Affichage des articles dont le libellé est Analyse Médias. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Analyse Médias. Afficher tous les articles

Le Berger de Nadjaf et les Cowboys du Mensonge :

Plutôt que du sensationnel, ce scoop relève plutôt du sensationnalisme. Heureusement que l'Irak a des bergers. Visiblement les bergers irakiens sont les nouveaux modèles de radars pour détecter des hélicoptères en vol au dessus et sur le territoire irakien ! Bien sur je dénonce fortement qu’Israël se croit tout permis, de l'abattage des oliviers appartenant à des chrétiens au Liban à l'installation d'une base dans le désert irakien.

Il fallait bien que cela arrive.
Après les satellites espions, les drones furtifs, les logiciels de surveillance dopés à l’intelligence artificielle et les armées “les plus sophistiquées du monde”, voici la nouvelle terreur géopolitique du XXIe siècle :
le berger irakien.

Oui, un berger.

Dans cette grande fresque militaro-médiatique vendue comme un thriller géostratégique par une certaine presse française, un simple type gardant ses moutons dans le désert de Nadjaf serait devenu l’équivalent moyen-oriental d’un radar AWACS. Le Pentagone peut ranger ses satellites à plusieurs milliards : apparemment, deux chèvres nerveuses et un berger insomniaque suffisent désormais à détecter des hélicoptères israéliens dans le ciel irakien.

Le plus extraordinaire n’est même pas l’histoire.
Le plus extraordinaire, c’est la manière dont elle est racontée.

On nous vend cela comme un “scoop”.
Mais le scoop ressemble surtout à un mauvais épisode de série B géopolitique écrit par un stagiaire sous caféine ayant binge-watché Homeland et trois documentaires complotistes sur YouTube.

Le procédé est toujours le même :
prendre une situation explosive, ajouter du secret, saupoudrer de “révélations”, glisser un berger providentiel, et servir le tout avec cette voix grave des médias qui confondent information et bande-annonce Netflix.

Et derrière le folklore journalistique, il y a pourtant quelque chose de beaucoup plus grave.

Parce que pendant qu’on amuse le lecteur avec “l’incroyable berger qui découvre une base secrète”, on banalise tranquillement l’idée qu’Israël puisse transformer des territoires étrangers en arrière-cours militaires temporaires. Le problème n’est pas seulement le sensationnalisme.
Le problème, c’est la normalisation.

Normalisation des violations de souveraineté.
Normalisation des frappes préventives permanentes.
Normalisation d’un État qui agit dans toute la région comme si les frontières relevaient d’un détail administratif un peu pénible.

Aujourd’hui le désert irakien.
Hier le Liban.
Demain ailleurs.

À ce rythme-là, il ne manquera bientôt plus qu’un communiqué expliquant qu’un pêcheur tunisien a découvert un sous-marin nucléaire caché derrière des sardines suspectes.

Et la presse française adore cela.

Parce qu’au fond, une partie des médias occidentaux traitent le Moyen-Orient comme un gigantesque décor de film d’action permanent. Les populations locales deviennent des figurants exotiques dans une production géopolitique écrite ailleurs.

Le berger ? Personnage pittoresque.
Le désert ? Décor dramatique.
Les morts ? Contexte narratif.
Les violations du droit international ? Effets spéciaux diplomatiques.

On finit même par oublier l’essentiel : qu’il est devenu presque banal qu’un État étranger mène des opérations militaires clandestines sur le territoire d’un autre pays avec la bénédiction silencieuse des grandes puissances et puis il y a cette hypocrisie magnifique des capitales occidentales.

Quand certains États violent une frontière : scandale civilisationnel.
Quand Israël le fait : “situation sécuritaire complexe”.

Le droit international ressemble désormais à une salle VIP : tout le monde prétend qu’il existe, mais certains entrent sans invitation pendant que les autres se font fouiller à la porte.

Quant aux médias, ils jouent les journalistes d’investigation alors qu’ils servent souvent de service après-vente narratif aux puissances militaires. Ils emballent les opérations clandestines dans du storytelling héroïque afin que le public oublie l’essentiel : derrière les mots “base secrète”, il y a des territoires piétinés, des populations prises au piège et des guerres sans fin transformées en feuilleton géopolitique.

Le plus noir dans cette affaire, c’est peut-être cette désinvolture générale.

On parle d’incursions militaires comme d’anecdotes insolites.
On traite la souveraineté irakienne comme un vieux tapis déjà trop usé pour mériter le respect.
On raconte les frappes, les survols, les infiltrations avec l’excitation d’enfants jouant aux soldats.

Et pendant ce temps-là, les peuples de la région continuent à vivre sous des ciels traversés par des drones, des missiles et des armées étrangères qui entrent et sortent comme dans un hall d’hôtel.

Mais rassurons-nous :
heureusement qu’il reste des bergers.

Visiblement, ce sont désormais eux les derniers témoins d’un réel que les grandes puissances bombardent pendant que les éditorialistes transforment les décombres en récit d’aventure premium.

Le Moyen-Orient brûle.
Et une partie de la presse occidentale couvre l’incendie comme si elle commentait un festival de cinéma militaire.

Avec suspense.
Avec musique dramatique.
Et toujours cette fascination morbide pour les flammes… tant qu’elles brûlent chez les autres.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Le Bon Algérien de Service :

Il existe en France une étrange industrie culturelle : la fabrication du dissident acceptable qui attaque moins par posture idéologique abstraite que par dévoilement des mécanismes médiatiques, du cynisme éditorial et de la fabrication du “bon indigène” dans certains cercles intellectuels français
Pas le dissident qui dérange réellement l’ordre dominant. Non. Celui qui rassure les plateaux télé, conforte les vieux fantasmes coloniaux et permet aux salons parisiens de continuer à parler du monde arabe comme d’un patient psychiatrique éternel.

Kamel Daoud est devenu cela.

Non pas seulement un écrivain.
Mais un personnage médiatique.
Une fonction éditoriale.
Une caution sophistiquée permettant à une partie de la presse française de dire les choses les plus brutales sur l’Algérie, l’islam, l’immigration ou les banlieues avec l’air respectable du débat intellectuel.

Le mécanisme est vieux comme l’empire : pour parler contre un peuple, il faut toujours exhiber un enfant du peuple en vitrine. Le “bon indigène”. Celui qui parle assez bien la langue du maître pour être invité au dîner, mais jamais assez libre pour remettre en cause le décor lui-même.

Et c’est là que Le Point devient fascinant.

Parce que derrière les grandes poses sur la liberté d’expression, le courage littéraire ou la défense des intellectuels menacés, il y a une opération beaucoup plus simple : transformer certaines blessures algériennes en marchandise idéologique française. ()

Le magazine ne vend pas seulement des chroniques.
Il vend une émotion politique très particulière : le plaisir occidental de voir un Arabe confirmer ses propres peurs.

Alors Daoud devient indispensable.

Quand il parle d’islamisme, on applaudit.
Quand il parle d’Algérie, on jubile.
Quand il critique les sociétés arabes, les éditorialistes respirent : enfin un “musulman éclairé” qui leur permet de continuer à regarder tout un monde comme une pathologie civilisationnelle sans avoir l’air racistes.

C’est le vieux colonialisme recyclé en débat de société.

On ne parle plus de “mission civilisatrice”.
On parle de “laïcité”, de “combat culturel”, de “modernité”.
Le vocabulaire change. La mécanique reste identique.

Et le plus ironique dans cette histoire, c’est que cette presse adore jouer les résistants héroïques alors qu’elle parle depuis le centre même du pouvoir symbolique. Elle adore se présenter comme persécutée tout en occupant les couvertures, les maisons d’édition, les plateaux télé et les réseaux d’influence.

Le courage médiatique parisien est une chose magnifique :
c’est une dissidence sponsorisée.

Pendant ce temps, les Algériens ordinaires deviennent des silhouettes abstraites dans un grand théâtre intellectuel français. On les transforme soit en menace démographique, soit en matière littéraire, soit en laboratoire idéologique. Rarement en êtres humains complets.

Le plus glaçant n’est même plus le mépris.
Le plus glaçant, c’est l’élégance du mépris.

Tout est devenu propre.
Poli.
Culturel.
On assassine symboliquement avec des références littéraires et des tribunes premium.

Même les tragédies de la “décennie noire” deviennent des objets éditoriaux recyclables. Et lorsque des accusations graves émergent autour de l’utilisation possible d’un témoignage intime dans Houris, la machine médiatique se crispe immédiatement autour de “l’écrivain menacé”, comme si le prestige littéraire suffisait à suspendre toute interrogation éthique. ()

Car dans certains milieux intellectuels français, il existe une hiérarchie implicite des douleurs :
la souffrance du témoin vaut moins que le prestige de l’auteur consacré.

Le plus extraordinaire reste cette manière qu’a la France médiatique de fabriquer ses “Arabes fréquentables”. Il faut être suffisamment critique envers son propre monde, suffisamment compatible avec les angoisses françaises, suffisamment utile au récit dominant.

Sinon ?
On vous range dans la catégorie des suspects communautaires.

Alors oui, Daoud est talentueux.
Oui, il a parfois porté des paroles courageuses contre l’autoritarisme ou l’islamisme. ()

Mais le problème n’est plus seulement Daoud.

Le problème, c’est ce que son succès révèle du regard français sur l’Algérie et sur les Arabes en général.

Une fascination malade.
Un besoin obsessionnel de validation indigène.
Comme si l’Occident avait encore besoin qu’un “natif” vienne lui confirmer qu’il avait raison depuis le début.

Et derrière tout cela flotte une odeur ancienne.
Une odeur de bibliothèque coloniale poussiéreuse.
Le parfum des empires qui prétendent avoir quitté la scène mais qui continuent à parler des autres peuples avec cette même voix paternaliste, inquiète, presque médicale.

Simplement aujourd’hui, le casque colonial a été remplacé par une tribune dans un hebdomadaire parisien.

Le costume a changé.
Le regard, lui, n’a jamais vraiment quitté l’époque des comptoirs.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

Chronique d’une Bourgeoisie Morale en Panique : la France est-elle encore sioniste ?

La France selon les gens qui ne la vivent plus, veulent sauver la France.
Toujours.
C’est la grande passion des éditorialistes de salon : sauver un pays qu’ils ont passé trente ans à transformer en salle d’attente anxieuse pour actionnaires sous anxiolytiques. Dans la presse de l’extrême droite, on feint soudain de découvrir que le macronisme fut une catastrophe. Quelle révélation. Après avoir applaudi l’incendie avec des gants blancs, les pyromanes reviennent déguisés en pompiers philosophiques.

La scène est presque touchante.
Une droite médiatique qui a passé des années à expliquer que toute critique radicale du pouvoir relevait soit du populisme, soit de la barbarie, soit du mauvais goût prolétaire, découvre aujourd’hui que le pays est fracturé, humilié, déclassé, exsangue. Ah bon ? Il fallait donc huit ans de verticalité managériale, de mépris de classe et de répression sociale pour comprendre qu’un pays ne se gouverne pas comme une start-up sous cocaïne financière.

Le plus obscène n’est pas l’échec de Macron.
Le plus obscène, c’est l’étonnement joué devant les ruines.

 Il y a quelque chose de presque indécent dans cette soudaine inquiétude médiatique pour “l’état de la France”.
Depuis des années, les mêmes éditorialistes regardaient le pays se fissurer avec la distance polie de ceux qui n’habitent plus vraiment dedans. Et aujourd’hui, les voilà qui découvrent les ruines avec des airs de médecins bouleversés devant un patient qu’ils ont eux-mêmes laissé saigner.

La vérité, c’est que le macronisme n’est pas tombé du ciel.
Il n’est pas une anomalie. Il est l’enfant légitime d’une époque où l’on a remplacé la politique par le management, le débat par la communication, et les citoyens par des variables d’ajustement.

On a vendu Emmanuel Macron comme on vend une application bancaire : design propre, langage fluide, promesse de modernité. Derrière la vitrine, pourtant, il y avait déjà ce vide froid. Cette manière de parler des gens sans jamais parler avec eux. Cette obsession de “réformer” un pays que beaucoup ne comprenaient plus autrement qu’à travers des graphiques et des tableaux Excel.

Et pendant ce temps-là, dans la vraie vie, les gens encaissaient.

Les infirmières qui courent dans des hôpitaux épuisés.
Les enseignants qui voient leurs classes craquer.
Les ouvriers qui comptent chaque plein d’essence.
Les jeunes qui vivent dans des studios minuscules en appelant cela “l’autonomie”.
Les retraités qui découvrent qu’après une vie de travail, il faut encore se justifier d’exister.

Mais de tout cela, une partie de la presse parlait comme on parle d’un problème abstrait. Avec des mots propres, techniques, presque anesthésiés. Jamais avec la violence réelle que produit le mépris social quand il devient système.

Puis sont arrivés les Gilets jaunes.

Et là, soudain, les élégants commentateurs ont découvert un peuple qu’ils ne croisaient plus. Non pas dans les dîners, ni sur les plateaux télé, mais sur les ronds-points, dans les colères, dans les visages fatigués. Au lieu d’écouter cette détresse, beaucoup ont préféré caricaturer. Parce qu’il est toujours plus confortable de traiter une colère populaire comme un problème de maintien de l’ordre que comme le symptôme d’un abandon politique.

Aujourd’hui, certains de ces mêmes milieux écrivent des textes inquiets sur “l’après-Macron”, sur une France “fracturée”, “fatiguée”, “déclassée”. Comme si tout cela était apparu soudainement, par génération spontanée.

Mais non.
Cette fracture a été accompagnée, justifiée, parfois applaudie par des lobbys avérés.

Le plus troublant reste peut-être cette manière qu’ont encore certaines élites de se croire moralement innocentes. Elles dénoncent le racisme avec de grands discours, tout en parlant des classes populaires ou des quartiers périphériques comme de territoires étrangers. Le mépris a simplement changé de vocabulaire : il porte désormais un costume de technocrate et utilise des expressions plus sophistiquées.

On ne dit plus “ces gens-là”.
On dit “les publics difficiles”, “les territoires sensibles”, “les catégories fragiles”.

La violence reste la même. Elle est simplement devenue plus élégante.

Et maintenant que le modèle s’effondre, chacun cherche un responsable extérieur : les réseaux sociaux, le populisme, les extrêmes, les colères irrationnelles. Tout, sauf cette évidence pourtant simple : on ne peut pas gouverner durablement un pays que l’on regarde avec condescendance.

Car le vrai drame français est peut-être là.

Une partie des élites ne sait plus ce que vivent les gens ordinaires.
Elle connaît leurs statistiques, mais plus leurs vies.
Elle parle du peuple comme d’un sujet d’étude. Rarement comme d’une communauté humaine.

Alors oui, quelque chose se termine.
Pas seulement un quinquennat ou une méthode de gouvernement.
C’est une illusion entière qui se fissure : celle d’un pouvoir persuadé qu’il pouvait administrer une nation sans respect réel pour ceux qui la font tenir debout.

Et derrière les tribunes inquiètes et les éditoriaux crépusculaires, on sent désormais une peur sourde : celle de voir revenir le réel.

Le réel des fins de mois.
Le réel des humiliations silencieuses.
Le réel des vies invisibles qu’on a trop longtemps regardées de haut.

Parce qu’un pays peut supporter beaucoup de choses.
La crise, les erreurs, même les défaites.

Le plus magnifique dans cette affaire, c’est l’hypocrisie du mot “racisme”.
Parce qu’au fond, toute cette presse adore se croire du bon côté de l’Histoire. Elle parle diversité entre deux éditos paniqués sur “l’ensauvagement”. Elle condamne les discriminations avec la même sincérité qu’un fonds spéculatif finance une fresque écologique. Le racisme contemporain des élites n’est plus biologique : il est socialement parfumé. On ne dit plus “ces gens-là”. On dit “les périphéries”, “les incivilités”, “les territoires”, “les flux migratoires”. Le mépris a simplement obtenu un master en communication.

Et puis il y a cette panique terminale : “Que deviendra la France après Macron ?”
Comme si Macron était une digue. Alors qu’il fut précisément l’acide qui a dissous les dernières illusions collectives. Même certains de ses anciens soutiens actent aujourd’hui “la fin du macronisme”.  

Mais le plus terrible pour eux n’est pas la faillite politique.
C’est la faillite symbolique.
Le fait que plus personne n’admire leur théâtre moral .

Ils voulaient gouverner sans peuple.
Ils découvrent maintenant un peuple sans confiance.

Alors ils écrivent des articles crépusculaires, avec cette gravité de prêtres ayant perdu la foi mais conservé la soutane. Ils parlent de “civilisation”, “d’autorité”, “d’identité”, “d’après”. Toujours “après”. Comme des héritiers discutant de l’architecture pendant que la maison brûle.

La vérité est plus simple, plus nue, plus humiliante :
ils ne savent plus parler au pays réel parce qu’ils ne le rencontrent plus autrement qu’à travers des sondages, des statistiques de délinquance et derrière leurs diagnostics solennels, il reste cette odeur persistante : celle d’une caste sioniste qui sent la fin venir et qui tente encore de transformer sa panique en lucidité historique.

Le macronisme aura peut-être laissé un héritage, finalement :
la démonstration grandeur nature qu’un pays ne survit pas longtemps lorsqu’une élite confond gouverner avec gérer, informer avec moraliser, et penser avec mépriser.

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/

Leur problème avec Ségolène Royal, c’est surtout l’Algérie :

Il y a des articles qui disent beaucoup plus sur ceux qui les écrivent que sur la personne qu’ils prétendent analyser.

Le papier consacré à Ségolène Royal en fait partie.

En le lisant, on comprend vite que le sujet n’est pas vraiment Ségolène Royal. Ce qui dérange profondément, c’est autre chose : le fait qu’une personnalité politique française puisse se rendre en Algérie sans hostilité, sans mépris affiché, sans participer au rituel désormais presque obligatoire de la fermeté théâtrale contre Alger.

Et cela, manifestement, devient suspect.

Alors on ironise sur son sourire.
On suggère une fascination.
On insinue une proximité gênante.
On transforme chaque déplacement à Alger en intrigue politique, presque en faute morale.

Comme si parler normalement à l’Algérie était devenu, dans certains milieux français, une anomalie.

Pourtant, il faudrait peut-être respirer un peu et regarder les choses avec davantage de lucidité.

La relation entre la France et l’Algérie est lourde. Très lourde. Elle porte l’histoire de la colonisation, de la guerre, des blessures, des silences, des mémoires contradictoires. Des millions de familles, des deux côtés de la Méditerranée, vivent encore avec cette histoire dans leur chair.

Alors oui, évidemment, chaque geste politique prend une dimension symbolique particulière. Mais est-ce une raison pour transformer toute tentative de dialogue en acte de trahison ?

C’est cela qui fatigue dans une partie du débat français sur l’Algérie : cette incapacité presque maladive à sortir du réflexe passionnel.

Soit il faudrait humilier Alger pour prouver sa loyauté à la France.
Soit il faudrait détester l’Algérie pour être considéré comme lucide.
Soit il faudrait parler des Algériens uniquement à travers les problèmes, les tensions, les crises et les fantasmes sécuritaires.

Comme si une relation apaisée était devenue impossible à imaginer.

Le plus troublant, c’est que derrière l’ironie du texte, on sent souvent remonter quelque chose de plus ancien. Une gêne persistante face à une Algérie indépendante qui continue d’exister par elle-même, avec ses choix, ses contradictions, sa souveraineté.

Depuis des décennies, une partie de la France n’a jamais vraiment réussi à normaliser psychologiquement son rapport à l’Algérie.

Chaque visite officielle devient un drame.
Chaque parole de respect devient une suspicion.
Chaque tentative d’équilibre est vécue comme une faiblesse.

Et au fond, cela dit peut-être quelque chose de plus large sur le malaise français lui-même.

Parce que l’Algérie reste, pour certains, une blessure historique jamais totalement refermée. Une ancienne colonie qui n’est pas restée à sa place dans le récit nostalgique qu’ils auraient voulu conserver.

Alors forcément, voir une responsable politique française dialoguer sereinement avec Alger dérange ceux qui continuent de penser les relations franco-algériennes avec les réflexes d’un autre siècle.

Mais la réalité humaine est plus simple que leurs obsessions.

Des millions de personnes vivent entre les deux pays.
Des familles sont mêlées.
Des histoires sont entremêlées.
Des douleurs aussi.
Et malgré tout cela, malgré les tensions politiques, malgré les blessures mémorielles, les peuples continuent de se parler, de travailler ensemble, de partager une culture, une langue parfois, des souvenirs souvent.

Cette réalité-là est plus forte que les éditoriaux nerveux.

On peut critiquer l’Algérie.
On peut critiquer ses dirigeants.
On peut débattre librement de politique étrangère.

Mais il faudrait arrêter de considérer qu’un Français qui respecte l’Algérie devient automatiquement suspect.

Car au fond, ce que certains ne supportent toujours pas, ce n’est pas Ségolène Royal.

C’est l’idée qu’une relation adulte, équilibrée et apaisée entre la France et l’Algérie soit encore possible.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

La nostalgie coloniale comme maladie française

 

Ils prétendent défendre un journaliste. En réalité, ils pleurent un empire disparu autour de cette idée centrale : La presse de l’extrême droite instrumentalise un cas individuel pour recycler une haine politique et culturelle plus vaste contre tout ce qui rappelle l’Algérie indépendante, souveraine et vivante.

Parfois, il suffit de lire quelques lignes pour sentir remonter une vieille odeur. Pas seulement celle de l’arrogance politique. Non. Quelque chose de plus ancien, de plus profond. Une odeur de poussière coloniale, de nostalgie impériale mal enterrée, de rancœur historique jamais digérée.

Ce texte sur l’affaire Christophe Gleizes en est une illustration presque caricaturale.

Car enfin, à lire cette prose fiévreuse de la droite extrême française, on comprend vite que Christophe Gleizes n’est qu’un prétexte commode. Ce qui les ronge réellement, ce n’est pas seulement la situation d’un homme ; c’est surtout l’existence même d’une Algérie qui refuse encore de se mettre au garde-à-vous devant Paris.

Depuis plus de soixante ans, une partie de la France coloniale n’a toujours pas digéré juillet 1962. Elle parle de démocratie mais rêve d’obéissance. Elle parle de liberté mais exige la soumission. Elle parle de droits humains tout en gardant dans ses tiroirs les souvenirs jaunis des « bienfaits de la colonisation », des ratonnades et des villages brûlés.

À chaque crise franco-algérienne, les mêmes revenants sortent du placard :
les nostalgiques de l’Algérie française,
les éditorialistes sous perfusion impériale,
les adjudants de plateau télé,
les comptables ethniques du patriotisme.

Et toujours la même question implicite :
« Comment osez-vous exister sans notre permission ? »

Le texte est révélateur d’un mécanisme classique :
transformer une affaire judiciaire ou diplomatique en procès civilisationnel contre l’Algérie entière.

Quand l’auteur écrit que l’Algérie ne ferait pas partie des « démocraties véritables », il ne décrit pas une situation : il hiérarchise les peuples. Le sous-texte est limpide :
eux seraient la civilisation,
nous serions l’arriération.

Le plus grotesque reste cette manière de convoquer Zinédine Zidane comme un supplétif moral de la République française. Voilà maintenant qu’on intime aux Franco-Algériens l’ordre de démontrer leur bonne conduite politique pour mériter leur place en France.

Toujours la même obsession :
faire des enfants de l’immigration des accusés permanents.

S’ils parlent : problème.
S’ils se taisent : problème.
S’ils soutiennent l’Algérie : suspects.
S’ils réussissent : on les récupère.
S’ils résistent : on les accuse de séparatisme.

Le Franco-Algérien idéal, pour cette droite-là, est un être folklorique : il doit aimer le couscous mais oublier Sétif, applaudir les Bleus mais taire le colonialisme, sourire aux humiliations et remercier encore la République de tolérer sa présence.

Ces donneurs de leçons découvrent soudainement les geôles et les prisonniers politiques ? Quelle émotion bouleversante.

On attend encore leurs sanglots pour les Algériens torturés pendant la colonisation française.
On attend encore leurs tribunes enflammées sur Maurice Audin.
On attend encore leurs sermons démocratiques sur les massacres du 17 octobre 1961.
On attend encore leur indignation quand des ministres français parlent des immigrés comme d’un problème biologique.

Leur humanisme fonctionne comme l’électricité dans certains quartiers bourgeois :
à interrupteur.

Ce qui dérange profondément ces milieux, c’est que l’Algérie ne soit plus une dépendance psychologique de Paris.

L’Algérie commerce ailleurs.
L’Algérie parle ailleurs.
L’Algérie construit ailleurs.
Et surtout : l’Algérie cesse progressivement de demander la validation française pour exister.

C’est cela, le scandale.

Car pour les nostalgiques coloniaux, un Algérien acceptable est un Algérien qui demande pardon d’être là.
Or les Algériens d’aujourd’hui veulent bâtir un pays, une économie, une puissance régionale, une souveraineté culturelle et politique. Ils veulent être acteurs de leur histoire et non figurants dans les éditoriaux rageurs de quelques polémistes sous naphtaline.

Il y a quelque chose d’ironiquement magnifique dans cette panique française.

Les héritiers idéologiques de l’Empire donnent des leçons de liberté au peuple qu’ils ont colonisé pendant 132 ans.
Les descendants politiques d’un système qui censurait, torturait et exécutait viennent aujourd’hui expliquer les droits humains à leurs anciennes victimes.
Le colonisateur frustré joue désormais la vierge démocratique offensée.

L’Histoire a parfois un humour cruel.

Oui. Mais pas par ceux qui vivent encore dans le mausolée mental de l’Algérie française.

La France sera sauvée lorsqu’elle acceptera enfin de regarder son passé colonial sans arrogance ni amnésie.
Lorsqu’elle cessera de transformer chaque Franco-Algérien en test ADN patriotique.
Lorsqu’elle comprendra que l’Algérie n’est ni une province perdue ni une obsession thérapeutique.

Et surtout lorsque cessera cette haine nerveuse contre tout ce qui rappelle qu’un peuple arabe et africain a défait un empire européen.

Car c’est cela, au fond, leur blessure historique jamais cicatrisée :
l’Algérie a gagné.

Et certains, à Paris, ne s’en remettront probablement jamais.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

Mabouls : anatomie d’une polémique fabriquée :

Un mot peut déclencher une polémique. Il peut aussi servir de prétexte. Le terme « mabouls », attribué au président de la République dans un moment d’agacement, a offert à certains commentateurs une occasion rêvée : non pas interroger le fond des relations franco-algériennes, mais relancer un récit bien connu. Celui d’une France supposément humiliée, toujours placée en position de faiblesse face à Alger. C'est une vielle technique des mabouls des extrémistes.

La maison France soigne sa clientèle, avec des médecins Algériens et ce glissement mérite qu’on s’y arrête. Car il repose sur une confusion entretenue entre deux registres pourtant distincts : d’un côté, la critique légitime des choix diplomatiques ; de l’autre, une lecture idéologique qui réduit toute stratégie à une posture morale. Dans cette logique, la fermeté devient une vertu absolue, la nuance suscite la méfiance, et la complexité passe pour un renoncement.

Or les relations entre la France et l’Algérie se prêtent mal à ce type de simplifications. Elles s’inscrivent dans une histoire dense, marquée par la colonisation, la guerre, les mémoires concurrentes, mais aussi par de fortes interdépendances contemporaines : humaines, économiques, sécuritaires. Imaginer qu’une politique étrangère puisse s’y déployer uniquement au nom de la « dignité » ou du « rapport de force » relève moins de l’analyse que de l’incantation.

L’un des ressorts du texte incriminé consiste d’ailleurs à figer une déclaration de 2017 la qualification de la colonisation comme « crime contre l’humanité »  pour en faire la clé explicative de toute une politique. Une telle lecture, linéaire et orientée, écarte d’emblée les évolutions, les contraintes et les ajustements propres à toute action diplomatique. Elle transforme un moment de campagne en grille unique de lecture, au prix d’un net appauvrissement du réel.

Plus encore, cette rhétorique remplace souvent l’analyse par une mise en scène. Les mots employés « capitulation », « servilité », « abaissement »  ne décrivent pas une situation : ils cherchent à provoquer une émotion. Ils visent à installer un sentiment d’humiliation nationale à partir d’éléments sélectionnés puis amplifiés. Ce faisant, ils ferment la possibilité d’un débat rationnel sur les marges de manœuvre réelles de l’État.

Cela ne veut pas dire que toute critique de la politique française envers l’Algérie serait infondée. Les tensions existent, les désaccords sont réels, et certaines décisions peuvent parfaitement être contestées. Encore faut-il le faire sans céder au récit totalisant, où chaque geste devient une preuve, chaque nuance une trahison, chaque contrainte un aveu de faiblesse.

Il est d’ailleurs révélateur que, dans ce type de discours, l’Algérie apparaisse moins comme un acteur à part entière que comme le miroir des inquiétudes françaises. Elle devient le support d’une interrogation identitaire : que serions-nous devenus si nous ne savons plus « dire non » ? La question peut être légitime. Mais elle mérite mieux qu’une scénographie polémique.

Une politique étrangère ne se juge ni à l’intensité des formules ni à la satisfaction des réflexes d’orgueil. Elle s’évalue à sa cohérence, à ses résultats et à sa capacité à défendre des intérêts dans un environnement contraint. À cet égard, remplacer l’analyse par l’invective n’éclaire pas le débat public : cela l’appauvrit.

Quant à revendiquer ironiquement l’étiquette de « mabouls », cela peut relever d’une stratégie de communication. Mais cela ne dispense pas de répondre à la question essentielle : que propose-t-on, concrètement, pour améliorer une relation bilatérale dont chacun reconnaît la complexité ? C’est peut-être là que le vrai débat commence.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça

 https://kadertahri.blogspot.com/

 

Le sermon des donneurs de leçons et la comédie des indignations sélectives

Il fallait oser. Et il a osé.

Dans un mélange de componction diplomatique et de nostalgie mal digérée, l’ancien ambassadeur reconverti en oracle médiatique nous sert une leçon de morale géopolitique comme d’autres distribuent des hosties : à la chaîne, sans foi réelle, mais avec une autorité supposée. Le prétexte ? La visite historique du pape en Algérie. Le sous-texte ? Toujours le même vieux refrain : délégitimer, soupçonner, rabaisser.

Le procédé est grossier, presque attendrissant dans sa constance. On feint l’inquiétude pour mieux distiller l’accusation. On invoque les libertés pour mieux recycler les obsessions. Et surtout, on parle à la place de, comme si l’Algérie était encore ce territoire sur lequel certains esprits fatigués continuent de projeter leurs fantasmes d’influence perdue.

Car enfin, que dit-on ? Que cette visite serait une manœuvre. Que tout geste diplomatique algérien relèverait du calcul cynique. Que toute ouverture serait suspecte. Autrement dit : quoi que fasse l’Algérie, elle a tort par principe. L’argument n’est pas politique, il est pavlovien.

Et puis il y a ce ton. Ce ton si particulier, mélange d’ironie condescendante et de certitude coloniale recyclée. “Bien joué Tebboune !” Répété comme un gimmick fatigué, censé faire sourire mais qui sonne surtout comme une grimace. On croit lire un éditorial, on entend un soupir d’époque révolue.

Mais le plus savoureux reste cette soudaine passion pour les chrétiens d’Algérie. Quelle touchante sollicitude. Où était-elle hier ? Où est-elle ailleurs ? Cette compassion à géométrie variable, qui s’active uniquement quand elle peut servir de levier contre un État précis, relève moins de la foi que de l’instrumentalisation.

Le mécanisme est limpide : dramatiser, isoler, amplifier. Faire d’une réalité complexe un tableau noir uniforme. Effacer les nuances, ignorer les évolutions, caricaturer les équilibres. Puis conclure, avec gravité, que tout cela est inacceptable comme si l’auteur découvrait soudain le monde, ou feignait de le découvrir.

Mais ce qui dérange, au fond, ce n’est pas la situation décrite. C’est l’événement lui-même. Une visite papale en Algérie. Une reconnaissance symbolique. Une présence qui échappe aux circuits habituels, aux regards habitués à décider qui mérite quoi.

Et c’est là que le vernis craque.

Car derrière la critique, il y a une inquiétude plus profonde : celle de voir un pays exister en dehors du récit qu’on lui assigne. Parler à d’autres. Construire autrement. Échapper, ne serait-ce qu’un instant, au rôle qu’on voudrait lui faire jouer.

Alors on attaque. On ironise. On convoque l’histoire, mais toujours à sens unique. On rappelle saint Augustin, mais jamais la colonisation. On parle mémoire, mais sans miroir.

Le résultat ? Un texte qui se veut analyse et qui n’est qu’un symptôme. Celui d’une incapacité chronique à regarder l’Algérie autrement que comme un problème à commenter ou un élève à corriger.

Et pourtant, le réel est têtu.

La visite du pape, qu’elle plaise ou non, existe. Elle s’inscrit dans une dynamique, dans une histoire, dans un moment. Elle ne blanchit rien, elle ne sanctifie personne. Elle dit simplement qu’un pays peut être un lieu de dialogue, de symboles, de circulation. Et cela, visiblement, suffit à déclencher des crispations.

Alors oui, on peut critiquer. On doit même critiquer. Mais encore faut-il le faire avec autre chose qu’un réflexe pavlovien et une ironie de salon.

Car à force de dénoncer tout, on finit par ne plus rien dire.
À force de juger tout le monde, on finit par se trahir soi-même.

Et à force de rire jaune… on révèle surtout une vieille amertume.

Moralité : L’Algérie reçois la visite du Pape avec dignité, il semble que l’ex : commis de l’Etat Français et ses commanditaires du Makhzen Marocain, ont très mal, très mal aux dernières selon un expression bien de chez nous !

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Algérie coupable, France irréprochable : la fable continue :

Il faut reconnaître à certains discours une forme de constance admirable : ils traversent les décennies sans jamais se laisser altérer par la réalité. Ils changent de vocabulaire, de costume, de ton mais au fond, ils disent toujours la même chose. Et dans cette fidélité opiniâtre au déni, il y a presque quelque chose de touchant.

Dans les colonnes du Journal du Dimanche, Pierre Vermeren nous livre ainsi une performance bien rodée : expliquer que si la relation entre la France et l’Algérie est minée, ce n’est ni par l’histoire, ni par la violence, ni par les structures héritées de la colonisation mais par une stratégie cynique du pouvoir algérien, qui aurait trouvé dans la “diabolisation” de la France un levier politique commode.

Voilà donc l’affaire entendue : la mémoire serait un outil, un gadget, un instrument de communication. Une sorte de logiciel politique que l’Algérie activerait à volonté, comme on lance une campagne marketing. Et la colonisation, dans tout cela ? Une variable secondaire. Un bruit de fond. Une anecdote vaguement regrettable, mais certainement pas structurante.

Il fallait oser. Car enfin, de quoi parle-t-on exactement ? D’une présence coloniale de plus d’un siècle. D’une dépossession massive. D’un système juridique fondé sur l’inégalité. D’une guerre d’indépendance jalonnée de torture, de disparitions, de massacres. Bref, de ce que l’on appelle, dans un éclair de lucidité, une histoire.

Mais dans cette rhétorique-là, l’histoire devient un accessoire encombrant. On ne la nie pas frontalement — ce serait trop voyant —, on la relègue. On la miniaturise. On la transforme en décor, pendant que l’on déploie, au premier plan, le véritable sujet : l’ingratitude supposée de l’ancien colonisé.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, au fond.

Ce texte n’est pas une analyse de la relation franco-algérienne. C’est une plainte. Une longue plainte élégante, savamment habillée, contre le refus de l’Algérie de jouer le rôle qu’on attend d’elle : celui d’un partenaire discret, raisonnable, reconnaissant et surtout, amnésique.

L’Algérie, dans ce récit, n’est jamais un sujet historique. Elle est un problème. Une anomalie. Une entité suspecte, qui “instrumentalise”, qui “refuse”, qui “bloque”. Une mauvaise élève de la géopolitique mémorielle.

Et la France ? Elle flotte au-dessus du tableau, dans une posture de bonne volonté contrariée. Elle aurait tout essayé, tout proposé, tout tendu et se heurterait, inlassablement, à l’hostilité irrationnelle d’Alger. On croit rêver.

Car ce renversement est d’une audace presque artistique : faire passer la puissance coloniale pour la partie lésée, et l’ancien colonisé pour l’acteur manipulateur. Il fallait y penser. Il fallait surtout oser le répéter avec autant de sérieux. Mais ce qui frappe le plus, ce n’est pas tant ce qui est dit que ce qui est soigneusement évité.

Où est la reconnaissance claire des rapports de domination ? Où est la prise en compte des continuités historiques ? Où est l’analyse des usages politiques de cette mémoire… en France même ?

Car enfin, l’instrumentalisation n’est pas un monopole algérien. Elle prospère très bien de ce côté-ci de la Méditerranée, où la question algérienne est périodiquement réactivée pour alimenter des récits identitaires, des paniques morales et des stratégies électorales.

Mais cela, curieusement, disparaît du champ de vision.

Il y a, dans cette asymétrie, quelque chose de presque comique. Une sorte de myopie sélective, qui permet de voir avec une précision chirurgicale les défauts de l’autre, tout en conservant une opacité totale sur ses propres angles morts. Et puis il y a cette idée, absolument délicieuse, selon laquelle la réconciliation serait entravée par l’Algérie.

La réconciliation.

Ce mot magique, brandi comme une évidence morale, mais vidé de toute substance. De quelle réconciliation parle-t-on, au juste ? D’une réconciliation sans vérité ? Sans reconnaissance pleine et entière ? Sans travail historique sérieux ? Une réconciliation déclarative, en somme, performative, qui consisterait à dire “tournons la page” sans jamais avoir lu le chapitre.

Une réconciliation administrative.

On imagine presque la scène : “Veuillez cesser d’être en désaccord avec votre propre histoire. Merci de votre compréhension.”

Mais l’histoire, malheureusement, ne fonctionne pas ainsi. Elle n’obéit ni aux injonctions éditoriales, ni aux calendriers diplomatiques. Elle insiste. Elle revient. Elle dérange.

Et c’est précisément cela qui pose problème.

Car ce texte révèle, malgré lui, une impatience. Une lassitude. Une forme d’agacement face à la persistance de cette mémoire coloniale, qui refuse obstinément de disparaître. Comme si le passé avait la mauvaise habitude de ne pas se comporter comme un passé.

Alors on tente autre chose : on délégitime. On pathologise. On explique que si cette mémoire existe encore, ce n’est pas parce qu’elle est fondée, mais parce qu’elle est exploitée. C’est une vieille stratégie. Transformer une question historique en problème psychologique ou politique. Faire de la mémoire un symptôme plutôt qu’un fait.

Ainsi, tout devient plus simple.

Il n’y a plus de responsabilité seulement des manipulations.
Il n’y a plus de rapports de force seulement des stratégies.
Il n’y a plus d’histoire seulement des discours.

Et dans ce monde-là, la France peut enfin respirer. Délestée du poids du passé, libérée de toute asymétrie, elle redevient un acteur neutre, rationnel, presque innocent. Un miracle.

Mais un miracle fragile. Car il suffit de gratter un peu pour que tout réapparaisse : les silences, les angles morts, les euphémisations. Toute cette architecture de déni poli, de minimisation élégante, de réécriture feutrée.

Et derrière, toujours la même question, lancinante : pourquoi cela ne passe-t-il pas ?

Pourquoi l’Algérie ne “tourne-t-elle pas la page” ?

Peut-être, simplement, parce que la page en question n’a jamais été réellement écrite ensemble. Parce qu’elle a été imposée, arrachée, violente. Parce qu’elle continue de produire des effets bien réels, bien concrets, bien actuels.

Mais cela supposerait de changer de perspective.

Cela supposerait de sortir de ce récit confortable où la France est toujours du bon côté de l’histoire, et où les problèmes viennent toujours d’ailleurs.

Cela supposerait, en somme, un effort.

Et c’est peut-être cela, le véritable impensé de ce texte : non pas l’Algérie, mais la difficulté persistante, en France, à regarder cette histoire autrement que comme un malentendu.

Un malentendu.

Le mot est presque parfait.

Il permet de tout dire sans rien reconnaître. De tout évoquer sans rien assumer. De tout expliquer sans jamais se remettre en cause. C’est un mot propre.

Comme cette histoire que certains aimeraient tant rendre enfin propre, nette, digeste, débarrassée de ses aspérités, de ses violences, de ses morts. Une histoire sans cris, sans sang, sans mémoire. Une histoire qui ne dérange plus personne.

Autrement dit : une fiction.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 


Netanyahu insiste : il est vivant. Dit-il enfin la vérité ?

Depuis 1980, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a cessé d'affirmer que l'Iran était sur le point de se doter de l'arme nucléaire. Combien de fois a-t-il proféré ces allégations mensongères ? Je pourrais les compter sur les doigts d'une main… si seulement j'avais des mains générées par intelligence artificielle et dotées d'un nombre infini de doigts.  

 

Combien de fois Netanyahu a-t-il tenté d'entraîner les États-Unis dans une guerre contre l'Iran ? On ne peut les compter sur les doigts d'une main, c'est certain.

Et combien de fois Netanyahu a-t-il menti effrontément devant les caméras ? Il me faudrait une infinité de mains aux doigts infinis, comme Kali, la déesse hindoue de la destruction, pour les compter.

 

On attribue à Otto von Bismarck la phrase, selon la légende : « Ne croyez jamais rien tant que cela n’a pas été officiellement démenti. » Dans le cas de Netanyahou, je ne croirai rien tant qu’il ne l’aura pas démenti au moins trois fois. Par exemple, je n’étais pas certain qu’Israël ait tué Charlie Kirk avant que Netanyahou ne publie trois démentis de plus en plus véhéments et peu convaincants.

Depuis la deuxième semaine du conflit, Netanyahu a publié une série de vidéos pour prouver qu'il est toujours en vie. Il ne cesse d'affirmer que les rumeurs concernant sa mort sont largement exagérées. Pourquoi éprouve-t-il le besoin de faire cela ?

 

Début mars, après la frappe israélo-américaine odieuse contre les plus hauts dirigeants iraniens réunis pour approuver un faux « accord décisif », l'Iran a pilonné Tel-Aviv de missiles, détruisant notamment une résidence de Netanyahu. Lorsque le Premier ministre israélien a annulé plusieurs engagements et est resté invisible pendant dix jours, les réseaux sociaux se sont enflammés de rumeurs concernant sa mort.

 

Le 13 mars, Netanyahu a filmé une vidéo pour prouver qu'il était toujours en vie et l'a publiée sur les réseaux sociaux. Des internautes ont remarqué qu'il semblait avoir six doigts à une main, un signe révélateur d'une contrefaçon par intelligence artificielle.

Si Netanyahu était vivant, ont fait remarquer les sceptiques, pourquoi son cabinet diffuserait-il des vidéos générées par IA ? Israël a maintenu Ariel Sharon en vie artificiellement pendant huit ans pour éviter d’admettre son décès. S’agissait-il d’une autre supercherie ?

 

Mais si le gouvernement israélien, si féru de technologie, voulait prétendre que son dirigeant décédé était vivant, serait-il vraiment incapable de générer une vidéo d'IA montrant le bon nombre de doigts ? Peut-être les Israéliens nous ont-ils délibérément nargués avec une vidéo d'IA de mauvaise qualité ? Quoi qu'il en soit, c'était un mystère insondable.

 

Deux jours plus tard, le Premier ministre recherché pour génocide a publié une autre vidéo prouvant qu'il était en vie. Cette fois, il est apparu dans un café de Jérusalem et a montré le nombre de doigts requis.

 

Mais les utilisateurs des réseaux sociaux n'étaient pas convaincus. Pour prouver la facilité avec laquelle la vidéo aurait pu être truquée, ils ont créé des vidéos tout aussi plausibles montrant des leaders anti-israéliens martyrs, tels que Yahya Sinwar, Hassan Nasrallah et l'ayatollah Ali Khamenei, reproduisant exactement les gestes de Netanyahu dans le même café de Jérusalem. Les avatars virtuels d'autres personnalités célèbres, comme Donald Trump et Adolf Hitler, ont également commencé à fréquenter le café Sataf à Jérusalem-Est occupée.

 

Deux jours après avoir popularisé le Sataf Café, Netanyahu a rencontré l'ambassadeur américain Mike Huckabee, qui a affirmé avoir été chargé par Trump de vérifier que le Premier ministre israélien était bien vivant. Huckabee a insisté sur le fait que l'homme qu'il rencontrait était le véritable Netanyahu, et non un avatar d'intelligence artificielle ou un hologramme, ajoutant que les rumeurs concernant la mort du criminel de guerre israélien étaient « aussi fausses qu'une côtelette de porc casher ». Depuis, « Bibi le Sanglant » préside les réunions du cabinet et publie des vidéos. Malheureusement, il est probablement toujours en vie et en pleine forme.

 

Quelles leçons tirer de cette étrange controverse ? Premièrement, des milliards de personnes aspirent ardemment à la mort de Netanyahou. Prêtes à se réjouir prématurément, elles s’empareront du moindre signe indiquant que le plus grand méchant du XXIe siècle a enfin rendu l’âme.

Deuxièmement, la prolifération des vidéos générées par l'IA a bouleversé le paysage épistémologique mondial. Pendant des décennies, les vidéos ont constitué une preuve plus convaincante que les mots. Par exemple, tous les mensonges officiels concernant le 11 septembre, soit des milliards de mots, auraient pu être démasqués par un simple extrait vidéo de sept secondes montrant l'effondrement du bâtiment 7 du World Trade Center lors d'une démolition manifestement contrôlée.

 

Mais aujourd'hui, grâce à l'IA, une vidéo réaliste d'un événement ne constitue plus une preuve irréfutable de sa réalité. Il est désormais indispensable de vérifier nos sources d'information, ce qui était moins nécessaire par le passé.

 

Oui, la falsification de vidéos a toujours existé. Le film Zapruder, par exemple, a été modifié. Et certaines vidéos du 11 septembre ont peut-être aussi été altérées pour étayer les théories du complot selon lesquelles aucun avion n'était présent.

Mais aujourd'hui, n'importe qui disposant de suffisamment de temps libre peut modifier ou falsifier des contenus audiovisuels bien mieux que la CIA et le Mossad ne pouvaient le faire en 1963 ou 2001.

 

C'est pourquoi des milliards de personnes ne croient plus un menteur pathologique comme Netanyahu, même lorsqu'il se filme en train d'affirmer avec sincérité qu'il est vivant.

 

Source : https://www.unz.com/kbarrett/netanyahu-insists-hes-alive-is-he-telling-the-truth-for-a-change/

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/