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Aux Medias Occidentaux : L’Iran n’est pas votre preuve, il est votre contradiction !

Vous prétendez regarder l’Iran pour rappeler à l’Europe ce qu’elle aurait oublié : le prix de la séparation de Dieu et de l’État. En réalité, vous ne regardez ni l’Iran ni l’Europe. Vous construisez un récit. Et ce récit n’est pas un diagnostic : c’est une mise en scène anxieuse où les faits servent de décor à une conclusion écrite d’avance.

L’Iran, sous votre plume, devient un symbole commode : celui d’un islam qui, dès qu’il se confondrait avec le pouvoir, révélerait sa nature véritable — totalitaire, juridique, englobante. À partir de là, l’Europe serait sommée de comprendre que ce qui menace là-bas est déjà en gestation ici, par le nombre, par l’immigration, par la démographie. Tout est lié. Tout est écrit. Il n’y aurait qu’à ouvrir les yeux.

Sauf que ce récit ne résiste ni à l’analyse politique, ni aux faits.

Vous romantisez une révolte qui n’a pas eu lieu. Vous parlez d’une jeunesse iranienne affrontant “à mains nues” un régime vacillant. Vous suggérez un basculement, un moment historique, presque un seuil civilisationnel. Or les émeutes iraniennes récentes se sont éteintes rapidement, sans fracture institutionnelle, sans ralliement des élites, sans effondrement du pouvoir. Le régime iranien n’a pas vacillé. Il a démontré, une fois encore, sa stabilité.

Les réseaux de contestation ont été neutralisés, notamment par l’interruption quasi totale des communications satellitaires Starlink, pourtant présentées comme l’arme technologique décisive de l’opposition. Grâce à des équipements russes et chinois, l’État iranien a rendu ces dispositifs inutilisables. Le contrôle a été rétabli. Les manifestations se sont dissoutes. Des marches pro-gouvernementales massives ont occupé l’espace public. Aucun fonctionnaire n’a changé de camp.

Ce n’est pas un soulèvement. C’est un rapport de force classique et perdu.

Votre premier problème est là : vous bâtissez tout votre raisonnement sur un événement que vous surestimez, parce que vous avez besoin qu’il existe.

Vous ne décrivez pas l’islam, vous le figez

Vous affirmez que l’islam, dans sa “cohérence doctrinale classique”, ne sépare pas le spirituel du politique. Cette phrase est le cœur de votre texte — et son erreur fondamentale.

Car aucune religion ne se résume à sa “cohérence doctrinale”. Les religions sont des pratiques sociales, historiquement situées, traversées de conflits, de ruptures, d’hérésies, de sécularisations partielles. Vous savez cela pour le christianisme. Vous refusez de l’admettre pour l’islam.

Vous transformez une tradition plurielle en un bloc normatif intemporel, comme si quatorze siècles d’histoire, de compromis, de modernisation, d’évolutions contradictoires n’avaient jamais existé. Ce faisant, vous adoptez exactement la méthode des fondamentalistes : vous sacralisez le texte, vous absolutisez la norme, vous niez le réel.

Votre islam n’est pas celui des sociétés. C’est un islam théorique, figé, utile à votre démonstration.

La peur du nombre : votre vrai moteur

Le moment de vérité de votre texte arrive avec l’argument démographique. Là, la laïcité disparaît. Là commence le soupçon.

Vous affirmez que tant que les musulmans sont minoritaires, ils s’adaptent  parfois sincèrement, parfois stratégiquement. Vous insinuez donc que leur adhésion à la loi démocratique serait conditionnelle, provisoire, intéressée. Vous ne jugez plus des comportements, mais des intentions supposées, déduites du nombre. C’est un renversement grave : la citoyenneté devient révocable par projection démographique.

Aucune démocratie ne peut survivre à ce type de raisonnement. Non parce qu’il serait “choquant”, mais parce qu’il détruit le principe même sur lequel repose l’État de droit : les individus sont jugés sur leurs actes, pas sur ce qu’ils pourraient devenir collectivement.

Vous videz la distinction islam / islamisme pour éviter la politique

Vous attaquez la distinction entre islam et islamisme parce qu’elle vous empêche de conclure. Or cette distinction n’est pas une commodité morale : c’est une nécessité analytique.

L’islamisme est une idéologie politique moderne, née de contextes précis — colonisation, effondrement des empires, autoritarisme, guerres, humiliations géopolitiques. En niant cela, vous transformez un phénomène historique en fatalité religieuse.

C’est confortable : si tout est écrit dans la doctrine, alors il n’y a plus rien à expliquer.
Mais c’est faux et dangereux..

L’Iran n’est pas votre preuve — il est votre contradiction :

L’Iran réel ne montre pas un islam en train de devenir une simple foi privée. Il montre qu’un État théocratique peut être solide, soutenu, technologiquement compétent, et capable de durer. Il montre aussi que la contestation ne se transforme pas mécaniquement en sécularisation.

Votre erreur est donc totale : vous idéalisez une révolte qui a échoué, vous essentialisez une religion que vous refusez d’historiciser, vous remplacez l’analyse politique par un récit civilisationnel. On ne défend pas la démocratie en tordant les faits. On ne défend pas la laïcité en désignant des suspects collectifs et on ne comprend pas le monde en le forçant à confirmer ses peurs.

Si l’Europe a un devoir aujourd’hui, ce n’est pas de se regarder comme une civilisation assiégée, mais de rester fidèle à ce qui fait sa force réelle : le droit, appliqué à tous, sans fantasme, sans prophétie, sans alibi étranger.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

L’islamophobie n’est pas un accident culturel — c’est une stratégie politique.

Une fuite révélée par Drop Site News expose une stratégie de communication cynique : promouvoir la peur de “l’islam radical” pour redorer l’image d’Israël et de ses alliés.
Pendant que les médias occidentaux rejouent l’hystérie islamophobe, les puissances impériales bombardent, affament et renversent des gouvernements.
Et si le véritable terrorisme venait d’en haut — de ceux qui fabriquent la peur pour dissimuler leurs guerres
?

Il y a quelques semaines, un article de Drop Site News a révélé une fuite sidérante : un rapport commandé par le ministère israélien des Affaires étrangères identifie la promotion de la peur de “l’islam radical” comme la méthode la plus efficace pour regagner le soutien de l’opinion internationale. Selon cette étude citée par le journaliste Ryan Grim, la meilleure stratégie de communication d’Israël consiste à « fomenter la peur du djihadisme » tout en soulignant son soutien aux droits des femmes ou des minorités sexuelles. Résultat : un gain de plus de vingt points d’image dans plusieurs pays testés.  

Cette révélation n’étonnera que ceux qui croient encore que la peur collective naît spontanément. Dans les faits, la haine se fabrique, se mesure, se finance. Les discours anxiogènes sur “les musulmans”, “l’ennemi intérieur” ou “le choc des civilisations” ne sont pas de simples dérapages : ce sont des instruments de gouvernement. En excitant la peur de l’autre, les puissances occidentales redirigent l’angoisse sociale et masquent leurs propres violences. Pendant que nous discutons du voile d’une écolière, les États-Unis bombardent la Somalie, Israël rase Gaza, la France arme des régimes autoritaires, et personne ne parle des morts.

Regardons la scène mondiale telle qu’elle est. L’armée américaine dispose de plus de 750 bases militaires réparties sur tous les continents. En 2024 encore, Washington a multiplié les frappes aériennes en Somalie sous prétexte de “lutte antiterroriste”. Le plus grand porte-avions du monde, le Gerald R. Ford, a été envoyé au large de l’Amérique latine pour “surveiller les narcoterroristes” — une formule commode pour justifier la pression permanente sur les gouvernements insoumis comme celui du Venezuela.

Ces interventions ne sont ni ponctuelles ni défensives : elles constituent un système d’expansion impériale. L’empire américain — prolongé par ses alliés européens et israéliens — bombarde, affame, asphyxie des pays entiers à coups de sanctions et de blocus. Il renverse des gouvernements élus, manipule des élections, soutient des coups d’État quand les urnes lui résistent. Pourtant, on répète que la menace viendrait “du monde musulman” et de l’Islam radical. Quelle ironie : les pays les plus meurtriers du XXIᵉ siècle sont ceux qui se disent défenseurs de la civilisation et des droits humains.

Les chiffres sont implacables. La coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen, soutenue logistiquement et militairement par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, a provoqué depuis 2015 des centaines de milliers de morts et une famine de masse. Ces deux régimes — parmi les plus répressifs du monde — sont pourtant présentés comme des “alliés fiables”. Au même moment, leurs fonds alimentent des conflits régionaux, notamment au Soudan, dans l’indifférence quasi totale des chancelleries occidentales.

Autrement dit : les États musulmans les plus violents sont précisément ceux que l’Occident finance et arme. La narration dominante — celle du “monde libre” menacé par l’Islam — s’effondre sous le poids des faits. Si l’on comptait honnêtement les morts, les sanctions, les occupations et les famines provoquées par les grandes puissances, l’“axe du mal” changerait d’adresse.

Mais la guerre ne se mène pas seulement avec des bombes. Elle se mène aussi avec des récits. Les services de communication étatiques, les groupes de lobbying et certains médias ont perfectionné l’art de la désignation de l’ennemi intérieur. Dans chaque crise, on exhume la même figure : l’homme musulman, supposé porteur d’une menace, incapable de s’intégrer, hostile aux valeurs occidentales. Ce discours n’est pas né du vide : il est le reflet d’un système économique et militaire qui a besoin d’un danger permanent pour justifier ses budgets, ses alliances et ses guerres.

L’islamophobie de masse n’est donc pas seulement du racisme ; c’est un outil de stabilisation de l’ordre impérial. Elle détourne l’attention des crimes commis par nos propres gouvernements, et elle empêche la solidarité des peuples opprimés. Tant que nous nous haïrons entre pauvres, nous ne regarderons pas vers le haut : vers ceux qui pillent, bombardent et exploitent au nom de notre sécurité.

Refuser cette logique, c’est d’abord refuser la peur fabriquée. C’est exiger des médias qu’ils cessent de relayer sans critique les narratifs d’État. C’est soutenir les enquêtes indépendantes — celles d’Amnesty, de The Intercept, de Human Rights Watch — qui documentent les frappes, les ventes d’armes, les complicités diplomatiques. C’est aussi défendre les associations et collectifs qui protègent les minorités visées par cette haine planifiée.

La tâche peut sembler immense, mais elle commence ici : par une lucidité politique. Nous devons oser dire que nos propres dirigeants sont les premiers producteurs de terreur. Que les véritables “terroristes” ne vivent pas dans les ruelles de Mossoul ou de Gaza, mais dans les bureaux climatisés où se signent les contrats d’armement et les embargos. Que les guerres ne sont pas des fatalités culturelles, mais des décisions économiques et stratégiques prises au nom de leurs démocraties.

On dit de craindre les musulmans. Ils devront craindre le mensonge qui rend la guerre acceptable, la propagande qui transforme la victime en menace, et le silence qui tue deux fois. L’ennemi n’est pas à nos frontières ; il est dans les structures de pouvoir qui se servent de leur peur pour continuer à régner.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

 

Les Sionistes gèrent l’Islamophobie et le soutien à Israël :

Depuis plusieurs années, un phénomène troublant s’observe dans le débat public occidental : les discours islamophobes progressent souvent dans les mêmes cercles où le soutien à la politique israélienne est le plus fort. Sans tomber dans les amalgames ni les théories du complot, il est nécessaire de s’interroger sur la façon dont certaines stratégies de communication pro-israéliennes exploitent — volontairement ou non — les peurs et les préjugés envers les musulmans.

La peur, un levier plus efficace que la sympathie

Convaincre les opinions occidentales d’aimer Israël n’a jamais été chose aisée. Les violations répétées du droit international, les bombardements à Gaza ou la colonisation en Cisjordanie provoquent une indignation croissante, notamment chez les progressistes et les jeunes.
Dans ce contexte, certains communicants préfèrent déplacer le terrain du débat : plutôt que de présenter Israël comme un État exemplaire, ils le positionnent comme un rempart contre un ennemi commun — « l’islam radical », voire « l’islam » tout court.

Des études en communication politique (voir par ex. Edward Said, Covering Islam, 1997 ; Nader Hashemi, Islam, Secularism and Liberal Democracy, 2009) ont montré comment la peur de l’Autre devient un instrument efficace pour rallier des opinions, surtout en période d’incertitude. L’islamophobie devient alors non seulement une question de racisme, mais aussi un outil géopolitique.

Quand le discours sécuritaire se confond avec le soutien à Israël

On retrouve régulièrement sur les réseaux sociaux, dans les think tanks ou certains médias d’influence, des narratifs associant toute critique d’Israël à une menace « islamiste » ou à un supposé antisémitisme.
Parallèlement, des campagnes en ligne relayées par des comptes pro-israéliens mettent en avant la peur de la démographie musulmane en Europe ou la « menace » des réfugiés.
Des chercheurs en communication numérique (Oxford Internet Institute, 2021 ; Media Matters, 2023) ont documenté ces convergences entre réseaux islamophobes et soutiens pro-israéliens, particulièrement lors des guerres contre Gaza.

Il  s’agit  ici de dire qu’Israël ou « les sionistes » orchestrent une stratégie mondiale de haine avec certaines coalitions politiques, notamment à droite, qui utilisent ce recadrage idéologique — « Israël contre l’islam » — pour renforcer un axe politique commun : défense de l’Occident, rejet des minorités musulmanes, et légitimation d’une politique étrangère militarisée au Moyen-Orient.

Une alliance paradoxale entre extrême droite et sionisme politique

Ce phénomène, déjà analysé par plusieurs sociologues (ex. Sara Farris, In the Name of Women's Rights: The Rise of Femonationalism, 2017), montre comment l’islamophobie sert de pont entre des groupes a priori antagonistes :
les partisans de l’État d’Israël et les mouvements nationalistes européens qui, par ailleurs, entretiennent souvent des préjugés antisémites.
Tous trouvent un terrain d’entente dans la rhétorique du « choc des civilisations », où Israël incarnerait la pointe avancée de l’Occident assiégé.

Cette convergence politique n’est pas marginale : elle influence les discours publics, les alliances diplomatiques et les choix médiatiques. Et elle nourrit une polarisation croissante où les musulmans deviennent les boucs émissaires d’un conflit qui les dépasse.

Une partie significative des discours islamophobes observés en Occident ne naît pas spontanément : elle s’alimente aussi de récits politiques diffusés par certains milieux pro-israéliens et par ceux qui s’en inspirent. Sans généraliser ni pointer un groupe unique, il faut reconnaître que la convergence entre certains réseaux de soutien à Israël et les mouvances islamophobes occidentales contribue à normaliser la peur du musulman dans l’espace public.
On le voit, par exemple, dans les campagnes numériques qui exagèrent la « menace démographique » musulmane en Europe, relayées parfois par des comptes liés à des institutions ou à des militants israéliens influents. Ce discours, qui oppose mécaniquement Israël et l’« islam », sert des intérêts politiques précis : détourner l’attention des violations du droit international et maintenir l’adhésion d’une partie de l’opinion occidentale par la peur plutôt que par la conviction.

Sortir du piège de la haine réciproque

Reconnaître cette instrumentalisation ne signifie pas nier les menaces réelles que représentent certains mouvements extrémistes se réclamant de l’islam, ni contester le droit à la sécurité d’Israël.
Mais utiliser la peur de l’islam pour justifier des politiques répressives ou guerrières revient à aggraver l’instabilité qu’on prétend combattre.

Lutter contre l’islamophobie — qu’elle soit d’extrême droite, médiatique ou géopolitique —, c’est refuser que le débat sur Israël-Palestine soit capturé par la logique de la peur.
C’est aussi défendre une vision cohérente des droits humains, qui ne hiérarchise pas les victimes selon leur religion ou leur nationalité.

Conclusion  

Dans un monde saturé de désinformation, la tentation de la simplification identitaire est grande. Pourtant, il est possible de critiquer les politiques israéliennes sans verser dans l’antisémitisme, et de dénoncer l’islamophobie sans minimiser les enjeux de sécurité.

Le défi, pour les sociétés occidentales, est de sortir d’un imaginaire politique fondé sur la peur. Tant que la défense d’Israël s’appuiera sur la diabolisation des musulmans — et tant que la solidarité avec la Palestine sera caricaturée comme un danger —, nous resterons prisonniers d’un débat où la haine remplace la raison.

L'islamophobie observée en Occident provient en grande partie des partisans d'Israël et de ceux qui ont été influencés par leur propagande. Une petite minorité est issue de l'extrême droite qui déteste à la fois les musulmans et les juifs, mais la majorité est le fruit du soutien occidental à Israël et de son bellicisme au Moyen-Orient, auquel Israël participe régulièrement.

 

C'est pourquoi on voit des comptes israéliens de premier plan sur les réseaux sociaux semer la peur au sujet de la croissance de la population musulmane en Europe, par exemple. On pourrait croire qu'Israël ne s'inquiéterait pas de la présence de nombreux musulmans en Belgique, par exemple, mais il est dans l'intérêt politique d'Israël d'entretenir la crainte et le mépris des Occidentaux envers les membres de la foi musulmane.

 

Nous le constatons de plus en plus, car Israël s'aliène de plus en plus les centristes et les progressistes occidentaux, s'appuyant de plus en plus sur le soutien de la droite occidentale. Alors que le discours selon lequel une minorité religieuse pauvre et persécutée a besoin d'une patrie propre perd de son attrait auprès de son public cible, il est de plus en plus remplacé par celui selon lequel ces musulmans méritent d'être tués, ouais !

 

IIslamophobie, Israël, propagande, sionisme, opinion publique, politique étrangère, médias, islam, Occident, communication politique.

. C'est une tumeur maligne sur la chair de l’espèce humaine.

 

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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La Liturgie de la peur : l’art de sionistiser la France


 

Il y a dans certaines plumes de la presse d’extrême droite un talent trouble : celui de travestir la peur en lucidité, le ressentiment en courage, et la nostalgie en vérité.
Sous couvert de défendre la liberté de penser, ces textes fabriquent un autre enfermement : celui d’une France repliée sur ses blessures imaginaires, persuadée d’être trahie par ses élites et menacée par ses enfants.

Leur rhétorique se veut dissidente, mais elle obéit à un catéchisme ancien : celui du déclin.
Le ton se veut prophétique, les mots claquent comme des sentences — caste, clergé, pays réel, banlieues islamisées.
Tout y est, comme dans un missel de la peur : le peuple sanctifié, les élites maudites, l’islam fantasmé, Israël transformé en miroir de la civilisation assiégée.
Ce n’est pas un raisonnement : c’est un récit, une liturgie du désespoir.

La vieille fable du “pays réel”

Le texte s’ouvre sur un décor familier : d’un côté, le « pays réel », ce peuple laborieux et silencieux, dépositaire de la vertu nationale ; de l’autre, le « pays légal », caste arrogante et cosmopolite, qui aurait confisqué la parole.
Rien de neuf : c’est la vieille musique de Maurras, remise au goût du jour.
On y parle de la France comme d’une forteresse trahie, dont les clefs auraient été livrées à des “sociologues subventionnés” et à des “imams de banlieue”.
La République, dit-on, se serait inclinée. Non : on cherche seulement à la faire plier.

Car derrière le mythe du peuple spolié, c’est une idée précise de la France qui se cache,une France ethnique, hiérarchique, immobile.
Une France mythifiée, épurée de sa diversité, purgée de son histoire coloniale, aseptisée de tout mélange.
Ce « peuple réel » dont on nous parle n’existe pas : il n’est qu’un fantôme brandi pour effacer la complexité du présent.

Le lexique du sacré et le goût de l’excommunication

L’auteur se moque des “prêtres de la morale médiatique”, mais écrit comme un prédicateur.
Tout son texte est une homélie : on y parle de catéchisme, de repentance, de serment, d’apostasie.
Ironie du siècle : pour dénoncer un prétendu “clergé progressiste”, il en recrée un autre, celui de la nation sanctifiée, du peuple martyrisé et de la foi perdue.
Ce ne sont pas les dogmes qu’il combat, mais ceux qu’il envie.

Cette inflation religieuse n’est pas innocente : elle transforme la politique en croisade morale.
Elle remplace le débat par le péché, la contradiction par la faute.
Le monde n’est plus à comprendre, mais à purifier.
Et tout se passe comme si, à défaut d’avoir Dieu, l’extrême droite s’était inventée une transcendance : celle d’une France éternelle, victime expiatoire de la modernité.

L’islam comme miroir de toutes les peurs

Vient ensuite la figure de l’ennemi : les banlieues islamisées, les Frères musulmans, les drapeaux palestiniens dans les cités.
L’islam y est présenté comme une armée silencieuse, une contre-société fanatisée, un “corps étranger” à la nation.
On ne parle plus de religion, ni de foi, ni même de géopolitique : on parle d’une menace métaphysique.
Le musulman n’est plus un citoyen, mais un symbole.
Et dans ce glissement s’opère la grande falsification : la peur devient analyse, le soupçon devient patriotisme.

Car ce texte ne parle pas d’Israël, il parle de nous.
Il se sert de la tragédie israélo-palestinienne pour en faire une scène intérieure : celle d’une France en lutte contre son propre pluralisme.
Sous le masque de la solidarité avec Israël, c’est une croisade contre la diversité française qui s’écrit.
Le Palestinien y sert de paravent au musulman de France, l’islamisme de prétexte au rejet de l’altérité.

La mémoire confisquée

Pour donner du poids moral à sa diatribe, l’auteur convoque les ombres héroïques de la Résistance : les paysans qui cachaient les Juifs, la France “vraie” des humbles et du courage.
Mais c’est là un détournement, presque une profanation.
On se réclame des justes pour justifier la peur, on invoque les héros pour condamner les vivants.
La mémoire, ici, n’éclaire plus : elle sert à condamner le présent, à opposer les morts aux vivants, la pureté d’hier à la souillure d’aujourd’hui.

Ceux qui, hier, risquaient leur vie pour des persécutés auraient sans doute honte de voir leur souvenir mobilisé pour désigner de nouveaux suspects.
La morale de la Résistance n’était pas celle du repli, mais celle de l’accueil.
Elle ne disait pas : “défends-toi contre l’autre”, mais “ne te renie pas devant lui”.

La France qu’on aime ou qu’on enferme

Il y a, au fond, deux manières d’aimer la France.
L’une consiste à la regarder en face — multiple, inquiète, métissée, traversée de contradictions.
L’autre consiste à la figer dans le formol, à la momifier sous le drapeau, à la déclarer morte dès qu’elle change.
Le texte que nous avons lu appartient à cette seconde école : celle qui confond la fidélité avec la peur, et la lucidité avec le ressentiment.

Ce n’est pas la France qui baisse les yeux, c’est ce discours qui les ferme.
Il prétend défendre la liberté de nommer les choses, mais il ne sait les nommer qu’en opposant, en excluant, en accusant.
Il parle de courage, mais ce n’est pas du courage qu’il prêche — c’est le confort du soupçon.
Il se veut défenseur du réel, mais ne produit que des fictions : un peuple sans pluralité, un islam sans visage, une République sans citoyens.

Retrouver le vrai courage

Le courage, aujourd’hui, n’est pas de ressasser les peurs anciennes ; il est de résister à leur instrumentalisation.
Le vrai courage est de parler du conflit israélo-palestinien sans en faire le miroir de nos névroses nationales.
Le vrai courage est de refuser la facilité du bouc émissaire, et de penser l’altérité sans l’ériger en menace.
Le vrai courage, enfin, est de défendre une France qui ne se réduit ni à ses blessures ni à ses frontières.

Car la France n’a pas perdu son âme : elle la cherche encore, au milieu de ses débats, de ses fractures, de ses voix contradictoires.
Et c’est cela, au fond, la démocratie : ce tumulte du réel que les marchands de peur confondent avec le chaos.

Conclusion

Sous les airs d’un sermon sur le courage et la vérité, le texte que nous dénonçons n’est qu’un miroir déformant.
Il n’éclaire pas la France : il la rétrécit.
Il ne dévoile pas une trahison : il invente un ennemi.
Et s’il parle de morale, c’est pour mieux justifier le renoncement à la complexité, à la nuance, à l’humain.

Alors oui, il faut nommer les choses : ce n’est pas la France qui s’efface, c’est le discours qui la nie.
Et face à ceux qui font commerce du désespoir, la seule résistance possible reste celle de la raison, de la nuance, et du refus obstiné de la haine.

Les élites progressistes possèdent les mots, les extrémistes sionistes la force.

 

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                    « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
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Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...