Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

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Toujours les Algériens : la vieille obsession coloniale de la France

 

Chaque fois que la France cherche un exutoire à ses angoisses, elle ressort le même spectre : l’Algérien. Toujours lui. Toujours cet étranger supposé irréductible, menaçant, envahissant — l’ombre commode sur laquelle on projette les peurs et les lâchetés d’une nation en perte de repères.

Et voici que, sous couvert de « remettre en question les accords franco-algériens de 1968 », on rejoue le vieux théâtre de la haine. Une fois encore, des tribunes d’extrême droite recyclent le fantasme de l’« invasion », le mythe de la « remigration », la rengaine de l’« Algérie coupable ». Derrière le prétexte administratif, c’est toujours la même musique : faire des descendants des colonisés les boucs émissaires des malaises français, c’est  derrière la dénonciation des accords franco-algériens de 1968, la même vieille rengaine colonialiste et xénophobe que  L’extrême droite, héritière de l’OAS, n’a jamais digéré l’indépendance algérienne, elle  n’a que la haine à offrir.  

La colonisation n’est pas finie : elle a changé de costume

Le racisme d’aujourd’hui ne parle plus la langue brutale du colonialisme ; il se pare d’une respectabilité parlementaire, d’une indignation patriotique.
Les mots ont changé, pas la logique : « invasion », « insécurité », « islamisation », « retour chez eux » — tout cela traduit la même pulsion de domination, la même nostalgie d’un ordre blanc et sûr de lui.

Sous couvert de « souveraineté nationale », c’est la vieille supériorité coloniale qu’on ressuscite : celle d’une France qui s’imagine encore pouvoir trier entre les bons et les mauvais étrangers, entre ceux qui méritent la République et ceux qu’elle rejette au nom de leur origine.
C’est une France en miroir, qui ne supporte pas de voir dans l’Algérien le reflet de son propre passé impérial.

Une manipulation politique déguisée en débat d’idées

Qu’on ne s’y trompe pas : cette prétendue « remise en question des accords de 1968 » n’a rien d’un débat juridique.
C’est un signal politique, un test de ralliement à la droite dure et à l’extrême droite. On ne parle plus d’économie, ni de diplomatie : on désigne des coupables.

Les chiffres sont manipulés, les réalités sociales déformées, les nuances effacées.
On ne distingue plus entre les Algériens, les Franco-Algériens, les musulmans, les immigrés — tout est fondu dans un même bloc menaçant. C’est ainsi que l’on fabrique une peur. C’est ainsi que l’on prépare les esprits à la haine.

Les héritiers du mépris colonial

Le plus insupportable, c’est cette inversion morale : ceux-là mêmes qui refusent de regarder la colonisation en face se posent désormais en victimes.
Ils crient à la « revanche coloniale », osent parler de « colonisation à rebours », comme si les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis étaient des armées d’occupation.
C’est le mensonge le plus obscène de notre époque : transformer les enfants de l’exil et de la misère en conquérants.

La vérité, c’est que la France n’a jamais vraiment décolonisé sa tête.
Elle a retiré son drapeau d’Alger, mais elle garde dans ses discours l’arrogance d’hier.
Elle se refuse à comprendre que les liens entre les deux peuples sont indélébiles, faits de mémoire, de sang, de travail, de culture et de douleur partagée.
Ce que certains veulent « couper », c’est ce cordon symbolique qui relie la France à sa propre histoire — une histoire qu’ils détestent parce qu’elle leur rappelle leur responsabilité.

La remigration : euphémisme pour purification

Le mot est lâché, tranquillement : «rémigration». Sous cette apparente neutralité se cache la tentation la plus sinistre — celle d’un nettoyage ethnique à la française, maquillé en programme politique.
Ce terme n’a rien d’un concept : c’est un mot de haine, forgé pour rendre présentable l’impensable.

Ce n’est plus la République qui parle, c’est la revanche de la peur, l’appel du sang.
Et pendant que les plateaux télé déroulent le tapis rouge à ces idées morbides, la société s’habitue. Petit à petit, la violence verbale prépare la violence réelle.

La question n’est pas de savoir si les accords de 1968 doivent être modernisés.
La vraie question est : quelle France voulons-nous être ?
Une France qui érige des murs, ou une France qui regarde son passé en face et construit des ponts ?
Une France qui reproduit la hiérarchie coloniale sous des mots neufs, ou une France capable d’égalité réelle ?

Il est temps de dire non.
Non à cette obsession morbide de « l’Algérien » qui hante encore la conscience française. La République ne sera fidèle à elle-même que lorsqu’elle cessera de confondre justice et vengeance, mémoire et amnésie, identité et exclusion.

L’Algérien comme alibi de la décadence française :  

Chaque fois que la France échoue à se penser, elle accuse l’Algérien.
Chaque fois que son modèle économique se fissure, que ses banlieues brûlent, que sa jeunesse s’égare, elle ressort le vieux coupable colonial.
Car il est plus facile d’accuser les fils de l’immigration que d’affronter les trahisons sociales, la corruption, les inégalités, l’abandon républicain.

Ce n’est pas l’Algérien qui hante la France — c’est la honte française.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Le triomphisme de l’extrême droite : une “victoire” vide et une manœuvre sournoise

Le Rassemblement national se félicite d’une prétendue victoire parlementaire : l’adoption symbolique d’une résolution visant à dénoncer les accords migratoires de 1968 entre la France et l’Algérie. En réalité, cette opération n’a rien d’une avancée politique ; elle n’est qu’une démonstration de communication, une mise en scène du pouvoir destinée à faire oublier son impuissance réelle.

Le texte triomphaliste publié dans la presse d’extrême droite n’en fait pas mystère : peu importe la portée juridique — inexistante — de la résolution, l’essentiel est de faire croire que Marine Le Pen et son camp “agissent”, là où le reste de la classe politique serait paralysé. C’est là toute la mécanique populiste : transformer un non-événement institutionnel en victoire symbolique, pour nourrir le récit du “peuple trahi par les élites”.

Une victoire sans effet, une illusion de souveraineté

Les accords franco-algériens de 1968 ont déjà été révisés plusieurs fois (1985, 1994, 2001). Les dénoncer unilatéralement serait contraire au droit international. Ce vote n’a donc aucune conséquence juridique, puisqu’il relève d’une relation diplomatique bilatérale. Le RN le sait parfaitement.
Mais la vérité juridique n’intéresse pas le RN : seul compte l’effet de scène, l’image d’une France “reprenant le contrôle” face à un adversaire fantasmé, l’Algérie.

Cette stratégie est ancienne : fabriquer des victoires symboliques pour masquer la vacuité programmatique. Derrière les effets de manche, rien ne vient répondre aux véritables enjeux migratoires, économiques ou sociaux. Le RN n’a pas de politique, seulement des ennemis.

Le peuple instrumentalisé

Le texte triomphaliste évoque une population “à 72 % favorable au rejet” des accords, sans jamais citer de source. C’est une technique bien rodée : faire parler “le peuple” à la place du peuple.
Le RN se présente comme le porte-voix des “vrais Français”, mais c’est lui qui sélectionne, interprète, et simplifie leurs colères pour les transformer en consentement à la peur.

Réduire la complexité sociale à un chiffre creux, c’est refuser la politique pour lui substituer une émotion dirigée : la rancune.
Le “pays réel” dont parle l’extrême droite n’existe que dans son imaginaire. Le vrai pays, lui, est pluriel, traversé de solidarités, de débats, de contradictions — tout ce que le RN méprise.

Le “front républicain” : cible stratégique du RN

L’auteur de cet article se réjouit de “l’effritement du front républicain”. Ce n’est pas anodin : depuis des années, l’extrême droite mène une offensive culturelle pour banaliser son discours et dissoudre les réflexes antifascistes.
Le RN cherche moins à gagner des élections qu’à faire perdre la mémoire. Son objectif : que voter avec lui ne paraisse plus scandaleux, que “l’interdit de la peste brune” tombe enfin.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce qu’il appelle “désunion des têtes molles” est en réalité la fragilisation du socle démocratique. Le “front républicain” n’est pas un réflexe partisan ; c’est une ligne de défense contre la haine comme principe politique. L’attaquer, c’est fragiliser l’idée même de République.

La revanche coloniale travestie en patriotisme

Au cœur de cette rhétorique se niche un autre poison : le ressentiment postcolonial.
En s’attaquant aux accords de 1968, le RN ravive le mythe d’une France “humiliée” par l’Algérie, d’une relation inégale à renverser. C’est le vieux rêve d’une revanche sur l’histoire.
Ce discours n’a rien à voir avec la souveraineté : il relève du fantasme impérial blessé.
L’Algérie y devient le miroir commode de toutes les frustrations françaises : la désindustrialisation, la précarité, la peur du déclin.
Plutôt que d’en affronter les causes structurelles, le RN préfère désigner un coupable extérieur — étranger, musulman, ancien colonisé.

Réaffirmer une autre idée de la République

Face à ce théâtre d’ombres, notre tâche militante est claire : réaffirmer une République sociale, antiraciste et universaliste.
Non pas une République du rejet, mais une République du lien.
Non pas une souveraineté du repli, mais une souveraineté du partage.

Les relations entre la France et l’Algérie sont une question politique, historique et humaine — pas une obsession identitaire. Les immigrés algériens ont contribué à construire la France contemporaine, dans les usines, les hôpitaux, les quartiers populaires. Les traiter en menace, c’est insulter notre propre histoire.

Conclusion : refuser la victoire du mensonge

Le RN n’a remporté aucune victoire politique. Il a simplement réussi à imposer son récit : celui d’un pays cerné, trahi, assiégé.
Notre réponse doit être à la hauteur : démonter ce récit, point par point, sans jamais céder à sa logique de peur.

Loin d’être un instrument de souveraineté, la dénonciation unilatérale de l’accord franco-algérien de 1968 serait, une rupture illégale, diplomatiquement risquée et politiquement inefficace, qui risquerait d’ouvrir plus de portes qu’elle n’en fermerait Ce n’est pas une France contre l’Algérie, mais une France avec tous ceux qui, d’ici et de là-bas, continuent de croire à la justice et à la fraternité.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

En France humiliée par le tribalisme accentuée au mythe de la communauté élue.

Sous couvert de défendre la République et la laïcité, certains discours d’extrême droite recyclent la peur de l’islam et des banlieues pour bâtir un récit de guerre culturelle. Mais la réalité du communautarisme français est bien plus complexe et ses angles morts, souvent révélateurs.

Y-a-t-il besoin d’en dire plus ?

En effet un grand tohu-bohu médiatique, pour cette hystérisation  qui vingt ans après les émeutes de 2005, une certaine presse d’extrême droite ressort la même grille de lecture : la France serait “recolonisée” par ses anciens colonisés, transformée en mosaïque de “tribus”.
Sous une apparence d’analyse, ce discours rejoue les vieilles obsessions : la peur du groupe, du clan, de l’étranger.

Partout où l’État recule, le clan avance”, écrit l’auteur de cette tribune anxiogène.
Mais ce “clan” n’est pas une catégorie sociologique — c’est une métaphore politique de l’ennemi intérieur.

Ce langage transforme des tensions sociales en conflit civilisationnel pour les milieux identitaires et les racistes de tous bords qui aboyaient fortement comme des loulous, des individus atteints d’une islamophobie aiguée, que pour en faire de l’immigration musulmane un ennemi au nom de la laïcité, dans un climat anxiogène, nourri par des amalgames et des discours haineux. Les mots ne décrivent plus : ils accusent. Ma présente tribune plaide pour une lucidité sans haine, une République sans peur, et une laïcité fidèle à son sens premier : l’unité dans la diversité.

Une fausse lucidité, un vrai culturalisme

Le texte attribue les violences et les fractures à un “tribalisme solidaire” hérité du Maghreb.
Tout devient affaire de culture : pauvreté, chômage, défiance, délinquance.
Ce qui relève des politiques publiques et de l’histoire sociale se trouve réduit à une essence ethnique.

Or, comme l’ont montré des chercheurs tels que Didier Fassin, François Dubet ou Olivier Roy, le communautarisme est souvent le symptôme d’une relégation, non la cause d’un désordre. Ce que ces auteurs appellent “tribalisme” est en réalité le produit d’une désaffiliation politique : l’État s’est retiré, la solidarité locale a pris le relais.

Une France “recolonisée” ? Le fantasme d’une inversion

Le récit du “Républi-clanisme” inverse la mémoire coloniale : la France ne serait plus coupable d’avoir dominé, mais victime d’être dominée.
Cette rhétorique inversée et victimaire légitime la peur identitaire tout en effaçant la complexité des héritages migratoires.

Derrière la peur du “tribalisme”, il y a souvent la peur de la mixité.
Et derrière la défense de la “République”, parfois, le refus du pluralisme.

Le deux poids deux mesures du communautarisme

L’un des biais majeurs de ce discours est sa sélectivité.
Il dénonce bruyamment le communautarisme musulman mais ignore d’autres réalités pourtant bien présentes.

En France, il existe des formes multiples de vie communautaire : juive, catholique,  Certaines s’expriment à travers des écoles confessionnelles, des associations religieuses ou des structures d’entraide. Elles répondent à des besoins différents : transmission de la foi, préservation culturelle, protection identitaire.

Le communautarisme juif, par exemple, se manifeste souvent dans un réseau éducatif dense où la transmission de la culture religieuse et linguistique occupe une place centrale.
Cet attachement, tout à fait légitime, peut toutefois favoriser un certain isolement éducatif et social.

La loi française de 1905 n’a pas empêché les privilèges communautaires accordés aux juifs et au Judaïsme comme religion reconnue, génératrice de communautarisme juif, et le germe est là. (Ecoles privés juives subventionnées par l’État, la cacherout alimentaire, les femmes de religion hébraïque ont bénéficié un temps réservés à leur usage aux piscines, les demandes de dispenses à l’examen, pour les jeunes accordées le samedi, jour du "chabbat", siège du Consistoire "beth din", une cour d'arbitrage rabbinique rendant ses jugements conformément à la "halakhah" la Charia juive, un ensemble de règles qui régis la vie juive au quotidien.).

À l’inverse, les écoles musulmanes, beaucoup moins nombreuses (une trentaine environ), demeurent sous forte surveillance administrative et peinent à trouver leur place.

Il y a  contradiction entre l’identité ethnique et la citoyenneté, ce qui est refusé à d'autres, est tout simplement toléré pour les juifs et surtout dans cette espèce d'engouement des milieux politiques et médiatiques pour tout ce qui concerne les juifs ?

La laïcité disposait en arrière-plan l’existence d’une communauté juive qui, de fait, n’hésite pas à se dire, tout simplement, française. Là encore, on joue avec les mots, on en emploie un pour un autre dans la volonté des Juifs de vivre dans une communauté qui ne respecte pas et qui s’en foute royalement des règles de la république, ce qui n’est le cas ni des musulmans ni des catholiques attachés à leurs origines religieuses.

Ces contrastes révèlent une réalité simple : la République accepte la pluralité, mais n’assume pas toujours la symétrie.
Elle tolère certaines expressions communautaires, en suspecte d’autres — souvent selon des critères politiques implicites.

La République trahie par ceux qui prétendent la défendre

La laïcité n’est pas l’arme d’un camp : elle est la règle commune.
Elle ne demande pas d’effacer les religions de l’espace public, mais d’empêcher qu’elles dictent la loi collective.

Ceux qui l’invoquent pour désigner un bouc émissaire en trahissent le sens.
Ils veulent imposer une laïcité d’exclusion, alors que la vraie laïcité est une liberté partagée.

Défendre la République, c’est refuser la hiérarchie entre les appartenances.
Ce n’est pas choisir entre catholiques, juifs ou musulmans : c’est refuser que quiconque se sente étranger chez lui.

La République, ou le courage de la nuance

Ceux qui dénoncent les “tribus” fabriquent eux-mêmes une tribu : celle de la peur.
Ils prétendent sauver la France, mais la réduisent à une identité figée.

Le véritable enjeu n’est pas d’interdire les appartenances, mais d’empêcher qu’elles deviennent des frontières. La République doit accepter les différences tout en garantissant la loi commune. Elle doit oser dire qu’il y a plusieurs formes de communautarisme, et que le problème n’est pas leur existence, mais leur instrumentalisation politique.

La laïcité, dans son sens le plus noble, ne combat pas la religion : elle combat le privilège.
Et c’est bien ce combat pour l’égalité, non celui contre la diversité, qui fonde notre pacte républicain.

Pourtant il est toujours dit que la laïcité a donné naissance à la nécessité de faire place à d’autres religions. Ce qui au départ était une bonne chose, Elle ne prévoit pas la disparition des religions de l’espace publique mais organise la neutralité religieuse de l’État, mais le judaïsme au réflexe communautariste a humilié la Laïcité.

Ce qui est moyenâgeux, c’est lorsque le fait communautaire implique un isolement dans des modes de vie, un repli sur soi dans des relations sociales, à hurler en permanence à l'antisémitisme, pour venir ensuite sangloter contre une certaine exclusion, après avoir tout fait pour s'affirmer différent, relève alors de la plus profonde hypocrisie, c'est à la fois dégueulasse et indigne, c’est dire que le communautarisme juif en prenant son fantasme pour la réalité, ne cesse de planifier de la revendication de droits religieux, des droits spécifiques qui priment sur les droits sociétales de toute un  pays afin de se préserver de toute influence.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Immigration : quand la peur remplace la raison

Sous couvert de lucidité, certains éditorialistes d’extrême droite transforment la question sociale en guerre identitaire. Derrière le discours sur le “servage moderne” et la “France défigurée”, se cache une manipulation idéologique : faire des travailleurs immigrés les boucs émissaires d’un système qu’ils subissent autant qu’ils le font tourner.

Quand la “lucidité” devient une arme politique

Le discours se présente comme courageux, réaliste, presque moral : il “dit la vérité nue” sur la France “mondialisée”, où les immigrés seraient à la fois nécessaires et indésirables. Mais derrière cette posture de franchise, c’est une rhétorique de la peur qui s’impose.
Les mots claquent — “servage moderne”, “féodalité postmoderne”, “désordre migratoire” — pour dresser le tableau d’une nation déchue. Ce vocabulaire dramatique vise à frapper les esprits, à fabriquer l’urgence et la colère, non à éclairer le débat.

Eric Zemmour   suite au cambriolage du Louvre, le fondateur de Reconquête est aux anges : les fuyards s'apprêtaient à partir pour l'Algérie. Seule ombre au tableau selon lui : on les a retenus sur le territoire français.

Le texte se conclut sur un appel à la régénération morale : “réapprendre à distinguer la charité de la lâcheté, la justice de la complaisance, la fraternité de l’oubli de soi”. En apparence, un éloge de la vertu ; en réalité, une confusion morale soigneusement entretenue.
Derrière ce langage de la “vertu retrouvée”, l’extrême droite impose une justice sans égalité et une fraternité sans altérité. Ce qu’elle nomme “oubli de soi” n’est autre que la solidarité universelle, fondement même de la République.

L’idée d’un “salut de la France” par le “retour à la vérité” d’un peuple “libre et maître chez lui” relève moins d’un projet politique que d’un slogan identitaire.
Elle oppose une France pure, mythifiée, à une France réelle, diverse et vivante. Ce fantasme d’un peuple “qui ne se renie pas” sert à exclure ceux dont les origines ou les appartenances ne cadrent pas avec ce récit national nostalgique.

Pourtant, paradoxe souvent occulté, une part importante des sympathisants et électeurs de l’extrême droite sont eux-mêmes issus de l’immigration.
Des Français d’origine maghrébine, portugaise, italienne ou polonaise adhèrent aujourd’hui à ces discours de rejet, croyant y trouver une forme de reconnaissance ou d’appartenance nationale. Ce phénomène ne relève pas de l’ironie mais d’un drame social : le désenchantement républicain.
Quand la promesse d’égalité ne se concrétise pas, quand l’ascenseur social reste bloqué, il devient tentant de chercher ailleurs un sentiment de fierté — même dans un discours qui finit par vous exclure.
Ainsi, certains descendants d’immigrés intériorisent la rhétorique qui les stigmatise, espérant s’en distinguer : c’est l’un des effets pervers les plus saisissants du ressentiment national.

Ce discours prétend restaurer la dignité, mais il réinstaure symboliquement un ordre colonial : celui d’une France où les uns commandent et les autres servent, où le “respect de ceux qu’on accueille, dans la mesure du possible” signifie en réalité tolérance conditionnelle.
La hiérarchie implicite entre les “vrais Français” et les “tolérés” contredit frontalement l’idéal républicain d’égalité. Elle déguise la peur en fierté, et la méfiance en patriotisme.

Réapprendre la fraternité, ce n’est pas dresser des murs autour de soi : c’est reconnaître la pluralité de ce “nous” français, tissé de migrations, de luttes et de métissages.
Le salut de la France ne viendra pas d’un repli nostalgique, mais d’une affirmation lucide et apaisée d’une identité ouverte, consciente de sa diversité.
Car ceux qui prétendent “ne pas se renier” sont souvent les premiers à renier ce qu’est réellement la France : une nation plurielle, fière, mais jamais figée.

Un discours plein de contradictions

L’auteur reconnaît que sans les travailleurs immigrés, l’économie française ne tiendrait pas debout. Pourtant, il transforme cette réalité en menace.
On dénonce l’exploitation tout en refusant l’intégration, on critique la dépendance tout en niant l’apport.
Cette contradiction révèle l’essence du discours d’extrême droite : faire de l’immigré un problème, même lorsqu’il est la solution.
Au lieu d’analyser les mécanismes économiques de l’exploitation, le texte préfère un récit identitaire : ce ne serait plus la logique du marché qu’il faut combattre, mais “l’étranger”.

Le mythe du Français trahi

Autre stratégie bien connue : le renversement victimaire.
Le Français “de souche” serait marginalisé, culpabilisé, pendant que les immigrés bénéficieraient d’une compassion d’État.
L’antiracisme devient alors, selon l’auteur, une “religion officielle” qui interdit toute critique.
Ce renversement rhétorique permet de présenter la parole raciste comme une vérité courageuse — une posture commode pour masquer un discours de domination.
L’objectif est clair : délégitimer la lutte contre les discriminations en la réduisant à une hypocrisie morale.

Les vraies causes passées sous silence

Dans cette vision du monde, les causes structurelles disparaissent.
Pas un mot sur la précarisation du travail, les politiques migratoires restrictives, les discriminations systémiques, ou les effets du capitalisme globalisé.
Tout est ramené à une opposition binaire : “eux” contre “nous”.
Ce glissement du social vers l’identitaire permet d’évacuer la responsabilité politique et économique réelle, celle qui exploite autant les Français précaires que les travailleurs venus d’ailleurs.

La République défigurée par ceux qui prétendent la défendre

L’auteur invoque sans cesse la République, la fraternité, la dignité du travail.
Mais ces mots, sous sa plume, sont dévoyés.
Une République qui hiérarchise les citoyens selon leurs origines, une fraternité qui exclut, une dignité réservée à certains, ne sont plus républicaines.
C’est là le paradoxe : au nom de la France, on trahit ce qui la fonde.

Lucidité ou lâcheté morale ?

Oui, la France traverse une crise sociale et identitaire. Mais la réponse ne viendra pas du repli ni du mépris.
Être lucide, c’est reconnaître les injustices structurelles ; être lâche, c’est les transformer en peur de l’autre.
La “lucidité” prônée par ces textes n’est qu’un autre nom de la haine maquillée en clairvoyance.

La véritable force républicaine ne consiste pas à désigner un ennemi, mais à refuser le mensonge.
Ce n’est pas la diversité qui fragmente la France, mais l’injustice.

Conclusion : la République ou le ressentiment

L’article d’extrême droite prétend défendre la dignité et la liberté, mais il ne fait que nourrir le ressentiment.
Les travailleurs immigrés ne sont pas les fossoyeurs de la France, ils en sont les bâtisseurs invisibles.
Et si la République veut “vivre debout”, comme le dit l’auteur, elle ne le fera pas contre eux — mais avec eux, dans l’égalité, la justice et la vérité.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le prophète Zemmour : les faits divers en champs de bataille idéologique

 

 Les discours d’Éric Zemmour transforment les faits divers en champs de bataille idéologique. Derrière ses métaphores grandiloquentes se cache une mécanique dangereuse : celle qui assimile l’immigré à une menace, l’Algérien au voleur, et l’autre à l’ennemi.  Zemmour se rêve en lanceur d’alerte et il se croit lanceur de vannes. Mais la vérité, moins glorieuse, plus terre à terre, c’est qu’il maîtrise surtout l’art de lanceur de pets : le vacarme et la senteur, le bruit et l’odeur, ça, il gère très bien. Et comme toujours chacun de ses pets devient un communiqué très médiatisé.

Il suffit parfois d’un mot pour dévoiler tout un système de pensée.
Lorsque, après un cambriolage au Louvre, Éric Zemmour déclare que « l’immigration nous vole les bijoux de la Couronne », il ne parle pas d’un vol, mais d’un mythe. Il invente un récit où la criminalité se confond avec l’origine, où un fait divers devient le symbole d’un affrontement civilisationnel. Ce glissement du particulier au général est le cœur du racisme moderne : discret dans la forme, violent dans le fond.

Sous couvert d’admiration pour les enquêteurs, Zemmour félicite la police pour mieux accuser l’immigration tout entière. Il ne s’agit plus de juger deux individus, mais de condamner une communauté entière, réduite à sa nationalité ou à sa religion. Ce procédé est bien connu : c’est le racisme discursif, cette rhétorique qui avance masquée derrière des phrases bien tournées et un ton pseudo-rationnel. Mais qu’on ne s’y trompe pas : derrière la syntaxe se cache la stigmatisation, derrière la formule, la peur.

Le discours de Zemmour est une mise en scène.
Les mots « djihad du quotidien », « notre civilisation », « tragédie de Lola » ne relèvent pas de l’analyse, mais du registre de l’émotion brute. Tout est fait pour entretenir un sentiment d’assiègement, pour faire croire que chaque fait divers est une bataille perdue dans une guerre invisible. Cette dramatisation permanente, ce mélange de faits et de fantasmes, permet d’imposer un récit unique : celui d’une France pure, menacée par l’étranger.
C’est une politique de l’émotion, pas de la raison.

Mais il faut le dire clairement : cette logique du soupçon permanent détruit tout pacte républicain. Car ce que Zemmour présente comme « lucidité », n’est qu’un vieux poison repeint aux couleurs du patriotisme. C’est la vieille idée du bouc émissaire, celle qui a toujours nourri les populismes : expliquer la crise, la violence ou la souffrance sociale non par la complexité du monde, mais par la présence d’un Autre. En pointant du doigt « l’immigration », il détourne l’attention des véritables fractures : les inégalités, la pauvreté, la relégation sociale.

Le plus inquiétant, c’est que ces mots ne choquent plus autant. Il est très difficile, même pour un Français ordinaire de ressentir de l’amour pour toute cette société aristocratique du spectacle médiatique, du mensonge, de l’illusion et de l’arrogance composé essentiellement de millionnaires, ou de parasites de l’audiovisuel sur payés.
D’autant que ces donneurs de leçons qui fabriquent l’opinion en contrôlant les médias, sont complices et apologistes des millions d’assassinats de civils par des criminels. Les larmes de la maman de Lola ont déchiré le cœur de certains. Mais il existe des milliers (dans le présent et plus dans le passé) de mères, d’orphelins, de veufs et de veuves de guerres qui méritent la même compassion surtout à Gaza où les victimes sont majoritairement les consœurs de la petite Lola.
Le racisme s’est fait discours de plateau télé, argument de campagne, slogan politique. On le commente, on le relativise, on le normalise. Or, c’est précisément cette banalisation qui est dangereuse. Car à force d’entendre que « l’immigration nous vole », certains finissent par le croire. Et à force de croire, certains finissent par haïr.
Ce n’est plus seulement un débat d’idées, c’est une dégradation de la culture démocratique, une corrosion du vivre-ensemble. Aujourd’hui plus que jamais les Français de base peuvent se  rendre compte que ce ne sont justement pas des clichés, mais une Culture ancestrale. Ruses, mensonges et profits les 3 piliers du talmudisme

Face à cela, il ne suffit pas de s’indigner. Il faut résister par la parole et par la pensée.
Résister, c’est rappeler que la responsabilité est individuelle, jamais collective.
Résister, c’est refuser qu’un acte isolé devienne un procès contre tout un peuple.
Résister, c’est défendre une France fidèle à son idéal républicain : celle qui juge les actes, pas les origines ; celle qui valorise la justice, pas la vengeance symbolique.

Il ne s’agit pas ici de nier les problèmes ou d’édulcorer le réel. Il s’agit de le comprendre sans le tordre, de parler sans exclure. Car la République n’est pas un mur, c’est une promesse : celle de la dignité égale de tous les citoyens, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.
Quand Zemmour transforme cette promesse en peur, il ne défend pas la civilisation — il en trahit l’esprit.

Alors oui, il faut dénoncer ce racisme-là.
Celui qui se cache dans les tournures élégantes et les phrases bien ciselées.
Celui qui se glisse dans les discours télévisés, jusqu’à sembler banal.
Parce qu’à chaque fois qu’un mot discrimine, c’est un pan de l’humanité qui recule.
Et parce que la seule guerre qu’il vaille la peine de mener aujourd’hui, c’est celle contre la haine, pour que les mots cessent enfin de blesser la République.

En effet le cambriolage du Louvre sert de diversion à une classe politique française qui patauge dans la médiocrité et à des médias mainstream français qui ne cherchent que le buzz pour augmenter leur audimat.

Aujourd'hui les Français de base, voyant que les caisses sont vides, que leur mode de vie est en danger, que leur identité même est gravement menacée, ne reconnaissant plus le pays où ils sont nés et ils ont la gueule de bois !
Régler l'affaire par une "bonne" foutre dehors tous les indésirables, de l’empire médiatique du mensonge au service des milliardaires fossoyeurs de la France et de leurs complices de la tribu que l’on ne peut nommer.
Dans le champ politique un seul petit exemple Zemmour qui parle des valeurs chrétiennes de la France (sacré moise pour les intimes et Eric pour la plèbe). Un bon exemple de la théorie du grand remplacement !
La France devrait se débarrasser de tous ces poux qui infestent sa tête pour retrouver la paix intérieure et restaurer sa grandeur. 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 


Les discours extrémistes en concentre de racisme pur : face à l’islamisme

 

Une réponse citoyenne pour dénoncer la rhétorique alarmiste de certains médias extrémistes qui instrumentalisent la peur de l’islamisation et stigmatisent des millions de musulmans.

Introduction

Depuis plusieurs mois, certains médias à tendance extrémiste saturent l’espace public avec des discours alarmistes sur une prétendue «islamisation» de la France. Derrière une façade d’«analyse», ces textes n’ont en réalité qu’un but : nourrir la peur, stigmatiser des millions de nos concitoyens et polariser le débat politique. Ils instrumentalisent des drames réels – le terrorisme, les tensions internationales, la souffrance des victimes – pour imposer une vision binaire et anxiogène du monde.

Face à cette offensive idéologique, il est de notre responsabilité citoyenne de déconstruire ces mécanismes, non seulement parce qu’ils véhiculent des contre-vérités, mais aussi parce qu’ils mettent en danger la cohésion nationale et les valeurs de la République

Il est temps de dénoncer avec force la mécanique grossière des discours extrémistes qui s’emploient à dresser des murs entre les peuples, en réduisant des réalités complexes à des schémas binaires et simplistes. L’article dont il est question illustre parfaitement ce procédé : d’un côté, la France et Israël seraient les défenseurs héroïques de « l’Occident démocratique », de l’autre, l’islamisme serait ce « totalitarisme conquérant » qui menace nos libertés. Voilà une mise en scène séduisante pour les amateurs de croisades idéologiques, mais absolument toxique pour le débat démocratique.

Car cette rhétorique fait disparaître les nuances essentielles. Elle efface la pluralité des courants de pensée, des débats et des luttes internes au sein même de l’islam. Les musulmans de France, comme ailleurs, ne sont pas un bloc monolithique soumis à une idéologie unique : ce sont des citoyens divers, traversés par des sensibilités multiples, dont beaucoup combattent eux-mêmes l’extrémisme religieux. Mais dans le récit binaire de ces faiseurs de peur, cette réalité est balayée pour ne laisser subsister qu’une opposition brutale entre «nous» et «eux».

Un vocabulaire biaisé et stigmatisant
L’auteur emploie des termes volontairement chargés – « reculades », « capitulation », « rue arabe », « nouvelle France arabo-musulmane » – qui ne décrivent pas une réalité mais construisent un récit de menace permanente. Cette rhétorique entretient une vision fantasmatique d’une France «envahie» ou «trahie», ce qui relève du registre du complotisme identitaire et non de l’information factuelle.

Une confusion entre islam, islamisme et terrorisme
L’article amalgame systématiquement les musulmans de France, qui sont des millions de citoyens respectueux des lois et acteurs du vivre-ensemble, avec des idéologies politiques radicales. Ce glissement est non seulement injuste mais irresponsable : il revient à pointer du doigt une population entière en raison de sa religion, au lieu de cibler les véritables dangers que représentent les groupuscules extrémistes.

La manipulation des faits et des rapports officiels
Les extraits de rapports publics sont présentés de façon sélective et déformée. Ainsi, l’idée d’enseigner l’arabe à l’école est caricaturée comme une « concession aux islamistes », alors qu’il s’agit d’une langue riche, porteuse de culture et parlée par des millions de francophones. L’apprentissage des langues étrangères a toujours été un atout pour l’ouverture intellectuelle et professionnelle ; le réduire à une stratégie subversive est une contre-vérité.

Une vision simpliste et binaire du monde
Le texte oppose artificiellement deux camps : d’un côté la France et Israël, censés représenter « l’Occident démocratique », de l’autre un supposé « islam conquérant ». Ce schéma manichéen nie la complexité des relations internationales et du conflit israélo-palestinien. Surtout, il efface la diversité des opinions au sein même des sociétés musulmanes et juives, en réduisant des millions de personnes à des caricatures hostiles.

Une logique qui alimente la haine et la division
En prétendant défendre la République, ce type de discours fragilise en réalité ses fondements : l’égalité entre citoyens, le respect de la diversité et le refus des discriminations. En entretenant la peur du voisin musulman ou de la jeunesse issue de l’immigration, on ne renforce pas la cohésion nationale, on l’affaiblit. Or, c’est précisément le but des mouvements extrémistes, islamistes comme identitaires : dresser les populations les unes contre les autres pour mieux miner la démocratie.

La vraie réponse républicaine
La France n’a pas besoin de polémiques anxiogènes ni d’appels à la peur. Elle a besoin de politiques fermes contre les violences et les radicalismes, mais aussi de justice sociale, d’éducation et de respect mutuel. Enseigner l’arabe à l’école, reconnaître des pratiques funéraires ou soutenir la liberté religieuse ne sont pas des signes de faiblesse : ce sont des actes de respect qui consolident l’unité nationale. Le radicalisme se nourrit du rejet et de la marginalisation ; l’inclusion et la fermeté démocratique sont au contraire nos meilleures armes.

Pire encore, cette vision réduit le conflit israélo-palestinien à une guerre de civilisation. Or, nier la dimension historique, territoriale, coloniale et sociale de ce conflit, c’est non seulement commettre une falsification, mais aussi condamner toute perspective de paix. Assimiler systématiquement la cause palestinienne au Hamas est une insulte à des millions de Palestiniens qui aspirent simplement à vivre dignement, libres de toute domination. De la même manière, critiquer la politique d’un gouvernement israélien ne revient pas à vouloir la disparition d’Israël. Mais dans le schéma manichéen de ces discours, toute nuance est impossible : ou bien vous êtes avec Israël, ou bien vous êtes complice du terrorisme.

Cette stratégie de peur se nourrit d’images et de mots choisis pour choquer : « pogrom », « otages », « Free Palestine » crié lors d’un meurtre antisémite. Bien sûr, personne ne nie la réalité atroce du 7 octobre ou la souffrance des otages et de leurs familles. Mais utiliser ces tragédies comme levier émotionnel pour amalgamer toute solidarité avec le peuple palestinien à un soutien au terrorisme, c’est instrumentaliser la douleur des victimes à des fins idéologiques. C’est criminaliser la compassion, délégitimer l’indignation, et finalement museler toute voix critique.

Voilà le danger : en entretenant cette logique binaire et cette politique de la peur, on fabrique un climat empoisonné où l’on ne débat plus, mais où l’on se range de force dans des camps. On nourrit la haine identitaire d’un côté, et l’extrémisme religieux de l’autre. Les deux se nourrissent mutuellement, et la démocratie, elle, s’étiole entre ces feux croisés.

La seule issue est de refuser ce piège. Refuser d’être enfermés dans les caricatures binaires. Refuser la manipulation émotionnelle qui associe musulmans, terrorisme et revendications politiques. Nous avons besoin de lucidité, pas de simplisme ; de justice, pas d’amalgames. La République ne se sauvera ni par les slogans guerriers ni par la peur, mais par la nuance, le courage intellectuel et la fidélité à ses valeurs universelles.

Conclusion

Ceux qui propagent ces discours extrémistes prétendent défendre la République, mais en réalité, ils en sapent les fondements. Car la République ne se réduit pas à une guerre de civilisation fantasmée. Elle repose sur l’égalité des citoyens, la diversité assumée et le refus des amalgames.

Dire la vérité sur l’islamisme, c’est nécessaire. Mais confondre l’islamisme et l’islam, c’est irresponsable. C’est offrir une victoire symbolique aux extrémistes des deux bords : les islamistes qui rêvent de diviser et les identitaires qui prospèrent sur la haine.

La véritable réponse républicaine n’est ni la peur, ni l’aveuglement. Elle consiste à être ferme face aux violences et aux idéologies qui menacent nos libertés, tout en étant fidèle à nos valeurs de justice, de raison et d’unité. Reconnaître les réalités, dépasser les blocages, inclure plutôt qu’exclure : voilà le chemin qui nous permettra de combattre réellement le radicalisme, sans nourrir les flammes de la division.

Car la République est forte non pas quand elle cède aux discours de peur, mais quand elle reste fidèle à elle-même.

Une analyse citoyenne pour dénoncer la rhétorique alarmiste de certains médias extrémistes qui instrumentalisent la peur de l’« islamisation » et stigmatisent des millions de musulmans. Ce texte rappelle qu’il est essentiel de combattre l’islamisme avec lucidité, en reconnaissant ses dimensions historiques et doctrinales, tout en refusant les amalgames qui nourrissent la haine et fragilisent la République.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »