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Sahara occidental : Le piège de Rabat reconnaître ce qu’il nie !

 

Présentée comme une victoire pour le Maroc, la dernière résolution de l’ONU sur le Sahara occidental s’est en réalité transformée en un retour au droit international et au principe d’autodétermination. Derrière la rhétorique triomphaliste, Rabat se retrouve piégé par le cadre juridique qu’il croyait pouvoir manipuler, tandis que l’Algérie et ses alliés replacent le dossier dans sa nature première : celle d’une décolonisation inachevée.

Une victoire de façade, une défaite de fond

Les médias proches du pouvoir marocain ont salué la résolution du Conseil de sécurité comme une confirmation implicite de la “marocanité” du Sahara. Mais une lecture attentive du texte montre tout le contraire.
Sous la pression discrète mais efficace de l’Algérie et de ses alliés — Russie, Chine et pays du Mouvement des non-alignés —, le langage juridique du document a été profondément modifié :

  • Le plan d’autonomie marocain n’est plus présenté comme “la seule solution réaliste”, mais comme “une base réaliste de négociation”.
  • Le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui a été réaffirmé.
  • Le mandat de la MINURSO a été prolongé, confirmant le statut de territoire non autonome du Sahara occidental.

Derrière ces ajustements se cache un véritable renversement diplomatique : le Maroc croyait verrouiller le dossier, il l’a rouvert.

Le droit international, l’arme du peuple sahraoui

Depuis l’avis de la Cour internationale de Justice (1975), la position du droit international est sans équivoque : les liens historiques évoqués par Rabat n’équivalent pas à une souveraineté.
La résolution 1514 (XV) de 1960, sur la décolonisation, érige le droit à l’autodétermination en norme impérative du droit international public.
Ainsi, aucune formule politique — fût-elle habillée d’autonomie — ne peut annuler le droit d’un peuple à décider librement de son avenir.

Cette base juridique solide, souvent éclipsée par la propagande, est redevenue le terrain principal du combat sahraoui et de la diplomatie algérienne.
Le Sahara occidental n’est pas une “région” marocaine : c’est un territoire en attente de décolonisation, reconnu comme tel par les Nations Unies.

L’intelligence diplomatique d’Alger : du rapport de force à la légitimité

Alors que Rabat misait sur le soutien américain et la reconnaissance de Trump en 2020, l’Algérie a choisi la patience et la cohérence.
En s’appuyant sur ses relations solides à l’Est et au Sud, elle a réussi à transformer un projet pro-marocain en un texte onusien équilibré, fondé sur la légitimité internationale.

Cette diplomatie du droit a replacé le débat sur le terrain des principes, non des pressions.
Le résultat est sans appel : la communauté internationale ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, et toute solution devra passer par une consultation libre du peuple sahraoui.

Le discours royal : une manœuvre de repli

Le roi Mohammed VI, dans son discours suivant la publication de la résolution, a appelé à “tendre la main” à l’Algérie. Derrière ce ton d’apaisement se cache une tentative d’anticiper les conséquences politiques du texte onusien.
Mais Alger a répondu par la constance : “Nous ne négocions pas sur un territoire qui ne nous appartient pas.”
Cette position ferme renvoie le Maroc à son seul choix possible : reconnaître et négocier avec les représentants légitimes du peuple sahraoui

Le piège de Rabat : reconnaître ce qu’il nie

En se réjouissant trop vite, le Maroc est tombé dans sa propre embuscade.
Accepter de revenir à la table des négociations, c’est reconnaître le Front Polisario comme interlocuteur légitime. Admettre le cadre onusien, c’est accepter que l’indépendance soit une option possible. Et prolonger le mandat de la MINURSO, c’est reconnaître implicitement que le territoire n’est pas marocain.

Ainsi, la “victoire diplomatique” s’est muée en défaite stratégique : Rabat doit désormais dialoguer avec ceux qu’il prétend ne pas exister.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

 

 


L’ambiguïté du Conseil de sécurité : entre autonomie et autodétermination, un flou qui bloque toute issue au Sahara occidental

 

La résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU, s’inscrit dans la continuité d’une série de textes où l’ambiguïté devient une méthode. En exhortant les parties à reprendre les discussions « sérieuses et sans conditions préalables », tout en considérant la proposition marocaine d’autonomie comme « crédible et réaliste », le Conseil semble vouloir réconcilier deux approches fondamentalement opposées : l’autonomie sous souveraineté marocaine et l’autodétermination du peuple sahraoui.

Cette formulation n’est pas nouvelle. Depuis la résolution 1754 (2007), l’ONU a remplacé l’idée d’un référendum d’autodétermination — initialement au cœur du mandat de la MINURSO — par la recherche d’une « solution politique juste, durable et mutuellement acceptable ». Ce glissement sémantique a progressivement transformé la question du Sahara occidental : d’un droit à exercer, elle est devenue un objet de négociation.

Un équilibre diplomatique qui entretient le statu quo

Le langage choisi par le Conseil de sécurité est délibérément flou. Il permet à chaque partie d’y trouver une forme de validation :

Le Maroc met en avant la reconnaissance de sa proposition comme « base crédible et réaliste », y voyant un appui implicite à sa souveraineté sur le territoire.

Le Front Polisario, quant à lui, se réfère à la mention de « l’autodétermination » pour réaffirmer le droit du peuple sahraoui à choisir librement son avenir.

Mais cette double lecture, censée encourager le compromis, aboutit en pratique à un blocage total. Chacun campe sur ses positions, convaincu que le temps ou la diplomatie finiront par lui donner raison. Le Conseil, de son côté, se contente de gérer la stabilité régionale plutôt que de résoudre la question de fond.

De la neutralité à la paralysie

Les résolutions successives — de la 1754 (2007) à la 2654 (2022), jusqu’à la récente 2797 (2025) — reprennent presque mot pour mot les mêmes formulations. Cette répétition traduit moins une continuité qu’une incapacité à évoluer.
La Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO) demeure, malgré son nom, privée de tout mandat pour organiser un référendum ou même surveiller les droits humains. Elle symbolise le paradoxe d’une présence onusienne sans pouvoir politique réel.

Sous couvert de neutralité, l’ONU a fini par institutionnaliser le statu quo. L’ambiguïté qui devait permettre le dialogue est devenue un instrument d’immobilisme. Elle offre au Maroc le confort diplomatique du soutien tacite de puissances influentes, et au Polisario l’illusion que la cause de l’autodétermination reste vivante dans le discours international.

Le prix de l’ambiguïté : une paix différée

Le maintien de ce flou diplomatique a un coût humain et politique.
Sur le terrain, le peuple sahraoui demeure privé de toute perspective claire. Dans les camps de réfugiés de Tindouf comme dans les territoires contrôlés par le Maroc, l’incertitude nourrit la frustration et la désillusion.
Sur le plan régional, le blocage empêche toute intégration maghrébine réelle, tandis que les tensions entre le Maroc et l’Algérie continuent de se renforcer.

L’ONU, en évitant toute position tranchée, préserve son unité mais sacrifie sa crédibilité. À force de vouloir ménager les équilibres diplomatiques, elle a transformé un processus de paix en un rituel annuel de reconduction de résolutions.

Clarifier pour avancer

Reconnaître cette ambiguïté n’est pas un rejet de la diplomatie, mais un appel à la lucidité.
Une solution politique durable ne pourra émerger que si les termes du débat sont clairement posés : Soit il s’agit de négocier les modalités d’une véritable autodétermination, conforme au droit international ;

Soit il s’agit de discuter d’une autonomie encadrée par la souveraineté marocaine, en assumant cette orientation politique.

Mais vouloir concilier les deux dans un même texte, c’est refuser de choisir — et donc condamner le processus à tourner en rond.

Conclusion

La résolution 2797 n’est pas seulement un texte diplomatique : elle est le symbole d’une méthode devenue une impasse.
Tant que le Conseil de sécurité continuera à parler de « solution mutuellement acceptable » sans définir clairement les paramètres de cette acceptation, le Sahara occidental restera le théâtre d’une paix différée, suspendue à une ambiguïté qui ne profite qu’au statu quo.

L’Algérie la voix de son délégué a toutefois souligné que le texte ne reflète ni fidèlement ni suffisamment la doctrine des Nations Unies sur la décolonisation — une doctrine qui a permis à de nombreux pays d'adhérer aux Nations Unies.

Quant aux lacunes du texte. Celui-ci ne répond pas aux attentes et aux aspirations légitimes du peuple du Sahara occidental, représenté par le Front Polisario, qui lutte depuis plus de 50 ans pour déterminer son propre avenir. Privilégier une option au détriment des autres limites la créativité et la flexibilité nécessaires à la conclusion d'un accord conforme à la doctrine de décolonisation des Nations Unies. Le texte crée également un déséquilibre en mettant l'accent sur les ambitions territoriales d'une partie tout en négligeant les aspirations du peuple sahraoui, son avis, en tant que partie au conflit, doit être entendu.

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                   « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »   https://kadertahri.blogspot.com/ 

 


Pourquoi une abstention de la Russie et de la Chine

L’abstention de la Russie et de la Chine lors du récent vote au Conseil de sécurité des Nations unies a suscité un profond sentiment d’amertume parmi ceux qui espéraient voir ces deux puissances s’opposer frontalement à une résolution jugée injuste envers le peuple sahraoui.
Cette réaction est légitime. Elle traduit la déception d’une opinion attachée à l’idée que certaines nations — dites “alliées” — demeurent fidèles à leurs engagements moraux envers les peuples en lutte pour leur autodétermination.

Mais la déception, aussi forte soit-elle, ne doit pas nous aveugler. Car la politique internationale n’est ni un espace de fraternité ni de fidélité affective. C’est le champ dur et froid des intérêts, où chaque État agit d’abord pour lui-même. Et si cette vérité peut paraître crue, elle n’en est pas moins nécessaire à intégrer pour bâtir une diplomatie algérienne pleinement souveraine.

Accuser la Russie et la Chine d’avoir “abandonné” l’Algérie ou le peuple sahraoui, c’est méconnaître la nature du rapport de force au sein du Conseil de sécurité. L’usage du veto est un acte diplomatique majeur, réservé aux enjeux considérés comme vitaux pour les puissances concernées. En s’abstenant, Moscou et Pékin n’ont pas validé la résolution américaine ; ils ont simplement refusé de s’y opposer frontalement. Cette nuance compte, car elle révèle une stratégie d’équilibre — contestable certes, mais non équivalente à une approbation.

Si la Chine ou la Russie, ou même les deux à la fois, avaient opposé leur veto à cette résolution, elles savaient que ce geste aurait entraîné la disparition immédiate de la MINURSO, puisque le texte portait principalement sur la prolongation de son mandat.
Or, un veto à ce stade aurait signifié la fin du mécanisme onusien, ce que réclament depuis longtemps les partisans marocains.

Et que se passerait-il alors ? Plus de MINURSO, donc plus de référendum du peuple sahraoui.

En veillant à préserver l’existence de la MINURSO, même au prix d’une abstention, la Russie et la Chine ont choisi de maintenir vivant le cadre juridique et diplomatique du processus d’autodétermination.
Tant que la mission existe, il reste possible d’influer sur son orientation, de négocier, et, le moment venu, de faire usage du veto au terme du processus si le résultat s’avérait contraire au droit international. C’est à ce dernier stade que l’emploi du veto est stratégique, non en amont. Ce que certains perçoivent comme un renoncement peut être, en réalité, une manœuvre pour garder la main sur le futur du dossier sahraoui.

L’Algérie n’a pas à choisir entre la solitude et la soumission

Face à la domination occidentale et à la passivité parfois calculée des puissances orientales, l’Algérie n’a pas vocation à se replier sur elle-même. Se recentrer sur son développement national, oui ; renoncer à sa voix internationale, jamais.

Notre pays a toujours défendu les causes justes, non par opportunisme, mais par conviction. De la lutte contre l’apartheid à la reconnaissance de la Palestine, en passant par le soutien constant au peuple sahraoui, l’Algérie a fait entendre une voix singulière : celle des peuples libres. Ce positionnement n’est pas une faiblesse ; c’est un héritage et une force morale qui ont valu à l’Algérie respect et considération sur la scène mondiale.

Plutôt que de rompre avec ses partenaires, l’Algérie doit diversifier ses alliances, notamment au sein de l’Afrique, du monde arabe et du Sud global. Un monde multipolaire ne se construira pas sur des fidélités idéologiques, mais sur la coopération équilibrée entre nations souveraines.

Le soutien au peuple sahraoui : un principe, pas une option

L’abstention de Pékin et de Moscou ne change rien à la légitimité du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le Sahara occidental reste une question de décolonisation inachevée, inscrite depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU. Ce n’est ni une affaire bilatérale, ni une question d’influence régionale : c’est un combat pour le respect du droit international.

L’Algérie n’a jamais défendu le Polisario par intérêt territorial ou rivalité avec le Maroc, mais par fidélité à un principe universel : celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Renoncer à ce principe reviendrait à trahir notre propre histoire de libération.

L’indépendance ne se mendie pas, elle se construit

Il serait illusoire de croire que quiconque viendra défendre l’Algérie en cas de crise. L’expérience des dernières décennies, de l’Irak à la Libye, a démontré que chaque nation doit d’abord pouvoir compter sur ses propres forces.

Mais cela ne signifie pas se replier dans un isolement défensif. Cela veut dire investir dans la puissance : une économie productive, une souveraineté technologique, une diplomatie proactive et une unité nationale solide.
L’Algérie ne doit pas “laisser les peuples à leur destin”, comme le propose la résignation ; elle doit au contraire montrer la voie d’une indépendance active, d’une solidarité lucide et d’une coopération équitable.

Transformer la désillusion en stratégie

La colère contre la Russie et la Chine, aussi compréhensible soit-elle, ne doit pas se muer en fatalisme. Elle doit être le point de départ d’une réflexion stratégique : comment bâtir une politique étrangère réellement indépendante, capable de dialoguer avec toutes les puissances sans jamais se soumettre à aucune ?

L’Algérie doit défendre ses intérêts avec dignité, non avec dépendance. Elle doit rester fidèle à sa mission historique : celle de faire entendre la voix du Sud, d’incarner la résistance à toutes les formes de domination et de rappeler que la justice internationale ne se quémande pas, elle se conquiert.

Conclusion

L’heure n’est pas à la rupture, mais à la lucidité. La Russie et la Chine ont agi selon leurs calculs ; l’Algérie doit agir selon sa conscience.
Notre pays n’a jamais attendu l’autorisation des puissances pour défendre la liberté. Il ne le fera pas davantage aujourd’hui.

Le monde change, les alliances se déplacent, les intérêts se recomposent — mais les principes demeurent.
Et c’est à la fidélité à ces principes que l’Algérie doit sa grandeur passée et sa légitimité présente. Que cette déception serve donc, non à nous diviser, mais à nous rappeler que la véritable puissance d’une nation réside dans sa capacité à rester fidèle à elle-même.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Maroc/Sahara Occidental : habillage sémantique de l’occupation.

En érigeant le plan d’autonomie marocain en unique base de négociation, la résolution 2797 du Conseil de sécurité (31 octobre 2025) tourne la page du référendum d’autodétermination. Sous couvert de « réalisme », l’ONU a transformé un processus de décolonisation en une normalisation politique du statu quo. Une trahison juridique — et morale — envers le peuple sahraoui.

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 2797, présentée à Rabat comme un triomphe diplomatique. Pour la première fois, l’Initiative marocaine d’autonomie de 2007 devient la « base » du processus politique sur le Sahara Occidental. Exit le référendum. Exit le principe de décolonisation. Le dossier du Sahara n’est plus traité comme une question de droit, mais comme une affaire de gestion administrative sous souveraineté marocaine.

Ce que la presse officielle décrit comme une « normalisation juridique » est en réalité une domestication du droit international. Le vocabulaire onusien se veut rassurant — « autonomie authentique », « solution durable », « bonne foi des parties » —, mais il masque une réalité : la disparition du droit à l’autodétermination, remplacé par une logique de fait accompli. Le Conseil de sécurité ne garantit plus un droit, il avalise un rapport de force.

Du référendum promis à l’autonomie imposée

Ils nous vendent l’autonomie comme un compromis humaniste — c’est du vernis. Derrière la prose onusienne, c’est la logique du fait accompli : consolider l’ordre des puissants et enterrer la voix d’un peuple. «Autonomie sous souveraineté» peut être une avancée si et seulement si elle est conçue, contrôlée et certifiée par les Sahraouis eux-mêmes, avec des garanties internationales robustes, non comme un chiffon pour essuyer la responsabilité des États et des multinationales.
Refuser l’injustice n’est pas «faire obstacle à la paix» : c’est exiger que la paix se construise sur le droit, pas sur la soumission. L’Union internationale des droits et la conscience publique doivent dénoncer la normalisation d’une occupation qui se pare de mots savants pour masquer un déficit dramatique de droits humains et de représentation

Lorsque la MINURSO fut créée en 1991, sa mission était d’organiser un référendum d’autodétermination. Trente-quatre ans plus tard, le mot a disparu du texte onusien. Ce silence est assourdissant : il entérine la fin d’un engagement solennel envers le peuple sahraoui. L’autodétermination devient une procédure interne, négociée à l’intérieur des frontières fixées par l’État occupant.
Une contradiction flagrante : comment un peuple pourrait-il « s’autodéterminer » sans avoir le droit de choisir librement son destin politique ?

Les défenseurs de cette évolution invoquent une « autodétermination interne » censée conjuguer autonomie et souveraineté. En vérité, c’est une fiction juridique, qui nie le sens premier de la décolonisation. Le Sahara Occidental n’est pas un litige frontalier : c’est un territoire reconnu par l’ONU comme non autonome depuis 1963. Y substituer une formule administrative, c’est maquiller la colonisation en compromis.

Le peuple sahraoui, grand absent du texte

Pas un mot dans la résolution sur les prisonniers politiques, les journalistes interdits de couvrir la situation, ni sur l’accès refusé au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR) depuis près d’une décennie.
Pas un mot sur les ressources naturelles exploitées sans le consentement des Sahraouis, sur les contrats de pêche et les mines de phosphates concédés à des multinationales.
Les grandes puissances ont préféré la stabilité aux principes, l’ordre à la justice.

Pourtant, de multiples rapports de Human Rights Watch et d’Amnesty International documentent des restrictions sévères des libertés publiques au Sahara Occidental : interdiction d’associations, répression des manifestations, violences policières. Une « autonomie authentique » sans liberté d’expression ni garanties institutionnelles relève plus du slogan que du statut.

La doctrine de l’effectivité, ou la victoire du plus fort

Certains invoquent la « doctrine de l’effectivité » : le Maroc administre le territoire, donc il en serait légitimement responsable. Mais l’effectivité ne crée pas la légalité. L’histoire regorge d’occupations stables devenues illégitimes par principe. Récompenser la persistance d’une violation, c’est transformer le droit international en simple gestionnaire de l’injustice.
Le Conseil de sécurité, censé incarner la conscience juridique du monde, se fait ici le notaire d’un fait accompli.

Le grand marché du silence

Pourquoi cette complaisance ?

Parce que le Maroc est un partenaire stratégique : un pivot économique, un allié sécuritaire, un acteur migratoire incontournable. Parce que Washington, Paris et d’autres capitales voient dans sa stabilité un rempart contre le chaos régional.
Le résultat est clair : on marchandise le droit au nom de la paix, on monnaye le silence des peuples contre la tranquillité des marchés.

Pour une autre voie : le droit, pas la diplomatie du confort

Refuser cette dérive n’est pas être « anti-marocain » ; c’est rappeler que la paix véritable ne peut naître que du respect du droit. Une autonomie peut être une solution, mais à une condition : qu’elle soit issue d’un processus libre, équitable et contrôlé internationalement, et non imposée d’en haut.
L’ONU doit restaurer la mission de surveillance des droits humains de la MINURSO, ouvrir le territoire à la presse, garantir la protection des militants et des réfugiés sahraouis, et remettre les droits des peuples au cœur de sa pratique.

Le Sahara Occidental est aujourd’hui le miroir de notre époque : une ère où le droit plie devant la géopolitique. Mais le peuple sahraoui, lui, ne plie pas.
Et tant qu’il n’aura pas choisi librement son avenir, aucune résolution, aussi bien rédigée soit-elle, ne pourra transformer l’injustice en légitimité. Le Polisario est appelé à maintenir la présence symbolique sur le terrain et contrôler une partie du territoire à l’est du mur de défense marocain (« zones libérées »). Cette présence militaire, bien que limitée, symbolise la résistance politique et empêche le Maroc de revendiquer un contrôle total du territoire. Par ailleurs, le Polisario organise des missions diplomatiques dans plusieurs capitales, affirmant sa représentativité. Cela empêche le Maroc de présenter le Sahara occidental comme un territoire entièrement “normalisé”.

Sur le plan symbolique et politique le Polisario se positionne comme le gardien du droit international face à une “solution imposée”. Il insiste sur le fait que l’autonomie n’est pas l’autodétermination. L’autodétermination signifie un choix libre entre plusieurs options (indépendance, intégration, autonomie).

Le plan marocain prédétermine le résultat : une autonomie sous souveraineté marocaine — donc, selon le Polisario, il nie le principe même du libre choix. En maintenant cette distinction dans le discours international, le Polisario garde la légitimité morale et juridique du droit à l’autodétermination.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le Maroc/Sahara Occidental : le triomphe de la forfaiture

 

Le Marocain d'ajourd'hui

Alors que Rabat célébrait bruyamment le renouvellement du mandat de la MINURSO, la résolution du Conseil de sécurité réaffirme le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Sahara Occidental, Maroc, ONU, MINURSO, autodétermination, Front Polisario, décolonisation, diplomatie, Afrique du Nord, droit international, Algérie, Conseil de sécurité

La diplomatie est souvent l’art de transformer un échec en victoire narrative. Ce vendredi, à New York, le Maroc a célébré à grand renfort de drapeaux et de communiqués une prétendue « victoire » au Conseil de sécurité. Pourtant, le texte adopté ne modifie en rien la réalité du terrain : le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination reste au cœur du mandat onusien, et la mission de la MINURSO demeure inchangée.

Une victoire du récit, pas du droit

Depuis des semaines, les relais diplomatiques marocains annonçaient une percée historique : la reconnaissance du plan d’autonomie comme seule base crédible de règlement. Mais la résolution votée à New York réaffirme la recherche d’une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable, conforme à la Charte des Nations unies — et garantissant explicitement le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Ce rappel met fin à toute ambiguïté : le Sahara Occidental reste un territoire non autonome sous surveillance onusienne, non une province marocaine. Le plan d’autonomie de Rabat demeure une proposition parmi d’autres, pas une vérité consacrée.

L’isolement derrière le rideau diplomatique

L’enthousiasme officiel masque une réalité diplomatique bien moins flatteuse. La Russie, la Chine et le Pakistan ont refusé de cautionner le glissement américain vers une approche unilatérale. Moscou a parlé d’une « démarche de cow-boy », Pékin a rappelé le caractère universel du principe d’autodétermination, et l’Algérie s’est abstenue, estimant que le texte restait insuffisant.

Même les États ayant voté pour ont pris soin de nuancer leur soutien. La représentante du Danemark a déclaré :

« Ce vote ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. »

Le Panama, proche allié de Washington, a évoqué « le Maroc, le Front Polisario et les États frontaliers » comme parties au conflit — formule qui contredit directement la narration marocaine selon laquelle l’Algérie ne serait qu’un simple observateur.

La MINURSO, symbole du statu quo

Autre défaite discrète : la durée du mandat. Washington et Rabat souhaitaient un renouvellement limité à six mois, pour exercer une pression politique sur le Front Polisario. Le Conseil de sécurité a imposé une prolongation d’un an, signe que la communauté internationale refuse d’abandonner le cadre multilatéral et continue de considérer la question sahraouie comme un dossier onusien, non marocain.

Cette ligne, apparemment technique, révèle un message clair : la communauté internationale n’a pas validé la marocanité du Sahara Occidental.

Derrière les drapeaux, un peuple oublié

Pendant que Rabat célèbre sa « victoire diplomatique », des dizaines de milliers de Sahraouis survivent dans les camps de Tindouf, en exil depuis près d’un demi-siècle. Dans les territoires occupés, les défenseurs sahraouis des droits humains sont arrêtés, torturés, réduits au silence. Le référendum d’autodétermination promis en 1991 n’a jamais eu lieu.

Chaque année, la MINURSO est reconduite sans mandat pour organiser ce vote. Chaque année, la promesse de l’ONU s’éloigne un peu plus, tandis que la diplomatie marocaine perfectionne l’art du triomphe médiatique. Mais la communication n’efface pas l’occupation.
La stabilité sans justice n’est qu’une illusion coloniale.

Entre le silence et la justice, il faut choisir

Le droit à l’autodétermination n’est pas une faveur : c’est un principe fondamental du droit international. Tant qu’il restera inscrit dans les résolutions de l’ONU, aucune diplomatie ne pourra transformer une défaite politique en victoire historique.

Le Maroc a gagné la bataille des images, mais perdu celle du texte.
Et tant qu’un peuple attendra que la promesse d’un référendum soit tenue, la vérité résistera à toutes les manipulations diplomatiques. Parce que la communication passe,
mais le droit, lui, demeure.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Makhzen/Sahara occidental : le triomphalisme médiatique avant vote

À la veille du vote du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental, toute  la presse marocaine annonce déjà une “victoire historique” du plan d’autonomie. Mais derrière le récit triomphal, le droit international, lui, reste inchangé.

Ce que dit réellement le droit international

Depuis l’avis consultatif rendu le 16 octobre 1975 par la Cour internationale de Justice (CIJ), la position du droit international est claire :

Il n’existe aucun lien juridique de souveraineté entre le Royaume du Maroc et le territoire du Sahara occidental.” [1]

Autrement dit, le Sahara occidental reste un territoire non autonome soumis au processus de décolonisation des Nations unies. La CIJ a rappelé que seul le peuple sahraoui a le droit de décider de son avenir — par un processus d’autodétermination librement exprimé.

Le vote attendu au Conseil de sécurité ne modifie pas ce cadre : ni une résolution de prorogation de la MINURSO, ni une formulation “favorable à l’autonomie” ne peuvent, à elles seules, changer le statut juridique du territoire.

Une résolution politique, pas un changement de souveraineté

 Le projet de résolution porté par les États-Unis, souvent désignés comme « porte-plume », reprend une formule déjà utilisée :

“Le plan d’autonomie marocain est sérieux, crédible et réaliste, et constitue une base pour parvenir à une solution.” [2]

Mais “base de solution” ≠ “reconnaissance de souveraineté”.
Le Conseil encourage une négociation politique entre les parties (Maroc, Front Polisario, Algérie, Mauritanie) ; il ne tranche pas la question de souveraineté.

Même les passages vantés comme « prééminence du plan d’autonomie » n’ont qu’une valeur politique : ils reflètent une tendance diplomatique, non une décision juridique.

Le mythe du vote acquis

La presse Marocaine affirme que “neuf voix sont assurées” et que “le texte passera sans veto”. Or, cette certitude relève de la spéculation.
Les votes du Conseil dépendent souvent d’amendements de dernière minute, d’équilibres régionaux et d’échanges bilatéraux :

  • La Russie a demandé à “rééquilibrer” certains passages jugés trop favorables à Rabat ;
  • La Chine continue d’appeler à “une solution politique mutuellement acceptable” ;
  • Le Guyana, la Slovénie ou le Pakistan restent prudents malgré des pressions diplomatiques.

Même les pays européens, traditionnellement proches du Maroc, insistent sur la formule d’“une solution juste, durable et mutuellement acceptable”. [3]
Ce langage de compromis, volontairement flou, permet d’éviter de se prononcer sur la souveraineté.

Quand la communication précède la diplomatie

Pourquoi proclamer une victoire avant même le vote ?
Parce qu’en diplomatie interne, le symbole prime sur la procédure. La communication triomphaliste vise à :

  • Rassurer l’opinion publique marocaine, en lui présentant la cause nationale comme déjà gagnée ;
  • Façonner la perception internationale, en créant l’illusion d’un consensus ;
  • Désamorcer les critiques internes (notamment sur les lenteurs du processus politique).

Mais ce discours ne résiste pas à l’examen juridique. Les Nations unies n’ont jamais reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et la MINURSO reste mandatée pour superviser un processus d’autodétermination.

Politique ≠ juridique

“Un texte diplomatique peut féliciter un plan sans changer la loi internationale. Le droit n’obéit pas au communiqué de presse.”

Confondre appui politique et reconnaissance juridique revient à travestir le rôle du Conseil de sécurité.
Les résolutions onusiennes sont souvent des compromis de langage ; leur portée symbolique est forte, mais leur effet juridique reste limité tant que le peuple concerné n’a pas exprimé sa volonté.

Un texte qui «met en avant» l’autonomie comme base de négociation n’est pas une reconnaissance de souveraineté. Le Conseil produit souvent des formulations politiques (encourager «une solution basée sur l’autonomie», «encourager les propositions constructives», etc.) — cela oriente le processus, mais ne remplace pas les procédures juridiques d’un changement de statut. Il existe une grande différence entre préconiser/encourager le plan marocain comme cadre de discussions et reconnaitre la souveraineté marocaine sur le territoire

Conclusion : une prudence nécessaire

Le Maroc a le droit crié victoire pour son plan d’autonomie ; c’est une proposition politique qui cache une colonisation. Mais parler de “marocanité consacrée” avant même le vote relève d’un wishful thinking diplomatique.

Avant de proclamer une “victoire”, il faudrait rappeler :

  • que le processus onusien est toujours fondé sur l’autodétermination,
  • que le statut final du territoire n’a jamais été tranché,
  • et qu’aucune résolution du Conseil n’a jamais reconnu explicitement la souveraineté marocaine.

Le véritable test ne sera pas le vote du jour, mais la capacité du Conseil et du Secrétariat général à relancer un processus crédible de négociation directe entre les parties.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Sources
[1] Cour internationale de Justice, Western Sahara – Advisory Opinion, 16 octobre 1975.
[2] Le Monde Afrique, “Les États-Unis défendent à l’ONU l’autonomie sous souveraineté marocaine”, 29 octobre 2025.
[3] Security Council Report, “Western Sahara: Draft Resolution and Member Positions”, octobre 2025.

 

 

Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...