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Conflit du Sahara occidental : quand la presse marocaine réécrit la géographie à la place de l'histoire:

 

Après quelques absences je reste bien entendu heureux de retrouver ma plume droite pour dénoncer la presse du makhzen marocain qui par son talent rare peut transformer un conflit géopolitique en procès en sorcellerie. L'accusée est toujours la même. Le verdict est toujours rendu avant l'audience.

Maroc Diplomatique nous l'explique avec la sobre élégance du sourcil levé : l'Algérie est machiavélique, cynique, menteuse, expansionniste, haineuse, soldatesque, et accessoirement suicidaire. On se demande comment un pays aussi pathologiquement raté réussit depuis soixante ans à tenir en échec le Royaume du Maroc, sa diplomatie centenaire et ses alliés occidentaux. Mystère de l'histoire. Ou, peut-être hypothèse imprudente  la réalité est légèrement plus complexe que ce que la colonne d'humeur du lundi matin veut bien nous concéder.

Commençons par l'architecture du raisonnement. L'article nous annonce gravement que l'Algérie « ne variera jamais d'un iota », qu'elle « reniera encore ses engagements », qu'elle est structurellement incapable de changer. C'est pratique, cette Algérie ontologique, éternelle dans sa mauvaise foi, imperméable à toute évolution. Cela évite de s'interroger sur les raisons politiques, stratégiques, légitimes ou non, qui font qu'un État voisin s'oppose à vous depuis cinquante ans. Non, c'est plus simple : l'Algérie est ainsi. Elle est née ainsi. Elle mourra ainsi. Boumediene a planté le « caillou » et le destin a suivi. Voilà l'analyse géopolitique réduite à son plus bel arcane astrologique.

Puis vient la grande carte de la géographie fantôme. Tindouf, Bechar, Touat, Tidikelt — territoires « historiquement marocains », nous dit-on avec l'aplomb de celui qui cite de mémoire des frontières du XIVe siècle pour justifier des revendications du XXIe. C'est un genre littéraire, l’irrédentisme cartographique, et le Maghreb en a fait une spécialité régionale. Mais observons la cohérence : le même article qui dénonce l'Algérie de vouloir déstabiliser le Maroc en contestant ses frontières, réclame implicitement la révision des frontières algériennes au profit du Maroc. La symétrie, décidément, n'est pas le fort de la maison.

Sur le Sahara occidental lui-même, l'article pratique un silence digne des meilleures traditions. Les populations sahraouies n'existent pas. Le droit à l'autodétermination  inscrit dans les résolutions onusiennes que l'auteur cite à d'autres fins  n'est mentionné à aucun moment. La MINURSO, créée en 1991 précisément pour organiser un référendum d'autodétermination, est évoqué comme une « vacuité » dans un lien hypertexte. Fascinant : l'institution internationale est légitime quand elle valide l'autonomie marocaine, elle devient creuse quand elle rappelle l'existence d'un autre peuple.

Et puis il y a Trump. « Les ultimes et rares moments de grâce », nous dit l'auteur, yeux brillants, en évoquant Donald Trump et Marco Rubio comme horizons d'espérance pour une solution juste au Sahara. On mesure ici l'étendue du désarroi diplomatique quand la cause juste a besoin du parrainage d'un homme dont le rapport au droit international se résume à des accords signés contre des tours de golf. La justice historique du Maroc, paraît-il, passera par Mar-a-Lago. Soit.

Ce qui est fascinant, en définitive, dans cet article et dans des centaines d'autres qui lui ressemblent de l'autre côté de la frontière fermée, c'est moins le mensonge que la structure du mensonge. Des deux côtés, on convoque la même histoire, découpée différemment. Des deux côtés, on dénonce l'autre comme agresseur originel. Des deux côtés, on appelle « paix » la capitulation de l'autre. Et des deux côtés, la presse nationale joue consciencieusement son rôle de tambour de guerre en tenue civile.

Pendant ce temps, les populations de la région  algériennes, marocaines, sahraouies, mauritaniennes  vivent avec une frontière fermée depuis 1994, sans commerce, sans circulation, sans vie commune possible entre des peuples qui partagent une langue, une religion, une mémoire et des cousins de l'autre côté du grillage.

La vraie question n'est pas pourquoi Alger n'acceptera jamais de solution. La vraie question est : qui, des deux côtés, a intérêt à ce qu'il n'y en ait jamais ?

Et là, curieusement, Maroc Diplomatique n'a plus de colonne à nous offrir. Ce que l'article ne dit pas

  • Que le Maroc lui-même administre le Sahara occidental sans mandat légal international clair.
  • Que la MINURSO a été créée précisément pour organiser un référendum que le Maroc a progressivement torpillé.
  • Que les populations sahraouies ont un droit à l'autodétermination reconnu par l'ONU absent de tout le texte.
  • Que l'isolement algérien est irréel, que le soutien marocain repose largement sur des reconnaissances conditionnées à des deals commerciaux ou sécuritaires.

Ton d’un sujet monarchiste : nationaliste organique, lyrique dans la plainte, martial dans l'indignation dans la forme académique au service d'une prose de guerre, et structurellement incapable d'envisager un interlocuteur algérien de bonne foi. C'est honnête dans sa malhonnêteté.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 Source :  https://maroc-diplomatique.net/sahara-pourquoi-alger-nacceptera-jamais-de-solution-et-sacharnera-contre-le-maroc/

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Sionisme en France : Enquête sur l'influence des réseaux de pression


 Il y a une noblesse farouche chez nos docteurs de la droite de France : celle de découvrir la Lune avec quarante-sept ans de retard, tout en conservant le ton pénétré de celui qui vient de percer le secret des pyramides. Les voilà donc qui s’indignent, la larme à l’œil et le catéchisme à la main, découvrant que l’Ayatollah Khomeini n’était pas un socio-démocrate scandinave et que la théocratie iranienne préfère le sang des martyrs aux délibérations du Conseil constitutionnel. Quelle audace ! Quelle perspicacité !

Il faut les voir, ces procureurs de salon, exhumer les spectres de Sartre et de Foucault pour se donner le frisson de l'intelligence. Compilant trois fiches Wikipédia sur les Frères musulmans et la taqiya ce concept qu'ils agitent comme un hochet pour expliquer tout ce qui dépasse leur entendement du monde,  ils échafaudent une grande fresque où le gauchiste de la Sorbonne donne le bras au mollah enragé. C'est l’éternel grand récit des « idiots utiles », écrit par ceux qui ne servent, eux, absolument à rien. Ils oublient au passage, par une de ces amnésies sélectives qui caractérisent leur génie, que le Shah qu’ils pleurent tant fut installé par la CIA, et que les armes qui ont nourri le monstre théocratique ont souvent été polies dans les usines d'un Occident très chrétien et très pragmatique.

Les dévots du bain de sang

Mais le clou du spectacle réside dans leur soudaine crise d'humanisme. Les voilà qui s'émeuvent des massacres de manifestants à Téhéran, eux dont la boussole morale s'arrête d'ordinaire aux frontières de l'Europe blanche. Ne nous y trompons pas : les morts iraniens ne les intéressent que s'ils peuvent servir de projectiles. Ce n'est pas la liberté des femmes de Téhéran qu'ils défendent, c'est leur haine obsessionnelle de l'Orient qu'ils déguisent en vertu républicaine.

Pour cette droite qui ne rêve que de pogroms culturels chez elle, le fanatisme des mollahs n'est pas un problème, c'est une bénédiction. Il est le miroir inversé de leur propre folie.

Leur verdict est d'une clarté de guillotine : la paix est une illusion, l’Europe est lâche, Trump est trop bête, et la seule solution est la destruction totale, le grand nettoyage par le vide, la guerre sainte pardon, le « combat existentiel ». Pourfendeurs du fanatisme islamique, ils en adoptent la méthode avec une dévotion touchante : l'éradication comme seule diplomatie. Ils veulent la fin du régime des mollahs, non pas pour libérer un peuple, mais pour pouvoir enfin contempler les ruines fumantes d'un Orient qu'ils exècrent, en murmurant, l'esprit en paix : « Nous avions raison ».

La nostalgie du Moyen Âge

La vérité, c'est que nos polémistes d'extrême droite jalousent secrètement les barbus de Téhéran. Ils rêvent, la nuit, de cette autorité absolue, de cette morale fossilisée, de cette haine du libéralisme et de cette dissolution de l'individu dans le dogme. Faute de pouvoir imposer leur propre théocratie médiévale à Paris, ils se consolent en théorisant celle des autres, avec le dégoût fasciné du puritain devant le lupanar.

Discuter ? Négocier ? Penser le compromis ? Horreur ! Ce serait admettre que le monde n'est pas un immense champ de bataille entre le Bien et le Mal, ce serait accepter de lâcher le confort douillet du cynisme. Alors, ils écrivent des tribunes. Ils réclament le sang des autres du fond de leurs bureaux chauffés, s'imaginant en croisés d'opérette, alors qu'ils ne sont que les greffiers de la haine, condamnés à regarder l'histoire passer en espérant seulement qu'elle finisse dans les flammes.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Histoire de la colonisation : L'Algérie face aux vérités qui dérangent la France:

Ils appellent cela une « loi de criminalisation ». Comme toujours quand l’Algérie ose nommer un crime colonial par son nom, la presse d’extrême droite française pousse des cris d’orfraie, se drape dans une toge de civilisation froissée et découvre soudainement les vertus sacrées de la liberté d’expression. Liberté, bien sûr, de blanchir cent trente-deux ans de conquête, d’enfumades, de massacres, de villages rasés, de torture industrielle et de spoliation méthodique. La liberté de dire que la colonisation aurait été une œuvre éducative, presque un chantier philanthropique interrompu par l’ingratitude des colonisés.

Car voilà le vrai scandale, dans leurs yeux : non pas les crimes, mais le fait qu’on les rappelle.

Pendant des décennies, une partie du débat public français a transformé la colonisation en vieille photo sépia : quelques routes, des écoles, deux clichés exotiques et un vague parfum d’aventure militaire. Le sang, lui, devait rester hors champ. Les crânes algériens dans les musées ? Un détail anatomique. Les essais nucléaires dans le Sahara ? Une parenthèse scientifique. Les milliers de disparus ? Des « excès ». Toujours ce vocabulaire de comptable moral : excès, bavures, débordements. Comme si la violence n’était pas le cœur même du système colonial mais une maladresse de parcours.

Et soudain, l’Algérie fait ce que la France refuse obstinément de faire elle-même : elle écrit juridiquement que la colonisation fut un crime d’État. Immédiatement, les éditorialistes de caserne médiatique hurlent au totalitarisme mémoriel. Eux qui réclament des lois contre les “atteintes à l’identité nationale” deviennent des libertaires dès qu’il s’agit de protéger la nostalgie coloniale. Le même camp qui applaudit les dissolutions d’associations, les interdictions de manifestations et les lois sécuritaires se découvre une passion brûlante pour Voltaire dès qu’on touche à la légende impériale.

Quelle farce.

Le plus fascinant reste cette vieille maladie française : vouloir à tout prix être aimé de ceux qu’on a dominés. L’extrême droite française ne supporte pas que l’Algérie échappe encore à son récit. Elle voudrait un ancien colonisé reconnaissant, poli, discret, éternellement sommé de dire merci pour les ports, les rails et les cimetières. Un peuple qui accepterait de commémorer ses morts à voix basse pour ne pas troubler la digestion des plateaux télé parisiens.

Mais l’Histoire a cette cruauté délicieuse : les empires meurent, et les archives parlent encore.

Alors ils ironisent sur les demandes algériennes : restitution des archives, reconnaissance officielle, réparation des sites nucléaires, retour des restes humains. Comme si exiger qu’on rende des crânes décapités relevait d’un caprice diplomatique. Comme si demander la dépollution des terres irradiées était une lubie nationaliste. Il faut entendre cette morgue. On dirait des héritiers surpris qu’on réclame enfin l’inventaire du coffre familial après le cambriolage.

Le plus obscène est ailleurs : dans cette panique devant la pénalisation de l’apologie coloniale. Car enfin, de quoi parlent-ils exactement ? Du droit de glorifier une domination raciale institutionnalisée ? Du droit de présenter la conquête comme une bénédiction historique ? Imagine-t-on une société mature défendre avec autant d’ardeur “la liberté d’aimer” Vichy ou l’apartheid ? Non. Mais la colonisation conserve en France un statut étrange : celui d’un crime dont beaucoup regrettent encore secrètement la disparition.

Le rire devient noir quand les mêmes chroniqueurs qui passent leurs soirées à dénoncer “l’ensauvagement” refusent de regarder la matrice historique de cette violence. La colonisation n’a pas seulement pillé des terres ; elle a fabriqué des hiérarchies mentales qui survivent encore dans les réflexes médiatiques, policiers et politiques. On continue d’exiger de l’Algérien qu’il prouve sa gratitude avant même qu’on reconnaisse sa souffrance.

Et derrière les cris indignés sur la “repentance”, il y a surtout une peur : celle que le récit héroïque de la République impériale se fissure définitivement. Parce qu’une nation qui regarde honnêtement ses crimes cesse d’être un roman national confortable. Elle devient adulte. Et cela, manifestement, une partie de la droite française le refuse avec l’énergie désespérée des vieux empires qui sentent encore la poudre froide de leurs défaites.

Qu’ils s’étranglent donc sur leurs plateaux. Qu’ils convoquent les fantômes de “l’Algérie française” entre deux débats hystériques sur l’identité nationale. Le réel, lui, avance sans eux. Lentement. Comme une brûlure qui remonte sous la peau.

On peut censurer des mots, travestir des archives, repeindre des massacres aux couleurs de la mission civilisatrice. Mais il y a une chose qu’aucune nostalgie impériale ne pourra effacer : un peuple colonisé finit toujours par reprendre possession de son histoire. Et c’est précisément ce que certains, en France, ne pardonneront jamais à l’Algérie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Régime politique en Algérie : Pourquoi l'Occident parle à tort de dictature :

L’Algérie, cette « dictature » qui dérange surtout parce qu’elle ne se couche pas

Il y a des mots que l’Occident distribue comme d’autres distribuaient autrefois les coups de règle sur les doigts des indigènes : démocratie, autoritarisme, droits humains, transition, bonne gouvernance. Le tout accompagné du regard professoral de ceux qui ont transformé la planète en champ de ruines au nom de la liberté.

Et parmi les étiquettes favorites du prêt-à-penser géopolitique figure celle-ci : « l’Algérie est une dictature ».

Rien que ça.

Le mot tombe avec la subtilité d’un drone américain et la profondeur analytique d’un éditorial rédigé entre deux cocktails dans une rédaction parisienne. Une formule pratique : elle évite de réfléchir, dispense de comprendre l’histoire du pays et permet surtout de criminaliser toute souveraineté récalcitrante.

Car au fond, le véritable crime de l’Algérie n’est pas d’être une dictature. Son crime est de ne pas être domestiquée.

Une vraie dictature ? Regardons les faits, pas les fantasmes.

Une dictature, normalement, écrase toute contestation jusqu’au silence absolu. Or l’Algérie a connu l’un des plus grands mouvements populaires du monde arabe : le Hirak. Des millions de citoyens dans la rue pendant des mois. Un président poussé vers la sortie. Une crise politique traversée sans guerre civile, sans effondrement de l’État, sans scénario à la libyenne ou à la syrienne.

Étrange dictature, décidément.

Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Aucun pays réel ne ressemble aux brochures des ONG sous perfusion de subventions occidentales. Mais réduire l’Algérie à une caricature totalitaire relève moins de l’analyse que du réflexe idéologique.

Le plus amusant reste d’ailleurs la liste de ceux qui distribuent les brevets démocratiques.

Les mêmes capitales qui s’émeuvent de l’Algérie vendent des armes à des monarchies où l’on ne vote pas, applaudissent des régimes où l’opposition finit en prison, déroulent le tapis rouge à des autocraties pétrolières transformées en stations-service géantes de l’Occident.

Mais Alger, elle, ose parler de souveraineté, refuse certaines tutelles, défend ses intérêts énergétiques, garde une diplomatie indépendante. Et soudain, miracle lexical : la voilà « autoritaire ».

Le vocabulaire occidental est souvent moins un dictionnaire politique qu’un manuel de dressage.

Autre détail gênant pour les procureurs médiatiques : l’Algérie reste l’un des rares États de la région à conserver un socle social massif. Logements subventionnés, santé gratuite, éducation gratuite, soutien aux produits de base, allocation chômage : autant de mécanismes que des pays se prétendant modèles démocratiques ont abandonnés depuis longtemps au nom du marché roi.

Curieuse tyrannie, encore une fois : elle distribue davantage de protection sociale que nombre de démocraties libérales où le citoyen croule sous les dettes, les assurances privées et la précarité maquillée en “flexibilité”.

Évidemment, l’Algérie a ses rigidités, ses lenteurs, ses bureaucraties étouffantes, ses contradictions. Personne de sérieux ne le nie. Mais entre reconnaître les limites d’un système et réciter les slogans importés des laboratoires médiatiques étrangers, il existe un fossé.

L’Algérie n’est pas une copie conforme des modèles occidentaux. Et c’est précisément ce que certains ne lui pardonnent pas.

Depuis l’indépendance, une partie du regard occidental sur l’Algérie reste traversée par une frustration presque coloniale : celle de voir un pays anciennement dominé persister à décider seul. À contrôler son récit. À ne pas demander la permission.

Alors oui, l’Algérie dérange.

Elle dérange parce qu’elle refuse l’alignement automatique.
Parce qu’elle conserve une mémoire historique que d’autres voudraient voir dissoute.
Parce qu’elle continue de penser que la souveraineté n’est pas un archaïsme mais une condition de dignité.

Et cela suffit souvent, aujourd’hui, pour être qualifié de « dictature » par ceux qui ont transformé le monde en marché sous surveillance morale permanente.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Gérald Darmanin en Algérie : Les vraies raisons d'une visite électorale

Attention, Gérald Darmanin arrive en Algérie. Cachez les micros, rangez les caméras et vérifiez les sondages : le ministre français vient sauver la République à coups de photos officielles et de phrases viriles.

Objectif du voyage ? Officiellement : la coopération judiciaire.

Objectif réel ? Faire comprendre aux électeurs français qu’il est capable de prononcer « DZ Mafia » sans cligner des yeux.

À Paris, chaque ministre de l’Intérieur rêve secrètement de devenir président. Certains lisent de Gaulle. Darmanin, lui, lit les courbes d’audience de CNews comme un trader cocaïné suit le Bitcoin.

Alors le voilà en tournée maghrébine, costume sombre, mâchoire crispée, regard de préfet sous caféine. On imagine déjà les titres :
« Darmanin hausse le ton. »
« Darmanin ferme la porte. »
« Darmanin tape du poing. »
À ce rythme-là, il va finir par déclarer la guerre à un couscous.

Le plus drôle reste cette manie française consistant à transformer tous ses problèmes internes en importations étrangères. Marseille explose ? Alger. Le trafic ? Alger. Les gangs ? Alger. Demain il pleuvra sur Lyon et BFMTV demandera probablement une commission d’enquête au gouvernement algérien.

La « DZ Mafia » est devenue le nouveau Pokémon médiatique : il faut absolument la citer dans chaque discours sécuritaire pour gagner des points chez les électeurs paniqués.

Pendant ce temps, personne ne pose la seule question embarrassante :
Qui a fabriqué ce désastre social français ?
Spoiler : ce n’est ni le Sahara ni la Casbah.

Mais Darmanin n’est pas là pour réfléchir. Il est là pour poser. La politique française moderne fonctionne désormais comme Instagram : une posture, un slogan, une indignation et filtre bleu-blanc-rouge.

Et puis il faut comprendre sa difficulté : quand Marine Le Pen parle fort, toute la droite française attrape soudainement un complexe d’infériorité acoustique. Alors chacun hurle plus fort que l’autre sur l’immigration, les frontières, l’identité et les Arabes pardon, « les enjeux sécuritaires ».

Résultat : l’Algérie sert encore de punching-ball diplomatique dans le championnat national du populisme français. La bonne nouvelle, c’est qu’ici, ce cinéma commence à fatiguer tout le monde. Les Algériens regardent désormais ces visites ministérielles comme on regarde une vieille rediffusion : on connaît déjà les répliques, les mensonges et même les grimaces.

On connaît le scénario : aujourd’hui la « fermeté », demain les débats identitaires, après-demain la candidature présidentielle. Darmanin fait de la diplomatie comme d’autres font du marketing : sans profondeur, sans mémoire et surtout sans réciprocité.

Le problème, c’est qu’en Algérie, ce théâtre impressionne de moins en moins. Les Algériens ont déjà vu passer trop de ministres français venus expliquer l’Algérie aux Algériens, souvent avec le ton paternaliste du professeur qui découvre son ancien manuel colonial dans un grenier poussiéreux.

Alors non, cette visite ne mérite ni enthousiasme ni colère excessive. Elle mérite quelque chose de plus humiliant politiquement : l’indifférence froide. Parce qu’au fond, cette agitation n’a rien à voir avec l’Algérie. Elle concerne uniquement les convulsions de la politique française, où la surenchère sécuritaire est devenue un concours de testostérone électorale entre la droite et l’extrême droite.

Et Darmanin y participe avec l’énergie d’un homme qui court après un destin présidentiel comme un chroniqueur CNews court après une polémique : bruyamment, quotidiennement, et sans jamais risquer la nuance.

La vérité est peut-être là : ce ministre ne voyage pas pour rapprocher deux peuples. Il voyage pour fabriquer une affiche de campagne avec un passeport diplomatique.

Darmanin repartira avec ses photos.
Les chaînes françaises auront leurs débats hystériques.
Les éditorialistes applaudiront « la fermeté républicaine » avec des trémolos patriotiques.

L’Algérie, elle, n’a aucune raison de servir de décor aux ambitions intérieures d’une classe politique française qui recycle sans cesse les mêmes obsessions, les mêmes peurs et les mêmes calculs électoraux

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Qu’il soit malade ou en bonne santé, la prostate de Netanyahou n’est pas une raison suffisante pour démissionner

par Gideon Levy

La seule obligation publique de Netanyahou est de signaler un problème si ses compétences sont altérées. Évidemment, il ne devrait pas mentir, mais un mensonge lié à sa prostate est le plus petit et le plus marginal de son tissu de mensonges.

Benjamin Netanyahou a contracté un cancer de la prostate et en a guéri. Le camp du «tout-sauf-Bibi» était en émoi, clamant avec joie : «Nous vous l’avions dit. Voilà une raison supplémentaire de détester le Premier ministre – il a caché sa maladie et même menti».

Voilà une raison de plus de le destituer. Il est atteint d’un cancer et inapte pour raisons médicales. C’était une réaction pathétique. Il y a assez de raisons de combattre Netanyahou. L’état de sa prostate n’en est pas une.

Apparemment, la joie de ce camp ne portait pas sur la maladie. Ce week-end, chaque correspondant a précédé son reportage sur l’état de santé de Netanyahou par des «vœux de prompt rétablissement», des vœux creux comme ceux que l’on adresse à la nation pour une bonne année nouvelle.

Ils lui ont souhaité «bonne santé», comme s’ils admettaient que dans son cas, il y a aussi une mauvaise santé. Ils ont souhaité son rétablissement, alors qu’au moins certains d’entre eux souhaitaient le contraire dans leur cœur. Peut-être que la prostate affectée accomplira ce que les fiascos, les élections, le mouvement de protestation et son procès n’ont pas réussi à faire.

Netanyahou a caché son cancer tout comme Golda Meir avait caché le sien, qui était bien plus grave. Pendant des années, beaucoup ignoraient sa maladie et les traitements sévères qu’elle subissait. Elle aussi, comme Netanyahou, venait à l’hôpital Hadassah d’Ein Kerem pour ses séances de radiothérapie en secret, se présentant à des heures inhabituelles et passant par la morgue pour ne pas être vue. Personne ne l’a jamais critiquée pour ça. Ce n’est qu’après sa retraite et sa mort que les détails complets de son lymphome ont été révélés.

C’est vrai, l’époque est différente. Beaucoup plus de secrets et de mensonges étaient cachés au public alors. Quand Ehoud Olmert a eu un cancer de la prostate, comme Netanyahou, il s’est empressé de le partager avec le public. Il mérite des éloges pour son courage, mais Netanyahou ne mérite pas d’être condamné pour l’avoir caché.

Le guide suprême iranien Ali Khamenei a également eu un cancer de la prostate il y a des années, tweetant après un certain temps : «Je vous demande à tous de prier pour moi». Lui aussi était apparemment plus audacieux que Netanyahou.

Il n’y a rien de plus personnel que l’état de santé d’une personne, et chacun a le droit de faire face à sa maladie à sa manière. Certains n’hésitent pas à tout dire, immédiatement – qu’ils soient premiers ministres ou simples citoyens – tandis que d’autres préfèrent le cacher, parfois jusqu’à leur dernier jour.

C’est leur droit, même si la dissimulation et le mensonge ne leur font pas toujours honneur. C’est leur droit, même s’ils s’appellent Netanyahou. La loi ne l’y oblige pas autrement.

Le fait que les présidents usaméricains agissent différemment n’oblige pas pour autant Israël. La seule obligation publique est de signaler un problème si la compétence du Premier ministre est altérée, ce qui nécessiterait alors une mise à l’écart temporaire.

Quand Menahem Begin est tombé en dépression et que cela a été caché au public, c’était une rupture de confiance. Begin n’a pas eu la capacité de diriger le pays pendant de nombreux mois. Ariel Sharon s’est lui aussi progressivement détérioré, mais il est resté en fonction sur la base des rapports de ses médecins. La capacité de Netanyahou n’a pas été compromise un seul instant.

Il est amusant de voir les gens qui le détestent le plus exprimer maintenant leur inquiétude pour ses compétences. Israël serait mieux loti s’il était moins compétent. Ainsi, on pourrait éviter une guerre ou deux et ralentir la destruction du pays et de son mode de gouvernement. Mais dès lors qu’il a été établi que ses compétences n’étaient pas affectées, sa maladie n’est plus que la sienne.

Le choix de Netanyahou était stupide : qu’avait-il à cacher ? A-t-il péché ? A-t-il commis un crime ? Avec un degré de maladie aussi faible, avec ce qui semble être un traitement excessif qu’il a reçu, c’est dommage qu’il ait été si pusillanime. Qui sait, peut-être que sa maladie aurait suscité un peu d’empathie. Évidemment, il ne devrait pas mentir, mais un mensonge lié à la prostate est le plus petit et le plus marginal de son tissu de mensonges.

Samedi, certains affirmaient déjà que Netanyahou avait signalé sa maladie pour aider son affaire de justice. D’autres sont convaincus qu’il l’a fait à la suite de mauvais sondages. Certains pensent qu’il devrait maintenant prendre sa retraite, à cause de sa prostate. Qu’il en soit ainsi.

Il peut encore avoir, malgré tout, des émotions humaines et des faiblesses. On peut ou non se joindre à ceux qui lui souhaitent une bonne santé, mais qu’on laisse sa prostate tranquille.

source : Haaretz via Fausto Giudice


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Trump : Une autre opération bidon ou sous faux drapeau ? Pour construire une salle de bal ? Ou pour intensifier une guerre ?

 

par Kevin Barrett

Donald Trump n’arrête pas de se faire tirer dessus. Heureusement pour lui, sinon pour nous, ceux qui lui tirent dessus sont d’une incompétence sidérante. Pour une raison obscure, les tireurs compétents s’en prennent toujours à ceux qui causent des problèmes à Israël, comme les Kennedy et Charlie Kirk, tandis que les imbéciles qui tirent sur Trump seraient incapables de toucher une cible à bout portant. Et si, par un coup de chance incroyable, ils parviennent à atteindre l’oreille de Trump avec une balle d’AR-15, la balle elle-même s’avère incompétente. En réalité, une balle d’AR-15 qui touche une oreille humaine sans laisser la moindre trace de dommage est pire qu’incompétente. Comme Trump le dirait sans doute à une telle balle, s’il l’avait engagée à l’époque de «The Apprentice» : «Vous êtes virée !»

Et en parlant de coups de feu… La porte-parole de Trump, Karoline «Lèvres de mitrailleuse» Leavitt, avait prédit la fusillade d’hier soir deux heures avant qu’elle ne se produise : «Il y aura des coups de feu ce soir !»

Les réseaux sociaux ont réagi par une avalanche de critiques acerbes. Le consensus : «Ça a mal vieilli».

Leavitt n’était pas la seule à révéler qu’elle savait pertinemment que la «fusillade» n’était pas tout à fait légale. La journaliste de Fox News, Aishah Hasine, était en train de décrire comment le mari de Leavitt, Nicholas Riccio, la vantait tout en l’avertissant de ce qui allait se produire, lorsque soudainement et sans raison apparente (hormis l’évidente), Fox a coupé la diffusion.

Bien sûr, à chaque fois qu’une nouvelle tentative d’assassinat contre Trump, manifestement fausse, est dévoilée en direct sous nos yeux, avec une «révélation du mode opératoire» pleine de culot, les médias traditionnels s’activent pour dissimuler tous les indices flagrants et font semblant de prendre pour argent comptant le récit officiel absurde. Pas étonnant que la génération Z ne prenne même pas la peine de vérifier ce que disent les médias traditionnels, préférant se jeter directement sur le concert de railleries sarcastiques qui déferle sur les réseaux sociaux.

https://reseauinternational.net/trump-une-autre-operation-bidon-ou-sous-faux-drapeau-pour-construire-une-salle-de-bal-ou-pour-intensifier-une-guerre/

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Guerre contre l’Iran : La paix à coups de matraque

 

« Qui veut payer le prix de la paix ? » question formidable surtout quand celui qui la pose tient déjà la caisse, imprime les billets… et pointe le canon.

Car il faut arrêter avec cette comédie diplomatique des Américains. Ce qu’on nous vend comme une négociation n’est rien d’autre qu’un racket géopolitique à grande échelle. Une extorsion polie, emballée dans le vocabulaire feutré des chancelleries. On n’exige pas, voyons  on “discute”. On ne menace pas — on “dissuade”. Et quand ça ne suffit pas, on sanctionne, on asphyxie, on étrangle… puis on s’étonne que la victime refuse de dire merci.

L’histoire est d’une simplicité presque insultante :
on brise les jambes d’un pays, puis on lui reproche de ne pas courir vers la paix.

Et pendant ce temps, certains éditorialistes découvrent, l’air grave, que l’Iran est « affaibli », « divisé », « sous pression ». Quelle révélation. Comme si cette fragilité tombait du ciel, comme une météo capricieuse. Personne pour rappeler que cette “pression” est organisée, méthodique, revendiquée. Non , on préfère observer les fissures sans jamais nommer le marteau.

Et puis il y a la mise en scène : d’un côté, une superpuissance qui joue au shérif global, de l’autre, un État sommé de choisir entre la soumission et l’asphyxie. Et au milieu, ce mot magique : la paix. Un mot vidé de son sens, recyclé en slogan publicitaire pour rapports de force.

Parce qu’il faut oser le dire : cette paix-là n’a rien d’un idéal.
C’est une reddition sous surveillance.
Une tranquillité sous conditions.
Une capitulation avec signature en bas de page.

Quant à la diplomatie version Donald Trump, elle mérite un chapitre à part : brutalité élevée au rang de méthode, improvisation déguisée en stratégie, ultimatum transformé en spectacle. On ne négocie plus, on tweete, on menace, on humilie. La géopolitique devient un ring, et la paix, un trophée de communication.

Mais le plus obscène reste ailleurs : dans cette manière de poser la question du « prix ».
Comme si tout se valait.
Comme si les responsabilités étaient symétriques.
Comme si celui qui impose les règles du jeu pouvait ensuite feindre la neutralité de l’arbitre.

Non. Mille fois non.

Le prix, certains le paient déjà : populations étranglées, économies détruites, sociétés enfermées dans la peur et la défiance. Pendant que d’autres parlent de “stabilité”, bien à l’abri derrière leurs sanctions et leurs flottes militaires.

Alors cessons cette farce.

La paix ne se décrète pas sous embargo.
Elle ne se négocie pas un couteau sous la gorge.
Et surtout, elle ne naît jamais d’un rapport de force travesti en dialogue.

La vraie question n’est pas « qui veut payer le prix de la paix ».
La vraie question est : combien de temps encore acceptera-t-on que la loi du plus fort se fasse passer pour de la diplomatie éclairée ?

Et à force de jouer avec les mots, une dernière inquiétude demeure :
le jour où la paix aura complètement perdu son sens,
que restera-t-il à sauver sinon les ruines qu’on aura pris soin d’appeler “équilibre” ?

Moralité finale : La diplomatie ne devrait pas être l’art de justifier la domination, mais celui de construire l’équilibre. »

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Agression contre l’Iran ! Le cirque des va-t-en-guerre et le triomphe des cendres

Il y a une beauté convulsive dans l’idiotie stratégique. L’Amérique avait promis « l’Aube d’un Nouveau Moyen-Orient », le Grand Soir de la démocratie aéroportée et l’apocalypse finale du « régime des Mollahs ». Résultat ? Après quelques semaines de ce qui ressemble plus à un concours de pyrotechnie hors de prix qu’à une guerre de haute intensité, le spectacle touche à sa fin. Le rideau tombe sur un champ de ruines, laissant derrière lui une odeur de kérosène brûlé et le goût amer d’une humiliation que l'on tente de maquiller en triomphe.

Le fracas des illusions et le prix du sang (des autres)

Le Pentagone, avec cette comptabilité maniaque qui caractérise les empires en déclin, aligne les chiffres : 11 000 frappes. On a « décapité » la chaîne de commandement iranienne si souvent que Téhéran doit désormais ressembler à une hydre de Lerne particulièrement hilare. On a martelé le béton, labouré le désert et fait trembler les montagnes. Et pourtant ? Le programme nucléaire iranien, niché sous des centaines de mètres de roche granitique, regarde passer les bombes avec l’impassibilité du roc. On ne détruit pas une idéologie et un savoir-faire avec des jouets technologiques à plusieurs millions de dollars l’unité quand l'adversaire a l'éternité pour lui.

Pendant ce temps, le « dôme de fer » de certitudes occidentales prend l’eau. Les bases américaines du Golfe ne sont plus que des stands de tir pour drones et missiles iraniens, et le fleuron de l’US Navy, ce porte-avions qu’on croyait insubmersible comme le Titanic s’en va panser ses plaies dans un port européen, loin, très loin des côtes persiques. Quant au détroit d’Ormuz, il est devenu un lac iranien. On joue au billard avec l’économie mondiale, et c’est l’occident qui paye l’addition à la pompe, tandis que les planificateurs de Washington découvrent, avec une candeur touchante, que l'Iran n'est pas un plateau de jeu vidéo, mais un pays qui rend les coups.

Trump : L’art du deal dans les décombres

Et comment cela finit-il ? Par la grande parade de l'absurde. On voit déjà poindre le « dénouement » version Mar-a-Lago. Donald Trump, fidèle à sa méthode de camelot de luxe, s'apprête à hurler au micro qu’il a remporté la plus grande victoire de l’histoire de l’humanité. Il se vantera d’avoir « réduit l'Iran en poussière » tout en signant fébrilement, sous la table, un cessez-le-feu qui ne règle rien.

L’Iran, trop heureux de voir cesser le déluge, rentrera dans ses casernes, intact dans sa détermination. Chaque camp pourra claironner sa victoire devant des foules lobotomisées par la propagande. Mais la réalité, celle qui brûle, est là : rien n’a changé, si ce n’est que Téhéran sait désormais que l’Oncle Sam n’a plus les dents pour mordre. L’Iran sort de ce brasier non pas affaibli, mais sanctifié par sa résistance, plus proche que jamais du seuil nucléaire. Une victoire ? Non, un suicide stratégique au ralenti.

Ukraine : Le vase communicant de la lâcheté

Mais le sarcasme ne s’arrête pas aux rives du Golfe. Par un jeu de vases communicants dont la géopolitique a le secret, la fumée des explosions en Iran aveugle déjà Kiev. L’Amérique est épuisée, saturée, exsangue. Elle n’a plus ni l’estomac, ni le portefeuille pour entretenir deux fronts.

Trump, qui a toujours vu l’Ukraine comme une « erreur de gestion » léguée par un prédécesseur sénile, va s’empresser de liquider l’affaire. La résistance iranienne a envoyé un message clair au monde : on peut tenir tête à l’Occident. Et ce message a été reçu cinq sur cinq au Kremlin.

Poutine n'a plus qu'à attendre que le fruit mûr tombe. Pourquoi ferait-il des concessions à une Amérique « sur-étendue », humiliée par des milices et des drones iraniens ?

Le scénario est écrit :

  1. L'abandon cynique : Sous couvert de « pragmatisme », on forcera l'Ukraine à une paix infamante.
  2. Le gel du front : On entérinera le fait accompli russe sur les ruines de la souveraineté ukrainienne.
  3. La fin de l'illusion : Kiev devra accepter l'injustice pour prix de sa survie, pendant que l'Occident se félicitera d'avoir ramené la « paix ».

L’Occident, dans son arrogance décrépite, pensait redessiner le monde. Il n'a fait que démontrer son impuissance. Le rire est noir, car il est le seul rempart contre le constat de la   déchéance occidentale. On ne convainc plus, on n'intimide plus : on s'agite dans le vide, en espérant que personne ne remarquera que le roi est non seulement nu, mais qu'il est en train de brûler.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Les Pays du Golfe face aux missiles iraniens : L’agresseur invisible et la riposte coupable :

Est-ce l’Iran qui à un moment ou un autre a bombardé une bonne partie des Etats de la région sans sommation ni déclaration de guerre ?

A quel moment l’Iran a annexé une partie d’un territoire voisin par la force ?

A quel moment a t’il dit qu’il voulait le faire ? Ce sont des questions légitimes qui se posent quand on voit écrites de pareilles âneries.
L’Iran a été attaqué grâce à des infrastructures hébergées par les pays du Golfe qui ont autorisé de facto leur utilisation à des fins offensives. Ils ne peuvent être neutres en aidant une des parties au combat et l’agresseur en particulier. Héberger des infrastructures militaires utilisées dans une attaque, c’est participer de facto au conflit, alignée sur une vision sécuritaire pro-israélienne et pro-américaine.

Il faut parfois relire deux fois certains textes de presse des pays du Golfe,  pour être sûr de ne pas halluciner. Celui-ci appartient à cette catégorie rare : celle où l’énormité des affirmations provoque presque un réflexe physique. On ne débat plus, on suffoque. Il efface la logique de riposte et transforme une réaction en initiative agressive. C’est un classique de rhétorique : celui qui répond devient celui qui attaque.

Mais au fond, rien de surprenant. Quand un auteur d’un pays du Golfe revendique, explicitement ou non, une grille de lecture militante, il ne produit pas une analyse : il rédige un réquisitoire.

Car enfin, remettons les choses dans l’ordre.

Qui a frappé en premier ?
Qui a bombardé des installations sur le territoire d’un État souverain sans déclaration de guerre ?
Et qui, ensuite, est sommé d’endosser le rôle de l’agresseur ?

Dans cette inversion presque orwellienne, la riposte devient crime, et l’attaque initiale disparaît dans les notes de bas de page.

On nous parle ensuite de “l’expansionnisme iranien”. Très bien. Mais à quel moment Iran a-t-il annexé un territoire voisin par la force ? À quel moment a-t-il revendiqué une telle intention ? Silence radio. L’accusation flotte, massive, mais creuse.

En revanche, une réalité dérangeante est soigneusement contournée :
les États du Golfe qui se disent “non parties au conflit” hébergent des bases militaires utilisées pour frapper. Curieuse neutralité. Une neutralité armée, équipée, prêtée.

À ce stade, il ne s’agit plus d’analyse mais de prestidigitation.

Les chiffres, eux, tombent en cascade : missiles, drones, interceptions. Une pluie de données pour donner au récit une apparence de sérieux. Mais derrière cette précision apparente, une question simple : que prouvent-ils, sinon qu’une guerre est en cours guerre dont les causes sont soigneusement édulcorées ?

Et puis vient le moment de vérité idéologique.

La célébration des Accords d’Abraham comme choix “visionnaire”. L’alignement stratégique avec Israël présenté comme une évidence. Et, ultime glissement, l’évocation à peine voilée d’un changement de régime à Téhéran. Voilà donc le cœur du texte : non pas comprendre une crise, mais justifier un camp.

Le reste n’est qu’habillage.

Car la réalité est plus simple, et plus brutale : on ne peut pas transformer indéfiniment des actes offensifs en postures défensives sans que la contradiction finisse par éclater.

À force de tordre les faits, ce n’est pas l’adversaire qu’on caricature c’est la crédibilité qu’on sacrifie. Et dans ce théâtre d’ombres où chacun joue son rôle, une question demeure, lancinante :
que restera-t-il de ces certitudes martelées lorsque la poussière retombera ?

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le Zèle des Juifs : Quand la Diaspora se rêve plus Royale que le Roi :

Une citation d’Albert Camus afin d’illustrer le propos : « La liberté est un droit, mais elle n’est jamais complète tant que la parole est muselée. »

Il y a quelque chose de fascinant, presque clinique, dans le spectacle de cette « élite » hexagonale qui s’agite autour de la loi Yadan. On présente au citoyen français un texte censé traquer « l’hydre » antisémite, mais qui ressemble surtout à une muselière dorée, forgée dans les salons parisiens par des zélotes qui, manifestement, n’ont pas reçu les dernières nouvelles du front de la réalité.

Le Paradoxe du Miroir Déformant

Le texte que nous analysons souligne une vérité presque comique : en France, une poignée d’intellectuels en charentaises et de politiciens en quête de boussole défendent une ligne plus rigide que l’état-major de Tsahal. C’est le syndrome du « plus royaliste que le roi », ou plutôt du « plus sioniste que le Sabra ».

Pendant qu’à Tel-Aviv, on manifeste, on hurle, on critique l’occupation et on dissèque les failles du gouvernement sans finir au fer rouge, les « gardiens de la vertu » parisiens, Caroline Yadan en tête, veulent imposer une police de la pensée. Leur concept ? L’antisionisme serait le cache-sexe de l’antisémitisme. Pratique. C’est le couteau suisse de la censure : une lame pour couper la parole, une pince pour extraire la nuance, et un poinçon pour marquer au front quiconque ose suggérer que Benjamin Netanyahu n’est pas un saint laïc mais un criminel de guerre.

La Sainte Alliance de la Carpe et du Lapin

Le spectacle devient franchement grotesque quand on observe la valse-hésitation entre le Rassemblement National et les promoteurs de cette loi. Voir Jordan Bardella jouer les pèlerins de la sécurité à Jérusalem pour faire oublier l’odeur de soufre de son héritage politique, c’est un peu comme voir un loup se faire refaire les dents pour mieux vendre du dentifrice bio.

Et que dire de leurs médias « mainstream », ces choristes du consensus qui, derrière Laurence Ferrari ou d’autres pyromanes de plateau, transforment l’information en catéchisme ? On ne discute plus, on communie. On n'analyse pas, on excommunie. Le refus de voir la réalité de Gaza n'est plus une opinion, c'est une cécité volontaire érigée en vertu journalistique.

L’Hydre et le Pompier-Pyromane

Le point d’orgue est atteint avec la figure de Jupiter-Macron. En invoquant « l’hydre » à tout bout de champ, le Président ne fait pas que de la sémantique ; il prépare le bûcher. En amalgamant tout, l’extrême gauche, l’islamisme, la critique politique dans un grand chaudron de « haine », il vide le mot « antisémitisme » de sa substance historique pour en faire une matraque électorale.

C’est là que le bât blesse, et que la brûlure commence à se faire sentir. À force de crier au loup (ou à l’hydre) dès qu’un citoyen s’inquiète du sort d’un enfant à Khan Younès, on ne protège pas les juifs de France ; on crée un climat d’asphyxie. On transforme un combat noble  la lutte contre le racisme en une entreprise de surveillance de masse où le simple fait de lire un rapport de B’Tselem pourrait bientôt vous valoir une visite de la patrouille idéologique.

Conclusion : Le Rire de Camus contre le Silence des Agneaux

Le texte initial se conclut par une citation de Camus sur la liberté. Quelle ironie ! Camus, l’homme de la mesure, utilisé pour justifier une loi de démesure.

Si la loi Yadan passe, ce ne sera pas une victoire contre la haine, mais le triomphe du ridicule tragique. La France sera ce pays étrange où l'on a plus de liberté de critiquer Israël à Jérusalem qu'à la Sorbonne. Un pays où la « protection » rime avec « extinction des feux » de l’intelligence.

Alors, rions. Rions de ce zèle de diaspora qui confond le débat avec le combat, et la critique avec le crime. Car si la France perd le droit de critiquer, elle  perd celui de penser. Et une démocratie qui ne pense plus n’est plus qu’un cadavre encombrant, parfumé aux bons sentiments de salon.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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