Dans un contexte où certains médias étrangers diffusent régulièrement des contenus négatifs sur l’Algérie, cette tribune examine la frontière entre critique légitime et attaque identitaire. L’auteur partage son expérience, confronté à plus de 700 commentaires insultants sur les réseaux sociaux, et plaide pour un débat rigoureux, respectueux et fondé sur les faits.
Il est légitime, dans tout espace public pluraliste, que les médias
critiquent les politiques, les gouvernements et les orientations des États.
Cette liberté n’est ni contestable ni contestée. Ce qui mérite en revanche
d’être interrogé, c’est la récurrence, la tonalité
et parfois la méthodologie avec lesquelles certains médias
traitent de pays voisins, en particulier lorsque la critique se transforme en
narration systématiquement négative.
Depuis plusieurs années, une partie de la presse marocaine multiplie les
articles présentant l’Algérie sous un angle exclusivement anxiogène : isolement
diplomatique supposé, crise politique permanente, corruption généralisée,
effondrement institutionnel. Pris isolément, chaque article peut être défendu
comme une opinion ou une analyse. Pris dans leur ensemble, leur accumulation
dessine un discours cohérent, répétitif, qui dépasse la simple
critique pour s’apparenter à une construction idéologique. De la même manière,
réduire l’Algérie à des témoignages anxiogènes ou à des généralisations hâtives
sur son système de santé n’est ni juste ni objectif.
Comparer des pays à partir d’expériences personnelles, aussi sincères
soient-elles, reste toujours partiel. Un débat sérieux gagne à distinguer
clairement les vécus individuels, la communication politique, le traitement
médiatique et les faits structurels. Le désaccord n’oblige ni au mépris ni à
l’attaque personnelle. On peut défendre un pays que l’on aime sans disqualifier
celui des autres, ni ceux qui expriment une opinion différente..
C’est dans ce contexte précis que s’inscrivent mes écrits. Ils ne naissent
ni d’une obsession, ni d’une animosité envers le Maroc ou son peuple, que je
respecte profondément. Ils constituent une réponse argumentée
à des contenus publics, accessibles à tous, et largement diffusés. Il ne s’agit
pas de répondre article par article ce serait vain, mais d’interroger une tendance médiatique et
ses effets sur la perception mutuelle entre sociétés voisines.
Cette démarche critique, cependant, semble difficilement acceptable pour
certains lecteurs dès lors qu’elle touche à des symboles perçus comme
intangibles. L’un de mes articles, partagé sur les réseaux sociaux, a ainsi
suscité plus de 750 commentaires, dont l’écrasante majorité ne
relevait ni du débat d’idées ni de la contradiction argumentée, mais de
l’invective personnelle, de l’insulte et du procès d’intention. Avec tous
commentaires diffusés, j’aurai de quoi
remplir quelques encyclopédies, par contre, une pensée intelligente, un
trait d'esprit sensé seraient des raretés précieuses! Cet épisode, loin d’être
anecdotique, illustre précisément ce que j’essaie de décrire : une confusion
entre critique politique et attaque identitaire, entre analyse et
offense.
Or, le désaccord n’oblige ni à la disqualification morale, ni à la violence
verbale. On peut aimer profondément son pays, ses symboles, son histoire, sans
refuser à autrui le droit d’un regard critique surtout lorsque ce regard répond
à des discours eux-mêmes critiques, voire hostiles.
Je suis pleinement conscient que le rapport au pouvoir, à l’autorité et aux
figures de l’État diffère profondément d’un pays à l’autre. Au Maroc, la
monarchie incarne une continuité historique, affective et symbolique qui lie
étroitement le peuple et le souverain. Cette réalité mérite d’être comprise et
respectée. Mais comprendre ne signifie pas s’interdire toute analyse, ni
accepter que certains sujets deviennent, de facto, soustraits à toute réflexion
critique.
Comparer nos pays à travers des caricatures, des généralisations ou des
expériences personnelles érigées en vérité globale ne rend service à personne.
Un débat sérieux suppose de distinguer les vécus individuels, la communication
politique, les lignes éditoriales et les faits structurels par une analyse factuelle, avec le droit de
critiquer sans aucune attaque de la légitimité du locuteur, mais
surtout faire en sorte que l’État, les discours médiatiques, les symboles
politiques sont analysables et critiquables C’est à cette exigence que je tente de me
tenir, même lorsque la réponse suscite l’hostilité.
Ma démarche n’est ni celle d’un polémiste ni celle d’un donneur de leçons.
Elle est celle d’un observateur engagé, inquiet des dérives du discours
médiatique lorsqu’il cesse d’éclairer pour simplement opposer. Défendre une
parole libre, rigoureuse et responsable, c’est aussi refuser que le bruit,
l’invective et l’émotion tiennent lieu d’argument.
Dire les choses comme elles sont n’implique pas d’accepter qu’elles demeurent
ainsi. C’est, au contraire, une invitation à penser autrement le débat, à le
hisser au niveau de la raison plutôt que de l’affrontement dans un débat froid
par un réflexe de protection national.
Pour dissiper toute ambiguïté, l’auteur de cet article est un professeur de
langue aujourd’hui à la retraite, enfant d’Oran, issu d’un quartier populaire
(Médioni), où vivaient de nombreuses familles marocaines avec lesquelles il a
grandi. Cette proximité lui a donné une connaissance humaine et directe de la
société marocaine, bien loin des caricatures. Chroniqueur engagé et observateur
inquiet des réalités politiques et sociales, il interroge, à travers ses
écrits, les écarts entre discours officiels et vécu populaire, et défend une
parole libre face aux injustices et au conformisme médiatique. Sa conviction
peut se résumer ainsi : dire les choses telles qu’elles sont, tout en
refusant qu’elles restent ainsi !
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
A la suite de la publication de cet article :
https://kadertahri.blogspot.com/2026/01/la-marque-du-makhzen-en-tgv-vers-le.html
