La
démocratie occidentale se présente comme l’aboutissement moral et politique de
l’histoire moderne. Elle s’auto-proclame gardienne des libertés, protectrice
des droits fondamentaux et incarnation universelle de la souveraineté
populaire. Pourtant, derrière ce récit officiel soigneusement entretenu,
s’étend une réalité beaucoup plus ambiguë : celle d’un système politique qui
survit moins par son exemplarité que par sa capacité à maquiller ses
contradictions.
La France,
autoproclamée « patrie des droits de l’homme », constitue à cet égard un
laboratoire révélateur de cette dissonance démocratique.
L’illusion démocratique et la confiscation du pouvoir
populaire :
La
démocratie actuelle repose sur une promesse simple : gouverner au nom du peuple
et pour le peuple. Or, dans les faits, elle s’apparente de plus en plus à une
délégation permanente de pouvoir à des élites politiques et économiques dont
les décisions échappent largement au contrôle citoyen.
Le rituel
électoral devient alors un mécanisme de légitimation plutôt qu’un véritable
instrument de souveraineté populaire. Les programmes politiques se succèdent,
les promesses électorales se multiplient, mais les orientations fondamentales
restent inchangées. Le citoyen vote, mais il ne gouverne jamais réellement.
Cette
rupture entre gouvernants et gouvernés se manifeste notamment par la
multiplication de réformes impopulaires imposées au nom de la rationalité
économique ou de la nécessité budgétaire. Derrière la rhétorique
modernisatrice, le citoyen découvre progressivement qu’il n’est plus acteur de
la décision politique, mais simple variable d’ajustement.
La gestion sécuritaire du désaccord politique :
Lorsque la
contestation sociale émerge, la démocratie occidentale révèle une autre facette
: sa capacité à transformer le désaccord en problème d’ordre public.
En France,
les mouvements sociaux récents qu’il s’agisse des Gilets jaunes, des
contestations sanitaires ou des mobilisations contre la réforme des retraites ou le mécontentement
des agriculteurs illustrent cette mutation. La protestation, pourtant
constitutive de la vie démocratique, est fréquemment requalifiée en menace
sécuritaire.
Les
dispositifs de maintien de l’ordre, tels que les nasses, l’usage d’armes dites
« intermédiaires » ou les interpellations préventives, témoignent d’une évolution
inquiétante. Ce qui est présenté ailleurs comme une dérive autoritaire devient,
dans le discours officiel occidental, une manifestation normale de la « violence
légitime » de l’État.
À qui profite cette violence ?
La police se définit comme la partie de l’État à laquelle on donne le pouvoir d’agir violemment. La violence a touché beaucoup de monde d’un coup et dans une configuration particulière, dans les nasses notamment, dispositif amplement utilisé qui permet de gazer ou de charger une foule immobilisée. Il y a eu une montée en intensité de la répression qui va de pair avec une stratégie qui vise à plonger les manifestant.es dans une altérité assez radicale, légitimant qu’on puisse se permettre d’avoir sur elles et eux tous les droits.
Le caractère répressif des interventions policières, la discrimination dont les policiers font preuve à l’égard des jeunes, l’utilisation de mesures disproportionnées et l’usage abusif de la force, le manque de respect dû aux citoyens, le manque de neutralité politique, amène, plusieurs participants à mentionner avoir été profondément ébranlés par la répression policière, ils témoignent d’un sentiment d’insécurité ou d’anxiété en présence des policiers.
De plus, l’état émotif décrit par certaines victimes de répression s’apparente à un traumatisme. Ces traumatismes peuvent être révélés par plusieurs symptômes : crises de panique, paranoïa, peur et anxiété sévères en présence de policiers ou face à un stimulus associé aux forces policières, cauchemars, etc
Un citoyen français de confession musulmane, met en relief la répression policière subie : «je suis un Arabe un peu plus contrôlé que d’autres, malgré mon âge avancé, je ne vis pas en banlieue, cependant pendant mes interpellations trop souvent, je me suis fait taper dessus, on m’a expliqué que j’étais peut être un agent de Daesh. Quand j’étais en garde à vue, on m’a expliqué tout bonnement que j’étais un bougnoule. Une autre fois, j’étais venu constater la manifestation et on m’a étranglé alors qu’un type au sol faisait une crise d’épilepsie parce qu’il avait été tassé ».
Personne ne leur demandera jamais des
comptes de responsabilité Les violences policières impunies, et la même tension
entretenue face aux mobilisations des gilets jaunes, c’est
manifestement le cas. Pourtant la violence arbitraire et les privations de
liberté sans raison n’ont pas leur place dans un état de droit, alors il faut
revenir à un usage proportionné de la force et supprimer les brigades mobiles
comme la BRAV-M, héritière des sinistres voltigeurs, qui n’ont pour seul
objectif d’effrayer et terroriser les manifestants par la violence.
Le rôle ambigu des médias et de la fabrication du
consentement :
Les médias
jouent un rôle central dans cette dynamique. Loin d’être de simples
observateurs neutres, ils participent souvent à la construction d’un récit qui
hiérarchise les violences. La brutalité policière devient secondaire face aux
dégradations matérielles, tandis que la contestation sociale est fréquemment réduite
à ses débordements marginaux.
Cette mise
en récit contribue à délégitimer la protestation et à transformer les
revendications politiques en troubles sociaux. L’opinion publique est ainsi
orientée vers une lecture sécuritaire des conflits sociaux, favorisant
l’acceptation progressive de mesures répressives.
L’hypocrisie internationale des droits de l’homme :
L’Occident
revendique un rôle moral dans la défense des droits humains à l’échelle
mondiale. Pourtant, cette posture universaliste révèle rapidement ses limites
lorsqu’elle entre en contradiction avec des intérêts géopolitiques ou
économiques.
Les
violations des libertés fondamentales commises par des alliés stratégiques
suscitent souvent des réactions modérées, tandis que celles perpétrées par des
États rivaux donnent lieu à des condamnations virulentes. Cette sélectivité
fragilise la crédibilité du discours occidental sur les droits de l’homme.
Même
certaines organisations internationales ou ONG, pourtant garantes supposées de
cette vigilance morale, apparaissent parfois hésitantes ou prudentes lorsqu’il
s’agit de dénoncer les dérives des démocraties occidentales elles-mêmes.
La crise économique et la faillite du modèle politique :
La fragilité
démocratique se manifeste également dans la gestion économique. L’endettement
massif, la croissance des dépenses publiques et les réformes structurelles
imposées sans consensus social alimentent un sentiment croissant d’injustice et
de dépossession politique.
L’État
promet rigueur budgétaire tout en maintenant des structures administratives
lourdes et inefficaces. Cette contradiction nourrit la défiance citoyenne et
renforce l’impression que la gouvernance démocratique sert davantage à
préserver des équilibres institutionnels qu’à répondre aux besoins sociaux.
La montée des radicalités politiques comme symptôme
démocratique :
Face à ce
sentiment d’impuissance collective, les électorats occidentaux se tournent de
plus en plus vers des alternatives politiques radicales. Cette évolution n’est
pas nécessairement la cause du malaise démocratique, mais plutôt sa
conséquence. Lorsque le débat politique se réduit à un consensus
technocratique, les discours populistes apparaissent comme les seuls espaces
d’expression de la colère populaire. Ironiquement, la démocratie produit ainsi
les forces politiques qui menacent son propre équilibre.
Vers une démocratie de façade ?
La
démocratie occidentale ne disparaît pas. Elle se transforme. Elle conserve ses
institutions, ses élections, ses discours universalistes. Mais son
fonctionnement réel s’éloigne progressivement de l’idéal participatif qu’elle
prétend incarner. Elle devient un système capable de tolérer la contestation
tant qu’elle reste symbolique, mais prêt à la contenir lorsqu’elle remet en
cause les équilibres structurels du pouvoir.
Conclusion : la souveraineté populaire comme horizon
inachevé :
La crise démocratique occidentale ne réside pas uniquement dans ses dysfonctionnements institutionnels. Elle repose sur une contradiction fondamentale entre l’idéal proclamé de souveraineté populaire et la réalité d’un pouvoir de plus en plus centralisé, technocratique et sécuritaire.
La
démocratie occidentale ne s’effondre peut-être pas encore. Mais elle s’érode
silencieusement, minée par ses propres paradoxes et dans cette lente
décomposition, le peuple, une fois encore, demeure spectateur d’un système qui
prétend pourtant parler en son nom.
La France s’effondre, tellement affligeant, cela détourne de constater le délitement de la France., sauf l'arrivée de l’extrême droite et ses lobbies (Zemmour et consorts), largement applaudis en vendant un bonheur collectif illusoire jusqu’ à l’obsession. C'est plus sain pour la démocratie.
Moralité : le Peuple Français, une fois de plus reste perdant sur tous les lignes. Et ça, c'est machiavélique !
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/


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