Menaces commerciales,
alliances conditionnelles, droit international relégué au rang d’accessoire :
la diplomatie de Trump révèle un Empire qui gouverne par la force. Le danger
n’est pas seulement la brutalité, mais l’accoutumance au renoncement.
Il ne s’agit plus d’un désaccord diplomatique, ni même d’un excès de
langage présidentiel. Ce qui se joue aujourd’hui, sous couvert de brutalité
trumpienne, c’est l’installation méthodique d’un monde où la loi recule devant
la force, où le droit international est toléré tant qu’il ne contrarie pas
l’intérêt du plus puissant.
Donald Trump ne négocie pas : il intimide.
Il ne propose pas : il exige.
Il ne convainque pas : il menace.
Et lorsqu’il annonce des droits de douane punitifs contre les vins et le
champagne français pour contraindre un État souverain à s’aligner sur une
initiative américaine, il ne fait pas de diplomatie il pratique le chantage.
Le commerce devient une matraque, l’économie une arme, la paix un prétexte.
La loi du plus fort,
enfin assumée
Ce que certains feignent encore de découvrir n’a pourtant rien de nouveau.
Les États-Unis n’abandonnent pas l’ordre international : ils cessent simplement
d’en faire semblant. Le multilatéralisme n’est plus un cadre, mais un décor. Les
alliances ne sont plus des engagements, mais des options révocables. Le droit
n’est plus une limite, mais un obstacle que l’on contourne ou que l’on piétine.
Trump n’a pas inventé l’Empire.
Il l’a débarrassé de son hypocrisie.
L’imprévisibilité, érigée en méthode, est présentée comme une preuve de
force. En réalité, elle est l’aveu d’un pouvoir incapable de se soumettre à
autre chose qu’à lui-même. Un pouvoir qui change d’avis comme de chemise n’est
pas souverain : il est capricieux. Et le caprice, lorsqu’il gouverne le monde,
s’appelle l’arbitraire.
L’humiliation comme
pédagogie politique
Les Européens en font l’expérience répétée : un jour flattés, le lendemain
rabaissés. Sommés d’attendre, priés d’encaisser, invités à comprendre après
coup. Alliés sur le papier, variables d’ajustement dans les faits. Le message
est limpide : la protection américaine se mérite, l’obéissance est attendue, la
contestation sanctionnée.
Cette diplomatie de l’humiliation n’est pas un accident. Elle est un outil.
Elle rappelle à chacun sa place dans la hiérarchie impériale. Elle teste les
résistances, mesure les renoncements, enregistre les silences.
Quand la prudence
devient une lâcheté
Pendant que l’on menace des partenaires commerciaux pour obtenir des
alignements politiques, les tragédies réelles s’enlisent dans l’inaction
calculée. Les crimes documentés, les répressions sanglantes, les peuples
écrasés attendent pendant que Washington « réfléchit ». Ce temps long, présenté
comme de la prudence, est une posture commode. Il permet de ne rien faire tout
en prétendant peser.
Mais l’Histoire est sévère avec ces faux scrupules. Elle ne confond jamais
la prudence avec l’inaction, ni la complexité avec la démission. Dans les
tragédies humaines, attendre n’est jamais neutre. Attendre, c’est déjà choisir.
Résister ou s’effacer
Le danger n’est pas seulement Trump. Le danger, c’est l’accoutumance. C’est
l’acceptation progressive d’un monde où la menace devient un langage légitime,
où l’humiliation remplace la négociation, où la force tient lieu de droit.
À force de s’habituer à l’arbitraire, on finit par le trouver normal.
À force de céder, on appelle cela du réalisme.
À force de se taire, on parle de responsabilité.
Ce monde-là n’est pas inévitable. Mais il le deviendra si ceux qui prétendent
encore croire au droit, à la souveraineté et à la coopération internationale
renoncent à les défendre autrement que par des discours. L’Histoire ne reproche
pas aux dirigeants d’avoir hésité.
Elle reproche d’avoir cédé et surtout, d’avoir appelé cela de la sagesse.
Lorsqu’une
puissance dotée de l’arme nucléaire, de la première armée du monde et d’un
poids économique systémique adopte une politique étrangère fondée sur
l’unilatéralisme, la menace et l’imprévisibilité, elle cesse d’être un acteur
ordinaire des relations internationales. Elle devient un facteur de risque
global. Le problème n’est pas l’Amérique en tant que nation, mais l’exercice
d’un pouvoir qui confond domination et légitimité, force et droit.
Dans ces conditions, les décisions américaines
ne peuvent être considérées comme relevant d’une souveraineté strictement
interne. Elles engagent la stabilité mondiale, les équilibres régionaux et la
sécurité collective. Les observer, les critiquer et les contester n’est pas une
ingérence, mais une exigence de responsabilité internationale.
L’épisode iranien en fournit une illustration
préoccupante. Menaces sans objectifs clairement énoncés, absence de cadre
juridique, improvisation stratégique et recul contraint sous pression régionale
: cette séquence révèle moins une vision politique qu’une gouvernance par
l’ambiguïté et la contrainte. L’histoire rappelle pourtant que les
interventions menées au nom de la stabilité produisent souvent l’inverse, comme
l’a démontré le précédent de 1953 et ses conséquences durables.
Gouverner par la menace n’installe pas l’ordre,
mais l’instabilité. Dans un monde déjà saturé de tensions, chaque décision
irréfléchie devient un multiplicateur de risques. Face à cela, le silence n’est
pas de la prudence. C’est un renoncement.
A/Kader Tahri /
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient
comme ça. » https://kadertahri.blogspot.com/

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