Ce texte n’aurait jamais été écrit
si le projet avait été marocain mais la presse courtisane du Makhzen mène une guerre
narrative, pas un débat économique non pour se défendre, mais pour affaiblir
symboliquement un État voisin. Sous couvert d’analyse économique et de
défense de la rationalité, une partie de la presse marocaine mène une offensive
permanente contre l’Algérie, transformant chaque projet, chaque débat et chaque
controverse interne en preuve supposée d’échec et de faillite. Cette tribune
démonte les procédés, les biais et l’hypocrisie d’un journalisme devenu
militant, obsédé par le voisin algérien et incapable de tolérer son existence
hors du récit de l’effondrement permanent.
Chronique : Il existe, dans une partie bien
identifiée de la presse marocaine, une passion dévorante, exclusive, presque
intime : l’Algérie. Elle y pense au réveil, l’invoque à midi, la
dissèque le soir. L’Algérie n’est plus un pays voisin : c’est une fixation
éditoriale, un symptôme chronique, une rente narrative. Sans elle, ces
journaux n’auraient plus grand-chose à dire ni parfois à vendre.
Prenons n’importe
quel projet algérien : une route, un port, une mine, une raffinerie, une
centrale électrique. Avant même la première pierre, le verdict est déjà rendu
depuis Rabat : fiasco, scandale, folie, panique du
régime. L’analyse vient après, si elle vient. Les faits sont accessoires.
L’objectif est constant : prouver que l’Algérie n’a pas le droit d’avoir une
ambition sans être ridiculisée.
L’affaire
Djelloul Slama est un cas d’école. Une rumeur devient une certitude. Une
disparition non élucidée se transforme en « enlèvement présidentiel ».
Une hypothèse devient une accusation. Et l’accusation devient un éditorial. Le
tout servi avec cette assurance typique de ceux qui n’ont jamais besoin de
prouver ce qu’ils affirment, puisqu’ils parlent toujours du même pays,
toujours dans le même sens.
La presse du
Makhzen ne rapporte pas les faits : elle instruit des procès par avance.
Elle ne décrit pas l’Algérie : elle la caricature. Elle ne critique pas
des politiques publiques : elle nie la légitimité même de l’État algérien à
en avoir. Le procédé est désormais rodé, presque industriel.
D’abord, personnaliser
à outrance : tout devient l’œuvre d’un seul homme, caricaturé en despote
nerveux, isolé, irrationnel. Ensuite, psychologiser le pouvoir : on ne
parle plus de choix stratégiques, mais de « lubies », de « paranoïa
», de « folie ». Puis, moraliser l’économie : un
projet coûteux n’est pas risqué, il est immoral ; un pari industriel n’est pas
discutable, il est criminel.
Enfin, et surtout, s’auto-proclamer camp de la rationalité. La presse du Makhzen adore enfiler la blouse blanche de l’expert neutre, du technocrate éclairé, du journaliste responsable. Elle invoque les chiffres quand ils servent, les ignore quand ils dérangent. Elle célèbre l’investissement massif quand il est marocain, le dénonce comme une fuite en avant quand il est algérien.
Un port
marocain à plusieurs milliards ? Vision stratégique nous dit-on ! Un
TGV déficitaire ? Pari d’avenir, pari de modernité !
Une zone industrielle sous-utilisée ? Ajustement conjoncturel mais rentable !
Une mine
algérienne nécessitant des infrastructures lourdes ? Délire mégalomane.
Une stratégie de long terme ? Escroquerie.
Un projet structurant ? Propagande.
Ce n’est pas
de l’économie pour cette presse du Makhzen, c’est surtout du chauvinisme
comptable.
Ce que cette
presse ne supporte pas, au fond, ce n’est ni le Président Algérien, ni l’Armée Algérienne,
ni même l’Algérie. C’est une chose plus insupportable encore : l’idée que
l’Algérie puisse échouer par elle-même, apprendre par elle-même, persister par
elle-même. Elle voudrait lui refuser jusqu’au droit à l’erreur, ce luxe
pourtant accordé à tous les pays qui se développent réellement. Car derrière la
posture morale se cache une angoisse mal dissimulée :
et si l’Algérie, malgré ses lenteurs, malgré ses contradictions, malgré ses
paris coûteux, finissait par consolider une base industrielle réelle ?
Alors on
tire avant que ça pousse. On discrédite avant que ça produise. On enterre
symboliquement avant que ça n’existe. La presse du Makhzen ne surveille pas
l’Algérie : elle la scrute avec inquiétude. Elle ne l’analyse pas : elle
la surveille comme un rival. Et surtout, elle parle d’elle sans jamais
la laisser parler.
Le plus
ironique, dans cette croisade médiatique, c’est qu’elle prétend défendre la
rationalité, la liberté d’expression, l’expertise tout en pratiquant l’assignation
idéologique permanente. Toute voix algérienne est soit un propagandiste,
soit un dissident utile. Jamais un acteur sincère. Jamais un débat interne légitime.
À force de
dénoncer la propagande algérienne, le presse courtisane du Makhzen est devenue sa
propre caricature : prévisible, obsessionnelle, monotone. Elle ne produit
plus de journalisme, mais une liturgie hostile, répétée jour après jour,
article après article, comme pour se convaincre elle-même.
L’Algérie n’a
pas besoin d’être idéalisée. Elle n’a pas besoin d’être défendue aveuglément.
Elle a besoin d’être regardée avec sérieux.
Mais cela
supposerait, côté marocain, d’accepter une chose insupportable : que l’Algérie
existe autrement que comme un échec annoncé et c’est précisément ce que le
Makhzen ne pardonnera jamais.
A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur
inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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