Ouvrons le Débat: The Voice of Kader Tahri

Gara Djebilet : la panique médiatique du Makhzen par manque de Fer !!!!!!!

Il existe une pathologie intellectuelle très particulière dans certaines sphères médiatiques du Makhzen : l’Algérie n’y est jamais analysée...

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Trump, Gaza et le roi philosophe : petite fable royale pour presse obéissante :

Quand la presse courtisane applaudit le mensonge décoratif et tente de prendre les sujets du Makhzen comme des canards et derrière un récit diplomatique lisse et solennel, une presse complaisante fabrique un mythe : celui d’une sagesse monarchique convoquée par Donald Trump pour pacifier Gaza. Cette tribune démonte, ironise et expose les ficelles d’une propagande qui confond communication, prestige et paix réelle, au mépris des faits, du droit international et des morts bien réels.

Donald Trump aurait donc trouvé la solution au chaos moyen-oriental : demander conseil. Pas à des diplomates, pas à l’ONU, pas aux Palestiniens eux-mêmes non  mais à la “sagesse”. Une sagesse royale, évidemment. Car quand les bombes tombent, rien ne vaut un adjectif bien choisi.

Selon une certaine presse marocaine, Donald Trump ce même homme qui a piétiné le droit international avec l’enthousiasme d’un promoteur immobilier  se serait soudain souvenu que la paix ne s’improvise pas sans l’éclairage philosophique du palais royal de Rabat. On imagine la scène : Gaza en ruines, Washington perplexe, et quelque part, la monarchie marocaine convoquée comme oracle géopolitique.

Le récit est propre, lisse, rassurant. Trop. Car ce texte ne décrit pas la réalité : il la maquille.

Trump n’a jamais cherché la paix, il a cherché la photo. Il n’a jamais défendu les Palestiniens, il les a effacés. Il n’a jamais respecté la légalité internationale, il l’a contournée, ridiculisée, enterrée sous le mot “deal”.

Mais qu’importe : dans cette fable, le réel est accessoire. L’essentiel est ailleurs dans la construction d’un mythe. Celui d’un Maroc présenté comme pivot cosmique de la paix mondiale, consulté comme on consulte un sage taoïste avant une guerre.

On convoque alors l’expert attitré, sorte de prêtre laïc de la géopolitique officielle, qui récite le catéchisme : sagesse, patience, anticipation, confiance universelle. Pas une contradiction. Pas une nuance. Pas une question. La paix devient une posture, la Palestine un alibi moral, Gaza une abstraction polie.

Le plus ironique ou le plus cynique  reste cette invocation obsessionnelle du Comité Al-Qods, brandi comme certificat de vertu, pendant que Jérusalem est méthodiquement vidée de sa dimension palestinienne, pierre après pierre, droit après droit.

La presse du Makhzen ne défend pas la Palestine, elle l’exploite symboliquement. Il ne parle pas de paix. Elle parle de prestige.

Elle ne fait pas de politique internationale. Elle fait de la communication monarchique sous perfusion journalistique.

Et au final, cette prose laisse un goût étrange : celui d’un rire involontaire, presque gêné. Un rire noir. Car pendant qu’on encense la sagesse, les bombes tombent toujours. Pendant qu’on couronne les rois de papier, les civils meurent pour de vrai.

La paix, la vraie, ne se proclame pas dans un article complaisant. Elle se construit contre les puissants, pas avec leurs mythologies. Et certainement pas avec Donald Trump comme messager.

Cette presse courtisane d’un roi en papier absent sur scène, ne brûle pas. Elle anesthésie  et c’est peut-être pire, nous voilà avec un royaume des Milles et Une Nuits.


A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
https://kadertahri.blogspot.com/

 

Un texte servile déguisé en analyse géopolitique

Sous des apparences d’article d’analyse, le texte intitulé « La diplomatie d’orfèvre du Maroc » se révèle être une véritable opération de communication politique en faveur du régime marocain. , écrit dans un registre laudatif, presque hagiographique, à l’égard du Maroc, bien sûr on trouve comme d’habitude du mauvais et du plus mauvais, encore une coulée compassionnelle et fausse, totalement hypocrite du haut vers le bas. Pour parvenir à faire passer ce mensonge, il faut taper sur un bouc émissaire, peu importe lequel. Ici, c'est l’Algérie qui a le rôle. Mais  le ridicule se trouve dans «La "diplomatie d'orfèvre" du Maroc» ?

Le choix des mots, la structure du récit et la sélection des sources trahissent une intention claire : transformer un simple vote du Conseil de sécurité en une victoire historique du Maroc, tout en jetant le discrédit sur l’Algérie et le Front Polisario.
Ce texte n’analyse pas la diplomatie : il la célèbre. Il ne rend pas compte d’un événement : il en fabrique le récit glorieux. Et, ce faisant, il participe à la vaste entreprise de normalisation médiatique d’une occupation territoriale toujours illégale au regard du droit international.

Dès le titre, le ton est donné : « diplomatie d’orfèvre », « conquête », « moment historique ». Ces expressions n’appartiennent pas au vocabulaire de la géopolitique, mais à celui de la propagande. On y sent l’admiration aveugle, la fascination pour le pouvoir, le goût du spectaculaire. Le Maroc devient un artisan de génie, l’ONU un théâtre de sa réussite.
Mais de quelle réussite parle-t-on ?

Le Conseil de sécurité n’a nullement « validé » le plan d’autonomie marocain — il s’est borné à prendre note d’un projet, sans lui donner force de loi. La résolution en question, si elle existe dans ces termes, n’a aucune portée juridique contraignante : elle ne change rien au statut du Sahara occidental, territoire toujours considéré par l’ONU comme non autonome, c’est-à-dire à décoloniser.

L’écrit transforme donc un simple glissement diplomatique en triomphe politique. C’est là toute l’astuce du discours : substituer la rhétorique du succès à la réalité du statu quo, maquiller une situation bloquée en conquête éclatante. En d’autres termes, vendre de la diplomatie comme on vend un produit de luxe — avec du vernis, du prestige et du vide.

En face, l’Algérie n’a droit qu’à la caricature : celle du voisin boudeur, vexé, campé dans ses positions. Le texte multiplie les insinuations : « coup dur pour l’Algérie », « refus de voter », « pression algérienne ». On dépeint un pays crispé, isolé, obstiné. Nulle part l’auteur ne reconnaît que l’Algérie défend une position de principe, fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes — une position partagée par de nombreuses nations du Sud et par la jurisprudence internationale.
Quant au Front Polisario, il n’apparaît qu’à la marge, réduit à un rôle d’agité incapable de comprendre la “réalité”. On efface les décennies de lutte, les exils, la répression, les résolutions onusiennes jamais appliquées. En une phrase, l’auteur évacue tout un peuple. Ce n’est pas de l’analyse, c’est du mépris.

Cette asymétrie de traitement n’est pas innocente : elle traduit un biais idéologique pro-marocain profondément ancré dans une partie des médias français. Elle s’inscrit dans la continuité d’une narration qui, depuis des années, cherche à criminaliser la position algérienne tout en présentant Rabat comme un partenaire “modéré”, “occidental”, “visionnaire”. Le fond n’a rien de diplomatique — il est politique, et même géopolitique : il s’agit de légitimer un allié et d’isoler un rival.

Le plus grave reste la falsification du cadre juridique. L’article suggère que la résolution “entérine” le plan d’autonomie marocain. Or, aucune instance onusienne n’a jamais validé la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Le droit international reste clair :

le Sahara est un territoire non autonome dont le peuple doit décider librement du futur par référendum — référendum que le Maroc refuse obstinément depuis 1991.

En glorifiant Rabat pour avoir “conquis l’ONU”, l’auteur nie la réalité du conflit, les résolutions existantes et les souffrances humaines qui en découlent. Il substitue à la rigueur du droit la narration du vainqueur. Il transforme un processus de colonisation en réussite diplomatique. Ce glissement lexical est plus qu’un mensonge : c’est une violence symbolique, une insulte à la mémoire du peuple sahraoui et à la dignité des Algériens solidaires de sa cause.

Ce texte ne s’inscrit pas dans la tradition du journalisme critique. Il s’apparente plutôt à une chronique de cour, écrite par un auteur que ses “diverses fonctions” ont habitué à la complaisance vis-à-vis du pouvoir marocain. Il ne cherche pas à informer, mais à influencer ; non à analyser, mais à orienter l’opinion publique.
Le lecteur averti y reconnaîtra une rhétorique bien rodée : admiration de façade, vocabulaire diplomatique, citations d’experts européens pour légitimer un point de vue, et disqualification subtile de la partie adverse. Ce procédé n’a rien de neuf : c’est la vieille recette du soft power marocain, reprise ici avec zèle par un journaliste qui se prend pour un chroniqueur d’histoire alors qu’il n’est que le scribe d’une narration d’État.

Face à de telles entreprises d’enfumage, la vigilance s’impose. L’Algérie, ses intellectuels, sa diaspora et tous ceux qui croient encore à la vérité du droit international doivent répondre par la clarté du discours, la rigueur de l’analyse et le courage de la parole libre.
Non, l’ONU n’a pas légitimé le plan marocain.
Non, le Sahara occidental n’est pas marocaine.
Non, le combat du peuple sahraoui n’est pas une lubie d’un autre temps.
C’est une lutte pour la justice, la liberté et la souveraineté — des valeurs que l’Algérie, fidèle à son histoire anticoloniale, continuera de défendre malgré les campagnes médiatiques et les manipulations diplomatiques.

En définitive, cet article n’est pas un fait journalistique, mais un symptôme : celui d’une guerre médiatique et symbolique qui se joue autour du Sahara occidental. Le Maroc mène une bataille d’image ; certains médias européens, complaisants ou intéressés, lui prêtent leur plume.
Mais la vérité, elle, résiste. Elle réside dans les textes de l’ONU, dans la voix du peuple sahraoui, dans la constance d’une Algérie qui refuse de se taire face à l’injustice.
Tant que des journalistes continueront à travestir la colonisation en diplomatie, il faudra des voix pour leur rappeler qu’un mensonge répété mille fois ne devient pas une vérité — et qu’aucune “diplomatie d’orfèvre” ne saurait polir le visage d’une occupation.

L'art de la diplomatie, c'est celui de l'équilibre.

Que les extrémistes s’indignent et s’indignent, mais surtout qu’ils foutent la paix à l’Algérie, car elle s’en fiche royalement de leurs états d’âme. Nous savons tous que lorsqu’il s’agit de l’Algérie, la plupart des Français sont tout sauf rationnels. .  

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »  
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Le zèle marocain ou la diplomatie de la mystification


 Quand Rabat instrumentalise Washington et diabolise Alger pour enterrer le droit du peuple sahraoui

À la veille du vote attendu au Conseil de sécurité sur la résolution dite « 2025 » concernant le Sahara occidental, la presse officielle marocaine s’est livrée à une opération médiatique de célébration prématurée.
À lire les manchettes de Rabat, on croirait que la « victoire diplomatique » est déjà acquise, que l’ONU s’apprête à entériner la souveraineté marocaine sur un territoire pourtant reconnu par la communauté internationale comme non autonome.
Ce triomphalisme, loin d’être anodin, révèle le grand zèle d’un régime obsédé par la reconnaissance internationale d’un fait accompli colonial, au mépris du droit, de la vérité et de la dignité des peuples.

L’instrumentalisation flagrante du rôle américain

Le texte relayé par la presse du Royaume érige les États-Unis en arbitre et garant d’un « règlement définitif » du conflit, citant même « le leadership du président Trump » comme tournant historique.
Faut-il le rappeler ? Cette reconnaissance unilatérale du plan marocain par Donald Trump, en décembre 2020, fut un acte politique opportuniste, échangé contre la normalisation des relations du Maroc avec Israël — une monnaie d’échange diplomatique et non une reconnaissance de principe fondée sur le droit international.

Depuis lors, ni l’ONU, ni l’Union européenne, ni même l’administration Biden n’ont entériné cette position.
Le droit international, lui, demeure inchangé : le Sahara occidental figure toujours sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies, en attente de décolonisation.
L’invocation récurrente du soutien américain relève donc de la pure instrumentalisation politique — un moyen pour Rabat de travestir une relation d’allégeance diplomatique en caution morale mondiale.

Ce zèle pro-américain trahit la fragilité du narratif marocain.
Car plus Rabat s’appuie sur des soutiens circonstanciels, plus elle révèle l’absence d’un véritable consensus international autour de son plan d’autonomie.

L’effacement programmé du peuple sahraoui

Plus grave encore, la propagande marocaine s’emploie à nier l’existence même du peuple sahraoui.
Le texte évoque avec satisfaction « l’invisibilisation du Polisario », comme si la marginalisation du représentant légitime du peuple du Sahara occidental constituait une victoire diplomatique.
Cette phrase résume à elle seule la dérive morale et politique de Rabat : effacer la voix d’un peuple pour lui imposer un destin.

Le Front Polisario est pourtant reconnu par les Nations Unies et l’Union africaine comme le représentant légitime du peuple sahraoui.
Le réduire à une marionnette d’Alger, c’est nier le principe fondateur de la Charte des Nations Unies : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
C’est aussi une manière cynique de détourner l’attention de l’essentiel : la question du Sahara occidental n’est pas un contentieux bilatéral, mais une question de décolonisation inachevée.

Ce silence organisé autour du peuple sahraoui n’est pas accidentel : il est au cœur de la stratégie marocaine.
Rendre invisible, c’est tenter d’effacer ; et effacer, c’est espérer légitimer la domination.
Mais aucun artifice diplomatique ne saurait dissoudre un peuple de son droit à la liberté.

La diabolisation obsessionnelle de l’Algérie

La propagande marocaine ne se contente pas de travestir le droit international ; elle s’emploie également à diaboliser l’Algérie, qualifiée de « régime hystérique » ou d’« acteur manipulateur ».
Une rhétorique digne des temps coloniaux, où l’on cherche à désigner un ennemi extérieur pour masquer l’échec intérieur.
Rabat tente de transformer un différend entre un peuple colonisé et une puissance occupante en une rivalité géopolitique entre deux États voisins.

L’objectif est clair : faire oublier la nature coloniale du conflit et bilatéraliser une question qui relève, par essence, du droit des peuples à l’autodétermination.
Mais l’Algérie n’a jamais revendiqué le Sahara occidental.
Elle soutient — et continuera de soutenir — le principe intangible du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, fondement du système international issu de 1945.
Qualifier ce soutien de « provocation » ou de « manipulation », c’est attaquer le cœur même du droit international.

Cette obsession anti-algérienne révèle une diplomatie en perte de repères, où le voisin devient bouc émissaire, et la vérité, simple variable d’ajustement médiatique.

Une diplomatie de l’illusion

Raccourcir le mandat de la MINURSO, annoncer des délais irréalistes, parler de « fin du conflit » avant même le vote du Conseil de sécurité : tout cela relève d’une diplomatie de l’illusion.
Le Maroc cherche à créer un sentiment d’irréversibilité, alors que le processus onusien demeure fondé sur la négociation entre les parties concernées, sous l’égide de l’ONU.
Cette précipitation, ce triomphalisme de façade, masquent une angoisse politique : celle de voir la communauté internationale revenir à la seule base légitime du règlement — le référendum d’autodétermination.

Pour une vérité sans mascarade

Le peuple sahraoui n’est pas une variable de communication, ni un pion sur l’échiquier des ambitions régionales. Son droit à l’autodétermination est inaliénable.
Et l’Algérie, loin d’être le déstabilisateur que Rabat décrit, demeure le dernier rempart maghrébin du principe de souveraineté populaire et de légalité internationale.

Face au zèle marocain, au silence complice de certaines puissances et aux manipulations médiatiques, il appartient aux voix libres du Maghreb et du monde de rappeler une évidence :
aucune paix durable ne peut naître du mensonge, et aucun peuple ne disparaît parce qu’un voisin le décrète invisible.

En somme, la diplomatie marocaine s’illustre moins par sa force que par son excès : excès d’ambition, excès de zèle, excès de manipulation.
Mais l’histoire, elle, ne se réécrit pas à coups de communiqués triomphalistes.
Le Sahara occidental demeurera, jusqu’à son autodétermination, le miroir de la conscience du droit international — et la mesure réelle du courage moral des nations.

A/Kader Tahri / Chroniqueur engagé, observateur inquiet
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Maroc 2025 : entre vitrines mondiales et urgences citoyennes

Un drame qui révèle un malaise profond

Fin septembre 2025, l’hôpital Hassan-II d’Agadir a basculé dans le chaos. En quelques jours, plusieurs femmes y ont trouvé la mort, faute de soins adaptés et dans des conditions jugées indignes. Ce drame, largement relayé par la presse marocaine, a agi comme un électrochoc. Il a mis en lumière ce que beaucoup vivent au quotidien : un système de santé public sous-financé, débordé, incapable d’assurer un service essentiel.

Cet événement tragique n’est pas isolé. Il cristallise une réalité que les Marocains dénoncent depuis longtemps : l’écart grandissant entre les ambitions affichées à l’international et les besoins fondamentaux d’une population qui peine à accéder à des soins de qualité, à une éducation décente, ou même à un logement digne.

Quand la rue prend la parole

À la suite de ce drame, la colère a gagné les rues de Rabat, Casablanca, Marrakech ou Tanger. Des milliers de citoyens ont scandé : « Pas de stades, des soins ! » ; « Pas de Coupe du monde, des écoles ! ». Ces slogans, repris par la presse nationale, résument parfaitement l’état d’esprit ambiant : le sentiment que l’État investit davantage dans l’image que dans la vie quotidienne de ses habitants.

Cette contestation s’explique par un contexte social difficile. L’inflation, même en ralentissement, continue de peser sur les ménages. Le chômage, notamment des jeunes diplômés, reste préoccupant. Dans les campagnes, les enfants parcourent encore des kilomètres à pied pour rejoindre une école délabrée. Dans les villes, des familles survivent dans des logements précaires ou menacées d’expulsion. Et les sinistrés du séisme de 2023 vivent, pour beaucoup, toujours dans des abris temporaires.

L’obsession du Mondial 2030

Dans ce climat, la préparation de la Coupe du monde 2030 apparaît comme un symbole de ce décalage. Les investissements colossaux engagés pour rénover ou construire des stades, moderniser des infrastructures et répondre aux exigences de la FIFA contrastent avec les difficultés sociales de base.

Certes, les défenseurs de cette stratégie soulignent les retombées économiques potentielles : augmentation du tourisme, emplois temporaires, rayonnement international. Mais une partie de la presse marocaine, ainsi que de nombreux économistes, rappellent que ces bénéfices sont incertains, différés, et parfois surestimés. La comparaison avec la Grèce, ruinée après ses Jeux olympiques de 2004, revient régulièrement dans les débats : une vitrine mondiale peut rapidement se transformer en fardeau budgétaire.

Une diplomatie ambitieuse mais clivante

Le Maroc ne se limite pas aux stades. Depuis plusieurs années, il déploie une diplomatie ambitieuse, cherchant à s’imposer comme acteur régional et partenaire stratégique de l’Europe et des États-Unis. Cette volonté de rayonnement s’est traduite par la normalisation des relations avec Israël, par des investissements massifs en Afrique subsaharienne et par une mobilisation continue autour de la question du Sahara occidental.

Mais cette diplomatie a aussi ses fragilités. Elle se heurte à l’opinion d’une majorité de Marocains, toujours attachés à la cause palestinienne. Elle s’accompagne d’une fermeture des frontières avec l’Algérie, qui bloque toute perspective de coopération régionale. Elle nourrit enfin un sentiment d’isolement alors que les priorités sociales internes ne trouvent pas de réponses rapides.

Une gouvernance fragilisée

À ces tensions s’ajoutent des incertitudes politiques. L’absence prolongée du roi Mohammed VI alimente les spéculations sur sa santé et sur les modalités de sa succession. Dans le même temps, la montée de la contestation sociale met à l’épreuve la capacité des institutions à maintenir la stabilité.

Le contraste est saisissant : un pays capable de planifier une Coupe du monde avec ses partenaires ibériques, mais en difficulté lorsqu’il s’agit de gérer un hôpital régional, de reloger les sinistrés d’un séisme ou d’offrir un avenir crédible à sa jeunesse.

Le risque d’une fracture durable

Le Maroc fait face à un dilemme que résume bien une formule entendue dans les manifestations : « la vitrine ne nourrit pas ». À force de miser sur le prestige international, il risque de négliger la cohésion interne. Or, un pays qui laisse s’installer durablement la pauvreté, l’injustice sociale et le désespoir des jeunes prend le risque d’une fracture difficile à réparer.

Les leçons internationales sont nombreuses. La Grèce de 2004, déjà évoquée, a payé au prix fort ses ambitions sportives. Mais d’autres exemples montrent aussi que les grands événements peuvent être des leviers positifs à condition d’être accompagnés d’une politique sociale solide. La question, pour le Maroc, est de savoir s’il transformera cette opportunité en moteur de développement partagé ou s’il laissera grandir le ressentiment d’une population qui peine à joindre les deux bouts.

Conclusion : l’urgence du social

Le Maroc de 2025 est à un tournant. Son avenir ne se jouera pas seulement sur la pelouse d’un stade flambant neuf, mais dans la capacité de ses dirigeants à répondre à une exigence simple : garantir à chaque citoyen l’accès aux droits fondamentaux – santé, éducation, logement, emploi.

La Coupe du monde 2030 peut être une fierté nationale. Mais elle risque aussi de devenir le symbole d’un pays qui a préféré séduire l’extérieur plutôt que de prendre soin de l’intérieur. Entre la vitrine mondiale et la réalité sociale, le choix est clair : aucun trophée ne vaudra la dignité de ses citoyens.

Kader Tahri
Chroniqueur engagé, observateur inquiet
« Il faut dire les choses comme elles sont, mais refuser qu’elles soient comme ça. »