Ah, voilà qu’on tremble à Paris ! Ségolène Royal ose franchir la
Méditerranée, s’asseoir face au président Tebboune et parler… de respect. Le
crime est atroce : elle parle aux Algériens comme à des adultes. Dans les pages
cirées de certaines presses de l’extrême droite, cette incursion diplomatique
est une hérésie. Comment une femme peut-elle « s’improviser médiatrice » sans
se dorer le blason au ministère officiel ? Quelle audace ! Quelle inconscience
!
L’extrême droite française a immédiatement
sorti ses mouchoirs et son arsenal d’injures feutrées : Royal « ne connaît
pas les dossiers », « joue à la ministre », « oublie les sujets
sensibles ». Sous-entendu : le dialogue, le respect mutuel, la mémoire,
c’est bien joli pour les réunions mondaines, mais ça ne rentre pas dans le
moule de la haine identitaire et du nationalisme malodorant.
Leur chef-d’œuvre journalistique consiste à
transformer le courage en ridicule.
Le dossier sur les essais nucléaires ? « Terrain mémoriel »,
ricanent-ils, comme si réparer les dommages et restituer la mémoire d’un peuple
était un passe-temps frivole. La diplomatie personnelle ? Une offense à la
grandeur supposée de la France… surtout quand elle rappelle que la souveraineté
des autres pays n’est pas un concept optionnel.
C’est fascinant à observer : pour l’extrême
droite, tout geste qui dépasse le cadre étroit de la rancune postcoloniale est
un danger. Respecter l’Algérie ? Inadmissible. Transmettre des archives
historiques ? Scandale. Tenter de reconstruire une relation franco-algérienne
pour les jeunes générations ? Crime de lèse-nationalisme.
En réalité, ce que l’extrême droite redoute,
ce n’est pas l’incompétence de Royal. C’est l’intelligence du geste : tendre la main, parler d’histoire,
faire face aux blessures sans se vautrer dans la haine.
Et ça, mes amis, ça brûle.
Ça brûle lentement, comme une braise
sous la langue, car ça démontre que le vrai courage ne se mesure pas à la
hauteur d’un tweet ou à l’aplomb des slogans haineux.
Alors oui, Ségolène Royal est peut-être « seule
» dans ce voyage diplomatique, mais elle a au moins le mérite de ne pas rester
assise à Paris, à regarder le monde à travers la lorgnette de la peur et du
ressentiment. Elle ose parler aux vivants, à l’histoire, au respect.
Et pour cela, qu’ils crient, qu’ils s’indignent ou qu’ils ricanent, nous, Algériens et citoyens lambda nous applaudirons.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/
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