Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Gaza détruite… par qui ?

 

L’article d’un média d’extrémiste prétend dénoncer la tragédie de Gaza. En réalité, il ne la décrit pas : il la falsifie. Ce texte, relayé par un média d’extrême droite, n’est pas une analyse, mais une arme rhétorique déguisée en compassion. Derrière une apparente indignation morale se cache une justification politique : celle de la punition collective et de la guerre sans fin.

L’auteur ne cherche pas à comprendre la catastrophe, mais à la purifier de tout contexte, de toute complexité, de toute responsabilité partagée. Il érige une morale du glaive — Israël serait la victime éternelle, les Palestiniens les complices de leur propre malheur — et tout le reste serait mensonge. Il faut pourtant remettre les faits à leur place, les mots à leur juste poids, et la vérité au-dessus de la propagande.

L’histoire tronquée d’un siège

L’auteur parle d’un « siège depuis plus de 10 ans ». La formule sonne dramatique, mais elle trahit à la fois l’ignorance et le mépris des faits. Le blocus imposé à la Bande de Gaza n’a pas dixt ans, mais dix-huit : il a été renforcé après la prise du pouvoir par le Hamas en 2007. Depuis, Israël — avec l’appui de l’Égypte — contrôle la quasi-totalité des entrées et sorties de personnes et de biens.
Les Nations Unies le rappellent : ce blocus a détruit l’économie locale, fait exploser le chômage, et transformé Gaza en prison à ciel ouvert (OCHA, The Humanitarian Impact of 15 Years of Blockade on Gaza, 2022).

Ignorer ce contexte, c’est mentir par omission. C’est effacer la responsabilité d’une politique de confinement et de privation qui a préparé, depuis des années, la tragédie actuelle.

Le chiffre des morts : quand le cynisme devient méthode

L’article rejette d’un revers de plume le chiffre de « 67 000 morts », le qualifiant « d’évidemment faux ». Évidemment ? Non.
Selon les rapports de l’Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), au 4 mars 2025, le nombre de morts palestiniens recensés à Gaza dépassait 111 000 personnes, un bilan catastrophique, dont une majorité de femmes et d’enfants.

Qualifier de « faux » un bilan humain simplement parce qu’il dérange la narration, c’est l’essence même du négationnisme contemporain : l’incrédulité sélective.
Il n’existe aucune source israélienne ou internationale crédible proposant un chiffre radicalement différent ; la seule différence réside dans les méthodes de comptage. Refuser le nombre, c’est refuser de voir les morts.

Quand la haine remplace la pensée

L’auteur accuse le Hamas d’avoir « détruit la Palestine ». Ce raccourci sert à tout effacer : le blocus, les frappes récurrentes, les destructions d’infrastructures civiles, la misère d’une population enfermée depuis presque deux décennies.
Oui, le Hamas a commis des crimes le 7 octobre 2023. Oui, il a pris des otages, massacré des civils, et provoqué l’horreur. Mais confondre le Hamas et la population de Gaza est une violence supplémentaire : c’est condamner un peuple entier pour les actes d’une milice.

Ce n’est pas le Hamas qui a rasé des quartiers entiers de Rafah, de Khan Younès ou de Gaza City ; ce sont des bombardements aériens d’une intensité sans précédent. Ce n’est pas le Hamas qui a interdit aux ambulances de circuler ; c’est un blocus militaire. Ce n’est pas le Hamas qui a coupé l’eau, l’électricité, les médicaments ; ce sont des décisions gouvernementales assumées. Faire de la victime un coupable, c’est le plus vieux tour rhétorique de la guerre.

Le grand amalgame : critique d’Israël = haine des juifs

Autre pilier de cette tribune extrémiste : assimiler toute critique de la politique israélienne à de l’antisémitisme. L’auteur prétend que « le 7 octobre a réveillé la bête antisémite » et accuse les défenseurs de la Palestine d’être des « idiots utiles ».
Ce procédé est doublement pervers. D’abord, il instrumentalise la mémoire de la Shoah pour bâillonner toute discussion politique. Ensuite, il banalise l’antisémitisme réel en le diluant dans le désaccord politique.

Il est tout à fait possible — et nécessaire — de condamner les crimes du Hamas tout en dénonçant les crimes de guerre d’Israël. Refuser cette dualité, c’est trahir la vérité.
L’antisémitisme est une haine millénaire ; il ne doit pas devenir un bouclier moral derrière lequel on justifie des massacres contemporains.

L’islamisme comme épouvantail universel

Enfin, l’article se termine sur une vision apocalyptique : « les islamistes auront la bombe atomique », « ils aiment la mort », « ils veulent conquérir le monde ». Cette rhétorique, copiée mot pour mot des pamphlets colonialistes du XXᵉ siècle, sert à une seule chose : justifier l’exception permanente, la peur, la surveillance, la répression.

Comparer l’islamisme au nazisme n’est pas une analyse ; c’est un cri de guerre. Ce parallèle, répété depuis vingt ans, a produit quoi ? Des murs, des lois d’exception, des bombes, et surtout : l’effacement de la distinction entre islamisme, islam, et musulmans. L’amalgame devient système.

Quand le mensonge se pare de vertu

L’auteur feint la compassion — il pleure « les larmes à sécher » — mais son texte suinte le mépris.
Pas une ligne pour les hôpitaux détruits.
Pas un mot pour les 2 millions d’habitants privés d’eau potable.
Pas un souffle pour les familles qui dorment sous les décombres.
Juste une obsession : sauver l’honneur d’Israël, effacer la souffrance des Palestiniens, transformer le deuil en plaidoirie géopolitique.

C’est cela, la vraie ruine : celle du langage et de la pensée. Quand la compassion devient propagande, la vérité devient une victime de plus.

Pour une parole lucide et humaine

Être lucide, c’est refuser les simplismes. C’est pouvoir dire deux choses à la fois : que le Hamas est une organisation criminelle, et qu’Israël a commis des actes contraires au droit humanitaire. C’est refuser la logique de vengeance comme substitut à la justice.

Ceux qui s’obstinent à décrire Gaza comme une « plaie qu’elle s’est infligée à elle-même » contribuent à déshumaniser un peuple. Ils prolongent la guerre par le verbe.
Or, les mots comptent : ce sont eux qui, avant les bombes, construisent les murs.

La dignité, aujourd’hui, consiste à refuser la déshumanisation — quelle que soit la bannière qui la pratique.

Conclusion : le devoir d’humanité

Le rôle du journaliste, de l’écrivain, du citoyen, n’est pas d’attiser la peur, mais d’éclairer la conscience. L’article « Ruines et mensonges » échoue à cette mission : il recycle les clichés, travestit les faits, flatte les instincts les plus bas.

Rétablir la vérité n’est pas un exercice académique ; c’est un acte moral.
Parce que chaque mot faux, chaque caricature, chaque chiffre nié, prépare le terrain aux prochains morts.

La ruine véritable n’est pas à Gaza. Elle est dans les colonnes de ceux qui ont choisi l’idéologie contre l’humanité.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 


Manchester, Gaza : l’instrumentalisation du terrorisme devient propagande

Un attentat antisémite est toujours un drame. Deux morts à Manchester, plusieurs blessés,  un schéma typique d’un film d’action. Voilà qui choque, bouleverse, indigne. Mais faut-il, sous couvert d’émotion, accepter sans critique le récit qui nous est servi ? Faut-il se contenter de la version officielle, qui érige l’acte d’un individu en preuve d’une guerre mondiale contre les Juifs, et qui désigne d’avance les coupables collectifs : Palestiniens, musulmans, manifestants, opposants ? Car derrière les pleurs légitimes, un autre discours se glisse : celui qui amalgame, qui manipule et qui instrumentalise.

L’amalgame comme méthode

On nous dit : un Syrien armé attaque une synagogue, donc tous les Palestiniens, tous les manifestants pro-Gaza, tous ceux qui critiquent Israël sont dans le même camp que l’assassin. C’est l’art du raccourci. On juxtapose les faits hétérogènes – un couteau sanglant à Manchester, une banderole à Downing Street, une chanson radicale dans un concert pour créer l’impression d’une seule et même menace. Le terrorisme devient une ombre gigantesque qui engloutit tout : la critique politique, la solidarité, l’expression artistique.

Mais cette logique est un piège. Elle transforme la lutte contre l’antisémitisme nécessaire, urgente en arme de propagande pour museler toute contestation. Qui dénonce la colonisation devient complice du terrorisme. Qui ose manifester devient suspect.

Le double standard moral

Et pendant ce temps, qui pleure les morts de Gaza ? Qui s’indigne des dizaines de victimes quotidiennes, balayées comme un bruit de fond ? Les journaux s’enflamment pour Manchester, mais se taisent devant Rafah. La hiérarchie des vies est claire : un mort en Europe vaut mille morts palestiniens.

On parle pudiquement de « déplacements » quand il s’agit de déportations massives. On justifie les bombardements par la « sécurité d’Israël » quand il s’agit en réalité de punition collective. Les habitants de Gaza vivent sous ultimatum, sommés de fuir, de se soumettre, de disparaître. On les enferme dans un ghetto moderne, et quiconque ose employer ce mot est aussitôt accusé de blasphème.

L’attentat, lui, fait plus de bruit que les dizaines de morts, routiniers, du jour à Gaza. Voilà la violence du double standard : l’horreur, d’un côté, mérite les pleurs et les caméras ; l’horreur, de l’autre, est devenue invisible.

Le terrorisme, une arme politique

Non, il n’y a pas aujourd’hui de « terrorisme palestinien » en Europe. Répéter le contraire, c’est entretenir un mensonge utile. Car le terrorisme qui frappe les villes n’est pas l’extension de la résistance palestinienne : il est le fruit pourri des guerres impériales, des manipulations et des hypocrisies des puissances occidentales et israéliennes.

Daech ne s’est pas auto-engendré dans un désert abstrait. Il est né dans les décombres de Bagdad, après que les chars américains ont pulvérisé l’Irak en 2003. Washington a dissous l’armée, humilié des millions de sunnites, livré des territoires entiers au chaos. Dans ce marécage, le salafisme armé a prospéré. Les États-Unis criaient « guerre contre le terrorisme », mais en vérité ils en façonnaient le terreau.

Et quel usage en ont-ils fait ensuite ?

Daech a servi de prétexte à toutes les interventions militaires, de l’Irak à la Syrie, de l’Afrique au Moyen-Orient. Chaque attentat devenait la preuve qu’il fallait « rester », « bombarder », « sécuriser ». La peur était recyclée en stratégie : un monstre utile pour justifier l’occupation perpétuelle.

Israël, de son côté, n’a jamais perdu une occasion d’instrumentaliser cette menace. Qu’un couteau frappe dans une synagogue en Europe, et voilà la propagande confortée : les Juifs ne seraient nulle part en sécurité, sauf derrière les murs de l’État hébreu. Qu’un kamikaze se fasse exploser à Mossoul ou à Raqqa, et aussitôt la guerre de Gaza passe au second plan. Le spectre djihadiste efface la réalité coloniale : l’annexion, les blocus, les expulsions.

Faut-il rappeler que, dans les premières années de la guerre syrienne, plusieurs factions affiliées à Al-Qaïda ont été soutenues, armées ou tolérées par les Occidentaux et leurs alliés du Golfe ? Que les services de renseignement savaient dès 2012 qu’un « État islamique » se préparait et ont laissé faire, parce que ce chaos affaiblissait Damas et servait leurs calculs ? Les terroristes d’hier étaient des « alliés » provisoires, recyclés en ennemis absolus le lendemain. Le double jeu est permanent : fabriquer des monstres, puis se poser en rempart contre eux.

Voilà la vérité : le terrorisme n’est pas seulement combattu, il est utilisé. Utilisé pour museler la contestation, pour criminaliser la solidarité avec la Palestine, pour imposer en Europe un climat d’exception sécuritaire. Pendant que les médias braquent leurs projecteurs sur Manchester, les bombes continuent de pleuvoir sur Gaza dans un silence normalisé.

Ne pas céder à la peur

Il est trop facile, après chaque attentat, de désigner les suspects habituels : musulmans, Palestiniens, étrangers. Trop facile de criminaliser les manifestations et de brandir l’accusation d’« antisémitisme » contre toute critique d’Israël. Trop facile, enfin, d’oublier que la machine de guerre occidentale et israélienne porte une responsabilité directe dans le chaos qui nourrit Daech et ses avatars.

La peur est une arme politique. Si nous acceptons que la douleur légitime des victimes serve de prétexte à museler la critique, alors nous aurons perdu deux fois : une fois face au terrorisme réel, une autre fois face à la propagande qui prétend le combattre.

Le courage, aujourd’hui, n’est pas de répéter les slogans sécuritaires. Le courage est de dire : les morts de Manchester comptent, mais les morts de Gaza comptent aussi. Le terrorisme n’est pas une essence qui jaillit d’un peuple, c’est une arme façonnée, utilisée, recyclée par les puissants. Et l’antisémitisme, véritable, doit être combattu mais non pas instrumentalisé pour justifier l’injustice.

Conclusion : la lucidité comme devoir

Il y a eu, au fil des années, tant de fausses alertes, de manipulations, d’attaques simulées et d’opérations sous faux drapeau qu’il devient impossible d’aborder le « terrorisme antisémite » sans prudence. Certaines attaques sont commises par des déséquilibrés isolés, d’autres par de véritables organisations, d’autres encore par des mains invisibles dont l’objectif est politique. Devant ce brouillard, nous devons traiter chaque information avec la plus grande distance critique.

L’arborescence, elle, est simple : dans le cas rare d’une attaque intracommunautaire un membre de la communauté juive contre une synagogue, on ne pourrait exclure ni l’hypothèse d’un acte antisémite réel, ni celle d’une mise en scène sous faux drapeau destinée à alimenter un récit. Dans tous les autres cas, on nous sert le schéma habituel : un « loup solitaire » agissant pour une nébuleuse islamiste. Mais même cette version n’est plus crédible sans examen. Car le terrorisme ne vit pas en vase clos : il est instrumentalisé, recyclé, infiltré par des réseaux étatiques et paraétatiques.

Daech, présenté comme l’ennemi absolu, a été dès le départ toléré, financé ou détourné par des puissances régionales et occidentales. Ses alliances fluctuantes – y compris avec des forces que l’on disait combattre – sont connues de tous les analystes sérieux depuis 2011, même si la presse mainstream continue de l’ignorer, car cela brise son narratif binaire. Le Mossad et l’armée israélienne eux-mêmes ne viennent pas d’un néant immaculé : leur histoire plonge dans des réseaux issus de la lutte armée clandestine. Depuis le 7 octobre, et les failles sécuritaires spectaculaires qui ont précédé l’attaque du Hamas, des voix israéliennes dénoncent publiquement ces dysfonctionnements et ces complicités au sommet.

Ce constat n’invite pas au complotisme facile ; il invite à la lucidité. À comprendre que, face au terrorisme et à l’antisémitisme, l’émotion immédiate ne suffit pas. À exiger des enquêtes, des preuves, une parole publique honnête. Et à ne jamais oublier que la peur, dans les mains des puissants, est toujours une arme.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

 

 

Le sionisme d’Israël : entre réforme, dépassement et remise en cause

 

Introduction : Depuis plus d’un siècle, le sionisme est au cœur des débats sur l’avenir du peuple juif, la légitimité d’Israël et la place des Palestiniens. Conçu à l’origine comme un projet d’émancipation et de refuge face à l’antisémitisme européen (Herzl, Der Judenstaat, 1896), il est aujourd’hui critiqué pour ses dérives nationalistes et exclusives. Le livre d’Uri Avnery, Israël sans les sionistes (1968), illustre la nécessité d’interroger cette idéologie à la lumière de ses résultats et de ses contradictions internes.

Cet article examine les tensions entre judaïsme, sionisme et Israël, en analysant l’impact du sionisme sur la société israélienne, sur la diaspora juive et sur l’antisémitisme contemporain. La question centrale sera posée : faut-il réformer le sionisme, le dépasser, ou le supprimer ?

Le sionisme : entre idéal fondateur et contradictions internes : Le sionisme, dans sa version initiale, avait pour objectif moral de créer une patrie pour le peuple juif en Palestine. La Déclaration d’indépendance d’Israël en 1948 illustre cet idéal, en affirmant l’égalité complète des droits « sans distinction de religion, de race ou de sexe » (Shlaim, 2014). Cette vision laïque et pluraliste se voulait une garantie contre la domination religieuse et contre toute hiérarchie entre citoyens.
Cependant, les travaux des « nouveaux historiens » israéliens, tels qu’Ilan Pappé (The Ethnic Cleansing of Palestine, 2006) ou Benny Morris (1948 and After, 1990), montrent que la création de l’État s’est accompagnée de déplacements forcés de populations palestiniennes. Ainsi, d’un refuge pour les Juifs persécutés, le sionisme est devenu une idéologie nationale qui, selon ses critiques, tend à légitimer la marginalisation, voire l’expulsion des populations locales.

Israël, la diaspora et l’antisémitisme : L’un des arguments majeurs en faveur du sionisme fut sa fonction protectrice face aux persécutions. Pour les Juifs chassés d’Europe centrale ou du Moyen-Orient (par exemple les communautés d’Irak et d’Iran), Israël a effectivement représenté un refuge (Sasson, The Forgotten Exodus, 2010).
En revanche, pour une large partie de la diaspora, Israël n’a joué qu’un rôle limité dans la lutte contre l’antisémitisme. Comme l’explique Judith Butler (Parting Ways: Jewishness and the Critique of Zionism, 2012), l’État israélien tend à répondre à l’antisémitisme par un nationalisme renforcé plutôt que par des alliances avec d’autres groupes opprimés.
De plus, l’identification systématique entre Israël et la totalité du peuple juif contribue parfois à nourrir de nouvelles formes d’antisémitisme. Brian Klug (2003) distingue ici entre un antisémitisme « classique » (lié aux stéréotypes sur les Juifs) et un « antisémitisme par association », lié à la politique israélienne.

Faut-il réformer, dépasser ou supprimer le sionisme ?

a) Réformer le sionisme: Shlomo Avineri (The Making of Modern Zionism, 1981) souligne la diversité historique du sionisme : socialiste, révisionniste, religieux, culturel. Pour certains, il est donc possible de le réformer en revenant à ses racines pluralistes et en garantissant l’égalité des citoyens. C’est la position de penseurs comme Amos Oz (In the Land of Israel, 1983). Toutefois, l’emprise croissante des courants religieux-nationalistes rend cette réforme difficile.

b) Dépasser le sionisme : Les théoriciens du post-sionisme, tels que Uri Ram (The Changing Agenda of Israeli Sociology, 1995) et Gershon Shafir (Land, Labor and the Origins of the Israeli-Palestinian Conflict, 1989), soutiennent que le sionisme a rempli sa fonction historique et doit céder la place à un cadre politique où la citoyenneté ne serait plus fondée sur l’appartenance ethno-religieuse. Dépasser le sionisme ne signifie pas abolir Israël, mais envisager une société post-nationale et inclusive.

c) Supprimer le sionisme : Pour d’autres auteurs, notamment Edward Said (The Question of Palestine, 1979) et Ilan Pappé, le sionisme est une idéologie coloniale intrinsèquement exclusive et incompatible avec la justice. Dans cette perspective, il devrait être aboli, comme l’apartheid en Afrique du Sud. La solution avancée est celle d’un État unique, démocratique et non confessionnel. Toutefois, cette position reste perçue par la majorité des Juifs comme une menace existentielle.

La diaspora et les stratégies alternatives Historiquement, les communautés juives en diaspora ont développé des stratégies de coexistence et d’alliance avec d’autres groupes marginalisés. Aux États-Unis, les travaux de Cheryl Greenberg (Troubling the Waters: Black-Jewish Relations in the American Century, 2006) montrent que les Juifs ont été actifs dans le mouvement des droits civiques. Aujourd’hui encore, des mouvements juifs progressistes (Jewish Voice for Peace, IfNotNow) plaident pour une solidarité avec les Palestiniens et d’autres minorités, en opposition à une vision exclusivement nationaliste.

Conclusion Le sionisme a répondu à un impératif historique — offrir un refuge aux Juifs persécutés. Mais ses développements contemporains révèlent une tension profonde entre son idéal fondateur d’égalité et la réalité de l’exclusion des Palestiniens. Trois voies se dessinent : le réformer pour le rendre inclusif, le dépasser vers un modèle post-sioniste, ou le supprimer en faveur d’un État démocratique unique. Chacune comporte des avantages et des limites, tant sur le plan moral que politique. Le défi reste de concilier la sécurité et l’autodétermination juives avec la reconnaissance pleine et entière des droits palestiniens. Ce débat conditionnera l’avenir non seulement d’Israël et de la Palestine, mais aussi celui de la diaspora juive et de ses relations avec le monde.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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L’usage abusif de l’antisémitisme: enjeux et dérives

 

Introduction

Dans le débat public contemporain, l’accusation d’antisémitisme joue un rôle central dans la protection contre les propos haineux visant les personnes de confession ou d’origine juive. Toutefois, certains observateurs soulignent que cette accusation, lorsqu’elle est utilisée de manière abusive, peut servir à disqualifier des critiques légitimes, notamment lorsqu’elles portent sur des politiques gouvernementales, des acteurs économiques ou des institutions identifiées comme juives ou pro-israéliennes. Cette situation soulève la question délicate de l’équilibre entre la lutte contre le racisme et la préservation de la liberté d’expression.

Antisémitisme : définition et cadre légal

L’antisémitisme se définit comme toute hostilité ou discrimination envers les Juifs en tant que groupe ethnique ou religieux. En France, il est fermement condamné par la loi (loi du 29 juillet 1881 et loi Gayssot de 1990), et les pouvoirs publics s’engagent à le combattre activement.
Toutefois, cette lutte doit s’inscrire dans un cadre clair, afin d’éviter les amalgames entre critique légitime et discours de haine.

Les formes possibles d’un usage excessif

L’usage abusif de l’accusation d’antisémitisme peut se manifester dans plusieurs contextes :

  • Assimilation de la critique d’une politique de l’État d’Israël à de l’antisémitisme.
  • Disqualification d’analyses portant sur l’influence de lobbies ou de réseaux d’intérêts.
  • Utilisation stratégique de l’accusation pour interrompre ou empêcher un débat contradictoire.

Dans ces cas, la confusion entre identité religieuse ou ethnique et position politique peut entraîner une restriction de la liberté d’expression. L’antisémitisme est cependant une notion très bizarre. Elle est aujourd’hui assénée tous azimuts sur les critiques du capitalisme, de la haute banque, sur les critiques de certains lobbies, sur les critiques du judaïsme, sur les critiques du sionisme comme sur quasiment tous ceux qualifiés au préalable de complotistes (ces derniers sont expulsés brutalement du genre humain). Quiconque regarde ce qui se cache dans les coulisses, dirait-on, est nécessairement antisémite, parfois fou et complotiste en prime.

La moindre compassion à l’égard du peuple palestinien martyrisé, nié dans son existence, exclu de tout droit humain, est interdite. Du reste, tant les anonymes que les personnalités qui ont protesté contre les crimes de Netanyahu ont souvent été poursuivis pour incitation à la haine raciale et apologie de terrorisme.

Enjeux démocratiques et sociétaux

La lutte contre l’antisémitisme est indispensable et doit rester prioritaire pour préserver le vivre-ensemble. Cependant, lorsque l’accusation devient un outil de protection d’intérêts particuliers plutôt qu’un moyen de combattre la haine, elle risque d’affaiblir sa légitimité. À long terme, cette dérive peut générer un climat de méfiance et nourrir des ressentiments, ce qui va à l’encontre de l’objectif initial.

Vers une clarification des critères

Afin de préserver à la fois la lutte contre l’antisémitisme et la liberté d’expression, il est nécessaire de clarifier les critères qui permettent de distinguer :

  1. La critique légitime : portant sur des faits, des décisions politiques, ou des acteurs identifiables, avec arguments vérifiables.
  2. Le discours antisémite : visant un groupe dans son ensemble en raison de son appartenance ethnique ou religieuse.

Cette distinction est essentielle pour éviter les amalgames et garantir un débat public sain.

Conclusion

Plus Israël agit militairement, plus il détruit, tue et affame, plus ses autorités s’empressent de taxer d’antisémitisme toute personne émettant quelque critique à leur endroit. Souvent l’utilisation de ce redoutable anathème s’effectue avant l’intensification des frappes de Tsahal. 
Néanmoins cette accusation éhontée d’antisémitisme, destinée à foudroyer l’insolent en l’extrayant de la société conforme, en le marginalisant, en l’essentialisant, en le dégradant devant l’opinion, en le délégitimant, en le discréditant, en définitive en lui interdisant de parler, en lui coupant l’accès à tout media, est une arme qui est également maniée très régulièrement par les agents du sionisme international en Occident en particulier. Et cette arme est d’autant plus redoutable qu’elle laisse une trace indélébile sur l’identité de l’individu qui fut ciblé, à tort ou à raison, par cette accusation d’antisémitisme

Protéger la société contre l’antisémitisme est un impératif moral et juridique. Mais cet impératif ne doit pas servir à museler toute contestation. La vigilance consiste à condamner fermement les propos haineux tout en préservant la possibilité d’une critique libre et argumentée des politiques ou institutions, quelle que soit leur affiliation. Ce n’étaient que des vociférations de protestation envers une vérité historique qui tombe sous le sens. L’histoire des juifs est à l’image de ceux-ci, mêlant le pire et le meilleur, dans cette société ethniquement cloisonnée, seules les minorités ont le droit de revendiquer leur identité. Le juif a encore des efforts à faire. Quant à hurler en permanence à l'antisémitisme, Venir ensuite sangloter contre une certaine exclusion, après avoir tout fait pour s'affirmer différent, relève alors de la plus profonde hypocrisie, c'est à la fois dégueulasse et indigne.

Adieu ô peuple élu ! Un jour la Palestine va probablement devenir judenrein!

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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Israël–Gaza : au-delà de la propagande, pour une critique contre toutes les haines:

 

Alors qu’Israël mène à Gaza une offensive d’une brutalité inédite, certains éditorialistes continuent de mobiliser un discours de victimisation stratégique, assimilant toute critique à de l’antisémitisme dissimulé, et présentant l’État israélien comme un îlot de démocratie assiégée dans un océan de haine. Ce renversement narratif, largement relayé dans certaines sphères médiatiques, mérite une réponse factuelle, rigoureuse et dénuée de passion idéologique.

1. Antisionisme ≠ Antisémitisme : un raccourci politique dangereux : Le cœur de la tribune pro-israélienne repose sur un postulat simple, mais fallacieux : critiquer Israël, ce serait haïr les Juifs. Cet amalgame – politiquement utile mais intellectuellement malhonnête – vise à neutraliser toute critique de l’État israélien en la disqualifiant moralement.

Or, de nombreuses voix juives, israéliennes ou universitaires dénoncent cette confusion. Des figures comme Noam Chomsky, Judith Butler ou l’historien israélien Ilan Pappé expliquent que l’antisionisme est une position politique, souvent fondée sur le rejet de l’occupation, du colonialisme et de la discrimination systémique. La critique de l’idéologie sioniste, comme de toute idéologie politique, est légitime dans un débat démocratique.

2. Israël, une démocratie ? Pas pour tout le monde : L’article défend l’image d’un État démocratique, protecteur des minorités, inventif et civilisé. Mais cette démocratie est à géométrie variable.

  • En Cisjordanie, Israël exerce un régime d’apartheid, comme l’ont démontré Amnesty International, Human Rights Watch et même l’ONG israélienne B’Tselem.
  • À Gaza, Israël maintient un blocus illégal depuis 2007, condamné par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
  • À l’intérieur de ses frontières, les citoyens arabes israéliens sont légalement discriminés, comme en témoigne la loi fondamentale de 2018 qui définit Israël comme l’État-nation du peuple juif uniquement.

Une démocratie ne peut être jugée sur ses institutions formelles seulement, mais sur la manière dont elle garantit les droits égaux à tous ses habitants.

3. Le droit international comme boussole : Le texte ignore systématiquement le cadre juridique international, qui est pourtant le seul repère objectif dans les conflits asymétriques. Or, depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza :

  • La Cour internationale de Justice a estimé qu’il existe un risque plausible de génocide.
  • L’ONU parle de crimes de guerre répétés (attaques contre les hôpitaux, écoles, journalistes).
  • Des ONG comme Oxfam et Médecins Sans Frontières alertent sur une situation de famine orchestrée.

Brandir la menace du Hamas ne suffit pas à justifier des représailles massives et indiscriminées contre des civils, interdits par les Conventions de Genève.

4. La guerre de l’image n’est pas un complot médiatique : la tribune regrette que « l’opinion publique » se retourne contre Israël. Mais ce changement n’est pas le fruit d’un complot woke ou islamo-gauchiste : il est la conséquence directe de ce que les caméras montrent à Gaza.

  • Des enfants mutilés,
  • Des hôpitaux détruits,
  • Des cadavres sortis des décombres,
  • Des civils piégés et privés d’eau, d’électricité, de soins.

Les images parlent d’elles-mêmes. Elles provoquent une indignation universelle, non parce que le monde hait Israël, mais parce que le massacre de civils innocents est inacceptable, partout, tout le temps.

5. Le 7 octobre ne justifie pas l’anéantissement de Gaza : Le Hamas a commis des crimes de guerre le 7 octobre. Rien ne justifie ces actes. Mais ces crimes ne donnent pas à Israël un blanc-seing pour violer le droit international.

La notion de légitime défense invoquée par Tel Aviv ne saurait justifier :

  • L’emploi d’armes incendiaires (phosphore blanc),
  • Les frappes sur des zones densément peuplées sans évacuation préalable,
  • L’assassinat de journalistes, d’ambulanciers et de familles entières.

Israël ne cherche pas seulement à se défendre, comme l’affirme la tribune : il punit collectivement un territoire tout entier, ce qui constitue un crime au regard du droit humanitaire.

6. Non, la critique d’Israël n’est pas dictée par le vote musulman : L’auteur accuse les démocraties européennes de s’aligner sur une prétendue stratégie clientéliste en faveur du vote musulman. Cette thèse, sans preuve, repose sur une vision condescendante et islamophobe des électeurs musulmans, comme s’ils formaient un bloc homogène, manipulable, incapable d’avoir des convictions citoyennes sincères.

Les condamnations des actions israéliennes viennent aussi :

  • De juristes internationaux,
  • De hauts fonctionnaires onusiens,
  • De centaines de députés, diplomates et chercheurs non-musulmans.

Il s’agit donc d’un consensus juridique et moral, pas d’une manœuvre électorale.

7. La posture morale inversée : un leurre  : Enfin, la tribune tente d’imposer un renversement moral : Israël serait en réalité le véritable martyr, mal compris, détesté parce qu’il réussit. Cette posture victimaire, paradoxale venant d’une puissance nucléaire, militairement surarmée et soutenue par les États-Unis, vise à se soustraire à toute responsabilité.

Mais Israël ne peut réclamer les vertus démocratiques sans en assumer les exigences : la transparence, la proportionnalité, la recevabilité. Être un État démocratique signifie accepter la critique, y compris quand elle est dérangeante.

Conclusion : pour une justice universelle, pas à géométrie variable : La défense aveugle d’Israël, telle qu’exprimée dans cette tribune, participe d’un aveuglement idéologique dangereux, qui fait passer la solidarité politique avant la justice, l’émotion identitaire avant le droit.

Il ne s’agit pas de nier les souffrances israéliennes, ni de minimiser la violence du Hamas. Il s’agit de rappeler que tous les peuples ont droit à la dignité, à la vie, à la paix – et que le droit international doit s’appliquer à tous, sans exception.

Car si la démocratie, la morale et la liberté ne sont valables que pour certains, alors elles ne sont plus universelles. Et sans universalité, elles ne sont plus des valeurs, mais des privilèges.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/