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Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...

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Gaza : le faux plan de paix de Trump et Netanyahou, paravent d’un génocide en cours


Ce qui s’est joué lundi à Washington n’était pas une avancée diplomatique, mais une mise en scène obscène. Donald Trump et Benjamin Netanyahou ont dévoilé un prétendu « plan de paix » en 20 points pour Gaza. En réalité, ce n’est rien d’autre qu’un écran de fumée pour prolonger un génocide, couvrir des crimes de guerre et détourner l’attention de l’opinion internationale.

Bien sûr, les conditions qu’il propose ressemblent parfois à des capitulations déguisées. Et derrière la scène, la guerre n’est jamais loin, prête à remonter sur les planches si l’accord échoue. Mais au moins, il y a ce geste : forcer la paix à s’énoncer, même si ce n’est encore qu’un rôle imposé. Peut-être qu’un jour, ce rôle deviendra une habitude, puis une obligation, et qui sait, une réalité.

Entre guerre et paix, Trump choisit la dramaturgie. Et peut-être, paradoxalement, que cette dramaturgie est l’un des rares chemins encore ouverts pour rappeler à l’humanité que la paix ne naît pas seulement dans le secret des négociations, mais parfois aussi dans la lumière crue d’un spectacle.

Un plan creux, une mascarade sanglante

Les cartes bricolées à la va-vite, les promesses vagues d’autodétermination conditionnée, l’absence totale de calendrier : ce plan n’est qu’un simulacre. Derrière les grands mots, il n’offre aucune garantie réelle ni pour la sécurité des civils israéliens, ni pour les droits fondamentaux du peuple palestinien.

Il ne s’agit pas d’un processus de paix, mais d’une opération de communication destinée à sauver Trump à l’approche de la présidentielle américaine et à offrir à Netanyahou un nouveau répit face à la contestation de sa coalition. Pendant qu’ils sourient devant les caméras, les bombes continuent de s’abattre sur Gaza, les hôpitaux sont détruits, les enfants meurent de faim et de blessures non soignées.

« … Selon le plan de Trump, Israël devrait de son côté retirer progressivement ses forces de la bande de Gaza … »

Si Israël se retirait rapidement de Gaza, ce plan aurait une chance de marcher; le Hamas accepterait les conditions et libérerait les otages, mais on sait très bien qu’Israël ne sortira JAMAIS tout son monde de Gaza; un petit nombre peut-être, mais au complet, oublier ça.

Effectivement, ce plan va être rejeté; le Hamas va sans doute faire une contre-offre qu’Israël va refuser et la guerre va se poursuivre.

Tout cela est une opération de marketing pour bien faire paraître Donald Trump grand artisan de la paix et Benjamin Netanyahou, tout en rejetant le blâme sur le Hamas pour refuser tout compromis.

Netanyahou, artisan du nettoyage ethnique

Depuis le 7 octobre 2023, Netanyahou n’a cessé de saboter les cessez-le-feu et de prolonger délibérément la guerre. Chaque otage mort, chaque enfant enseveli sous les décombres, chaque village palestinien rasé sont les preuves de sa stratégie criminelle. Il instrumentalise la douleur de son propre peuple pour servir son seul objectif : se maintenir au pouvoir, au prix du sang versé.

Ce n’est pas une guerre de défense : c’est une guerre d’extermination. Ce qui se joue à Gaza est un nettoyage ethnique systématique, orchestré par un Premier ministre corrompu, appuyé par des ministres suprémacistes et encouragé par l’impunité que lui garantit Washington.

Les Palestiniens exclus, encore une fois

La plus grande obscénité de ce « plan de paix » est qu’il se discute sans les Palestiniens. Comme toujours, on prétend décider de leur avenir en leur absence. On exige du Hamas un désarmement total, mais on ne dit rien de l’occupation, des colonies, de l’apartheid quotidien que subit la population de Cisjordanie et de Gaza.

Parler de paix tout en maintenant l’armée israélienne à Gaza, tout en refusant la reconnaissance d’un État palestinien, tout en poursuivant les massacres, c’est insulter la mémoire des victimes et nier la dignité d’un peuple entier.

Le cynisme à visage découvert

Ce plan n’est pas seulement inutile, il est criminel. Il légitime la poursuite du bain de sang. Il offre à Netanyahou la couverture nécessaire pour continuer les bombardements, les expropriations, les assassinats ciblés. Il permet à Trump de se poser en faiseur de paix alors qu’il cautionne un génocide.

Les images des ruines de Gaza, les fosses communes improvisées, les cris des familles en deuil sont les véritables réponses à ce plan. Ce que Trump et Netanyahou ont vendu au monde n’est pas la paix, mais la prolongation d’une politique de mort. Peu importe les solutions proposées, elles seront toujours rejetées par l’un ou l’autre car ce qui est acceptable pour l’un est inadmissible pour l’autre…

Pour une justice véritable

Il est temps de dire les choses sans détour : Netanyahou doit rendre des comptes devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Ses alliés qui cautionnent ce carnage doivent également être jugés.

La paix ne viendra pas de Washington ni de Tel-Aviv, mais de la lutte des peuples et de la pression internationale. Elle passera par :

  • la fin immédiate du siège et des bombardements de Gaza ;
  • la libération des prisonniers politiques, dont Marwan Barghouti ;
  • la reconnaissance pleine et entière de l’État palestinien ;
  • des sanctions internationales contre Israël tant que se poursuivent l’occupation et le nettoyage ethnique.

Conclusion : stopper la machine de mort

Espérons que ce chapitre répugnant de l’histoire humaine prenne fin. Ce serait un pas de plus si cet homme était empaqueté et envoyé à La Haye. Après deux ans coincé dans les cimetières – un « spectacle » pour les caméras de la Maison Blanche, programmé uniquement pour une campagne électorale politique – Netanyahou continue de se montrer avec un sourire devant les caméras, racontant comment il a assassiné, purgé et éliminé comme un tueur en série fier de ses crimes.

Ce spectacle macabre, où le meurtre devient stratégie électorale, est une honte absolue. Les services de sécurité doivent arrêter Netanyahou immédiatement pour stopper la torture des Israéliens kidnappés et empêcher un nouveau bain de sang. Ils doivent aussi mettre fin aux manœuvres de ses conseillers électoraux qui transforment la guerre en outil de propagande et utilisent le sang versé pour nourrir une atmosphère de haine et de terreur.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

 

Gaza n’est pas à vendre : contre la guerre sans fin et les promesses vides de Trump et Netanyahou

 

Cette tribune dénonce l’illusion d’un accord entre Trump, Netanyahou et le Hamas, présenté comme une solution au conflit, mais qui n’est en réalité qu’une façade pour prolonger la guerre et achever la destruction de Gaza. Elle met en lumière l’hypocrisie des puissances occidentales, l’instrumentalisation cynique des otages, et la complicité internationale dans ce qui s’apparente à un processus de nettoyage ethnique.

 

Introduction : La paix comme tromperie

Loin de se limiter à un constat, cette tribune appelle à une mobilisation citoyenne et politique mondiale pour imposer un cessez-le-feu immédiat, lever le blocus, protéger la population palestinienne et instaurer des mécanismes internationaux contraignants. Gaza n’a pas besoin de promesses creuses ou de projets immobiliers grotesques, mais d’une justice effective et de la reconnaissance de son droit à exister.

Depuis des mois, Gaza vit sous le feu incessant des bombardements, dans un climat où la survie quotidienne se réduit à chercher de l’eau, du pain et un abri. Dans ce chaos, Trump et Netanyahou osent présenter un « plan » de libération des otages comme une voie vers la paix. Mais il faut regarder derrière les mots : ce plan n’est pas une solution, il est la continuité de la guerre par d’autres moyens. Derrière la façade diplomatique, il n’y a ni cessez-le-feu durable, ni fin du siège, ni respect des droits fondamentaux des Palestiniens. Il y a seulement une promesse : celle de prolonger l’injustice.

La stratégie de la guerre sans fin

Israël n’a pas besoin de victoire définitive pour prolonger son entreprise : il lui suffit de maintenir Gaza dans un état de destruction permanente. Netanyahou l’a compris, et sa survie politique en dépend. La guerre, pour lui, n’est pas un malheur accidentel : c’est une stratégie calculée. Elle alimente son pouvoir intérieur et maintient l’opinion israélienne sous l’emprise de la peur.

Quant à Trump, il a transformé Gaza en terrain de jeu cynique. Les projets délirants évoqués — hôtels, clubs de golf, zones industrielles brandies comme trophées — ne sont pas des solutions, mais des insultes à la mémoire des morts et aux survivants. Parler de reconstruction alors que les bombes continuent de tomber, c’est comme proposer un nouveau plan d’urbanisme à une ville encore en flammes.

Les otages comme monnaie d’échange

Il ne s’agit pas ici de minimiser la souffrance des familles israéliennes dont les proches sont retenus par le Hamas. Mais il faut dénoncer l’usage cynique que font Trump et Netanyahou de ces vies humaines. Chaque promesse de libération s’accompagne de conditions irréalistes et d’un refus obstiné d’aborder la racine du problème : l’occupation, le blocus, la négation des droits palestiniens.

En réalité, même si le Hamas rendait demain tous les otages, rien n’indique qu’Israël mettrait fin à la guerre. L’expérience prouve le contraire : après chaque trêve temporaire, les bombardements reprennent avec plus de violence encore. La logique est implacable : Gaza n’est pas seulement bombardée pour punir le Hamas, mais pour briser la société palestinienne tout entière.

L’hypocrisie occidentale et la complicité internationale

Les États-Unis, loin de jouer le rôle de médiateur, se sont rangés corps et âme du côté de l’occupant. Leurs appels à la retenue sonnent creux face aux cargaisons d’armes qu’ils livrent. Quant à l’Union européenne, elle se contente de « regrets » et de « préoccupations » qui ne sauvent aucune vie.

Cette hypocrisie n’est pas seulement politique, elle est morale. Car si les crimes commis à Gaza avaient lieu ailleurs, les chancelleries parleraient de génocide, exigeraient des sanctions, convoqueraient le Tribunal pénal international. Mais ici, le droit est suspendu, comme si la vie palestinienne valait moins.

Gaza comme miroir de nos hypocrisies

Gaza révèle ce que nos sociétés refusent d’admettre : que la communauté internationale est prête à tolérer l’inacceptable, pourvu qu’il serve ses intérêts stratégiques et économiques. Chaque immeuble détruit, chaque hôpital ciblé, chaque enfant mutilé révèle la faillite d’un système mondial où la diplomatie performative remplace l’action réelle.

On ne peut pas demander aux Palestiniens de se taire, de se soumettre, d’attendre indéfiniment que les « négociations » leur rendent leurs droits. Ils savent que ces négociations sont biaisées dès le départ, qu’elles masquent la poursuite d’un projet de dépossession.

Le droit à résister, la nécessité de la justice

Il n’est pas question ici de glorifier la violence. Mais rappelons une évidence : aucun peuple soumis à l’occupation, bombardé depuis des décennies, privé de liberté et de dignité, n’accepterait de tendre l’autre joue indéfiniment. Qualifier systématiquement de « terroristes » ceux qui résistent revient à nier le droit fondamental d’un peuple à exister.

La véritable question n’est pas : « Les Palestiniens ont-ils le droit de se défendre ? » mais : « Jusqu’à quand leur refusera-t-on ce droit ? »

Ce que nous devons exiger

Face à cette guerre sans fin, la communauté internationale et les citoyens du monde ne peuvent plus rester spectateurs. Nous devons imposer :

-          Un cessez-le-feu immédiat et permanent, placé sous contrôle international.

-          La levée du blocus de Gaza, qui transforme deux millions de personnes en prisonniers à ciel ouvert.

-          La libération de tous les prisonniers palestiniens détenus sans procès équitable.

-          Une enquête internationale indépendante et contraignante sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

-          La reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination, seule base possible d’une paix véritable.

Conclusion : Gaza n’est pas à vendre

Tout accord conclu doit inclure la fin du génocide et du nettoyage ethnique, ainsi qu'une garantie. Netanyahou ne s'arrêtera pas délibérément. N'oubliez pas que seule la guerre continue lui offre une chance de survie politique. Il trouvera toujours une raison de poursuivre sa sale guerre contre des innocents. C'est pourquoi les forces internationales doivent intervenir au plus vite afin de protéger la population palestinienne.

Il y a bien sûr le plan infâme décrit par le Washington Post : les hôtels et les clubs de golf Trump, un centre industriel portant le nom d'Elon Musk, une rue portant le nom de MBS

Gaza n’est pas un terrain vague que l’on peut raser puis reconstruire au goût des puissants. Gaza est le cœur battant d’un peuple qui refuse d’être effacé. Les promesses de Trump, les calculs de Netanyahou, les illusions diplomatiques de Washington ou de Bruxelles n’y changeront rien : une paix qui ignore la justice est une paix morte-née.

Nous ne devons pas accepter que les générations futures nous jugent complices par notre silence. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de défendre Gaza, mais de défendre l’idée même d’humanité.

Gaza n’a pas besoin de promesses creuses. Gaza a besoin de justice. Et la justice ne se négocie pas.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 

 

 


Le crime de la jeune Bédouine de Nirim : violence accordée et mémoire effacée

 

L’été 1949 marque une période charnière. L’État d’Israël vient à peine de naître, au terme d’une guerre sanglante qui a opposé les forces sionistes aux armées arabes et aux populations palestiniennes. Pour les Palestiniens, c’est le début de la Nakba  la catastrophe qui a vu l’expulsion de plus de 700 000 personnes et la destruction de centaines de villages. 
Dans ce climat de militarisation et d’hostilité, les Forces de défense israéliennes (FDI) sont créées à partir de milices préexistantes : la Haganah, l’Irgoun et le Lehi. Ces groupes, rompus à la lutte clandestine et aux représailles, ont importé dans l’armée régulière une culture de brutalité, où la frontière entre combat militaire et violences contre les civils restait monnaie courante. C’est dans ce contexte que se situe l’affaire dite du crime de Nirim.


Le crime : une violence exemplaire

En août 1949, une jeune Bédouine du désert du Néguev, âgée d’à peine quinze à vingt ans, est capturée par une patrouille israélienne. Deux hommes qui l’accompagnaient sont tués ou s’échappent. Elle, en revanche, est conduite dans un avant-poste militaire près du kibboutz Nirim.

Là, sous l’autorité d’un officier d’une vingtaine d’années, une fête est organisée pour les soldats. Pâtisseries, vin et discours d’unité précèdent une scène macabre : le commandant donne à ses hommes le « choix » entre faire de la jeune fille une aide domestique ou la violer collectivement. Les soldats, dans un climat de camaraderie et de dérision, choisissent la seconde option.

S’ensuit une série de violences sexuelles. La victime est déshabillée, lavée au tuyau d’arrosage, exposée nue devant l’unité. Son corps est transformé en spectacle et en trophée. Pendant des heures, elle est violée tour à tour par les soldats, avant d’être « réservée » au commandant.

Le lendemain, estimant qu’elle représentait une gêne, l’officier décide son exécution. Alors qu’elle tente de fuir, elle est abattue d’une balle à l’arrière de la tête et enterrée à la hâte, à moitié nue, dans une fosse anonyme.


La justice militaire : impunité et silence

L’armée israélienne, informée par un soldat choqué, ouvre une enquête. Mais le crime est aussitôt requalifié : il n’est pas question de viol ni de meurtre, mais de « négligence dans la prévention d’un crime ». Les sanctions infligées sont minimes, le commandant est discrètement réintégré, et aucun nom n’est publié.

Cette gestion de l’affaire révèle une volonté politique claire : protéger l’image de l’armée naissante, éviter tout scandale international, et effacer la mémoire de la victime. Ce n’est pas seulement un crime commis contre une jeune fille ; c’est un crime recouvert par le silence institutionnel, qui transforme la victime en inexistence.


Un symbole des violences de la Nakba

Le crime de Nirim n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une série de violences ayant marqué la Nakba : expulsions, massacres, pillages et viols. Les récits de survivants palestiniens, mais aussi certains documents militaires israéliens déclassifiés, attestent que ces pratiques, loin d’être marginales, étaient courantes dans plusieurs zones de conflit.

Le kibboutz, symbole du projet sioniste et de la « renaissance sur la terre », devient ici le décor d’un crime barbare. Là où l’on cultivait l’image d’une société égalitaire et fraternelle, des soldats ont célébré l’humiliation et la mort d’une adolescente sans nom.


Mémoire et oubli : la double mort de la victime

L’un des aspects les plus glaçants de cette affaire est l’anonymat de la jeune Bédouine. Son nom n’a pas été enregistré. Sa famille n’a pas pu lui offrir de sépulture. Sa tombe a disparu, et son histoire n’a survécu que par des fragments de témoignages.

En hommage à cette petite personne du Désert, je tenterai dans une reconstitution mémorielle de donner un visage à la victime de Nirim :

Elle n’a pas de nom dans les archives. Pourtant, on peut imaginer son enfance quelque part dans le désert du Néguev.

Peut-être a-t-elle grandi sous une tente bédouine, le sable comme horizon, les troupeaux comme richesse, la voix de sa mère l’appelant au matin. Ses journées se remplissaient de gestes simples : puiser l’eau, ramasser du bois, courir derrière ses frères  et sœurs. Le ciel immense était son toit, la chaleur écrasante son quotidien, et les nuits, éclairées d’étoiles, portaient des histoires anciennes transmises par les anciens de la tribu. Puis un jour, le destin a basculé. Des cris d’hommes armés, des ordres dans une langue qu’elle ne comprenait pas.

L’arrachement brutal de ce monde familier. Elle ne savait pas où on l’emmenait, ni pourquoi. Dans ses yeux, la peur, l’incompréhension, la solitude absolue d’une jeune fille de quinze ou vingt ans, soudain jetée au milieu d’une garnison étrangère. On ne saura jamais ce qu’elle a ressenti quand on l’a déshabillée de force, lavée au jet d’eau sous les rires. 

Peut-être le froid du métal, le sable collé à sa peau, la honte insoutenable de voir son corps transformé en spectacle. Dans la tente du commandant, elle a dû deviner ce qui allait arriver. Sa dignité brisée, son corps pris comme un butin.

Dans le silence, il n’y avait ni mots, ni secours, seulement la certitude que sa vie ne valait rien pour ceux qui l’entouraient. Le lendemain, elle a couru. Ses pieds nus frappaient la terre sèche. Six mètres seulement. Une balle derrière la tête. Et puis plus rien.

Le sable a recouvert son corps, mais aussi son nom. L’oubli a achevé le crime.                               Pourtant, se souvenir d’elle, même sans identité complète, est un acte de justice.                     Redonner, ne serait-ce qu’un instant, un visage, une vie, une histoire, c’est refuser que son existence se réduise au silence d’une tombe anonyme

Cet oubli organisé constitue une seconde mort. Effacer l’identité de la victime, c’est effacer la preuve du crime. Or, dans les conflits, l’oubli est une arme aussi puissante que la balle. Là où il n’y a ni trace, ni nom, ni mémoire, il devient possible de nier ou de minimiser.


Héritages et résonances contemporaines

Le crime de Nirim éclaire la logique de violence qui a présidé à la fondation d’Israël et qui continue de hanter la région. Pour les Palestiniens, ces histoires de villages détruits, de viols et de massacres constituent un traumatisme fondateur. Elles alimentent la mémoire collective et nourrissent la colère des générations suivantes.

Ainsi, lorsque le kibboutz de Nirim a été attaqué le 7 octobre 2023, certains groupes armés palestiniens ont évoqué la mémoire de ces crimes passés pour justifier leurs cibles. L’histoire devient alors une arme, un champ de bataille mémoriel qui prolonge le cycle de violence.


Conclusion : dignité et mémoire

Le crime de Nirim n’est pas seulement l’histoire d’un viol collectif et d’un meurtre. C’est l’histoire d’une mémoire effacée, d’un nom jamais prononcé, d’une dignité volée deux fois – par l’acte et par l’oubli.

Rendre compte de ce crime aujourd’hui, c’est déjà un acte de justice. C’est redonner une voix à celle qu’on a voulu réduire au silence. C’est aussi rappeler que les États, même dans leur naissance, portent en eux des ombres que seule la mémoire peut éclairer.

Elle méritait un nom. Elle méritait une sépulture. Elle méritait la vie.

Ce détail de l’Histoire permettrait de saisir, dans son intimité la plus profonde, la souffrance originelle des Palestiniens et désignant l’exode forcé des populations arabes parfois au gré de massacres perpétrés dans des villages.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

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