorique, employée à répétition par certains médias français, est idéologiquement chargée, infantilisante et profondément coloniale. L’Algérie n’est pas un décor pour fantasmes occidentaux : c’est un État avec un gouvernement, des institutions, une armée nationale et une histoire de souveraineté. Ignorer cela relève d’un mépris assumé.

Le cœur de la manipulation repose sur un faux chiffre et un verbe falsifié : « 24 000 migrants refoulés ». Le rapport officiel du ministère algérien de la Défense nationale parle d’appréhensions, mot précis et neutre. Appréhender ≠ refouler. Transformer une donnée administrative en accusation politique est un mensonge volontaire, une technique classique de sensationnalisme : prendre un fait exact, y coller un verbe faux, et créer une indignation artificielle. C’est exactement ce que fait cet article, qui confond information et propagande.

La suite est tout aussi révélatrice : le texte s’appuie sur des ONG occidentales et des médias français, sans jamais citer les autorités algériennes ni contextualiser la situation sahélienne. On passe sous silence que l’Algérie protège des milliers de kilomètres de frontières sahariennes dans un contexte de guerre, d’insécurité et d’effondrement étatique dans le Sahel. Contrôler ces frontières est un acte de souveraineté et de sécurité nationale, pas un choix moral ou idéologique à critiquer pour faire sensation.

Le contraste avec l’Europe est édifiant et révèle un double standard indéfendable. Quand Frontex, l’Espagne ou l’Italie refoulent des centaines de milliers de migrants chaque année, aucun titre alarmiste n’accuse « le régime Macron » ou « le régime Meloni » de brutalité. La même presse qui vilipende l’Algérie ferme les yeux sur des expulsions massives, des renvois en mer ou vers des pays tiers, souvent dans des conditions inhumaines. Mais dès que l’Algérie applique sa souveraineté sur son propre territoire, c’est une « violence d’État » inacceptable. Cette indignation sélective est non seulement hypocrite, mais totalement raciste et postcoloniale.

Plus encore, la rhétorique médiatique nie les réalités humaines et géopolitiques de la région. Les migrants interceptés par l’Algérie ne sont pas expulsés vers nulle part : ils sont pris en charge dans le cadre de la législation nationale et des capacités disponibles. La presse qui raconte l’inverse ignore volontairement la complexité de la situation : routes migratoires périlleuses, criminalité organisée, zones désertiques dangereuses, trafic d’êtres humains, instabilité des États voisins. Réduire cela à « des refoulements massifs » est une falsification grossière des faits, destinée à nourrir un récit moraliste et sensationnaliste.

L’utilisation d’un vocabulaire idéologisé ne s’arrête pas au titre. Parler de « vague de refoulement » ou de « politique inhumaine assumée » est une construction rhétorique qui transforme des faits administratifs en accusation morale, tout en niant le droit d’un État à protéger ses frontières et ses citoyens. L’Algérie est ainsi présentée comme irrationnelle, brutale et arbitraire, quand elle ne fait que appliquer les principes élémentaires de souveraineté nationale que n’importe quel État du monde appliquerait dans la même situation.

Enfin, cette couverture médiatique participe d’une instrumentalisation politique des migrants, qui masque la responsabilité européenne dans la crise migratoire. L’Algérie est accusée de brutalité, pendant que l’Europe externalise massivement ses expulsions vers la Libye, le Maroc ou la Méditerranée, avec des milliers de morts. La presse occidentale, en refusant ce miroir, impose une morale sélective : les Africains doivent être parfaits, les Européens peuvent tout.

En résumé, cet article n’informe pas. Il ment, manipule les faits, utilise un vocabulaire idéologisé, nie la souveraineté algérienne et applique un double standard scandaleux. Il ne s’agit pas de journalisme : c’est un récit hostile, politique et moraliste, conçu pour culpabiliser l’Algérie tout en la déshumanisant. C’est un récit hostile et politique, qui transforme l’information en propagande. L’Algérie n’est pas une marionnette pour satisfaire les fantasmes des extrémistes. Elle est un État souverain, et sa souveraineté n’est pas négociable.

Assez de ce journalisme colonialiste d’une France vassale: la vérité, les faits et le respect des États africains doivent primer. Sinon, on n’aura plus jamais d’information, seulement des récits idéologiques et moralisateurs.

L’Algérie mérite d’être respectée comme un État souverain, capable de protéger ses frontières et ses citoyens, plutôt que caricaturée et condamnée par une presse obsédée par ses fantasmes postcoloniaux. Assez de ce journalisme idéologique qui vient d’un état vassal : la vérité, les faits et la souveraineté ne sont pas négociables.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                            Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça https://kadertahri.blogspot.com/

 


Manchester, Gaza : l’instrumentalisation du terrorisme devient propagande

Un attentat antisémite est toujours un drame. Deux morts à Manchester, plusieurs blessés,  un schéma typique d’un film d’action. Voilà qui choque, bouleverse, indigne. Mais faut-il, sous couvert d’émotion, accepter sans critique le récit qui nous est servi ? Faut-il se contenter de la version officielle, qui érige l’acte d’un individu en preuve d’une guerre mondiale contre les Juifs, et qui désigne d’avance les coupables collectifs : Palestiniens, musulmans, manifestants, opposants ? Car derrière les pleurs légitimes, un autre discours se glisse : celui qui amalgame, qui manipule et qui instrumentalise.

L’amalgame comme méthode

On nous dit : un Syrien armé attaque une synagogue, donc tous les Palestiniens, tous les manifestants pro-Gaza, tous ceux qui critiquent Israël sont dans le même camp que l’assassin. C’est l’art du raccourci. On juxtapose les faits hétérogènes – un couteau sanglant à Manchester, une banderole à Downing Street, une chanson radicale dans un concert pour créer l’impression d’une seule et même menace. Le terrorisme devient une ombre gigantesque qui engloutit tout : la critique politique, la solidarité, l’expression artistique.

Mais cette logique est un piège. Elle transforme la lutte contre l’antisémitisme nécessaire, urgente en arme de propagande pour museler toute contestation. Qui dénonce la colonisation devient complice du terrorisme. Qui ose manifester devient suspect.

Le double standard moral

Et pendant ce temps, qui pleure les morts de Gaza ? Qui s’indigne des dizaines de victimes quotidiennes, balayées comme un bruit de fond ? Les journaux s’enflamment pour Manchester, mais se taisent devant Rafah. La hiérarchie des vies est claire : un mort en Europe vaut mille morts palestiniens.

On parle pudiquement de « déplacements » quand il s’agit de déportations massives. On justifie les bombardements par la « sécurité d’Israël » quand il s’agit en réalité de punition collective. Les habitants de Gaza vivent sous ultimatum, sommés de fuir, de se soumettre, de disparaître. On les enferme dans un ghetto moderne, et quiconque ose employer ce mot est aussitôt accusé de blasphème.

L’attentat, lui, fait plus de bruit que les dizaines de morts, routiniers, du jour à Gaza. Voilà la violence du double standard : l’horreur, d’un côté, mérite les pleurs et les caméras ; l’horreur, de l’autre, est devenue invisible.

Le terrorisme, une arme politique

Non, il n’y a pas aujourd’hui de « terrorisme palestinien » en Europe. Répéter le contraire, c’est entretenir un mensonge utile. Car le terrorisme qui frappe les villes n’est pas l’extension de la résistance palestinienne : il est le fruit pourri des guerres impériales, des manipulations et des hypocrisies des puissances occidentales et israéliennes.

Daech ne s’est pas auto-engendré dans un désert abstrait. Il est né dans les décombres de Bagdad, après que les chars américains ont pulvérisé l’Irak en 2003. Washington a dissous l’armée, humilié des millions de sunnites, livré des territoires entiers au chaos. Dans ce marécage, le salafisme armé a prospéré. Les États-Unis criaient « guerre contre le terrorisme », mais en vérité ils en façonnaient le terreau.

Et quel usage en ont-ils fait ensuite ?

Daech a servi de prétexte à toutes les interventions militaires, de l’Irak à la Syrie, de l’Afrique au Moyen-Orient. Chaque attentat devenait la preuve qu’il fallait « rester », « bombarder », « sécuriser ». La peur était recyclée en stratégie : un monstre utile pour justifier l’occupation perpétuelle.

Israël, de son côté, n’a jamais perdu une occasion d’instrumentaliser cette menace. Qu’un couteau frappe dans une synagogue en Europe, et voilà la propagande confortée : les Juifs ne seraient nulle part en sécurité, sauf derrière les murs de l’État hébreu. Qu’un kamikaze se fasse exploser à Mossoul ou à Raqqa, et aussitôt la guerre de Gaza passe au second plan. Le spectre djihadiste efface la réalité coloniale : l’annexion, les blocus, les expulsions.

Faut-il rappeler que, dans les premières années de la guerre syrienne, plusieurs factions affiliées à Al-Qaïda ont été soutenues, armées ou tolérées par les Occidentaux et leurs alliés du Golfe ? Que les services de renseignement savaient dès 2012 qu’un « État islamique » se préparait et ont laissé faire, parce que ce chaos affaiblissait Damas et servait leurs calculs ? Les terroristes d’hier étaient des « alliés » provisoires, recyclés en ennemis absolus le lendemain. Le double jeu est permanent : fabriquer des monstres, puis se poser en rempart contre eux.

Voilà la vérité : le terrorisme n’est pas seulement combattu, il est utilisé. Utilisé pour museler la contestation, pour criminaliser la solidarité avec la Palestine, pour imposer en Europe un climat d’exception sécuritaire. Pendant que les médias braquent leurs projecteurs sur Manchester, les bombes continuent de pleuvoir sur Gaza dans un silence normalisé.

Ne pas céder à la peur

Il est trop facile, après chaque attentat, de désigner les suspects habituels : musulmans, Palestiniens, étrangers. Trop facile de criminaliser les manifestations et de brandir l’accusation d’« antisémitisme » contre toute critique d’Israël. Trop facile, enfin, d’oublier que la machine de guerre occidentale et israélienne porte une responsabilité directe dans le chaos qui nourrit Daech et ses avatars.

La peur est une arme politique. Si nous acceptons que la douleur légitime des victimes serve de prétexte à museler la critique, alors nous aurons perdu deux fois : une fois face au terrorisme réel, une autre fois face à la propagande qui prétend le combattre.

Le courage, aujourd’hui, n’est pas de répéter les slogans sécuritaires. Le courage est de dire : les morts de Manchester comptent, mais les morts de Gaza comptent aussi. Le terrorisme n’est pas une essence qui jaillit d’un peuple, c’est une arme façonnée, utilisée, recyclée par les puissants. Et l’antisémitisme, véritable, doit être combattu mais non pas instrumentalisé pour justifier l’injustice.

Conclusion : la lucidité comme devoir

Il y a eu, au fil des années, tant de fausses alertes, de manipulations, d’attaques simulées et d’opérations sous faux drapeau qu’il devient impossible d’aborder le « terrorisme antisémite » sans prudence. Certaines attaques sont commises par des déséquilibrés isolés, d’autres par de véritables organisations, d’autres encore par des mains invisibles dont l’objectif est politique. Devant ce brouillard, nous devons traiter chaque information avec la plus grande distance critique.

L’arborescence, elle, est simple : dans le cas rare d’une attaque intracommunautaire un membre de la communauté juive contre une synagogue, on ne pourrait exclure ni l’hypothèse d’un acte antisémite réel, ni celle d’une mise en scène sous faux drapeau destinée à alimenter un récit. Dans tous les autres cas, on nous sert le schéma habituel : un « loup solitaire » agissant pour une nébuleuse islamiste. Mais même cette version n’est plus crédible sans examen. Car le terrorisme ne vit pas en vase clos : il est instrumentalisé, recyclé, infiltré par des réseaux étatiques et paraétatiques.

Daech, présenté comme l’ennemi absolu, a été dès le départ toléré, financé ou détourné par des puissances régionales et occidentales. Ses alliances fluctuantes – y compris avec des forces que l’on disait combattre – sont connues de tous les analystes sérieux depuis 2011, même si la presse mainstream continue de l’ignorer, car cela brise son narratif binaire. Le Mossad et l’armée israélienne eux-mêmes ne viennent pas d’un néant immaculé : leur histoire plonge dans des réseaux issus de la lutte armée clandestine. Depuis le 7 octobre, et les failles sécuritaires spectaculaires qui ont précédé l’attaque du Hamas, des voix israéliennes dénoncent publiquement ces dysfonctionnements et ces complicités au sommet.

Ce constat n’invite pas au complotisme facile ; il invite à la lucidité. À comprendre que, face au terrorisme et à l’antisémitisme, l’émotion immédiate ne suffit pas. À exiger des enquêtes, des preuves, une parole publique honnête. Et à ne jamais oublier que la peur, dans les mains des puissants, est toujours une arme.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

 

 

Le double standard du mot « terrorisme » en langue de guerre et langue de pouvoir.

 

Dans le conflit israélo-palestinien, le mot terrorisme devient une arme sémantique. Employé sélectivement, il délégitime la résistance palestinienne et blanchit les crimes d’État. Quand  terrorisme sert à masquer les crimes d’État, les mots deviennent des armes. Pour la justice,  exiger des critères universels, c’est refuser l’impunité et redonner sens au droit international.

Le mot « terrorisme » est devenu, dans la couverture médiatique et politique du conflit israélo-palestinien, une arme de cadrage. Il classe, il exclut, il délégitime — et souvent, il est appliqué de façon si sélective qu’il produit une mémoire publique faussée et une politique de justice à sens unique. Refuser ce double standard n’est pas défendre la violence ; c’est demander la clarté des critères, l’universalité du droit et l’honnêteté intellectuelle dans l’analyse politique.

La première tâche d’un journalisme responsable — et d’un militantisme honnête — est de nommer avec précision. Quand des civils sont visés, quand des populations subissent des sièges, des expulsions ou des discriminations institutionnelles, on doit parler de crimes de guerre, d’extrême violence ou d’apartheid si les faits le démontrent. Dans les dernières années, des organisations de défense des droits et des analyses documentées ont mis en évidence des pratiques systémiques qui ne relèvent pas de l’exception mais d’une logique d’ensemble. B’Tselem et Human Rights Watch ont chacune, après recoupements, posé des diagnostics structurés sur la nature et l’organisation du régime — des diagnostics que la sphère politique et médiatique devrait intégrer au lieu de les évacuer par des tournures euphémiques.  

Si le mot terrorisme sert à décrire des actes irréfutables de violence contre des civils — comme le font parfois certains groupes armés — il devient problématique dès qu’il est brandi de façon exclusive pour discréditer une partie seulement du conflit. Pourquoi cette sélectivité ? Parce que le pouvoir sait que la qualification morale produit des effets politiques : elle permet d’évacuer les causes, d’occulter les responsabilités étatiques quand elles existent, et de concentrer l’attention publique sur des actes isolés plutôt que sur des politiques d’ensemble. D’un côté, les actions des insurgés, des milices ou des mouvements armés sont étiquetées « terroristes » ; de l’autre, des opérations d’État qui provoquent morts, destructions massives d’infrastructures civiles, ou déplacement de population sont décrites comme des « frappes », des « opérations ciblées » ou des « mesures de sécurité ». Cette langue de guerre fonctionne comme un vernis moral : elle assouplit le jugement et facilite l’impunité. (Des analyses de framing media montrent précisément comment le choix des mots façonne la perception publique et légitime ou délégitime des acteurs.)  

Refuser le double standard ne signifie pas minorer l’horreur d’un attentat ou nier la responsabilité de groupes qui commettent des crimes contre des civils. La reconnaissance morale des victimes est indispensable partout. Mais en même temps, elle exige que nous appliquions des critères universels : si une action d’État ou une politique produit des violations massives des droits fondamentaux, elle doit être désignée et traitée comme telle devant la justice internationale. C’est une question d’égalité devant le droit, pas de sympathie politique.

Il faut aussi le dire nettement : le langage compte parce qu’il structure l’action. Appeler systématiquement terroristes certains acteurs et « opérations » d’autres sape la capacité des institutions internationales à enquêter et à juger. Il fragilise la solidarité internationale nécessaire à l’application effective des normes. Il crée un environnement où l’empathie devient une ressource rare et où les oppressions légitiment leur propre reproduction. Face à cela, la société civile doit exiger une triple exigence : précision terminologique, devoir de preuve, et mise en œuvre des mécanismes juridiques disponibles.

La deuxième exigence est politique et stratégique : sortir du moralisme binaire pour construire une feuille de route. Le récit qui enferme une partie du monde dans la seule catégorie du « terrorisme » confisque le débat politique et empêche l’élaboration de solutions. Une stratégie militante sérieuse doit asseoir trois axes concrets et non-violents :

Documentation rigoureuse et transmission aux juridictions compétentes. Rassembler, documenter et centraliser preuves et témoignages — hôpitaux détruits, politiques d’implantation, lois discriminatoires — afin que des instances comme la Cour pénale internationale, les cours nationales et les mécanismes d’enquête indépendants puissent agir. C’est à la base de toute responsabilité. (Les rapports d’ONG montrent que ces éléments existent et peuvent être saisis par les institutions.)  

Démasquer la rhétorique et exiger des médias la transparence des cadres. Les rédactions doivent expliciter leurs choix de vocabulaire : pourquoi parler d’« opération » et pas de « crime de guerre » ? Quels critères permettent de qualifier un acte de terroriste et quand ces critères ont-ils été vérifiés ? Une presse qui refuse ce travail critique se rend complice d’une normalisation de la violence.

Construire des campagnes politiques non-violentes à effets concrets. Sanctions ciblées contre responsables documentés, embargo sur les équipements militaires susceptibles d’être utilisés contre des populations civiles, actions juridiques de désinvestissement ciblé, et pressions parlementaires coordonnées. Ces outils frappent des acteurs et des instruments — pas des populations — et comblent l’écart entre indignation morale et changement effectif.

Troisièmement, la vérité exige de nommer les structures de domination sans sombrer dans la haine collective. Les diagnostics sur l’existence d’un régime d’apartheid ou de pratiques de domination ne sont pas des insultes ; ce sont des conclusions fondées sur des politiques concrètes (lois, pratiques administratives, déni de droits) et documentées par des enquêtes. Les débats sur ces mots — et il y en aura — doivent être traités selon des critères de droit et d’évidence, non selon des attaques ad hominem.

Enfin, nous devons reprendre la main sur le langage en promouvant une éthique du mot juste. Exiger la précision terminologique, refuser la rhétorique qui hiérarchise la souffrance, et mettre la lutte pour les droits humains au centre — telles sont les obligations d’un activisme digne de ce nom. Le mot terrorisme ne doit pas être proscrit ; il doit être utilisé avec des règles de preuve et une application universelle. C’est de cette manière que nous protégerons à la fois la mémoire des victimes et les instruments du droit.

La lutte pour la justice — pour la fin de l’occupation, pour l’égalité des droits, pour la fin des pratiques discriminatoires — exige que nous soyons d’abord rigoureux dans nos mots. Changeons le langage et nous changerons les conditions politiques qui le rendent possible. Ce n’est pas un luxe sémantique : c’est une condition de la victoire du droit sur la rhétorique de la domination.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »