Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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CAN 2025 : Si l’Algérie emporte la Coupe, le royaume du Makhzen s’effondre

 


À défaut de produire de l’information, une certaine presse militante marocaine a choisi de produire de l’Algérie. Beaucoup d’Algérie. Trop d’Algérie. À tel point qu’on en vient à se demander si la CAN 2025 se joue réellement sur les terrains marocains ou dans les colonnes fébriles d’éditorialistes obsédés par ce voisin qu’ils prétendent mépriser.
Car le texte qui circule actuellement n’est pas un article. C’est un symptôme. Celui d’un journalisme qui a renoncé aux faits, à la preuve, à la décence, pour se réfugier dans l’invention compulsive et l’insulte répétitive.

L’Algérie imaginaire : mode d’emploi pour éditorialistes en panne : La méthode est simple, presque scolaire :
  1. Imaginer une intention algérienne.
  1. La présenter comme un fait établi.
  1. Répéter l’accusation jusqu’à saturation.
  1. Conclure triomphalement que l’Algérie est obsédée.
Tout commence par une phrase devenue culte : « Il est tout à fait aisé d’imaginer »  Effectivement. Imaginer est facile. Informer, manifestement, beaucoup moins.
Réunions secrètes, consignes occultes, guerre médiatique mondiale dirigée depuis Alger : on ne prouve rien, mais on affirme tout. Le lecteur est invité à applaudir l’imagination, pas à vérifier la réalité.
Ce n’est pas une enquête. Ce n’est pas une analyse. C’est une fan-fiction géopolitique, écrite pour calmer des angoisses internes.

Le Président Tebboune vu par Doctissimo ; Moment d’anthologie : le portrait du président algérien. Non pas analysé politiquement, mais diagnostiqué cliniquement. Obsession, pathologie, folie, haine maladive. Le tout sans source, sans fait, sans honte.
L’éditorialiste ne débat pas : il diagnostique.
Il ne critique pas : il psychiatrise.
Il ne démontre pas : il insulte.
Quand un média en arrive à médicaliser un désaccord politique, c’est qu’il n’a plus aucun argument rationnel à proposer. Ce n’est pas une attaque contre le Président Tebboune. C’est une confession d’impuissance intellectuelle.

L’Algérie, ce pays qui obsède surtout ceux qui en parlent sans arrêt : Le sommet de l’ironie est atteint lorsque le texte accuse l’Algérie d’obsession… tout en ne parlant pratiquement que d’elle. Le Maroc est censé être le héros du récit, mais l’Algérie en est le personnage principal, omniprésent, envahissant, obsessionnellement convoqué.
À ce niveau de fixation, il faudrait peut-être inverser le diagnostic. Une CAN Marocaine réussie n’a pas besoin de passer son temps à expliquer pourquoi son voisin est mauvais. Une confiance réelle n’a pas besoin d’un ennemi imaginaire permanent.

Mépris d'Etat et arrogance coloniale recyclée
   
Le vocabulaire employé à l’égard de l’Algérie est d’une violence rare : pays « handicapé », médias grotesques, État pathologique, régime fou. Ce n’est plus de la critique, c’est du mépris structurel, assumé, revendiqué.
Ce discours ne vise pas une politique précise. Il vise l’existence même de l’Algérie comme État souverain. Quand un média rabaisse un peuple entier pour se rassurer, il révèle surtout sa propre fragilité idéologique.

La CAN prise en otage par la propagande
Le sport africain, censé unir, est ici transformé en outil de règlement de comptes. La CAN devient une scène de théâtre idéologique où l’on joue la pièce habituelle : le Maroc vertueux contre l’Algérie maléfique.
Mais la vérité est brutale : les succès authentiques n’ont pas besoin d’insulter leur voisin pour exister.
À force de politiser jusqu’au ridicule un événement sportif, certains médias finissent par prouver qu’ils n’ont confiance ni dans le sport, ni dans leur propre récit.

Une propagande tellement grossière qu’elle s’auto-détruit
Tout y est : manichéisme, émotion permanente, glorification de soi, diabolisation de l’autre, absence totale de nuance. Une propagande si épaisse qu’elle en devient comique.
Elle ne convainc personne de sérieux.
Elle radicalise les convaincus.
Elle ridiculise ses auteurs.
À force de dénoncer la propagande algérienne, ce texte offre surtout une démonstration éclatante de propagande ratée et surtout expose la peur de l’Algérie de revenir avec le Trophée Africain à partir de Rabat, ce qui engendre sans équivoque la chute du royaume du Makhzen  Voilà la grande peur royale du Maroc.

Conclusion : l’Algérie comme alibi narratif
La presse ne parle pas du Maroc. Elle parle de ce que certains voudraient que l’Algérie soit. Elle ne démontre rien. Elle projette tout. Elle n’affaiblit pas l’Algérie.
Elle expose la faillite d’un journalisme militant en roue libre. L’Algérie n’a pas besoin de l’imagination maladive de quelques éditorialistes pour définir sa politique.

Le Maghreb n’a pas besoin de médias qui transforment la haine en ligne éditoriale.
Et le Marocain mérite infiniment mieux que cette caricature hystérisée du soutien et de la danse Congolaise.

Alors Bonne Année à Tous  mêmes nos voisins proches …

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça https://kadertahri.blogspot.com/
 

1975 : quand le Makhzen confisque la mémoire, la justice recule

 

Les événements de 1975 continuent d’être invoqués comme un levier diplomatique, au détriment de la vérité historique et des victimes réelles. À partir d’une mémoire vécue à Oran, cette tribune        dénonce l’usage sélectif de l’histoire, rappelle les spoliations oubliées et plaide pour une justice                                            fondée sur la réciprocité et la dignité humaine.                                                                                                     
Je lis avec indignation, mais aussi avec responsabilité, certains textes parus récemment dans la presse marocaine au sujet des événements de 1975, présentés sous l’appellation de « Marche noire ». Indignation, parce que la souffrance de familles marocaines arrachées à leur quotidien en Algérie est réelle et ne saurait être niée. Responsabilité, parce que l’instrumentalisation politique de cette tragédie humaine, déconnectée de toute réciprocité historique, ne peut mener ni à la vérité ni à la justice.
Les événements de 1975 sont présentés comme une faute morale unilatérale, une transgression religieuse, voire un crime historique dont l’Algérie porterait seule la responsabilité. Cette lecture, martelée avec insistance, appelle une réponse claire, ferme et engagée. Non pour nier les souffrances réelles vécues par des familles marocaines, mais pour refuser que la mémoire soit instrumentalisée au service d’agendas politiques contemporains.
Je parle ici depuis une mémoire vécue. Mes parents résidaient à Oran en 1975. Ils ont vu des Marocains quitter précipitamment leurs logements, parfois dans la peur et l’incompréhension. Mais ils ont aussi vu — et cela ne figure dans aucun communiqué officiel — des Algériens ordinaires ouvrir leurs portes, partager le peu qu’ils avaient, protéger des voisins devenus soudainement vulnérables. Cette solidarité populaire, spontanée, profondément humaine, contredit frontalement le récit d’une hostilité généralisée et d’une haine d’État transposée mécaniquement aux peuples.
Reconnaître la douleur des Marocains expulsés est une exigence morale. La nier serait indigne. Mais refuser de rappeler l’ensemble des injustices commises dans cette période relève d’une falsification de l’histoire. Car durant ces mêmes années, des centaines de ressortissants algériens ont été expulsés du Maroc, leurs terres et leurs biens confisqués sans indemnisation. Dès le 2 mars 1973, un dahir marocain a nationalisé les terres agricoles et les immeubles appartenant à des personnes étrangères. Les ressortissants européens ou d’autres nationalités ont été indemnisés. Les Algériens, eux, en ont été exclus. Cette discrimination, documentée et persistante, demeure à ce jour sans réparation.
Près de 19 000 hectares de terres agricoles parmi les plus fertiles du Maroc oriental — à Berkane, Ahfir, Oujda, Saïdia, Taourirt, Taza — ont été saisis. Des familles algériennes ont été chassées manu militari, sans procédure contradictoire, sans récépissé, sans possibilité de recours effectif. Certaines ont quitté le Maroc avec pour seuls bagages les vêtements qu’elles portaient. Des cimetières algériens ancestraux, comme celui de Sidi Boubena, subsistent encore de l’autre côté de la frontière, témoins muets d’une présence historique que nul discours officiel ne peut effacer.
Ces faits ne relèvent pas de la rumeur ou de la mémoire orale seule. Ils ont été portés sur la scène officielle. Lors des réunions de la commission consulaire et sociale tenues à Alger en 2003 et à Rabat en 2004, les deux États avaient convenu d’assainir les contentieux liés aux biens spoliés sur la base de la réciprocité. Ces engagements n’ont jamais été honorés. Des démarches officielles algériennes, y compris au niveau ministériel, sont restées sans réponse. Le silence est devenu une politique.
Il faut également rappeler un point systématiquement occulté par les récits dominants : la majorité des Marocains ayant quitté l’Algérie fin 1975 n’étaient pas propriétaires de biens immobiliers, mais locataires de logements appartenant à l’État ou à des tiers. Cela n’ôte rien à la violence psychologique du départ, ni à la brutalité de la décision, mais cela rend abusif le discours généralisé de spoliation patrimoniale présenté comme homogène et juridiquement indiscutable.
Plus grave encore est l’usage cynique du registre religieux. Affirmer que l’expulsion aurait « piétiné l’Islam » parce qu’elle s’est produite le jour de l’Aïd al-Adha relève d’une manipulation émotionnelle assumée. Les États n’agissent pas au nom de la foi, mais au nom du pouvoir. L’histoire du monde musulman, comme celle de toutes les régions du monde, est jalonnée de décisions politiques injustes prises entre coreligionnaires. Sacraliser un événement politique, c’est le soustraire à toute analyse critique et enfermer la mémoire dans une logique de confrontation morale stérile.
La mémoire ne peut être à géométrie variable. Car au-delà des biens des particuliers algériens spoliés entre 1973 et 1975, il existe un autre dossier, encore plus sensible : celui des biens acquis par le FLN et l’ALN durant la guerre de libération nationale. Fermes, maisons, ateliers, infrastructures achetés avec l’argent des Algériens pour soutenir la lutte anticoloniale sur le sol marocain restent aujourd’hui sans statut clair. Leur valeur se chiffre en milliards. Leur sort demeure occulté. Leur évocation dérange, car elle révèle combien le contentieux entre les deux pays est ancien, profond et multiforme — et ne se résume pas à la seule question du Sahara occidental.
Refuser cette complexité, c’est refuser la vérité. Refuser la réciprocité, c’est refuser la justice. Les peuples algérien et marocain n’ont rien à gagner dans une concurrence victimaire orchestrée par des appareils d’État. Ils ont tout à perdre dans la confiscation de la mémoire par des récits nationaux exclusifs.
La réconciliation ne viendra ni des slogans ni des commémorations sélectives. Elle viendra d’un travail historique indépendant, d’une reconnaissance croisée des torts, de la restitution ou de l’indemnisation équitable des biens spoliés, et du respect de toutes les victimes, quelles que soient leur nationalité ou leurs origines.
Les solidarités vécues à Oran, à Oujda, à Roubane ou à Tlemcen existent encore dans les mémoires populaires. Elles démentent les récits de haine. Elles rappellent que les peuples ont souvent été plus lucides, plus justes et plus fraternels que leurs dirigeants. La mémoire doit être une passerelle, pas une arme. Tant qu’elle sera utilisée comme un instrument de pression politique, la vérité restera fragmentée, et l’injustice intacte.

« Par un citoyen algérien, fils de témoins de 1975 »

A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
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