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Le Ministre de l’Intérieur Français en Algérie, juste une belle affiche !

alt : Ministre Français en viste en Algerie

À lire le dit de la presse Française consacré à la visite de Laurent Nuñez à Alger, une impression tenace s’impose : celle d’un récit une fois de plus déséquilibré, où la responsabilité des tensions franco-algériennes semble glisser presque mécaniquement du côté d’Alger, tandis que le rôle de Paris demeure traité avec une retenue pour le moins confortable, assez  drôle la lecture de la presse française dont les journaleux ont manifestement des ambitions littéraires, au niveau de l’Académie Française de Sansal.

Ce biais n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une longue tradition médiatique française qui tend à présenter la relation avec l’Algérie sous un prisme largement franco-centré. Dans l’article, l’initiative française est valorisée, les promesses de « résultats dans les plus brefs délais » sont relayées sans véritable mise à distance critique, et la séquence diplomatique est décrite comme une tentative de dégel impulsée par Paris. Mais où est l’examen sérieux des responsabilités françaises dans la dégradation actuelle des relations ?

Car enfin, la crise entre la France et l’Algérie ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un enchaînement de décisions politiques, de déclarations publiques et de choix diplomatiques dont la France est pleinement partie prenante. Réduire implicitement la tension à une posture algérienne, ou à une forme de blocage venu d’Alger, revient à simplifier à l’extrême une réalité profondément bilatérale — et historiquement chargée.

Plus révélateur encore est le déséquilibre flagrant des voix citées. La parole officielle française occupe l’espace central : déclarations ministérielles, intentions affichées, objectifs sécuritaires. En face, les positions algériennes apparaissent peu incarnées, peu développées, presque périphériques. Le président Abdelmadjid Tebboune est mentionné, certes, mais sans que sa lecture politique de la séquence ne soit réellement explorée. Quant aux analystes algériens, aux chercheurs spécialisés ou aux voix critiques indépendantes, ils sont tout simplement absents.

Ce type de traitement produit un effet bien connu : il construit un récit implicite dans lequel la France agit, propose, relance tandis que l’Algérie semble devoir répondre, suivre ou résister. Or la réalité diplomatique est autrement plus symétrique, et souvent plus rugueuse. Les autorités algériennes ont leurs propres contraintes internes, leur propre lecture du rapport de force et leurs propres lignes rouges, notamment sur les questions migratoires, mémorielles et régionales. Les ignorer ou les sous-documenter n’aide ni à comprendre la situation, ni à éclairer le débat public.

On peut également s’étonner du faible niveau de questionnement critique face aux promesses politiques rapportées. Annoncer des « résultats rapides » dans le dossier franco-algérien relève presque du rituel diplomatique tant l’histoire récente montre la lenteur, la fragilité et parfois la réversibilité des avancées entre les deux pays. Relayer cette formule sans la confronter au bilan des précédentes tentatives de rapprochement revient à reprendre, au moins en partie, la narration officielle.

Informer sérieusement sur la relation franco-algérienne exige pourtant autre chose qu’une simple chambre d’écho des communications ministérielles. Cela suppose : de diversifier réellement les sources, de restituer la profondeur historique du contentieux et surtout de traiter les responsabilités de manière équilibrée.

À défaut, le risque est clair : reconduire, article après article, une lecture partielle qui entretient les incompréhensions plutôt qu’elle ne les éclaire.

Dans un moment où les relations entre Paris et Alger restent fragiles, le rôle de la presse devrait être d’apporter de la complexité, de la nuance et du pluralisme. Pas de reproduire — même involontairement un récit diplomatique à sens unique.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

Algérie/France : Nous avons des Lois :

 

Les Ministres Algerien et Français

La visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’a rien d’un banal déplacement diplomatique. Derrière les poignées de main et les sourires de circonstance se joue une séquence politique beaucoup plus révélatrice : celle d’une France hésitante, traversée de contradictions, et en quête d’avantages stratégiques sans toujours assumer le prix politique d’un véritable partenariat. La question centrale demeure entière : c’est l’envoyé de la France de Macron ou celle de la France de Retailleau ?

S’agit-il d’une visite de travail ou seulement une visite de courtoisie, sans être un fin politique il me semble que c’est plutôt une visite de courtoisie, une sorte de revue des effectifs du président d’une entité coloniale, accompagné fortement de médias aux canards de causettes et déchaînés contre une Algérie  qui n’existe pas et il leurs reste la hargne, les insultes, les concours entre eux à s'exciter sur leurs slogans ...

La priorité sécuritaire, matrice du discours

Ancien patron de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), Laurent Nuñez porte une grille de lecture avant tout sécuritaire. Pour l’appareil d’État français, l’Algérie est indispensable : verrou du Sahel, pivot du renseignement régional, acteur clé sur les flux migratoires.

Mais cette centralité s’accompagne d’une ambiguïté persistante. Paris exige une coopération maximale notamment en matière de sécurité et de migration  tout en rechignant à reconnaître pleinement la nécessité d’une relation équilibrée sur le plan politique. Autrement dit : partenariat recherché, mais asymétrie conservée.

Les influences qui pèsent sur la décision française

Comme toute démocratie, la France est traversée par des réseaux d’influence multiples  politiques, économiques, associatifs qui cherchent à orienter le débat stratégique.

Parmi eux figurent notamment le CRIF et ELNET, acteurs visibles du paysage politico-diplomatique français. Leur rôle, réel dans le débat public, alimente à Alger une perception de plus en plus répandue : celle d’une politique française parfois sensible à des pressions externes dans la définition de ses priorités moyen-orientales et méditerranéennes.

Le CRIF et ELNET en première ligne, l’aspect le plus critique de cette visite réside dans l’inféodation croissante de la politique étrangère française à des groupes de pression puissants, Laurent Nuñez se déplace sous le regard vigilant du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) et de l'organisation ELNET, qui militent activement pour aligner les intérêts de Paris sur les impératifs géostratégiques sionistes ( Franco-Israélo-Morocco ),

Pour ces lobbies, l’Algérie demeure un " obstacle idéologique " majeur qu’il faut neutraliser ou affaiblir. La posture de Nuñez est ainsi dictée par une volonté de satisfaire ces cercles qui voient dans la fermeté algérienne sur le dossier palestinien une menace à réduire. L’axe Paris-Rabat...Une convergence d'intérêts toxique Le ministre français parle également au nom d'un lobby pro-marocain solidement ancré au sein de l'administration française, ce groupe de pression, en parfaite symbiose avec les cercles sionistes, pousse vers une rupture définitive des équilibres régionaux au profit de Rabat, en venant à Alger, Nuñez porte en filigrane cette nouvelle orientation française, utilisant les dossiers de l'immigration et des visas comme des outils de chantage politique pour servir cet axe hybride qui vise à isoler l'Algérie sur l'échiquier méditerranéen

Qu’elle soit exagérée ou fondée, cette perception pèse désormais sur la confiance bilatérale.

Le facteur marocain : une ligne de fracture durable

Autre sujet de crispation : la relation privilégiée entre Paris et le Maroc.

À Alger, cette proximité est souvent interprétée comme un déséquilibre stratégique assumé. Dans ce contexte, les dossiers migratoires et consulaires prennent une dimension qui dépasse largement la technique administrative : ils deviennent des instruments de pression dans une rivalité régionale feutrée mais bien réelle.

Prisonnier du climat politique français

Il serait naïf d’analyser la démarche de Laurent Nuñez sans regarder la scène politique française. Le durcissement du débat migratoire, la pression de l’opinion et la compétition entre forces politiques poussent l’exécutif à afficher des signaux de fermeté.

La menace agitée autour de la révision de l’accord de 1968 relève aussi de cette logique : envoyer un message à l’électorat intérieur, parfois au risque de tendre inutilement la relation avec Alger.

Une France plurielle… et parfois contradictoire

Contrairement aux lectures simplistes, la France n’agit pas d’un seul bloc. Elle est traversée par : des élites administratives issues de l’après-guerre, des réseaux économiques puissants,  des courants politiques hérités des recompositions des années 1960 et des forces plus conservatrices en pleine affirmation.

Ces dynamiques internes produisent une politique étrangère parfois hésitante, où les signaux envoyés à Alger peuvent manquer de lisibilité stratégique.

Le poids intact des logiques de puissance

Une constante, en revanche, ne varie guère : les grandes puissances défendent d’abord leurs intérêts. L’histoire montre que les alternances politiques modifient le ton, rarement la trajectoire stratégique.

Pour les États qui aspirent à une autonomie réelle, la leçon est connue : la crédibilité internationale repose encore largement sur la puissance économique, technologique et militaire. Le monde reste, qu’on le veuille ou non, structuré par le rapport de force.

OQTF : la bataille des interprétations

Le débat actuel souffre aussi d’une confusion entretenue entre deux instruments juridiques distincts.

« OQTF » qui est l’acronyme de « Obligation de quitter le territoire français », cette mesure non prévue dans les Accords Algéro-français ne concerne que l’administration française (la préfecture) et l’individu objet de la mesure. Elle ne s’adresse et ne vaut qu’avec ce dernier, non à l’État Algérien qui n’y est lié en rien. L’État français qui prend cette mesure « invite » la personne y visée qu’à quitter son territoire, à charge pour celle-ci de se rendre dans le pays de son choix pourvu qu’elle quitte le territoire français.

Nulle part, il n’est écrit ou prévu que l’Algérie doive accepter de « reprendre » une personne frappée d’une « OQTF ». Les autorités françaises s’évertuent ici qu’à vouloir faire un abusif amalgame entre « OQTF » et « Arrêté d’expulsion », comme si les Autorités Algériennes ne savaient pas faire la distinction.

Conclusion : une relation à la croisée des chemins

La visite de Laurent Nuñez à Alger révèle moins une crise ponctuelle qu’un malaise structurel. Entre impératifs sécuritaires, calculs politiques internes et rivalités régionales, la relation franco-algérienne reste prisonnière de ses non-dits.

Une chose est sûre : à l’ère des puissances affirmées, les relations internationales ne se nourrissent ni d’illusions ni de nostalgie, mais de clarté stratégique et de rapports de force assumés.

La vraie question n’est donc peut-être pas seulement pour qui parle l’envoyé de Paris mais si Paris est prêt, enfin, à parler d’égal à égal.

Gageons juste que le Ministre de l’Intérieur Français n'aura pas oublié de téléphoner à son chef spirituel Retailleau pour lui faire son compte rendu et peut-être lui passer le bonjour de l’Algérie.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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La France en Algérie : le grand cirque de l’hypocrisie :

 

France en Algerie

Ah ! La France… toujours là pour donner des leçons, distribuer la morale et exhiber sa conscience comme un trophée. Et l’Algérie ? Patiente, comme toujours. Depuis un siècle et quelques poussières, elle attend que Paris daigne enfin regarder son passé et respecter ses revendications. Mais non : mieux vaut parler de coopération, de dialogues fictifs et de beaux gestes diplomatiques… invisibles à l’œil nu.

OQTF : la dignité algérienne mise en cage

Les Obligations de Quitter le Territoire Français, version France. Traduction : on applique nos lois avec zèle, mais quand l’Algérie demande juste un peu de respect et d’humanité pour ses citoyens, silence. On applaudit le grand art du cynisme administratif. Et pendant ce temps ? Les familles, les vies, les histoires… suspendues entre deux tampons officiels. Tragique. Le rire noir du bureaucrate français : efficacité maximale, humanité zéro. Familles suspendues, vies brisées, dignité piétinée. Mais applaudissons la rigueur. Tragique ? Comique ? Les deux.

Christophe Gleizes : otage de l’absurde

Un journaliste français en prison à Alger. Paris soupire, menace, brandit la diplomatie comme un jouet. Alger répond : non merci. Résultat ? Un homme derrière les barreaux, des gouvernements qui jouent à « qui a le plus beau discours », et la France qui se congratule pour sa coopération. Rire noir ? Absolument. Morale ? Inexistante.

Crânes et archives : le musée de la bonne conscience

Les crânes d’Algériens exposés au Musée de l’Homme. Les archives coloniales enfermées sous clé. Restituer ? Non, merci. Mais offrir un fac-similé ou un sourire protocolaire ? Avec plaisir. La mémoire française est précieuse… pour elle seule. Ironique ? Oui. Mais la France adore le mot partage, tant que ça ne coûte rien et ne touche pas à ses privilèges.

Biens et extraditions : l’art du simulacre

L’Algérie réclame justice : restituer les biens volés, juger les coupables. La France s’émeut : « On a des lois ». Oui, des lois pour protéger ses citoyens. Pour ceux d’Algérie ? Hum… moins évident. La justice française est une acrobate : elle jongle avec principes et privilèges, équilibre improbable entre droit et hypocrisie. Spectacle garanti.

Conclusion : tragédie ou comédie ?

Alors, oui, Paris « coopère ». Mais seulement avec ce qui ne lui coûte rien : un sourire, un mot doux, une promesse flottante. L’Algérie, elle, reste là, digne, avec ses revendications légitimes et historiques. Et nous, spectateurs, on rit jaune, on rit noir, on rit de cette comédie diplomatique qui dure depuis trop longtemps.

La morale ? La France ne regarde jamais son passé. Elle préfère l’applaudir. Et l’Algérie ? Elle continue d’attendre. Patiente. Trop patiente.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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OQTF : Une politique migratoire pour les Algériens/

OQTF

Une politique d’affichage plus qu’une politique efficace

Depuis plusieurs années, le recours aux obligations de quitter le territoire français (OQTF) s’est imposé comme un instrument central de la politique migratoire menée par la France. Présentée comme un outil de fermeté nécessaire au respect du droit, cette procédure administrative soulève pourtant des interrogations de plus en plus fortes sur son efficacité réelle, sur son équité, et sur ses conséquences humaines et diplomatiques.

Chaque année, la France prononce des dizaines de milliers d’obligations de quitter le territoire français (OQTF). En 2023, environ 134 000 OQTF ont été émises toutes nationalités confondues. Mais selon la Cour des comptes, moins de 10 % sont réellement exécutées. Résultat : des mesures symboliques qui frappent souvent au hasard, plutôt qu’une politique migratoire efficace

Selon l’INSEE, 887 000 Algériens immigrés vivaient en France en 2022, sans compter leurs descendants. Beaucoup sont installés depuis longtemps, travaillent, ont des enfants scolarisés et contribuent à la société. Et pourtant, l’OQTF frappe encore, souvent sans discernement. La loi impose certes un cadre légal, mais l’usage massif de ces mesures traduit une approche administrative froide, déconnectée des réalités humaines et sociales.

Derrière l’apparente rigueur des chiffres,  se cache une réalité beaucoup plus trouble. Des milliers d’OQTF sont prononcées chaque année, mais une large proportion d’entre elles n’est jamais exécutée. Ce décalage massif entre décisions et expulsions effectives interroge la cohérence même de la politique poursuivie. À force de multiplier des mesures dont l’application demeure incertaine, l’État donne le sentiment d’une politique d’affichage davantage que d’une stratégie réellement opérante.

Plus préoccupant encore, de nombreux observateurs constatent que ces mesures touchent de manière particulièrement visible les ressortissants de l’Algérie. Cette situation s’inscrit certes dans une histoire migratoire spécifique entre Paris et Alger. Mais elle alimente aussi, qu’on le veuille ou non, un sentiment de ciblage et de déséquilibre qui mérite d’être regardé en face, sans caricature ni déni.

Sur le plan strictement juridique, l’OQTF est une procédure légale. Personne ne conteste le droit d’un État souverain à organiser les conditions de séjour sur son territoire. Mais la légalité formelle ne suffit pas à épuiser le débat politique et moral. Lorsqu’une mesure administrative frappe des personnes vivant depuis de longues années en France, y ayant construit des attaches familiales, sociales ou professionnelles, la question de la proportionnalité devient centrale.

Or, dans la pratique, de nombreuses décisions apparaissent prises selon une logique largement administrative, parfois déconnectée de la réalité humaine des situations individuelles. Des hommes et des femmes installés de longue date se retrouvent soudainement menacés d’éloignement, souvent au terme de parcours marqués par la précarité administrative plutôt que par une volonté délibérée de se soustraire à la loi.

À cette fragilité humaine s’ajoute une impasse diplomatique persistante. L’exécution des OQTF visant des ressortissants algériens dépend étroitement de la délivrance de laissez-passer consulaires par l’Algérie. Leur rareté chronique est connue depuis des années. Continuer à produire massivement des décisions dont on sait qu’elles seront difficilement exécutables pose une question de sincérité de l’action publique.

Cette stratégie comporte aussi un risque politique majeur : celui d’alimenter les tensions entre la France et l’Algérie, deux pays liés par une histoire dense, douloureuse et encore sensible. Transformer la question migratoire en bras de fer récurrent ne peut qu’envenimer un climat déjà fragile.

Il ne s’agit pas ici de nier les défis réels que pose la gestion des flux migratoires. Ils existent, et aucun pays ne peut les ignorer. Mais l’efficacité d’une politique publique se mesure à ses résultats concrets, pas à l’accumulation de décisions symboliques. Une politique migratoire crédible devrait concilier fermeté juridique, réalisme diplomatique et prise en compte sincère des situations humaines.

Aujourd’hui, le dispositif des OQTF, tel qu’il est massivement utilisé, semble échouer sur ces trois plans à la fois : efficacité limitée, tensions bilatérales accrues et sentiment d’injustice pour une partie des personnes concernées.

Il est temps d’ouvrir un débat lucide et dépassionné sur l’usage réel de cet outil. Non pas pour renoncer à toute régulation  ce serait irresponsable mais pour sortir d’une logique quantitative qui donne l’illusion de la maîtrise sans toujours en produire les effets.

Une politique migratoire digne d’un État de droit ne se juge pas à la sévérité affichée de ses décisions, mais à leur cohérence, à leur effectivité et à leur justice.

Conclusion : justice et humanité plutôt que symbolisme

L’OQTF, dans sa forme actuelle, est un instrument inefficace et injuste. La France gagnerait à privilégier la cohérence, l’équité et le respect des situations individuelles. Une véritable politique migratoire doit protéger les droits des personnes, tenir compte de l’histoire franco‑algérienne et viser l’efficacité réelle, plutôt que de se contenter de l’illusion de fermeté.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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La démocratie occidentale : le théâtre d’une légitimité en décomposition :

                                   Repression policière                                                                                                              
  « On a plus de chances de changer la météo en pétant que de changer le gouvernement en votant »  un lecteur Français

La démocratie occidentale se présente comme l’aboutissement moral et politique de l’histoire moderne. Elle s’auto-proclame gardienne des libertés, protectrice des droits fondamentaux et incarnation universelle de la souveraineté populaire. Pourtant, derrière ce récit officiel soigneusement entretenu, s’étend une réalité beaucoup plus ambiguë : celle d’un système politique qui survit moins par son exemplarité que par sa capacité à maquiller ses contradictions.

La France, autoproclamée « patrie des droits de l’homme », constitue à cet égard un laboratoire révélateur de cette dissonance démocratique.

L’illusion démocratique et la confiscation du pouvoir populaire :

La démocratie actuelle repose sur une promesse simple : gouverner au nom du peuple et pour le peuple. Or, dans les faits, elle s’apparente de plus en plus à une délégation permanente de pouvoir à des élites politiques et économiques dont les décisions échappent largement au contrôle citoyen.

Le rituel électoral devient alors un mécanisme de légitimation plutôt qu’un véritable instrument de souveraineté populaire. Les programmes politiques se succèdent, les promesses électorales se multiplient, mais les orientations fondamentales restent inchangées. Le citoyen vote, mais il ne gouverne jamais réellement.

Cette rupture entre gouvernants et gouvernés se manifeste notamment par la multiplication de réformes impopulaires imposées au nom de la rationalité économique ou de la nécessité budgétaire. Derrière la rhétorique modernisatrice, le citoyen découvre progressivement qu’il n’est plus acteur de la décision politique, mais simple variable d’ajustement.

La gestion sécuritaire du désaccord politique :

Lorsque la contestation sociale émerge, la démocratie occidentale révèle une autre facette : sa capacité à transformer le désaccord en problème d’ordre public.

En France, les mouvements sociaux récents qu’il s’agisse des Gilets jaunes, des contestations sanitaires ou des mobilisations contre la réforme des retraites  ou  le mécontentement des agriculteurs illustrent cette mutation. La protestation, pourtant constitutive de la vie démocratique, est fréquemment requalifiée en menace sécuritaire.

Les dispositifs de maintien de l’ordre, tels que les nasses, l’usage d’armes dites « intermédiaires » ou les interpellations préventives, témoignent d’une évolution inquiétante. Ce qui est présenté ailleurs comme une dérive autoritaire devient, dans le discours officiel occidental, une manifestation normale de la « violence légitime » de l’État.

À qui profite cette violence ?

La police se définit comme la partie de l’État à laquelle on donne le pouvoir d’agir violemment. La violence a touché beaucoup de monde d’un coup et dans une configuration particulière, dans les nasses notamment, dispositif amplement utilisé qui permet de gazer ou de charger une foule immobilisée. Il y a eu une montée en intensité de la répression qui va de pair avec une stratégie qui vise à plonger les manifestant.es dans une altérité assez radicale, légitimant qu’on puisse se permettre d’avoir sur elles et eux tous les droits.

Le caractère répressif des interventions policières, la discrimination dont les policiers font preuve à l’égard des jeunes, l’utilisation de mesures disproportionnées et l’usage abusif de la force, le manque de respect dû aux citoyens, le manque de neutralité politique, amène, plusieurs participants à mentionner avoir été profondément ébranlés par la répression policière, ils témoignent d’un sentiment d’insécurité ou d’anxiété en présence des policiers.

De plus, l’état émotif décrit par certaines victimes de répression s’apparente à un traumatisme. Ces traumatismes peuvent être révélés par plusieurs symptômes : crises de panique, paranoïa, peur et anxiété sévères en présence de policiers ou face à un stimulus associé aux forces policières, cauchemars, etc

Un citoyen français de confession musulmane, met en relief la répression policière subie : «je suis un Arabe un peu plus contrôlé que d’autres, malgré mon âge avancé,  je ne vis pas en banlieue, cependant pendant mes interpellations trop souvent, je me suis fait taper dessus, on m’a expliqué que j’étais peut être un agent de Daesh. Quand j’étais en garde à vue, on m’a expliqué tout bonnement que j’étais un bougnoule. Une autre fois, j’étais venu constater la manifestation et on m’a étranglé alors qu’un type au sol faisait une crise d’épilepsie parce qu’il avait été tassé ».

Personne ne leur demandera jamais des comptes de responsabilité Les violences policières impunies, et la même tension entretenue face aux mobilisations des gilets jaunes,  c’est manifestement le cas. Pourtant la violence arbitraire et les privations de liberté sans raison n’ont pas leur place dans un état de droit, alors il faut revenir à un usage proportionné de la force et supprimer les brigades mobiles comme la BRAV-M, héritière des sinistres voltigeurs, qui n’ont pour seul objectif d’effrayer et terroriser les manifestants par la violence.

Le rôle ambigu des médias et de la fabrication du consentement :

Les médias jouent un rôle central dans cette dynamique. Loin d’être de simples observateurs neutres, ils participent souvent à la construction d’un récit qui hiérarchise les violences. La brutalité policière devient secondaire face aux dégradations matérielles, tandis que la contestation sociale est fréquemment réduite à ses débordements marginaux.

Cette mise en récit contribue à délégitimer la protestation et à transformer les revendications politiques en troubles sociaux. L’opinion publique est ainsi orientée vers une lecture sécuritaire des conflits sociaux, favorisant l’acceptation progressive de mesures répressives.

L’hypocrisie internationale des droits de l’homme :

L’Occident revendique un rôle moral dans la défense des droits humains à l’échelle mondiale. Pourtant, cette posture universaliste révèle rapidement ses limites lorsqu’elle entre en contradiction avec des intérêts géopolitiques ou économiques.

Les violations des libertés fondamentales commises par des alliés stratégiques suscitent souvent des réactions modérées, tandis que celles perpétrées par des États rivaux donnent lieu à des condamnations virulentes. Cette sélectivité fragilise la crédibilité du discours occidental sur les droits de l’homme.

Même certaines organisations internationales ou ONG, pourtant garantes supposées de cette vigilance morale, apparaissent parfois hésitantes ou prudentes lorsqu’il s’agit de dénoncer les dérives des démocraties occidentales elles-mêmes.

La crise économique et la faillite du modèle politique :

La fragilité démocratique se manifeste également dans la gestion économique. L’endettement massif, la croissance des dépenses publiques et les réformes structurelles imposées sans consensus social alimentent un sentiment croissant d’injustice et de dépossession politique.

L’État promet rigueur budgétaire tout en maintenant des structures administratives lourdes et inefficaces. Cette contradiction nourrit la défiance citoyenne et renforce l’impression que la gouvernance démocratique sert davantage à préserver des équilibres institutionnels qu’à répondre aux besoins sociaux.

La montée des radicalités politiques comme symptôme démocratique :

Face à ce sentiment d’impuissance collective, les électorats occidentaux se tournent de plus en plus vers des alternatives politiques radicales. Cette évolution n’est pas nécessairement la cause du malaise démocratique, mais plutôt sa conséquence. Lorsque le débat politique se réduit à un consensus technocratique, les discours populistes apparaissent comme les seuls espaces d’expression de la colère populaire. Ironiquement, la démocratie produit ainsi les forces politiques qui menacent son propre équilibre.

Vers une démocratie de façade ?

La démocratie occidentale ne disparaît pas. Elle se transforme. Elle conserve ses institutions, ses élections, ses discours universalistes. Mais son fonctionnement réel s’éloigne progressivement de l’idéal participatif qu’elle prétend incarner. Elle devient un système capable de tolérer la contestation tant qu’elle reste symbolique, mais prêt à la contenir lorsqu’elle remet en cause les équilibres structurels du pouvoir.

Conclusion : la souveraineté populaire comme horizon inachevé :

La crise démocratique occidentale ne réside pas uniquement dans ses dysfonctionnements institutionnels. Elle repose sur une contradiction fondamentale entre l’idéal proclamé de souveraineté populaire et la réalité d’un pouvoir de plus en plus centralisé, technocratique et sécuritaire.

La démocratie occidentale ne s’effondre peut-être pas encore. Mais elle s’érode silencieusement, minée par ses propres paradoxes et dans cette lente décomposition, le peuple, une fois encore, demeure spectateur d’un système qui prétend pourtant parler en son nom.

La France s’effondre, tellement affligeant, cela détourne de constater le délitement de la France., sauf l'arrivée de l’extrême droite et ses lobbies (Zemmour et consorts), largement applaudis en vendant un bonheur collectif illusoire jusqu’ à l’obsession. C'est plus sain pour la démocratie.

Moralité : le Peuple Français, une fois de plus reste perdant sur tous les lignes. Et ça, c'est machiavélique ! 

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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France : le dernier réflexe colonial accuse l’Algérie comme 5e colonne dans le pays :

Dans ces discours, on trouve comme d’habitude du mauvais et du plus mauvais, encore une coulée compassionnelle et fausse, totalement hypocrite du haut vers le bas. Pour parvenir à faire passer ce mensonge, il faut taper sur un bouc émissaire, peu importe lequel. Ici, c'est l’Algérie qui a le rôle, et ces discours extrémistes, désignent au fond les Algériens de France et les binationaux comme une cinquième colonne prête à toutes les duplicités, dont il faudrait se méfier. Dans ces discours, on trouve comme d’habitude du mauvais et du plus mauvais, encore une coulée compassionnelle et fausse, totalement hypocrite du haut vers le bas. Pour parvenir à faire passer ce mensonge, il faut taper sur un bouc émissaire, peu importe lequel. Ici, c'est l’Algérie qui a le rôle, et ces discours extrémistes, désignent au fond les Algériens de France et les binationaux comme une cinquième colonne prête à toutes les duplicités, dont il faudrait se méfier. Mais  le ridicule se trouve dans  «5e colonne» ?

Pourtant à observer la carte actuelle des relations entre l’Algérie et l’Europe, une évidence s’impose : l’Algérie dialogue, coopère et construit avec la majorité des puissances européennes… sauf avec la France. Cette anomalie diplomatique n’est ni un accident ni un malentendu passager. Elle est le symptôme persistant d’un logiciel politique français incapable de sortir de l’ombre coloniale.

Pendant que Rome, Berlin, Madrid ou Lisbonne développent avec Alger des partenariats fondés sur l’intérêt mutuel, la souveraineté et le pragmatisme économique, Paris s’enferme dans une posture héritée d’un passé qu’elle refuse d’assumer lucidement. L’Algérie avance, la France rumine.

L’Algérie d’aujourd’hui n’est plus celle que certains cercles politiques français continuent d’imaginer. Elle n’est plus une périphérie docile ni un marché captif. Elle est devenue un acteur énergétique stratégique, un pivot sécuritaire régional et une puissance diplomatique en affirmation. Face à cette mutation, plusieurs capitales européennes ont su adapter leur approche. La France, elle, persiste dans l’illusion d’un statut privilégié qui n’existe plus que dans sa mémoire nationale blessée.

Le plus frappant dans cette situation reste le gâchis historique que représente la relation franco-algérienne. Aucun autre partenariat en Méditerranée ne disposait d’un socle humain, économique et culturel aussi dense. Des millions de destins entremêlés, des économies interdépendantes, une histoire commune tragique mais structurante. Ce capital exceptionnel aurait pu faire émerger la coopération la plus puissante et la plus stable du bassin méditerranéen. Au lieu de cela, une partie de la classe politique française s’acharne à saboter cette relation par calcul électoral et par nostalgie identitaire.

Car la vérité dérangeante est là : la question algérienne demeure en France un instrument politique intérieur. La mémoire coloniale n’y est pas traitée comme un chantier historique et moral nécessaire, mais comme un levier populiste mobilisé au gré des échéances électorales. À chaque crispation politique interne française, l’Algérie devient un exutoire commode, un miroir déformant sur lequel projeter les peurs identitaires et les fantasmes impériaux. Certains courants Français avancent qu’un pays comme l’Algérie a désormais une 5e colonne dans le pays.

Cette instrumentalisation permanente nourrit un discours condescendant qui continue de considérer l’Algérie comme un espace d’influence naturelle. Derrière les déclarations diplomatiques policées subsiste un réflexe paternaliste profondément enraciné dans une partie des élites françaises, incapables d’accepter que l’Algérie ait définitivement refermé la parenthèse coloniale pour écrire sa propre trajectoire.

Pendant que certains éditorialistes et responsables politiques français ressassent encore le mythe de « l’Algérie française », la réalité géopolitique avance sans eux. L’Algérie multiplie ses partenariats énergétiques avec l’Europe du Sud, renforce ses coopérations industrielles avec plusieurs puissances européennes et élargit son horizon stratégique vers de nouveaux pôles internationaux. Ce mouvement n’est pas une posture idéologique : il est une nécessité souveraine face à une relation bilatérale devenue instable et imprévisible.

La question posée pendant des décennies par certains cercles français, « l’Algérie peut-elle se passer de la France ? » apparaît aujourd’hui comme une relique d’un autre siècle. L’histoire récente a déjà apporté sa réponse. L’Algérie ne rompt pas avec la France par hostilité, mais elle s’émancipe d’un rapport déséquilibré que Paris refuse obstinément de réinventer.

Le véritable isolement qui se dessine n’est pas celui que certains discours alarmistes attribuent à Alger. Il menace plutôt une diplomatie française figée dans ses réflexes post-impériaux, incapable de comprendre que l’influence ne se décrète plus, elle se négocie, elle se construit, elle se mérite.

Le monde change, la Méditerranée redessine ses équilibres, l’Europe redéfinit ses dépendances énergétiques. L’Algérie s’adapte à cette nouvelle configuration avec pragmatisme et lucidité. La France, elle, semble prisonnière d’un dialogue imaginaire avec son propre passé.

L’histoire ne s’arrête jamais pour attendre les nostalgies nationales. Elle avance avec ceux qui acceptent de la regarder en face.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

Iran/Etats-Unis: quand l’Iran sert d’épouvantail permanent

Iran/Etats Unis

Il existe une mécanique bien huilée dans la presse occidentale: présenter la complexité du Moyen-Orient comme une équation simple, presque scolaire. D’un côté, l’ordre, la rationalité stratégique et la sécurité collective incarnés par les États-Unis, Israël et leurs alliés. De l’autre, le chaos, la subversion et la menace permanente personnifiés par l’Iran. Le texte que j’ai sous les yeux s’inscrit parfaitement dans cette tradition. Il ne décrit pas la réalité : il la découpe, la sélectionne, la redessine jusqu’à la faire entrer dans un récit déjà écrit.

Car enfin, depuis quand un conflit régional se réduit-il à la dangerosité d’un seul acteur ?

On nous décrit l’Iran comme le cœur d’un réseau militaire tentaculaire, orchestrant milices et frappes à distance pour étendre son influence. Mais ce récit oublie opportunément que le Moyen-Orient n’est pas un échiquier où un seul joueur avancerait ses pions pendant que les autres se contenteraient de défendre leur roi. Les États-Unis maintiennent des dizaines de bases militaires dans la région. Israël mène régulièrement des frappes extraterritoriales. L’Arabie saoudite a conduit une guerre dévastatrice au Yémen. Cette réalité disparaît presque totalement du récit proposé, comme si la violence devenait légitime dès lors qu’elle émane du bon camp.

Il faut également refuser cette idée paresseuse qui consiste à présenter l’Iran comme l’ennemi naturel de tous les pays du Moyen-Orient. L’antagonisme central de Téhéran vise Israël, et cet antagonisme ne surgit pas dans un vide historique. Il s’inscrit dans une mémoire politique longue, qui commence avec le renversement en 1953 du Premier ministre iranien Mossadegh par une opération orchestrée par les services américains et britanniques. Cet épisode, fondateur pour la conscience politique iranienne contemporaine, a ouvert la voie à la dictature du Shah, régime autoritaire soutenu sans réserve par les puissances occidentales.

Curieusement, la révolution iranienne disparaît presque toujours du récit lorsqu’il s’agit de dénoncer la nature oppressive du régime actuel. Comme si l’histoire commençait soudainement en 1979, au moment précis où l’Iran cesse d’être un allié stratégique de l’Occident.

Depuis cette révolution, la République islamique vit sous un régime de sanctions économiques qui asphyxie sa population tout en consolidant paradoxalement ses élites sécuritaires. Mais là encore, la narration dominante inverse la causalité : les sanctions deviennent une réponse légitime à l’agressivité iranienne, jamais un facteur participant à son durcissement.

Plus révélateur encore est le traitement de la question nucléaire. Pendant des années, elle a servi d’argument central pour justifier pressions diplomatiques, sanctions économiques et menaces militaires. Aujourd’hui, elle semble reléguée au second plan, remplacée par un discours plus global sur la menace stratégique iranienne. Cette évolution pose une question simple et dérangeante :

Si l’objectif était réellement d’empêcher la prolifération nucléaire, pourquoi avoir saboté l’accord international qui encadrait précisément ce programme et dont les inspecteurs confirmaient globalement le respect ?

Et surtout, qui peut encore croire qu’un État déterminé à acquérir l’arme nucléaire pourrait être arrêté uniquement par la pression extérieure ?

La Corée du Nord offre depuis des décennies un démenti cinglant à cette croyance. Elle a développé son arsenal dans un isolement quasi total. Imaginer que l’Iran, puissance régionale bien plus intégrée économiquement et stratégiquement, serait le seul cas où la coercition fonctionnerait relève davantage du pari idéologique que de l’analyse stratégique.

La presse Occidentale reproduit également une simplification commode en décrivant les Houthis, le Hezbollah ou certaines milices irakiennes comme de simples marionnettes de Téhéran. Cette vision nie les dynamiques locales, sociales et politiques qui nourrissent ces mouvements. Elle permet surtout de transformer chaque conflit régional en projection directe d’un affrontement global avec l’Iran, légitimant ainsi une militarisation permanente des relations internationales.

Et c’est bien là le cœur du problème. Derrière l’apparence d’analyse stratégique, ce type de discours fabrique une vision du monde où la guerre devient non seulement probable, mais presque nécessaire. Chaque tentative de compromis est décrite comme une faiblesse. Chaque désescalade comme une victoire offerte à l’adversaire. La diplomatie y apparaît comme une naïveté dangereuse, et la démonstration de force comme la seule langue compréhensible.

Pourtant, l’histoire récente devrait inciter à un peu de modestie. Les interventions militaires occidentales ont rarement stabilisé durablement la région. Elles ont souvent produit l’effet inverse, alimentant radicalisations, effondrements étatiques et cycles de violence sans fin. Les démonstrations spectaculaires de puissance navale ou aérienne fascinent les commentateurs stratégiques, mais elles laissent derrière elles des territoires fracturés et des sociétés durablement déstabilisées.

À force de présenter le Moyen-Orient comme un champ de bataille inévitable entre blocs irréconciliables, on finit par rendre cette guerre presque naturelle, presque inéluctable. C’est peut-être là la fonction réelle de ce type de discours : non pas analyser le conflit, mais préparer les esprits à son acceptation.

Car la guerre commence rarement avec les missiles. Elle commence avec les récits qui la rendent pensable.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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