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Les Médias du Makhzen Marocain : " La complainte du dromadaire : quand la presse de cour disserte sur la bosse du voisin :

 

Le strip-tease humanitaire des rentiers de la plume de la presse du Royaume se pique de critique littéraire pour pilonner le voisin algérien, vient de découvrir les droits de l'homme dans les latrines de Boualem Sansal. C’est l’hôpital psychiatrique qui fait l’état des lieux de la cellule du voisin. Une leçon d'insolence... rédigée à genoux devant le trône.

Quelle envolée ! Quel souffle ! On en a les larmes aux yeux et les amygdales qui tremblent. Nos confrères d’en face viennent de découvrir la littérature de contrebande et le frisson de la sédition. Pensez donc : Boualem Sansal a sorti son dernier opus chez Grasset, et voilà que la gazette locale se transforme en annexe de la Ligue des droits de l'homme, option « larmes de crocodile et ricanements patriotiques ».

Le complexe du maton philanthrope

C’est le miracle permanent de la géopolitique du Maghreb : dès qu'un écrivain algérien éternue dans une cellule, la presse du Royaume attrape une pneumonie de vertu. On nous décrit, avec un sens du détail qui frise le fétichisme d'huissier, les « 6,5 mètres carrés » de la cellule de Koléa, le lavabo « qui fut blanc » et le « trou au sol pour WC ».

On adore ce voyeurisme de plomberie carcérale transformé en haute métaphysique. C’est fou comme le « trou au sol » algérien inspire les esthètes d'en face, eux qui naviguent d'ordinaire dans les eaux parfumées de l'allégeance béate et du consensus sous perfusion.

Le texte nous explique doctement que l’Algérie est une « machine à produire du rien » et un système de « clôtures emboîtées ». C’est joliment dit. C’est du Sansal pur jus, du désespoir labellisé Saint-Germain-des-Prés, vendu en grand format à 22 euros pour agrémenter les fins de repas des salons parisiens. Mais voir ce réquisitoire contre « l’obéissance invisible » repris en chœur par des plumes qui n’écrivent qu’avec un sabre de bois au-dessus de la tête, c’est le clou du spectacle. C’est le dromadaire national qui disserte sur la mauvaise posture du chameau voisin.

La théologie du guichet d'en face

L’article s’enflamme contre « le Règlement » avec une majuscule, cette « divinité carcérale » qui empêche de penser. Ah, les majuscules ! L’Ordre, la Nation, le Peuple... Heureusement qu'ailleurs, de l'autre côté de l’Oujda, les mots n'ont pas de majuscules. Ils ont juste des passeports diplomatiques, des décrets d'interdiction et un sens aigu de la courbette thérapeutique. Le rédacteur s’émeut : « Comment un pays apprend-il à supporter ce qui devrait le révolter ? » Tiens, c’est une excellente question. On aimerait bien poser la même au logiciel qui a pondu l'article, mais on craint que l'imprimante ne manque d'encre avant d’avoir fini de lister les réponses.

Note de service pour les amateurs de « fissures » : Gratter l’enduit et montrer les moisissures sous l’héroïsme national, c'est le boulot de l'écrivain. Mais utiliser les moisissures du voisin pour repeindre sa propre façade en blanc céruse, c'est du ravalement de façade pour sous-préfecture.

L’icône, le mari et le fonds de commerce

On nous vend ensuite le « centre affectif » du livre, la digne épouse, et la « constellation carcérale » : les gardiens farcesques, les détenus fanatisés, les tribunaux de guignol. Tout y est. C'est l'Abistan en version originale, sous-titrée pour public en quête de frissons orientaux. On nous explique que la phrase de l’écrivain « s'infiltre » plus vite qu'une armée. Certes. Elle s’infiltre surtout dans les grilles de lecture bien huilées d'une propagande de caniveau qui a trouvé son nouveau hochet: le «prisonnier encombrant ».

Sauf que le plus encombrant, dans cette histoire, ce n'est pas Sansal dans sa cellule, c'est le cortège de pleureuses professionnelles qui campent devant la porte pour ramasser les miettes du récit. Entre la « criminalisation » à Alger et la « canonisation » de bazar à Rabat, le pauvre auteur cherche une troisième voie. On lui suggère celle de l'autonomie intellectuelle : celle qui consiste à envoyer paître ses geôliers, mais aussi ses éditeurs d'occasion qui confondent la critique littéraire avec un tir d'artillerie lourde.

En attendant le prochain prix Goncourt de la détention préventive, on conseille à nos voisins de relire les passages sur la « soumission volontaire ». C'est un concept universel. Ça marche à Koléa, ça marche à Tazmamart, et ça marche même dans les rédactions où l'on confond l'encre avec de la bave de crapaud. Tout est affaire de Règlement, n’est-ce pas ?

Petit rappel à nos voisins du Makhzen, une fois encore que le livre pamphlet du journaliste marocain Omar Brouksy avait été présenté comme une plongée dans les coulisses du pouvoir à Rabat. À travers des extraits largement relayés, le livre dresse un tableau sombre d’un système politique dominé par les clans, les intrigues de palais, l’opacité sécuritaire et l’usure manifeste du règne de Mohammed VI. Plus qu’un simple récit sur la monarchie marocaine, ces éléments mettent en lumière les mécanismes d’un Makhzen obsédé par sa survie. C’était du Brously pur jus  !!!!!

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

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Boualem Sansal : Critique des dérives de la posture intellectuelle:

 

Parce qu’il n’y a rien de plus croustillant que le lyrisme bourgeois découvrant le courage depuis le boulevard Saint-Germain, voici la réponse du berger à la bergère.

Le miracle du papier qui fait trembler les empires.

Quelle larmoyante beauté ! On en aurait presque le vertige. À l’heure où le monde s'abîme dans les abîmes de TikTok et des algorithmes décadents, voilà que nos bons apôtres de la presse parisienne retrouvent la foi. Alléluia : le livre imprimé est vivant ! Mieux, il fait « bisquer » les tyrans. Il faut lire ce ton pénétré, presque clérical, pour savourer l’extase du commentateur qui nous explique, l’œil humide, qu'un bloc de 252 pages reliées chez Grasset pèse plus lourd qu'un drone de combat ou qu’une crise pétrolière.

C’est le grand retour du romanesque colonial : le sauvage en treillis, terré dans son palais d'El Mouradia, tremblant de tous ses membres à la seule idée qu’un octogénaire écrive ses « libres méditations » entre deux tisanes. Nos éditorialistes adorent cette fable. Elle leur permet de s'imaginer qu'envoyer un chèque d'acompte à un dissident, c'est l'équivalent moderne du débarquement de Normandie. On dresse la liste des martyrs comme on égrène les saints du calendrier : Perrault, Beau, Daoud, et maintenant Sansal, numéro d'écrou 46611, sanctifié par l’encre des rotatives et le service de presse de l'avenue des Gobelins.

Le martyrologe comme produit d'appel

Mais grattons un peu le vernis de cette hagiographie pour de bon. Ce qui fascine notre chroniqueur, ce n'est pas tant la liberté du peuple algérien – dont il se soucie comme de sa première carte de presse – c'est le frisson de la censure. Ah, l’ambassade de Tunisie qui achetait tous les stocks en 1999 ! Quelle délicieuse promotion gratuite ! On sent presque la nostalgie d'une époque où la dictature avait au moins le bon goût d’être un excellent agent littéraire.

Le drame humain, la cellule de six mètres carrés, les islamistes et les truands qui se partagent la cour ? Une superbe toile de fond pour la quatrième de couverture. Le texte nous l'avoue d'ailleurs avec une indécence rare : cette sortie littéraire « risque de nuire à une éventuelle grâce » d'un autre journaliste emprisonné. Mais qu'importe le sort des hommes de chair et d'os, pourvu qu’on ait l’ivresse d'une « mise en place colossale » en librairie ! Le martyr est un business qui ne connaît pas la crise, surtout quand il est marketé sous la bannière des « nouveautés » de l’été. L'essentiel est que le livre soit « superbe et suffoquant », comme un bon thriller de gare qu’on lit au bord de la piscine en soupirant sur la dureté du monde.

La droite française n'aime jamais tant les écrivains arabes que lorsqu'ils sont enfermés par d'autres arabes, ou lorsqu'ils écrivent en français pour dire du mal de chez eux. C'est le brevet de bonne conduite culturelle, le passeport pour les plateaux télé où l'on viendra s'extasier sur leur « courage » à prix fixe.

La poussière et les dividendes

La conclusion de cette homélie frise le sublime. On nous promet, dans un élan de métaphysique de comptoir, que les persécuteurs deviendront « poussière » tandis que la littérature triomphera pour les siècles des siècles. C’est beau comme du Bossuet réécrit par un stagiaire en marketing. En attendant l’éternité et la poussière, les persécuteurs se portent très bien, merci pour eux, et les maisons d'édition parisiennes ramassent les dividendes de la révolte.

Alors, inclinons-nous devant ce « triomphe de la littérature ». Courons acheter notre dose d'indignation reliée, lisons les souffrances de l'écrou 46611 avec la distance polie du consommateur de bonne conscience. Et consolons-nous : si la liberté n'avance pas d'un pouce de l'autre côté de la Méditerranée, Grasset aura au moins réussi son coup éditorial du mois de juin. Les despotes peuvent dormir sur leurs deux oreilles, la résistance occidentale s'achète désormais en librairie pour la modique somme de vingt-deux euros.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Économie du Maroc : Les vérités cachées derrière le "Made in Morocco"

Alors voilà. Une partie de la presse marocaine nous annonce, tambours royaux et trompettes subventionnées, l’arrivée imminente du premier avion de production “Made in Morocco”. Rien que ça. Après les satellites de communication, les ports géants, les lignes TGV traversant un royaume où une partie du peuple peine encore à traverser le mois, voici maintenant l’aéronautique nationale. Le prestige vole haut ; les salaires, eux, restent collés au tarmac.

Il faut admirer la mise en scène. Dans les brochures officielles, le Maroc devient une “plateforme industrielle stratégique”, un “hub aéronautique africain”, un “modèle de compétitivité”. Traduction en langue moins diplomatique : une zone de sous-traitance élégante où des multinationales viennent chercher ce que l’Europe ne peut plus exploiter chez elle sans provoquer quelques grèves gênantes et deux ou trois documentaires scandalisés.

Car derrière le fantasme du “Made in Morocco”, il y a surtout une réalité beaucoup moins photogénique : des ouvriers payés une fraction des standards occidentaux, des protections sociales minimalistes, une pression permanente sur les coûts, et cette vieille recette néolibérale repeinte aux couleurs du drapeau national. On appelle cela “industrialisation”. D’autres appelleraient ça une économie de dépendance maquillée en fierté patriotique.

Le plus fascinant reste le génie narratif du système : faire passer l’exploitation pour un triomphe national. Une entreprise étrangère délocalise une partie de sa production pour réduire ses coûts salariaux, et la presse locale célèbre “la confiance des investisseurs”. Quel prodige sémantique. Quand un salarié européen perd son emploi, c’est une “restructuration”. Quand un ouvrier marocain accepte un salaire de survie pour assembler des pièces aéronautiques destinées aux marchés riches, cela devient “l’émergence industrielle du royaume”. Le capitalisme adore les frontières : elles permettent de payer différemment des êtres humains qui produisent pourtant la même valeur.

Et puis il y a cette obsession du prestige technologique. L’avion ! Symbole ultime de modernité. On veut faire croire qu’un pays entre dans l’histoire parce qu’il visse quelques composants aéronautiques sous licence étrangère. Comme si la souveraineté industrielle se résumait à accueillir des chaînes de montage dépendantes de capitaux, de brevets et de décisions prises ailleurs. Ce n’est pas une indépendance industrielle ; c’est un Airbnb géant pour multinationales pressées de réduire leur masse salariale.

Le plus cruel, c’est que les propagandistes du miracle marocain parlent sans cesse de “compétitivité”, ce mot obscène utilisé pour donner une allure scientifique à la compression sociale. Être “compétitif”, dans ce modèle, signifie surtout être moins cher que le voisin. Moins cher que l’Espagne. Moins cher que la Turquie. Moins cher que l’Europe de l’Est. Jusqu’au jour où un autre pays plus pauvre acceptera encore moins. Le patriotisme industriel version low-cost : une course mondiale vers le salaire le plus bas, emballée dans des communiqués triomphants.

Mais attention : il ne faudrait surtout pas gâcher la fête avec des questions vulgaires. Qui capte réellement la richesse produite ? Quelle part revient aux travailleurs ? Quels droits syndicaux ? Quelle autonomie technologique réelle ? Quel tissu national de recherche ? Silence radio. Dans le théâtre du prestige, l’ouvrier doit rester figurant. Il serre les dents pendant que les élites coupent des rubans et posent devant des maquettes d’avion comme des enfants émerveillés dans un salon du Bourget sous climatisation.

Cette fascination pour les symboles industriels cache souvent une vérité plus embarrassante : certains États du Sud ne construisent pas une puissance autonome, ils perfectionnent leur rôle dans la chaîne mondiale de la main-d’œuvre bon marché. On leur vend du rêve technologique pendant qu’ils louent leur jeunesse au prix de gros.

Alors oui, un avion “Made in Morocco”, c’est peut-être excellent pour les unes de journaux et les vidéos institutionnelles saturées de musique épique. Mais un pays ne devient pas puissant parce qu’il assemble des pièces sous supervision étrangère. Il devient puissant quand ses travailleurs vivent dignement, quand la richesse ne remonte pas uniquement vers les actionnaires et les vitrines du pouvoir, quand le progrès cesse d’être une affiche publicitaire destinée à faire oublier la précarité qui la finance.

Le reste n’est qu’un décor de salon aéronautique : brillant de loin, creux de près.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Diplomatie France-Algérie : Fin de la complaisance face à l'arrogance coloniale

Il faut reconnaître un talent à une certaine presse française : celui de transformer chaque difficulté intérieure de la France en preuve supplémentaire de la culpabilité de l’Algérie. C’est presque un art national. Les hôpitaux s’effondrent ? L’Algérie. Les prisons débordent ? L’Algérie. Le narcotrafic gangrène Marseille ? Encore l’Algérie. À ce rythme, bientôt la pluie sur Paris tombera “sous influence algérienne”.

Le plus fascinant dans cette prose sur « la diplomatie de la joue tendue », c’est moins ce qu’elle dit que ce qu’elle révèle malgré elle : une nostalgie furieuse du temps où Paris donnait des ordres à Alger sans avoir à négocier quoi que ce soit. Car derrière les soupirs virils sur « l’humiliation française », derrière les lamentations théâtrales sur « la faiblesse diplomatique », il y a surtout une blessure narcissique : la France ne supporte plus que l’Algérie soit souveraine.

Voilà le véritable scandale pour ces éditorialistes de garnison qui  porte un  discours ambiant pour affirmer que la France aurait besoin de l'Algérie pour traiter la malfaisance du gang DZ Mafia et en appréhender les organisateurs dont certains seraient « réfugiés » en Algérie. La DZ Mafia c’est le dernier petit cadeau de l’extrême droite  si cher aux nostalgique de l’Algérie Française, la petite partie enfermée d'un gros iceberg, Et quoi qu’en disent les grincheux, c’est une démarche qui porte ses fruits, puisqu’à ce jour Christophe Gleizes n’a toujours pas été décapité et semble toujours en possession de deux yeux et de deux reins, c’est déjà un succès formidable qui mérite d’être salué comme il convient.  

Car enfin, regardons les choses sérieusement. Depuis quand un État souverain est-il tenu d’obéir aux injonctions médiatiques françaises ? Depuis quand la coopération judiciaire signifie-t-elle la soumission automatique ? Depuis quand l’Algérie devrait-elle se comporter comme une préfecture annexe du ministère français de l’Intérieur ?

Toute la mécanique idéologique du texte repose sur une idée simple : la France serait une victime contrainte de « ravaler sa fierté » face à une Algérie manipulatrice exploitant une supposée « rente mémorielle ». Traduction : les crimes coloniaux devraient être définitivement soldés, archivés, oubliés, afin que Paris puisse retrouver le confort moral de son ancien magistère. La mémoire devient insupportable dès lors qu’elle cesse d’être décorative pour produire des conséquences diplomatiques réelles.

Cette obsession de la « culpabilité française » est d’ailleurs un classique de la rhétorique réactionnaire contemporaine. Ce n’est jamais la colonisation qui pose problème ; non, le problème serait qu’on ose encore en parler. Le crime devient secondaire ; seule dérange sa persistance dans les consciences. L’ancien colonisateur voudrait bénéficier de l’amnésie obligatoire de l’ancien colonisé.

Mais le plus grotesque reste cette construction fantasmatique autour de la « DZ Mafia », désormais présentée comme une menace quasi civilisationnelle nécessitant une coopération vitale avec Alger. La formule elle-même ressemble à un produit marketing fabriqué dans l’arrière-boutique médiatique de l’extrême droite : un label anxiogène, exotique juste ce qu’il faut, permettant de réinjecter du vieux fantasme colonial dans le débat sécuritaire contemporain.

Hier, on parlait des “barbares”, des “indigènes dangereux”, des “fellaghas”, des “zones de non-droit nord-africaines”. Aujourd’hui, on recycle cela sous packaging Netflix : “DZ Mafia”. Même peur racialisée. Même besoin d’ennemi importé. Même incapacité à regarder les responsabilités françaises dans la fabrication de ses propres désastres sociaux.

Car enfin, Marseille n’est pas gouvernée depuis Alger. Les ports français ne sont pas administrés par le Président Tebboune. Les réseaux de corruption locale, le blanchiment, l’économie parallèle, l’effondrement des services publics, la ségrégation urbaine et l’abandon méthodique de certains quartiers relèvent de décennies de politiques françaises. Mais comme toujours, il est plus confortable d’imaginer une hydre étrangère que d’admettre la faillite domestique.

La vérité est beaucoup moins romanesque et beaucoup plus humiliante pour Paris : la France découvre qu’elle n’est plus un empire. Quelle tragédie. Elle doit désormais négocier avec ceux qu’elle administrait autrefois par décret et par canonnière. Et cela, une partie de son appareil politico-médiatique ne le digère toujours pas.

Alors on dramatise chaque échange diplomatique comme une scène d’abaissement national. On transforme toute discussion bilatérale en capitulation morale. On fabrique un récit où Alger tiendrait Paris en laisse grâce à une mystérieuse “culpabilité postcoloniale”, comme si la France n’était pas surtout dépendante de ses propres contradictions : besoin de coopération migratoire, besoin de renseignements, besoin de stabilité régionale, besoin économique aussi  car malgré les cris patriotiques de plateau télé, les intérêts français en Algérie restent considérables.

Et puis il y a ce passage extraordinaire sur Christophe Gleizes, présenté presque comme “l’otage symbolique de la faiblesse française”. Là encore, le sous-texte est révélateur : un citoyen français détenu en Algérie devient immédiatement la preuve d’une barbarie potentielle qu’il faudrait conjurer par la prudence diplomatique. D’où cette phrase grotesquement paternaliste expliquant que le journaliste “n’a toujours pas été décapité” et conserve “ses deux reins”. Nous voilà donc revenus aux vieux imaginaires coloniaux où l’Algérie est suggérée comme un territoire semi-sauvage dont il faudrait déjà se réjouir qu’il ne pratique pas l’égorgement rituel des Européens.

Et après cela, ces gens osent parler de “coopération apaisée”.

L’ironie est que cette hystérie permanente révèle surtout une immense panique française face au déclassement. Une puissance sûre d’elle-même ne passe pas son temps à se sentir humiliée. Seuls les anciens empires vivent chaque négociation comme une blessure narcissique. Ce que certains éditorialistes appellent aujourd’hui “la joue tendue”, c’est simplement la réalité banale des relations internationales entre États souverains.

L’Algérie défend ses intérêts. Comme la France défend les siens. Comme tous les États du monde. La différence, c’est que l’Algérie n’a plus à demander la permission, et cela, cinquante-plus ans après l’indépendance, demeure encore insupportable pour les derniers pensionnaires mentaux de l’Algérie française.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Conflit israélo-palestinien : La montée de la haine anti-arabe à Jérusalem

Il faut regarder cette scène en face. La regarder longtemps. Sans détourner les yeux comme le fait l’Occident médiatique depuis des décennies avec la discipline d’un valet bien dressé.

Des milliers de jeunes Israéliens défilent dans Jérusalem en hurlant « Mort aux Arabes ». Ils crachent leur haine comme on recrache un noyau d’olive après un banquet nationaliste. Ils promettent l’incendie des villages palestiniens, paradent sous protection policière, escortés par des ministres d’extrême droite transformés en mascottes de la purification ethnique. Et le monde occidental regarde cela avec la componction embarrassée d’un notaire surpris dans une maison close. ()

Imagine-t-on un seul instant des milliers d’Arabes défiler en criant « Mort aux Juifs » dans une capitale arabe sous protection des forces de l’ordre, avec des ministres applaudissant la foule ? Les rédactions occidentales parleraient d’une “nuit de cristal imminente”, de “barbarie civilisationnelle”, de “retour des heures les plus sombres”. Les plateaux de télévision se couvriraient de spécialistes à mine funéraire. Les éditoriaux suinteraient l’effroi moral. On convoquerait la mémoire européenne comme un gendarme spectral.

Mais ici non.

Ici, le racisme est tropicalisé. Administré. Contextualisé. Rationalisé. On parle “d’ultranationalistes”, “de tensions”, “d’incidents”. Comme si le cri “Mort aux Arabes” relevait d’une turbulence folklorique comparable à des supporters ivres après un match de football. Le meurtre verbal devient une couleur locale.

Voilà le vrai scandale : non seulement la haine existe, mais elle bénéficie d’une immunité morale.

Le plus obscène n’est même plus le fanatique. Le fanatique suit sa logique jusqu’au bout ; il est le fruit monstrueux d’un climat politique. Non, le plus obscène est le chroniqueur occidental qui continue de parler de “la seule démocratie du Moyen-Orient” pendant que des foules appellent publiquement à l’effacement d’un peuple. Le plus obscène est cette presse qui dissèque chaque mot palestinien avec les pincettes de la psychiatrie sécuritaire mais qui traite les appels au meurtre anti-arabe comme des débordements regrettables d’une jeunesse un peu trop enthousiaste.

La vérité, c’est qu’il existe dans le regard occidental une hiérarchie des victimes.

Le Palestinien n’est pas seulement un homme occupé ; il est l’homme auquel l’Occident refuse jusqu’au droit élémentaire d’incarner l’innocence. Même mort, il demeure suspect. Même écrasé sous les gravats, il doit encore présenter ses papiers moraux devant le tribunal médiatique. Son cadavre passe un contrôle d’identité.

Et pendant ce temps, les pyromanes paradent avec des drapeaux.

Depuis des années, une partie des médias européens fonctionne comme une entreprise de désodorisation morale. Elle parfume les mots pour empêcher l’odeur du réel de parvenir jusqu’aux consciences. On ne dit plus colonialisme : on dit “conflit”. On ne dit plus suprémacisme : on dit “sécurité”. On ne dit plus déshumanisation : on dit “tensions communautaires”. Le langage sert à blanchir les crimes comme les vieilles blanchisseries lavaient autrefois les draps tachés des maisons bourgeoises.

Le plus tragique est peut-être ailleurs : cette haine n’est plus marginale. Elle est institutionnelle, électorale, gouvernementale. Elle défile à visage découvert parce qu’elle sait qu’elle ne sera ni punie, ni isolée, ni même réellement condamnée. Elle sait que l’Occident aboie parfois pour sauver les apparences, mais qu’il continue ensuite à livrer les armes, les tribunes diplomatiques et les absolutions médiatiques.

Nous vivons une époque où l’on exige des Palestiniens une sainteté que l’on n’exige jamais de leurs bourreaux.

On leur demande de mourir poliment.

De souffrir avec modération.

D’enterrer leurs enfants sans élever la voix.

D’accepter leur propre effacement avec les bonnes manières d’un peuple civilisé.

Et lorsque certains refusent cette disparition programmée, alors toute la machine narrative occidentale se remet en marche : contextualisation du dominant, criminalisation du dominé, recyclage industriel de la peur arabe.

Le drame est là : ce racisme-là n’est pas une anomalie du système. Il en est le produit logique. Toute occupation longue finit par fabriquer sa théologie de la supériorité. Toute impunité prolongée finit par produire des foules convaincues que l’autre peuple est un obstacle biologique.

Les cris de Jérusalem ne sont pas un accident. Ils sont la vérité qui déborde enfin du masque et le silence gêné des grandes consciences occidentales n’est pas de la prudence diplomatique. C’est une complicité culturelle.

Les empires ont toujours eu besoin de journalistes capables de regarder un incendie humain en parlant de météo.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Politique France-Algérie : Pourquoi la fin de l'ère coloniale dérange encore:

 




L’extrême droite française adore parler d’« humiliation ». C’est devenu son parfum préféré : une fragrance de sueur froide impériale et de nostalgie coloniale rance. À lire le général Gomart dans le JDD, on découvre une France transformée en principauté tremblante, terrorisée par des consulats algériens, des demandes de visas et quelques vieillards du bled venus finir leur retraite à Marseille. Napoléon doit se retourner dans son tombeau : la grande puissance nucléaire serait désormais prise en otage par des tampons administratifs et des formulaires CERFA.

Le plus fascinant dans ce texte n’est pas ce qu’il dit de l’Algérie. C’est ce qu’il révèle de la droite française : une incapacité pathologique à accepter que l’ancienne colonie soit devenue un État souverain qui n’obéit plus aux injonctions de Paris.

Car enfin, de quoi parle-t-on réellement ? D’un pays que la France a colonisé pendant cent trente-deux ans. D’un système où les Algériens étaient des sujets sans droits dans leur propre terre. D’une guerre coloniale faite de torture, d’exécutions sommaires, de villages rasés et de disparitions. Mais dans cette étrange pièce de théâtre réactionnaire, l’histoire est inversée : le colonisateur devient victime, et l’ancien colonisé devient suspect par nature.

Le procédé est grossier mais efficace. On mélange immigration, islam, sécurité, banlieues et diplomatie dans le même shaker anxiogène. Et soudain apparaissent ces fameux « 8 millions de Franco-Algériens » évoqués comme une menace potentielle. Voilà le cœur idéologique du texte. Pas la diplomatie. Pas les visas. Pas les OQTF. Le vrai sujet, c’est la suspicion permanente envers des citoyens français que cette droite regarde encore comme des corps étrangers.

Le général parle de « relation asymétrique ». Il a raison, mais pas dans le sens qu’il croit. L’asymétrie, c’est une ancienne puissance coloniale incapable de regarder son passé autrement qu’avec arrogance ou amnésie. L’asymétrie, c’est une classe politique française qui exige repentance du monde entier mais refuse d’admettre ses propres crimes coloniaux autrement qu’à voix basse, entre deux inaugurations de plaques commémoratives.

Et quelle démonstration de virilité géopolitique nous propose-t-on ? Réduire les visas. Fliquer les transferts financiers. Suspecter chaque influence religieuse. Réécrire les accords de 1968. Toute la boîte à outils du petit préfet colonial frustré. On imagine déjà les stratèges du JDD dessinant des flèches rouges sur des cartes comme dans un mauvais remake de “OSS 117 : Panique au consulat”.

Cette obsession de « reprendre le contrôle » révèle surtout une vérité embarrassante : une partie de la droite française n’a jamais accepté la décolonisation. Elle supporte mal qu’Alger parle d’égal à égal avec Paris. Elle voudrait une Algérie docile, silencieuse, reconnaissante — bref, une colonie sans le coût administratif de la colonisation.

Le plus comique reste cette mise en scène d’une France impuissante. La septième puissance mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité, dotée de l’arme nucléaire, prétend vaciller devant la Grande Mosquée de Paris et quelques consulats. À ce niveau-là, ce n’est plus de la géopolitique : c’est du théâtre de boulevard pour éditorialistes en manque de guerre froide.

Le problème de la diplomatie française n’est pas qu’elle serait « trop faible » avec l’Algérie. Le problème est qu’elle reste prisonnière d’un logiciel postcolonial sénile où toute indépendance algérienne est vécue comme une insolence.

Et derrière les grands mots sur la République, on retrouve toujours la même vieille musique : désigner l’Arabe, l’immigré, le musulman ou le Franco-Algérien comme cause profonde du malaise français. C’est le fond de commerce de cette droite : faire oublier les inégalités sociales, l’effondrement des services publics et les faillites politiques en fabriquant un ennemi intérieur permanent.

À force de regarder l’Algérie avec les yeux du ressentiment colonial, certains en France finissent surtout par révéler leur propre faiblesse : celle d’un pays incapable de penser l’après-empire autrement que dans la nostalgie, la peur et la crispation identitaire.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le Berger de Nadjaf et les Cowboys du Mensonge :

Plutôt que du sensationnel, ce scoop relève plutôt du sensationnalisme. Heureusement que l'Irak a des bergers. Visiblement les bergers irakiens sont les nouveaux modèles de radars pour détecter des hélicoptères en vol au dessus et sur le territoire irakien ! Bien sur je dénonce fortement qu’Israël se croit tout permis, de l'abattage des oliviers appartenant à des chrétiens au Liban à l'installation d'une base dans le désert irakien.

Il fallait bien que cela arrive.
Après les satellites espions, les drones furtifs, les logiciels de surveillance dopés à l’intelligence artificielle et les armées “les plus sophistiquées du monde”, voici la nouvelle terreur géopolitique du XXIe siècle :
le berger irakien.

Oui, un berger.

Dans cette grande fresque militaro-médiatique vendue comme un thriller géostratégique par une certaine presse française, un simple type gardant ses moutons dans le désert de Nadjaf serait devenu l’équivalent moyen-oriental d’un radar AWACS. Le Pentagone peut ranger ses satellites à plusieurs milliards : apparemment, deux chèvres nerveuses et un berger insomniaque suffisent désormais à détecter des hélicoptères israéliens dans le ciel irakien.

Le plus extraordinaire n’est même pas l’histoire.
Le plus extraordinaire, c’est la manière dont elle est racontée.

On nous vend cela comme un “scoop”.
Mais le scoop ressemble surtout à un mauvais épisode de série B géopolitique écrit par un stagiaire sous caféine ayant binge-watché Homeland et trois documentaires complotistes sur YouTube.

Le procédé est toujours le même :
prendre une situation explosive, ajouter du secret, saupoudrer de “révélations”, glisser un berger providentiel, et servir le tout avec cette voix grave des médias qui confondent information et bande-annonce Netflix.

Et derrière le folklore journalistique, il y a pourtant quelque chose de beaucoup plus grave.

Parce que pendant qu’on amuse le lecteur avec “l’incroyable berger qui découvre une base secrète”, on banalise tranquillement l’idée qu’Israël puisse transformer des territoires étrangers en arrière-cours militaires temporaires. Le problème n’est pas seulement le sensationnalisme.
Le problème, c’est la normalisation.

Normalisation des violations de souveraineté.
Normalisation des frappes préventives permanentes.
Normalisation d’un État qui agit dans toute la région comme si les frontières relevaient d’un détail administratif un peu pénible.

Aujourd’hui le désert irakien.
Hier le Liban.
Demain ailleurs.

À ce rythme-là, il ne manquera bientôt plus qu’un communiqué expliquant qu’un pêcheur tunisien a découvert un sous-marin nucléaire caché derrière des sardines suspectes.

Et la presse française adore cela.

Parce qu’au fond, une partie des médias occidentaux traitent le Moyen-Orient comme un gigantesque décor de film d’action permanent. Les populations locales deviennent des figurants exotiques dans une production géopolitique écrite ailleurs.

Le berger ? Personnage pittoresque.
Le désert ? Décor dramatique.
Les morts ? Contexte narratif.
Les violations du droit international ? Effets spéciaux diplomatiques.

On finit même par oublier l’essentiel : qu’il est devenu presque banal qu’un État étranger mène des opérations militaires clandestines sur le territoire d’un autre pays avec la bénédiction silencieuse des grandes puissances et puis il y a cette hypocrisie magnifique des capitales occidentales.

Quand certains États violent une frontière : scandale civilisationnel.
Quand Israël le fait : “situation sécuritaire complexe”.

Le droit international ressemble désormais à une salle VIP : tout le monde prétend qu’il existe, mais certains entrent sans invitation pendant que les autres se font fouiller à la porte.

Quant aux médias, ils jouent les journalistes d’investigation alors qu’ils servent souvent de service après-vente narratif aux puissances militaires. Ils emballent les opérations clandestines dans du storytelling héroïque afin que le public oublie l’essentiel : derrière les mots “base secrète”, il y a des territoires piétinés, des populations prises au piège et des guerres sans fin transformées en feuilleton géopolitique.

Le plus noir dans cette affaire, c’est peut-être cette désinvolture générale.

On parle d’incursions militaires comme d’anecdotes insolites.
On traite la souveraineté irakienne comme un vieux tapis déjà trop usé pour mériter le respect.
On raconte les frappes, les survols, les infiltrations avec l’excitation d’enfants jouant aux soldats.

Et pendant ce temps-là, les peuples de la région continuent à vivre sous des ciels traversés par des drones, des missiles et des armées étrangères qui entrent et sortent comme dans un hall d’hôtel.

Mais rassurons-nous :
heureusement qu’il reste des bergers.

Visiblement, ce sont désormais eux les derniers témoins d’un réel que les grandes puissances bombardent pendant que les éditorialistes transforment les décombres en récit d’aventure premium.

Le Moyen-Orient brûle.
Et une partie de la presse occidentale couvre l’incendie comme si elle commentait un festival de cinéma militaire.

Avec suspense.
Avec musique dramatique.
Et toujours cette fascination morbide pour les flammes… tant qu’elles brûlent chez les autres.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Le Bon Algérien de Service :

Il existe en France une étrange industrie culturelle : la fabrication du dissident acceptable qui attaque moins par posture idéologique abstraite que par dévoilement des mécanismes médiatiques, du cynisme éditorial et de la fabrication du “bon indigène” dans certains cercles intellectuels français
Pas le dissident qui dérange réellement l’ordre dominant. Non. Celui qui rassure les plateaux télé, conforte les vieux fantasmes coloniaux et permet aux salons parisiens de continuer à parler du monde arabe comme d’un patient psychiatrique éternel.

Kamel Daoud est devenu cela.

Non pas seulement un écrivain.
Mais un personnage médiatique.
Une fonction éditoriale.
Une caution sophistiquée permettant à une partie de la presse française de dire les choses les plus brutales sur l’Algérie, l’islam, l’immigration ou les banlieues avec l’air respectable du débat intellectuel.

Le mécanisme est vieux comme l’empire : pour parler contre un peuple, il faut toujours exhiber un enfant du peuple en vitrine. Le “bon indigène”. Celui qui parle assez bien la langue du maître pour être invité au dîner, mais jamais assez libre pour remettre en cause le décor lui-même.

Et c’est là que Le Point devient fascinant.

Parce que derrière les grandes poses sur la liberté d’expression, le courage littéraire ou la défense des intellectuels menacés, il y a une opération beaucoup plus simple : transformer certaines blessures algériennes en marchandise idéologique française. ()

Le magazine ne vend pas seulement des chroniques.
Il vend une émotion politique très particulière : le plaisir occidental de voir un Arabe confirmer ses propres peurs.

Alors Daoud devient indispensable.

Quand il parle d’islamisme, on applaudit.
Quand il parle d’Algérie, on jubile.
Quand il critique les sociétés arabes, les éditorialistes respirent : enfin un “musulman éclairé” qui leur permet de continuer à regarder tout un monde comme une pathologie civilisationnelle sans avoir l’air racistes.

C’est le vieux colonialisme recyclé en débat de société.

On ne parle plus de “mission civilisatrice”.
On parle de “laïcité”, de “combat culturel”, de “modernité”.
Le vocabulaire change. La mécanique reste identique.

Et le plus ironique dans cette histoire, c’est que cette presse adore jouer les résistants héroïques alors qu’elle parle depuis le centre même du pouvoir symbolique. Elle adore se présenter comme persécutée tout en occupant les couvertures, les maisons d’édition, les plateaux télé et les réseaux d’influence.

Le courage médiatique parisien est une chose magnifique :
c’est une dissidence sponsorisée.

Pendant ce temps, les Algériens ordinaires deviennent des silhouettes abstraites dans un grand théâtre intellectuel français. On les transforme soit en menace démographique, soit en matière littéraire, soit en laboratoire idéologique. Rarement en êtres humains complets.

Le plus glaçant n’est même plus le mépris.
Le plus glaçant, c’est l’élégance du mépris.

Tout est devenu propre.
Poli.
Culturel.
On assassine symboliquement avec des références littéraires et des tribunes premium.

Même les tragédies de la “décennie noire” deviennent des objets éditoriaux recyclables. Et lorsque des accusations graves émergent autour de l’utilisation possible d’un témoignage intime dans Houris, la machine médiatique se crispe immédiatement autour de “l’écrivain menacé”, comme si le prestige littéraire suffisait à suspendre toute interrogation éthique. ()

Car dans certains milieux intellectuels français, il existe une hiérarchie implicite des douleurs :
la souffrance du témoin vaut moins que le prestige de l’auteur consacré.

Le plus extraordinaire reste cette manière qu’a la France médiatique de fabriquer ses “Arabes fréquentables”. Il faut être suffisamment critique envers son propre monde, suffisamment compatible avec les angoisses françaises, suffisamment utile au récit dominant.

Sinon ?
On vous range dans la catégorie des suspects communautaires.

Alors oui, Daoud est talentueux.
Oui, il a parfois porté des paroles courageuses contre l’autoritarisme ou l’islamisme. ()

Mais le problème n’est plus seulement Daoud.

Le problème, c’est ce que son succès révèle du regard français sur l’Algérie et sur les Arabes en général.

Une fascination malade.
Un besoin obsessionnel de validation indigène.
Comme si l’Occident avait encore besoin qu’un “natif” vienne lui confirmer qu’il avait raison depuis le début.

Et derrière tout cela flotte une odeur ancienne.
Une odeur de bibliothèque coloniale poussiéreuse.
Le parfum des empires qui prétendent avoir quitté la scène mais qui continuent à parler des autres peuples avec cette même voix paternaliste, inquiète, presque médicale.

Simplement aujourd’hui, le casque colonial a été remplacé par une tribune dans un hebdomadaire parisien.

Le costume a changé.
Le regard, lui, n’a jamais vraiment quitté l’époque des comptoirs.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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Chronique d’une Bourgeoisie Morale en Panique : la France est-elle encore sioniste ?

La France selon les gens qui ne la vivent plus, veulent sauver la France.
Toujours.
C’est la grande passion des éditorialistes de salon : sauver un pays qu’ils ont passé trente ans à transformer en salle d’attente anxieuse pour actionnaires sous anxiolytiques. Dans la presse de l’extrême droite, on feint soudain de découvrir que le macronisme fut une catastrophe. Quelle révélation. Après avoir applaudi l’incendie avec des gants blancs, les pyromanes reviennent déguisés en pompiers philosophiques.

La scène est presque touchante.
Une droite médiatique qui a passé des années à expliquer que toute critique radicale du pouvoir relevait soit du populisme, soit de la barbarie, soit du mauvais goût prolétaire, découvre aujourd’hui que le pays est fracturé, humilié, déclassé, exsangue. Ah bon ? Il fallait donc huit ans de verticalité managériale, de mépris de classe et de répression sociale pour comprendre qu’un pays ne se gouverne pas comme une start-up sous cocaïne financière.

Le plus obscène n’est pas l’échec de Macron.
Le plus obscène, c’est l’étonnement joué devant les ruines.

 Il y a quelque chose de presque indécent dans cette soudaine inquiétude médiatique pour “l’état de la France”.
Depuis des années, les mêmes éditorialistes regardaient le pays se fissurer avec la distance polie de ceux qui n’habitent plus vraiment dedans. Et aujourd’hui, les voilà qui découvrent les ruines avec des airs de médecins bouleversés devant un patient qu’ils ont eux-mêmes laissé saigner.

La vérité, c’est que le macronisme n’est pas tombé du ciel.
Il n’est pas une anomalie. Il est l’enfant légitime d’une époque où l’on a remplacé la politique par le management, le débat par la communication, et les citoyens par des variables d’ajustement.

On a vendu Emmanuel Macron comme on vend une application bancaire : design propre, langage fluide, promesse de modernité. Derrière la vitrine, pourtant, il y avait déjà ce vide froid. Cette manière de parler des gens sans jamais parler avec eux. Cette obsession de “réformer” un pays que beaucoup ne comprenaient plus autrement qu’à travers des graphiques et des tableaux Excel.

Et pendant ce temps-là, dans la vraie vie, les gens encaissaient.

Les infirmières qui courent dans des hôpitaux épuisés.
Les enseignants qui voient leurs classes craquer.
Les ouvriers qui comptent chaque plein d’essence.
Les jeunes qui vivent dans des studios minuscules en appelant cela “l’autonomie”.
Les retraités qui découvrent qu’après une vie de travail, il faut encore se justifier d’exister.

Mais de tout cela, une partie de la presse parlait comme on parle d’un problème abstrait. Avec des mots propres, techniques, presque anesthésiés. Jamais avec la violence réelle que produit le mépris social quand il devient système.

Puis sont arrivés les Gilets jaunes.

Et là, soudain, les élégants commentateurs ont découvert un peuple qu’ils ne croisaient plus. Non pas dans les dîners, ni sur les plateaux télé, mais sur les ronds-points, dans les colères, dans les visages fatigués. Au lieu d’écouter cette détresse, beaucoup ont préféré caricaturer. Parce qu’il est toujours plus confortable de traiter une colère populaire comme un problème de maintien de l’ordre que comme le symptôme d’un abandon politique.

Aujourd’hui, certains de ces mêmes milieux écrivent des textes inquiets sur “l’après-Macron”, sur une France “fracturée”, “fatiguée”, “déclassée”. Comme si tout cela était apparu soudainement, par génération spontanée.

Mais non.
Cette fracture a été accompagnée, justifiée, parfois applaudie par des lobbys avérés.

Le plus troublant reste peut-être cette manière qu’ont encore certaines élites de se croire moralement innocentes. Elles dénoncent le racisme avec de grands discours, tout en parlant des classes populaires ou des quartiers périphériques comme de territoires étrangers. Le mépris a simplement changé de vocabulaire : il porte désormais un costume de technocrate et utilise des expressions plus sophistiquées.

On ne dit plus “ces gens-là”.
On dit “les publics difficiles”, “les territoires sensibles”, “les catégories fragiles”.

La violence reste la même. Elle est simplement devenue plus élégante.

Et maintenant que le modèle s’effondre, chacun cherche un responsable extérieur : les réseaux sociaux, le populisme, les extrêmes, les colères irrationnelles. Tout, sauf cette évidence pourtant simple : on ne peut pas gouverner durablement un pays que l’on regarde avec condescendance.

Car le vrai drame français est peut-être là.

Une partie des élites ne sait plus ce que vivent les gens ordinaires.
Elle connaît leurs statistiques, mais plus leurs vies.
Elle parle du peuple comme d’un sujet d’étude. Rarement comme d’une communauté humaine.

Alors oui, quelque chose se termine.
Pas seulement un quinquennat ou une méthode de gouvernement.
C’est une illusion entière qui se fissure : celle d’un pouvoir persuadé qu’il pouvait administrer une nation sans respect réel pour ceux qui la font tenir debout.

Et derrière les tribunes inquiètes et les éditoriaux crépusculaires, on sent désormais une peur sourde : celle de voir revenir le réel.

Le réel des fins de mois.
Le réel des humiliations silencieuses.
Le réel des vies invisibles qu’on a trop longtemps regardées de haut.

Parce qu’un pays peut supporter beaucoup de choses.
La crise, les erreurs, même les défaites.

Le plus magnifique dans cette affaire, c’est l’hypocrisie du mot “racisme”.
Parce qu’au fond, toute cette presse adore se croire du bon côté de l’Histoire. Elle parle diversité entre deux éditos paniqués sur “l’ensauvagement”. Elle condamne les discriminations avec la même sincérité qu’un fonds spéculatif finance une fresque écologique. Le racisme contemporain des élites n’est plus biologique : il est socialement parfumé. On ne dit plus “ces gens-là”. On dit “les périphéries”, “les incivilités”, “les territoires”, “les flux migratoires”. Le mépris a simplement obtenu un master en communication.

Et puis il y a cette panique terminale : “Que deviendra la France après Macron ?”
Comme si Macron était une digue. Alors qu’il fut précisément l’acide qui a dissous les dernières illusions collectives. Même certains de ses anciens soutiens actent aujourd’hui “la fin du macronisme”.  

Mais le plus terrible pour eux n’est pas la faillite politique.
C’est la faillite symbolique.
Le fait que plus personne n’admire leur théâtre moral .

Ils voulaient gouverner sans peuple.
Ils découvrent maintenant un peuple sans confiance.

Alors ils écrivent des articles crépusculaires, avec cette gravité de prêtres ayant perdu la foi mais conservé la soutane. Ils parlent de “civilisation”, “d’autorité”, “d’identité”, “d’après”. Toujours “après”. Comme des héritiers discutant de l’architecture pendant que la maison brûle.

La vérité est plus simple, plus nue, plus humiliante :
ils ne savent plus parler au pays réel parce qu’ils ne le rencontrent plus autrement qu’à travers des sondages, des statistiques de délinquance et derrière leurs diagnostics solennels, il reste cette odeur persistante : celle d’une caste sioniste qui sent la fin venir et qui tente encore de transformer sa panique en lucidité historique.

Le macronisme aura peut-être laissé un héritage, finalement :
la démonstration grandeur nature qu’un pays ne survit pas longtemps lorsqu’une élite confond gouverner avec gérer, informer avec moraliser, et penser avec mépriser.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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Leur problème avec Ségolène Royal, c’est surtout l’Algérie :

Il y a des articles qui disent beaucoup plus sur ceux qui les écrivent que sur la personne qu’ils prétendent analyser.

Le papier consacré à Ségolène Royal en fait partie.

En le lisant, on comprend vite que le sujet n’est pas vraiment Ségolène Royal. Ce qui dérange profondément, c’est autre chose : le fait qu’une personnalité politique française puisse se rendre en Algérie sans hostilité, sans mépris affiché, sans participer au rituel désormais presque obligatoire de la fermeté théâtrale contre Alger.

Et cela, manifestement, devient suspect.

Alors on ironise sur son sourire.
On suggère une fascination.
On insinue une proximité gênante.
On transforme chaque déplacement à Alger en intrigue politique, presque en faute morale.

Comme si parler normalement à l’Algérie était devenu, dans certains milieux français, une anomalie.

Pourtant, il faudrait peut-être respirer un peu et regarder les choses avec davantage de lucidité.

La relation entre la France et l’Algérie est lourde. Très lourde. Elle porte l’histoire de la colonisation, de la guerre, des blessures, des silences, des mémoires contradictoires. Des millions de familles, des deux côtés de la Méditerranée, vivent encore avec cette histoire dans leur chair.

Alors oui, évidemment, chaque geste politique prend une dimension symbolique particulière. Mais est-ce une raison pour transformer toute tentative de dialogue en acte de trahison ?

C’est cela qui fatigue dans une partie du débat français sur l’Algérie : cette incapacité presque maladive à sortir du réflexe passionnel.

Soit il faudrait humilier Alger pour prouver sa loyauté à la France.
Soit il faudrait détester l’Algérie pour être considéré comme lucide.
Soit il faudrait parler des Algériens uniquement à travers les problèmes, les tensions, les crises et les fantasmes sécuritaires.

Comme si une relation apaisée était devenue impossible à imaginer.

Le plus troublant, c’est que derrière l’ironie du texte, on sent souvent remonter quelque chose de plus ancien. Une gêne persistante face à une Algérie indépendante qui continue d’exister par elle-même, avec ses choix, ses contradictions, sa souveraineté.

Depuis des décennies, une partie de la France n’a jamais vraiment réussi à normaliser psychologiquement son rapport à l’Algérie.

Chaque visite officielle devient un drame.
Chaque parole de respect devient une suspicion.
Chaque tentative d’équilibre est vécue comme une faiblesse.

Et au fond, cela dit peut-être quelque chose de plus large sur le malaise français lui-même.

Parce que l’Algérie reste, pour certains, une blessure historique jamais totalement refermée. Une ancienne colonie qui n’est pas restée à sa place dans le récit nostalgique qu’ils auraient voulu conserver.

Alors forcément, voir une responsable politique française dialoguer sereinement avec Alger dérange ceux qui continuent de penser les relations franco-algériennes avec les réflexes d’un autre siècle.

Mais la réalité humaine est plus simple que leurs obsessions.

Des millions de personnes vivent entre les deux pays.
Des familles sont mêlées.
Des histoires sont entremêlées.
Des douleurs aussi.
Et malgré tout cela, malgré les tensions politiques, malgré les blessures mémorielles, les peuples continuent de se parler, de travailler ensemble, de partager une culture, une langue parfois, des souvenirs souvent.

Cette réalité-là est plus forte que les éditoriaux nerveux.

On peut critiquer l’Algérie.
On peut critiquer ses dirigeants.
On peut débattre librement de politique étrangère.

Mais il faudrait arrêter de considérer qu’un Français qui respecte l’Algérie devient automatiquement suspect.

Car au fond, ce que certains ne supportent toujours pas, ce n’est pas Ségolène Royal.

C’est l’idée qu’une relation adulte, équilibrée et apaisée entre la France et l’Algérie soit encore possible.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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