Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...

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Le Makhzen dans sa fabrique médiatique d’un ennemi permanent "Algerie" !

 

Dans cette tribune, je fais une  analyse et déconstruit un discours médiatique fondé sur la généralisation et la stigmatisation, qui transforme un différend politique entre États en hostilité supposée entre peuples. Une mise en garde contre la fabrique de la haine et un plaidoyer pour une lucidité politique débarrassée des récits incendiaires. Je constante qu’à force de vouloir dénoncer l’autre, certains éditoriaux finissent par produire exactement ce qu’ils prétendent combattre : la haine. Cet article démonte une rhétorique qui essentialise un peuple, instrumentalise l’histoire et ferme la porte à toute perspective de paix maghrébine.

À force de vouloir dénoncer une hostilité supposée, certains éditoriaux finissent par en devenir l’illustration la plus éloquente. Le texte récemment publié par Assabah, prétendant analyser la relation algéro-marocaine, s’inscrit moins dans une démarche d’éclairage que dans une entreprise de construction d’un ennemi permanent, essentialisé, figé, et privé de toute complexité humaine et politique.

Sous couvert de “dire les choses telles qu’elles sont”, l’édito verse dans une rhétorique de la généralisation, où un régime, des choix diplomatiques, des médias officiels et une société entière se confondent en un seul bloc hostile. Cette confusion n’est ni innocente ni anodine : elle est le carburant classique des discours de rupture, ceux qui transforment les différends politiques en antagonismes civilisationnels.

Du désaccord politique à la stigmatisation d’un peuple

Affirmer qu’« une partie de la société algérienne a grandi dans un imaginaire structuré autour du rejet du Maroc » revient à poser une thèse grave : celle d’une haine transmise culturellement, presque héréditaire. Une telle affirmation, non étayée par des travaux sociologiques sérieux, relève moins de l’analyse que de l’assignation identitaire.

Les sociétés ne sont pas des blocs idéologiques homogènes. L’Algérie, comme le Maroc, est traversée par des courants contradictoires, des mémoires plurielles, des générations en rupture avec les récits officiels. Réduire une population de plus de quarante millions d’habitants à une hostilité “institutionnalisée” est non seulement intellectuellement paresseux, mais moralement dangereux. C’est exactement ce type de discours qui, dans d’autres contextes, a justifié l’exclusion, le mépris et la déshumanisation.

L’histoire comme arme, non comme responsabilité

Le rappel de l’expulsion des Marocains d’Algérie dans les années 1970 constitue un passage central du texte. Ce drame humain est réel, douloureux, et mérite reconnaissance, mémoire et réparation. Mais ici, il est instrumentalisé non pour ouvrir un espace de justice ou de dialogue, mais pour fermer toute possibilité de rapprochement, en assignant une culpabilité collective et transhistorique.

La mémoire n’est pas une massue. Lorsqu’elle est convoquée sans distinction entre les responsabilités politiques d’hier et les sociétés d’aujourd’hui, elle cesse d’être un devoir pour devenir un outil de ressentiment. Aucun peuple ne peut être éternellement tenu pour comptable des décisions d’un pouvoir passé, surtout lorsque ce peuple n’a jamais été consulté.

Le Sahara : la certitude comme stratégie d’exclusion

Le conflit du Sahara est présenté dans l’édito comme une pure fabrication algérienne, un artifice cynique destiné à nuire au Maroc. Une telle lecture, martelée comme une évidence, évacue toute la complexité juridique, historique et internationale de ce dossier, reconnu comme non résolu par les Nations unies.

On peut défendre fermement la position marocaine — et beaucoup le font — sans sombrer dans le déni de toute légitimité de la position adverse. Transformer un conflit politique en preuve absolue de malveillance revient à fermer la porte à toute issue diplomatique et à entretenir un climat de confrontation perpétuelle, au détriment des peuples de la région.

La logique du soupçon permanent : une impasse morale et politique

L’un des aspects les plus inquiétants du texte réside dans sa criminalisation de l’intention. Les gestes de fraternité lors d’événements sportifs seraient feints, les délégations étrangères porteuses d’arrière-pensées, la bonne foi nécessairement naïve. Cette vision paranoïaque du monde n’est pas de la lucidité : c’est une abdication de la raison.

Aucune paix régionale ne peut se construire sur le soupçon généralisé. À ce compte-là, tout échange devient une menace, toute rencontre une manipulation, toute ouverture une faiblesse. Ce discours ne protège pas les intérêts nationaux ; il les enferme dans une forteresse mentale, coupée des sociétés civiles et des dynamiques de rapprochement spontané entre peuples.

Une contradiction fondamentale

L’édito se réclame des valeurs marocaines d’hospitalité, d’ouverture et de fraternité, tout en expliquant qu’il faudrait s’en méfier, les restreindre, les entourer de barrières mentales. On ne peut pas, dans le même souffle, revendiquer des valeurs universelles et considérer qu’un peuple voisin en est par nature indigne.

Les valeurs ne sont pas stratégiques à géométrie variable. Elles perdent toute crédibilité lorsqu’elles sont invoquées uniquement pour se donner le beau rôle, tout en servant de prétexte à la diabolisation de l’autre.

La responsabilité des médias

Dans une région marquée par des décennies de tensions, les médias ont une responsabilité historique. Ils peuvent soit : contribuer à désescalader les récits de haine, soit alimenter une guerre des imaginaires où chaque peuple est sommé de haïr l’autre pour prouver sa loyauté nationale.

Présenter la méfiance comme sagesse et la fermeture comme maturité politique est une erreur grave. La véritable lucidité consiste à distinguer les États des peuples, les régimes des sociétés, les conflits des identités.

Refuser la haine comme horizon

Il est possible et nécessaire de défendre les intérêts du Maroc sans sombrer dans la stigmatisation, sans nourrir une vision essentialiste de l’Algérie et des Algériens. La critique politique gagne en force lorsqu’elle s’accompagne de rigueur intellectuelle et de sens moral.

La haine n’est pas un héritage naturel. Elle est produite, entretenue, rentable pour certains discours. La refuser n’est ni naïf ni faible : c’est un acte de responsabilité.

Alors, un conseil amical au Marocain chroniqueur (bergag sujet) : la prochaine fois qu’il voudra écrire sur l’Algérie, qu’il laisse tomber la morale simpliste et qu’il ouvre un atlas. Cela lui évitera de confondre un conflit géopolitique vieux de 75 ans avec une tragédie de monarchie de poche.

Car l’avenir du Maghreb ne se jouera pas dans la surenchère des éditoriaux incendiaires, mais dans la capacité à briser les récits qui transforment des peuples frères en ennemis héréditaires.

Quelle mascarade, quel gâchis, quelle pitrerie. Il fut un temps ou l’attitude du Makhzen marocain et sa presse locale faisait moins la fière !

A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça
https://kadertahri.blogspot.com/


Israël–Gaza : la guerre que les médias ne racontent pas

 « Les médias israéliens sont comme un médecin qui cache l’état de santé de son patient. »
Cette phrase, tirée d’un article publié dans la presse israélienne, résume à elle seule l’ampleur du malaise moral et politique qui traverse la société israélienne depuis le déclenchement de la guerre de Gaza. En refusant de montrer la réalité des destructions, en réduisant le drame palestinien à des statistiques, ou en se réfugiant derrière le langage sécuritaire, une grande partie des médias israéliens ont participé à une entreprise de déni collectif.
Mais ce silence n’est pas seulement celui des journalistes : il est aussi celui du public, de l’État et, plus largement, de l’Occident tout entier.

Un silence médiatique structurel : la parole verrouillée au nom de la sécurité

Depuis le 7 octobre, la presse israélienne opère dans un contexte de guerre où la censure militaire encadre strictement toute information liée aux opérations à Gaza. Les autorités invoquent des impératifs de sécurité nationale, mais ce cadre est devenu, de facto, un instrument de contrôle narratif. Les rédactions se conforment à une vision unique du conflit : Israël comme victime, le Hamas comme incarnation du mal absolu, et Gaza comme un théâtre d’opérations dépourvu d’êtres humains.

Cette ligne éditoriale dominante ne relève pas uniquement d’une peur institutionnelle, mais d’une adhésion idéologique. De nombreux médias, notamment audiovisuels, se sont transformés en caisses de résonance du discours gouvernemental, réduisant les débats à des considérations militaires et occultant les dimensions politiques, humanitaires et juridiques du conflit. Les rares voix dissidentes Haaretz, +972 Magazine, ou encore les ONG comme B’Tselem et Gisha  sont marginalisées, taxées d’anti-patriotisme ou accusées de trahir la nation en temps de guerre.

Ainsi, le silence médiatique n’est pas simplement le fruit d’une censure imposée, mais d’un consensus implicite : ne pas troubler la conscience nationale, ne pas fissurer le récit collectif.

Le déni du public : un silence partagé et volontaire

Pourtant, comme le souligne l’article, « le public n’a pas voulu savoir, ou alors il sait et s’en fiche ». Cette phrase révèle une vérité plus dérangeante encore : le silence des médias répond à la demande d’un public qui ne veut pas voir. Dans un contexte d’insécurité et de peur, l’information devient une consommation émotionnelle ; elle ne doit pas déranger, mais rassurer.

Cette dynamique n’est pas propre à Israël. Dans toute société en guerre, la dissonance cognitive pousse les citoyens à refuser les vérités qui ébranlent leur identité nationale. Mais ici, la situation est plus profonde : le silence devient une forme de participation symbolique au conflit. En acceptant de ne pas savoir, en choisissant de croire que « tout est sous contrôle », le public israélien protège son propre confort moral.

Il ne s’agit donc pas d’un peuple manipulé, mais d’un peuple qui collabore à son propre aveuglement. C’est pourquoi, comme le rappelle Haaretz, aucun citoyen israélien ne peut honnêtement affirmer : « Nous ne savions pas. »
Les informations existaient, accessibles à tous sur Internet, publiées par des journalistes courageux. Mais la majorité a préféré détourner le regard. Ce silence collectif traduit une crise morale autant qu’une faillite médiatique.

La rhétorique du « bouclier humain » : une justification du massacre

L’un des éléments les plus révélateurs de cette cécité volontaire est la manière dont les médias et le discours public justifient les bombardements massifs à Gaza. L’argument récurrent« le Hamas se cache derrière les civils » sert de caution morale à une politique de destruction totale.
Or, comme le rappellent certains commentateurs, l’écrasante supériorité militaire d’Israël (huit soldats pour un combattant palestinien) rend caduque cette excuse. Le droit international humanitaire impose des limites à la force, même contre un ennemi jugé terroriste.

Mais dans la sphère médiatique israélienne, ces nuances disparaissent. Les victimes palestiniennes deviennent des « dommages collatéraux », des statistiques abstraites. Le langage militaire anesthésie la compassion. Ainsi, le silence n’est pas seulement absence de parole : il est substitution de mots, travestissement du réel, effacement du visage humain de l’autre.

Cette déshumanisation n’est pas sans conséquences. Elle légitime l’impunité et, à long terme, nourrit la radicalisation de part et d’autre. Le silence devient alors une arme morale, plus destructrice encore que les bombes.

Un silence occidental en miroir : la complicité globale de l’information

Le texte met justement en lumière un paradoxe inquiétant : le silence des médias israéliens trouve un écho dans les rédactions occidentales. Aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni ou en Australie, de nombreux journalistes reprennent sans vérification les communiqués de Tsahal, occultant les témoignages palestiniens ou minimisant la gravité du drame humanitaire.

Cette censure officieuse s’exerce non par interdiction directe, mais par conformisme idéologique, par peur d’être accusé d’antisémitisme, ou simplement par inertie professionnelle. Résultat : la couverture médiatique internationale de Gaza s’aligne sur le discours israélien, renforçant la perception d’une guerre « juste » contre le terrorisme.

Pourtant, sur les réseaux sociaux, des millions d’images, de vidéos et de témoignages contredisent ce récit officiel. Le fossé entre la vérité visible et la vérité publiée devient abyssal. Ce décalage alimente une méfiance généralisée envers les médias traditionnels et révèle une crise profonde du journalisme occidental : celle de la dépendance au pouvoir et de la peur du réel.

Le prix du silence : une responsabilité historique

Le silence médiatique israélien et, par extension, occidental  n’est pas neutre. Il a un coût : celui de l’impunité, du prolongement du conflit et de la banalisation du mal.
Lorsqu’un peuple choisit de ne pas voir, lorsqu’une presse se tait ou détourne les yeux, ce n’est pas seulement la vérité qu’elle enterre, mais sa propre humanité.
L’histoire a déjà connu ce type de déni collectif. Après la Seconde Guerre mondiale, certains disaient : « Nous ne savions pas. » Aujourd’hui, cette excuse ne tient plus. Les images de Gaza sont partout. Ce qui manque, ce n’est pas l’information, c’est la volonté morale de la regarder.

La presse a pour mission d’informer, mais aussi de réveiller les consciences. Lorsqu’elle renonce à cette fonction, elle devient complice du pouvoir qu’elle devrait questionner. En refusant de nommer les choses un siège, un apartheid, un massacre, les médias israéliens et occidentaux contribuent à normaliser l’inhumain.

Haaretz et quelques rares journalistes courageux demeurent les exceptions d’une époque où le courage moral est devenu suspect. Mais ils rappellent une vérité essentielle : le silence n’est jamais neutre. Il est un choix politique, un acte de pouvoir. Et parfois, il tue.

Conclusion

Le silence des médias israéliens n’est ni accidentel, ni purement institutionnel. Il est le reflet d’un déni collectif, d’une peur de la vérité et d’un refus de responsabilité morale.
Ce silence, reproduit et amplifié par les médias occidentaux, participe à la perpétuation d’un système d’oppression et à la banalisation de la violence.

Un jour, comme le prédit l’article, « le grand public exigera des réponses sur le silence des médias ». Mais encore faut-il qu’il ait le courage de poser les bonnes questions. Car tant que les sociétés préféreront le confort du mensonge à la douleur de la vérité, les guerres continueront et les journalistes continueront d’écrire pour ne rien dire.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »

https://kadertahri.blogspot.com/