Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...

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Le Makhzen en charge : autopsie d’un pamphlet anti-algérien

Sous couvert d’analyse sportive et géopolitique, un texte violemment hostile à l’Algérie a récemment circulé, franchissant toutes les lignes rouges : amalgames, mensonges, pathologisation d’un peuple entier. Cette tribune démonte méthodiquement un discours de haine qui ne dit rien de l’Algérie, mais beaucoup de ceux qui l’emploient.

Il y a des textes qui ne méritent pas le débat mais la mise à nu. Celui qui circule actuellement à propos de l’élimination de l’équipe d’Algérie à la CAN n’est ni une analyse sportive, ni une réflexion politique, ni même une opinion argumentée. C’est un pamphlet de ressentiment, un déferlement de mépris, un exercice de déshumanisation collective qui utilise le football comme alibi.

Derrière une indignation feinte se cache une réalité beaucoup plus simple : la haine a remplacé la pensée.

Des mensonges répétés ne deviennent pas des faits

Le texte empile des accusations graves sans jamais s’embarrasser de preuves : violences généralisées, complots internationaux, sanctions américaines ciblées, chaos diplomatique permanent. Tout y passe, sans source, sans rigueur, sans vérification.
Ce procédé est connu : répéter une contre-vérité jusqu’à lui donner l’apparence du réel.

En réalité, ce texte ne décrit pas des faits, il fabrique un récit. Un récit où l’Algérie est coupable par essence, où chaque incident devient une confirmation, et où toute contradiction est balayée comme faisant partie du “complot”.

Ce n’est pas de l’analyse. C’est de la propagande émotionnelle.

L’amalgame comme méthode, l’insulte comme conclusion

À aucun moment l’auteur ne distingue : des supporters de tout un peuple, des journalistes de millions de citoyens, des plateaux télévisés d’un État, des émotions sportives d’une trajectoire historique. Tout est volontairement confondu. Pourquoi ?
Parce que l’amalgame est indispensable à la stigmatisation. Sans lui, le discours s’effondre.

Ce n’est plus “certains supporters”, mais “les Algériens”.
Ce n’est plus “des débordements”, mais une “nature”.
Ce n’est plus un problème ponctuel, mais une “tare”.

On ne critique plus : on condamne collectivement.

La pathologisation d’un peuple : un seuil moral franchi

Le moment le plus abject du texte est atteint lorsque l’auteur évoque la psychiatrie, la schizophrénie collective, l’asile pour un peuple entier.
Qu’on ne s’y trompe pas : ce vocabulaire n’est jamais innocent. Historiquement, il a toujours servi à retirer leur humanité à des groupes entiers, à les présenter comme irrationnels, dangereux, incurables.

C’est exactement le même mécanisme que l’on retrouve dans les pires pages de l’histoire politique moderne, simplement recyclé avec un vernis pseudo-géopolitique.

À partir de cet instant, toute prétention à la rationalité s’effondre.

Le football n’est pas un tribunal civilisationnel

Les violences de supporters existent sur tous les continents.
Les débordements existent dans les stades anglais, italiens, français, argentins, brésiliens.
Les nationalismes sportifs existent partout.

Mais seuls certains peuples sont sommés de s’expliquer comme s’ils étaient anthropologiquement défaillants.

Ce deux-poids-deux-mesures trahit moins un souci d’ordre public qu’un regard hiérarchisant, où certains pays auraient droit à l’excuse de la complexité, et d’autres seraient condamnés à la caricature.

La réputation du tempérament des Algériens était reconnue à travers le monde. Ils sont conscients que nous ne tolérons ni la fraude, ni l’irrespect. Ils ont exploité le stress, la colère et le langage corporel pour nous inciter à encaisser des cartons (jaunes, heureusement pas rouges !) et ils ont gagné la partie comme anticipé grâce au soutien de leur arbitre. C’est ce qu’on appelle de la truanderie dans le monde du sport. J’aurais parié sur la défaite de ma propre équipe, mais malheureusement même si elle affronte les meilleurs teams du monde, je choisirais l’Algérie en vainqueur!

Informez-vous sur le mode de vie de tous les arbitres africains impliqués dans des rencontres truquées suite à une compromission. Ils mènent une vie de princes malgré des retraites très modestes.

La presse du Makhzen ne parle pas de l’Algérie, il parle de ses obsessions

En réalité, l’Algérie n’est ici qu’un écran de projection. Cette presse texte parle : d’une obsession politique, d’un ressentiment régional, d’une incapacité à penser le voisin autrement que comme un ennemi, d’un besoin compulsif de disqualification morale.

Il ne cherche pas à comprendre, il cherche à humilier.
Il ne vise pas la vérité, mais la confirmation d’un préjugé.

La vraie faillite est intellectuelle

On peut critiquer un État. On peut critiquer des dirigeants.
On peut critiquer des médias. On peut même critiquer une culture politique.

Mais quand on commence à parler d’un peuple comme d’un corps malade, on a déjà perdu le débat.

Cette presse n’est pas courageuse. Elle est lâche, n’est pas lucide elle est caricaturale.
Elle n’est pas rationnelle. Elle est pulsionnelle.

Conclusion

L’Algérie n’a pas besoin de leçons de dignité de la part de ceux qui confondent colère et intelligence, critique et haine, analyse et injure.
Les peuples ne sont pas des maladies. Les nations ne sont pas des pathologies. Et le football n’est pas une excuse pour recycler les discours les plus méprisants.

Ceux qui prétendent incarner la raison feraient bien de commencer par se regarder dans le miroir de leurs propres excès.

Voilà exactement ce qui arrive lorsqu’on confie un événement sportif continental à un Etat voyou. La Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc restera dans l’histoire non pas pour le talent des joueurs ou la ferveur populaire, mais comme l’une des plus grandes impostures du football moderne, disait un journaliste algérien.

Dès le premier coup de sifflet, la messe était dite. Arbitrages scandaleux, décisions grossièrement orientées, fautes ignorées, buts refusés sans justification, pression manifeste sur les officiels. Cette CAN n’est pas une compétition, c’est une mise en scène. Une mascarade où la tricherie, la manipulation et la corruption  à la fois matérielle et morale s’étalent sans la moindre retenue, sous les yeux d’un public médusé."

A/Kader Tahri   chroniqueur engagé et observateur inquiet                                                                                                   « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme

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Algérie–Venezuela : Une comparaison paresseuse et l’Algérie face aux prophètes du déclin !

 


Ce que je trouve personnellement regrettable, c’est la tendance d’une partie non négligeable des intervenants sur les réseaux sociaux à formuler leurs opinions sur un mode purement affirmatif, comme s’ils détenaient des informations irréfutables ou avaient accès aux cercles réels de décision. Or, sauf exception, nous ne sommes ni dans le secret des coulisses ni au cœur des mécanismes de décision stratégique à haut niveau.

Cela ne signifie évidemment pas que le citoyen doive se taire : l’expression d’un avis sur les sujets d’actualité est non seulement légitime, mais nécessaire à la vie sociale et démocratique. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’analyses politiques, économiques ou géopolitiques, il serait sans doute plus rigoureux  et plus honnête intellectuellement  de recourir au conditionnel, plutôt que de présenter des hypothèses comme des certitudes.

On ne compare pas l’incomparable

Maduro a été destitué par ses généraux qui l’ont gentiment remis aux autorités américaines. Quant à l’action militaire ayant conclu sa chute, elle n’est qu’un écran de fumée auquel Trump, c’est son aptitude la plus criante "Nous sommes les meilleurs, nous avons les meilleures armes du monde", s’est employé à donner un relief particulier et spectaculaire.

Aussi, faut arrêter d’idéaliser un pays comme le Venezuela, 28 millions d’habitants quasi 10 millions d’expatriés. C’est un signe que ça ne va pas fort... SI on compare à l’Iran qui est aussi sanctionné (même plus, mais qui a réussi à créer une industrie et une économie, sans hémorragie de sa population)

Un pays fort défend ses intérêts par la force si nécessaire, ce n’est pas parce qu’on est devenu des lopettes peureuses en 

Il est devenu presque banal, sur les réseaux sociaux, d’énoncer des certitudes comme s’il s’agissait de vérités révélées. Nombre d’intervenants s’expriment sur l’Algérie avec un aplomb déconcertant, comme s’ils avaient accès aux salles de commandement du pouvoir mondial ou aux circuits réels de décision stratégique. Or, soyons honnêtes : nous commentons, nous interprétons, nous supposons. Nous ne savons pas. Et la première exigence intellectuelle devrait être là.

Que chacun donne son avis est non seulement légitime, mais indispensable à toute société vivante. Encore faut-il distinguer l’opinion de l’expertise, l’hypothèse du fait établi. À défaut, on glisse rapidement de l’analyse à la prophétie, du débat à la manipulation émotionnelle.

Depuis la crise vénézuélienne, une rengaine revient avec une constance suspecte : « l’Algérie suivra le même chemin ». Cette comparaison est non seulement paresseuse, elle est fausse. Le Venezuela et l’Algérie n’évoluent ni dans le même contexte social, ni dans la même architecture économique, ni dans la même configuration géopolitique ou militaire. Assimiler l’un à l’autre relève moins de l’analyse que du slogan anxiogène.

Plus inquiétant encore est ce récit selon lequel tous les maux de l’Algérie commenceraient en 2019, avec l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune. Comme si l’effondrement de pans entiers de l’économie, la corruption systémique, la captation de l’État par des réseaux mafieux et la dépendance structurelle aux hydrocarbures étaient des phénomènes récents. Cette lecture n’est pas seulement erronée : elle est intellectuellement malhonnête.

Le débat est d’autant plus biaisé qu’il se drape souvent d’un vernis idéologique. Or, soyons lucides : l’idéologie ne structure plus réellement le monde. Les exemples des États-Unis sous Trump ou de la France sous Macron démontrent que les grandes doctrines ont cédé la place à des logiques de pouvoir, d’intérêts et de rapports de force. Nous vivons une époque post-idéologique, dominée par des acteurs transnationaux dont l’ambition est moins de convaincre que de contrôler.

Qu’il s’agisse de grandes fortunes, de fonds d’investissement ou de fondations globales, le moteur n’est pas une vision du monde, mais une pulsion de domination. Après la puissance financière, vient le désir de la puissance politique globale. Dans ce cadre, il est permis de s’interroger — sans affirmer — sur certains événements mondiaux récents et sur les intérêts qu’ils ont pu servir.

Dès lors, une question s’impose : que pouvait réellement faire le pouvoir algérien depuis 2019, dans un contexte mondial marqué par la pandémie, les tensions énergétiques et les recompositions géopolitiques ? Annoncer une transition politique indéfinie avant même la stabilisation institutionnelle ? Supprimer les aides sociales alors que la classe moyenne basculait déjà dans la précarité ? Mettre fin aux transferts sociaux après que des réseaux de prédation — incarnés par les affaires Haddad, Tahkout, Kouninef ou Ouyahia — ont vidé les caisses de l’État ?

Cela aurait été offrir sur un plateau l’Algérie à ceux qui rêvent d’un monde sans nations, soumis à un capitalisme global sans frontières ni contre-pouvoirs.

À l’inverse, des choix ont été faits. Des projets structurants ont été engagés ou relancés : Gara Djebilet, les phosphates, l’exploration offshore, l’extension du réseau ferroviaire vers l’extrême sud, les perspectives liées au lithium pour l’industrie des véhicules électriques, sans oublier les partenariats scientifiques et médicaux de haut niveau. Balayer ces dynamiques d’un revers de main en les qualifiant de « rente » ou de « communication » relève soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi.

Aucun projet structurant ne produit de résultats immédiats. L’investissement lourd exige du temps, de la stabilité et de la patience. Exiger des effets instantanés, c’est refuser par principe toute logique de transformation réelle.

Comparer encore l’Algérie au Venezuela en matière de sanctions ou de confrontation avec les États-Unis révèle une incompréhension profonde des équilibres mondiaux. La puissance américaine repose en grande partie sur le système du pétrodollar. Remettre frontalement ce système en cause constitue une ligne rouge stratégique. Or, l’Algérie cherche à diversifier son économie, non à défier le dollar. La nuance est capitale.

Enfin, il faut le dire clairement : les critiques formulées depuis des salons feutrés à Paris, New York ou Los Angeles, aussi brillantes soient-elles, ne remplacent pas une analyse enracinée dans la réalité nationale. L’Algérie n’est ni un laboratoire idéologique, ni un terrain de projection fantasmatique pour experts autoproclamés.

L’économie n’est pas une incantation néolibérale répétée comme un mantra. Elle consiste à organiser la production pour répondre aux besoins réels d’une population, tout en maintenant la cohésion sociale. Sur ce point, l’Algérie présente un fait rarement mentionné : elle figure parmi les pays aux plus faibles inégalités de revenus à l’échelle mondiale.

Quant au « modèle chinois », souvent invoqué à tort, il repose sur une trajectoire historique unique : une puissance démographique massive et la conservation, après 1949, de structures économiques sous contrôle national. L’Algérie, elle, a vu son tissu économique méthodiquement détruit par la colonisation et ses élites entrepreneuriales éliminées. Faire abstraction de cette histoire, c’est refuser de comprendre le présent.

Comparer l’incomparable n’éclaire rien. Cela rassure peut-être, cela choque parfois, mais cela n’explique jamais.

L’Algérie n’est ni le Venezuela, ni un État failli en sursis, ni une variable d’ajustement dans les fantasmes géopolitiques de commentateurs pressés. Elle est un pays en tension, traversé de contradictions, certes, mais aussi engagé dans une lutte silencieuse pour préserver sa souveraineté économique et politique dans un monde devenu brutalement prédateur.

Ceux qui annoncent son effondrement imminent parlent souvent plus de leurs propres obsessions que de la réalité algérienne. Ils confondent analyse et projection, critique et règlement de comptes, lucidité et désir de voir échouer ce qui ne correspond pas à leurs schémas.

L’Histoire ne se répète jamais à l’identique. Elle punit surtout ceux qui refusent de penser la complexité.
Et l’Algérie, qu’on le veuille ou non, ne se pense ni ne se juge à travers des comparaisons faciles. Elle s’impose, lentement, difficilement, mais souverainement.

Par A. Kader Tahri – Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Maduro arrêté : une façade tombée, un pouvoir intact

La capture de Nicolas Maduro est présentée comme un succès militaire et judiciaire. Mais derrière la façade, les structures de pouvoir vénézuéliennes restent intactes. Une analyse qui explore la continuité du pouvoir, le silence des alliés stratégiques, et les implications pour la souveraineté économique des États.

La capture de Nicolas Maduro a été présentée comme une victoire spectaculaire contre le narco terrorisme. Une « opération brillante », selon Donald Trump. Pourtant, l’absence de combats, la continuité des appareils de pouvoir et le maintien intact de la hiérarchie militaire vénézuélienne invitent à une autre lecture : celle d’un arrangement politique entre élites, mis en scène comme une opération militaire.
Car ce qui frappe, au-delà des images et des déclarations, c’est moins la chute d’un homme que la remarquable stabilité du système qui l’entourait.

Le mythe commode du « Cartel de los Soles »
Au cœur du récit officiel figure le « Cartel de los Soles », présenté comme une organisation criminelle structurée, responsable du narcotrafic vénézuélien et incarnée par Nicolás Maduro. Or, ce cartel n’existe pas en tant qu’entité organisée. Le terme apparaît au début des années 1990 dans la presse, à la suite de l’arrestation de deux généraux de la Garde nationale impliqués dans un trafic de cocaïne. Le jeu de mots fait référence aux « soleils », insignes portés par les officiers supérieurs.
Depuis, les spécialistes du crime organisé n’ont cessé de le rappeler : il ne s’agit ni d’un cartel hiérarchisé, ni d’une organisation centralisée.
InSight Crime parle d’un réseau lâche, fragmenté, traversant certaines unités de sécurité.               

Adam Isacson, du Washington Office on Latin America, souligne l’absence de structure, de commandement unifié et même d’identité collective.                                                                                     
Phil Gunson, de l’International Crisis Group, évoque une expression journalistique devenue catégorie politique.
Or, Nicolas Maduro n’est pas un militaire. Ancien chauffeur de bus et syndicaliste, il n’a jamais porté d’uniforme, ni de galons, ni de « soleils ». Les véritables détenteurs de ces insignes se trouvent ailleurs : au sommet de l’armée, dans les services de renseignement, au cœur de l’appareil sécuritaire qui a survécu intact à son arrestation.

Une opération sans résistance
La manière dont s’est déroulée l’opération renforce cette hypothèse. Des hélicoptères lourds ont survolé Caracas de nuit, en pleine lune, dans des conditions théoriquement défavorables à toute opération spéciale. La capitale vénézuélienne dispose de défenses antiaériennes, de missiles portables, de canons, d’unités loyales au régime.
Pourtant, aucun tir. Aucun affrontement. Aucune tentative de résistance notable.
 
Quelques heures plus tard, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, apparaît dans une allocution télévisée. Il appelle au calme, met en garde contre le désordre, rassure la population. Il n’est ni arrêté, ni inquiété, ni même marginalisé. Le message est limpide : l’ordre sécuritaire est préservé.
Dans la rue, la réaction est à l’image de cette continuité. Pas de panique, pas de mobilisation massive, pas d’effondrement de l’État. L’arrestation du président ressemble davantage à un changement de façade qu’à une rupture politique.

La continuité de l’appareil militaire
C’est là que se joue l’essentiel. Si l’objectif avait été de démanteler un système criminel enraciné dans l’État, l’armée aurait été la cible principale. Or, elle demeure le pilier du nouvel équilibre. Les figures centrales du pouvoir sécuritaire restent en place. Les structures de contrôle, elles, ne sont pas démantelées.
L’arrestation de Maduro fonctionne alors comme un transfert de responsabilité. Toute la culpabilité est concentrée sur un homme, pendant que l’appareil qui a permis, toléré ou organisé les trafics conserve sa légitimité institutionnelle. Une amnistie de fait, en échange de la stabilité.

Le silence des alliés stratégiques
Un élément frappant de cette séquence est l’absence de réaction publique de partenaires stratégiques de longue date, comme la Russie et la Chine. Si le pétrole continue de circuler, si les contrats tiennent, le reste est secondaire.
On n’est plus en guerre froide. Aujourd’hui : les grandes puissances se concurrencent, mais cohabitent dans des compromis tacites. La capture de Maduro, si elle est bien une opération négociée, s’inscrit dans ce monde-là : pas d’invasion, pas de changement brutal d’alignement, pas de remise en cause globale de l’équilibre. Dans ce contexte, le silence est une forme d’acceptation prudente.
Ce silence n’est ni une passivité ni un soutien explicite à l’intervention américaine. Il reflète plutôt une lecture réaliste de la situation : l’opération visait Maduro, mais n’a pas remis en cause les structures essentielles du pouvoir, ni les accords énergétiques et financiers déjà établis.
Pour Moscou et Pékin, protester bruyamment aurait été coûteux et inutile, tandis qu’observer et conserver les canaux de coopération existants permet de protéger leurs intérêts stratégiques à long terme. Ce calcul pragmatique souligne que la survie des régimes étrangers, même alliés, dépend désormais moins du maintien d’un dirigeant que de la continuité des structures de pouvoir et de la stabilité des flux économiques. Le silence des grandes puissances sert donc à normaliser une transition négociée, tout en préservant leurs positions dans un monde gouverné par les arrangements plutôt que par les confrontations frontales.

Une victoire politique à faible coût pour Washington
Du point de vue des États-Unis, l’opération est efficace. Pas de guerre prolongée. Pas de pertes militaires significatives. Pas de chaos régional immédiat. Un procès à venir, présenté comme une victoire contre le narco terrorisme. Et, à terme, une influence accrue sur un pays possédant les plus importantes réserves pétrolières au monde.
Trois heures après le début de l’opération, Washington annonce qu’aucune autre action n’est prévue. La séquence est close. La guerre, si guerre il y a eu, est terminée avant même d’avoir commencé.
Mais cette efficacité a un prix : celui de la normalisation des arrangements entre élites sécuritaires, au détriment de toute transformation démocratique réelle. L’opposition vénézuélienne hérite d’un État dont les leviers essentiels, armée, renseignement, coercition, échappent toujours au contrôle civil.

Conclusion : la guerre contre la souveraineté
Ce qui se joue aujourd’hui au Venezuela ne peut être réduit à une crise politique interne ni à une simple affaire de droits humains. L’événement s’inscrit dans une dynamique plus large, plus ancienne, qui traverse les relations internationales contemporaines : la tension permanente entre souveraineté économique et intégration forcée aux circuits dominants de la mondialisation.
L’histoire récente fournit des précédents éclairants. Irak, Libye, Syrie : chaque pays qui a tenté de contourner les règles monétaires imposées par le système financier occidental a subi sanctions, chaos interne et interventions militaires, souvent sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires. Le Venezuela, détenteur des plus importantes réserves de pétrole au monde, suit une trajectoire similaire en diversifiant ses ventes hors du dollar.

La séquence est souvent la même : sanctions économiques, isolement financier, soutien à des forces politiques internes, puis intervention directe ou indirecte. À l’issue du processus, les ressources réintègrent les marchés mondiaux selon les normes dominantes, tandis que les structures de pouvoir locales sont recomposées plutôt que démantelées.
L’arrestation de Nicolás Maduro n’est donc pas un événement isolé. Elle constitue un épisode supplémentaire d’une guerre discrète contre la souveraineté économique, menée moins par des invasions frontales que par des arrangements, des sanctions et des mises en scène sécuritaires. Une guerre où les peuples paient le prix fort, tandis que les appareils de pouvoir, eux, négocient leur survie.

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Pourquoi une abstention de la Russie et de la Chine

L’abstention de la Russie et de la Chine lors du récent vote au Conseil de sécurité des Nations unies a suscité un profond sentiment d’amertume parmi ceux qui espéraient voir ces deux puissances s’opposer frontalement à une résolution jugée injuste envers le peuple sahraoui.
Cette réaction est légitime. Elle traduit la déception d’une opinion attachée à l’idée que certaines nations — dites “alliées” — demeurent fidèles à leurs engagements moraux envers les peuples en lutte pour leur autodétermination.

Mais la déception, aussi forte soit-elle, ne doit pas nous aveugler. Car la politique internationale n’est ni un espace de fraternité ni de fidélité affective. C’est le champ dur et froid des intérêts, où chaque État agit d’abord pour lui-même. Et si cette vérité peut paraître crue, elle n’en est pas moins nécessaire à intégrer pour bâtir une diplomatie algérienne pleinement souveraine.

Accuser la Russie et la Chine d’avoir “abandonné” l’Algérie ou le peuple sahraoui, c’est méconnaître la nature du rapport de force au sein du Conseil de sécurité. L’usage du veto est un acte diplomatique majeur, réservé aux enjeux considérés comme vitaux pour les puissances concernées. En s’abstenant, Moscou et Pékin n’ont pas validé la résolution américaine ; ils ont simplement refusé de s’y opposer frontalement. Cette nuance compte, car elle révèle une stratégie d’équilibre — contestable certes, mais non équivalente à une approbation.

Si la Chine ou la Russie, ou même les deux à la fois, avaient opposé leur veto à cette résolution, elles savaient que ce geste aurait entraîné la disparition immédiate de la MINURSO, puisque le texte portait principalement sur la prolongation de son mandat.
Or, un veto à ce stade aurait signifié la fin du mécanisme onusien, ce que réclament depuis longtemps les partisans marocains.

Et que se passerait-il alors ? Plus de MINURSO, donc plus de référendum du peuple sahraoui.

En veillant à préserver l’existence de la MINURSO, même au prix d’une abstention, la Russie et la Chine ont choisi de maintenir vivant le cadre juridique et diplomatique du processus d’autodétermination.
Tant que la mission existe, il reste possible d’influer sur son orientation, de négocier, et, le moment venu, de faire usage du veto au terme du processus si le résultat s’avérait contraire au droit international. C’est à ce dernier stade que l’emploi du veto est stratégique, non en amont. Ce que certains perçoivent comme un renoncement peut être, en réalité, une manœuvre pour garder la main sur le futur du dossier sahraoui.

L’Algérie n’a pas à choisir entre la solitude et la soumission

Face à la domination occidentale et à la passivité parfois calculée des puissances orientales, l’Algérie n’a pas vocation à se replier sur elle-même. Se recentrer sur son développement national, oui ; renoncer à sa voix internationale, jamais.

Notre pays a toujours défendu les causes justes, non par opportunisme, mais par conviction. De la lutte contre l’apartheid à la reconnaissance de la Palestine, en passant par le soutien constant au peuple sahraoui, l’Algérie a fait entendre une voix singulière : celle des peuples libres. Ce positionnement n’est pas une faiblesse ; c’est un héritage et une force morale qui ont valu à l’Algérie respect et considération sur la scène mondiale.

Plutôt que de rompre avec ses partenaires, l’Algérie doit diversifier ses alliances, notamment au sein de l’Afrique, du monde arabe et du Sud global. Un monde multipolaire ne se construira pas sur des fidélités idéologiques, mais sur la coopération équilibrée entre nations souveraines.

Le soutien au peuple sahraoui : un principe, pas une option

L’abstention de Pékin et de Moscou ne change rien à la légitimité du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le Sahara occidental reste une question de décolonisation inachevée, inscrite depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU. Ce n’est ni une affaire bilatérale, ni une question d’influence régionale : c’est un combat pour le respect du droit international.

L’Algérie n’a jamais défendu le Polisario par intérêt territorial ou rivalité avec le Maroc, mais par fidélité à un principe universel : celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Renoncer à ce principe reviendrait à trahir notre propre histoire de libération.

L’indépendance ne se mendie pas, elle se construit

Il serait illusoire de croire que quiconque viendra défendre l’Algérie en cas de crise. L’expérience des dernières décennies, de l’Irak à la Libye, a démontré que chaque nation doit d’abord pouvoir compter sur ses propres forces.

Mais cela ne signifie pas se replier dans un isolement défensif. Cela veut dire investir dans la puissance : une économie productive, une souveraineté technologique, une diplomatie proactive et une unité nationale solide.
L’Algérie ne doit pas “laisser les peuples à leur destin”, comme le propose la résignation ; elle doit au contraire montrer la voie d’une indépendance active, d’une solidarité lucide et d’une coopération équitable.

Transformer la désillusion en stratégie

La colère contre la Russie et la Chine, aussi compréhensible soit-elle, ne doit pas se muer en fatalisme. Elle doit être le point de départ d’une réflexion stratégique : comment bâtir une politique étrangère réellement indépendante, capable de dialoguer avec toutes les puissances sans jamais se soumettre à aucune ?

L’Algérie doit défendre ses intérêts avec dignité, non avec dépendance. Elle doit rester fidèle à sa mission historique : celle de faire entendre la voix du Sud, d’incarner la résistance à toutes les formes de domination et de rappeler que la justice internationale ne se quémande pas, elle se conquiert.

Conclusion

L’heure n’est pas à la rupture, mais à la lucidité. La Russie et la Chine ont agi selon leurs calculs ; l’Algérie doit agir selon sa conscience.
Notre pays n’a jamais attendu l’autorisation des puissances pour défendre la liberté. Il ne le fera pas davantage aujourd’hui.

Le monde change, les alliances se déplacent, les intérêts se recomposent — mais les principes demeurent.
Et c’est à la fidélité à ces principes que l’Algérie doit sa grandeur passée et sa légitimité présente. Que cette déception serve donc, non à nous diviser, mais à nous rappeler que la véritable puissance d’une nation réside dans sa capacité à rester fidèle à elle-même.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Le 7 octobre en outil de propagande au service du déni et de la justification du génocide


Sous couvert d’analyse géopolitique, un article issu de la presse d’extrême droite transforme la tragédie du 7 octobre en outil de propagande. En glorifiant Israël comme victime éternelle et en niant la souffrance palestinienne, ce texte illustre une dérive idéologique inquiétante : la sélectivité mémorielle au service du déni et de la justification de la violence.

Quand la mémoire devient arme : le déni palestinien dans un discours d’extrême droite sur Israël

Après les attaques terroristes du 7 octobre et les mois de guerre qui ont suivi à Gaza, la presse d’extrême droite multiplie les tribunes défendant Israël au nom d’une supposée “survie civilisationnelle”. L’une d’elles, récemment publiée, illustre parfaitement cette stratégie : sous des dehors analytiques, elle recycle un discours politique forgé sur la peur, la culpabilité et le refus de toute critique.

Un récit faussement analytique, profondément idéologique

L’article commence comme une réflexion sur la réaction internationale aux attaques du Hamas. Mais très vite, le ton change : les institutions internationales sont accusées de partialité, les démocraties occidentales de faiblesse, et les voix critiques d’Israël sont assimilées à des “ennemis intérieurs”.
Cette rhétorique bien connue vise à disqualifier toute critique légitime de la politique israélienne en la présentant comme une forme d’antisémitisme.
En présentant Israël comme le bastion assiégé d’un monde occidental “décadent”, le texte adopte les codes classiques de la propagande identitaire et souverainiste, où la complexité politique se dissout dans le manichéisme.

La mémoire instrumentalisée : quand la Shoah devient justification

L’auteur convoque abondamment le passé juif — la Shoah, les pogroms, la peur existentielle — pour démontrer une continuité historique entre les persécutions d’hier et la guerre d’aujourd’hui.
Mais ce recours constant à la mémoire a un prix : il devient sélectif et utilitaire. La souffrance juive y est sacralisée, tandis que la souffrance palestinienne est effacée, déniée, voire moquée.
Ce procédé transforme la mémoire du génocide en arme morale : ce qui fut une leçon universelle sur la dignité humaine devient un instrument de légitimation du pouvoir et de la violence.
Or, la mémoire n’a de sens que si elle sert à défendre tous les peuples contre l’injustice — pas seulement les siens. La sélectivité mémorielle trahit donc l’esprit même du “plus jamais ça”.

L’oubli délibéré de Gaza et la déshumanisation des Palestiniens

Aucun mot dans l’article sur les milliers de morts palestiniens, les familles déplacées, les hôpitaux détruits ou la vie sous blocus. Le terme même “occupation” est soigneusement évité.
Les Palestiniens ne sont pas des êtres humains souffrants : ils deviennent, dans le récit, un “narratif victimaire”, une abstraction commode servant à dénoncer la “propagande anti-israélienne”.
Cette absence n’est pas un oubli : c’est une stratégie de déni. Elle permet de justifier les bombardements et la répression comme de simples actes de “survie”.
Mais nier la souffrance de l’autre, c’est refuser la part d’humanité commune qui seule rend possible la paix. C’est aussi prolonger le cycle de haine et d’injustice qui ravage la région depuis des décennies.

Le rejet du pluralisme et la logique de purification idéologique

L’article ne s’en prend pas seulement aux ennemis extérieurs : il vise aussi les Juifs eux-mêmes.
Les “cosmopolites humanitaristes”, les “Juifs woke”, ou les “trotskistes” sont accusés de trahison morale. Cette rhétorique d’exclusion vise à réduire la diversité des voix juives au profit d’un sionisme autoritaire, guerrier et identitaire.
C’est le signe d’une dérive inquiétante : le refus de toute nuance, de tout débat, de tout pluralisme.
À travers ce texte, c’est la pensée critique elle-même qui est désignée comme coupable.

Conclusion : rompre avec le déni, restaurer la vérité humaine

Ce type de discours ne relève pas du journalisme mais de l’idéologie pure.
Il réécrit l’histoire pour transformer la mémoire en forteresse et la compassion en faiblesse.
En effaçant la souffrance palestinienne, il nie la réalité de l’occupation, dégrade la mémoire de la Shoah et perpétue une vision du monde fondée sur la peur et la domination.
La mémoire ne doit pas servir à justifier la guerre mais à rappeler l’humanité partagée.
Face aux manipulations de l’extrême droite, il faut défendre une mémoire universelle, celle qui reconnaît la douleur des uns sans effacer celle des autres — parce que la justice, elle, ne se divise pas.

c'est un déni, au-delà de toutes idéologies, il reste une chose qu'une frange d’occidentaux  ne veulent pas admettre; la violence mortelle infligée à la population Palestinienne, impensable pour ces défenseurs des "damnés " de la terre, pour eux la responsabilité de ces horreurs doit être infligée le Palestinien, le coupable c'est le Palestinien, il incite par sa présence; à la violence, sa présence est tellement insupportable qu'elle fabrique des "barbares",
Citation Sioniste : «"l'homme nait bon c'est la société qui le corrompt," le juif nait bon c'est le Palestinien qui le corrompt »

A/Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet                                                                                                     « Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. » 
https://kadertahri.blogspot.com/


L’Algérie face Marchands de paix, courtiers de guerre : une diplomatie de dignité

 

 

« Les peuples ne meurent que lorsqu’ils cessent de dire non. » — Aimé Césaire

L’algérien que je suis a pleinement conscience du changement qui va se produire dans la géopolitique. Il appelle de ses vœux à une politique en matière étrangère qui s’efforcera d’entretenir des relations avec tous les pays étrangers (sauf ceux qui n’épousent pas une cause noble et juste sur le plan international et plus particulièrement en Afrique et au Moyen orient) mais plus que jamais ne succombera pas – comme il serait si facile à le faire – à la tentation de rejoindre l’un ou l’autre des deux blocs qui, désormais divisent le monde.

L’époque moderne a ses barons — non plus ceux des champs, mais ceux des tours et des tableaux Excel. Jadis, la diplomatie était l’art du mot, de l’équilibre, du dialogue feutré entre États souverains. Aujourd’hui, elle s’est muée en courtage mondial. Le diplomate se fait agent immobilier, le traité devient transaction, la paix un produit dérivé qu’on échange contre la reconnaissance d’un territoire ou la signature d’un contrat.

Steven Witkoff et Jared Kushner incarnent à merveille cette mutation. Ce ne sont pas des diplomates, mais des promoteurs — littéralement. Ils viennent non du monde des chancelleries, mais de celui des gratte-ciels et des deals de luxe. Leur approche est simple : vendre la paix comme on vend un immeuble, séduire par l’apparence, intimider par le prix, conclure vite, encaisser plus vite encore. Ce ne sont pas des architectes du dialogue, mais des marchands du consentement. Ils ont hérité de la brutalité de Wall Street, pas de la subtilité de Talleyrand.

Sous la bénédiction du clan Trump, ces nouveaux croisés du capital ont fait des Accords d’Abraham leur franchise diplomatique. Le modèle est clair : un pays arabe normalise avec Israël, Washington y trouve un levier géopolitique, Tel-Aviv un débouché économique, et un petit groupe de « conseillers » engrange gloire et contrats. Le Maroc a été la pièce suivante sur l’échiquier. En échange d’une reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental, Rabat a offert ses salutations diplomatiques à Tel-Aviv et à la Maison-Blanche. Ce n’était pas un accord de paix : c’était un échange de titres fonciers.

L’Algérie, obstacle à la marchandisation du Maghreb

Mais sur le flanc est du Maghreb se dresse un pays rétif, insoumis, imprévisible : l’Algérie.
Elle n’a pas oublié. Cent trente-deux années d’occupation, sept années de guerre totale, des millions de vies sacrifiées pour arracher la dignité — ce passé forge une conscience nationale qui ne se laisse pas acheter. Et c’est bien cela qui gêne Washington et ses relais : un peuple qui se souvient.

Car la logique américaine, depuis la fin de la guerre froide, n’a pas changé : transformer les régions instables en marchés contrôlables, sous-traiter la sécurité à des alliés « fiables » et marginaliser ceux qui refusent de se ranger. L’Afrique du Nord devait être, dans ce plan, une extension de l’OTAN économique. Le Maroc, en s’arrimant à la diplomatie américaine et en s’offrant comme relais d’Israël en Afrique, joue son rôle : celui de pivot atlantique. L’Algérie, elle, reste ce grain de sable dans la mécanique. Trop fière pour obéir, trop indépendante pour plaire.

Il faut alors isoler Alger, la priver d’alliés, l’accuser d’« immobilisme », la peindre en « ennemie de la paix ». Cette rhétorique est vieille comme l’impérialisme : le colonisateur accuse toujours le colonisé de refuser la « civilisation », le dominant reproche toujours au dominé de ne pas coopérer à sa propre servitude.

Le nouvel ordre atlantique : l’illusion de la stabilité

Les diplomates de Washington, de Kissinger à Blinken, récitent la même partition : défendre Israël, contenir la Russie, neutraliser la Chine et pacifier « le Sud ». En d’autres termes : assurer la stabilité des profits occidentaux. Sous ce vernis de sécurité, on retrouve la logique du pillage, maquillée en coopération. Le vocabulaire a changé, pas les intentions.

L’Afrique, le Moyen-Orient, le Maghreb ne sont plus regardés comme des partenaires, mais comme des zones à sécuriser pour la circulation du capital. Le pétrole, le gaz, les minerais stratégiques, les routes commerciales : tout doit être intégré à la grande infrastructure de l’économie atlantique.
Et chaque fois qu’un pays tente de s’émanciper, on déploie les instruments familiers : sanctions, campagnes médiatiques, insinuations sur les « droits humains », et, au besoin, déstabilisation par procuration.

C’est ce qu’a connu l’Algérie dans les années 1990, quand la CIA regardait ailleurs pendant que le pays sombrait dans la décennie noire. C’est ce qu’elle connaît encore aujourd’hui, lorsqu’on la somme de « s’ouvrir » à des accords qu’elle n’a pas sollicités. Car l’Algérie refuse de céder sur le Sahara occidental : question de principe, non de commerce. Et c’est ce refus-là que Washington, Londres et Rabat veulent briser.

Une diplomatie de l’Excel et du mépris

La diplomatie américaine contemporaine ne parle plus le langage des idées, mais celui des chiffres. On ne négocie plus ; on optimise. On ne convainc pas ; on valorise. Dans les couloirs des institutions internationales, la paix devient une « offre », la souveraineté un « coût », la résistance un « risque réputationnel ». Le cynisme a remplacé le dialogue, la comptabilité a étouffé la morale.

Dans cette logique, les « médiations » américaines au Maghreb ne visent jamais la justice, mais la rentabilité géopolitique. Kushner, Witkoff et consorts agissent comme des banquiers d’influence : ils proposent, séduisent, menacent. Et lorsqu’un État refuse — l’Algérie, en l’occurrence — ils passent au registre du dénigrement. Les médias alliés reprennent la mélodie : « l’Algérie refuse la paix », « Alger s’isole », « le Maghreb avance sans elle ». Tout cela n’est qu’une mise en scène destinée à justifier une marginalisation programmée.

L’entité sioniste : bras armé et laboratoire de l’impérialisme

Il serait naïf de croire que la diplomatie américaine est guidée par Israël. C’est le contraire : l’entité sioniste agit comme l’avant-poste de l’impérialisme américain au Moyen-Orient. Depuis 1948, elle sert de gendarme régional pour le compte du complexe militaro-industriel yankee. Elle teste, elle expérimente, elle applique ; puis Washington généralise. Les technologies de surveillance, les doctrines sécuritaires, les discours de « lutte contre le terrorisme » : tout cela vient du même creuset, celui d’un colonialisme travesti en croisade morale.

Le sionisme n’est pas qu’une idéologie de domination sur la Palestine : c’est une méthode impériale. Il naturalise l’occupation, il justifie l’apartheid, il transforme la dépossession en nécessité historique. Et cette méthode, les puissances occidentales la reprennent avec zèle. Car elle permet d’appeler « stabilité » ce qui n’est que soumission, et « progrès » ce qui n’est que pillage.

L’Algérie face à l’ultimatum : refuser sans rompre

Alors que Washington brandit la menace d’un isolement diplomatique, Alger adopte une posture subtile : ouverture de principe, refus de fond. C’est là tout l’art de la résistance diplomatique algérienne : ne jamais se fermer, mais ne jamais céder. Dire oui à la discussion, non à la reddition. Le pays doit, dans les mois et années à venir, tenir cette ligne : accueillir les médiateurs, mais poser ses conditions ; écouter, mais décider seul.

Trois axes s’imposent :

Maintenir la souveraineté décisionnelle : aucune pression, fût-elle américaine, ne doit infléchir la position algérienne sur le Sahara occidental, la Palestine ou la non-alignement stratégique.

Multiplier les partenariats équilibrés : Pékin, Moscou, Ankara, Afrique du Sud, mais aussi les pays du Sud global partagent avec Alger la même méfiance envers l’hégémonie occidentale. L’Algérie doit devenir l’un des pôles d’un monde multipolaire, non le client d’un empire.

Renforcer la diplomatie populaire : la conscience nationale et la solidarité panafricaine sont les meilleurs remparts contre la propagande atlantiste. L’Algérie doit s’adresser aux peuples, pas seulement aux gouvernements.

Le Maroc, instrument et mirage

Il faut aussi dire les choses crûment : le Maroc est devenu l’outil privilégié de cette stratégie. En se présentant comme le « partenaire stable » de l’Occident, Rabat s’est enchaîné à un rôle subalterne : gendarme de l’Atlantique, vitrine africaine d’Israël, relais économique pour le capital américain. Mais ce pacte a un prix : la perte de marge politique.
Car un pays qui fonde sa légitimité sur la reconnaissance d’autrui finit toujours par mendier cette reconnaissance.

La rivalité entre Alger et Rabat n’est pas seulement une querelle de frontières, mais un choix de modèle : souveraineté ou dépendance, mémoire ou oubli, fidélité aux peuples ou soumission aux puissances. L’histoire jugera.

Pour une diplomatie de dignité

La véritable diplomatie algérienne ne consiste pas à multiplier les alliances opportunistes, mais à restaurer le sens du juste. Elle repose sur trois piliers :

La solidarité avec les peuples en lutte (Palestine, Sahara occidental, Afrique subsaharienne) ;

Le refus de toute domination, quelle qu’en soit l’origine ;

Et la conviction que la paix ne se signe pas entre puissants, mais entre égaux.

Dans cette optique, Alger doit continuer à défendre un modèle alternatif : celui d’un Sud qui ne demande pas la charité, mais le respect. Celui d’un monde où la coopération ne signifie pas l’obéissance. Celui d’une souveraineté qui ne se négocie pas au prix du silence.

Le discours du refus

Les États-Unis, le Maroc et leurs relais médiatiques nous accusent d’immobilisme. Soit. Nous préférons l’immobilisme de la dignité à la mobilité de la servitude.
Refuser, c’est résister. Résister, c’est vivre. Et vivre libre, c’est refuser de signer des traités qui insultent notre histoire.

L’Algérie n’a jamais cédé aux colonnes françaises, aux chars de l’OTAN, ni aux marchés du FMI. Ce n’est pas pour plier devant deux promoteurs new-yorkais.
Qu’on ne s’y trompe pas : le chantage économique n’aura pas raison d’un peuple qui a déjà survécu à la colonisation, au terrorisme et à la pauvreté. Le refus n’est pas un caprice, mais un devoir.
Et ce refus doit s’accompagner d’un contre-projet : un Maghreb décolonisé, uni, fondé sur la justice, non sur la tutelle.

Conclusion :  

Ce siècle n’est plus celui des blocs Est-Ouest, mais celui de la recomposition mondiale. Entre la Chine, la Russie, les BRICS, l’Afrique en pleine affirmation et les puissances occidentales en perte d’autorité morale, une nouvelle géographie politique s’écrit. L’Algérie doit y jouer sa partition — libre, lucide, indépendante.

Le monde a besoin d’un nouveau non-alignement, non pas comme posture neutre, mais comme acte militant. Refuser d’appartenir à un bloc, c’est affirmer qu’aucune puissance n’a le droit d’écrire notre destin.
Et dans cette bataille pour l’indépendance du XXIᵉ siècle, l’Algérie n’est pas seule : elle porte avec elle la mémoire des peuples du Sud, l’héritage des luttes anticoloniales et la promesse d’un avenir affranchi.

Les barons de la diplomatie américaine peuvent bien multiplier les deals et les ultimatums. Ils ne comprendront jamais une chose : un peuple qui a conquis sa liberté ne la renégocie pas.

« L’histoire des peuples libres n’est pas écrite dans les bureaux de Washington, mais dans le cœur de ceux qui refusent de se soumettre. »
 

 A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/